Ooooh, un chapitre même pas un mois après le précédent ?!? Je m'améliore ! (et m'excuse...encore...)

Réponses aux rewiews !

Eronoel : Merci pour ta rewiew ! Je ne peux malheureusement pas te répondre pour Scorpius, ça gacherait la surprise, non ? Mais il sait tout de même faire des potions...Albus, mal tourner...On verra bien. Je ne suis pas décidée sur ce que je vais faire de lui...Une proposition ?
Les sentiments de Scorpius ne sont pas encore très clairs. Il ne faut pas oublier qu'ils ont seulement 10 ans...Mais je développerai beaucoup plus en profondeur plus tard dans la fic ! Patience ! :)

Desiderata-girl : merci de toutes tes rewiews XD et ne t'en fais pas, Albus sera "désagréable" bien assez tot (insérer ici un rire machiavélique) ! RETOURNE BOSSER SUR TA FIC AU LIEU DE LIRE CELLES DES AUTRES !!!

Luminuitey : décidemment, j'adore toujours autant recevoir tes rewiews. Et je pleure pour ce beau commentaire perdu à jamais dans les méandres des bugs de ...
Oui, le divorce était baclé, j'avoue, je rampe comme une larve. J'ai planché dessus pendant un temps fou, et rien ne me convenait. Je n'aime pas ce couple, je le trouve...Baclé, lui aussi. Rowling aurait pu faire mieux que de caser le héros avec sa gentille fangirl au caractère bien trempé, non ? Bref, j'ai un peu plus "poussé" le divorce et ses conséquences dans ce chapitre-ci, en prenant le risque d'être lourde. J'espère que ça va bien passer !
Contente de savoir qu'Al te plaise ! C'est définitivement mon personnage préféré. Comment un gamin avec un héritage familial, un physique et un nom aussi lourds à porter pourrait avoir une vie banale ? Et je trépigne de joie en voyant que tu as si bien cerné son caractère !
En espérant que ce chapitre te plaira, je t'embrasse aussi et te remercie encore :p

Rosie74, Paprika Star, Zaika et Yaoi94 : Merci à toutes pour vos rewiews ^^ Et contente de voir que le retour de Draco dans la maison vous fait autant plaisir qu'à moi !

Je tiens aussi à remercier toutes les personnes qui m'ont rajouté dans leurs alertes ou leurs favoris. Vous n'êtes bien entendu pas obligés de mettre des rewiews ! (...mais faites le quand même ?)

Bonne lecture à toutes et à tous !


Transplaner ne lui a jamais semblé aussi dur qu'en ce moment.

Refaire le trajet mille fois parcouru, revoir leur maison, leur terre promise, grise, froide et vide, réentendre le jingle de la porte d'entrée, et retrouver les yeux clairs d'Harry, à présent dépourvus de cette flamme qu'elle aimait tant…

Toutes ces choses banales à pleurer, tellement qu'on n'en tirerait même pas une bonne chanson.

Ginny Weasley, anciennement Potter, mère célibataire de 4 enfants, fameuse reporter de Quidditch pour la gazette du sorcier et actuellement en dépression nerveuse se dirige d'un pas en apparence assuré vers son ancienne demeure, réprimant avec difficulté les tremblements dans ses épaules. N'importe quel psychomage de base saurait reconnaitre le trouble dans ses yeux, l'hésitation dans ses pas, la crispation de sa mâchoire, mais pour le spectateur lambda, elle n'est qu'une femme qui vit bien sa trentaine, fière et séduisante, qui retrouve peut-être son amant dans un coin de campagne.

Elle s'avance sur le palier et sonne. La porte ne s'ouvre pas tout de suite. Elle sait pertinemment qu'il est derrière, se composant un visage inexpressif pour ne pas la blesser, pour ne pas paraître faible ou honteux. Alors qu'il l'est, bien plus qu'elle.

Finalement, la porte s'ouvre, et elle se retrouve en face de son ex-mari.

Bizarrement, il n'a pas changé. Elle s'imaginait le retrouver différent, trouver en lui ces défauts que les ex-femmes s'évertuent à chercher chez ceux qui les ont quittées- mais non, il est toujours ce bon vieux Harry, avec ses cheveux en batailles, ses lunettes qui glissent sur son nez et cet air hanté qui le poursuit depuis la fin de la guerre.

Ce bon vieux Harry.

« Ginny… »

« Harry. »

Il la laisse entrer en baissant les yeux, à la grande délectation de la rousse. Celle-ci n'accroche pas son manteau dans l'entrée, ne retire pas ses talons hauts et se dirige directement vers le salon, impatiente d'en finir.

Malfoy s'y trouve. A lui, par contre, difficile de ne pas trouver de défauts. Ce sale petit rat et son visage cadavérique, sans parler de ses cheveux fillasses et de ses lèvres pincées, n'est plus que l'ombre de ce qu'il était à Poudlard.
Comment Harry pourrait-il la quitter pour ça ? C'est la question qu'elle se désespère de répondre depuis des mois. Et qu'on ne vienne pas lui dire que c'est pour Scorpius. Parlons plutôt du complexe de super-héros.

Le blond se lève à son arrivée, ne semblant ni désolé, ni même en colère. Il a l'air aussi impatient que moi d'en finir, songe t-elle.

Elle sent le regard d'Harry sur son corps, sur ses cheveux qu'elle a savamment coiffés, dans l'espoir-dans l'espoir de quoi, au juste ? Elle-même ne sait pas. Qu'il éprouve du remord ? Qu'il la supplie de lui pardonner, qu'il se traine à ses pieds… ? Mais il n'esquisse pas le moindre mouvement, à part pour celui de sortir sa baguette.

Elle tend la main et saisit celle de Malfoy sans un mot. Celle-ci est glaciale. Elle réprime l'envie de retirer ses doigts de l'étau froid, comme si elle touchait de l'acier.

Elle lève les yeux pour rencontrer ceux de Malfoy, pleine de défi et de rage. Ceux-ci ne sont pas froids, ils semblent-aussi improbable que ça puisse paraitre-compréhensifs. Il ne regarde ni Harry qui commence l'incantation, ni leurs mains enlacées, ni même les yeux humides de Ginny- il regarde au-delà.

Elle ne peut s'empêcher de se sentir apaisée. Ce que les yeux de Malfoy expriment, ce n'est pas un je suis désolé, ou un tu le mérites, mais un pas de chance.

« Tu peux y aller, » dit une voix à côté d'elle.

Elle déglutit légèrement. « Malfoy… » Sa voix casse sur la dernière syllabe. « Malfoy, » reprend t-elle avec plus de fermeté. « Est-ce que tu t'engages à ne pas faire le moindre mal à Scorpius ou à mes enfants ? ».

« Oui, », répond la voix du blond. Un serpent de feu s'échappe de la baguette d'Harry, s'enroulant autour de leurs mains enlacées. Leurs visages sont éclairés par la lumière agressive, dansant dans leurs yeux comme les flammes qui courent sur leurs doigts.

« Et t'engages tu à ne jamais essayer de le ou les soustraire à nous, quelque soit la situation ? »

« Oui, », encore, sans la moindre hésitation. Une deuxième gerbe enflammée rejoint la première, tout aussi indolore.

Elle regarde le visage de Malfoy, ses yeux scintillants, décidés, et plus que tout, sincères.

Les flammes s'enroulent et se nouent, serrant leurs liens indestructibles autour d'eux ; sa main chauffe un court instant, puis la lueur rouge disparait, remplacée par la grisaille de la pièce.

C'était rapide, pense t-elle, un peu hébétée. Elle retire ses doigts de ceux de Malfoy et expire longuement, tandis que le blond recommence à respirer. A coté d'eux, Harry range sa baguette sans un mot.

Ils se fixent un moment, gênés, jusqu'à ce que Ginny ne décide d'écourter sa visite et ne ramasse son sac à main. Malfoy lui fait un signe de tête auquel elle ne répond pas et s'éclipse silencieusement, les laissant seuls.

Harry soupire. « Ca va, toi ? »

« Oui, très bien », fait-elle hypocritement, le menton levé. « Et toi ? »

Il ne sourit pas. « On fait aller. »

C'est tellement stupide ! Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Pourquoi est-ce que tu me laisses ? Je t'ai fait des enfants ! Je t'ai donné toute ma vie !, hurle t-elle intérieurement. C'est encore un de tes secrets ? C'est encore un de tes héroïques sacrifices ? Mais tout ceci a déjà été dit et redit, sur tous les tons. Et elle n'a jamais eu sa réponse.

Elle lève les yeux et les plante dans ceux d'Harry, intransigeante. C'est ta dernière chance.

Le brun fait un geste maladroit, entre l'étreinte et la main tendue, et finit par se retenir, ayant l'air plus désemparé que jamais.

Ginny n'attend pas plus longtemps. Elle sort précipitamment de la maison, et lorsque le vent frais vient toucher son visage, elle ne peut s'empêcher de sourire un court instant, sentant les larmes traitresses couler sur ses joues et ruiner son maquillage.

A l'intérieur de la maison, Draco regarde la rousse s'en aller, aussi dignement que lui permettent ses talons de femme fatale sur des pavés de campagne.

« C'est un véritable trésor que tu laisses s'envoler, j'espère que tu le sais, » dit il à voix haute.

Potter met un temps à répondre, mais sa voix est assurée lorsqu'elle résonne dans le salon ; « Je sais. »

« Elle est belle, intelligente, son sang est pur…Des centaines d'hommes vont s'entre-tuer pour l'avoir. Des hommes plus jeunes, plus beaux et plus drôles que toi…Vraiment, tu n'es pas une grande perte, comment peut-elle pleurer pour un type comme toi ? »

« Aucune idée. »

Il ne semble pas triste, ou en colère, ou quoi que ce soit. Juste lui-même.

Le bon petit gryffondor qui fait toujours ce qu'il pense être le mieux pour les autres.

« Ton complexe de super-héros te tuera, Potter », murmure t-il alors que la porte du salon se ferme silencieusement dans son dos.

OoOoOo

Draco a mis peu de temps à emménager. Pansy ne s'est pas plainte plus que ça, le blond ayant fait entendre qu'il pourrait laisser échapper quelques petites choses désagréables à son sujet si elle parlait de quoi que ce soit à qui que ce soit. Elle l'avait laissé partir avec un air maussade et hargneux, mais il sait bien que deux serpentards comme eux n'auraient pas pu vivre tranquillement pendant bien longtemps.

Il s'est installé dans le grenier, réaménagé à coups de sortilèges par Potter. Il y fait chaud, et il a enfin un véritable lit, mais l'amas de vieux objets le met mal à l'aise, sans qu'il ne sache pourquoi. Et le brun n'avait pas l'air ravi non plus, mais d'un autre côté, ils n'avaient pas d'autres solutions.

Rien de bien palpitant ne lui arrive les semaines suivantes. La maison est affreusement calme, il ne peut pas sortir (Potter n'a toujours pas lâché son idée des sorts de verrouillage) et sa seule compagnie est une légende vivante dépressive. Si encore il pouvait charrier Potter, mais il pense que ce ne serait pas très aimable de le martyriser en ce moment.

Potter n'est pas souvent à la maison, et quand il rentre le soir, il est plus intéressé par son assiette que par Draco. Finalement, ils n'échangent que quelques formalités en l'espace de deux semaines. C'est une situation maladroite ; ils vivent ensemble, mangent à la même table et dorment à quelques mètres de distance, mais Draco a l'impression que des kilomètres les séparent, un parcours jonché par des souvenirs tous plus désagréables les uns que les autres.

Encore une fois, il n'est pas courageux. Il ne veut pas faire le premier pas et s'élancer dans ce désert hostile, en croisade contre l'image que Potter se fait de lui. Mais ce n'est pas comme s'il avait le choix.

Potter semble tout le temps fatigué. Le divorce ne s'est apparemment pas aussi bien passé que la gazette du sorcier le prétend, et Draco tombe souvent sur des papiers et des dossiers du quartier des lois magiques. Parfois, il se laisse aller à les lire, découvrant les chiffres exorbitant que la Weasley demande en pension alimentaire. Il se doute que le brun est blindé, mais il ne peut s'empêcher de penser à Pansy, son compte de Gringotts pillé régulièrement par le ministère, dans l'espoir de la faire craquer.

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Il l'avoue, il se sent redevable envers Potter. Voir ses cernes et son air atterré jour après jour ne le ravie pas. Et il a vaguement peur de retrouver son corps inerte un matin, pendu à la charpente du grenier, ou pire, empoisonné à coups de potions.

Le gryffondor a fait tant de choses pour lui, et même si Draco ne l'aime pas particulièrement, un Malfoy sait honorer ses dettes.

Mais, d'un autre côté, il se demande sérieusement ce qui lui a prit de l'accueillir chez lui.

« Franchement, Potter, » se lance t-il un soir, faisant preuve d'un courage peu habituel. « Pourquoi tu m'as demandé de venir ici ? »

L'auror lève les yeux de son rapport, fixant un point à côté de l'oreille de Draco pendant un certain temps. Celui-ci se refuse à le regarder et fixe à la place les dizaines de feuilles entre les mains de Potter. En plus des règlements du divorce, il ramène une montagne de travail à la maison tous les soirs. Draco se demande vaguement si des tendances masochistes ne seraient pas à incriminer.

Il se racle la gorge.

« Je…Ce n'était pas sur, chez Parkinson… Et Scorpius…»

« Oui, bon, j'ai déjà entendu ton bobard, mais la vraie raison ? »

Le brun se mordille la lèvre.

« J'ai jamais vécu seul. »

Draco hausse savamment un sourcil, dévisageant Potter qui ne baisse pas les yeux. Eviter de se moquer. « A 34 ans ? »

Potter hausse les épaules et commence à ranger ses dossiers, mais Draco ne lâchera pas l'affaire. « Tu t'es marié si tôt que ça ? »

« 23 ans. »

Il écarquille les yeux. « Et ton premier enfant ? »

« 24… »

Il a un petit sifflement. « T'as pas perdu ton temps, hein ? »

Potter hausse un sourcil amusé, malgré son air fatigué. « Tu peux parler, Scorpius a un an de moins que James. » Puis, songeur ; « Je crois ? »

Draco sourit, satisfait d'avoir orienté la discussion là où il le voulait. « Il est né en Aout 2006. Quand est ce que vous fêtez son anniversaire ? »

Le brun se mord la lèvre. « Le 1er janvier, comme Al. » Il semble hésiter un moment, son regard passant des dossiers couverts de lignes à Draco. Puis son visage s'éclaire.

« Peut-être que j'ai des albums photo quelque part… »

Ils passent leur soirée à discuter de leurs enfants, Potter le couvrant jusqu'au cou de photos mouvantes de Scorpius et d'anecdotes toutes plus croustillantes les unes que les autres. Il se surprend à penser que le gryffondor n'est pas si désagréable que ça, surtout lorsqu'il fait apparaitre une bouteille de bière au beurre ; ils savourent le breuvage dans le calme, et lorsqu'ils vont se coucher, c'est sans avoir levé la main l'un sur l'autre une seule fois.

Cette nuit, allongé dans son lit, Draco jubile de sa réussite, brandissant intérieurement la bannière du croisé qui découvre sa première oasis.

OoOoO

Il fait nuit. Une nuit noire, une nuit d'encre. Une nuit silencieuse et humide, une de celles qui préparent l'été.

Une nuit qui sent l'orage.

Scorpius se glisse hors de la chambre. Ses pieds sont glacés, comme ses mains, comme sa peau. Ses lèvres sont sèches et gercées. Les battements de son cœur sont silencieux.

Le parquet grince, mais il n'y fait pas attention. Tout en descendant le bel escalier que sa mère a aimé au premier coup d'œil, il songe que cette maison est trop grande pour lui. Cette maison est trop grande pour tout le monde. Elle ne contient pas assez de personnes. Elle manque de tout. De chemises sales, de déodorant pour homme, de vieux rasoir sur le meuble de la salle de bain. Il la déteste.

Il ouvre la porte du frigidaire à l'étage, son épiderme accueillant l'air froid avec délectation : il n'essaie pas d'être silencieux lorsqu'il sort les provisions une par une. Il a mûrit, pense t-il avec amertume. Et les potions sans sommeil de sa mère sont assez puissantes pour couvrir les sons d'un éléphant en rut.

Il remonte difficilement les escaliers, les bras chargés, laissant tomber un yaourt ou deux : il ne prend même pas la peine de ramasser. Grand-mère s'en occupera demain matin pour son tour de surveillance.

Lorsqu'il pousse la porte de la nouvelle chambre de James, il est accueilli par des reniflements sonores. Quelqu'un allume une petite lampe de chevet, trop neuve pour être honnête.

La tente est placée dans le meilleur endroit possible, collée contre le lit de James, pour que celui-ci puisse se cacher à l'intérieur aux heures les plus sombres de la nuit. La lampe de chevet est au milieu de celle-ci, créant des formes grotesques et inquiétantes sur les murs. Quelqu'un s'amuse à faire des ombres chinoises à travers les draps tendus. Scorpius se glisse par l'entrée.

Al est assis au fond, Lily blottie entre ses jambes, sa tête rousse enfoncée contre son torse de gamin ; elle pleure doucement, à la façon des enfants qui n'ont même plus la force de simuler une crise de larmes pour être consolés. Ses petits poings blancs gisent, las, en boule contre son ventre, tandis que les longs doigts pâles d'Al font des merveilles pour assécher ses jolis yeux bleus. Lily ne leur prête pas la moindre attention.

James est contorsionné dans un coin ; ses longs membres ont du mal à se trouver une place dans leur étroite cachette, mais pour une fois, il fait des efforts pour ne déranger personne. Il se tourne vers Scorpius lorsque celui-ci dépose son butin près de la lampe.

« On avait vraiment besoin de fromage ? », demande t-il à voix haute. Lorsqu'on souffre d'une vraie douleur, lancinante, étouffante, harassante, les chuchotements sont rabaissés aux répliques de mauvais films dramatiques.

Le blond hausse les épaules. « Tu veux de quoi ? »

« Bah, tant qu'on y est… Donne-moi du gouda. »

Ils se préparent à manger en silence. Les longues nuits blanches, ça ne se fait pas le ventre vide…Tandis que Lily dévore ses petits yop les uns après les autres, prise d'une espèce de boulimie nerveuse, Al caresse ses cheveux flamboyants, tout en fixant la lampe sans la voir.

Comment une telle chose a pu arriver ?

Comment leur famille s'est retrouvée éclatée, déchirée ?

Il ne connait pas les réponses à ces questions. Il pense que personne ne sait, que personne ne saura jamais. Il n'est pas sur qu'on peut expliquer la séparation de deux êtres, qu'on peut décrire la douleur, la colère, la tristesse. Il sait aussi que ce n'est rien, que ça arrive tous les jours, partout, avec n'importe qui. Mais il ne sait pas comment tout ces gens font pour survivre. Pour tenir le coup.

Il regarde sa fratrie. James tremble de rage, ses yeux brillants de douleur, comme un animal qu'on aurait blessé. Ses poings sont serrés étroitement, et Scorpius sait malheureusement qui il rêve de frapper. Il s'imagine que la vengeance le fera se sentir mieux. Mais qui peut croire que la douleur disparaitra aussi facilement ?

Lily est silencieuse comme jamais. Ses cheveux décoiffés et ses yeux à l'expression perdue lui font mal. Elle doit être celle qui souffre le plus, la plus fragile. Leur petite princesse, enfermée dans un donjon inconnu, sa robe déchirée, son diadème écrasé ; il sait qu'à partir de maintenant, ce sera à eux, ses frères, de s'occuper d'elle, jusqu'à ce que leurs parents aillent mieux…Jusqu'à ce que son prince aux lunettes mal ajustées ne se décide à venir la chercher.

La peau d'Al est plus pâle que jamais, ses yeux verts ressortant incroyablement au milieu d'un nid de cheveux noirs. Son expression est indescriptible, et soudainement, Scorpius est frappé par cette ressemblance irréelle avec leur père ; il a l'impression de se retrouver en face d'une apparition. Il a envie de frapper ce visage, de lui demander, pourquoi tu nous as abandonné ? Pourquoi est-ce que tu nous fais subir tout ça ? Pourquoi est-ce que tu as fait ce choix ?

Il sait qu'Al le laisserait faire.

Il regarde sa fratrie, et pense, c'est à cause de moi, tout ça. C'est moi qui les ai fait souffrir. C'est moi qui ai tout détruit. Draco était dans son droit, n'est ce pas ? Papa a fait les mauvais choix, mais c'est moi qui ai tout déclenché.

Ses yeux commencent à lui piquer.

Si seulement il avait choisi une autre famille ! Une femme seule, un veuf...Un orphelinat ! Si seulement il avait choisi un orphelinat ! Ils ne souffriraient pas comme ça, pas comme ça…Il l'aurait attendu…Il n'aurait pas pensé…Pas aimé…

Il lève les yeux, et veut s'excuser, mais sa langue reste bloquée : à la place, il sent de lourdes larmes couler le long de ses joues et humidifier ses lèvres craquelées.

James le prend dans ses bras, murmurant des choses qu'il oubliera bien assez vite. Il pense entendre des ce n'est pas ta faute, des ce sont les adultes, mais il continue de sangloter, désolé, désolé

Ils ne parlent plus de toute la soirée. Alors que la nuit avance, ils se serrent les uns contre les autres, en silence : James recouvre ses frères et sœur de ses propres couvertures : Scorpius sacrifie sa part pour Lily qui tremble et se glisse contre elle, la serrant contre lui et embrassant son front.
Albus ne dit rien, fixant le toit de leur havre improvisé d'un air las. Ses mains sont crispées sur son ventre, sa peau pâle veinée de bleu ressortant dans l'ombre. Lorsque personne ne se décide à se déplacer, confortablement emmitouflé dans un cocon de chaleur, il en lève une et claque des doigts.

La lumière s'éteint.

OoOoOo

Lorsque le jour se lève, Albus est le seul de réveillé.

Lily est roulée en boule contre lui : ses cheveux lui chatouillent le nez et s'infiltrent sous son haut de pyjama. Il s'éloigne en faisant attention à ne pas les tirer, et couvre sa sœur, qui renifle un remerciement endormi.

Score lui tourne le dos : il a blottit sa tête contre le bras de James, qui lui a donné sa couverture durant la nuit. Albus les fixe un moment, observant leurs corps immobiles, avec cette impression de vide qu'on éprouve certains matins trop silencieux. L'odeur de peinture fraiche lui agresse les narines, malgré tout le temps qu'il a eu pour s'y habituer...

La porte de la chambre grince. Il se rallonge discrètement et écoute les voix à travers les draps tendus.

« Quel massacre…Ils ne te posent pas trop de problèmes ? » Il sursaute en entendant la voix de son père.

Il est revenu ! Il est de retour ! Juste derrière ce mur de tissu, son père ! Il se mord la lèvre, se retenant de se jeter hors de la tente et de courir dans ses bras. Ce ne serait pas malin.

« Non…Non. Mais cette semaine… »

« Ne t'en fais pas, je les prends. »

« …Et lui… »

« Je ferai attention, je te le jure. Il ne peut rien leur faire. »

Il étouffe un soupir de déception, mais ne peut s'empêcher d'être soulagé malgré tout. Il lui a tellement manqué...

Les voix baissent d'un ton. Al tend l'oreille, mais les murmures finissent par s'évaporer, comme par magie. Il sait pourtant que quelque chose se passe, derrière les murs. Il espère que quelque chose se passe.

Reprend-la. Reprend-la !, ne peut-il s'empêcher de penser. Pense à Lily et Scorpius ! Pense à nous ! Pense à moi !

Pense à moi !