Les Ombres du Passé
Autrice Moi et si z'êtes pas contents, c'est la même chose.
Bienvenue dans notre nouveau jeu : le Kikéaki ! A vous de retrouver ce qui appartient à Ma'am Rowling et à Mam'zelle Naseis. Allez-y, c'est pas dur et y'a rien à gagner !
Réchumé Le destin d'un enfant… l'esprit d'un homme… la légende d'une vie… Une vie de légende…
Réchumé des zépichodes préchédents : Alors voyons, qu'est-ce qui s'est passé… Nous avons accompagné Hermione dans sa découverte des Internés – également appelés Exécutés mais par d'autres personnes et pour d'autres raisons -, Malefoy junior joue les profs avec Riry quand il ne se fait pas enlever, Mc Lagan a levé une partie du mystère Dalahiths ('fin mystère… valà, quoi !)
Note : Zoilleux Sanitaires Verts, les Ombreuh ! Zoilleux Sanitaires Verts ! Les enfants, on fête nos 1 an d'existence !
6- Souviens-toi que tu es mortel
J'erre. Légère. Une plume. Quelque part. Nulle part ? Il n'y a rien. Si. Le Néant. Je glisse ? Je flotte ? Je ne sais pas. Je ne vois pas mon corps. Je ne le sens même pas. Je ne suis que conscience, esprit errant dans un endroit ne possédant ni haut, ni bas, ni aucun autre repère. De temps à autre, une lumière s'allume. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce que c'est. J'y vais. C'est tout.
Je vois défiler les illusions que je me faisais de mon avenir. Je me voyais courir le monde, découvrir des civilisations disparues depuis des millénaires. Je voulais devenir la plus grande archéologue de tous les temps, défier les théories de Champollion, renverser Carter de son piédestal, faire une découverte qui équivaudrait à l'armée de Qin… Il semblerait que ce ne soit pas le corps des autres que je mettrai au jour mais le mien qui le sera par d'autres dans quelques siècles… L'idée ne me dérange pas. Je serai peut-être célèbre, qui sait. Une compensation…
J'ai une vague idée de ce que je fais ici, de comment j'y suis arrivée. Je crois que c'est à cause d'Enerhin. Je sais qu'il s'est passé quelque chose de déterminant, ce jour-là. Pour moi. Pour elle. J'ai vu cette… chose ? approcher mais je ne pouvais pas bouger. J'étais comme paralysée. Non par la peur. Plutôt par le désir. Oui… Je n'ai pas eu peur. Il y a d'abord eu le froid. Pas trop gênant. Puis le bien-être. Entrée en scène de la chose. Premières peurs. En fait… Non… Pas de la peur… De la Terreur au sens premier du terme. Je préfère ne pas me rappeler ce que j'y ai vu. Je sais pourtant que ça reste là, prêt à surgir à chaque fois que je ferme les yeux. Oui, j'ai peur. Peur de revivre ça
Je ne comprends pas ce qu'a fait Enerhin, ni ses motivations. Peut-être était-elle envoûtée par je ne sais quoi, peut-être ne voulait-elle pas ce qui s'est passé. Accident ? Préméditation ? Qu'importe, à présent ? Je suis morte ou en passe de l'être alors pourquoi me torturer l'esprit avec ça ? C'est arrivé et je ne peux rien y faire. Ce qui est fait appartient au passé, maintenant.
C'est peut-être une bonne chose de ne pas voir mon corps. Je ne veux pas savoir à quoi je ressemble maintenant. Je me souviens de la douleur. Horrible. Insupportable. Avoir l'impression que chaque membre de son corps est en feu est quelque chose que je ne souhaite à personne. Et que dire de la brûlure interne… Sentir ses organes se liquéfier… On ne peut pas imaginer ce qu'on ressent à sentir la vie quitter lentement et inexorablement son corps et se dire que personne ne peut rien y faire…
Curieux… Je ressens du froid… Etrange sensation, moi qui jusqu'à présent ne sentais que la chaleur. Déroutant. Une douce lumière s'allume devant moi. J'ai l'impression de retrouver les bras de ma mère… Maman… où es-tu ? J'ai besoin de toi !
La paix doucement m'envahie à mesure que je m'engage dans le chemin lumineux.
Je n'ai plus froid. Plus peur. Plus mal.
Rien que cette quiétude qui se déverse dans mon esprit… Et cette chaleur, cette douceur...
J'aperçois près de moi une vieille dame. Granny. Elle est morte il y a une dizaine d'années. Près d'elle, mon oncle Callum. Assassiné par des Mangemorts alors qu'il était en visite chez la famille de sa femme, les McKinnon. Et ce grand homme, là-bas ? On dirait… Papa !
Je cours vers lui.
Il me prend dans ses bras.
Je sens mes dernières attaches avec le Néant se briser dans son étreinte.
Je suis arrivée au terme de mon voyage. Ne pleurez pas pour moi. Vivez ! Soyez heureux !
Nous nous reverrons… Je vous attends…
…
Melysa succomba deux jours après ma première visite. Son corps fut envoyé à la morgue de Ste Mangouste pour examens. John l'y suivit peu après. J'étais venue voir Ron et Miceál lorsqu'on me l'apprit. Le premier montrait les premiers signes – maux de ventre plus ou moins forts. Il y avait cependant quelque chose que je n'aimais pas. La coloration rouge de son avant-bras gauche. Je ne savais pas s'il fallait interpréter ça comme une simple allergie ou comme le véritable début de sa maladie.
Le deuxième, en revanche, semblait remonter la pente. Il avait toujours une voix assez faible mais il arrivait à faire ses phrases d'un seul bloc. Malgré tout, il n'était pas prêt d'être débarrassé de ses bandages.
A chacune de mes visites, il m'accueillait avec un doux sourire dont il avait le secret, un de ces sourires qui vous font oublier le monde extérieur, la maladie, la guerre qui planait au-dessus de nos têtes, qui s'infiltrait même entre les murs de l'Ecole. Un sourire joyeux. Un sourire de Vie.
Il y avait cependant un point qui me chiffonnait. Malefoy. On ne l'avait toujours pas retrouvé. Non pas que je commençais à m'inquiéter, non. Enfin… quand même un peu… Comme il était de coutume ces temps-ci, le professorat mentit aux élèves sur les raisons de l'absence du Préfet de Serpentard – ceux-ci en semblant d'ailleurs légèrement affectés. Très légèrement. Qu'on leur ait annoncé la victoire de Gryffondor sur Poufsouffle leur aurait fait autant d'effet. Et leur comportement ne changea pas lorsque Narcissa Malefoy vint à Poudlard.
Lorsque je la vis, elle marchait en compagnie du professeur Rogue en direction du bureau du Directeur. Je remarquai tout de suite ses traits tirés. Elle avait sûrement été tenue informée de la disparition de Malefoy. Cependant, ayant un mari Mangemort – et à ce titre entretenant sûrement des relations avec Voldemort – je ne comprenais pas ce qui la poussait à venir ici. Elle devait être au courant de l'enlèvement de son fils via le réseau Mangemort. Mais en ce cas, pourquoi était-elle là ? Pour préserver les apparences ?
A l'heure actuelle, je ne connais toujours pas ses motivations. Peut-être était-ce simplement de l'amour maternel. Car femme de Mangemort – voire Mangemort elle-même - ou non, elle était et demeurait mère avant tout.
…
Il était tard, ce soir-là. Harry m'accompagnait pour une visite à Ron. Nous n'avions plus reparlé de la soirée de la semaine dernière. Je ne pouvais néanmoins m'empêcher de me demander s'il était responsable. Une partie de moi me hurlait que non, que je faisais erreur, que j'accusais mon meilleur ami de trahison. Car je le ressentais comme une véritable trahison, du moins la partie de moi qui l'incriminait. J'avais une telle confiance en lui que le moindre doute m'écorchait le cœur mais ses fréquentes disparitions ne plaidaient pas en sa faveur.
Je l'avais souvent surpris à fixer la table des Poufsouffles en fronçant les sourcils. Ce matin également. J'avais suivit son regard et étais tombée sur le jeune homme qui se pavanait à la session de Défense qui avait suivit la rentrée de Janvier. Dans un premier temps, j'avais pensé qu'il avait la rancune tenace mais ça ne correspondait pas à Harry. Un autre scénario avait alors germé dans mon esprit, peut-être encouragé par l'atmosphère qui régnait au château. Peut-être le soupçonnait-il d'avoir un lien avec les présents événements. J'avais surpris une conversation entre lui et le professeur Dumbledore. Ce dernier lui disait d'attendre, de ne pas se lancer dans une action inconsidérée. Avait-ce un rapport avec Ashton Croft ? Harry avait paru très nerveux, les jours suivants. Avec un tempérament comme le sien, il était difficile de ne pas se lancer à corps perdu dans les ennuis.
Je me rappelle sans problème d'Ashton Croft. Je les réprimandais souvent, lui et sa sœur, pour rôder dans les couloirs une fois le couvre-feu passé. A chaque fois, ils tenaient quelque chose dans les mains, une espèce de boîte en bois qu'ils cachaient à ma vue – ce qui ne réussissait que rarement.
Nous pénétrâmes dans le corps principal de l'Infirmerie. Morphée avait déjà appelé les malades en son royaume de sorte que le lieu était silencieux. Il y avait dans ces lits les cas banals : les os à faire repousser, les maladies diverses, les crises de nerfs – nombreuses à l'approche des examens -, les bras-cassés habituels des jours précédent les match de Quidditch…
Alors que je posai la main sur la poignée de la porte menant à l'arrière-salle, un gémissement nous parvint de l'intérieur. Toute ma vie, je me suis souvenue de cette plainte et de l'effet qu'elle produisit alors en moi. J'avais arrêté net mon geste. Je crois que ma respiration – et peut-être également mon cœur – suivit le mouvement un bref instant qui me parut durer le temps d'une chute dans un puit sans fond. Je sentis les poils de ma nuque se hérisser au passage de la sueur glacée qui inonda mon dos.
Un deuxième son me sortit de ma torpeur. Ce n'était plus tout à fait un gémissement, cette fois. On aurait plutôt dit une supplique faite par une voix sanglotante. Puis le silence revint. Plus de gémissement. Plus de supplique. Rien que du silence. Inquiétant. Bientôt, des voix s'élevèrent de l'autre côté de la porte.
« Son état s'est aggravé. »
Je connaissais cette voix. Malgré l'épaisseur de la porte, je distinguais sans trop de mal la tristesse du professeur Dumbledore. De qui parlait-il ? Qu'avait-il bien pu se passer pour déclencher de telles plaintes ?
« Il s'aggravera encore. Même vite. Depuis Melysa, leur état se dégrade de plus en plus rapidement. Je lui ai donné un Philtre de Paix pour faire passer la douleur mais plus ça ira et plus ce sera atroce. »
Madam Pomfresh. De qui était-il question ? Que se passait-il ?
La poignée s'abaissa. Harry me prit par le bras et me poussa contre le mur derrière la porte, sous le couvert de l'obscurité nocturne. Aucun regard ne nous atteindrait. Collée contre Harry, je vis les professeurs Dumbledore et McGonagall ainsi que Madam Pomfresh passer devant nous, la mine défaite. Des pleurs étouffés les accompagnaient. J'entendais un bruit de froissement de tissu, comme si quelqu'un tordait et retordait un chiffon.
Une fois le bruit de leurs pas assourdi, Harry me prit par la main et nous franchîmes les portes du royaume des Internés, laissées entrouvertes. Les rayons lunaires éclairaient faiblement une pièce divisée en petites sections délimitées par des voiles tendus entre les lits. Hormis le bruit de chiffonnage, je ne décelai aucune agitation si ce n'était les respirations des patients. Lorsque je compris ce qui provoquait le bruit, je me précipitai.
« Miceál ! » soufflai-je en arrivant à son chevet.
Le Serpentard se contorsionnait dans tous les sens, les poings résolument serrés autour d'un morceau de drap. Je voyais son visage baigné de sueur et de larmes. Son front était barré de vagues de souffrance. Sa respiration était précipitée mais aucun son ne passait ses lèvres closes.
« Qui est-ce ? » me demanda Harry en s'approchant du lit du jeune homme.
« Un ami. Il avait pourtant l'air bien, il y a trois jours ! »
Les yeux de Miceál s'ouvrirent lentement. Un instant, je fus parachutée quelques temps auparavant, lors de notre première rencontre. Le même voile les recouvrait et ils étaient aussi lointains qu'alors. Ils avaient toujours cette couleur de ciel d'été qui me plaisait tant. Il sembla me reconnaître.
Il lâcha le drap et prit ma main. Il la serrait comme un marin passé par-dessus bord s'accrochait à sa bouée. Sa paume était moite et sa poigne désespérée.
« Me laisse pas… - grimace de douleur et contraction de sa main sur la mienne - … S'il te plaît… »
Je raffermis ma prise et le lui promis. Il tourna le regard vers Harry, resté debout derrière moi.
« Harry Potter… Ravi de… »
Il ne pu dire de quoi il était ravi car il fut à nouveau emporté par une vague de douleur. Sa main broya la mienne comme jamais tandis que ses yeux se révulsaient.
« Miceál ? Miceál qu'est-ce qui se passe ? »
« Ca brûle » fit-il en se contorsionnant. « Dedans… »
Il se roula en position fœtale, ma main pressée contre son cœur qui battait la chamade. Je la lui serrai en lui murmurant des mots réconfortants. Je ne savais pas ce qu'il avait, hormis ce qu'il m'en avait dit. Il ressentait une brûlure en lui. Mais due à quoi ?
« Qu'est-ce que vous faites là ? »
Je me tournai vers le lieu de provenance de la voix. Madam Pomfresh se tenait dans l'encadrement de la porte, la mine réprobatrice. Elle ouvrit la bouche pour nous sermonner mais aucun son ne sortit lorsqu'elle remarqua l'état de Miceál. Aussitôt, elle se précipita vers nous en nous écartant Harry et moi d'un geste brusque.
« Miceál ? »
« Ca n'a r… rien fait… madame… Ca brûle… de l'in… intérieur… »
Madam Pomfresh serra la main du malade – mourrant ? – dans une des siennes et posa l'autre sur son front trempé de sueur. Une plainte tomba de la bouche de mon ami.
« Il est brûlant » l'entendis-je murmurer. « Miss Granger, sortez de cette pièce. Prenez la porte face à vous quand vous entrez dans mon bureau et ramenez-moi la fiole que vous trouverez sur le plan de travail. Il devrait rester un fond de bouteille. Ramenez-moi également une potion de sommeil, vous en trouverez dans l'armoire au-dessus. »
Je me précipitai dans la direction indiquée. Le bureau de l'Infirmière n'était pas très grand mais on ne s'y sentait pas confiné. Des étagères couraient sur les murs, étagères remplies de traités sur la chirurgie orthopédique, le traitement des allergies par le docteur A.Qu'arien ou encore l'ouvrage du professeur Roger Léboules, spécialiste français de la paranoïa mondialement reconnu. Je m'arrêtai un instant en voyant un nom qui me semblait familier. Wulfrick Burdon. Où avais-je vu ce nom ? Dans un livre ? Possible… Je laissai mes recherches à plus tard et cherchai les fioles demandées. Une Goutte du Mort-Vivant et une autre. Potion de quoi, je l'ignorais. J'espérais seulement qu'elle aiderait Miceál. Ses gémissements de douleur me suivaient jusque dans le laboratoire de l'Infirmière.
Le laboratoire était une sorte de cuisine. Au mur étaient suspendues des casseroles de différentes tailles séparées par des pilons de céramique. A côté, dans une armoire à la porte vitrée, s'étalait une collection d'éprouvettes et de fioles, certaines vides et d'autres remplies de substances plus ou moins rassurantes. Je l'ouvris et empochai un flacon de Goutte du Mort-Vivant. J'espérais que ça ne deviendrait pas la Goutte du Mort. Je remarquai toutefois que la potion n'avait pas sa couleur normale. Celle-ci était d'un rouge très clair. Madam Pomfresh m'expliqua plus tard dans la soirée qu'il s'agissait d'une potion expérimentale, un mélange de Philtre de Paix et de Goutte du Mort Vivant. Elle avait travaillé en collaboration avec le professeur Rogue sur ce projet. Ils avaient isolé les propriétés calmantes du Philtre de Paix et à les associer à l'action soporifique de la Goutte du Mort Vivant.
« Nous avons rajouté du miel pour adoucir le goût. » me dit-elle un autre jour.
Qu'avait dit l'Infirmière ? Le plan de travail ? Duquel parlait-elle ? Plusieurs plans de travail peuplaient la salle, éclairée en temps normal par une fenêtre à gauche de l'entrée. Bénies soient les torches qui, la nuit tombée, vous évitent de vous prendre le coin d'un meuble dans la cuisse !
La potion était sur un plan de travail face à moi. Il était encombré de morceaux de plantes – un mélange de fleurs, de feuilles, de racines et de morceaux d'écorce -, de grains de poussière qui, je le suppose maintenant en me rappelant la présence du pilon, étaient un résidu des plantes séchées réduites en poudre. Il y avait également une petite balance de cuivre dont l'un des plateaux croulait sous plusieurs poids en plomb. La fiole contenant le liquide était quasiment vide. Un fond de bouteille, comme avait dit Madam Pomfresh.
La potion, m'expliqua-t-elle en faisant boire Miceál, était une décoction à base de plantes. Elle servait à faire baisser la fièvre. Après l'infusion, elle fit ingurgiter à son patient la potion modifiée. Miceál ne fit pas longs feux et s'endormit sur un soupir de soulagement. Je ne remarquai qu'alors l'absence de Harry. Je fis part de cette constatation à Madam Pomfresh qui m'indiqua qu'il était parti demander au professeur Rogue de préparer une réserve de potion de Régénération sanguine. Je priai secrètement pour qu'aucun d'eux n'en ait besoin.
« Vous pensez qu'il va s'en remettre ? »
Question idiote. L'Infirmière me regarda d'un drôle d'œil. La réponse se lisait au fond de ses prunelles : il n'y avait rien à faire pour lui. Il allait mourir sous peu et la douleur empirait. Je sens mes doigts trembler, à l'écrire aujourd'hui. Et cela fait des années que cela s'est passé. Je me souviens du froid qui s'est installé en moi, en lisant cette réponse, réponse que je savais déjà au fond de moi. J'avais vu Melysa et même si je ne connaissais pas les détails de la maladie, j'en savais l'issue inexorable. Ceux qui rendent l'âme ne se rétablissent jamais avait dit quelqu'un. C'était vrai.
« Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ? » demandai-je.
« Je vais voir avec Ste Mangouste s'ils ont des lits de libres. Je ne sais pas dans quelle section ils peuvent aller… Ils ont tous les symptômes d'une allergie mais le développement de la maladie ressemble plus à une sorte de virus. » Elle se prit la tête entre les mains et soupira. « Je n'en sais rien… Ces enfants meurent à petits feux et je ne peux rien y faire… »
Je ne l'avais jamais vue aussi abattue. Cela me fit un choc. Madam Pomfresh, toujours vive, Madam Pomfresh qui savait toujours quoi faire, qui avait les remèdes à tout… Je n'avais jamais imaginé qu'elle puisse craquer, qu'elle ne puisse pas guérir quelqu'un. Un mythe de plus volait en éclat. Elle se reprit finalement.
« Attendez le retour de Mr Potter et allez vous couchez. Il se fait tard. »
« Je peux très bien rentrer seule » m'offensai-je.
« Je n'en doute pas » répondit-elle d'un ton las. « Mais je préfère vous savoir accompagnés. On ne sait pas ce qui rode dans Poudlard à la nuit tombée. Est-il besoin de vous rappeler les événements d'il y a quatre ans ? »
Si j'en avais besoin ? Oh que non ! J'avais été aux premières loges… Je ne contestai pas l'idée de l'Infirmière – je n'en ai jamais réprouvé le bon sens, du reste. Les événements de cette année étaient plus grave que ceux de ma deuxième année puisqu'il y avait déjà eu deux morts. Je me rendis donc à l'opinion de Madam Pomfresh et attendit patiemment Harry. J'en profitai pour constater l'avancée de la maladie sur Ron.
Celui-ci dormait à poings fermés. Ses bras avaient été bandés la veille. Madam Pomfresh avait eu raison de dire que plus le temps passait et plus les symptômes apparaissaient rapidement. Cela faisait une semaine, peut-être moins, que Ron avait été Interné et il développait déjà les premiers symptômes. Maux d'estomac, rougeurs, fièvre.
Je passai la main sur le front moite de mon ami, priant pour un rétablissement illusoire. Je n'avais toujours pas compris la logique du ou des coupables. Pourquoi machin plutôt que truc ? Qu'est-ce qu'ils avaient de spécial pour être la cible de telles attaques ? Ce n'était pas une Maison qui était visée puisqu'elles étaient toutes victimes. Et qui pouvait être le coupable ? Les coupables ? J'avais du mal à imaginer un professeur. Après tout, nous les connaissions pour la plupart depuis six ans. Un élève ? Impensable. Comment un élève aurait-il pu créer une maladie comme celle-là ? D'après ce que j'avais pu observer, l'inventeur devait avoir des connaissances en poison, anatomie et maladies. Peut-être un médecin ou quelqu'un ayant fréquenté les facultés de médecine. Se greffait le problème du mode d'administration. On n'avait relevé aucune trace de piqûre sur les corps ce qui excluait l'intraveineuse, et il n'y avait aucune preuve permettant d'accréditer la voie orale, cutanée ou nasale. Un vrai labyrinthe de pourquoi et de comment…
« Comment va-t-il ? » demanda une voix dans mon dos que je n'eus aucune peine à reconnaître.
Je me tournai vers Harry. Il contemplait Ron d'un air étrange, à la fois triste mais déterminé. En voyant son visage se dessiner en clair-obscur, je me suis brusquement rendue compte à quel point ses traits étaient creusés et ses yeux cernés. Je détournai les yeux vers ses mains où les veines apparaissaient clairement.
« Harry » soufflai-je doucement. « Depuis quand ? »
Ses yeux vitreux se déportèrent vers les miens. Mon dieu… Qu'ils avaient l'air vides !
« Trois heures cette semaine. »
Trois heures… Pourquoi ne l'avais-je remarqué qu'à cet instant ? Peut-être que la fatigue de la journée ajoutée à la découverte de l'état de mes amis m'avaient rendue plus réceptive.
« Tu as dormi trois heures cette semaine et tu n'as rien demandé à Madam Pomfresh ? »
Ton légèrement irrité. Il était tard. J'étais fatiguée. Une migraine pointait gentiment le bout de son nez. Des amis allaient mourir et je n'avais pas pu revoir mes cours de Potion et Métamorphose.
Ron s'agita dans son sommeil. Je lui passai une compresse d'eau fraîche sur le front en lui chuchotant de se rendormir, ce qu'il fit rapidement.
Soupir. Perdu pour perdu, autant faire quelque chose pour Harry. Je le pris résolument par le coude et le menai vers l'Infirmière.
« Hermione, qu'est-ce… »
« Maintenant tu te tais et tu laisses faire les grandes personnes. »
Madam Pomfresh nous regardait, les sourcils arqués. Je la dardai d'un regard colérique.
« Il faudrait un somnifère pour Harry, madame. Il n'a pas dormi plus de trois heures cette semaine et je refuse qu'il reste éveillé plus longtemps. »
Je lâchai toute ma hargne. Hargne contre la stupidité d'Harry. Hargne contre moi-même. Hargne contre mon impuissance à aider Ron, Miceál et les autres. Je savais que c'était stupide mais j'avais besoin de me libérer de ce poids.
Nous repartîmes trois minutes plus tard, le somnifère en poche. Les couloirs ne sont pas rassurants, le soir. Je l'ai déjà dit et le réitère. Sans compter que je n'avais toujours pas résolu le problème des voix dans la nuit, le mois dernier. Vous n'avez rien vu, Hermione. Rien vu, rien entendu, vous ne savez rien. J'avais acquiescé mais la curiosité me démangeait. Je n'avais pas été convoquée chez le directeur et aucune enquête n'avait été menée. A croire que l'incident avait été étouffé.
Je coulai un regard vers Harry. Il avançait d'une démarche mécanique, les yeux dans le vague et les mains dans les poches. A quoi pensait-il ? Qu'est-ce qui avait bien pu lui faire perdre le sommeil ?
oOo
Pourquoi ?
Que se serait-il passé si Voldemort avait décidé que Neville représentait un plus grand danger ?
Que se serait-il passé s'il s'était attaqué à lui ?
Qu'est-ce qui m'a fait Elu ?
Où se trouve la réponse ?
Qui la détient ?
Si les parents de Neville s'étaient mis entre lui et l'Avada Kedavra, aurait-il survécu à ces six années de course-poursuite avec la mort ?
Je ne fais que penser à ça, ces temps-ci. A ce qu'aurait été ma vie si Neville avait été choisi à ma place.
Jour et nuit…
… la même question…
… toujours…
OoO
« Granger ! »
Je me détournai de mon chaudron. Le professeur Rogue se tenait à son bureau, le fantôme de Lady Juliana de Rainborough à ses côtés. Celle-ci me fit un sourire bienveillant en rencontrant mon regard.
« Le directeur vous demande. Prenez vos affaires et déguerpissez. »
Je ne me fis pas prier. Je ramassai mes affaires, murmurai un bref Evanesco et suivis la Dame Grise. J'aimais beaucoup lady Rainborough. Au fil de nos discussions, j'avais apprit à connaître cette femme. Je me retrouvais un peu dans ce qu'elle avait été. Enfant studieuse, elle avait appris la lecture, l'écriture et l'histoire avec ses parents dans la bibliothèque familiale.
« Nous y passions des heures ! » m'avait-elle dit pensivement.
Ana – comme l'appelaient son père et son mari – est morte à vingt-quatre ans, empoisonnée.
J'avais rapidement constaté que la Dame de Serdaigle ne me conduisait pas au bureau du professeur Dumbledore mais à l'Infirmerie. Pourquoi me demandait-on là-bas ? Que se passait-il ? Je demandai des éclaircissements à ma guide mais elle ne m'en fournit pas.
« Le messager ne fait que transmettre les ordres du général, mademoiselle. Il ne connaît pas forcément les tenants et les aboutissants de ce qu'il transporte. »
Je reconnus la véracité de ces propos. Je me rappelle l'angoisse croissante qui étreignait mon cœur à mesure que nous avancions vers une porte que je connaissais bien. Je savais où nous allions et me doutais de ce que j'allais y rencontrer. Je me figeai soudain, à quelques centimètres de l'entrée.
« Je ne peux pas. » soufflai-je.
La Dame Grise revint vers moi. Je me reculai et butai contre un mur. Je ne cessai de fixer la porte, les yeux écarquillés.
« Je ne peux pas » répétai-je. « Je regrette, ça m'est impossible. »
Un sourire indulgent étira les lèvres du fantôme.
« Il le faut, pourtant. Votre ami a besoin de vous. »
« Ce dont il a surtout besoin c'est de sa famille. »
« Vous l'avez accompagné, mademoiselle. Vous n'avez pas le droit de vous défiler ainsi après le soutien que vous lui avez apporté. Il a besoin de vous. »
Je cessai de fixer la porte et posai les yeux sur le visage de lady Rainborough. De souriant, son visage s'était fait grave… suppliant… Je savais qu'elle avait raison mais j'avais peur… Peur de le voir une dernière fois.
« Personne ne doit mourir sans avoir une main à tenir. »
Ce fut, je crois, l'argument qui me décida. Je pris mes entrailles à une main, la poignée dans l'autre et pénétrai dans l'antre de l'Infirmière. Les patients "normaux" étaient alités, dormant ou bavardant joyeusement. Je détournai la tête et regardai la Dame Grise. Elle me fit un sourire encourageant et disparut de mon champ de vision. J'étais seule, à présent. Je me forçai à avaler la distance qui me séparait de la Porte – répondant par un geste aux salutations - que je poussai avec réticence. On sentait qu'en la franchissant, on pénétrait dans un autre monde. On y percevait une certaine sérénité, une acceptation silencieuse du sort qui leur était réservé. Je me rendis compte que les rayons solaires qui s'infiltraient par les grandes fenêtres nimbaient la pièce d'une aura dorée. C'était comme si le temps s'était arrêté… Il existe des milliers d'univers différents du nôtre avait dit le professeur Mc Lagan. J'avais vraiment l'impression d'être dans un de ces univers parallèles.
Il y avait, de part et d'autre, deux rangées de box séparés par des voiles blancs. Les Internements semblaient avoir cessés. Etaient recensées à l'heure actuelle vingt-six victimes à différents stades de la maladie. Il n'y avait aucune distinction d'âge, de maison, de sexe ou de couleur de peau. Il n'y avait aucun lien entre eux si ce n'était d'être frappés par le même mal inconnu.
« Miss Granger ? »
Je sursautai. Le professeur Dumbledore se tenait face au troisième box à ma droite. Je déglutis et m'avançai vers lui.
« Vous m'avez fait demander ? »
« Pas moi. »
Il me prit par l'épaule et m'introduisit dans la chambre de Miceál. Je ne vis d'abord que le lit sur lequel était étendu mon ami. Il était passé à la dernière étape : momification totale. Une momie blanche sur un lit blanc. Je m'en approchai à pas lents, ignorante des autres personnes présentes. Je discernai la respiration du jeune homme. Faible. Presque inaudible. Régulière.
« Comment va-t-il ? » demandai-je.
« Il meurt. »
Je retins une larme en ayant la confirmation de mon intuition. Un souffle passa les lèvres du mourant. Il murmurait mon nom. Je lui pris la main. Il ouvrit les yeux et tourna lentement la tête dans ma direction.
« Bonjour. » lui dis-je en souriant.
Il porta ma main à sa bouche et en embrassa le bout des doigts.
« C'est a… agréable de voir un… un ange se… »
Il ferma les yeux vivement et inspira un grand coup. Ses doigts bandés se crispèrent sur les miens. Madam Pomfresh avait dit que plus ça irait et plus ce serait atroce. Il ne disait rien. Pas un son ne filtrait. Les grandes douleurs sont toujours silencieuses, avait dit quelqu'un. Je n'osai imaginer ce qu'il devait ressentir. Et malgré tout, il se taisait…
Je retins les larmes de toutes mes forces. Je ne voulais pas pleurer devant lui. J'estimais ne pas avoir le droit de me laisser aller alors que lui avait dû se battre contre cette maladie. C'est un opprobre pour le lion de pleurer face au serpent. J'en ris, à présent. C'était bien le moment de faire la fière.
Ce n'est que lorsqu'il tourna la tête à sa gauche que je remarquai les deux autres personnes présentes. Un homme et une femme. Lui, vêtu d'un sobre costume cravate et d'une cape noire, arborait les cheveux noirs de Miceál. Il se tenait debout derrière la femme et retenait une de ses mains. Elle, triste ciel d'été drapé dans une cape noire, se livrait au même exercice que moi, sans toutefois y réussir vraiment. Elle avait la main libre de Miceál dans la sienne.
J'avais devant moi ses parents, Tierney et Caireann O'Sé.
…
C'était étrange de retrouver le Parc aussi calme. Etrange mais agréable. J'aimais cette solitude. Ca contrastait plaisamment avec l'agitation de la journée. J'avais l'impression d'avoir assisté à cette journée, un peu comme si j'avais regardé un film au cinéma. Un film muet. J'avais été témoin de ma propre vie, réduite à l'état d'ombre parmi les Hommes. Mes condisciples n'avaient pas compris pourquoi je n'avais pas répondu aux questions des professeurs, comme à mon habitude, pourquoi je n'avais pas touché à mes repas, pourquoi mon regard s'était éteint…
Nous avions veillé Miceál jusqu'à son décès, au milieu de la nuit. J'avais apprit à connaître un petit garçon rusé comme un renard qui passait son temps à faire courir ses parents, à emplir de rire la maison familiale grâce aux farces qu'il manigançait avec ses frères et soeurs. Mr et Mrs O'Sé m'avaient raconté quelques anecdotes de l'enfance de mon ami.
« Un jour, il devait avoir sept ou huit ans, nous étions invités à une soirée chez des amis. C'était la première sortie de ce genre de Miceál. »
Celui-ci avait poussé un gémissement.
« Non maman, ne lui… raconte pas ça. Je… je préfère la laisser sur… sur une bonne… impression. »
« Tu sais, elle est pas si bonne que ça. »
Nous avions éclaté de rire, rire qui s'était fini en quinte de toux pour mon ami. Malgré cette manifestation de la maladie, nous avions fait comme si de rien était.
En début de soirée, je m'étais absentée de l'Infirmerie. J'avais besoin de solitude pour me préparer au deuil que j'allais bientôt devoir faire. Je me revis assise sur les marches menant au parvis de Poudlard, les bras autour des genoux. Il soufflait un vent venant du Nord mais je ne le sentais pas. J'avais fermé les yeux et laissé mon esprit vagabonder, bercée par le bruissement des feuilles sous le vent.
Je ne le connaissais pas depuis longtemps et pourtant, j'en étais venue à l'apprécier. Peut-être même à l'aimer… A vrai dire, j'avais toujours pensé qu'une amitié entre un Gryffondor et un Serpentard était une aberration, que ça relevait de l'impossibilité totale. Pourtant, cette aberration avait été réalisée. Par nul autre que moi-même. Et j'aimais cette idée. Je me rendis compte cette nuit-là que j'avais mis tous les Serpentard dans le même sac. A ma plus grande honte, j'avais fait d'eux une copie de Malefoy. Je me rendais compte à présent combien j'avais pu être stupide. Moi qui me croyais intelligente…
Des bruits de pas avaient dispersées mes pensées dans le vent. Le froid mordait ma peau à pleines dents. Caireann O'Sé s'était assise à côté de moi en resserrant les pans de sa cape autour de ses épaules.
« Mon fils vous a en haute estime, mademoiselle. » m'avait-elle dit après un long silence.
« C'est un ami précieux. »
Nouveau moment de silence. J'en avais profité pour regarder mon interlocutrice à la dérobée. Des mèches folles s'étant échappées de son chignon roux d'Irlandaise encadraient un visage fin qu'éclairaient normalement les yeux bleu clair dont la Nature l'avaient pourvue. Je la pensais affable, toujours souriante au vue des pattes d'oie qui bordaient ses yeux, lesquels yeux devaient en temps normal resplendir de bonheur. Je l'imaginais bien volontiers entourée d'enfants, un peu comme Molly Weasley. J'avais souri mentalement à cette comparaison, association qui en amenait aussitôt une autre : comme Caireann O'Sé, Molly Weasley avait un fils qui allait mourir.
« Merci. »
Je m'étais tournée franchement vers la femme et avais haussé un sourcil. Elle avait le regard dans le vague, lointain.
« De quoi ? »
Elle m'avait regardé et son regard s'était éclairé d'une douce flamme.
« D'avoir été là. »
Je lui ai souri. Ces trois mots avaient répondu à la promesse que Ron et moi avions faite à Harry, en début d'année.
« On n'abandonne pas un ami. »
Par ces mots, j'avais visé Miceál mais également Harry. La main de Mrs O'Sé avait recouvert la mienne et l'avait serrée. Pas brutalement. Doucement. Avec reconnaissance. Je l'ai serrée à mon tour. J'ai éprouvé un certain réconfort, à ce contact. Ca faisait du bien de partager sa souffrance avec quelqu'un, même si je me rendais parfaitement compte qu'elles n'avaient rien de comparable.
Une goutte. Deux gouttes. Six gouttes. Vingt gouttes. Petit à petit, le ciel s'était ouvert et laissait déferler sur le pays des trombes d'eaux. Nous avions reflué vers l'intérieur de château comme des papillons de nuit attirés par la lumière. C'est comme ça qu'avait fini mon amitié avec Miceál – physiquement parlant. Car si son corps n'est plus là, son esprit m'accompagne depuis ce jour.
« Hermione ? »
Je sursautai et levai les yeux vers le lieu de provenance de la voix. Deux lanternes vertes brillaient dans la nuit. Comme cette nuit, dans le couloir… Un frisson me saisit au souvenir des sifflements entendus et de la peur qui avait étreint mon cœur.
La personne s'approcha. J'esquissai un geste de recul. Dans un rayon de lune, je distinguai les lunettes d'Harry puis une partie de ses traits. Il était différent, comme ça. Plus mystérieux. Il y avait dans ses yeux une sorte de sagesse qui contrastait énormément avec son âge.
« Je te cherchais. » dit-il en s'asseyant près de moi.
« Tu m'as trouvée. »
Un coup de vent me transporta en début d'année. J'avais adopté la même position que Harry, bras entourant les genoux et yeux dans le vague. Je sentais son regard braqué sur moi mais ne pouvais me résoudre à le regarder. Ca aurait signé l'arrêt de mort du peu de maîtrise de moi que j'avais.
Je sentis une présence dans mon dos avant de voir des bras m'enlacer. Je m'y agrippai. Un torse se colla à mon dos et un menton se posa sur ma tête.
« Il était une fois un petit garçon qui voulait comprendre pourquoi sa meilleure amie était triste. »
La voix rauque raisonnait dans ma tête. J'affermis ma poigne sur les bras de Harry.
« Un soir, il la chercha dans toute l'école. Il s'inquiétait pour elle parce qu'elle ne répondait pas à ses appels de Miroir. Il la retrouva enfin dans le parc, murée dans sa tristesse. »
Je fermai les yeux dans un vain espoir de refouler les larmes qui venaient à l'assaut de mes yeux.
« Harry… »
Il me serra un peu plus fort contre lui.
« Ne fais pas comme moi, Hermione. Ne te laisse pas détruire par la douleur. »
C'était à mon tour de serrer la main de quelqu'un comme un naufragé et sa bouée. Une larme roula sur ma joue et s'écrasa sur le bras de Harry. Nous restâmes ainsi en silence pendant un bon moment, observant la course que se livraient la Lune et les étoiles. Je ne prêtais plus guère attention aux larmes qui inondaient mes joues et les bras de Harry.
« Est-ce qu'on finit un jour par oublier ? Par ne plus souffrir ? » demandai-je soudain.
Harry poussa un soupir et posa sa tête sur mon épaule. Sa voix n'était plus qu'un murmure.
« Rien ne s'efface jamais entièrement. Ce sont les impressions qui s'estompent. »
Son souffle dans mon cou me chatouillait et apaisait mes pleurs. Le flot de larmes se tari. Ne restait que le silence.
Il y eu une lumière, sur le sol. Je regardai dans cette direction et écarquillai les yeux. Devant moi, une espèce de bol d'or était apparu dans lequel reposait ce qui ressemblait plus à de l'or liquide qu'à autre chose. Le tout était entouré d'une légère aura dorée. Cela me faisait penser à la vision du Saint Graal, dans les gravures chrétiennes. Harry dégagea un de ses bras et trempa le bout de son index et de son majeur dans le liquide. Fascinée, je le vis les approcher de moi. Il posa ses doigts dorés sur mon front. Je le sentais y dessiner quelque chose que je suis incapable de définir.
« Vue. Ouïe. Odorat. Toucher. Temps. Conscience. Chair. Espace. Tu vas t'arrêter… »
Au fur et à mesure qu'il égrainait les mots et traçait le dessin, je sentais mes paupières se faire plus lourdes et mon corps plus léger. Les bras de Harry ne me retenaient plus. Mon esprit était libre d'aller où il le voulait, sans se soucier des contraintes physiques. Je lâchai prise et me noyai dans l'immensité de la nuit, faisant corps tour à tour avec les feuilles, les licornes, les esprits…
…
Ce matin-là, il pleuvait dans la Grande Salle. Le plafond magique était barré d'éclairs. Je recréais le son en imaginant le roulement des tambours de guerre. L'excitation coutumière des matins de match emplissait la salle. Tout le monde discutait avec entrain et pariait sur le résultat. Parmi notre petit groupe – agrandit à toute la Maison -, Erin se montrait la plus enjouée.
« Un Cognard bien senti sur Chang et le match est dans la poche ! » avait-elle dit en mimant un écrabouillement.
La douceur personnifiée pensai-je avec un sourire. Le temps m'avait appris à ne pas chercher querelle à Erin Munroe. Si elle se montrait à peu près fair-play sur le terrain, elle arborait sans honte la brutalité de son grand-père à la moindre incartade. J'avais arrêté de compter le nombre de fois où je l'avais sermonnée sur le sujet. J'avais également arrêté de lui demander de ne pas porter sa batte à sa ceinture dans la journée. Je lui avais seulement conseillé d'essayer de ne pas l'utiliser pendant une rixe.
« Ca va, Reuel ? »
Reuel Endean avait été nommé gardien depuis l'Admission de Ron. C'était une sorte de sujet tabou, à la Tour. Pour tous, John – interné juste avant Miceál –, Ron et les autres Internés étaient en Maison de Repos pour se remettre d'une maladie grave – version officielle. Mais mes camarades savaient bien que quelque chose n'allait pas avec cette histoire. Il ne fallait pas les croire aussi idiots que Rogue aimait à le penser. Beaucoup de questions se posaient mais peu de réponses étaient offertes.
« J'ai l'impression que je vais vomir tous les repas des deux dernières semaines. »
Il avait effectivement l'air un peu vert… Erin lui colla une grande tape dans le dos – geste amical, je suppose. Ferme la bouche, Reuel, pensai-je en le voyant gonfler les joues. A l'heure actuelle, je me demande encore comment ce garçon avait pu se retrouver dans l'équipe. C'est vrai, quand on est joueur de Quidditch, l'une des conditions d'embauche principale était d'avoir l'estomac bien accroché. Alors ? Comment ? Pourquoi ? Harry vint au secours de notre pauvre Gardien.
« Erin, arrête de le secouer, s'il te plaît. On a encore besoin de lui. »
« Besoin de quelqu'un qui ne sait pas tenir ses tripes en respect ? »
Air sceptique de la demoiselle. Je la comprenais.
« Il ne sait peut-être pas… comment dire… se retenir mais il connaît son boulot comme pas deux. Alors tu vas être gentille et laisser ton coéquipier t'aider à mettre la pâtée aux Serdaigle, d'accord ? Mine de rien, c'est quand même lui qui empêchera l'Ennemi de nous faire passer de vie à trépas. »
Ces paroles auraient pu surprendre un auditeur externe. Elles faisaient en fait référence à l'entraînement que subissaient les joueurs. Harry l'avait mis en scène à la façon d'une bataille. Les Poursuiveurs faisaient augmenter un "capital vie" commun à l'équipe en se passant le Souaffle. Suivant la tactique et les feintes misent en œuvre, le Gris – une sorte d'observateur, Harry le plus souvent – leur allouait des points supplémentaires. Dans cette optique, le rôle du Gardien était prépondérant. En effet, c'était à lui de valider ce capital vie ou de le rendre caduque. S'il empêchait un but de rentrer, il était conservé. Au contraire, si le but était marqué, les joueurs mourraient et il passait un très mauvais quart d'heure. C'était un spectacle fascinant à observer. Nous n'étions jamais à court de surprises et nous demandions toujours ce qu'ils allaient bien pouvoir inventer. Ils combinaient feintes et parades avec une agilité ahurissante ! Harry en était fier, de son équipe. Oh oui ! Tellement fier ! Il suffisait de voir ses yeux quand il les regardait pendant les matchs ou à l'entraînement… Ils resplendissaient ! Comme avec la DA. La même fierté, le même amour.
« Les enfants, il est temps qu'on y aille, on a encore quelques petites choses à mettre au point. » dit Harry en se levant. « En plus par ce temps, il est nécessaire de revoir certaines choses. »
Une clameur s'éleva de la table. Les deux équipes se rejoignirent aux portes de la Grande Salle et se dirigèrent en riant vers le Stade. En repensant à cette journée, je me demande encore si quelqu'un aurait pu prévoir ce qui allait se passer par la suite…
oOo
Et si…
Et si Neville avait été choisi à ma place ?
Et si ses parents s'étaient interposés devant le sort ?
Et si Tom Jedusor n'avait pas rejeté sa femme ?
Et si je n'étais pas tenu d'appliquer ce qui est dit dans la Prophétie ?
Et si je n'avais pas d'autre choix que d'exécuter celui qui ne sait que haïr ?
Et si nous…
Et si eux…
Et si je…
OoO
Oh Merlin ma tête ! J'ai l'impression qu'un troupeau d'Hippogriffes m'a piétiné la cervelle. J'ai pourtant pas fait la fête, hier… Je ne sais même pas ce que j'ai fait, d'ailleurs. Je suis monté au bureau, j'ai traité les urgences et… et rien. Trou noir. Je me relève lentement. Les étoiles dansent la polka devant mes yeux. Depuis quand mon lit est-il aussi dur ? A moins que je ne sois tombé de ma chaise. Je frissonne. J'ouvre les yeux.
Nom de… Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Où est-ce que je suis ? C'est quoi, cette pièce ? On dirait un cachot ! Enfin… pour ce que je discerne… La pièce est aussi sombre qu'un conduit de cheminée qui n'a pas vu de ramoneur depuis des siècles. Je ne remarque aucune fenêtre. Mouais… Ca confirme l'idée du cachot. Mais pas ce que j'y fais. Ni comment j'y suis arrivé.
Minute. Je me souviens, je crois. Il y avait une gamine haute comme un gnome, à la porte. Elle avait un miroir sur patte à côté. Je ne me souviens plus vraiment de ce qu'elle a dit. Il me semble qu'elle a fait mention du Seigneur des Ténèbres. Est-ce que je serais dans son Quartier Général ?
Un rai de lumière passe sous la porte. J'entends des pas qui se rapprochent. Plusieurs personnes. La porte s'ouvre sur une silhouette sombre. La lumière vive me brûle les rétines. Je ferme précipitamment les yeux.
« Debout, Malefoy. Tu es attendu. »
Il me relève sans ménagement et me met une cagoule sur la tête. Je m'accroche au mur pour ne pas tomber. Mes jambes ne me portent que très sommairement. Un frisson me parcoure la colonne vertébrale. Je remarque que je suis pieds nus. Je sens le frottement du pantalon sur mes chevilles ainsi que le tissu de la chemise. L'honneur est sauf, c'est déjà ça.
Je me casse à moitié la figure dans un escalier qui me donne le tournis puis passe dans un endroit à peine plus grand que la cage d'escalier. Nous nous arrêtons. J'entends des pas étouffés puis une porte qui s'ouvre. Un courant d'air.
« Bienvenue, Drago. »
Cette voix… C'est… Non ! Impossible ! Il a été… Comment peut-il… Depuis quand ? Pourquoi ? Comment ?
Je sens sa main froide sur mon bras. Une mimique de dégoût tord ma bouche. Heureusement qu'il ne peut pas la voir. Sa poigne se resserre. Je sens ses ongles sur ma peau. Nous nous remettons en marche. D'après les échos qui me parviennent, je déduis que la salle dans laquelle je me trouve est de grande dimension. Certes pas aussi grande que la Grande Salle à Poudlard mais ça correspondrait assez à la salle de bain des Préfets.
Je n'entends rien. Juste l'échos des pas de mes guides dans cette grande salle vide. Il me fait m'agenouiller. Je ne l'entends pas s'éloigner. Et maintenant, que suis-je sensé faire ? Faire une prière à la façon des musulmans ? Je ne sais pas dans quelle direction se trouve La Mecque. Me tourner les pouces ? Ca risque d'être un peu difficile, avec les mains attachées dans le dos.
On m'enlève la cagoule. Je cligne des yeux et regarde autour de moi. La pièce est, comme je le pensais, de dimensions respectables. Des rayons lumineux percent la crasse accumulée sur les fenêtres. Rayons de Lune ? Rayon de jour ? Je ne sais pas. De la simple lumière qui me rassure. J'admire les grains de poussière qui dansent dans les faisceaux. J'aimais faire ça, quand j'étais petit. Quand Père n'était pas dans les parages, s'entend.
De part et d'autre de la salle, des Mangemorts sont alignés comme pour faire une haie d'honneur. En l'honneur de qui ? De quoi ? Au bout de cette allée improvisée se trouvent les Ténèbres. Des volutes de brouillard noir qui semblent tournoyer autour de quelque chose, comme une sorte de bouclier protecteur. Il doit être là, selon toute logique. Devant moi, décalé sur la droite, il y a lui. Cet être honni depuis ma naissance.
Mon père.
Mon père avec ce sourire suffisant. Mon père avec cette lueur mortelle dans les yeux. Il me hait. Je l'ai déshonoré. J'ai sali le nom des Malefoy par mon obstination à vouloir être Gris. J'ai jeté la honte sur notre famille en refusant de me joindre aux Forces du Mal. Il me hait. Je vais payer. Cher. Je ne m'attends pas à autre chose. Je le défie d'un sourire. Faites comme bon vous semble, Père. Je ne regrette rien. A part mon sang. Votre sang qui bouillonne dans mes veines. Votre sang qui vous a trahi. Votre sang que vous allez probablement tuer.
Il y a un mouvement dans les Ombres. Mon père me quitte des yeux et se tourne vers elles. Ils s'inclinent tous. Une brèche s'ouvre dans l'épais brouillard, dévoilant peu à peu celui devant qui tous tremblent. Je m'attendais à trouver quelqu'un avec un visage humain. Horrible déception. Je me fais violence pour ne pas baisser les yeux devant ce… cette chose. Je me demande pourquoi on le craint. Pour son aspect physique ou pour ses pouvoirs ? Car oui, il est puissant. Ca se sent. Il irradie de lui une telle puissance ! C'en est effarant. Je suis sûr que s'il claquait des doigts, je serais expédié en Nouvelle Zélande avant d'avoir pu dire Quidditch.
« Voici donc le jeune Mr Malefoy. » Sa voix n'est qu'un sifflement. Je frissonne malgré moi. « J'ai beaucoup entendu parler de toi, jeune homme. »
Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom se lève et s'approche lentement de moi. Mon père s'éloigne de quelques pas. Je ne baisse pas la tête. Je le fixe malgré mon dégoût. Il est absolument hors de question que je me laisse impressionner.
« Il te ressemble, Lucius. » Je sens mon estomac bondir au bord de mes lèvres quand sa main glacée caresse ma joue. Je fuis son regard mais ne baisse aucunement la tête. Je regarde un point devant moi en fronçant les sourcils. Il ne semble pas en avoir cure. Il s'en amuse, plutôt. « Que d'orgueil, que fierté… » Il me prend le menton entre ses longs doigts et me force à le regarder. Il ne sourit plus. Ses yeux lancent des éclairs mais sa voix reste douceâtre. « Attention, Drago. Ce sont des armes à double tranchant. »
Il lâche mon menton et regarde au-dessus de mon épaule, vers mon premier guide.
« Tu féliciteras ton fils, Cormac. Il a fait du bon travail. »
Cormac… Ce nom me dit quelque chose… Il me semble avoir rencontré quelqu'un portant ce nom, il y a longtemps. Je tourne légèrement la tête. Un homme est incliné face au Lord Noir. D'après la peau de ses mains, je déduis qu'il est d'origine africaine.
« Il est présent, Maître. Je l'ai rappelé pour le week-end. »
Quelqu'un sort du rang et s'approche. Je ne distingue pas sa figure, dissimulée sous un ample capuchon brun. En revanche, la voix qui en sort m'est familière. Je la côtoie depuis une bonne dizaine d'années.
« Je remercie mon Maître de la confiance qu'Il m'a accordée. »
J'écarquille les yeux. Bien sûr ! Cormac Zabini ! Père l'invitait souvent au Manoir… Blaise relève légèrement la tête. Je peux voir ses yeux se poser sur les miens. Il a un sourire en coin et me fait un clin d'œil. Surprise, Malefoy, semble-t-il dire.
« La Marque flotte-t-elle sur Poudlard ? »
Blaise… Je croyais… Je devrais savoir qu'à Serpentard, c'est chacun pour soi. Je croyais pouvoir lui faire confiance. Il m'a trahi. Toute notion de prudence s'échappe de mon esprit à cette évidence. Je me jette sur lui. Je sais que je ne peux pas faire grand-chose mais j'ai besoin de lui faire savoir que je le hais. J'ai à peine le temps de le renverser d'un coup d'épaule dans le ventre que je me retrouve à terre, hurlant de douleur.
A travers mes larmes, je peux voir mon père, baguette à la main. Cette vision ne m'étonne pas. Ce n'est pas la première fois. Ce n'est sûrement pas la dernière, du reste. Il lève le sort. J'ai la gorge en feu et le visage inondé de larmes. Mes paumes sont en sang. Je me suis planté les ongles dedans. Je n'arrive pas à retrouver ma respiration.
« Je déteste ce genre d'initiatives. Apprends-lui les bonnes manières, Lucius. »
Mon père s'incline. Quand il se tourne vers moi, il me lance un regard noir. Oh que oui, il va me les apprendre. Et pas de la meilleure des façons. Deux Mangemorts sortent des rangs et me traînent hors de la salle, à la suite de Père. Les lourdes portes se referment sur moi dans un bruit sourd qui me fait penser à un Juge abattant son marteau après avoir prononcé la sentence.
…
Je m'adosse au mur contre lequel j'ai cogné lorsqu'ils m'ont gentiment ramené à mon cachot. Dire qu'on m'y a déposé comme un papillon sur une fleur serait un mensonge éhonté. Résumons la situation : je me suis fait enlever, j'ai atterri chez Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, je ne sais pas pourquoi j'y suis et Blaise, que je croyais mon frère juré, n'est en fait qu'un sale traître.
Bon… Eh bien au moins je suis en vie ! Je ne sais pas pour combien de temps mais c'est déjà ça. Avec tout ça, mon mal de tête n'est toujours pas passé. J'aurais mieux fait de rester couché, hier matin… A supposer que tout ça ait bien eu lieu hier.
« J'ai failli attendre. »
Deux solutions : ou j'entends des voix – et dans ce cas je suis bon pour Ste Mangouste -, ou il y a quelqu'un avec moi et je ne l'avais pas remarqué. Un froissement de tissu attire mon regard à gauche de la porte. Un Lumos murmuré et le cachot s'éclaire. Aussi curieux que cela puisse paraître, mon père est là. Ca me fait penser à Mère qui restait à mon chevet quand j'étais malade, étant petit. Sauf que Père ne ferait jamais ça. La force des Malefoy, la fierté des Malefoy, l'honneur des Malefoy. Voilà tout ce à quoi il pense.
« Change de regard, Drago. »
Je baisse les yeux. Règle numéro un : ne jamais le contrarier sous peine de sévères remontrances. Croyez-en mon expérience.
« Le Maître te fait un immense honneur en pensant à t'intégrer dans ses troupes. »
Il y avait d'autres moyens de me faire part de cette nouvelle, je pense. Ainsi c'est pour ça que je suis ici. Pas que je m'attendais à autre chose mais sait-on jamais. Père est-il au courant de mes souhaits, concernant une quelconque allégeance ?
« Depuis des années, tu rêves de servir le Maître et j'apprend il y a quelques semaines que tu refuses. Pourquoi ? »
Il est au courant. Merci, Blaise. Au moins, je n'aurai pas à lui dire en face. Une bonne chose, en fin de compte.
« Ce qu'on me propose n'est pas ce qu'il y a de mieux pour mes intérêts. »
Il y a un bruit étouffé, une sorte de glap, comme le bruit que produit un pendu lorsque la corde se tend. Tiens, excellente idée. Imaginer mon père, les mains attachées dans le dos, perché sur un tabouret branlant, une corde pesant sur ses épaules. Je me demande à quoi il penserait, à l'instant où la corde écraserait sa trachée.
« Tes intérêts ? » Voix à peine plus infléchie que d'habitude. Il s'est vite repris. Normal. Leçon numéro deux : un Malefoy ne montre jamais ses sentiments.
« Vous n'allez quand même pas croire que je vais m'engager sans rien avoir en retour. »
Il ne hausse qu'un sourcil mais ce n'est qu'une façade. Il n'en croit pas ses oreilles. Un sourire me monte aux lèvres. Que j'aime le déstabiliser ! C'est un plaisir rare que je savoure pleinement dès qu'il se présente.
« J'étais encore dans le sein de ma mère quand vous avez décidé de ma destinée. Toute mon enfance, je vous ai obéi, m'efforçant de vous donner satisfaction, vous prenant pour modèle. J'ai grandi, à présent. Je suis en âge de choisir mon chemin. »
« Tu choisis les faibles ! »
J'ai toujours pensé que nous aurions cette discussion dans la Bibliothèque du Manoir. Il semble que le Destin en ait décidé autrement.
« Les Malefoy n'ont jamais côtoyé la Bourbe ! Je refuse que mon sang soit souillé par une telle alliance ! »
« Faites-moi une offre, alors. »
Je nous imagine sans mal assis face à face dans les bergères, un verre à la main, lui voulant un rapport sur les bénéfices de la semaine et moi lui racontant comment j'ai fait taire ce crétin de Douglas au dernier Conseil.
« Tu as toujours voulu le pouvoir. En rejoignant les Ombres, tu en auras plus que tout ce que tu peux imaginer ! »
« Du pouvoir, oui, mais avec quoi en retour ? Une vie d'esclave, de pantin dépourvu de volonté. J'ai goûté à la liberté, Père, et je ne suis pas près de la laisser me filer entre mes doigts. Motion refusée. »
Père plisse les yeux devant mon air suffisant. Je ne peux pas m'en empêcher, c'est comme une seconde nature. Après tout, j'ai été élevé dans l'idée que les Malefoy sont supérieurs aux autres sorciers. Essayez d'effacer presque dix-sept ans de bourrage de crâne en cinq minutes, vous verrez à quel point c'est facile.
« Je te reconnais bien là, mon fils… Jeune homme avide d'indépendance, de reconnaissance, de pouvoir. Comme tu l'as toujours été. » C'est moi qui rêve ou il a vraiment l'air nostalgique ? « Je n'ai pas toujours été un très bon père. » C'est le moins qu'on puisse dire ! « J'ai voulu faire ce que je croyais bon pour toi. J'ai toujours fait en sorte que tu sois le meilleur et je n'ai pas été avare en moyens pour que tu le deviennes. Tu avais les meilleurs précepteurs, étant enfant. »
La vieille Mrs Spinhug, par exemple. Qu'est-ce que j'ai pu la détester ! Sentiment réciproque après le malheureux accident dont elle a été victime ce tragique jour de Décembre. Mais quelle idée aussi de descendre les marches menant au Parc alors que les escaliers sont gelés ? Un accident est si vite arrivé… Je sens un sourire malveillant à l'évocation de ce souvenir. Une vieille chanson française refait surface, lointain souvenir d'une enfance chimérique. Je ne regrette rien, disait-elle. Effectivement. Je ne regrette rien.
« Je t'ai poussé à être le meilleur en cours. Pourtant, tu as été dépassé par une vulgaire Sang-de-Bourbe. Et ne parlons pas du Quidditch où Potter rayonne comme un roi. Tu as toujours été laissé derrière, à la traîne comme un perdant ! »
Enfoncez le clou, je vous en prie. Comme si je n'avais pas assez des Serpentard pour me rappeler mes défaites. Comme si je ne me rendais pas moi-même compte que Potter était le meilleur. Ne me croyez pas aveugle, Père. Je suis loin de l'être.
« J'avais honte, Drago. Un Malefoy, héritier d'une lignée Pure, battu par une Sang-de-Bourbe, un Balafré et un Weasley ! J'ai essayé de faire de toi un sorcier digne de ce nom. Je comprends mon erreur, aujourd'hui. Tu n'étais pas suffisamment poussé. Tu n'en voyais pas l'intérêt, je suppose. Pourtant je sais qu tu peux refaire surface. »
Et revenir du bon côté, marcher dans les pas de mes illustres ancêtres qui ont fait du Clan Malefoy ce qu'il est aujourd'hui, qui l'ont mené à la place qui est la sienne. Etre un bon Héritier. Suivre la Tradition familiale, qu'importe où elle peut mener la Famille. Car il n'est plus question d'individu. Il n'en a, d'ailleurs, jamais été question. Les intérêts des Malefoy en premier, les intérêts de Drago plus tard, un jour, peut-être. Y a-t-il jamais eu un Drago ? A-t-il seulement existé ? Qui suis-je ? Drago ? Malefoy ? Tout s'embrouille dans ma tête.
« Tu es ambitieux, Drago. Avide de pouvoir. Depuis tout petit. Tu as toujours voulu être le meilleur. Je me souviens de tes cours d'escrime, de ta volonté à défaire l'adversaire à tout prix. Il y avait une telle férocité dans tes assauts… Tu t'es bien assagi en grandissant. Je me demande pourquoi. »
C'est facile. L'éloignement. Le développement de la pensée personnelle. L'observation. La déduction. C'est fou ce que j'ai pu apprendre rien qu'en étudiant les personnes de mon entourage. Rien de mieux pour forger son talent théâtral qu'une famille rigoriste et un environnement froid, pourri par la corruption et le mensonge.
« Dis-moi, Drago, voudrais-tu redevenir le meilleur ? »
« Je suis toujours le meilleur. »
Ouais, bon… Tout est relatif !
« Alors dis-moi pourquoi tu n'arrives pas à battre Granger ? »
Battre Granger… Lui clouer le clapet une bonne fois pour toutes…
« Si tu es le meilleur, pourquoi ne gagnes-tu jamais contre Potter ? » Potter… « Pourquoi n'as-tu jamais réussi à remporter un seul match contre Gryffondor ? » J'ai essayé… « Tu te prétends le meilleur mais tu es faible. » Faible… « Faible ! Tu es incapable de te montrer digne du sang Pur qui est le tien ! » Un Sang-Pur n'est pas faible… « Tu te fais battre par Potter et la Sang-de-Bourbe ! Même elle est plus digne de la pureté que toi ! Je devrais… »
« LA FERME ! »
Il est allé trop loin. Je ne suis pas un faible ! Je n'ai jamais été faible ! Un Malefoy ne connaît pas la faiblesse ! Un Malefoy se remet de tout, je retrouverai la grandeur qui doit être la mienne ! Je clouerai définitivement le clapet de cette Sang-de-Bourbe de bas étage qu'il ose prétendre digne de la Pureté de Sang ! Par tous les moyens, je la ferai taire à jamais !
« Alors voilà… Il suffit de parler de Granger pour te faire réagir… La simple mention de la supériorité de cette créature sur toi te met en rage. Tu ne supportes pas que la Bourbe te soit supérieure. C'est digne d'un vrai Serpentard. Maintenant, dis-moi, mon fils. Aimerais-tu renvoyer Granger dans la fange d'où elle n'aurait jamais dû sortir ? »
La renvoyer dans sa Bourbe ? Plaisante perspective… Régner sur Poudlard comme j'aurais dû le faire depuis le premier jour. Rétablir la grandeur de Serpentard et tenir les Gryffondor en respect. Restaurer l'honneur des Malefoy… Si je pouvais…
« Veux-tu rester un éternel perdant, demeurer à jamais dans l'ombre de la gloire de Potter ? Ne veux-tu pas avoir ta place dans les Etoiles ? »
Plus de Potter, plus de Granger… Se débarrasser de la vermine du Monde Sorcier. Fin du règne de Sa Sainteté Potter, place à moi, Drago Malefoy ! Adieu Potter, tu seras oublié des mémoires et des livres d'histoire, tu ne seras plus qu'une simple fable qu'on racontera comme on conte autour des feux l'histoire de vieux fantômes errant entre mémoire et oubli. Le fabuleux Harry Potter, le Garçon-Qui-A-Survécu, sera oublié de ses pairs. A jamais. Grâce à moi. A cause de moi. La reconnaissance de mes talents. Enfin.
« Comment ? »
« Je te demande pardon ? »
Je sais qu'il m'a compris. Il veut juste m'entendre lui dire ces mots qu'il espère. Il veut savourer sa victoire. Mais je m'en fiche, de ses désirs. Fini les désirs du Malefoy. Drago prend les rennes. Allez au diable, Père. J'agis en mon nom propre et de ma volonté personnelle. Comme je l'ai voulu. Si ma volonté croise la vôtre, ce ne sera qu'un pur hasard.
« Comment écraser Potter et Granger ? Comment les faire disparaître ? »
Weasley n'est pas un problème, c'est un abruti. Je me demande bien comment il a fait pour survivre à tout ce que le Trio de Gryffondor a déjà vécu. Sûrement grâce à Potter et Granger. Ce type est une honte pour les Sang-Pur… Et dire que cette engeance est de ma famille…
« Rien de plus simple. Rejoins-nous. »
« Et perdre ma liberté ? »
« Mais que gagnes-tu, en échange ? Du pouvoir ! Plus que tu n'en peux imaginer ! Pouvoir de régenter la vie à Poudlard et plus tard dans tout le pays, pouvoir d'agir comme bon te semble ! Pouvoir d'éliminer Potter à jamais… »
Ca vaudrait le coup… Peut-être que je pourrais… Peut-être qu'un essai… Quoique, je ne crois pas que demander au Lord Noir une période d'essai soit possible. Peut-être que Père pourrait intervenir… Oui, lui pourrait parler au Mage Noir. Il pourrait lui dire que je signe s'il m'aide à les faire taire.
« Peut-être… »
Je m'arrête. Mon idée m'apparaît soudain comme terriblement idiote. Demander à Père. C'est stupide. Je suis un Malefoy. Un Malefoy n'a peur de rien. Et pourtant… Pourtant j'ai peur. Peur de ce qui peut arriver. Peur de ce que je peux devenir. Peur des conséquences de mes choix. Pour moi. Pour le autres. Pour le monde.
Non.
Si j'ai peur, c'est que je doute donc que je ne suis pas sûr de moi, de mes choix. Père a peut-être réussi à me persuader d'éliminer Granger et Potter mais je ne suis pas certain que m'engager auprès de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom soit une bonne chose. Je peux toujours résoudre ce problème par moi-même. Je suis assez fort pour ça, quoiqu'en dise Père. Je lui prouverai que Drago Malefoy n'est pas un Faible. Je J'entends gérer ma vie comme je l'entends et non en fonction de la volonté d'un tiers.
« Je t'écoute, fils. »
Mon estomac se ressere. Me considère-t-il vraiment comme un fils ? Qu'est-ce que c'est, pour lui ? Un simple amas de chair et de sang qu'il modèle à sa guise. C'est ce que je suis pour lui.
« Non. »
Père hausse légèrement un sourcil. Il ne comprend pas ce que je veux dire.
« Non ? »
« Je refuse cette allégeance. »
Le sourire qu'arborait mon père se transforme lentement en une mince, très mince ligne. Les yeux calculateurs se sont mués en deux sphères de glace à l'énoncé de ces mots. Mon sang se glace en entrapercevant ce qui m'attend. Il ne me fera pas de cadeau. En une journée, j'ai plus bafoué son autorité qu'en dix-sept ans de soumission. Et ça, il ne le supporte pas. Je devrais m'écraser devant sa volonté mais je n'en fais rien. Au contraire. Je me dresse. Je fixe mes propres règles.
« Tu… refuses ? »
Je le fixe dans les yeux, plus volontaire que jamais. Je veux lui prouver que je ne serai plus jamais son jouet. Jamais plus je ne serai l'esclave de quelqu'un ! Je me redresse et carre les épaules. Je sens une pointe de peur dans mon esprit mais la repousse fermement. Ce n'est pas le moment d'avoir peur.
La pièce s'emplit d'une aura dangereuse, maléfique. Avant de pouvoir esquisser un geste, je me retrouve traîné dans les couloirs, l'étau des doigts de mon père autour de mon cou. J'arrive à peine à respirer. On dit que la force d'un homme se décuple lorsqu'il est en colère. Je n'ose imaginer ce dont est capable un homme enragé. Les feux des Forges de l'Enfer doivent faire pale figure, à côté. Je me débats pour avaler quelques goulées d'air. La pression qu'exercent les doigts froids qui m'enserrent la gorge se fait plus forte.
« Tu vas avoir l'honneur de faire part de ta décision à qui de droit. »
Sa voix glaciale m'emplit de terreur. Je suis à nouveau un enfant qui vient de défier son père. J'ai huit ans. Encore une fois, je me suis opposé à la volonté de Père. Encore une fois, ma place m'a été rappelée. Pour la première fois, Mère n'est pas là. Je dois apprendre à faire face aux conséquences de mes actes.
Nous arrivons dans la salle dans laquelle j'ai découvert la traîtrise de Blaise. Père me jette littéralement sur le sol, au pied du trône de pierre. Je me mets à quatre pattes et tousse en essayant de reprendre ma respiration.
« Eh bien Lucius, étrange façon de traiter son fils. » dit une voix doucereuse au-dessus de moi.
Ma respiration revient peu à peu, me permettant d'observer la situation. La salle est presque vide, mis à part quelques groupes de Mangemorts inclinés de part et d'autre de l'allée centrale. Père a dû interrompre quelque chose si j'en juge par la personne à côté de moi. Ils devaient être en train de faire un compte-rendu de je ne sais quoi.
« Dis-lui ! Dis-lui, espèce d'avorton ! »
Le Mage Noir hausse un sourcil et me regarde. Il n'a pas l'air de comprendre. Peut-être qu'il se dit que Père a perdu la boule. Ne me voyant pas répondre, Père m'envoie un coup de pied dans le ventre qui me coupe le souffle durement récupéré.
« Dis-lui, traître à ta race ! Dis-lui que tu as osé refuser de te joindre aux Ombres ! »
Pourquoi le dirais-je puisque vous venez de le faire ? Un coup bien placé me fait cracher du sang dont le goût métallique reste dans ma bouche. Mes bras flanchent, je tombe sur le côté et me roule instinctivement en position fœtale.
« Suffit, Lucius. » Le Lord Noir vient s'agenouiller à mes côtés. Me prenant le menton, il me regarde dans les yeux. « Ainsi tu as rejeté ma proposition. Dommage. » Il relâche ma tête et je ferme les yeux, gagné par le brouillard de l'inconscience. Je ne peux qu'entendre la sentence avant de basculer.
« Fais-en ce que tu veux, Lucius. »
Je lâche prise.
…
Ouelcome tou la fin du chapitre ! La commandante de bord et l'équipage vous souhaitent un bon séjour au sol et espèrent vous revoir sur les lignes Air Plume.
Incroyable, qu'elle a même dit la patronne. M'enfin peut importe le temps que ça a prit, l'essentiel c'est qu'il soit là, non ? Non ? Youhouuuuuuuuuu ! Y'a quelqu'un ? Bon… On passe direct aux RAR, alors ?
La meilleure des patronnes en preums, j'ai nommé la grande, l'unique Kazy On applaudit bien fort celle grâce à qui y'a pas de fautes de participes (suis nulle pour ça, que voulez-vous) et qui a fait en sorte que ça soit cohérent. (J'ai mis une réponse, z'avez-vu patron ?) Marfi très beaucoup, patron.
Bonchoir zaussi Cemeil (ch'peux vraiment dire que c'est le soir puisqu'il est 20.48). Qu'est-ce qu'il fabrique dans les couloirs, le Riry ? Aucune idée (tête de Cemeil : oO hein !) Elle a entendu quelqu'un, Hermione ? Ah oui ! Me rappelle. Bah… Ch'sais pas, j'y ai pas encore pensé. Pour ce que devient Drago, t'as une partie de la réponse un peu plus haut. Mwouahaha la Boîte ! Moi je sais, moi je sais ! (quoique…) Bah en fait, si t'es pas sur la liste, tu risques rien si tu croises les mômes Croft. Mwouarf les TPE ! J'les ai eu, ces sagouins ! Le bac… euh… (siffle) question suivante, tu veux ? Bah 'reusement qu'on y survit ! Vous seriez dans la merde pour la suite, sinon ! Allez, zoubi et à la prochaine !
Hey Mimi ! Comment qu'tu vas ti bien ? La curiosité est un mauvais défaut ! Pour le coup des review qui s'effacent, je te conseille de les faire d'abord sur Word pis après tu fais juste un copier/collé et basta ! Ch'connais la flemme, c'est ma meilleure amie. Pour les questions que tu te poses, j'espère (pas) que tu as trouvé les réponses dans c'te chapitre, sinon tu les poses (t'as le choix des armes : mail ou review ou alors carrément msn). Comment t'as deviné que j'y répondrai pas ? Bon, ok, j'exagère. Ca dépend de la question. Ché bien, t'as bien recopié le nom d'la prof (t'auras droit à un carambar). Beu and love, col bè, c'est noté ! J'ai encore des Carambars dans le placard, si tu veux (nan, 'fin moi j'dis ça comme ça, mine de rien, juste histoire que…). Pleure pas, tu les auras tes carambars ! Pis c'est pas la longueur de la review qui compte, c'est le fait qu'elle soit là. Sur ces paroles ô combien philosophiques, ch'te laisse. Tcho !
Fichtre ! Une nouvelle ! Tout le monde se lève et dit bonjour à la dame ! Bonjour Lilynette ! Ouelcome chez nous ! Ca fait du bien de voir des nouvelles têtes (pas que je vous aime pas, les autres, faites-moi pas écrire quoi j'ai pas écrit !) Pour ce qui est du temps au postage… euh… bah je plaide coupable, ça traîne (allez vous plaindre chez les Muses ou chez les profs). Marfi pour le compliment, ça fait chonoceur Byeuh !
C'est marrant mais on tourne en moyenne à quatre review par chapitre ('me demande comment ça fait d'en avoir une cinquantaine d'un coup / Vous savez, vous ?).
Bon ben ch'crois j'ai plus rien à dire.
OdP7 devrait arriver je-ne-sais-pas-quand MAIS je sais ce qu'il y aura dedans (bicause que ça devait faire partie du 6 mais que le patron a dit que ça faisait truffe). Grande première, me direz-vous.
Allez, ciao tout le monde les gens ! On s'appelle on s'fait une bouffe !
Mamazelle Plume, 01/10/05, 21.18
