Les Ombres du Passé

Autrice Moi, et si zêtes pas contents, c'est la même chose.

Bienvenue dans notre nouveau jeu : le Kikéaki ! A vous de retrouver ce qui appartient à Ma'am Rowling et à Mam'zelle 'seis. Allez-y, c'est pas dur et y'a rien à gagner !

Réchumé Installez-vous confortablement et prêtez l'oreille. Je m'en vais vous conter la fin d'une époque, comment je l'ai vécue, comment l'a vécue celui que tous appelaient le Survivant, celui que plus tard j'appelais mon frère.

Réchumé du zépichode préchédent : Voyons un peu… Nous sommes le dernier week-end de Mai, Finale de Quidditch Gryffondor vs. Serdaigle. Poudlard est endeuillé par la mort de certains élèves. La partie Malefoy du chapitre précédent n'a pas d'incidences ici (on le retrouve que dans… un petit bout de temps.).

Note : Le prologue a été trifouillé pour s'adapter à un petit changement qui sera effectif un peu plus tard dans l'histoire. Quelques détails des chapitres précédents ont également été trafiqués (rien de bien important mais ça me tenait à cœur). Merci de votre attention et bonne lecture ;)

7- Oscall an Dorras

C'est curieux de constater que les journées décisives commencent comme toutes les autres. Un petit déjeuner entre amis, des rires et puis tout bascule. Des cris. Un goût de larmes de sang dans la bouche. Le cadavre d'un ami avec qui on a discuté deux minutes avant. Toutes les Grandes Journées commencent ainsi, consciemment ou non. Par un dernier moment de normalité, d'amitié. De vie.

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Tic vous riez

Tac vous disparaissez

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L'Infirmerie me parut plus bruyante, ce matin-là. Madam Pomfresh allait d'un lit à l'autre, permettant à tel patient d'aller voir le match, se fâchant contre un autre qui exigeait d'y assister, et ainsi de suite. Elle ne me vit pas traverser ses positions, je gagnai ainsi sans encombre l'arrière-salle.

Il y avait à présent six lits vides. Six camarades décédés. Karlin Citfooth, Jeremiah Tilney et Elinas Pickford étaient les derniers recensés, la dernière ayant succombé la veille. Un jour après Miceál… Je m'approchai du lit de Ron en observant les autres malades. Ils n'avaient pas été touchés en même temps, pourtant leur état semblait le même. La maladie progressait rapidement. Trop rapidement. A cette vitesse, tous seraient morts d'ici deux semaines. La dernière Internée à se momifier était Athenays Thusfalls, Poufsouffle, dix-huit ans et lieutenant de la section Duel du Groupe de Défense. Les Thusfalls étaient une grande famille sorcière qui faisait partie de la Ligue Britannique de Duels depuis sa création, c'était dire le niveau de qualification de ses membres. Nombre d'entre eux avaient fait partie de la Brigade d'élite des tireurs de baguette ou avaient été des Aurors reconnus qui avaient eu l'honneur de protéger les Grands du Monde Magique. Je ne savais pas pourquoi Athenays était là mais une chose était sûre : elle n'avait pas eu le temps de contre-attaquer. Le temps ou l'envie.

Je m'approchai de mon ami endormi. Posant le paquet que les Jumeaux avaient envoyé ce matin sur sa table de chevet, je l'observai pensivement. Il n'avait pas encore atteint le niveau de momification avancée mais s'en approchait à grands pas, son Internement ayant été effectif cinq jours auparavant. Pendant ce laps de temps, ma vie avait pris un nouveau tournant. Un tournant vers le monde adulte. Je savais ce qu'était la mort. Je savais ce que valait la vie. Je savais ce que c'était que de voir mourir quelqu'un. Malgré tout, c'était toujours difficile à affronter.

Je passai une main sur son front. Il avait de la fièvre, son front était humide et chaud. Comme tous les Internés « de longue date », un câble disparaissait dans ses narines et reliait ses poumons pour lui permettre de respirer plus facilement. J'allais le perdre sous peu, je le savais. Je l'avais su depuis le début. La mort de Miceál m'avait plongée un peu plus dans une réalité que j'avais mis des années à accepter, une réalité noire, triste, vide de mes amis et des personnes qui m'étaient chères. Je n'en voulais pas et pourtant, elle était mienne.

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Tic fait le balancier de l'horloge

Tac font les ciseaux

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Qu'allait-il se passer si Harry disparaissait à son tour ? Que deviendrais-je ? J'avais bien conscience que j'étais égoïste, que le bien de la Communauté Sorcière devait passer avant le mien, mais je ne pouvais me résoudre à penser au collectif. Ce n'était pas la Communauté qui avait vécu avec Harry pendant six ans. Ce n'était pas elle qui avait vécu ce que nous avions vécu, ce n'était pas elle qui s'était sortie de situations en apparence impossibles. Notre amitié avait puisée sa force dans les larmes versées, dans les épreuves endurées, dans l'amour qui nous liait. Et ça, la Communauté ne le comprendrait pas. Jamais. Les sorciers ne voyaient en Harry que le Survivant, le Garçon qui pourrait venir à bout de Voldemort. Ils ne faisaient aucun cas de ce qu'il pensait ou ressentait.

« Miss Granger ? »

Je sursautai et me retournai vivement vers le professeur Dumbledore. Il avait revêtu une chasuble violette sur une robe blanche. Il me faisait penser à mon grand-père – sauf pour la robe. J'eus envie de me réfugier contre lui, de sentir sa barbe blanche me caresser le nez et me dire que tout irait bien, que tout ça n'était qu'un affreux cauchemar duquel j'allais bientôt me réveiller. J'avais besoin d'être rassurée, de laisser les soucis de ma vie sur le pas d'un cœur qui m'enroberait de douceur et d'insouciance.

« Vous allez bien ? »

Comment iriez-vous en étant au chevet de votre meilleur ami mourrant ? Comment iriez-vous deux jours après la mort d'un ami ? Comment iriez-vous en ayant peur jusqu'au fond de vos tripes pour la vie de votre deuxième meilleur ami ? Comment iriez-vous en contemplant ces lits pleins de morts en sursit ?

« Oui. Merci. »

Dumbledore porta son regard sur les tentures qui séparaient les malades. Elles ondulaient légèrement sous la petite brise qui passait à travers la fissure d'un carreau. Etrange opposition entre ce doux souffle et la bourrasque extérieure. Un peu comme l'Infirmerie. La porte séparait la vie de la mort, le calme de l'agitation.

« Vous n'êtes pas au match ? »

« J'avais un paquet à déposer à Ron avant d'y aller. Et vous ? »

Je me rendis compte de mon impolitesse et allai m'en excuser quand Dumbledore m'interrompit d'un sourire amusé.

« J'ai fait un petit détour pour voir si tout allait bien ici. »

Je renonçai à lui faire comprendre qu'ici se trouvaient des enfants qui allaient mourir et dont on n'avait trouvé aucun traitement à la maladie qui les tuait à petit feu. Il devait être au courant et faire comme si de rien n'était, une façon d'être optimiste. Discutable, certes, mais efficace. Je remarquai cependant que la brillance habituelle des yeux du Directeur n'était pas totalement au rendez-vous. Il devait avoir fait ses classes à la Central School of Speech and Drama pour arriver à maintenir l'illusion.

« Mr Weasley n'est pas trop déçu de ne pas jouer aujourd'hui ? »

« Il s'en remettra. » Au moins une chose dont il guérira. « Je pense que le fait de savoir ses buts protégés est un réconfort. Il avait déjà repéré Reuel aux sélections et avait dit à Harry qu'il avait sa place assurée dans l'équipe d'ici deux ans. » Le diagnostique de Ron s'était avéré juste partout sauf sur le temps qu'il prendrait pour intégrer l'équipe. « C'est un bon joueur mais c'est son premier match et l'enjeu est de taille. »

« La Finale… Je préfère ne pas imaginer sa nervosité. » Il avait un rire dans la voix.

« Il a presque rendu son petit déjeuner. »

Dumbledore éclata franchement de rire. Cela sonnait bizarrement, ici, comme si nous avions commis un sacrilège. Mais rien ne se passa, aucune punition divine ne s'abattit sur nos têtes. Je me permis d'esquisser un sourire.

Nous nous retrouvâmes rapidement sur le chemin du Stade, protégés de la pluie par le parapluie rouge que tenait Dumbledore. Je lui appris que les parents de Miceál m'avaient priés d'assister à son enterrement, trois jours plus tard. J'appréhendais un peu cette épreuve. Je n'avais pas vraiment connu Miceál, je ne savais presque rien de sa famille, de ses envies, de lui. J'allais me retrouver entourée d'inconnus à parler d'un inconnu. Je m'en ouvris à Dumbledore qui me rassura avec un sourire.

« Tout se passera bien, ne vous inquiétez pas. Les O'Sé ne feront pas de manières. Tels que je les connais, la famille seule sera présente. Miceál vous considérait comme une amie, vous l'avez accompagnée dans ses derniers instants et plus que tout, vous lui avez permit de partir en paix. Pour ça, ils vous accueilleront comme un membre à part entière de leur famille. Alors croyez-moi quand je vous dis que tout ira bien. »

Je le remerciai d'un hochement de tête et nous nous mîmes en route. Le coup d'envoi était prévu à onze heures. Le stade était noir d'une population bariolée que l'averse n'avait pas dégoûtée. Il y avait ici des banderoles acclamant Gryffondor, là des dizaines fanions aux couleurs de Serdaigle, et de partout s'élevaient des chants à la gloire de l'une des deux équipes. C'était cette ambiance festive qui me choqua le plus. Certains de leurs amis étaient mourants et ils s'amusaient. En y repensant, après toutes ces années, je me rends compte que c'était leur façon d'oublier la guerre. Comme Hamnet avait un temps oublié les événements au-dehors en demandant sa main à Elain.

« Etonnant comme l'Homme arrive à oublier que le monde extérieure. » Je me tournai vers Dumbledore qui regardait lui aussi le stade. Il semblait serein, peut-être même heureux. Il avait ce sourire en coin qui disait la lumière surpassera les ténèbres à jamais. « Nous y allons ? » me demanda-t-il en me souriant. Oui. Allons prendre un bain de vie.

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Tic fait le temps qui passe

Tac fait la Dame qui passe, ramasse, trépasse

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L'humeur est au beau fixe, dans les vestiaires. Chacun de nous connaît l'enjeu du match : la Coupe de Quidditch. Gryffondor l'a toujours remportée, sauf pour raison d'ordre majeur. Ajoutez à l'orgueil du lion son honneur à défendre et vous obtiendrez l'état d'esprit de mes équipiers. Même la pluie au-dehors ne semble pas les gêner. Elle est d'ailleurs moins forte que ce que nous avions prévu. C'est Cho qui va être contente, elle n'aime pas voler sous la pluie. Je ne sais pas pourquoi. C'est génial, pourtant ! La difficulté est plus grande donc on en retire plus de plaisir. Ah les gens qui veulent un Quidditch de promenade… Ils ne savent pas ce qu'ils manquent…

Un reniflement me sort de l'observation des joueurs. Ginny est assise par terre, dos au mur, genoux repliés, la tête entre les mains. Ma pauvre Ginny, j'ai oublié que tu avais un frère entre la vie et la mort. Je m'en approche et pose une main sur son épaule. Elle relève aussitôt la tête. Elle a les yeux rougis et des larmes coulent le long de ses joues de pêche. J'en ai le cœur qui se sert désagréablement.

« Ca va ? » Crétin ! Son frère est en train de mourir et tu lui demandes si ça va ? Tu es vraiment le roi des imbéciles, Harry Potter ! Non mais à quoi tu t'attendais ? A ce qu'elle se lance dans une gigue endiablée en hurlant de joie ?

« Oui, t'en fais pas. » Elle essuie rageusement les larmes qui maculent ses joues. Elle est forte, ma petite Ginny. Je me penche et dépose un baiser sur sa joue encore humide puis lui prends les mains et les sert fortement en la regardant droit dans les yeux.

« On va le jouer, ce match. Et le gagner. Pour tous ceux qui ne sont pas avec nous aujourd'hui. D'accord ? »

Elle se jette dans mes bras en reniflant. Je l'y serre en lui promettant mentalement que les responsables de son prochain deuil seront châtiés. Je sais qu'il n'y a rien à dire, si ce n'est que je suis là pour elle. Je ne sais pas quoi faire d'autre, alors je la serre sans un mot jusqu'à ce qu'elle se recule d'elle-même avec un petit sourire. Je l'aide à se relever et les autres joueurs posent leurs mains sur nos mains jointes.

« Pour eux ! » disons-nous en cœur. Absents de corps, présents dans nos cœurs. C'est ce que signifient les brassards noirs que nous portons au bras.

« En selle, les enfants. Nous avons un match à gagner ! »

« Et de la pâtée de Serdaigle à concocter » enchaîne Erin, un sourire sadique sur le visage. Il n'y a pas à dire, le Quidditch, elle l'a dans le sang.

Nous nous postons à l'entrée des artistes, balais à la main. De là, on peut observer une bonne partie du stade. Osekourmamanpapa ! Ils ont organisé une Journée Portes Ouvertes ou quoi ? Il n'y a pas autant de monde, d'habitude ! Si ? Un sifflement me sort de ma transe. Mes coéquipiers semblent tout aussi impressionnés que moi. Surtout Reueul. Il est très… vert.

« C'est pour nous, tout ce monde ? » demande Shari en se tordant le cou pour voir le haut des Tours.

« On dirait bien. » répond Vince, un grand sourire sur les lèvres.

« Au secours… » gémit Reuel. Ginny lui pose une main sur l'épaule en un geste rassurant.

« Ca va aller, t'inquiètes pas. Ca nous a tous fait ça la première fois. »

« Bienvenue à la Finale de la Coupe de Quidditch qui voit s'affronter aujourd'hui Gryffondor et Serdaigle ! Ah ! Merci de vous joindre à nous, Monsieur le Directeur. On commençait à désespérer. »

« Maitland ! »

« Quoi ? On s'inquiétait juste pour notre Directeur préféré ! A son âge, une mauvaise chute et c'est un séjour à Ste Mangouste. » Dumbledore éclate de rire. Amory fait un grand sourire à une McGonagall outrée. Nous enfourchons nos balais et surgissons dans le stade sous les acclamations de la foule. C'est encore plus impressionnant, vu des airs. Il a dû y avoir un boom dans les inscriptions à Poudlard, je ne vois pas d'autre solution.

« Les Gryffondors font leur entrée ! Une arrivée digne des joueurs internationaux, vous ne trouvez pas, Professeur ? Oh allez ! Arrêtez de faire la tête, ça ne vous va pas. D'accord, d'accord ! Le tour de piste des joueurs avec en tête la star des stars, maître des stades et dompteur de Vifs d'Or, une ovation pour le sublimissime Haaaaaaarrrrrrryyyyyyy POTTEEEEER ! »

J'exécute un looping et lève le bras pour répondre aux vivats de la foule. Amory a le chic pour enjoliver les joueurs… Si je l'écoutais, je me croirais l'égal de Viktor Krum. Tiens, je me demande si Hermione le voit toujours. Il faudra que je le lui demande. J'aimerais bien savoir s'il participera à la Coupe du Monde, l'an prochain. Il paraît que la Finale doit être jouée en Chine. J'essaierai de coincer Cho pour lui demander, peut-être qu'elle sait. J'en profiterai pour la convaincre de l'intérêt des matchs ou des entraînements en pleine tempête. Ben tiens, en parlant de tempête, le vent se lève. Pas plus mal. Il ne faudra pas que j'oublie de lui parler de la sœur de Croft, Enervin, quelque chose comme ça. Je veux l'avis de quelqu'un de l'intérieur.

« Un trio de choc, un trio de charme, ces trois drôles de dames vont vous en mettre plein la vue ! Une cabriole par ci, une feinte par là et la victoire est dans leurs mains. Mesdemoiselles, messieurs, accueillez comme il se doit les Reines du stade, j'ai nommé Ginnybelle Weasley, la délicieuse Katie Bell et la sublime Shari O'Conell ! » Il ponctue sa phrase d'une révérence lorsque les demoiselles passent devant lui.

« La terreur des joueurs et le tombeur de ces dames, le duo le plus antithétique, atypique et fantastique, maîtres incontestés des Cognards, Leurs Majestés Erin Munroe et Vince Lloyd ! » Les concernés frappent leurs battes en hurlant un cri de défi. Pourquoi ça ne m'étonne pas d'eux ? Je ne serais même pas surprit s'ils commençaient à faire un Haka, comme les joueurs de rugby New Zélandais. Ca leur correspondrait assez.

« Fraîchement débarqué dans les stades, aussi nerveux que talentueux, la future coqueluche des sélectionneurs se nomme Rueul Endean et est présentement sous contrat avec Gryffondor pour leur faire remporter la Finale. Applaudissements pour un futur champion ! » Rueul ne fait qu'un vague signe de la main aux personnes qui acclament son nom. Il faudrait qu'il prenne un peu de poil de la bête, s'il veut jouer chez les pros. Bon, j'avoue, il s'est quand même amélioré depuis qu'on l'a recruté mais il lui manque quelque chose, une sorte de rage de vaincre. Il l'acquerra sûrement avec le temps.

« La meilleure équipe de Poudlard aura face à elle les Serdaigle, menés par la charmante mais néanmoins colérique Cho Chang. » Regard noir de la concernée. « Les Gryffondors auront à berner miss Anliz Renghtun, jolie jeune fille qui refuse toujours de sortir avec moi. » Double-Huit d'Anliz en guise de salutation. « Messieurs Chambers et Bradley ainsi que miss Jamie McNulty seront les vis-à-vis de nos trois tigresses. » Sourire éclatant de Jamie pour ses camarades, autant joueurs que spectateurs. « Dommage qu'il n'y ait pas trois Poursuiveurs mâles chez les Serdaigles, on aurait pu les caser avec nos charmantes Poursuiveuses. Qu'est-ce que vous en pensez, Professeur ? » Allons Amory, tu joues les marieurs, maintenant ?

« ACHEVEZ, MAITLAND ! » hurle le Professeur McGonagall au bord de la crise de nerfs. Il va nous la rendre chèvre. Un chat qui bêle, je suis sûr que ça réjouirait les Biomagistes du CNRM.

« Oui, oui, voilà ! Si on ne peut plus… »

« VASKON TYRLEA ET HADES MALACAR AUX POSTES DE BATTEURS ! ET MAINTENANT QUE CE MATCH COMMENCE UNE BONNE FOIS POUR TOUTES ! »

Eclat de rire dans les tribunes. Madame Bibine, qui attendait patiemment la fin de l'annonce des joueurs en tapotant la caisse du pied, donne rapidement les instructions et siffle le coup d'envoi. Amory reprend le micro des mains avec un regard noir pour McGonagall.

« Et c'est partiiiiiii ! »

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L'entraînement dispensé par Harry portait ses fruits mais se heurtait à une excellente équipe. Les Serdaigle possédaient très bien le terrain, faisant avancer le Souaffle, mais leur jeu restait un peu trop scolaire, trop collé aux matchs banals. C'était ce qui faisait défaut à leur tactique. Ils étaient trop prévisibles. Ce fait n'était pas dans le jeu des Gryffondor mais leur tendance à vouloir en mettre plein la vue les handicapait, ils perdaient bon nombre d'occasions pourtant faciles. C'était peut-être pour ça qu'après près d'une heure de jeu, le résultat n'était que de quarante à trente.

Le premier incident du match fut la chute de Cho. Harry et elle donnaient la chasse au Vif d'Or à une vingtaine de centimètres du sol. C'était un exercice assez dangereux en temps normal – la tête du balai ou les étriers pouvaient toucher le sol et à leur vitesse, ce pouvait être dangereux. Or, c'est ce qu'il se passa. D'après les commentaires qui suivirent sa chute, l'un des étriers avait touché terre provoquant un déséquilibre du balai. Harry avait juste eu le temps de s'écarter de sa trajectoire que Cho s'écrasait sur le sol après plusieurs tonneaux.

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« C'est dingue ce qui lui est arrivé ! » dit Ginny en regardant la Serdaigle se faire soigner par Madam Pomfresh. « Comment c'est possible qu'elle se soit cassé la figure comme ça ? Elle s'est rendue compte qu'un balai peut accélérer ou quoi ? »

« Elle a peut-être fait un faux mouvement. » avança Shari en étouffant un éclat de rire.

« Cho n'est peut-être pas aussi agile que Potter avec un balai, mais elle se débrouille très bien. » dit Chambers d'un ton froid. Ce qu'il ne supportait pas, c'était que quelqu'un doute ou se moque des capacités de vol de lui-même ou de sa Capitaine.

« Excuse-moi mais vu la dernière saison, on peut douter. » répliqua Anliz. « Elle s'excite à l'entraînement et dès qu'une faute est commise, elle hurle comme un Jobarbille agonisant qui aurait vécu toute sa vie dans un asile ! La dernière fois, Jamie a coupé sa trajectoire pour réceptionner une passe. Elle s'est fait engueuler comme du poisson pourri. J'ai bien cru qu'elle allait demander à Hades d'envoyer un Cognard sur elle pour se venger de l'avoir presque fait tomber. Et je ne vous parle pas de sa mauvaise foi. » ajouta-t-elle à l'adresse des Poursuiveuses de Gryffondor.

« Et qui te dit que ce n'est pas Potter qui l'a poussée ? » ajouta le Poursuiveur, perfide.

« QUOI ?! » s'indignèrent Ginny et Shari.

« Il est prêt à tout pour attraper le Vif d'or. Qu'est-ce que ça peut faire si une joueuse manque de se tuer pourvu que Monsieur Potter puisse faire ses cabrioles et se pavaner devant toute l'Ecole ? »

« On a toujours dit que les Serdaigle sont intelligents mais je n'ai jamais vu un aussi bel exemple de connerie ! Tu surpasses même Crabbe et Goyle ! » hurla Anliz en giflant Ray Chambers. « J'ai honte d'être dans cette Maison ! » siffla-t-elle avant de rejoindre Bradley, en grande discussion avec Katie Bell et Jamie McNulty au centre du terrain.

« Félicitations, Chambers. Je n'ai jamais vu autant d'esprit chez quelqu'un. Franchement, cette théorie du complot était… époustouflante ! » Ginny posa une main sur son cœur et fit semblant d'être sous le choc. « Nan, je t'assure ! Tu pourrais écrire des romans policiers, avec de pareilles idées. Je suis certaine que tu ferais un malheur ! Tu as déjà la fibre d'un grand écrivain et une imagination débordante, c'est dommage de gâcher tout ce potentiel en racontant des idioties. »

Un coup de sifflet résonna dans le stade, indiquant une reprise du match. Avec un clin d'œil, les deux Gryffondor quittèrent le Serdaigle bouillant de rage et allèrent prendre place au centre du terrain pour le second lâché de Souaffle.

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Les Attrapeurs ne semblaient pas résolus à chercher le Vif d'or. Ils étaient tranquillement en train de discuter de je-ne-sais-quoi, assis sur leurs balais comme au salon de thé, depuis une bonne vingtaine de minutes, protégés de la pluie par l'Impervius. Cho était remontée en selle peu après s'être faite soigner par Madam Pomfresh. Elle ne semblait pas traumatisée pour un sou, à en juger la façon qu'elle avait se tenir – couchée sur le manche, les jambes repliées sur la queue et les bras croisés sous son menton. Elle hochait la tête à certains propos que tenaient Harry mais semblait plutôt en désaccord avec lui.

« Les Attrapeurs en sont maintenant aux petits fours mais je crains qu'ils ne manquent bientôt de thé. »

Harry et Cho se détournèrent de leur conversation un instant puis se retournèrent l'un vers l'autre comme si de rien n'était. Je secouai la tête devant tant de flegme. Ce qui m'étonnait le plus, je dois dire, ce n'était pas tant le comportement de Harry et Cho, mais plutôt le fait que les joueurs continuaient à jouer. Surprenant. C'était comme s'ils y étaient habitués ou qu'ils avaient été prévenus à l'avance de ce qui allait se passer. Ou ils n'en avaient rien à faire, c'était aussi une possibilité.

Comme je tournai la tête, je vis du coin de l'œil une sorte de déchirure dans le ciel mais qui avait disparu un clin d'œil plus tard. J'avais rêvé, indubitablement. C'était sûrement un phénomène lié à la distorsion de la lumière par les dernières gouttes de pluie qui tombaient. Des murmures angoissés me sortirent de ma contemplation de ce phénomène naturel des plus étranges. Il se jouait devant moi un remake de ma première année. Jamie McNulty était agrippée au manche de son balai, lequel balai était agité de soubresauts. On aurait dit qu'il voulait se débarrasser de sa cavalière, comme un étalon sauvage qu'on dressait pour la première fois. Il me semblait qu'il montait de plus en plus haut, comme s'il voulait échapper à la présence des joueurs qui tournaient autour de la Poursuiveuse. Au fur et à mesure de l'ascension, il y avait de moins en moins de joueurs qui pouvaient suivre, du fait de leur balai. Harry et un Batteur de Serdaigle furent les deux derniers à accompagner Jamie.

Le balai stoppa net son ascension. Tout le stade était silencieux. On pouvait entendre les gémissements de Jamie et les paroles apaisantes des deux garçons. Ils essayaient de conjuguer une action pour s'approcher et tirer la jeune fille sur un de leur balai. Jamie tendit une main tremblante vers Vaskon qui s'approcha lentement d'elle. Leur action aurait pu être couronnée de succès si le balai n'avait pas décidé qu'un piqué était nécessaire. Le cri de terreur que poussa Jamie se mêla à ceux des spectateurs lorsqu'ils virent le corps de la Serdaigle se soulever du manche, tellement l'angle était faible. Je retins mon souffle alors qu'Harry et Vaskon plongeaient pour la rattraper. Le Batteur fut celui qui arriva le premier le plus près de la malheureuse.

« LACHE LE BALAI ! LACHE LE BALAI, JAMIE ! ALLEZ ! »

Le sol se rapprochait à une vitesse hallucinante. Jamie tourna la tête vers Vaskon et échangea un dernier regard avec lui. Tout le monde devait plus ou moins se douter de ce qui se passerait en cas d'échec. Je crois que Jamie aurait volontiers obéit à son coéquipier si un soudain virage n'avait propulsé balai et équipage droit vers les buts de Gryffondor. Hélas, la trop grande vitesse de Vaskon l'empêcha de freiner à temps.

« VASKOOOON ! » Le cri suraigu monta d'une des tribunes de Serdaigle où une jeune fille voyait son petit-ami s'écraser sur le sol à pleine vitesse. Son balai explosa en mille morceaux. Son propriétaire fini sa course au pied de la tribune des professeurs d'où il ne se releva pas.

A l'autre bout du terrain, Harry avait une avance d'une ou deux secondes sur le balai déchaîné. Il filait vers les buts avec visiblement, une idée en tête. Tout d'un coup, il vira en épingle et se retrouva face au balai. Qui n'arrêta pas sa course. Qui fonçait droit sur Harry. Qui ne s'écarta pas.

Il va se faire tuer ! Bouge, Harry ! BOUGE !

« HARRY !! » hurlai-je en même temps que le balai le percutait.

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Elle pourrit nos nuits et nous suit jusque dans nos rêves. Mortelle amante, elle nous enchaîne à elle dans une danse à l'issue de laquelle nous serons unis pour l'éternité. Par moment j'oublie. Pendant quelques minutes je redeviens ce que j'étais, ce que sont les autres, j'ébauche même un projet. Et brusquement, la vague brûlante : de nouveau je sais. Je sais tout. A présent je comprends. Pourquoi. Je sais. Je dois le dire à Hermione avant qu'il ne soit trop tard.

Madam Pomfresh n'est pas là, ça me laisse une bonne marge de manœuvre. Chaque mouvement est douloureux. Même respirer. On inspire du feu, on se déchire la poitrine, on alimente une machine de torture. Cercle vicieux. On veut mourir à chaque inspiration mais on ne peut consciemment s'arrêter longtemps de respirer. Alors on attise la douleur. Volontairement. Que faire d'autre ? S'ôter la vie ? C'est ce que Meg a fait il y a trois jours. On en avait parlé pendant un bon moment, avec les autres et Madam Pomfresh. Elle nous a expliqué ce qu'elle voulait faire et pourquoi elle allait le faire. On la comprenait sans problème, aussi ne l'avons-nous pas empêchée de mettre son projet à exécution avec la collaboration de l'Infirmière. Elle s'est paisiblement endormie pour ne plus se réveiller. Je crois que nous l'envions tous. Elle est partie loin de la douleur, loin de la peur, loin des larmes. Elle est au Paradis et nous sommes en Enfer. Mais Madam Pomfresh nous écoute et peut nous aider à partir au moment où nous ne pouvons plus supporter la douleur malgré les potions calmantes. Personne ne le sait, c'est un accord interne dont toute trace mourra avec nous.

Je vais pour m'asseoir mais il m'est impossible de bouger les jambes. Mes forces ont sérieusement déclinées, depuis mon arrivée. Nous sommes mis au courant assez rapidement des évolutions de la maladie – sans toutefois nous dire comment sera la fin - et la perte de la motricité en est une. Après un Ferula, mes jambes daignent pendre hors du lit. Je ne sais pas si l'Anapneo de Madam Pomfresh durera tout le temps de ma mission. Je n'en ai pas pour longtemps, ça devrait bien se passer.

Il y a un paquet, sur ma table de chevet. Il porte l'estampille de Fred et George. Ils ont décrété que c'était leur devoir d'égayer un peu notre captivité. Ca marche pas mal, pour certaines, mais beaucoup ne nous sont pas utiles – il faut pouvoir se lever et ça, c'est un peu compliqué pour nous. Je trouve une petite bourse qui contient de la poudre argentée. Le petit mot accompagnant l'envoie précise qu'il s'agit d'un prototype de poudre Auzieux, un équivalent de potion de Polynectar déshydratée. Appliquée aux endroits que l'on désire changer, son effet dure une demie heure. Les jumeaux travaillent à l'allongement du temps de dissimulation. Voilà qui va m'être utile.

En traversant la salle, je prends vraiment la mesure de cette épidémie. Il y a tant de chambres ! J'ai appris à connaître certains occupants et les voir là, couchés devant moi, donne corps à nos récits, à nos sensations. Je vois ce que nos rares visiteurs voient et le résultat n'est pas fameux. Les plus anciens ne ressentent plus la douleur car perdus dans le Néant du coma en attendant une fin décidée par avance, emmitouflés dans les bandages à n'en plus voir que leurs yeux ; les nouveaux arrivants sont encore sous le choc et se font emmailloter de plus en plus rapidement. Les départs sont aussi plus fréquents, le dernier ayant eu lieu hier soir. Ca me fait peur… Ca me fait peur parce que, des anciens, je suis dans les derniers et je sens ce mal insidieux me tuer un peu plus chaque jour. Il n'y a plus d'arrivées depuis deux jours mais les départs se sont accélérés malgré l'intervention des Medicomages de Ste Mangouste. Ils disent qu'ils n'ont rien trouvé mais leurs yeux affirment le contraire. Ils savent ce qui nous tue mais nous le cachent. Pourquoi ? Parce qu'ils ne peuvent pas nous guérir ? Autant le dire clairement, dans ce cas. Ca nous permettrait de partir en paix avec nous-même, de nous dire que s'il n'y a pas moyen de guérir, nous avons raison de mettre un terme à nos souffrances.

Madam Pomfresh garde toujours des robes de sorcier au vestiaire. Je m'y sens comprimé, avec tous ces bandages. Pour la première fois depuis près d'une semaine, je quitte la salle où nous sommes parqués. C'est bizarre, comme sensation, un peu comme si on passait la porte d'un monastère bouddhiste retiré au fin fond de l'Himalaya et qu'on tombait directement sur les rues d'Edinburgh en plein Hogmanay. Quand le Quintaped n'est pas là, les McClivert dansent, comme on dit. Il y a tellement d'agitation que personne ne me remarque. Je me retiens aux murs pour ne pas tomber. La tête me tourne, mon corps me brûle, mes jambes sont faibles. Je dois continuer, pourtant. Hermione doit être mise au courant.

Le vent est fort, dehors. Un temps parfait pour une Finale de légende. Les joueurs s'investissent beaucoup plus quand il y a un avis de tempête. J'ai parfois l'impression qu'ils y trouvent comme une sorte de défi, comme si gagner un match en ayant bravé les éléments est plus digne de respect que de gagner un match par temps clair. Dans un sens, c'est vrai. L'idée du petit être humain affrontant les forces de la Nature fascine, un duel inégal dont tout le monde attend l'issue. Et les joueurs veulent être les vainqueurs portés en triomphe. Pour le moment, il n'y a qu'un jeune homme avançant bravement jusqu'à un stade de Quidditch. Il surpasse une douleur gravée au plus profond de lui-même pour faire part de ses déductions sur la mort effective ou à venir de quelques dix-neuf étudiants, reliés indirectement les uns aux autres. Mais quel lien ! Le meilleur qui soit pour frapper au cœur !

Un sors de détection et ma baguette me montre la direction pour arriver jusqu'à Hermione. Elle est dans les gradins de la troisième Tour Est. Encore des escaliers à monter… Merlin que j'attends impatiemment le retour à mon lit ! Prendre les potions et ne plus bouger, oublier la douleur dans un sommeil sans rêve… Quel délice ! Hermione saura quoi faire, elle n'aura pas besoin de moi. Elle sait toujours quoi faire, Hermione. On peut lui faire confiance pour diriger l'affaire comme il se doit. S'il n'y a pas d'espoir de nous soigner – nous l'avons bien compris depuis un moment –, il reste toujours celui de faire payer le ou les coupables. Il est absolument hors de question qu'ils s'en sortent.

Minute. Il y a quelque chose qui ne va pas. C'est trop calme, dans le stade. Pourquoi il n'y a aucun cri de supporter ? Pourquoi Amory ne commente pas ? Pourquoi il n'y a que ce silence oppressant ? Mais qu'est-ce qui se passe, bons dieux ! Je débouche sur la plateforme des gradins. Hermione est debout devant la rambarde, entourée par les garçons de sixième année. Elle me fait penser à une grande star protégée par ses gardes du corps. Ou à une Enchanteresse escortée par les Aurors. Elle a les cheveux qui volent dans le vent. Elle a dû utiliser un sortilège d'Impervius. Elle est belle, comme ça, mon Hermione. Belle et Grande. Avec la meilleure volonté du monde, je n'aurais jamais pu ne serait-ce l'égaler. Elle est comme le professeur Dumbledore. Puissante mais sans ostentation, toute en nuances. Une porte entrouverte sur un monde qu'on nous laisse imaginer.

« HARRY !! » hurle-t-elle. Je me fige. Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Hermione, explique-moi ! Elle se serre le garde-fou de toutes ses forces, les yeux exorbités. Je m'approche de la rambarde et vois le spectacle qui s'offre à nos yeux. Par Asmodée et tous les démons du quatrième cercle ! Les images me parviennent avant le son. D'abord la collision. Aucun son. Une jeune fille est éjectée à terre. A peine un cri. Mon meilleur ami est projeté contre le poteau des buts. Un bruit sec et métallique. Le balai fou le suit. Aucun bruit. Il le frappe à l'estomac. Un gémissement. Il retombe sur le sol à côté de l'Eclair de Feu. Le bruissement du sable. Harry glisse le long du but. Aucun bruit. Il tombe dans le sable. Nouveau bruissement.

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« Dommage que ça se soit terminé aussi vite, le début était prometteur. Manquait un peu de vitesse et de prise de risque mais c'était pas mal. »

« Si tout se passe comme prévu, la suite sera meilleure. »

Ils regardèrent les autorités se précipiter vers les trois accidentés. Il n'y eut pas besoin d'examiner longuement le Batteur de Serdaigle. Madam Pomfresh lui ferma les yeux, laissant s'échapper une unique larme pour cet enfant mort trop tôt. Un de plus. Elle fit apparaître un brancard, y plaça le corps du jeune homme et le recouvrit d'un drap blanc sur lequel se formèrent rapidement des taches de sang.

« Acte deux, première scène. »

« Laissons-les souffler une minute, ce n'est pas drôle sinon. »

Près des buts de Gryffondor, les deux joueurs s'étaient relevés tant bien que mal et étaient présentement soutenus par les professeurs. Cependant, Harry Potter ne semblait pas disposé à obéir. Il se débarrassa rapidement du bras du professeur Nathalon, professeur d'Etude des Moldus, pour revenir à son Eclair de Feu.

Tiens donc… Harry Potter a l'air assez mal en point. J'aimerais beaucoup savoir combien de temps il peut tenir.

Il avançait d'une démarche raide, se tenant les côtes et serrant les dents. Lorsque Nathalon voulu le soutenir à nouveau, il le repoussa violemment et monta en selle puis voleta jusqu'au sommet de le troisième Tour, Gryffondor Est.

Les deux êtres se levèrent et lentement, descendirent les marches sur lesquelles ils s'étaient installés pour regarder le spectacle qu'ils avaient mit en scène. Un pas après l'autre, ils se postèrent dans un coin du terrain.

« Sic Luceat Nox. »

Par ordre du Maître, votre heure a sonnée.

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Harry vola péniblement jusqu'à moi, dirigeant son balai à une main, l'autre tenant ses côtes. Lorsqu'il fut assez proche, je remarquai qu'il fronçait les sourcils et serrait les lèvres fendues. Un filet de sang s'échappait d'une coupure sur son front et se mêlait à la pluie qui ruisselait de ses cheveux sur son visage. Il devait mourir de froid, avec son uniforme collé à la peau à cause de la pluie !

« Harry, ça va ? » demanda quelqu'un à ma gauche, un grand brun avec une voix qui ne m'était pas inconnue.

« Euphorique, ça se voit pas ? » dit-il en essuyant le sang qui coulait de sa lèvre ouverte. En clair : ne pas déranger sous peine d'obtention d'un aller simple à Ste Mangouste. « Ma baguette, Hermione. » me demanda-t-il d'un ton froid. Je n'aimais pas quand il était comme ça, il devenait un parfait étranger qu'il était impossible de faire changer d'avis ou de faire dire autre chose que ce qu'il avait bien envie de vous dire.

« Qu'est-ce que tu veux en faire ? » demandai-je en lui tendant son bien. Il me l'avait confiée dans la Grande Salle un peu avant qu'ils ne partent au Stade, comme il le faisait à chaque fois. Je n'ai jamais comprit pourquoi il tenait à la savoir en ma possession plutôt que dans les casiers des vestiaires ; peut-être préférait-il l'avoir près de lui en cas de besoin.

« Arrêter les personnes qui sont à l'origine de tout ça. » répondit-il en scannant chaque visage que croisaient ses yeux. Il fronçait les sourcils, la haine se lisant clairement dans ses yeux. Il savait qui était derrière tout ça et qu'ils étaient là, quelque part dans le stade, à observer le résultat de leurs manigances. Soupçonnait-il encore le jeune Croft ? Je ne le savais pas mais je m'en doutais. Il esquissa un mouvement pour partir mais s'arrêta net, les yeux tournés vers le sol. Ses yeux s'écarquillèrent et toute haine quitta son regard. Il n'y avait plus qu'incrédulité.

« Maman ? »

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« Arrêter les personnes qui sont à l'origine de tout ça. » Je parcoure le stade des yeux pour trouver mes cibles. Enerhin et Ashton Croft, pourritures devant l'Infernal. Foi de Potter, vous paierez pour vos crimes. Par ma volonté, vous avez été condamnés à mort. Que Dieu ait pitié de vos âmes… si vous en avez. Bellatrix avait raison. Les sorts ne sont efficaces que si on les ressent. Elle aussi aura l'occasion de tester mes connaissances.

Le corps de Vaskon a été emmené hors du Stade. Je peux entendre des pleures autour de moi. Le Quidditch perd un grand joueur et Serdaigle un bon élément. Une vie gâchée. Pour rien. A quoi rime tout ça ? Pourquoi sacrifier tant de gens dans une guerre qui n'est pas la leur ? Pourquoi des pères en viennent-ils à tuer leurs propres enfants ? Pourquoi des familles se déchirent-elles ? Pourquoi des familles entières sont-elles décimées ?

Harry…

Je me redresse vivement, ce qui provoque un élancement dont je fais fi. C'était quoi, ça ? Je regarde au sol, instinctivement, et ne vois que deux émeraudes taillées en amande qui me fixent comme si j'étais à quelques centimètres d'elles. J'en reste pétrifié, sans voix, sans pensée cohérente. Une seule autre personne a de tels yeux mais… c'est impossible, elle est… elle est morte ! Morte ! Depuis seize ans ! Les morts ne reviennent pas à la vie ! Alors comment ? Qui ? Quand ? Pourquoi ? Les questions se choquent e s'entrechoquent dans ma tête sans qu'aucune réponse ne soit trouvée.

« Maman ? »

Ce mot franchit mes lèvres sans que je puisse le retenir. Je sais que c'est impossible, pourtant… Pourtant un fol espoir s'embrase en moi. Un espoir qui ne peut qu'être déçu mais qui est là, tout au fond, et qui refuse d'entendre raison. C'est cet espoir autant que la curiosité, pourtant mêlée de défiance, qui me fait oublier mes blessures et mettre le cap vers cette personne que mes yeux ne quittent pas. Plus je m'approche et plus je me demande si je ne suis pas encore en train de faire un de ces nombreux rêves dans lesquelles je retrouve mes parents. Aïe… non… mes côtes démentissent formellement tout rêve. On n'a pas mal, dans un rêve. Je me pose le plus doucement possible, les yeux toujours fixés sur elle. Elle est toujours là. Debout. Je la dévore des yeux. Une part de ses longs cheveux auburn est rassemblée sur son épaule gauche, le reste tombe dans son dos. Une petite mèche tombe devant ses yeux tellement ressemblants aux miens. Ils avaient raison, tous ceux qui m'ont dit que j'ai les yeux de ma mère. Son visage se fend d'un sourire qui réchauffe mon cœur et attise l'espoir nouvellement né. Une fossette lui donne un petit air malicieux. Elle est belle… Je comprends que papa n'ait pas pu l'oublier malgré ses rebuffades. Elle tend ses mains vers moi, ses si belles mains aux doigts longs et fins. Sans trop me rendre compte du comment, je suis entouré par ses bras. Dieux qu'elle sent bon. Maman… Ma maman qui me sert dans ses bras… Ma maman à moi…

« C'est impossible… » dis-je d'une voix rauque, les larmes coulant sur mes joues.

« Il arrive des choses impossibles tous les jours, mon chéri. »

Elle a une voix douce. Apaisante. Les larmes me montent aux yeux. C'est bien elle, c'est ma mère. Ma mère qui passe sa main dans mes cheveux. Ma mère qui me murmure des mots réconfortants. Ma mère qui me revient… Enfin.

« Tu ne partiras plus, hein ? »

« Non, mon trésor. Plus jamais. »

J'oublis tout ce qui peut bien se passer autour de moi. Il n'y a plus que maman et moi. Maman et son amour. Maman et sa peau douce. Maman et sa bonne odeur. Maman et sa voix. C'est complètement différent de Mrs Weasley. Maman est le calme au milieu de la tempête qu'est Mrs Weasley. Maman ne sourit qu'à moi. C'est ma mère, ma vraie mère. J'aime beaucoup Mrs Weasley mais elle ne la remplacera jamais.

Mes jambes ont du mal à me soutenir. Ce doit être le trop-plein d'émotion. Ce n'est pas tous les jours qu'on retrouve sa mère. J'ai froid. Sûrement le fait d'avoir un uniforme détrempé sur le dos.

« Tu vas être trempée, maman. »

« Ne t'en fais pas pour ça. »

La sensation de froid s'insinue un peu plus en moi. Je frissonne. Maman ressert son étreinte. C'est bizarre. Je n'entends qu'un cœur battre et pourtant, elle me presse contre son cœur. Ils doivent battre à l'unisson. J'ai froid. Toujours plus froid. C'est comme si j'avançais dans une piscine d'eau glacée. Pas à pas, l'eau monte et la chaleur reflue. Ce n'est pas possible qu'un uniforme trempé donne aussi froid, un froid qui s'insinue dans chaque parcelle de mon corps, qui me prive lentement de mes forces, qui…

Je suis brutalement arraché des bras de ma mère. Non ! Laissez-moi y retourner ! Maman ! Je veux crier tout ça mais aucun son ne sort. Je gis à terre comme un vieillard agonisant. J'ai mal à la poitrine. Le froid s'est brutalement arrêté. Il y a quelqu'un devant moi qui empêche ma mère d'approcher. C'est un garçon plutôt grand, aux cheveux bruns presque roux. Le plus étrange est qu'il a des ailes dans le dos. Grandes et blanches. Comme les anges. Il est en position de défense, baguette à la main pointée vers ma mère. Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi me prive-t-il de ma mère alors que je viens juste de la retrouver ?

« Pourquoi m'enlèves-tu mon fils ? »

« Il serait votre fils si vous étiez sa mère. »

Mais qu'est-ce qu'il raconte, cet emplumé ? Bien sûr que c'est ma mère ! Qui veut-il que ce soit, Voldemort en ballerines dansant le Lac des Cygnes ? Ca se voit, que c'est Lily Potter, tout le monde la connaît dans le monde sorcier ! Je sais quand même la reconnaître !

« Ca va, Harry ? » me demande le type avec la voix de Ron. Il se tourne vers moi et me fait un clin d'œil. Je m'aide de mes bras pour me relever tout en grimaçant sous la douleur. Ce n'est pas possible, je ne dois pas voir clair. On dirait un maquillage qui coule à cause de la pluie. Peu à peu, l'inconnu qui s'interpose entre maman et moi fait place à mon meilleur ami, le visage crispé et engoncé dans une robe trop serrée.

« Ron ? Mais tu… Comment… Pourquoi… » Tant de questions que je veux lui poser mais aucune que je n'arrive à formuler. Il est là, devant moi, alors qu'il devrait être à l'Infirmerie ou à Ste Mangouste. Qu'est-ce qui lui a pris ?

« Harry, qui est-ce ? » me demande maman avec un air perdu. Ron renforce sa prise sur sa baguette.

« Ron, qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu m'éloignes de ma mère ? »

« Ce n'est pas ta mère, Harry. Aucune magie ne peut faire revivre les morts, tu le sais. »

Non, il n'a pas le droit de dire ça ! Si maman est là, c'est que c'est possible ! Ron s'agenouille devant moi avec une grimace de douleur. Je m'accroche à son bras. Pourquoi tiens-tu à me faire du mal, mon frère ? Pourquoi tiens-tu à me priver de ma mère ? Je viens à peine de la retrouver, laisse-moi en profiter, je t'en supplie !

« Harry, crois-moi, si c'était possible, tu aurais déjà tes parents avec toi. Mais ce n'est pas le cas. »

« Mais elle est là, Ron, tu la vois bien ! Tu la vois, tu lui as parlé ! » Il m'empoigne les bras et me secoue violemment tout en me regardant dans les yeux.

« Ce n'est pas ta mère ! Ecoute-moi Harry, j'ai compris toute l'histoire. Pourquoi nous avons été attaqués, pourquoi nous mourons, comment nous sommes choisis. Tous les Internés ont un rôle à jouer, chacun doit abattre les fondements de la Communauté que représentent ses parents. Chacun est fils ou fille d'un Grand de notre monde qui a refusé de se joindre à Tu-Sais-Qui ou de lui obéir. C'est en représailles, qu'ils ont tué les autres. Tu comprends ? »

« Oui… » Je le crois. Jamais il ne plaisanterait sur un sujet aussi grave. Les pièces se mettent en place dans ma tête. Le lien que je cherchais depuis le début est enfin clair. Et pourtant, une chose est encore trouble. Pourquoi lui ? Pourquoi mon meilleur ami a-t-il été attaqué ? Arthur Weasley n'a pas une position privilégiée au sein de la Communauté. Serait-ce à cause de l'Ordre, pour lui en faire avouer les membres et le quartier général ? Je lui pose ces questions mais un ricanement l'empêche de répondre.

« Voyons, c'est pourtant évident, mon chéri ! » dit maman d'une voix où perce le méprit. « Comment déstabiliser un combattant ? Simplement en s'en prenant à ce qu'il a de plus cher. Pour toi qui t'es créé une famille, c'était facile de voir quelles pièces sacrifier pour t'abattre. Tes meilleurs amis, ceux que tu considères comme ton frère et ta sœur. »

« Vous avez commencé avec moi, n'est-ce pas ? » intervient Hermione qui se tenait derrière moi. « En Avril, un soir où je faisais ma ronde tout en discutant avec le professeur Mc Lagan. Vous étiez là. C'était vous, la personne qui parlait Fourchelang. »

« Je regrette de n'avoir pu m'occuper de toi ce soir-là. Quel plaisir ç'aurait été de réduire au silence cette tête trop pleine… Ton ami n'a pas été aussi intéressant. C'était décevant. On aurait pu croire qu'avoir passé autant de temps auprès de toi lui aurait apprit quelque chose. Mais après tout, l'un ou l'autre, c'est du pareil au même tant que notre jeune ami est frappé au coeur. »

Maman, pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu veux les tuer ? Pourquoi tu veux me tuer en leur faisant du mal ? Je ne comprends plus rien. Ils disent que tu n'es pas ma mère, qu'une créature malfaisante a prit ta place mais ce n'est pas vrai. Ce ne peut pas être vrai. Et pourtant, ils ne mentiraient pas. Ils savent ce que je ressens quand il est question de mes parents et ne prendraient pas le risque de jouer avec ça. Que puis-je donc en déduire ?

Que ce fol espoir qui s'est embrasé en moi n'est autre qu'un vestige de mon passé et de mes envies de gosse.

Que celle qui se tient devant moi ne peut être et n'a jamais été ma mère.

Que maman est morte.

Que maman ne reviendra plus.

Elle est morte.

Morte.

« Eh bien, Harry, quel visage défait ! » Imposture. « Que se passe-t-il, mon trésor ? » Mensonge. « On dirait que tu viens d'apprendre une mauvaise nouvelle. » Traîtrise. « Raconte tout à maman. »

Un flash de lumière la projette violemment vers l'arrière. Elle se relève lentement en grimaçant de douleur et regarde furieusement le responsable. Hermione lui fait face, tête haute et baguette fermement brandie. Je vois dans ses yeux sa résolution à combattre. Je sens la main de Ron se contracter sur mon bras. Il s'est déjà mis en position pour se relever, prêt à se joindre à la mêlée. Oublis la douleur, Potter. Bats-toi avec les tiens. Je rassemble moi-même mes forces pour y prendre part à mon tour, tout en gardant un œil sur la personne qui nous faisait face. Elle n'est pas troublée par l'horrible cri qui s'élève dans le stade.

« Tu viens de faire la plus grosse erreur de ta vie, Hermione Granger. La dernière. » Ces derniers mots tonnent dans mon esprit comme le glas d'une église, de ceux que l'on entend dans les films, ils résonnent dans le silence de la nuit et font s'envoler des nuées de corbeaux annonciateurs de malheur. Des corbeaux que je crois réellement entendre. Comme pour confirmer ce parallèle, une explosion résonne dans le stade suivit peu après d'un grondement sourd et de cris. Nous tournons la tête vers la source du bruit. Des volutes de fumée forment un écran qui nous empêche de discerner clairement ce qu'il se passe à l'autre bout du terrain. Une forme qui approche attire mon regard sur ma gauche.

« HERMIONE ! »

Je me retourne juste à temps pour voir Ron se jeter devant Hermione et être percuté par le sortilège destiné à ma meilleure amie. Le temps s'arrête.

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Les Tours étaient lentement désertées par les spectateurs. Elèves et professeurs, encore choqués par ce qui venait de se passer, observaient les alentours en attendant de pouvoir s'engager dans les escaliers, ne se rendant pas compte de ce qui se jouait sur le terrain. Regardant par-dessus la sixième tribune Nord, ils furent surprit de voir des nuages noirs avancer droit sur eux. Fait étrange, ils n'avaient pas été repérés auparavant. C'était comme s'ils venaient d'apparaître, comme sortis de nulle part. Tout mouvement fut stoppé face à ce phénomène. Puis il y eut un son au loin, comme un battement d'ailes gigantesques. Et les choses se faisaient de plus en plus identifiables.

« Par tous les saints… » souffla Minerva McGonagall, les yeux écarquillés.

Tous devaient penser la même chose à la vue de ce qui approchait et que certains pointaient du doigts. Eclipsant le soleil qui avait fait une timide apparition derrière les nuages gris, une créature approchait du stade, propulsée par de gigantesques ailes.

« Non… Ca ne peut pas… » Le professeur Mc Lagan semblait en proie à une vive incompréhension. « Les Portes ont été scellées ! Nous l'aurions su si… »

« Calleigh ? Tu sais ce que c'est ? » demanda le professeur Rogue.

Mc Lagan se tourna vers lui mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour s'expliquer, une explosion survint au niveau du corps de la Tour Poufsouffle Sud qui jouxtait celle des professeurs. Le souffle de l'explosion obligea élèves et enseignants à plonger au sol pour se protéger des éclats de bois et des remontées de fumées. Le vacarme que firent les poutres de maintient en s'effondrant se mêla aux cris des élèves prisonniers sous l'enchevêtrement. Une énorme ombre passa au-dessus des décombres, suivie d'un bourdonnement d'ailes qui disparut rapidement.

« Tout le monde va bien ? » demanda le professeur Dumbledore en se relevant.

Un concert de grognements lui répondit tandis que ses subordonnés l'imitaient. Certains arboraient de jolies estafilades à divers endroits du visage et sur les mains. Tous étaient couverts de poussière, comme s'ils avaient été au cœur d'une tempête de sable dans le désert de Gobi.

« Dieux de l'Enfer… » souffla le professeur Mc Lagan en voyant l'horrible spectacle de la Tour éviscérée. A ses pieds, à travers la poussière, on pouvait voir de petites formes sombres éparpillées ça et là. La professeur de Défense Contre les Forces du Mal se précipita dans les escaliers, ses collègues l'y suivant au triple galop. Quelques élèves qui se tenaient sur le chemin de ronde à côté de la Tour effondrée avaient déjà rejoint les décombres où ils s'affairaient à dégager les blessés. Les Première Année, maintenues à distance des corps de leurs camarades, avaient été laissés aux soins des Quatrième et Cinquième année qui commençaient à les évacuer loin du stade.

« Filius, Pomona, occupez-vous des plus jeunes. » lança le professeur Dumbledore en approchant des lieux du drame. « Severus, Minerva, Roderick, faites évacuer le stade dans le calme. Les autres, aidez-moi à dégager les blessés ! »

« Faites attention, gardez vos baguettes hors du fourreau. Les Neridrines ont pour habitude de faire plusieurs passages. Ils sont souvent accompagnés. Si vous en voyez, trouvez un abri le temps que les secours arrivent. »

« Nous pouvons nous battre, Calleigh. »

« Pas face à eux. Et détruisez la pierre le plus vite possible ! » répondit l'intéressée alors qu'elle courait vers ce qui restait de la Tour, le reste des professeurs délégués aux fouilles sur les talons.

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Ses doigts s'enfoncèrent dans mon épaule gauche et mon avant-bras droit. Son souffle se coupa brusquement tandis que son corps se raidit brusquement. Je n'ai pas de souvenir précis de ce qu'il s'était passé avant ce moment, si ce n'est l'explosion d'une des Tours du stade et le cri de Ron alors qu'il se plaçait devant moi. Ma conscience ne me revint lorsqu'il ses genoux flanchèrent, m'entraînant dans sa chute que je tentai d'adoucir en m'accroupissant. Les traits de son visage étaient étrangement sereins, comme s'il ne faisait que dormir dans mes bras un après-midi de printemps au bord du lac ou sous les ombres d'un chêne. Cette vision bucolique n'était troublée que par la traînée de sang qui coulait de son nez.

« Ron… » Un petit sourire tordit sa bouche en un espèce de rictus.

« Pourquoi tu pleures, Hermi-jolie ? » Il soufflait tout doucement ses mots, calmement, comme si tout cela était naturel. Ses lèvres étaient bleutées, de même que le bout de ses doigts qui étaient froids comme le reste de sa peau.

« Parce que tu as été blessé en me protégeant. »

« Ne pleure pas pour ça. » Il avait le même ton de voix qu'un enfant fatigué, ce ton vaguement serein, entouré de velours. « J'ai fait ce que je devais faire. Je suis chevalier, n'oublie pas. C'est mon devoir de sauver les jolies filles. » Ses yeux s'éclairèrent d'une toute petite lueur de malice, vague résidu de ce qu'il était avant… avant tout ça. Un nœud coulant se serra autour de ma gorge.

« Je croyais que c'était moi, le héros. » Je levai les yeux vers Harry, agenouillé à nos côtés. Il était aussi blanc qu'un linceul, les yeux hagards, jouant avec ses doigts, comme s'il ne savait qu'en faire. Il leva les yeux vers moi et me lança un regard que je n'ai jamais oublié. Un regard mêlé d'une infinie tristesse et d'une profonde incompréhension, le regard d'un homme totalement perdu qui cherche désespérément un semblant de bouée à quoi se raccrocher et qui n'en trouve pas.

Je pense que Ron voulut éclater de rire. Il y parvint un petit instant – et c'était bon de le voir rire après tant de souffrance – mais cela se transforma rapidement en un horrible gargouillis. Sa main emprisonna la mienne et la serra fermement tandis que la toux le faisait se recroqueviller contre mon ventre.

« Ron ! »

« Ca va, tout… tout va bien… » dit-il lorsqu'il se fut un tant soit peu calmé. De ses doigts bleus et froids, il saisit la main de Harry et la porta à son cœur. « Veillez l'un sur l'autre. » dit-il d'une voix faible en nous regardant. « Soyez toujours là pour l'autre. Toujours. » Il y avait plus de sérieux dans sa voix, dans ses yeux, que jamais il n'y en avait eu. Sauf peut-être sur l'échiquier de McGonagall, en Première Année.

Harry et moi nous regardâmes. La même scène repassa devant nos yeux. Le serment que nous avions prêté cette nuit de septembre sur la tour d'Astronomie, serment dont les étoiles avaient été témoins. Nous ne l'avions alors pas prit à la légère et nous ne le ferions certainement pas ici.

« On sera deux. » dit Harry en soutenant notre échange visuel. Oui. Nous avions dit que nous serions là et nous allions tenir notre promesse. Qu'importe où cela devait nous mener, nous respecterions ce serment.

« Comme promis. »

Ron paru soulagé de notre promesse renouvelée. Il écarquilla soudain les yeux et un filet de sang coula de la commissure de ses lèvres tandis que sa tête roulait contre mon ventre. Les mains que nous tenions se détendirent et retombèrent mollement sur le torse de notre meilleur ami. Je regardai le visage de Ron pendant un temps. Une poupée de porcelaine aux lèvres bleues.

« Ron… Ron non ! » Harry secouait la main de notre ami mais celui-ci ne bougeait plus. « Tu avais dit que tu serais avec moi ! Tu avais promis ! » Les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Il avait la voix aiguë, éraillée. « Réveille-toi, Ron ! Je t'en supplie, mon frère, ne m'abandonne pas ! Pas maintenant ! Pas toi ! » Il serra son corps contre le sien et s'y agrippa de toutes ses forces.

J'ai toujours voulu que ce jour fatidique ne soit qu'un cauchemar né de mes peurs les plus profondes mais hélas, je ne me suis jamais réveillée en sursaut, le souffle court. Quand je repense aux années écoulées depuis ce vingt-quatre Mai, je me dis qu'en fin de compte, la guerre n'aurait jamais eu le visage qu'elle a eu sans la mort de Ron. C'est dur à dire mais c'est pourtant la vérité. A vous qui me lisez, jeunes lecteurs, sachez qu'un homme a été le catalyseur de toute une série d'événements qui changèrent irrémédiablement le cours de la guerre et de nos vies. En bien pour certaines choses, en mal pour d'autres.

Il se passa un certain temps avant que le sifflement d'une mélodie ne s'insinue dans mes pensées entièrement tournées vers l'être couché contre moi. Je reconnaissais cette mélodie. Elle avait fait son apparition à Poudlard à l'occasion des matches de Quidditch de Cinquième Année, pur produit de l'imagination des Serpentard.

Weasley est notre roi.

Je levai les yeux vers la personne qui sifflotait cet air et vit une jeune fille qui ne m'était pas inconnue. Les cheveux blonds relevés en une haute queue-de-cheval, mains dans les poches, regard qui papillonne de droite à gauche, Enerhin Croft était le symbole même de la nonchalance. Ainsi, mon intuition s'était révélée exacte. Une illusion de haut niveau. Ils l'avaient employés mais pourtant, elle n'était pas étudiée avant la Septième Année.

« Je vais vous faire une confidence. » dit-elle en regardant derrière nous d'où s'élevaient des cris, un sourire satisfait aux lèvres. « Quand on tue un roi, on ne le poignarde pas dans son sommeil. » Elle posa son regard sur le corps de Ron puis nous fixa tour à tour avant de tourner la tête vers son arrière gauche.

Son frère jumeau s'avança à ses côtés, le visage froid. Il tenait dans ses mains la fameuse petite boîte circulaire qui semblait ne jamais les quitter. « On le tue là où toute la Cour peut le voir mourir. » conclut-il alors que sa sœur tournait sur elle-même comme l'enfant qu'elle était encore à bien des égards.

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« Alasis, vous pourriez m'apporter le dernier rapport d'enquête des Aurors, s'il vous plaît ? Celui sur les Mangemorts du Sussex. »

« Bien sûr, Monsieur. » répondit l'affable secrétaire.

« Si vous trouvez un kiné en chemin, amenez-le aussi, il pourrait m'être utile. »

« Je vais voir ce que je peux faire, Monsieur le Ministre. » Le globe de communication se tu sur un dernier rire masculin. La jeune femme se leva et parcourut rapidement la pile de documents qui envahissait son bureau à la recherche du document demandé. Lorsqu'elle l'eut trouvé, elle le posa à plat face à elle, passant une main rêveuse sur la couverture duveteuse de la pochette cartonnée. De son autre main, elle sortit un objet de sa poche et le posa sur le dossier, l'observant un moment.

Un rayon de soleil renvoya un éclat métallique tandis que la Secrétaire le rempochait et se dirigeait vers le bureau de Ministre de la Magie.

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« Professeurs ! Ils sont coincés sous les poutres ! » cria un jeune homme du haut des ruines d'un chemin de ronde qui donnait sur les ruines de Poufsouffle Sud.

« Gill, essaye de dégager ceux qui sont les plus proches ! » répondit Calleigh Mc Lagan en commençant à fouiller. « Les Cinquième Année, vous rejoignez les autres près du professeur Flitwick ! »

Hagrid, déjà sur place, déplaçait les poutres les plus lourdes pour permettre l'extraction des blessés qui étaient rassemblés à l'écart du Stade. Les sortilèges de Lévitation fusaient de tous côtés, motivés par le danger que courraient les enfants prisonniers sous les ruines. Cela ressemblait à un jeu de mikado géant. Si la mauvaise poutre était déplacée, l'enchevêtrement s'effondrait un peu plus sur les malheureuses petites victimes prisonnières.

Vingt-trois personnes avaient déjà étaient dégagées et malgré leurs blessures, les survivants aidaient à désenclaver leurs camarades dont peu étaient retrouvés vivants. Le corps d'une jeune Première Année empalée sur une poutre brisée succéda à un corps non identifiable qui fut arraché des bras d'un jeune homme au regard perdu. Certains secouristes dégageaient un corps puis couraient à l'écart pour vider leur estomac mais de plus en plus, ils agissaient par gestes mécaniques, oubliant blessure, douleur et dégoût.

« Ils en seront marqués à vie. » dit le professeur Sinistra à sa collègue de Défense Contre les Forces du Mal tout notant sur un carnet les noms des victimes identifiables.

« Ce n'est que le début de ce qu'ils auront à affronter. » répondit celle-ci en déposant le corps d'un Quatrième Année mort écrasé par l'effondrement sur une des civières de la morgue improvisée. « La suite sera sûrement pire. Brevis Tamplwhoof. »

Le professeur d'Astronomie releva le nom du jeune homme à la suite d'une liste toujours plus longue. Trop longue, pensa-t-elle.

Dans le ciel de Poudlard s'éleva le cri de la Mort dans un sourd battement d'ailes gigantesques. Blême, Calleigh se tourna vers le firmament.

« Que les dieux nous protègent… » souffla-t-elle en pressant la pierre verte qu'enserraient les enluminures en forme de feuilles de laurier qui sertissaient l'anneau d'argent passé à son annulaire droit. « Faites vite, les vies de ces enfants sont entre vos mains. »

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« En rang par Maison, s'il vous plaît ! » réclama le professeur Flitwick. « Allons, plus vite que ça ! »

Les premiers élèves de la Première à la Quatrième Année qui avaient pu être évacués se regroupèrent tant bien que mal en quatre colonnes qui bruissaient toutes de la même question : que venait-il de se passer ? Ils avaient tous entendu l'effondrement de la Tour Poufsouffle Sud, certains avaient même remarqués la forme sombre dans les airs mais tous étaient incapables de retrouver un ordre logique dans les événements qui venaient de se produire.

« Vous, là-devant ! Direction Poudlard au triple galop ! »

L'évacuation se faisait par les escaliers ou par la voie des airs grâce aux joueurs qui prenaient en charge les élèves proches des ruines de Poufsouffle Sud. Ils aidaient à présent au rapatriement des blessés dégagés des ruines vers l'Infirmerie de fortune. Les évacués arrivaient par petits groupes qui étaient séparés par Maisons et dirigés vers le château avec ordre de ne pas sortir des Salles Communes.

« Votre place est au château. » dit le professeur Chourave au groupe de Cinquième Année qui suivait les quatre colonnes vers le Collège. « Vous êtes trop jeunes pour voir ce qu'ils voient. » Elle tourna le regard vers les décombres. Qui peut faire une telle chose, se demandait-elle. Qui peut être assez malfaisant pour s'attaquer à des enfants ?

Une sorte de cri suraiguë vrilla les tympans de tout le monde. Nombre de gens se recroquevillèrent sur eux-mêmes par réflexe mais quelques uns levèrent les yeux au ciel. Ceux-là virent la forme sombre qu'ils avaient aperçue peu avant l'effondrement. Ils restèrent figés sur place, comme hypnotisés par la forme qui fonçait vers eux à toute vitesse.

« AU CHATEAU ! COUREZ ! » hurla le professeur Flitwick en brandissant sa baguette. « NE VOUS RETOURNEZ PAS ! FUYEZ ! »

Les quelques élèves qui avaient commencés à reculer accélérèrent le pas puis entraînèrent leurs camarades dans leur course, portant parfois les plus jeunes. A la faveur du soleil nouvellement réapparu, nombre d'entre eux purent voir les créatures qui fonçaient sur eux de toute la vitesse de leurs grandes ailes. De loin, leur morphologie ressemblait à celle des dragons mais plus elles approchaient et plus il était possible de discerner leurs longs corps effilés dépourvus de pattes. Sur leur poitrail brillait une intense lumière rougeoyante qui attirait les regards à n'en plus pouvoir détourner les yeux. C'est ainsi que plusieurs élèves qui s'étaient retournés étaient comme statufiés sur place tandis que les créatures approchaient toujours plus près, leurs gueules béant sur d'immenses crocs acérés d'une blancheur ivoirienne. Les créatures les fauchèrent d'un seul coup de griffe.

« Pauvre Roi Ronald. » soupira Ashton avec un mouvement de tête pathétique. « Disparu au fait de sa gloire. C'est une perte tragique. »

« Il était si… amusant, sur son balais. » compléta Enerhin en posant une main sur le bras de son frère. « Tu te souviens du soir où nous avons eu cette passionnante conversation avec lui ? Il ne s'en est jamais remit, le pauvre. »

Harry leva lentement la tête, dardant les deux enfants d'un regard noir. Il y avait dans ses yeux une petite lueur qui indiquait que le pire était à venir. Ses phalanges devenaient blanches tellement il serrait les poings autour du corps de Ron. C'est effrayant de se tenir à côté d'un être puissant en sachant qu'il est en colère. L'air devient plus lourd, plus dangereux. On a l'impression qu'une simple respiration, un simple battement de cœur, peut faire exploser la rage qu'il ressent et tout dévaster sur son passage. Et les jumeaux Croft l'alimentaient. Du moins Enerhin le faisait, car Ashton n'était pas en vue. Etait-ce à dessein ou bien un acte profondément inconscient ?

« Pourquoi ? » souffla Harry.

« Ca n'a rien de personnel. » dit Enerhin, une lueur de folie dans le regard. « On nous a demandé de faire ce petit travail. »

« Voldemort. »

« Seigneur Voldemort, s'il te plaît. » le corrige la jeune fille en s'approchant de nous. « Ton Seigneur et Maître devant qui tu devras t'agenouiller ! Vous devrez tous courber devant lui ! »

Alors qu'elle était à un mètre de nous, je vis à ma plus grande surprise la jeune fille être comme repoussée violemment. Elle fit un salto arrière et retomba lourdement sur le sol, face contre terre. Harry s'était levé d'un bon, baguette brandie. Il s'avança vers la forme inconsciente.

Au même instant, je sentis quelque chose de froid contre ma gorge qui me fit bloquer ma respiration.

Le stylo retomba lourdement sur la feuille de papier. Un soupir s'éleva dans la pièce baignée du soleil de fin d'après-midi, venant se joindre aux cris des enfants qui jouaient au-dehors. Six. SIX ! Six essais pour tenter de décrire cette bataille qui en fin de compte n'en était pas une. Elle n'y arrivait pas, il y avait comme un blocage qui l'empêchait d'ordonner ses idées. Elle passa les doigts sur une petite cicatrice dans son cou et se remémora ce qui l'avait causée.

Nous nous faisons face, lui et moi, totalement oublieux du reste d'un monde qui s'écroule pourtant à deux pas de nous. Lui qui se venge d'une humiliation que je lui ai faite subir. Lui qui se venge pour deux. Moi qui me venge de la mort de plusieurs innocents. Moi qui me venge de la mort de mon frère. Moi qui veux sa mort. Lui qui ricane.

« Tu la vois ? Ta précieuse Hermione. » Lui qui a sa baguette contre sa gorge. « La seule qui ait une telle place dans ton cœur. »

« Ton amie. » Elle s'est relevée. « Ta confidente. » Une fois. « Ton guide. » Pas deux. « Ta sœur. » Je ferai disparaître à jamais son immonde sourire narquois de la surface de la Terre.

« Qu'adviendrait-il de toi s'il lui arrivait un… petit accident ? » Je vois une perle de sang couler là où il a enfoncé trop profondément la pointe rendue coupante par un sort.

« Pauvre petit Survivant. » Elle me tourne autour en riant de ma situation. « Abandonné de tous. Complètement seul. » Seul ? Non. Elle est toujours là. « Plus de Ronald Weasley. » Ron… Mon frère, tu seras vengé. « Plus d'Hermione Granger. » On se regarde et je peux lire la peur dans ses yeux. Ma petite sœur, je n'ai pas réussi à te protéger. « Plus personne. Et c'est sa faute »

« Ma faute ? »

« Bien sûr ! » Elle se penche à mon oreille. « Ils sont morts par ta faute. » Non, ce n'est pas vrai ! « D'abord tes parents. » Non, c'était pour me protéger ! « Puis Cedric Diggory. » Non, il… Je lui ai dit de prendre le Trophée, il… « Il ne serait pas mort si tu n'avais pas été là, n'est-ce pas ? » Ce n'est pas ma faute ! Il aurait dû… Il aurait dû m'écouter et… « Sirius Black n'aurait pas dû mourir. » Mes yeux s'écarquillent. Sirius… Non, tu n'aurais pas dû mourir. J'ai été idiot et tu as payé à ma place. « Ronald Weasley non plus, pas vrai ? » NON ! « Il était ton ami, c'est pour ça qu'il est mort. » Parce qu'il était… mon ami ? « Il était proche de toi… » Proche… « Il serait encore vivant si tu ne l'avais pas approché ! »

« Je… »

« Harry, ne… » La voix se tait. Je relève les yeux et vois Hermione entre les mains du garçon. Elle a la bouche ouverte dans un cri de douleur ou de peur qui ne peut pas sortir. La baguette contre sa gorge a tirée une goutte de sang hors de ses veines. La simple vue de ce sang chéri couler le long d'une gorge aimée enferme mon cœur dans un carcan de fer. Je campe mes yeux dans ceux d'Hermione et prends ma décision. Elle ne mourra pas aujourd'hui. Elle est tout ce qui me reste. Ma confidente. Celle qui m'écoute et me comprends. Mon guide. Celle qui me remet dans le droit chemin quand je m'en écarte. Mon amie. Celle qui a toujours été là.

« Ma sœur. » dis-je d'une voix rappelant un grognement caverneux. Le dernier reste de la famille que je m'étais recréée. Je fronce les sourcils. Enerhin Croft hésite dans ses gestes. Elle commence à éprouver de la peur, je le sens en elle. Elle recule d'un pas, prudente et malgré tout ignorante. Elle sent que la situation lui échappe. Je resserre les doigts autour de ma baguette et tout se passe très vite au son d'un « ENERHIN ! » désespéré.

Lorsque je reprends conscience de mes actes, une main agrippe mon poignet et je sens quelque chose de poisseux sur mon autre main, celle qui sert ma baguette braquée contre le ventre de mon ennemie. Face à moi, Enerhin a les yeux grands ouverts et la bouche formant un petit o de surprise. Elle recule d'un ou deux pas sans et ramène sa main devant ses yeux. Du sang en macule la paume. Elle n'a pas l'air de se rendre compte de ce qu'il se passe. Je n'en suis moi-même pas très sûr. C'est alors que, baissant les yeux, je remarque une tache de sang sur son ventre avec en son centre, une marque de brûlure.

Elle se tourne vers son frère en un lent mouvement et balbutie difficilement « Punis… pour les crimes… de leurs pa… parents… ». Ashton, blanc comme la mort, s'était figé derrière Hermione. Les yeux écarquillés, il regarda sa sœur tomber lentement à genoux devant lui et s'effondrer face contre terre, toute vie à jamais envolée. C'était comme si le Temps avait suspendu sa course, comme si l'espace d'un ultime battement de cœur, le monde s'était figé dans les yeux voilés d'une petite fille qui jamais plus ne rirait. Par ma faute. L'espace de cet ultime battement, je me rendis compte que je venais de tuer. De mes propres mains. Ces mains qui serraient encore la baguette meurtrière tandis que mes yeux fixaient le corps à mes pieds. J'avais ôté la vie à un être humain. A une enfant.

Hermione ferma résolument les yeux, ne voulant pas se souvenir de la suite, des cris d'Ashton Croft qui se précipitait sur sa sœur et la corolle de sang qui s'étendait sur le sol. Des yeux vides de l'enfant quand son corps avait été retourné et pressé contre un cœur qui hurlait de douleur et crierait bientôt vengeance, qui réclamerait le sang du meurtrier pour prix de celui versé.

Elle n'aimait pas se rappeler les événements qui avaient eu lieu à cette date. Il lui avait fallu un long moment avant de pouvoir y repenser sans éclater en sanglots interminables. Elle en revoyait les différents tableaux : Harry et Ashton Croft, debout face à face, baguettes à la main, l'immense créature qui avait survolée le stade et les cris qui l'avaient accompagnée, le vacarme que faisaient les gradins en s'effondrant. Toutes ces images, tous ces sons resteraient à jamais dans sa mémoire.

Les batailles ne sont pas faites pour être écrites, décida Hermione. Elles sont faites pour servir d'exemple de la folie de l'Homme. Ce jour-là, ils se sont servis des lois de la Nature pour combattre leurs semblables. Ils avaient convoqués une Vouivre pour assouvir les desseins d'un fou, d'une créature qui était prête à les sacrifier pour assurer ses plans de conquête. Ils n'avaient pas hésité à détourner les propriétés naturelles d'une plante pour tuer des innocents dont le seul crime était d'être les enfants des personnes qui n'étaient pas prêtes à se laisser dominer. Ils avaient tué des innocents.

« Tu n'y arriveras pas… »

L'ancienne Gryffondor tourna la tête vers son invité et le fixa d'un regard grave. Il ne la regardait pas mais elle sentait son esprit tourné vers elle comme les yeux d'un lion à l'affût de se proie. Oh bien sûr, il était au courant de ses essais de rédaction. Il était surtout au courant de ses nombreux échecs et ne faisait rien pour l'encourager.

« Ce n'est pas fait pour être écrit. »

Hermione mit la feuille sur laquelle elle était en train d'écrire au-dessus d'un tas déjà conséquent de feuilles volantes, de feuillets reliés artisanalement les uns aux autres, d'ébauches de textes ou de croquis bâclés pour la plupart.

« Non. »

Depuis quelques temps, elle tentait de décrire la Deuxième Guerre, notamment au travers de sa relation avec Harry. Ses expériences personnelles couplées aux récits des survivants lui avaient permis de reconstituer la trame des événements. Certes pas la totalité de la Guerre, mais quelques faits isolés par ci par là qui se mariaient avec d'autres faits plus ou moins en rapport. Il lui aurait été proprement impossible de suivre un récit linéaire, d'y incorporer toutes les composantes du conflit, aussi avait-elle des petits bouts d'Histoire éparpillés dans son appartement, le Face à Face côtoyant un Noël dans une des Maisons de l'Assemblée, ou encore un récit de torture et une image de mère berçant son enfant.

« Ils auraient pu s'en sortir ? »

« Non. »

« Les dossiers que vous vouliez, Monsieur. »

« Vous avez pu trouver un kiné entre votre bureau et le mien ? » demanda le Ministre de la Magie en prenant les dossiers que sa secrétaire lui tendait. S'adossant à son fauteuil et soupirant, il se dit que la journée serait bientôt finie. Encore ces deux dossiers et il pouvait espérer avoir dix minutes à lui. Peut-être pourrait-il même voir sa femme et embrasser la petite avant qu'elle ne s'endorme.

Ce fut sur ces pensées toutes simples qu'il sentit des mains sur ses épaules. Rouvrant un œil qu'il avait paresseusement fermé, il constata qu'Alasis lui massait lentement les épaules et la base de la nuque, ce qui avait pour prodigieux effet de le détendre.

« Vous avez des talents cachés, ma chère. »

Un sourire mauvais retroussa les lèvres de la secrétaire à cette remarque. Continuant sa besogne d'une main, elle retira de sa poche un petit couteau qu'elle amena lentement à hauteur de la nuque de son patron. Sa main lentement se déplaça sous les oreilles du Ministre et lui fit basculer la tête en arrière, légèrement penchée sur le côté. Tout à son bien-être, l'homme se laissa faire, oublieux des soucis du gouvernement. Mal lui en prit car il était déjà trop tard pour lui quand il sentit la morsure de métal froid contre sa peau et les premières gouttes chaudes couler le long de son cou offert à la lame tranchante du poignard.

« Vous ne faites pas si bien dire, Monsieur. » dit la jeune femme d'un ton froid quoique teinté de joie féroce à la vue des flots de sang qui s'échappaient de la gorge ouverte de celui qui avait été Ministre de la Magie.


Ici s'achève la fanfiction des Ombres du Passé. Pour des raisons simples tout autant que complexes, cette fiction restera incomplète, œuvre fauchée en pleine course comme l'ont été les milliers de vies brisées dans cette guerre. Vous trouverez par la suite quelques extraits de ce qui aurait pu composer les Ombres, les faits marquants ou non qui auront marqué l'Histoire peu ou prou. A vous de créer votre histoire avec les éléments qui sont en votre possession. Si l'idée saugrenue vous prend de la continuer officiellement, merci de me le faire savoir.

Peut-être y sera-t-il adjoint le dernier chapitre qui clôturera les Ombres.

Vous remerciant d'avoir suivit les 6 premiers chapitres des Ombres du Passé et ce 7e incomplet, je vous souhaite une bonne continuation.

Naseis05/05/07