- LES REFORMATEURS -


Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.


II : La fierté d'être sorcier


Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose
Période couverte par le chapitre
: 05 septembre 2005 au 04 janvier 2006


Si l'arrivée d'Augustin Dolohov fit jaser, le nouvel aspirant se fit bientôt voler la vedette dans les discussions autour de la cafetière par le procès des contrebandiers de produits de magie noire qui commençait quelques jours plus tard. Les Aurors ressentaient toujours douloureusement la disparition tragique de Patrick Alderton, la convalescence de Pritchard qui s'éternisait, les mains encore malhabiles d'Anthony Goldstein et les doigts perdus de Nat Proudfoot.

Faucett choisit soigneusement les Aurors qui devraient soutenir l'accusation. Janice présenta le dossier dans son ensemble, Harry apporta son témoignage sur le déroulement du Feudeymon, Hipworth décrivit les dangereux sortilèges utilisés pour protéger les malles qui transitaient par les transports moldus. Enfin, Pierre Belléclair vint exposer l'aspect international du trafic.

L'affaire connut un fort retentissement médiatique. Tous les éléments étaient présents pour passionner le public : magie noire, actions héroïques et pour finir l'arrestation d'un notable.

Fidèle à lui-même, Harry évita de lire la presse. Il ne pouvait cependant pas s'empêcher d'entendre les commentaires de ses collègues et il apprit ainsi que Rita Skeeter avait écrit un article fielleux à souhait sur Ethan Oglethorne, le directeur du laboratoire de potions de Ste-Mangouste qui avait été arrêté en tant que chef de la branche britannique du trafic. Elle affirmait que, non content d'être à la tête d'un vaste réseau de contrebande aux méthodes brutales, il avait également mis sous sa coupe le laboratoire de l'hôpital dont il avait la direction, et que des produits illégaux y étaient fabriqués et vendus sous le manteau. Il était trop tôt pour savoir s'il y avait du vrai dans ces affirmations, mais Harry ne doutait pas que la police magique et la guilde des Apothicaires allaient s'empresser d'enquêter en ce sens.

Lui-même passa un moment désagréable devant le Magenmagot. Déjà, il fut longuement applaudi à son entrée dans le prétoire, ce qu'il trouva totalement déplacé. Il était là pour faire condamner des criminels, pas pour se glorifier de ses actes prétendument héroïques. Il fila à la place qui lui était assignée et s'y assit, espérant que cela mettrait fin au mouvement spontané. Mais les acclamations continuèrent, alors même qu'il faisait semblant d'être plongé dans ses notes. Il fallut l'intervention énergique du secrétaire de séance et la menace de faire évacuer la salle pour que l'assemblée se calme suffisamment et que l'entrée des juges-mages se déroule dans les formes.

Il resta le nez dans ses papiers le temps que le juge président ouvre la séance, mais dut se lever quand il fut appelé à raconter ce qui s'était passé ce jour-là. La reprise des applaudissements manqua de le faire sursauter. Il serra les dents, partagé entre malaise et colère. Instinctivement, il regarda à droite du premier rang, là où Pritchard avait l'habitude de se trouver pour l'encourager quand il devait soutenir une audience délicate. Il eut la surprise de l'y voir.

Depuis que son coéquipier avait enfin quitté l'hôpital, Harry lui rendait visite une à deux fois par semaine. Il restait rarement longtemps — Ginny et le petit James l'attendaient à la maison —, mais il avait à cœur de prendre des nouvelles de son mentor et de lui résumer les enquêtes sur lesquelles il travaillait. Il sentait l'importance de ces rencontres dans la reconnaissance qu'il lisait dans les yeux de Mrs Pritchard, quand elle l'accueillait sur le perron, et dans l'attitude faussement désinvolte du convalescent lorsqu'il le voyait entrer dans le salon aux larges baies vitrées où il se tenait la plupart du temps. D'après Mrs Pritchard — qui se confiait parfois entre deux portes à Harry —, son mari ne sortait pratiquement plus, ne supportant pas le regard des autres sur sa démarche malaisée et les marques livides que le feu magique avait imprimées sur les joues.

Constater qu'il était cependant venu exposer ses infirmités dans cette salle bondée bouleversa le jeune Auror. Il ne savait pas si son mentor était là pour le soutenir ou plus prosaïquement pour assister au jugement de ceux qui étaient responsables de son état, mais sa seule présence était un soulagement. Harry s'accrocha à son regard le temps que le secrétaire fasse de nouveau régner l'ordre et y puisa le calme dont il avait besoin pour faire sa déposition.

Dans le silence revenu, il raconta comment les trafiquants, coincés dans la remise où ils avaient caché leur marchandise, avaient jeté sur les Aurors un Feudeymon dans le but évident de les condamner à être mangés par les flammes. Il expliqua que seule une expérience précédente avec cette forme de magie noire lui avait donné le réflexe d'y échapper et d'ordonner la retraite, sauvant ainsi quelques-uns de ses camarades. Il décrivit la position désespérée de ceux qui s'étaient retrouvés pris dans l'incendie qui faisait rage dans le bâtiment, les malfaiteurs ayant vidé les lieux sans un geste pour les secourir. Il exposa ensuite leurs difficultés à contenir les flammes pour qu'elles ne ravagent pas les alentours et comment seuls les efforts conjugués de tous les Aurors valides, des heures durant, avaient sauvé la région. Enfin, il égrena les noms du partenaire d'Owen et de tous les blessés graves qu'ils avaient eus à déplorer ce jour-là.

Ses paroles avaient dû porter car, lorsqu'il eut terminé, le public n'osa pas saluer bruyamment la fin de sa prestation. Harry chercha alors dans les yeux de Pritchard l'assurance qu'il avait bien trouvé le ton juste. Celui-ci hocha la tête pour montrer son approbation, et les deux hommes échangèrent un sourire triste. Aucun jugement ne leur rendrait ce qu'ils avaient perdu ce jour-là, mais ils avaient fait leur devoir. C'est dans un silence lourd que le représentant du bureau d'Excuses pour les Moldus prit à son tour la parole pour expliquer le mal que son service avait eu à maquiller le sinistre et préserver la loi du Secret.

Il fallut encore trois jours d'audition pour décrire tous les faits délictueux et établir les responsabilités de la vingtaine de prévenus. Les peines qui tombèrent furent lourdes, sauf pour ceux qui avaient passé un marché avec les Aurors et rendu possible l'arrestation d'Oglethorne.

Savoir que les principaux responsables resteraient des années à Azkaban n'apporta pas la joie au QG des Aurors, mais cela justifiait le prix qu'ils avaient payé.

Au fur et à mesure que son mariage approchait, Owen devenait de plus en plus nerveux.

— Je ne sais pas comment tu as tenu le coup avec ta super-cérémonie, fit-il remarquer à Harry. Tu devais avoir une montagne de choses à organiser !

— L'inconvénient de faire partie d'une tribu, c'est que le moindre repas de famille prend des allures de fête foraine, expliqua Harry. Mais le bon côté c'est que tu as du monde à qui déléguer les corvées. Quand on s'est mariés, ça a occupé ma belle-mère à plein temps pendant trois mois.

— C'est une méthode, effectivement. Le problème, c'est que ma mère travaille et que ma belle-mère est moldue, donc ne peut pas faire grand-chose puisque ça va se passer de notre côté.

— Tu ne peux pas lui faire faire les plans de table, décider du menu, choisir les vins, superviser le buffet ? s'étonna Harry.

— Tu crois ? fit Owen d'un ton peu convaincu. Tu sais, ils sont loin d'être ravis qu'Éloïse épouse un sorcier. Ils auraient préféré qu'elle se marie avec un Moldu et qu'elle ne retourne jamais chez nous.

— Notre guerre les a beaucoup effrayés, expliqua Harry. C'est pour la protéger qu'ils espéraient qu'elle reste de leur côté.

— Tu sais qu'elle n'a pas le droit d'utiliser la magie chez eux ? insista Owen.

— Pourquoi veux-tu que les Moldus soient plus ouverts d'esprit que les sorciers ? rétorqua Harry.

Owen hocha la tête comme si son collègue avait fait mouche.

— Je verrai sans doute les choses de façon moins négative après ce fichu mariage. Les négociations ont été difficiles entre nos deux familles, confia-t-il.

— N'oublie pas que c'est supposé être un jour exceptionnel dont tu te souviendras toute ta vie, tenta de positiver Harry. Tu seras le roi de la fête, il faut que tu t'amuses, hein !

— C'est vrai que tu avais l'air de t'éclater à ton mariage. D'ailleurs, j'ai trouvé assez extraordinaire qu'il y ait une telle ambiance, compte tenu des personnes présentes.

— Avoir une Chocogrenouille à son nom n'empêche pas de profiter de la vie, fit remarquer Harry.

— C'est pour ceux qui ne sont pas des sommités que c'est intimidant, explicita Owen.

— C'est vrai, convint Harry. Tu as eu des moments embarrassants ?

— Non, justement, c'est ce que je voulais dire. C'était tellement bien organisé que ça a été sympa d'un bout à l'autre. Même quand je me suis retrouvé en train de danser avec McGo, c'était fun.

— Le plus drôle a quand même été la rencontre sur la piste entre Madame Maxime et Flitwick, se souvint Harry. Ou quand Neville s'est étalé sur Hannah.

Ils éclatèrent de rire à ces souvenirs.

— Quand t'as raté la dernière balle et que j'ai pu embrasser Ginny, ce n'était pas mal non plus, ajouta Owen l'air malicieux.

— Ha, ha, fit Harry d'une voix plate. Je suppose que tu ne me laisseras pas une chance de te rendre la pareille.

— Je ne suis pas Gryffondor, moi, je ne prends pas des risques idiots, rétorqua le futur marié.

— J'ai plus qu'à te faire boire suffisamment pour, moi aussi, avoir une photo compromettante, en conclut Harry.

Le manoir Harper avait l'allure de ces maisons qui sont depuis longtemps dans la famille : pierres de taille patinées et dépendances ajoutées au fur et à mesure des besoins. Mais, contrairement au Terrier à qui ces adjonctions avaient donné un aspect biscornu, on sentait dans le développement de la bâtisse un désir de témoigner de la prospérité et de la respectabilité du clan.

Harry et Ginny avaient débouché dans la cheminée d'un vestibule aux proportions imposantes. Mrs Harper les avait accueillis avec le même respect souriant que la fois où Harry l'avait croisée dans la petite chambre d'Owen. Son époux les avait salués avec bonhomie, mais était manifestement impressionné par la présence du Survivant sous son toit. Il avait offert son bras à Ginny pour l'accompagner dans le salon où devait se dérouler la cérémonie tandis que la mère du marié les suivait avec Harry.

Owen s'y trouvait déjà, aux côtés de sa sœur, Shaleen. Harry avait souvent entendu parler de celle-ci, sans jamais la rencontrer. Il savait qu'elle avait fait un stage de six mois dans la réserve pour dragons de la mer des Hébrides où Charlie vivait. À l'issue de cette période, le second fils des Weasley l'avait mise en relation avec le responsable de la réserve en Roumanie où il avait jadis travaillé et elle résidait désormais là-bas. C'était une jeune femme gracile qu'on n'aurait jamais soupçonnée de s'occuper de dangereux animaux magiques, si ce n'étaient son teint hâlé et l'assurance de son regard. Elle avait en outre le nez droit et la haute taille des hommes de sa famille. Son sourire chaleureux rappelait sa mère, et Harry la trouva immédiatement sympathique.

Alors que les maîtres de maison repartaient dans l'entrée pour accueillir les invités suivants, Owen entreprit de présenter le couple à ceux qui les avaient précédés, à savoir le père et le frère d'Éloïse. Ceux-ci étaient habillés en Moldus, et Harry se demanda s'il avait bien fait de mettre une robe sorcière. Les deux hommes étaient restés proches l'un de l'autre, comme pour se protéger d'un environnement hostile. Ils tournaient résolument le dos au dais nuptial au-dessus duquel voletaient magiquement des pétales de roses blanches.

Bien élevés cependant, ils saluèrent aimablement les nouveaux venus. Ginny entreprit de briser la glace en évoquant sa dernière sortie dans le Londres Moldu – une exposition de sculptures. Ils ne s'y étaient pas rendus, mais saisirent la perche ainsi tendue pour démarrer la conversation, au soulagement évident d'Owen et de Shaleen qui devaient avoir eu bien du mal à s'entretenir avec eux. Harry demanda à la jeune femme comment se passait sa vie chez les dragonniers, et elle s'étendit avec reconnaissance sur les innombrables anecdotes qui jalonnent l'existence de ceux qui s'occupaient de ces énormes bêtes.

L'arrivant suivant fut le mage qui devait procéder à la cérémonie. Ce devait être un cousin car il avait un indéniable air de famille avec les Harper. Son salut à Harry fut froid et l'expression gênée d'Owen et sa sœur confirma l'impression du Survivant : le mage ne s'était sans doute pas réjoui de la défaite des Mangemorts. Par égard pour ses hôtes, Harry fit comme s'il n'avait rien remarqué. Il était bien placé pour savoir qu'on ne choisit pas sa famille. Enfin, Ron, Hermione, George et Angelina se présentèrent. Leur fils Frederik n'avait pas été convié et était resté sous la garde de ses grands-parents avec James.

Maintenant qu'ils étaient au complet, le mariage pouvait être célébré. Owen se plaça sous le dais, attendant sa promise. Mr Harper, d'un geste discret de sa baguette, lança une musique joyeuse. Éloïse fit son entrée à son tour, suivie par sa mère. Alors qu'Owen était vêtu d'un vêtement de sorcier traditionnel, la fiancée avait une robe de mariée blanche, tout ce qu'il y avait de moldue.

Mr Midgen s'avança et mena sa fille à son futur mari. Pendant que le mage discourait, les parents et le frère de la jeune fille semblèrent oublier leur désaccord avec le choix matrimonial d'Éloïse et se montrèrent simplement émus. Harry fut heureux de constater que le différend qui opposait la promise à sa famille n'avait pas influé sur les sentiments qu'ils se portaient entre eux : les Midgen aimaient Éloïse et souhaitaient manifestement son bonheur.

De ce fait, le moment des félicitations fut joyeux et amical. Il y eut des embrassades affectueuses, et les parents échangèrent des politesses. Pour ne pas manquer à leur réputation, Ron et George égayèrent ce moment en faisant exploser des pétards qui firent pleuvoir sur l'assistance des serpentins embaumés et des bulles irisées. Ron lança ensuite une boule rouge qui, en éclatant, délivra une nuée d'oiseaux multicolores qui voletèrent un instant sous le haut plafond avant de s'échapper par la croisée ouverte. Même les Midgen ne purent s'offusquer d'une pareille démonstration de magie, étant tout aussi charmés que les autres par la beauté du spectacle.

Ils passèrent ensuite à table. Les Sorciers Facétieux entreprirent de dire aux parents de la mariée à quel point ils appréciaient Éloïse. Ils louèrent son sens de la clientèle, son sérieux quand elle gérait leur stock et la façon dont elle encadrait le vendeur qu'ils avaient embauché. Leur apport fut précieux pour ouvrir la voie à des sujets de conversation mixtes. Angelina, par une introduction adroite, amena les deux mères à convenir que les recettes de cuisine n'étaient pas si différentes de part et d'autre de la barrière magique. Ron exposa son engouement pour le football et en expliqua les rudiments aux Harper, avant d'avoir une discussion passionnée avec le frère d'Éloïse pour déterminer lequel des clubs de Liverpool ou de Manchester était le meilleur. Harry parla de romans policiers avec Mrs Midgen.

La Bièraubeurre servie avec le repas était très bonne, et Harry en fit une consommation légèrement excessive, ce qui l'obligea à se lever pour trouver un coin isolé. Owen le renseigna discrètement, et Harry traversa plusieurs corridors pour se rendre dans le lieu souhaité. Il croisa Hermione qui, du fait de son état, y allait pour la troisième fois.

— Tu regarderas les murs en revenant, lui conseilla-t-elle.

Harry était trop pressé pour lui demander de préciser sa pensée, mais, une fois soulagé et sur le chemin du retour, il regarda les murs. Rien d'extraordinaire au début, mais quand il traversa la longue galerie qui donnait sur la salle de banquet, il vit que les cloisons étaient recouvertes de fresques historiques.

Cela commençait par la fondation de Poudlard : on voyait le château — trois à quatre fois plus petit qu'il ne l'était actuellement — encadré par la représentation en pied des fondateurs. Salazar Serpentard y était au premier plan, une vouivre à ses pieds. Face à lui se trouvait Rowena Serdaigle, coiffée d'un diadème que Harry trouva étonnamment ressemblant. À l'arrière, Godric était appuyé sur son épée et coiffé du Choixpeau – qui avait bien meilleure mine que la dernière fois que Harry l'avait vu. Helga Poufsouffle complétait le carré, un blaireau à ses côtés, un panier empli de simples[1] sous le bras.

Harry allait passer à l'image suivante quand il remarqua un détail. Par les fenêtres de l'école, on apercevait des élèves penchés sur des parchemins. L'un d'eux, dont la robe était particulièrement colorée avait attiré l'œil de Harry. Il le contempla plusieurs secondes avant de déterminer ce qui l'avait arrêté. Le jeune homme ressemblait aux Harper par sa prestance, la forme de son nez et les traits du visage. Ce n'était pas seulement des scènes d'histoire sorcière, comprit-il. C'était la chronique de la famille Harper qui était représentée.

La scène suivante montrait des joueurs de Quidditch à l'œuvre et la mention Flasque Mare anno MCLXIII qui indiquait la fondation du célèbre club en 1163. Harry passa les sportifs en revue et ne tarda pas à repérer un ancêtre des Harper, une batte à la main. En 1204 s'était tenu le premier Conseil des Sorciers d'Angleterre présidé par Barberus Bragge[2]. L'un de ses conseillers appartenait à la famille de ses hôtes. L'un d'eux avait également participé au premier Tournoi des Trois sorciers, en tant que champion de Poudlard, en 1284. Au XIVe siècle un ancêtre d'Owen avait gagné la compétition de Duels de Sorciers d'Angleterre. Au XVe, un Harper participait à la première coupe du monde de Quidditch, celle qui était restée dans les mémoires par sa finale qui avait donné lieu à plus de sept cents fautes différentes.

Les membres de la famille s'étaient diversifiés dans de nombreux métiers et y avaient prospéré. Ils pouvaient s'enorgueillir d'un maître de la guilde des Imprimeurs, d'un orfèvre réputé, d'un guérisseur ayant exercé à Ste-Mangouste peu après sa fondation par Mangouste Bonham à la fin du XVIe siècle. C'est également à cette époque que le corps principal du manoir Harper avait été érigé.

La famille s'était illustrée dans les diverses guerres qui avaient opposé les sorciers aux gobelins au cours du XVIIe siècle et y avait gagné ses premières médailles. En 1692, l'un des leurs avait participé au sommet de la Confédération internationale des Sorciers dont était sorti le Code international du Secret magique.

Les peintures suivantes témoignaient de la montée en puissance et en richesse des Harper. La solide bâtisse élisabéthaine s'était dotée d'une aile élégante au XVIIIe siècle puis son pendant avait été érigé le siècle suivant. Durant ce temps, ils avaient développé une fabrique de tissage qui avait prospéré.

La dernière scène montrait comment deux membres de la famille avaient ajouté un ordre de Merlin à la gloire familiale en protégeant des sorciers contre Grindelwald. Harry se demanda si la maison avait sa salle des Trophées pour exposer les récompenses gagnées par les membres de la famille. Il restait de la place sur le mur. Harry était certain qu'un jour on y verrait les parents d'Owen en train de participer à la bataille de Poudlard.

Cela expliquait pas mal de choses sur son ami, réalisa l'Auror. Lui aussi devait assumer les actes de ses ancêtres et s'en montrer digne. Sa volonté de réussir et la façon dont il s'en donnait les moyens découlaient sans doute en partie de cette fresque et du défi qu'elle constituait pour les descendants de ceux qui y étaient représentés.

Cela fit comprendre autre chose à Harry : la fierté d'être sorcier dont les sangs-purs faisaient preuve. Chacun des ancêtres de son ami avait participé, par des actes anonymes ou illustres, à créer la société sorcière à laquelle ils appartenaient aujourd'hui. Il était donc naturel qu'ils s'en considèrent comme les dépositaires et les garants. Cela expliquait qu'ils regardent d'un œil circonspect ceux qui y débarquaient sans en connaître l'histoire ni en partager la culture. Mais cette défiance n'était pas un obstacle définitif, heureusement, si l'on en jugeait par l'union qu'ils étaient en train de célébrer en ce jour.

— Tout va bien ? fit la voix d'Owen derrière lui. Ça fait vingt minutes que tu es parti, je me demandais si tu t'étais perdu.

— Je suis juste en train de réviser mon histoire de la Magie, plaisanta Harry. Si c'était raconté comme ça en classe, je pense que le professeur Binns aurait davantage d'adeptes.

— Oh, toutes ces représentations sont un peu exagérées, dit modestement le jeune marié, mais Harry était certain qu'il n'était pas mécontent qu'il ait pris le temps de les regarder. Au fait, t'as prévu un discours ou on passe directement au dessert ?

— Un discours ? demanda Harry d'une voix paniquée.

— Oh, ce n'est pas grave, fit Owen d'un ton qui se voulait indifférent.

— Bien sûr que j'en ai prévu un, révéla Harry avec un clin d'œil.

— Tu sais que ton humour est désopilant ?

— Je sais. C'est même pour ça que tu m'as choisi comme témoin. Tu voulais être certain que le discours soit réussi.

Mrs Harper parut réellement soulagée de le voir revenir. Harry espéra qu'il n'avait pas fait prendre trop de retard aux festivités. Il s'empressa de reprendre sa place et, d'un signe de tête, fit savoir qu'il était prêt à remplir son rôle. Owen demanda le silence et Harry se lança :

— Le problème des héros officiels, commença-t-il, c'est que les autres attendent d'eux qu'ils fassent mieux que tout le monde. Pour eux, pas de jours fériés, de week-ends, ni de vacances. Ils doivent toujours être prêts à sauver la veuve et l'orphelin, à terrasser un ou deux dragons avant le petit-déjeuner, voire même à faire des discours pendant les mariages.

Il y eut des sourires qui encouragèrent Harry à continuer.

— La réalité, hélas, est moins brillante. Ceux qui les fréquentent intimement le savent : il leur arrive de rater leurs sorts, de faire exploser leur chaudron ou d'être incapables de se souvenir des dates des guerres gobelines. Dans ce cas, par égard pour leur statut, les héros essaient de trouver une personne douée qui puisse leur faire profiter de son talent et sauvegarder le mythe. Grâce à Owen, tout le monde croit que les examens pour devenir Auror ne m'ont donné aucun mal, et il a ainsi participé à la légende.

Owen tentait de prendre un air modeste tandis que ses parents se rengorgeaient. Harry remarqua que les Midgen avaient du mal à comprendre les allusions. Sans doute qu'Éloïse ne leur avait pas raconté son rôle dans la défaite de Voldemort. C'était prudent de sa part, songea-t-il. Il aurait été inutile de leur faire savoir que la victoire avait reposé sur une seule personne. Comme le faisait régulièrement remarquer Ginny, il y a des choses que les gens préfèrent ne pas savoir.

— Cela fait trois siècles que les communautés sorcières et moldues vivent complètement séparées, et il paraît parfois difficile de passer d'un monde à l'autre, continua Harry. Mais en tant que sang-mêlé, je pense pouvoir affirmer qu'il ne faut pas craindre cette différence. Avoir des pouvoirs magiques est un enrichissement, tout comme l'est la connaissance des avancées scientifiques moldues. Personnellement, je suis fier d'appartenir à ces deux mondes. Je sais que l'histoire récente des sorciers a été cruelle et sanglante, mais les guerres sévissent également chez les Moldus, ce qui montre, tristement sans doute, à quel point les deux communautés se ressemblent.

Harry jeta un œil à son public. Si l'on exceptait le mage, tout le monde semblait apprécier son homélie.

— Owen et Éloïse, conclut-il, vous êtes la magie et la science. Vous vous placez entre tradition et modernité, vous êtes complémentaires et susceptibles de vous enrichir l'un l'autre. Enseignez cette richesse à vos enfants, donnez-leur les clefs des deux mondes, apprenez-leur le meilleur de chacune de ces communautés. Vous avez notre futur entre vos mains. Nous vous faisons confiance !

Le discours n'avait pas été désopilant, mais il avait bien plu aux deux familles. Après les applaudissements de rigueur et la distribution des parts du gâteau de noce, Ginny confia à Harry :

— Tu te bonifies à chaque fois. Encore trois ou quatre mariages et tu pourras te présenter au poste de ministre de la Magie !

Quelques jours plus tard, après avoir couché James, au lieu de profiter du moment comme elle le faisait habituellement pour feuilleter Quidditch Magazine ou lire un livre, Ginny vint se percher sur le bras du fauteuil où Harry avait pris place.

— Besoin d'un câlin ? demanda-t-il en passant un bras autour de la taille de sa femme.

— C'est un peu le sujet dont je voulais te parler, répondit-elle, sans le ton un peu coquin qui était le sien quand elle avait une idée derrière la tête.

— Des réclamations ? fit Harry d'une voix qui indiquait qu'il n'y croyait pas.

— Une information, plutôt, répliqua-t-elle de manière assez sérieuse pour que Harry lui consacre toute son attention.

— Un problème ? s'inquiéta-t-il.

— Je n'irai pas jusque-là. Une surprise, je dirai. Je suis de nouveau enceinte.

— Quoi ? coassa-t-il. Mais James n'a que trois mois !

— Je sais bien, mais manifestement ça a marché quand même. Je suis désolée, je ne pensais pas qu'il était utile de reprendre ma potion si vite.

Harry tenta de récupérer ses esprits :

— Tu es certaine que tu attends un nouveau bébé ?

— Je me sentais bizarre depuis une semaine et, quand j'ai amené James aujourd'hui chez le docteur Health pour sa visite trimestrielle, je lui en ai parlé. Il m'a examinée et il pense que c'est un début de grossesse.

Après les quelques instants nécessaires pour qu'il encaisse le choc, Harry tenta de relativiser :

— Nous avions de toute façon l'intention d'avoir d'autres enfants. Mais, toi, ça va aller ? demanda-t-il avec inquiétude.

Sans avoir l'intensité des premières semaines, les soins qu'elle donnait à James l'accaparaient encore beaucoup.

— Ma mère a eu des grossesses aussi rapprochées, sans personne pour l'aider à la maison, rappela-t-elle. Avec des elfes prévenants et efficaces comme Kreattur, Miffy et Trotty, je devrais m'en tirer.

Elle sourit et ajouta :

— I peine plus d'un an entre moi et Ron. Même si on s'est beaucoup chamaillés ensuite, on a énormément joué ensemble quand on était petits, et je me rappelle avoir beaucoup pleuré lorsqu'il est parti pour Poudlard. Maintenant, nous sommes très proches, et je suis heureuse d'avoir pu partager tant de choses avec lui.

— C'est une bonne surprise, alors, statua Harry. Tu ne crois pas qu'on devrait fêter ça ?

— Tu as raison, approuva-t-elle en glissant de l'accoudoir à ses genoux. Comme dit Fleur, quand le vin est tiré, il faut le boire.

Le dimanche suivant, Harry et Ginny annoncèrent la nouvelle à toute la famille rassemblée au Terrier.

— Maintenant que Harry et Ginny ont trouvé comment on fait, on ne les arrête plus, plaisanta Charlie.

— Vous avez bien raison de ne pas avoir trop attendu, les félicita Molly. Ils joueront beaucoup ensemble, comme ça.

— C'est ce qu'on a pensé, répondit effrontément Ginny comme si elle avait programmé la conception dans ce but.

— C'est que nous commençons à avoir une véritable famille, commenta Arthur en regardant tous ses petits-enfants.

Teddy et Victoire jouaient à chat dans le jardin, Dominique et Freddy étaient assis par terre près de l'endroit où se tenaient les adultes et s'amusaient à faire tomber les tours en bois que Ron leur montait patiemment. Hermione et Fleur dont les ventres rebondis annonçaient les futures naissances, les contemplaient d'un air attendri.

— Deux mille six sera une bonne année pour la ponte, confirma Bill, faisant se récrier sa mère.

La grossesse de Ginny fut moins facile que la précédente. Lors des premiers mois, elle connut les nausées matinales qui l'avaient épargnée pour James et maigrit sérieusement. À cela, s'ajouta une fatigue supplémentaire : le petit James dut sentir que quelque chose avait changé et devint très demandeur envers sa mère. Il ne supporta plus d'être séparé d'elle, même pour dormir. Au bout d'une semaine, Ginny était à bout de force. Personne, pas même Harry, ne pouvait la remplacer : James pleurait dès qu'il était dans d'autres bras que les siens. Heureusement, les choses se stabilisèrent peu à peu, et le bébé parvint à devenir moins dépendant de sa mère.

Fin octobre, le petit Louis fit son apparition chez Bill et Fleur. Les Delacour vinrent faire connaissance avec leur premier petit-fils et cela donna lieu à de chaleureuses retrouvailles avec les Weasley qui les appréciaient de plus en plus. Ils repartirent en France deux semaines plus tard en emmenant Victoire et Dominique pour permettre à Fleur de se reposer un peu, tout offrant aux deux fillettes la joie d'être avec deux adultes affectueux et disponibles.

Trois mois plus tard, au début du mois de janvier, une petite fille arriva chez Ron et Hermione et fut prénommée Rose. Lorsque Harry prit connaissance du message qui l'attendait sur son bureau en rentrant d'une mission à l'extérieur, il se précipita à Ste-Mangouste. Les premiers émissaires de la tribu étaient déjà repartis et ses amis étaient seuls dans la chambre quand Harry en franchit le seuil. Il fut frappé par l'air épanoui et heureux des nouveaux parents. Leur fierté en contemplant leur bébé et l'immense tendresse qu'on lisait dans leurs yeux renvoya Harry aux années qui s'étaient écoulées.

Qui aurait cru, songea-t-il en repensant à l'apparition d'Hermione dans le compartiment qu'il partageait avec Ron la première fois qu'ils se rendaient à Poudlard, que cette rencontre serait le prélude de ce bonheur ?

Le petit rouquin qui enrageait de n'être qu'un éternel sixième avait laissé la place à un homme grand, aux épaules larges, au regard assuré. S'il était toujours un commerçant apprécié pour sa bonne humeur et son humour, c'était aussi un chef de guilde respecté qui avait appris à trancher des conflits et à assumer ses prises de position.

Avec le temps — et les bons offices de Madame Pomfresh en ce qui concernait la taille de ses dents —, Hermione était devenue une jolie femme. Sa chevelure, désormais mieux disciplinée, n'étouffait plus la douceur de ses traits et mettait en valeur ses yeux brillants d'intelligence.

Malgré les innombrables disputes qui avaient ponctué leur enfance et leur adolescence, Ron et Hermione formaient maintenant un couple uni. Leurs prises de bec ne duraient jamais longtemps et finissaient généralement par des soupirs résignés : ils connaissaient leurs caractères respectifs et en acceptaient les mauvais côtés.

Les fonctions de Ron à la tête de la guilde l'avaient fait mûrir et lui avaient donné une vision de son travail qui s'était rapprochée de celle de sa femme. Tous deux avaient de lourdes responsabilités et étaient profondément dévoués à la tâche qu'ils avaient choisie d'assumer.

Harry était heureux qu'ils n'aient pas oublié d'investir également dans leur vie familiale et témoigné ainsi de la confiance qu'ils avaient en leur futur. La vue de ce minuscule bébé roux dans les bras d'Hermione et de la main carrée de Ron posée sur l'épaule de la jeune mère l'emplit d'une joie immense.

Il s'avança vers eux en ouvrant les bras pour les enlacer. Ils lui sourirent et, sans paroles, partagèrent leur bonheur avec lui.


[1] Plantes médicinales utilisées telles qu'elles sont fournies par la nature

[2] Président du conseil des Sorciers en 1262 (Cartes des Sorciers célèbres)

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(1) : La vouivre au pied de Salazar Serpentard est un hommage à la fic de Miss Teigne, 'Les secrets d'Hermione', qui fait partie des meilleurs fics francophones sur Harry Potter (c'est dans les favoris, jetez-vous dessus si ce n'est déjà fait).

(3) : La chronique de la famille Harper est basée sur l'histoire sorcière telle qu'elle apparait dans les chronologies de l'EHP : encyclopedie - hp timelines/ main/ timeline_pre1900. php (retirer les blancs)

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09/01/2010 : Voilà pour cette fois. On se retrouve samedi prochain pour un chapitre intitulé Le bruit des vagues.

Les réponses à commentaires 'anonymes' seront postées sur le forum : forum. fanfiction topic/55667/21407167/1/ (retirer les blancs)


Concernant mon message de la semaine dernière pour la promotion des fanfictons :

J'espère que vous avez compris que je ne demandais pas davantage de commentaires pour moi mais pour les auteurs moins fortunés dont leur talent nous fait passer de bons moments. En tant que lectrice, j'aimerais qu'ils continuent à se sentir appréciés ici.

En ce qui me concerne je suis gâtée, fortunée, béate, bienheureuse, submergée, comblée par les petits mots que vous m'avez envoyés. Donc je déclare faire don de mes commentaires pour ce présent chapitre aux auteurs que vous appréciez. Au lieu de m'écrire, envoyez leur donc un petit mot, n'ayez aucune appréhension, vous le faites super bien. Comme c'est d'intérêt général, cela me permettra d'obtenir une réduction d'impôts et j'aurais le temps de rattraper mon retard dans mes réponses.

A ce propos, je demande pardon à ceux à qui je n'ai pas encore répondu. Je vais tâcher de me rattraper cette semaine, merci de votre patience.