- LES REFORMATEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.
XXIII : Les anciennes relations
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
14 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Période couverte par le chapitre : 5 au 15 janvier 2009
Harry retourna travailler au Ministère le 5 janvier. Il avait espéré reprendre en douceur, mais Faucett vint à sa table de travail trois jours plus tard :
— On a encore un incendie, lui indiqua son commandant en lui tendant un ordre de mission.
Owen se pencha pour lire au dessus de l'épaule de son coéquipier :
— Chez Drago Malefoy ? s'exclama Harry. Un rapport avec ce qui s'est passé chez les Goyle il y a trois semaines ?
— C'est à vous de le déterminer, fit remarquer leur chef.
Harry termina de prendre connaissance du document sans autre commentaire. L'alerte avait été lancée deux heures auparavant, de Ste-Mangouste.
— Monsieur Malefoy vous attend chez lui, indiqua Faucett. Voici l'adresse.
Par Hermione, Harry savait que Drago et sa famille ne résidaient pas au manoir Malefoy. Son ordre de mission lui apprit que la résidence du Serpentard se trouvait à proximité du hameau sorcier de Baskerville. La cheminée qui desservait la minuscule agglomération les amena à deux kilomètres de l'endroit où ils allaient. Ils parcoururent le chemin d'un pas vif, resserrant leur cape autour d'eux pour se protéger du vent froid. Pendant le trajet, Harry tenta de se préparer à l'entrevue.
Apprendre par Hermione que son ancien condisciple vivait honnêtement, traitait bien ses elfes et avait œuvré pour le bien-être des loups-garous l'avait obligé à revoir — radicalement — son opinion à son égard. Il ne ressentait pourtant aucune sympathie pour celui qu'il s'apprêtait à rencontrer et se serait bien passé de se retrouver en face de lui. En ce qui le concernait, moins il voyait Drago Malefoy, mieux il se portait.
Un portail de fer forgé défendait la propriété. Ils étaient visiblement attendus car la grille s'entrebâilla lentement à leur approche. Ils avancèrent sur une pelouse bien entretenue. Une maison de taille moyenne aux pignons sculptés se dressait devant eux. Harry la trouva étonnamment simple pour héberger un Malefoy. Il se rappelait encore des proportions de l'endroit où il avait été détenu pendant la guerre, et les deux demeures étaient sans commune mesure. Il se surpris à comparer l'habitation au Terrier, tout en admettant que cette bâtisse-là avait plus de classe.
Sur la droite, il découvrirent les ruines noires et fumantes de ce qui devait être l'atelier de potions dont lui avait parlé Hermione. A mesure qu'ils approchaient, l'air se faisait de plus en plus âcre et l'odeur de brûlé devenait entêtante. La maison principale n'avait pas été épargnée non plus. Ils notèrent des traces de suie qui entouraient l'une des fenêtres du premier étage. La porte d'entrée s'ouvrit avant qu'ils ne l'atteignent. Un elfe de maison les accueillit d'une voix polie mais sans servilité :
— Monsieur vous attend dans le salon.
Ils le suivirent dans un corridor simple aux murs blanchis à la chaux. Sur l'un d'eux, le portrait peu conventionnel d'une femme sembla les suivre des yeux. L'air était lourd, charriant une odeur de brûlé. Ils furent introduits dans un salon aux poutres apparentes sur lesquelles était gravée une frise de feuilles entrelacées. Un canapé confortable accueillait plusieurs peluches oubliées. Sur les murs, des gribouillis d'enfant côtoyaient des tableaux plus élaborés. Un cahier à croquis était posé sur la table basse. Drago Malefoy, que Harry trouva pratiquement inchangé, faisait les cent pas.
— Ah enfin, s'écria-t-il en les entendant arriver. Vous en avez mis du temps !
Harry, qui avait espéré le retrouver moins agressif, marqua une pause, et son partenaire en profita pour répondre à sa place :
— Nous ne sommes pas à ton service, répliqua sèchement Owen qui ne semblait pas apprécier davantage Malefoy que Goyle.
Le regard du maître des lieux tomba alors sur Harry. Les deux hommes se dévisagèrent, conscients que leurs anciennes relations étaient caduques mais ne sachant pas quelles seraient les bases de leurs nouveaux rapports. Owen remarqua leur échange de regards et attendit de voir comment Harry allait gérer la situation.
Harry prenait la mesure du nouveau Drago. Comme lui, il avait muri en dix ans et sa colère avait perdu le ton de bouderie qui la caractérisait autrefois. Il remarqua les yeux fatigués et rougis, les traits tirés et un léger tic au coin de la bouche qu'il ne lui connaissait pas.L'homme passa une main lasse sur son front et garda le silence, laissant l'initiative à Harry.
— A quelle heure le sinistre a-t-il éclaté ? demanda l'Auror, choisissant de rester dans le factuel.
Drago parut revenir à la réalité. Ses traits se contractèrent et il répondit :
— Vers cinq heures du matin.
— Sais-tu d'où il est parti ? continua Harry ayant décidé de ne pas mettre davantage de formalité dans leurs rapports déjà compliqués.
— Je pense que cela a commencé dans l'atelier de potion.
Voilà qui était une piste à ne pas négliger. Il n'était pas rare qu'un feu prenne accidentellement sous un chaudron.
— Tu avais laissé un chaudron mijoter ? s'enquit Harry.
Le regard de Malefoy flamboya :
— Non, répliqua-t-il, glacial. Pas plus que je n'ai laissé le feu allumé dans la chambre de mon fils.
Harry se retint de grimacer. S'il s'avérait qu'il y avait eu plusieurs foyers d'incendie, il y avait de fortes chances que l'origine en soit criminelle.
— Pouvons-nous voir les lieux où le feu a pris ? demanda-t-il.
Sans répondre, Drago se dirigea vers la porte du salon. Harry et Owen le suivirent dans l'escalier, puis dans le couloir desservant le premier étage. L'odeur laissée par l'incendie était particulièrement forte à cet endroit.
— J'ai demandé aux elfes de ne toucher à rien, expliqua Drago. J'ai pensé que vous voudriez faire la constatation des lieux en état.
Owen grogna mais Harry approuva :
— Tu as bien fait.
Drago s'arrêta devant une porte qui béait sur une pièce noircie. Harry y pénétra à la suite d'Owen. Il parcourut du regard les meubles calcinés, les murs souillés de suie puis il eut un sursaut. Dans un coin, miraculeusement préservé, un balai pour enfant était dressé contre un mur. Harry en avait deux identiques chez lui, appartenant à ses fils.
— Quel âge a l'enfant ? demanda-t-il, n'arrivant pas à se rappeler du prénom.
— Scorpius va sur ses trois ans, répondit Drago d'une voix qui tremblait un peu.
Harry déglutit. Il s'imagina entrer dans la chambre d'un de ses enfants en flammes. A cette pensée, il se sentit glacé.
— Il va bien ? s'enquit-il, soudain honteux de ne pas avoir posé la question plus tôt.
— Il dormait, il ne s'est rendu compte de rien, répondit Drago d'une voix voilée. Il a été intoxiqué mais le médicomage nous a dit que ses poumons ne garderaient pas de séquelles. Je suis arrivé juste à temps…
— Qu'est-ce qui t'a alerté ? demanda Harry.
— Je ne sais pas. Je me suis réveillé, avec l'impression que quelque chose n'allait pas. Je me suis levé, j'ai senti le brûlé et je suis tout de suite venu ici, pour m'assurer que le petit allait bien. La pièce était en feu, je me suis précipité vers son lit qui heureusement n'était pas encore touché. Il ne s'est pas réveillé, quand je l'ai pris dans mes bras. J'ai appelé ma femme, et nous sommes sortis le plus vite possible avant d'être intoxiqués à notre tour. Nous nous sommes tout de suite rendus à l'hôpital.
Il marqua une pause avant de terminer :
— Quand Scorpius a été hors de danger, je suis revenu ici. Les elfes avaient éteint l'incendie et récupéré nos baguettes que nous avions laissées à l'intérieur. Une fois la situation stabilisée, mon épouse et le petit ont pu revenir à leur tour.
Les Aurors examinèrent la chambre ravagée. Les vitres de la fenêtre étaient en miettes. Ils ne trouvèrent aucune trace de magie noire ni aucun indice propre à leur donner le moindre début de piste.
— Nous allons interroger toutes les personnes qui ont dormi ici, finit par déclarer Harry à Malefoy qui les avait regardé officier du seuil de la pièce sans se préoccuper des regards agacés que lui jetait Owen. A commencer par toi. N'as-tu rien remarqué de suspect avant d'aller te coucher ?
— Non.
— C'était vers quelle heure ?
— Dix heures et demie, onze heures.
— Pourrais-tu préciser ce qui t'a a réveillé ?
— Je ne sais pas. Un bruit je suppose.
— Quel genre de bruit ? insista Owen. Un crépitement, des bruits de pas, un grincement de porte ?
— Je vous dis que j'en sais rien !
— Qui d'autre dormait ici ? demanda Harry.
— Mon épouse. Nos cinq elfes étaient dans leurs quartiers, attenants à l'atelier.
— Nous allons commencer par Mrs Malefoy, indiqua Harry. Où pouvons-nous la trouver ?
— Dans le jardin d'hiver. C'est l'endroit le plus aéré du manoir.
Drago les mena au rez-de-chaussée à l'arrière de la maison et entra doucement dans une pièce aux larges verrières, donnant sur une pelouse ensoleillée. Harry remarqua avec surprise la présence de consoles de jeux vidéo moldus posées sur une table.
Un mouvement lui fit tourner la tête. Une femme brune, plutôt jolie, vêtue d'une robe froissée et à la chevelure en désordre s'était tournée vivement vers eux un doigt sur les lèvres. Harry vit qu'on avait installé un petit lit où un enfant blond y reposait.
Drago chuchota quelques mots à l'oreille de sa femme qui s'avança vers eux, laissant à son mari sa place au chevet du petit garçon. Comprenant qu'elle répugnait à quitter la pièce où se trouvait son fils, Harry décida de l'interroger sur place. Ses réponses n'apportèrent aucun élément nouveau par rapport au récit de son mari.
— Nous aimerions voir l'atelier, maintenant, demanda Harry en la laissant retourner près de son enfant.
Malefoy obtempéra en venant vers eux. Harry remarqua qu'en se croisant, les époux échangèrent une furtive pression du bout des doigts, comme pour se donner mutuellement du courage. Le ménage Malefoy semblait être harmonieux.
— Tous mes vœux de rétablissement pour votre petit garçon, souhaita Harry à la femme avant de quitter les lieux.
A la suite de Drago, les deux Aurors se dirigèrent vers ce qui restait de l'atelier de potions. L'endroit était ravagé. Il suffisait d'un coup d'œil pour constater qu'il serait plus simple de tout raser et de tout reconstruire plutôt que de tenter de réhabiliter les lieux.
— Les elfes vont bien ? s'inquiéta Harry qui se rappela que les quartiers des salariés de Drago se trouvaient dans ce bâtiment.
— Certains ont eu le poil un peu roussi, mais rien de grave affirma Malefoy. J'ai veillé à ce qu'ils soient tous soignés.
— Si la cible était ton atelier, c'est assez réussi, remarqua Harry. Je suppose que tu n'as plus rien pour travailler.
— Il semble bien, répondit son interlocuteur d'une voix bien maîtrisée.
— Tu as des concurrents ?
— Tous les autres fabricants de potion, répondit Malefoy d'une voix ironique.
— Tu gagnes beaucoup d'argent avec ce que tu vends ?
— De quoi vivre normalement.
— Hermione m'a dit que les ventes de potion tue-loup sont en pleine expansion, remarqua Harry.
— C'est vrai, mais les marges sont faibles. On ne peut se permettre de vendre beaucoup plus cher que le prix de revient car la clientèle concernée a assez peu d'argent.
— Tu vends de la potion tue-loup ? s'étonna Owen.
Il y eut un petit silence pendant que Harry et Malefoy réalisaient qu'ils parlaient d'un sujet qui était assez confidentiel.
— Entre autres, finit par répondre Drago d'un ton neutre.
Owen lança un regard interrogatif à Harry, sentant qu'il n'avait pas toutes les informations requises.
— Je sais que tu vends tes produits sous le nom de ton entreprise, continua Harry comme si de rien n'était. Qui est au courant que c'est toi qui es derrière ?
— Des membres du Ministère au service des Mystères et des créatures magiques, lui rappela Drago. Je ne sais pas à qui ils en ont parlé. Certains loups-garous aussi, mais… ceux-là n'ont aucune raison de m'en vouloir.
— Pas de lettre de menaces, dernièrement ? De propos inquiétant ou qui auraient maintenant un autre sens ?
Malefoy secoua négativement la tête.
— Où sont tes parents ? demanda abruptement Harry.
— En France, l'air y est meilleur, grimaça-t-il avec ironie.
Harry ne put s'empêcher de hausser un sourcil. La solidarité familiale était l'une des rares qualités qu'il était prêt à concéder aux Malefoy.
— Bien, on va examiner les lieux et ensuite, j'aimerais parler aux elfes.
Ces derniers s'étaient réfugiés dans la cuisine. Quand Harry et Owen les rejoignirent, certains préparaient le repas, les autres étaient assis autour de la grande table, l'air abattu. Leur interrogatoire établit qu'ils avaient tous été réveillés par l'odeur de brûlé et qu'ils avaient tout juste eu le temps de sortir de la bâtisse avant que cette dernière ne s'embrase.
L'un d'eux avait ensuite vu qu'il y avait un autre incendie dans 'la grande maison', ils s'y étaient précipités et étaient arrivés juste pour voir 'Monsieur Drago' et 'Madame Astoria' sortir avec 'le pauvre Monsieur Scorpius'. Chiki les avait accompagnés à Ste Mangouste, pendant que les autres s'étaient élancés pour éteindre l'incendie et sauver la maison. Pouvaient-ils maintenant aller nettoyer les dégâts ?
Une fois les entretiens terminés, Harry leur annonça :
— Vous pouvez remettre à neuf le premier étage, sauf la chambre du petit. Nous aurons peut-être besoin d'y retourner.
— Et l'atelier ? demanda Drago.
Harry réfléchit :
— Il vaut mieux le garder en l'état tant que l'enquête n'est pas close, décida-t-il.
Il marqua une pause avant de demander :
— Tu vas reconstruire ?
— Je n'ai pas le choix, répliqua sèchement Drago. C'est comme ça que je gagne ma vie.
— Je veux dire, tu as…, Harry hésita avant de continuer, … la possibilité de le faire ?
— Tu t'inquiètes pour moi ? demanda son ancien condisciple d'une voix ironique mais son regard était davantage étonné que moqueur.
Le grognement qui émana d'Owen lui apprit que son coéquipier partageait la surprise de leur interlocuteur.
— La production de la potion pour les loups-garous est importante, justifia Harry. L'emploi des elfes aussi.
Il réalisa qu'il était aussi surpris que les deux autres de l'intérêt que présentait pour lui ce qu'il allait advenir de Malefoy et sa famille.
— J'ai quelques réserves qui me permettront de remplacer mon atelier, consentit à répondre Drago. Tu peux dire à Granger que ses précieux elfes ne se retrouveront pas sur le pavé. Quant à la potion tue-loup, je venais juste d'en envoyer à mes clients habituels. Rassuré ? conclut-il d'une voix railleuse.
Harry préféra ne pas répondre.
— Nous te tiendrons au courant des résultats de notre enquête, répondit-il de sa voix la plus officielle.
Il se tourna vers son partenaire pour lui signifier d'un regard le signal du transplanage.
ooOoo
Harry et Owen s'installèrent à leurs bureaux pour noter les résultats de leur visite avant d'en oublier les détails. Ce fut Owen qui fit l'essentiel du travail, son chef étant perdu dans ses pensées.
— Tu pleures sur le sort de Malefoy, maintenant ? fit Owen d'un ton aigre, le faisant revenir à la réalité.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— T'es vraiment bizarre, ce matin.
— Son gosse a l'âge de mon second. Quoi qui nous ait opposé, Malefoy et moi, je ne peux pas me réjouir qu'un gamin de deux ans et demi ait failli rôtir dans un incendie criminel.
— C'est pas ça, assura son coéquipier. C'est votre façon de vous parler tous les deux. Comme si vous alliez faire ami-ami.
— C'est ridicule, assura Harry. On s'est trop opposés pour devenir ami ou même le souhaiter. Cela dit, on a partagé une guerre et cela crée des liens.
— Au cas où tu l'aurais oublié, vous n'étiez pas précisément dans le même camp.
— Je sais, mais je pense qu'il détestait Voldemort au moins autant que moi.
— J'en doute, beaucoup. Et puis, qu'est ce que ça change ? Il a passé six ans à tenter de monter tous les Serpentards contre toi.
— Peut-être, mais…
Harry réalisa qu'il ne pouvait pas lui-même s'expliquer l'étrange complicité qu'il éprouvait malgré lui à l'égard de Malefoy. Il lui en voulait encore pour tout ce qu'il lui avait fait subir — il ne lui avait pas pardonné comme il avait réussi à le faire pour Rogue. Mais il avait un peu pitié de lui en pensant qu'il était resté pendant un an sous la coupe de Voldemort et qu'il avait dû se soumettre à des ordres qui le dégoûtaient.
Les sentiments ambigus qu'il ressentait pour son ancien ennemi n'avaient rien de plaisants, et il aurait souhaité continuer à le chasser de ses pensées, comme il l'avait fait ces dix dernières années. Mais il avait une enquête à mener et il y avait des éléments qu'il était peut-être le seul à connaître parmi les Aurors. Il fallait qu'il en parle à son commandant.
Il hésita un moment à inviter Owen à se joindre à lui, puis estima qu'ils travaillaient en équipe sur cette affaire et qu'il ne pouvait pas le maintenir dans l'ignorance.
— On va voir Faucett, lui indiqua-t-il. Amène le rapport.
Pour commencer, il laissa Owen faire un résumé de ce qu'ils avaient vu et entendu lors de leur visite sur les lieux sinistrés. Quand son coéquipier eut terminé, il jeta un regard vers Harry, attendant que ce dernier lui révèle pourquoi il avait tenu à cette réunion au sommet.
— Savez-vous le rôle joué par Malefoy dans l'élaboration de la potion Tue-loup ? demanda Harry à son supérieur.
— Je ne vois pas de quoi tu veux parler, répondit Faucett.
— C'est lui qui l'a mise au point avec ses elfes, expliqua Harry.
Owen eut une exclamation de surprise et le commandant haussa les sourcils.
— Tu penses que c'est lié à l'incendie ? demanda Faucett.
— Le fait que ce soit l'atelier qui ait été complètement détruit va dans ce sens, expliqua Harry.
— Mais pourquoi la maison aussi ? La chambre de l'enfant, en plus !
— C'aurait été une vengeance particulièrement cruelle, admit Harry. Mais nous ne savons pas si le criminel savait que c'était la chambre du gamin.
— Pourquoi Malefoy n'a pas fait savoir qu'il était l'inventeur de la potion ? s'enquit Owen. Et qui était au courant ?
— C'est le Ministère qui lui a interdit de s'en prévaloir, raconta Harry. Il y a eu une réunion qui a réuni le Maitre de Guilde des apothicaires, le chef des Mystères, des représentants des Créatures magiques et le Ministre. On lui a racheté son invention, et il a dû promettre de ne rien dire. Il a juste eu le droit de faire partie des labos qui ont obtenu la licence pour la produire et la vendre.
— Tu penses que des apothicaires auraient pu s'offusquer en apprenant qu'il a eu ce droit, ne sachant pas qu'il l'avait légitimement obtenu ?
— C'est une possibilité, convint Harry. Il est également possible que des personnes au courant n'aient pas apprécié qu'il aide des loups-garous et aient voulu l'en punir.
Soudain, Harry songea à une hypothèse qui ne l'avait jamais effleuré. Et si Kingsley avait accepté la demande du maitre de Guilde et des Mystères non pour punir Malefoy de son rôle pendant la guerre, mais au contraire pour le protéger des opposants à l'évolution de la condition des loups-garous ? Cela ressemblait davantage au Ministre qui n'était pas d'un caractère vindicatif ni rancunier.
— Dans cette hypothèse, les loups-garous les plus intégristes pourraient également lui en vouloir, songea Faucett. Ils ne voient pas d'un bon œil que leurs 'frères' ne se transforment plus du tout.
Ce fut au tour de Harry d'être surpris :
— On a fait des enquêtes sur les loups-garous ? demanda-t-il.
— Pas nous, mais le département des Créatures magiques. Sa chef me passe quelques rapports quand elle pense que cela peut nous intéresser.
— Elle n'est pas spécialement pro loups-garous, remarqua Harry.
Faucett haussa les épaules, comme s'il estimait que cette opinion n'invalidait pas les informations qu'on lui avait transmises.
— Les membres de Magie, Quidditch et Tradition ne doivent pas être tellement favorables à cette potion non plus, alors, ajouta Owen. Malefoy, considéré comme un traître à son sang, qui l'eut cru ? ajouta-t-il d'un ton qui indiquait qu'il n'appréciait pas du tout d'être obligé de revoir son opinion sur son ancien camarade de maison.
— Ne nous emballons pas, fit Faucett. Cela commence à faire beaucoup d'hypothèses.
— Même en tant que victime, Malefoy nous emmerdera jusqu'au bout, résuma Owen avec une mauvaise foi qui donna à Harry l'impression d'être moins seul.
ooOoo
Owen et Harry passèrent les jours suivants à étudier les pistes qu'ils avaient identifiées. Ils interrogèrent Fabien Touillet, le maître de Guilde des apothicaires. Ce dernier n'était pas au courant de l'incendie et manifesta surtout de la surprise à l'annonce du sinistre. La première émotion passée, il répondit aux questions des Aurors.
— Je ne vois pas ce que j'aurais à lui reprocher, affirma-t-il. Il paye régulièrement sa cotisation et ne fait pas d'histoires.
Et pourtant, il aurait pu, traduisit Harry.
— Pensez-vous que certains de vos administrés se seraient offusqués de la permission obtenue par Malefoy de vendre la potion Tue-loup ? s'enquit prudemment Owen.
— Au début, peut-être. Mais vous n'ignorez pas que ce marché a été long à démarrer et que ceux qui ont eu les premiers agréments n'en ont pas retiré grand-chose avant plusieurs mois.
— Et maintenant ? demanda Harry davantage pour sa culture personnelle que pour les besoins de l'enquête.
— On a de nouvelles demandes tous les mois. Je pense que d'ici un an, cela se stabilisera. Ce n'est pas un marché si important que ça, vous savez. Une clientèle fidèle, certes, mais assez peu fortunée. Rien qui ne justifie ce genre d'attaque.
Touillet laissa passer un petit silence et dit :
— Si Malefoy nous avait contactés, on lui aurait proposé un coup de main. La Guilde est aussi là pour épauler ceux qui subissent des coups durs.
— Il n'est pas trop tard pour bien faire, suggéra Harry tandis que son coéquipier levait les yeux au ciel.
— Je vais quand même faire passer le mot auprès de tous ceux qui la produisent également pour qu'ils mettent des protections sur leurs ateliers, décida Touillet.
— Ce serait sage, admit Harry. Nous ne savons pas encore ce qui a justifié cette attaque, mieux vaut prévenir que guérir.
ooOoo
Harry n'était pas enthousiaste à l'idée de contacter Hestia Jones, suite au profond désaccord qu'elle avait eu avec Hermione. Il la croisait régulièrement dans les couloirs et ascenseurs du Ministère, mais ils échangeaient rarement davantage qu'un bonjour poli. Il lui était reconnaissant d'avoir fait partie de l'escorte qui l'avait accompagné au square Grimmaurd quand il avait quinze ans, mais il ne la connaissait pas assez pour engager une réelle conversation avec elle. Ses saluts, après le changement de département d'Hermione, étaient devenus plus froids.
Il ne voyait cependant pas comment se dispenser de la rencontrer dans le cadre de son enquête. Il rédigea donc une feuille volante à son intention le lendemain de sa visite auprès du Maître de guilde. Elle l'invita à passer dans son bureau à sa convenance et il s'y rendit, accompagné d'Owen.
Elle les fit asseoir en souriant aimablement, et Harry décida de faire comme si aucun désaccord n'existait entre eux. Il lui raconta ce qui était arrivé à l'atelier de Drago Malefoy et indiqua qu'il n'excluait pas que ce soit à cause de son rôle dans la mise au point et la distribution de la potion Tue-loup.
— Pensez-vous qu'on tente d'arrêter la distribution de la potion ? s'inquiéta Hestia.
— Ce n'est qu'une hypothèse, rappela Harry. Nous avons prévenu le Maitre de guilde des Apothicaires pour qu'il passe le mot aux artisans concernés.
— Votre commandant vous a-t-il transmis le rapport que je lui ai donné le mois dernier ?
— Il nous en a parlé. Il semble que certains loups-garous préféreraient que la nouvelle potion n'existe pas.
— Effectivement. Certains loups-garous ont été très sensibles à l'argumentation qu'on leur a présentée il y a dix ans quand Vous-savez-qui les a fait basculer dans son camp. C'est en gros le discours que Greyback a clamé à son procès, la fierté d'être loups-garous et autres stupidités. Il reste des irréductibles qui ne voudront jamais prendre de potion et feront leur possible pour continuer à mordre d'autres personnes et faire en sorte que les autres garous en fassent autant.
— Dans ce cas, ils ont raté leur but avec Malefoy, il avait déjà envoyé les doses de la lune prochaine, remarqua Owen.
— Mais rien ne dit qu'il pourra assurer la prochaine livraison, s'inquiéta Hestia. J'espère que les autres apothicaires feront bien attention.
—Avez-vous des noms et des adresses de loups-garous réfractaires ? demanda Harry.
— Ils sont assez instables, et vous ne trouverez sans doute personne à l'endroit indiqué, soupira Hestia en se levant cependant pour aller fouiller dans une armoire. Je vous déconseille fortement d'aller les interroger sans escorte. Je peux mettre certaines personnes de mon service à votre disposition, si vous le souhaitez.
— Nous n'avons pas l'intention d'aller les voir les jours de pleine lune, fit remarquer Harry.
— Leurs morsures sont dangereuses à tout moment, insista-t-elle, et la face couturée de Bill s'imposa à Harry.
— Je pense que nous saurons nous débrouiller, assura-t-il cependant. Merci pour votre proposition.
ooOoo
Comme c'était la piste pour laquelle ils avaient obtenu le plus de renseignements concrets, Harry et Owen passèrent le reste de la semaine à tenter d'interroger les loups-garous fichés par le service des Créatures magiques. Comme les avait prévenus Hestia, les adresses qu'ils avaient récupérées se trouvèrent la plupart du temps désertées.
Ils interrogèrent cependant trois ou quatre personnes renfermées, sur la défensive. Harry détesta avoir à leur poser des questions et exiger de fouiller leurs maisons. Il était loin d'être persuadé que les loups-garous étaient ceux qui avaient détruit l'atelier de potions de Malefoy.
Il était cependant conscient que cette certitude était avant tout basée sur l'image positive qu'il avait des loups-garous en général grâce à son amitié pour Remus, et à la vision d'Hermione qui l'avait conditionné à les considérer comme des victimes. Cependant, ce n'était pas assez pour écarter une piste logiquement déduite, et Harry se forçait à faire ce qu'on attendait de lui. Après tout, ce n'étaient que des questions et il demandait toujours la permission avant de fouiller les habitations, même s'ils savaient tous qu'opposer un refus n'était pas envisageable.
Le troisième jour, ils trouvèrent avec difficulté la demeure qu'ils recherchaient. Sans les précisions de leur document, ils n'auraient jamais remarqué la masure qui se dressait contre un petit bois de la région de Norwitch. Quand Owen frappa à la porte, le battant s'ouvrit sous la poussée de son poing.
Ils jetèrent un regard à l'intérieur. L'endroit était manifestement habité : il y avait des hardes sur une chaise à trois pieds et des couvertures élimées sur un sommier miteux dans un coin. Profitant que l'endroit était vide, ils procédèrent à une fouille sommaire, mais ne trouvèrent rien d'autre que la trace d'une misère noire.
Quand ils ressortirent, ils tombèrent nez-à-nez avec un homme maigre et sale. Ce dernier resta figé un moment avant de décamper dans le bois, zigzaguant à travers les arbres. Par réflexe, les Aurors s'élancèrent à sa poursuite.
Ils étaient sans doute en meilleure condition physique que leur gibier, mais ce dernier était propulsé par la panique et parvint à rester hors d'atteinte durant un certain temps. La distance cependant s'amenuisa rapidement entre les poursuivants et l'inconnu.
Harry l'avait presque rattrapé quand ils arrivèrent près d'une rivière. L'homme se précipita sur la passerelle en bois qui permettait de la traverser, l'Auror sur ses talons. Arrivé au faîte de l'arche qui enjambait le cours d'eau, l'autre s'arrêta brusquement et Harry le percuta de plein fouet.
Déséquilibré, l'Auror vacilla et tomba dans le ruisseau dans un plouf sonore. Alors que l'onde glacée se refermait sur lui, il resta un moment paralysé par le froid avant que son instinct de survie ne lui fit agiter convulsivement ses bras et ses jambes. Le courant était rapide et Harry fut entrainé par une force contre laquelle il ne pouvait lutter. Il ouvrit la bouche pour respirer et une vague le gifla à ce moment, lui faisant avaler et respirer une grande goulée d'eau. Il se débattit avec l'énergie du désespoir pour s'arracher au flux qui l'emmenait, mais sans succès.
Il avait bien suivi des cours de natation à l'école primaire mais ces courtes immersions dans la piscine municipale, affublé d'un maillot de bain trop grand qui avait appartenu à Dudley et qui s'obstinait à glisser, n'avait pas suffit à lui faire acquérir une technique suffisante pour se tirer de ce mauvais pas, pas plus que son immersion remarquée dans le lac de Poudlard.
La poitrine en feu, il commençait à paniquer sérieusement quand il sentit une force le soulever et l'extirper de la rivière. Il plana un instant puis heurta la terre ferme avec un choc qui expulsa l'eau qui se trouvait dans ses poumons. Il cracha et toussa un moment avant de parvenir à se redresser péniblement, le corps secoué de violents frissons. Il vit Owen, accroupi à ses côtés qui l'observait vaguement inquiet.
— C'est toi qui m'as sorti de là ? demanda Harry.
— Nan, c'est Merlin, persifla son coéquipier.
Il se releva et devint flou aux yeux de Harry. Machinalement, le jeune homme porta la main à hauteur de ses yeux. Comme il l'avait pressenti, il ne portait plus ses précieuses lunettes.
— Accio lunettes de Harry, intervint charitablement son partenaire.
Harry vit un éclat passer dans son champ de vision et atterrir dans la main ouverte d'Owen.
— Belle prise, attrapeur, ironisa-t-il en reprenant possession de son bien.
Il chaussa les verres salvateurs, sans pour autant améliorer sa vision car ils étaient opacifiés par l'eau qui ruisselait toujours dessus. A ce moment sa baguette, qu'il avait laissée échapper lors de son plongeon, atterrit juste devant lui.
— Merci, dit-il avec gratitude.
Il la saisit et en profita pour se lancer de grands sorts de séchage qui n'atténuèrent que modérément sa sensation d'être à moitié congelé.
— Je suppose qu'il a filé, avança-t-il en se souvenant de leur mission.
— J'ai pensé qu'il était plus urgent de te tirer de là, se justifia Owen. Tu ne sais pas nager ?
— J'ai su. J'aurais peut-être fini par me rappeler comment on fait, espéra-t-il.
— Si tu refais un essai, je te conseille la Blanchiflore, persifla Owen.
— Ouais, admit Harry. Remarque, je ne suis pas pressé de recommencer. Bon, je suppose qu'on ferait mieux de rentrer.
— De toute manière, on n'a rien trouvé de compromettant chez lui, reconnu Owen. Au fait, pourquoi on lui a couru après ?
— Par habitude, je suppose. On a tendance à considérer toute personne fuyant devant nous comme n'ayant pas la conscience tranquille. Je suppose qu'être loup-garou ne se soumettant pas aux déclarations obligatoires rend un peu méfiant. Le pauvre, il risque de ne pas oser rentrer chez lui et perdre le peu qu'il avait.
— Il aurait mieux fait de répondre à nos questions sans faire d'histoires, jugea Owen.
— Je déteste cette enquête, grogna Harry en se levant. Allez, on rentre, on ne trouvera rien d'autre aujourd'hui.
ooOoo
Note : Les consoles de jeu chez les Malefoy (et la plupart des détails qui les concernent) trouveront leur explication dans l'histoire de Melusine2, Esprit de famille.
Dans une semaine, vous pourrez lire le prochain chapitre qui s'appellera Abracadabra et Sourimini.
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