- LES REFORMATEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.
XXVI : Chimie et alchimie
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
14 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Période couverte par le chapitre : 23 janvier au 24 janvier 2009
Il y avait beaucoup d'animation à Fairytale. Il semblait que tous les habitants étaient sortis dans la rue et commentaient les derniers événements. A la lumière des torches magiques qui éclairaient les rues, Harry et Owen évaluèrent le sinistre.
Une dizaine de personnes se tenaient devant une carcasse noire et fumante. C'était tout ce qui restait de l'habitation de taille modeste qui avait brûlé de fond en comble. Harry se demanda lequel d'entre eux était le propriétaire. Ce fut Owen qui le lui désigna en lui soufflant :
— Gared Rookwood, c'est le cousin germain de celui qu'on a envoyé à Azkaban.
— Tu le connais ? demanda Harry.
— Juste de vue.
Harry et Owen l'abordèrent et se présentèrent. Il leur fallut deux heures, avec l'aide de Janice et Augustin qui les avaient rejoints, pour persuader les habitants du hameau de rentrer chez eux, boucler le secteur sinistré, prendre les dépositions et faire les premières constations. Janice accompagna Gared à l'hôpital où son épouse, sévèrement brûlée, avait été emmenée par un voisin.
Les trois autres étaient au milieu des ruines, à tenter de trouver des indices dans les lueurs de l'aube, quand le miroir de Harry lui signala qu'on tentait de le joindre. Il devina la teneur du message, dès qu'il vit la figure désolée de Vicky s'encadrer dans la glace.
— Un troisième ? demanda-t-il.
— Oui, chez les McNair. Ça s'est passé à quatre heures et demie du matin. Tu peux y aller ou j'envoie quelqu'un d'autre ?
— J'y vais. Préviens Faucett immédiatement.
Laissant Owen sur place, il se rendit avec Augustin aux coordonnées indiquées par Vicky. La maison incendiée était sise dans les hauteurs de Pré-au-Lard. Elle avait été en partie sauvée et, comme celle des Selwyn, présentait sur un côté de longue trainées de suie. Un couple de vieilles personnes y habitaient : les parents du Mangemort que Harry avait eu le douteux privilège de croiser.
— On a eu de la chance, expliquèrent-ils. Quelqu'un de Pré-au-Lard a vu les flammes et a donné l'alerte. Sans nos voisins, nous aurions tout perdu.
La vieille Mrs McNair expliqua avoir été éveillée par une sensation de suffocation.
— J'ai toujours eu des problèmes respiratoires, expliqua-t-elle. J'étouffe quand l'air n'est pas parfaitement pur. C'est grâce à ça qu'on a pu sortir à temps. Les voisins sont arrivés peu après et ont éteint le feu. On a eu de la chance, répéta-t-elle.
Harry s'assura que le couple avait un endroit où se réfugier et leur suggéra de s'y rendre après les avoir aidés à empaqueter quelques affaires. Ensuite, Augustin et lui tentèrent de trouver des indices sur les lieux.
ooOoo
Une heure plus tard, épuisés, la robe couverte de suie, l'estomac dans les talons, les deux Aurors émergèrent dans l'Atrium du Ministère.
— On se retrouve au QG, dit Harry à Augustin. J'ai quelqu'un à voir avant.
Harry se présenta au bureau de Shacklebolt :
— Bonjour, Mandy. Kingsley peut-il me recevoir ?
— Il est en Conseil avec les chefs de départements, mais je sais qu'il veut être tenu au courant pour ton enquête. Viens avec moi, on va lui dire que tu es là.
Il la suivit cinq portes plus loin jusqu'à la salle qui servait à réunir ce qui leur servait de gouvernement. Il l'attendit dehors quand elle entra et, quelques secondes plus tard, le Ministre sortit pour lui parler :
— Ton commandant m'a mis au courant pour les trois incendies de cette nuit. Des pistes ? demanda-t-il.
— Pas tellement, avoua Harry. Si ce n'est qu'avec trois incendies, ajoutés à celui d'hier et les deux du mois de décembre, on ne peut pas être dans le cas de simples accidents ou coïncidences. Deux des victimes ont entendu un bruit avant que ça flambe. Une des maisons était protégée contre les sortilèges et les intrusions. Je pense qu'on a jeté par la fenêtre un objet enflammé qui a très rapidement propagé l'incendie.
— Si cela passe à travers les protections anti-magie, c'est mécanique, déduisit l'ancien Auror.
— J'ai bien peur que cela ne vienne du côté moldu, avoua Harry.
— C'est à craindre, soupira le Kingsley.
— Le problème, continua Harry sans s'appesantir sur les conséquences politiques qu'ils connaissaient tous les deux, c'est qu'on n'y connait rien en torches moldues…
Avant même que son interlocuteur ait pu lui répondre, Harry se frappa le front du plat de la main :
— Je suis trop bête ! Je vais appeler Audrey Giordano. C'est notre expert moldue en preuves matérielles, spécifia-t-il.
Kingsley hocha la tête d'un air entendu, et Harry se demanda si c'était juste parce que Faucett lui en avait parlé ou s'il savait qu'elle était aussi la petite amie d'un de ses chefs de département.
— Je dois y retourner, indiqua le Ministre. Merci d'être venu directement faire ton rapport et pour tout le mal que tu te donnes. Pense à dormir, quand même !
Harry lui sourit pour le remercier de sa sollicitude. Il appréciait que Kingsley ne reporte pas sur ses subordonnés la pression que cette affaire ne devait pas manquer de faire peser sur lui.
Au lieu de retourner au QG, Harry rejoignit l'Atrium et se dirigea vers l'entrée qui débouchait dans le monde moldu. Pendant que le plancher de la cabine téléphonique l'emportait vers le niveau de la rue, Harry métamorphosa grossièrement ses vêtements pour ne pas se faire remarquer. De son aumônière, il sortit une carte de téléphone qu'il avait achetée antérieurement et qu'il gardait toujours sur lui pour les cas urgents comme celui-ci. Le temps qu'il trouve une cabine qui fonctionne, ceux qui le croisaient s'écartaient pour lui laisser le passage. Il supposa qu'il devait avoir de la suie sur le visage et ressembler à un clochard.
Enfin, il réussit à joindre Audrey Giordano sur son téléphone mobile, et elle lui promit de passer au Ministère durant sa pause de midi.
— Je peux tenter de poser mon après-midi, si cela vous arrange, proposa-t-elle.
— Oui, cela m'arrangerait beaucoup, fit Harry, reconnaissant.
— Je vais voir avec mon chef. En tout cas, je serai libre demain puisqu'on sera samedi.
— Merci Audrey, à tout à l'heure.
D'un pas fatigué, il retourna au Ministère et parvint enfin à son bureau.
— Y'a Faucett qui voulait savoir où tu étais passé ! s'écria Owen en le voyant. On a rendu nos rapports, mais tu dois aller le voir dès ton retour.
— J'y vais, j'y vais, le rassura Harry.
— Euh, c'est normal que tu sois habillé en Moldu ?
— Ouais, c'est vrai, grogna Harry en annulant le sort.
— Ah, te voilà ! l'accueillit son commandant d'un ton mêlant agacement et soulagement.
— Je suis allé directement voir Kingsley, expliqua Harry.
Il lui fit un résumé de leur conversation et conclut :
— Audrey Giordano va venir à midi pour analyser avec nous les décombres.
— Bien. Quelle piste te parait la plus probable ? s'enquit le commandant.
— L'attaque de Selwyn sent la politique à plein nez, estima Harry. Tu as eu le rapport de Janice sur sa réunion d'hier ?
— Elle m'a fait un compte-rendu oral il y a une heure. Elle ne pense pas que ce soit le groupe qu'elle a vu qui a agi. En tout cas, pas les meneurs qui ont recommandé de ne pas jeter d'huile sur le feu.
— Va falloir vérifier qu'il n'y en a pas de plus discrets mais plus actifs, soupira Harry.
— Et pour le lien familial de chacune des victimes avec des Mangemorts ? demanda Faucett.
— Comme Voldemort n'acceptait que des Sang-purs, du coup, il est difficile de savoir si ces familles sont attaquées pour ce qu'il s'est passé il y a dix ans ou parce qu'elles sont anciennes et suspectées d'être traditionaliste, remarqua Harry. Or nous avons vu à quel point certains sorciers deviennent enragés quand ils veulent défendre leurs valeurs.
— Tous les membres des familles de sang-pur ne sont pas opposés au progrès, rappela Faucett. Et il y a des sorciers de première et de seconde génération dans les rangs de Magie, Quidditch et Tradition.
— Nous le savons parce que nous avons enquêté sur eux, opposa Harry, mais quand on lit la Gazette c'est loin d'être clair. La plupart des articles font pas mal d'amalgames et d'ailleurs, même quand ce n'est pas le cas, les gens simplifient quand même parce que c'est plus simple de décider, d'un seul coup, qui est dans son camp et qui est l'adversaire. J'ai bien peur que certains aient aussi pensé régler le problème par la terreur.
— N'hésite pas à demander du renfort si tu penses que cela peut t'aider, lui proposa Faucett. Ah ! pendant que j'y pense, il est probable qu'une édition spéciale de la Gazette sorte dans la journée. Inutile de te préciser que seuls le Ministre et moi sommes habilités à commenter cette affaire.
— Bien Commandant, fit Harry en se levant.
Il alla rejoindre son équipe, bien content de ne pas avoir à gérer la communication. Ses trois coéquipiers avaient eu le temps de faire un brin de toilette et s'étaient immédiatement attelés à recouper toutes les informations qu'ils avaient sur les victimes.
— Va te nettoyer un peu et prendre un café, Harry, lui conseilla Janice. On sait ce qu'on a à faire.
Harry suivit son conseil et se sentit mieux après s'être passé de l'eau sur le visage. Deux cafés et quelques petits gâteaux plus tard, il avait l'esprit de nouveau assez clair pour reprendre sa place parmi ses collègues.
ooOoo
Ils travaillèrent sans relâche jusqu'à ce qu'Audrey pousse la poste du QG. Pendant que Harry lui faisait un résumé des épisodes précédents, Augustin fut envoyé leur chercher de quoi manger.
— C'est sans doute une bombe incendiaire qui a été utilisée, jugea Audrey en mordant dans son sandwich un peu plus tard. C'est complètement chimique et pas trop compliqué à fabriquer. On trouve plein de recettes sur Internet.
— Mais comment savoir ce qui a été utilisé exactement ?
— On repère les causes d'un incendie à l'odeur, la couleur des flammes, la vitesse de propagation, les traces d'effraction, développa-t-elle.
— Deux témoins ont entendu du bruit, ce qui nous fait penser qu'il y a effectivement eu effraction, énuméra Harry. Selon les dires d'un témoin, la pièce s'est complètement enflammée en quelques secondes, le temps qu'il redescende l'escalier et ouvre la porte. Mais il est vrai que c'était une bibliothèque, donc emplie d'éléments particulièrement inflammables.
— Des pages tassées ne le sont pas tant que ça, opposa Audrey. Surtout en si peu de temps. Vous a-t-on fait des remarques sur l'odeur ?
— Non, mais on n'a pas demandé.
— J'aimerais voir les lieux, souhaita la jeune femme. J'ai réussi à prendre mon après-midi.
— Allons sur le premier incendie qu'on nous a signalé cette nuit, proposa Harry. Seules deux personnes sont intervenues pour éteindre le feu.
Dix minutes plus tard, ils avaient fait transplaner Audrey devant la maison des Selwyn. Ils levèrent les sceaux magiques ainsi que les traditionnels sorts Repousse-Moldus et pénétrèrent dans ce qui restait de la bibliothèque.
— Il faut chercher tout ce qui sort de l'ordinaire, expliqua la spécialiste. Du métal ou même du verre. Si on a utilisé une bouteille rempli de liquide inflammable, les morceaux qui en restent n'ont pas la même épaisseur que les vitres des fenêtres ni la même forme.
Après un moment de flottement, ils mirent une technique au point. En utilisant la magie, ils soulevaient les éléments carbonisés qui jonchaient l'endroit et les faisaient pivoter devant Audrey pour qu'elle les examine - ce qu'elle faisait en commentant tout haut, pour qu'ils apprennent à chercher ce qu'il fallait.
Ils avaient dégagé presque tous les gros éléments de la pièce quand Audrey poussa une exclamation en désignant dans un tas de scories sur le sol :
— Regardez !
Ils s'approchèrent pour voir ce qui avait suscité son enthousiasme. Elle montra un scintillement dans la cendre :
— Quelqu'un pourrait me soulever ça ?
C'était un objet de trois centimètres de long sur deux de large. Owen s'exécuta et le fit léviter devant le nez de la jeune femme. Ils constatèrent que c'était un morceau de métal. Avant les précisions d'Audrey, Harry n'aurait jamais pensé que cela pouvait être utile pour déterminer les causes de l'incendie.
— Ça, c'est un morceau de tube ou un contenant circulaire de ce diamètre là, commenta-t-elle leur montrant le diamètre estimé en joignant les doigts. Ce serait intéressant d'en trouver d'autres.
— C'était peut-être là avant l'incendie, remarqua Janice d'un ton pas très convaincu.
— Faudra s'en assurer auprès du propriétaire, conseilla Audrey.
Dans la demi-heure qui suivit, les Aurors trouvèrent d'autres fragments de métal et de verre qu'ils mirent de côté pour les identifier plus tard. Ils étaient plongés dans leur travail quand une voix les fit sursauter :
— Que faites-vous ici ?
Harry se redressa et vit Mr Selwyn, accompagné d'une femme qui devait être son épouse, qui les regardait par la fenêtre éventrée.
— Nous sommes à la rechercher d'indices, commença-t-il, et justement nous voulions vous demander…
Mais Caedmon Selwyn ne le regardait plus. Une expression horrifiée sur le visage, il fixait un point se trouvant derrière Harry. L'Auror se retourna vivement, sa baguette prête à servir, mais il ne vit rien de particulier, seulement ses collègues de nouveau couverts de suie.
— Comment avez-vous osé amener une… une Moldue, dans ma maison ? s'indigna le maître des lieux.
Pour arriver plus vite, Audrey n'était pas repassée chez elle et avait débarqué au QG des Aurors dans ses vêtements habituels. Sans doute son grand manteau avait réussi à la faire passer inaperçue dans les couloirs du Ministère, mais fouiller les décombres lui avait donné chaud et elle l'avait posé quand les Aurors s'étaient débarrassés de leur cape. Sa tenue de dessous était un pull ajusté et un blue-jean qui la désignait immanquablement pour ce qu'elle était.
Harry dut convenir en son for intérieur qu'il n'était pas très habile de ne pas avoir pensé à métamorphoser les vêtements de la jeune femme alors qu'ils se trouvaient dans une maison de Sang-pur.
— Mademoiselle Giordano nous apporte une aide précieuse dans cette enquête, justifia-t-il d'un ton neutre. Nous avons d'ailleurs des questions à vous poser.
Harry fit signe aux autres de continuer leurs recherches et il sortit de la maison pour rejoindre le couple dans le jardin. Il leur montra leurs trouvailles et demanda s'ils savaient ou non d'où venaient les fragments qu'ils avaient dégagés des décombres. Selon Mrs Selwyn, les morceaux de verre incurvés appartenaient à une vase qui décorait les lieux. Par contre, ils ne purent donner d'explication pour les morceaux en métal.
Harry arriva à les convaincre de les laisser terminer leurs investigations en paix leur faisant valoir que plus vite ils en auraient terminé, plus tôt ils récupéraient leur maison et pourraient réinvestir les lieux.
Quand il rejoignit son équipe, Audrey s'inquiéta :
— Tu vas avoir des ennuis à cause de moi ?
— Bah, je crois qu'on n'est plus à ça près !
— Si on arrive à démontrer qu'on a résolu cette enquête grâce aux méthodes moldues, ça serait bien, non ? fit remarquer Augustin avec l'optimisme de la jeunesse.
— Si c'est pour se rendre compte que ce sont les ultra-progressistes qui sont derrière tout ça, ça ne nous avancera pas à grand-chose, opposa Owen d'un ton désabusé.
— Bon, l'enquête ne va pas se résoudre toute seule, recentra Harry qui sentit une vague de fatigue l'envahir. On termine de passer ce lieu au peigne fin.
Quand ils parvinrent à bout de leur tâche, Harry leur donna congé. Ils étaient sur le pont depuis trois heures du matin et il craignait d'être de nouveau tiré du lit la nuit prochaine. Il leur fallait donc reprendre des forces pour être efficaces en cas de besoin.
— Je peux prendre les morceaux de métal qu'on a trouvé pour les analyser au labo, proposa Audrey après qu'ils eurent disparu.
— Prends-en la moitié seulement, nous aussi on sait faire des analyses chimiques, décida Harry. On comparera nos résultats.
— Entendu.
Il la ramena en transplanage d'escorte au Chaudron Baveur qui était plus proche de son travail que la cabine téléphonique du ministère de la Magie. Ensuite, il retourna au QG pour faire un rapport oral à Faucett et déposer ses échantillons.
— Je vais mettre du monde dessus dès ce soir, décida le Commandant. Ça nous fera gagner du temps.
— Bonne idée, approuva Harry. Nous, on a vraiment besoin de dormir.
— Oui, vous avez bien avancé, confirma Faucett. Par contre, je pense qu'il te faut au moins quatre personnes supplémentaires. Tu as des préférences ?
Harry tenta de réfléchir malgré la fatigue qui l'empêchait de rassembler correctement ses idées.
— On va peut-être devoir enquêter dans le monde Moldu, précisa-t-il. Et nos nouvelles méthodes d'investigations seront précieuses. Alors je ne veux que des personnes qui soient prêtes à les utiliser sans réserve.
— D'accord. Je vais te mettre Dagworth et Corner pour commencer. Je m'occupe du rapport de ce soir pour le Ministre, ajouta-t-il. Je vais également annuler l'entrainement de demain matin. Janice et toi avez autre chose à faire.
Harry le remercia et put enfin rentrer chez lui.
ooOoo
— Merlin, Harry, tu as une mine de déterré, l'accueillit Ginny quand il entra dans le salon où elle jouait avec les enfants.
— J'ai l'impression d'en être un, confirma Harry. Je vais prendre une douche pendant que Trotty me prépare quelque chose à manger. Ensuite, je vais me coucher.
Il resta cependant le temps d'embrasser les deux garçons qui lui avaient sauté dans les bras et de serrer contre lui Lily qui avait foncé dans sa direction de toute la vitesse de ses quatre pattes dodues. Il sortait d'une douche bien chaude quand Ginny vint le rejoindre. Elle prit une serviette pour l'aider à se sécher les cheveux et demanda :
— Comment se passe ton enquête ?
— Tu en as entendu parler ? s'informa Harry.
— La radio à quatorze heures et une édition spéciale de la Gazette une heure plus tard. Bertold Higgs et Kingsley ont assuré les rescapés de leur profonde compassion et de leur indignation à l'idée qu'un incendiaire s'en prenne à des victimes innocentes. Higgs a laissé entendre que le Ministère ne se préoccupait pas d'assurer la protection de ses opposants.
— Récupération politique ! grogna Harry. Tous les incendiés ne sont pas affiliés à QMT, on a vérifié et, à part Selwyn, aucun d'entre eux n'a participé à la manif qui a mal tourné il y a trois semaines.
— Je suppose que les media ne se donneront pas la peine de vérifier, remarqua Ginny tandis qu'il se penchait pour s'essuyer les jambes.
— C'est à parier, soupira Harry. Mais en même temps, nous ne tenons pas spécialement à ce qu'ils en sachent autant que nous et qu'ils le publient. On s'est trouvés suffisamment idiots de ne pas savoir que les Flint avait subi un incendie eux aussi.
— Kingsley a répliqué qu'il avait mis le Survivant en personne sur l'affaire, continua Ginny. Je suppose qu'on peut qualifier cela de récupération politique aussi.
— J'imagine qu'il n'a pas trop le choix, fit Harry en se redressant. Il faut vraiment qu'il prouve qu'il fait de son mieux, et moi, je n'avance pas beaucoup, il faut bien l'avouer.
— Tu vas bien finir par y arriver, lui affirma Ginny en entreprenant de lui démêler les cheveux.
— Ouais, et si je me plante, la chute va être rude, se plaignit sombrement Harry en s'asseyant sur le bord de la baignoire pour lui faciliter le travail.
— La rançon du succès, fit philosophiquement Ginny en haussant les épaules. Mais t'en fais pas, mon chéri, je connais tes faiblesses, alors je ne serai pas trop déçue.
Elle lui sourit pour lui montrer qu'il fallait prendre ses propos au second degré.
— Je ne suis pas certain de réussir cette fois-ci, lui avoua Harry.
— Peut-être, mais tu auras fait ton possible et on ne peut pas t'en demander davantage.
— Si je me plante, cela pourrait bien coûter sa place à Kingsley, insista Harry qui la trouvait trop désinvolte.
Elle posa le peigne et le regarda droit dans les yeux :
— Si King perd sa place, ce sera les conséquences de sa politique. Il savait parfaitement qu'il se ferait des ennemis en entreprenant de moderniser notre société. Tu n'es pas responsable de ses choix ni du système politique que nous avons. Alors, contente-toi de faire de ton propre boulot et laisse les problèmes qui ne te concernent pas aux autres.
— Mais cela nous concerne tous, cette élection ! Si Higgs passe, les créatures magiques perdront tous les droits pour lesquels Hermione s'est battue.
— Ce serait regrettable, triste, déplorable, tout ce que tu veux, mais sûrement pas ta faute, soutint Ginny.
— Alors je dois baisser les bras ?
— Tu n'as jamais baissé les bras de ta vie, lui fit doucement remarquer Ginny en lui caressant la joue. Fais ce que tu peux en tant qu'Auror et arrête de faire comme si le destin des sorciers et des créatures magiques pesait sur tes seules épaules. Où est ton pyjama ? Tu l'as laissé dans la chambre ?
Pendant que son épouse allait le chercher, il regarda son reflet dans la glace de la salle-de-bains sans le voir vraiment. En faisait-il trop ? Prenait-il trop à cœur ce qui ne dépendait pas directement de lui ? Il réalisa que ce que lui avait dit Ginny ressemblait beaucoup à ce qu'il disait lui-même à Hermione quand elle se désespérait de ne pas améliorer autant qu'elle le désirait le sort de ceux qu'elle défendait.
Quand sa femme revint, il se débarrassa de son peignoir et revêtit son vêtement de nuit. Elle le regarda avec approbation et se serra contre lui. Il en profita pour l'embrasser.
— Tu piques un peu mon chéri, lui fit-elle remarquer avant de le quitter pour aller retrouver leurs enfants.
Il vérifia dans la glace et sortit son rasoir magique avec un soupir. Une heure plus tard, après avoir mangé et assisté au début du repas des petits, il s'étendit enfin et sombra immédiatement.
ooOoo
Bien que le lendemain soit un samedi, une édition spéciale de la Gazette fut distribuée de bon matin. On y lisait une interview de Caedmon Selwyn qui clamait qu'une campagne d'intimidation, voire d'élimination, avait été lancée contre ceux qui 'dénonçaient les abus des ennemis des sorciers'. Il soulignait combien ces attentats étaient sournois et brutaux et concluait : 'On me traitait de paranoïaque quand je vous mettais en garde contre leurs actes irresponsables, mais ils ont désormais montré leur vrai visage : ils veulent immoler les derniers remparts de l'identité sorcière.'
Harry retourna au Ministère pour voir où en était l'étude des pièces. Il y retrouva Faucett, Owen, Janice et Augustin, ainsi que Primrose Dagworth et Michaël Corner. A eux, s'étaient ajoutés Alicia Spinnet et Richard Wellbeloved.
Un moment, Harry pensa que Faucett allait prendre la tête des opérations, mais celui-ci lui laissa la parole. Il n'était venu que pour soutenir ses troupes, pas pour les diriger. Harry se mit donc à faire le point :
— Avez-vous trouvé des choses intéressantes avec les échantillons que j'ai amenés hier ?
— Oui, répondit Primrose. Sur les morceaux de métal, on a trouvé du salpêtre et du fertilisant.
— Du fertilisant ? s'étonna Harry.
— Quand les deux se mélangent, ça donne un produit instable qui explique l'inflammation soudaine que les témoins ont rapportée, ainsi que les intoxications respiratoires, précisa-t-elle. Il y a d'autres éléments qui y sont mêlés, mais moins caractéristiques.
Elle transmit à Harry une liste qu'il étudia les sourcils froncés.
Harry avait fait de gros progrès en potion depuis sa scolarité. Il avait relu toutes les notes et les devoirs que sa mère avait composés et qu'il avait retrouvés dans sa malle récupérée dans le grenier des Dursley quatre ans auparavant.
Hermione avait autrefois tenté de l'aider dans cette matière et lui avait fait répéter les lois fondamentales, mais cette approche rigoureuse n'avait rien à voir avec le plaisir évident que Lily avait pris à déchiffrer les manuels et expérimenter ses propres recettes. Sa manière de décrire les règles qu'elle avait mises en évidence étaient imagée et poétique. Curieusement, cela avait davantage parlé à Harry que les méthodiques leçons de son amie et il avait une bien meilleure compréhension que jadis des alchimies en cause.
Un jour d'ailleurs, Owen s'était étonné de ses progrès et lui avait demandé : "T'as pris des cours par correspondance, ou quoi ?". "En quelque sorte", lui avait répondu Harry.
— Bien, on sait donc que ces incendies sont volontaires et conçus pour nuire le plus possible. Nous sommes face à une personne ou un groupe déterminé.
— Hier soir, on est allés faire trainer nos oreilles dans les bars et on a commencé à interroger les tenanciers, rapporta Richard Wellbeloved. Aucun groupe ne s'est illustré en se félicitant des incendies. On en a beaucoup parlé, mais les gens sont davantage choqués que triomphants, surtout du fait qu'il y ait une victime. Y'en a même pas mal qui se demandent à quoi on sert !
— Le fait que le fondateur de Quidditch, Magie et Tradition soit impliqué met les gens mal à l'aise, continua Alicia. Le temps où on retrouvait des maisons en ruine avec des têtes de mort dans le ciel est encore très proche.
— Ce n'est pas pareil, s'insurgea Harry. On ne massacre pas les familles de façon systématique comme c'était le cas à l'époque.
— Je n'ai pas dit que c'était la même chose, protesta Alicia. Seulement que cela rappelle des souvenirs difficiles et que les gens sont vraiment bouleversés, quelque soient leurs idées sur le progrès et la nouveauté.
— D'accord, d'accord. Bien, je pense qu'il est temps d'aller interroger tous ceux qui ont cherché à empêcher la manifestation du QMT de se tenir. On va aussi repasser au peigne fin toutes les scènes d'incendie pour voir si on ne retrouve pas d'autres indices de ce genre sur place. Ah zut, je n'aurais pas dû permettre aux Malefoy de disposer de la chambre de leur fils !
Il prit les fiches que Janice avait établies en consultant les dossiers de la police magique et commença à les distribuer.
— Janice, peux-tu indiquer à tous ceux qui vont faire les interrogatoires ce que tu as rassemblé comme infos sur les ultra-progressistes ? Owen et Augustin, vous allez expliquer aux autres comment on s'y est pris hier pour trier les décombres. Commandant, serait-il possible d'avoir des renforts ? Ce serait bien si toutes les personnes qu'on doit interroger recevaient une visite aujourd'hui.
— Je m'en occupe, accepta immédiatement Faucett.
Les premiers groupes commençaient à partir, quand la porte du QG des Aurors s'ouvrit sur Audrey, accompagnée de Percy. C'était la première fois que Harry le voyait vêtu en Moldu depuis les départs de Kings Cross.
Remarquant le regard appuyé de son beau-frère, le chef du département de la coopération magique justifia :
— J'ai fait passer Audrey par l'Atrium, c'était plus rapide.
— Tu as bien fait, assura Harry. Tu as du nouveau ? demanda-t-il à la jeune femme.
— J'ai passé la moitié de la nuit au labo, je pense que j'ai tiré des échantillons tout ce qui pouvait l'être, l'informa-t-elle.
— Très bien, voyons voir.
Les conclusions d'Audrey parurent dans un premier temps parfaitement incompréhensible à Harry.
— C'est quoi NO3 ?
— Du nitrate. On le trouve dans les engrais, par exemple.
— Les engrais ? répéta Harry pas davantage renseigné.
— Ce qu'on appelle fertilisant, expliqua Michael Corner qui avait fait l'analyse des pièces avec Primrose la veille.
— Et le KNO3.
— Du nitrate de potassium ou salpêtre, traduisit Audrey.
— Bon, on va s'assoir et tenter de voir si nos copies correspondent, décida Harry.
Ils mirent deux heures à faire concorder les appellations chimiques d'Audrey avec la manière sorcière d'appeler les composants de potions. A chaque fois que des Aurors joints par Faucett arrivaient, Harry abandonnait le groupe de chimistes pour donner des instructions au nouveau venu.
A midi, la moitié des Aurors s'était présentée et toutes les fiches avaient été distribuées.
Il s'avéra que l'analyse d'Audrey n'amenait que peu d'éléments nouveaux à ce qui avait été déduit côté sorcier. A l'aide de sortilèges ou d'alchimie, les sorciers s'avéraient aussi efficaces que le laboratoire d'Audrey pour identifier les substances. Par contre, la jeune femme avait déterminé avec davantage de précision la nature de l'alliage de métaux qui composait les demi-cercles en acier qu'ils avaient récupérés.
Deux des équipes envoyées sur les lieux d'incendie revinrent en début d'après midi et montrèrent ce qu'elles avaient récolté :
— Finalement, Malefoy avait laissé la chambre de son môme intacte. Il dit qu'il n'a pas eu le temps de s'en occuper, indiqua Antony Goldstein. Et tant mieux, car regarde ce qu'on a trouvé.
C'était effectivement un échantillon plus gros que tous ceux qui avaient été récupéré jusque là. C'était une section de cylindre de quatre centimètres de haut et de deux centimètres de diamètre. Un examen rapide montra qu'il présentait tous les éléments chimiques déjà identifiés.
— Bon, on sait maintenant quel genre d'outil le criminel a utilisé, conclut Harry. Mais on ne sait pas comment il se l'est procuré ni où s'achètent tous ces ingrédients, si l'on excepte ceux qui servent couramment pour les potions.
— Pourquoi ne demanderais-tu pas à George ce qu'il en pense, intervint Percy qui était resté avec eux, les regardant travailler. Je crois bien qu'il utilise aussi du salpêtre pour ses Fuseboums. Qui sait si les autres ingrédients ne lui seront pas familiers ?
— Bonne idée, je vais faire un saut à la boutique. Prim' et Michaël, je vous laisse réceptionner ce que les équipes sur les sites vont ramener. Que les autres fassent le rapport des interrogatoires qu'ils ont menés. Owen, Audrey, Percy, venez avec moi.
ooOoo
Dix minutes plus tard, ils étaient devant la boutique des Sorciers facétieux. Ils s'y étaient rendus en transplanant, car Audrey avait encore beaucoup de mal avec les cheminées. Cette fois-ci, Harry avait pensé à leur aspect et Percy avait métamorphosé leurs vêtements pour qu'ils passent inaperçus.
Harry fit un signe amical à Eloïse qui était à la caisse et attendit que George en ait terminé avec son client pour prier ce dernier de leur accorder un instant. Ils s'installèrent dans l'arrière-boutique.
Harry résuma l'avancée de leur enquête et posa les échantillons qu'il avait pris sur la table pour laisser George les examiner.
— D'après ce que tu me dis, c'est assez proche de nos Fuseboum, confirma-t-il, sauf que bien entendu, on n'utilise pas de fertilisants, c'est trop dangereux. Tu disais que…
Il s'interrompit brusquement et examina le plus gros des éléments, celui qui avait été récupéré chez Malefoy. Fronçant les sourcils, il le regarda de près, et demanda :
— Je peux gratter la suie ?
— Oui, on l'a déjà analysé et pris en photo, lui indiqua Harry.
George prit sa baguette et entreprit de nettoyer l'objet. Ensuite il le réexamina avec attention et parut découvrir un détail important sur le flanc du cylindre.
— C'est pas vrai, murmura-t-il d'une voix blanche.
Harry comprit instantanément de quoi il retournait.
— Tu es certain ? demanda-t-il d'un ton non moins choqué.
— Oui, cette courbe-là, c'est le bout du double S qu'on appose sur nos produits.
Pendant que les autres s'exclamaient, Harry se pencha et lança un sort de grossissement.
— C'est pas certain que ce soit un S, remarqua-t-il.
— On n'en voit qu'une petite partie, mais je suis sûr de moi, regarde ! affirma George en lui montrant un feu Fuseboum neuf.
Effectivement, l'extrémité du S en cursives correspondait avec la gravure incomplète qui se remarquait à l'extrémité de leur échantillon.
Il y eut un silence lourd. Tout le monde se tourna vers Harry dans l'attente de son verdict.
— George, ferme la boutique, dit-il enfin. Eloïse, Ron et toi êtes convoqués sur l'heure à venir témoigner au Ministère.
ooOoo
Note : Je suis désolée pour les chimistes mais la mise en page du site de permet pas de mettre les chiffres en indice. Du coup, la compositions des éléments est parfois mal transcrite.
Dans une semaine, vous pourrez lire le prochain chapitre qui s'appellera Les feux d'Halloween.
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