- LES REFORMATEURS -


Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.


XXXIII : Mettre en perspective


Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Période couverte par le chapitre : 4 au 24 décembre 2009


Le lendemain matin, Faucett attendit que tous les Aurors soient arrivés pour faire signe à Harry de venir près de lui. Il annonça alors son départ pour la CIA et le nom de son successeur. À la réaction de ses collègues, Harry comprit qu'aucun d'entre eux n'était foncièrement étonné par cette nouvelle. Certains se montrèrent surpris de la soudaineté de la nomination, d'autres coulèrent un regard vers Janice pour voir ce qu'elle pensait, mais tous semblaient trouver normal que le Survivant accède à de hautes fonctions. Même ceux qui n'appréciaient pas Harry, Cyprien Muldoon en tête, paraissaient plus résignés que déçus. Ils s'étaient manifestement faits à l'idée que cela arriverait un jour.

La séance de félicitations était incontournable, ce qui ne la rendit pas plus agréable pour autant. Harry, au bout de vingt ans de célébrité, en détestait toujours autant les manifestations. Il fut soulagé quand il put enfin s'échapper et suivre Faucett dans son bureau.

— Je te confie les rênes à la fin du mois, indiqua Faucett. D'ici là je vais te montrer tout ce que tu as besoin de savoir pour me remplacer.

— Ça suffira ? douta Harry.

— Janice restera pour t'assister, même après mon départ, le rassura le commandant sortant. Tu n'es pas obligé de la garder comme second, mais elle connaît toute les ficelles du métier et je te conseille de la laisser encore quelques mois à ce poste. Bon, on va commencer par le planning.

Harry passa les jours suivants à s'initier au travail administratif inhérent à sa future fonction. Même si chaque nouvelle tâche l'amenait à se demander s'il était bien qualifié pour le poste, il préférait bûcher sur l'équilibre des comptes et les rapports hebdomadaires à l'intention du secrétariat du ministre plutôt que se trouver dans les lieux publics où tout le monde se faisait un devoir de s'extasier sur sa promotion. Sa nomination avait évidemment fait les gros titres des journaux, et il était redevenu le dernier sujet à la mode. Il évitait donc le plus possible de se montrer.

Un matin, il arriva avant son chef et, sans l'attendre, il commença à prendre connaissance des rapports qui avaient déjà été déposés sur le bureau. Il entendit la porte s'ouvrir et s'apprêtait à saluer Faucett, quand il découvrit Rita Skeeter qui entrait d'un pas décidé. Elle s'assit sans façon sur le fauteuil réservé aux visiteurs et annonça :

— Je suis venue interviewer le nouveau commandant des Aurors.

— Pardon ? fit Harry abasourdi.

— Dois-je écrire que le grand Harry Potter est incapable de comprendre une phrase simple ?

— Le grand Harry Potter se demande s'il n'y a pas d'autres journalistes pour l'interroger, car il n'a pas vraiment confiance en la personne qui s'est introduite si cavalièrement dans son bureau.

— Le grand Harry Potter préférerait-il être questionné par mon éminent collègue Ink Watermann ? Il en serait ravi, car il adore enquêter sur la famille et les amis du Survivant. Nul doute que l'article qui en sortirait serait fort croustillant et serait au goût du public.

— N'y a-t-il pas de vrais professionnels dans la presse ? protesta Harry. Des journalistes qui savent écrire ce qu'ils ont vu et entendu, et non ce que leur cervelle malsaine se plaît à imaginer.

— Ah, nous y voilà ! D'un côté, il y a les journalistes indépendants que n'ont pas l'heur de vous satisfaire, et de l'autre ceux que vous payez et qui sont prêts à écrire ce que vous leur dicterez. C'est ça votre notion du journalisme, Monsieur Potter ?

— Je constate qu'une fois de plus vous vous plaisez à déformer mes propos. Je refuse de vous parler plus longtemps, Mrs Skeeter, lui signifia fermement Harry.

La journaliste se renfrogna, mais ne fit pas mine de partir. Au contraire, elle se carra plus profondément dans le fauteuil et planta ses yeux dans ceux de son interlocuteur :

— Malgré vos piètres efforts pour nous imposer un autre titre, La Gazette du Sorcier reste la seule publication de premier plan et c'est là que les sorciers liront votre interview, exposa-t-elle. Et il se trouve que le directeur du journal a décidé que ce serait moi qui viendrai vous interroger. Nous voilà donc ensemble aujourd'hui dans votre bureau pour faire ce que les autres attendent de nous. Pensiez-vous que votre promotion ne vous apporterait que les avantages du pouvoir, sans qu'il n'y ait d'obligations en échange ?

— Supporter votre présence et vos questions ne m'apparaît pas clairement comme un de mes devoirs fondamentaux, contra Harry. Protéger ma communauté contre la magie noire tout en préservant la vie de mes équipes me paraît davantage faire partie de mes attributions. Cela peut vous sembler futile mais j'ai la faiblesse de penser que c'est important. Quoi qu'il en soit, vous pouvez retourner voir votre patron et lui demander de m'envoyer un professionnel dans lequel je pourrais avoir confiance.

Rita ne répondit pas tout de suite, paraissant réfléchir à la réplique suivante. Harry en profita pour se demander pourquoi elle tenait tant à l'interroger. À sa place, il aurait tout fait pour se faire oublier de celui qui connaissait son dangereux secret. Pourquoi venir agiter sa plume sous son nez et lui rappeler qu'il pouvait lui faire avoir de graves problèmes du fait de son refus de se faire enregistrer comme animagus ? L'attitude défensive de la journaliste lui suggéra une hypothèse : elle n'était pas venue de son plein gré. Peut-être traversait-elle une période difficile qui ne lui permettait pas de choisir ses articles. Effectivement, sa robe n'était pas très neuve et ses ongles n'avaient pas reçu les sorts de Polissage d'un professionnel.

Ainsi, l'un de ses principaux clients lui avait fait une commande qu'elle n'était pas en position de refuser, même si elle n'appréciait pas davantage que lui leur dialogue. Dans ce cas, il pourrait peut-être retourner la situation à son avantage.

— Dans l'hypothèse où j'accepte cette interview, demanda-t-il, quelles seraient mes garanties pour que vous ne trahissiez pas mes paroles et pour m'assurer de retrouver dans l'article ce que j'ai dit et non ce que vous avez imaginé ?

— Aucun article n'est la répétition exacte d'une conversation, protesta-t-elle. Le travail du journaliste est de mettre les propos recueillis en perspective et de les commenter.

Harry faillit s'étrangler en l'entendant se prévaloir de tels principes.

— Quand vous avez raconté que je pleurais mes parents ou que Hermione m'avait plaqué, vous prétendez avoir mis en perspective ou commenté ? Vous m'avez attribué des paroles que je n'avais pas prononcées et avez inventé une romance qui n'a jamais existé !

— La mémoire de vos illustres parents n'a-t-elle vraiment eu aucune incidence sur vos actes ? J'admets m'être trompée sur vos relations avec Miss Parfaite, mais croyez bien que j'en suis la première désolée. Si j'avais compris que vous en pinciez pour la petite amie de Diggory, je n'aurais pas laissé passer ça. Imaginez le papier que cela aurait donné !

Sans parler des relations que j'aurais eues ensuite avec Cédric et mes autres camarades, songea Harry. Il savait que les propos cyniques de son interlocutrice auraient dû le fâcher, mais la journaliste était à ce point irrécupérable que l'indignation lui parut une perte de temps inutile.

— Je veux pouvoir relire votre papier avant qu'il ne paraisse, exigea-t-il. Si vous me doublez, vous savez ce qui vous attend.

— Je ne peux pas me limiter à répéter vos paroles comme un perroquet, le prévint-elle. Mon patron retouchera lui-même l'article si je fais ça.

— Vous pouvez « mettre en perspective et commenter », mais seulement si vos ajouts sont clairement distincts des propos que j'aurai tenus, négocia Harry. Et vous vous abstiendrez de citer mes phrases hors de leur contexte et de mutiler mes développements. En bref, de me faire dire ce que je n'ai pas dit.

— Ça me va, accepta-t-elle en levant les yeux au ciel comme si elle le trouvait exagérément tatillon ou suspicieux.

— Bien, posez vos questions qu'on en finisse.

Elle sortit une plume et un carnet puis lança en guise d'introduction :

— Généralement, on commence par cerner la personnalité et le parcours de celui qu'on interroge, mais je suppose que vous ne voudrez rien me confier qui n'ait pas été révélé.

— Je n'ai surtout rien à ajouter à tout ce qu'on raconte déjà sur moi, rectifia Harry. Par contre, je pourrais sans doute démentir pas mal d'inventions faites à mon sujet.

Elle le considéra d'un air consterné puis parut exploser :

— Vous ne pourriez pas, je ne sais pas moi… tromper votre femme ou être un pilier de bar, qu'on ait des choses intéressantes à dire sur vous ? s'énerva-t-elle. Vous jouez aux courses ?

— Jamais, désolé. Vous allez mettre ça dans votre article ? s'étonna Harry, tout en étant persuadé qu'elle n'avait jamais été aussi sincère en sa présence.

— Non puisque, malheureusement, il n'y a rien à en tirer. Je suppose que vous n'avez pas l'intention de déserter le foyer familial ou ce genre de choses…

— Je peux en parler à mon épouse, si vous insistez, mais a priori ce n'est pas au programme, répliqua-t-il, en commençant à trouver la situation amusante.

— Vous savez que vous êtes abominablement conformiste ? l'accusa-t-elle. Vous êtes jeune, riche, connu, personne n'oserait vous défier en duel, et vous vous contentez de votre petit train-train quotidien. Le parfum de l'aventure ne vous attire plus ? Ne regrettez-vous pas vos années aventureuses ?

— Non, pas vraiment. Je suis ravi de rentrer chez moi le soir et de retrouver ma famille sans craindre que des malades ne cherchent à les tuer pour m'atteindre.

— En gros, vous vous contentez d'être un héros aux heures de bureau, persifla-t-elle d'un ton insultant.

— Je n'ai jamais cherché à être un héros, précisa-t-il sans se démonter. Il se trouve que par un enchaînement de circonstances j'ai été obligé d'agir. Je ne pouvais quand même pas rester les bras croisés en attendant que les problèmes s'évanouissent d'eux-mêmes ! Maintenant que tes temps sont plus calmes, être Auror « aux heures de bureau », comme vous dites, me convient très bien.

— Alors pourquoi avoir postulé pour devenir commandant ? contra-t-elle.

— On m'a proposé le poste, et il m'a semblé que c'était le meilleur moyen de me montrer à la hauteur de la confiance qui m'était accordée, répondit-il simplement.

— Vous avez accepté, juste parce qu'on vous l'a demandé ? insista-t-elle.

— Le ministre et le commandant sortant estiment que j'en suis capable et je me fie à leur évaluation, corrigea-t-il tout en reconnaissant qu'elle n'était pas loin de la vérité.

— Que pensez-vous de la réforme de la procédure judiciaire qui est intervenue il y a quelques années ? changea-t-elle brusquement de sujet.

— Il y a beaucoup d'éléments positifs dedans. Les nouvelles règles nous obligent à être plus rigoureux dans nos recherches et cela ne peut qu'améliorer nos enquêtes.

— Voulez-vous dire qu'auparavant les Aurors n'arrêtaient pas les bonnes personnes ? insinua la journaliste.

— Personne ne peut prétendre être infaillible, répondit prudemment Harry. Les récentes exigences de preuve nous ont amenés à développer de techniques inédites qui nous confortent dans nos déductions, et nous évitent de suivre de fausses pistes.

— Pensez-vous que les Aurors d'aujourd'hui font de meilleures enquêtes qu'avant ? releva-t-elle.

— Tendre vers l'amélioration et savoir se remettre en cause ne peut jamais faire de mal, professa-t-il, refusant de répondre à la question directe.

— Depuis votre arrivée chez les Aurors vous avez pris en main les entraînements au duel, vous avez modifié la manière d'instruire les dossiers, avez obligé vos collègues à utiliser des techniques que vous avez personnellement imaginées, énuméra-t-elle. Pour quelqu'un qui prétend n'agir que lorsqu'il ne peut pas faire autrement, c'est assez paradoxal, non ? À moins que vous n'estimiez que le corps des Aurors était tellement mal organisé qu'un chamboulement complet était indispensable. De là à penser que vous n'approuviez pas ce qui se passait avant…

— Le monde a changé et les Aurors doivent s'adapter à la communauté qu'ils sont en charge de protéger, répondit Harry en reconnaissant qu'elle avait bien préparé son interview. Et je ne suis pas le seul à avoir agi en ce sens, minimisa-t-il. L'Auror Janice Davenport, une ancienne championne de duel, est également responsable des entraînements. L'évolution de nos procédures a fait l'objet d'échange entre le commandant Faucett et le commandant Watchover de la police magique. Rien de tout ceci n'aurait été possible sans le soutien du ministre.

— Refusez-vous d'assumer vos actes en vous cachant derrière vos supérieurs ? insinua-t-elle.

— Si c'est le cas, ce sera la dernière fois que je peux me le permettre, commenta-t-il avec un petit sourire. Comme vous me l'avez fait remarquer, ma future fonction entraîne des obligations, comme celle d'assumer les résultats de mon service, que ce soit des erreurs ou des réussites.

— Pourquoi avez-vous créé un nouveau journal ? dévia-t-elle brusquement. Je sais que c'est vous qui le financez.

Au diable les journalistes qui font bien leur boulot ! songea-t-il avec ironie.

— Je ne finance pas Alternatives Magiques, rectifia-t-il. J'ai seulement prêté de l'argent qui m'est remboursé petit à petit pour leur permettre de se lancer. Je ne suis pas consulté sur son contenu que je découvre en même temps que les autres lecteurs chaque mercredi. J'ai investi dans ce projet car j'ai pensé qu'il nous manquait un magazine d'investigation qui s'intéresse aux véritables problèmes de société.

Elle le regarda un petit instant, pour bien lui faire comprendre qu'elle avait saisi la critique que cela comportait pour elle.

— Ce Jordan est un de vos amis, n'est-ce pas ? reprit-elle.

— C'est un ancien camarade de Poudlard, mais nous ne nous connaissons pas tant que cela. C'est sa façon d'exercer le journalisme à la radio et dans ses articles qui a justifié ma confiance. Son principe de se faire l'écho de l'opinion des sorciers sans parti-pris a emporté mon adhésion. Je n'oublie pas non plus qu'il a fondé Potterveille, le seul organe de presse libre pendant la guerre.

— À vous entendre, vous ne vivez que pour le bien de votre communauté. N'auriez-vous aucun défaut ?

Harry n'avait pas l'intention de répondre à cette question piège. Il choisit l'ironie :

— Si j'en crois vos propos, j'ai visiblement celui de ne pas faciliter la tâche des journalistes traquant le scandale. J'en suis profondément désolé. J'espère que vous acceptez mes plus plates excuses.

Elle le contempla, une lueur amusée au fond de ses prunelles :

— Vous avez appris à mordre depuis la dernière fois que nous nous sommes parlé il y a quelques années, remarqua-t-elle.

— Des centaines d'interrogatoires, expliqua-t-il. Rien de tel pour s'initier à la mauvaise foi et l'art de tourner autour du pot. Considérez ça comme une déformation professionnelle.

— Voyez-vous ça ! lança-t-elle d'un ton qui se voulait mordant, mais qui laissait transparaître un certain respect. Avez-vous l'intention de vous présenter un jour au poste de ministre de la Magie ?

— Non, cela ne rentre pas dans mes projets. Je suis un homme d'action, pas un politique.

— La fonction de commandant des Aurors demande davantage de sens politique que de réflexes en duel, pointa-t-elle.

— Mon travail sera en tout premier lieu de garantir des Aurors efficaces au monde sorcier. Ma connaissance du métier est primordiale.

— Ne pensez-vous pas que vous êtes un peu jeune pour votre poste ? s'enquit Rita. Vous êtes passé devant des collègues ayant davantage d'expérience que vous. Ne craignez-vous pas que certains éprouvent du ressentiment à votre égard ?

— Je suppose que c'est inhérent à ce genre de promotion. Mes prédécesseurs ont su s'en débrouiller, j'espère que je saurai en faire autant, répliqua Harry du tac au tac.

— Si un jour vous vous trouviez en désaccord avec le ministre de la Magie, quelle serait votre attitude ?

Harry se donna le temps de répondre à cette question, qui revenait souvent, lui semblait-il. Une conséquence de sa folle jeunesse…

— Si les ordres que je reçois s'avèrent incompatibles avec mes profondes convictions, je pense qu'il ne me restera plus qu'à démissionner.

— En laissant votre opposant mettre un autre à votre place et demander à vos hommes de faire le boulot que vous avez considéré comme indigne de vous ? insista Rita. N'est-ce pas une forme de lâcheté ?

— Ce que nous évoquons peut recouvrir deux cas de figure différents, nuança Harry. Si c'est une simple divergence d'opinions avec un ministre régulièrement nommé, je ne vois pas pourquoi j'imposerais mes opinions. C'est à moi de plier ou de partir. Par contre, si on me donne des ordres illégitimes, je tenterai de convaincre le maximum de personnes de résister.

— Si j'ai bien compris, vous vous arrogez le droit de décider ce qui est légitime ou non. Vous professez la modestie, mais au fond de vous, vous pensez que vous avez un rôle de guide pour tous les sorciers de Grande-Bretagne.

— Chacun de nous a cette responsabilité, corrigea Harry. Il y a des valeurs à sauvegarder et des actes qui sont toujours indignes, quelle que soit la justification qu'on leur donne. Et cela vaut pour tous les métiers, d'ailleurs. En tant que journaliste, par exemple, vous êtes responsable de ce que vous faites paraître, lui retourna-t-il.

— Vous êtes pour la censure ? l'interrogea avidement la journaliste.

— Je suis pour la responsabilité. On ne publie pas tout et n'importe quoi.

— Selon vous, il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire, interpréta-t-elle.

— Ce n'est pas parce que c'est une vérité que c'est une information, précisa Harry. Exposer la vie privée des gens est du voyeurisme, pas du journalisme. Vos interprétations sont parfois plus que fantaisistes, et le mal qu'elles font n'est pas toujours justifié par le droit d'information.

— Que faites-vous de la liberté d'opinion ?

— Elle s'arrête là où commencent la diffamation et la vie privée, affirma le futur commandant des Aurors.

— Vous parlez comme si la limite était évidente.

— Elle ne l'est pas, mais cela n'exonère pas de tenter de la définir. En tant qu'Aurors, nous devons aussi faire face à ces questions : avons-nous suffisamment de charges contre une personne pour la priver d'aller et venir et attenter à sa réputation en l'arrêtant ? Nous non plus n'avons pas le droit d'agir à la légère.

— Vous pèseriez ainsi chacun de vos gestes et toutes vos paroles ? douta la journaliste d'une voix sceptique.

— Non, je suis parfois un peu impulsif, reconnut-il. Mais j'en assume les conséquences.

— Votre vie n'est pas mortellement ennuyeuse avec tous ces principes ? demanda Rita.

— Toute ma jeunesse, j'ai aspiré à avoir une vie calme, lui révéla-t-il. Maintenant que je l'ai, je suis comblé.

Rita regarda son carnet en soupirant, comme si elle se demandait ce qu'elle pourrait tirer d'un tel échange. À ce moment, la porte s'ouvrit sur Faucett qui leva un sourcil en voyant la visiteuse.

— Je ne veux pas vous déranger, fit-il en commençant à reculer.

— Nous avons fini, révéla Rita. Je pense que j'ai eu ma dose de générosité et de bons sentiments pour l'année.

Elle se leva et quitta la pièce sans les saluer.

— Tu l'as mise en colère, nota Faucett.

— J'ai toujours eu du mal avec les journalistes de La Gazette, reconnut Harry. Un manque dramatique de luxure à ce que j'ai compris.

— Personne n'est parfait, l'exonéra son commandant.

Étrangement, l'article que fit paraître Rita plut à Harry. Elle y faisait son panégyrique de façon tellement outrée que c'en était ironique et laissait lourdement sous-entendre que c'était trop beau pour être vrai. Il préférait cela à un véritable encensement comme il y en avait tant eu à son sujet ou à une attaque malveillante du genre Ink Watermann. Il trouvait que cette journaliste, qui l'avait traumatisé dans son enfance, se bonifiait avec le temps : sans perdre de leur venin, ses insinuations étaient plus subtiles, et il se surprenait à en apprécier la finesse.

Ce ne fut pas l'avis de tout le monde :

— Un de ces jours, je vais lui montrer de quel bois je me chauffe ! s'exclama Molly quand le sujet vint sur le tapis le dimanche suivant.

— On a l'impression qu'elle ne supporte pas l'honnêteté et le sens des responsabilités, observa finement Arthur.

— Ce n'est pas ce qui fait le plus vendre, reconnut Harry.

— Est-ce une raison pour s'attaquer à toi ? demanda Ginny. Si elle ne comprend pas qu'on puisse croire en son métier et s'y dévouer, qu'elle parle d'autre chose ! Ils n'ont personne d'autre à La Gazette ?

— Tu aurais préféré Watermann ? usa à son tour Harry.

— Ils ont d'excellents journalistes, assura Hermione. Lee et Padma citent régulièrement de bons articles et ont repèré des reporters très doués et tout à fait honnêtes. Dommage que le directeur de publication les cantonne à des rubriques qui ne font pas les grands titres.

— Avec tout ce qui a déjà été dit sur moi, envoyer une journaliste qui sait donner du relief à ses sujets me paraît une bonne tactique, plaida encore Harry.

— Mais enfin Harry, pourquoi tu es de son côté ? s'étonna Ginny. C'est de toi qu'elle s'est moquée !

— Je ne peux pas pointer mon nez hors de mon bureau sans qu'on me félicite et qu'on me serve un énième compliment mielleux et creux, alors ça me change un peu qu'on tourne cette adoration en dérision. C'est vrai, quoi, je ne suis pas un saint !

— Seulement un héros précisa Andromeda avec un petit sourire.

— C'était il y a dix ans, rappela Harry. Je crois que ce que j'ai fait de plus extraordinaire cette année est d'attraper Moustachu quand il s'est sauvé dans le jardin du Terrier cet été.

— Tu aurais dû le raconter à Rita, glissa Ron. Elle aurait su le restituer de façon épique. Surtout quand le gnome barbu t'a fait un cloche-pied et que tu t'es étalé à côté de la mare.

— Ah oui, tiens, j'ai oublié de mentionner cet épisode. Quel dommage pour cette pauvre Rita !

— C'est quand même ennuyeux pour l'image de ta fonction, s'inquiéta Percy. Je sais que tu es modeste, mais tu as maintenant entre tes mains l'honneur des Aurors.

— Enfin, j'aurais pu faire pire, soutint Harry. Rita semblait prête à m'inventer une vie dépravée pour avoir quelque chose à raconter.

— Il manquerait plus que ça, gronda Ginny.

— On ne peut pas parler d'autre chose ? proposa Harry. Dites, Andromeda, vous avez reçu une lettre de Teddy cette semaine ?

Teddy s'était très bien adapté à Poudlard et envoyait des missives ravies à sa grand-mère assez régulièrement. Celle-ci, bien qu'occupée à assister Ginny dans son projet de musée, lui écrivait tous les deux jours, donnant des nouvelles de la famille et lui décrivant ses activités. L'enfant était moins prolixe, mais on savait qu'il s'entendait bien avec ses camarades de classe. Il avait gardé des relations avec la petite Isabel, qui avait fait le trajet avec lui, et était toujours très ami avec David Alderton. La petite fille était allée à Serdaigle et le fils du défunt Auror à Serpentard.

Teddy se tenait assez sage pour ne pas récolter trop de retenues. Il avait cependant été puni pour avoir usé de ses talents de métamorphomage pour caricaturer le physique de ses professeurs. Il n'était pas un élève brillant, mais suffisamment bon pour avoir des notes correctes, à la grande satisfaction d'Andromeda qui suivait ses études de très près.

Hagrid avait pris le petit garçon sous son aile et l'avait accompagné dans des endroits sécurisés de la Forêt interdite. Teddy avait spécialement écrit à Harry pour lui décrire son épopée. Harry n'avait pas manqué de le féliciter pour son courage et lui avait signalé deux ou trois raccourcis dans le château qu'il avait connu grâce à la carte du Maraudeur. Il s'était cependant abstenu de lui envoyer le parchemin — sur lequel l'enfant avait autant de droits que lui —, estimant qu'Andromeda ne serait pas d'accord. Pour la même raison, il n'avait pas parlé des passages qui permettaient de sortir de l'école. Peut-être le ferait-il plus tard.

Le samedi suivant, Harry brava la foule pour se trouver sur le quai 93/4 et accueillit Teddy qui revenait pour les vacances de Noël. La joie qu'il lut dans les yeux de l'enfant, quand il le découvrit, valait bien tous les regards appuyés et les doigts pointés dans sa direction.

Teddy sauta dans les bras de sa grand-mère avant de passer sans fausse honte dans ceux de son parrain.

— Alors mon bonhomme, demanda Harry, c'était bien Poudlard ?

— Oh, oui ! scanda Teddy avec conviction. On s'amuse bien !

— On travaille aussi, j'espère, insista Andromeda.

— Oui, oui ! convint Teddy d'une voix nettement moins enthousiaste.

Il regarda autour de lui et leva la main :

— Salut David. À dans quinze jours ! Bon Noël !

Andromeda et Harry saluèrent la mère de David et firent un signe de la main à la famille de la petite Isabel quand elle passa devant eux. La fillette adressa un sourire éclatant à Teddy qui lui retourna la pareille. Les parents répondirent au geste de Harry avec un respect qui démontrait que leur fille leur avait indiqué dans ses courriers la renommée du sorcier inconnu qui les avait aidés à charger ses bagages quatre mois auparavant.

Les familles réunies se dirigeaient pour la plupart vers la cheminée qui desservait l'endroit. Harry savait qu'il y aurait un certain temps d'attente avant qu'ils ne parviennent à l'âtre. Là, il pourrait difficilement éviter de répondre à tous les sorciers qui voudraient lui parler.

— Si cela ne vous dérange pas, on pourrait repartir en bus, proposa-t-il à Andromeda et son filleul. Nous serons chez moi en vingt minutes et vous pourrez prendre la cheminée pour rentrer chez vous. Ginny et les petits seront contents de voir Teddy.

— Si tu veux, accepta la grand-mère. Cela fait longtemps que je n'ai pas été dans un transport moldu.

Du fait des embouteillages, il leur fallut vingt-cinq minutes pour arriver près du Square Grimmaurd. Ils ne virent pas le temps passer car Teddy leur raconta mille détails qu'il n'avait pas mis dans ses lettres. Bien formé par l'école primaire qui emmenait régulièrement les enfants chez les Moldus, il prit garde de ne pas prononcer de mots compromettants. Il disait « l'école » pour Poudlard et évoquait les professeurs par leur nom et non par la matière qu'ils enseignaient.

Harry trouva que la mention d'Isabel revenait souvent. Un bref regard échangé avec Andromeda lui apprit qu'elle avait également remarqué. Teddy s'était inscrit au club d'échecs et avait découvert avec surprise qu'il faisait partie des meilleurs joueurs.

— Ron et Fleur sont très forts, lui révéla Harry. Tu as eu d'excellents professeurs.

— L'année prochaine, j'espère que je serai pris dans l'équipe de Qui… de sport, indiqua Teddy. Je me suis entraîné chaque semaine. Le cousin de David est en quatrième année il est sympa et a accepté de nous aider. Je pourrai avoir un livre sur les techniques de Qui… de sport pour Noël ?

— Tu pourras nous en emprunter, à Ron et à moi, lui suggéra Harry. J'espère avoir le temps de jouer un peu avec toi. Et tu devrais parler de tout ça avec Ginny. C'est une professionnelle, je suis certain qu'elle est la meilleure entraîneuse de la famille.

— Ah ouais, chouette ! Quand je vais dire ça aux copains !

— Rusard est toujours à son poste ? demanda Harry.

— Le vieux ? Oui, mais il paraît qu'il sera remplacé, l'année prochaine. C'est dommage, il ne va pas vite quand il nous court après dans les couloirs.

— Il t'a souvent couru après ? s'enquit innocemment Andromeda.

— Non, pas moi, affirma vertueusement Teddy. Des grands. Tu fais toujours ton musée ? demanda-t-il, visiblement très pressé de s'éloigner de ce sujet compromettant.

— Oui, mais pas pendant tes vacances, lui répondit sa grand-mère.

Les trois femmes avaient prévu de suspendre leurs activités pour les fêtes car Victoire, Dominique, Louis, James et Albus n'avaient plus école non plus. Il y aurait aussi les courses de Noël à faire et il fallait aider Molly pour préparer les deux réveillons qui réuniraient la famille.

Dès le début du mois de janvier, elles iraient visiter des écoles étrangères pour s'initier à la manière dont les magies diverses étaient enseignées. Cela impliquerait beaucoup de voyages et Ginny commençait à s'inquiéter de la façon dont elle allait devoir s'organiser. Quand elle avait établi son programme, la promotion de Harry n'était pas encore d'actualité et elle pensait pouvoir compter sur son mari les soirs où elle ne serait pas là. Or Faucett partirait le 31 décembre et le premier mois de Harry seul à son nouveau poste ne lui permettrait sans doute pas de finir tôt en fin de journée.

— On va trouver une solution, lui avait assuré Harry lorsqu'elle avait commencé à envisager d'annuler les rendez-vous qu'elle avait pris avec les divers directeurs d'école. On peut engager quelqu'un pour s'occuper des enfants quand nous ne sommes pas là. D'ailleurs, un des avantages de ma fonction c'est que je n'ai plus de gardes de nuit. On me réveille seulement pour les cas requérant une décision importante.

— Ils vont se sentir abandonnés les jours où tu rentreras trop tard pour les voir. Tu sais qu'ils se couchent tôt.

— Tu ne partiras que deux ou trois jours à chaque fois, ce n'est pas comme si tu t'absentais des semaines entières, avait rétabli Harry. Je te promets que je m'arrangerai pour être là à l'heure de leur dîner quand il le faudra.

Le vingt-quatre décembre, toute la famille se retrouva au Terrier.

Bill et Fleur étaient déjà arrivés avec leurs trois enfants quand les Potter s'y présentèrent. Victoire avait été ravie de retrouver son complice. Teddy et elle étaient de nouveau inséparables. Charlie, qui avait pu venir à Noël, mais qui serait absent au Nouvel An, était venu les bras chargés de cadeaux. Il les distribuerait sous les traits du père Noël, comme à son habitude. Au fil des ans, il ne changeait pas : son visage se faisait de plus en plus boucané, mais son sourire et l'éclat de ses yeux lui faisaient paraître dix ans de moins qu'il n'avait réellement. Selon Ginny, Molly avait plus ou moins abandonné l'ambition de le marier. Elle commençait à se faire à l'idée qu'il s'intéressait davantage aux dragons qu'à la vie de famille et qu'elle n'aurait pas de belle-fille supplémentaire.

Percy accompagnait une Audrey épanouie par son dernier trimestre de grossesse. La robe sorcière qu'elle avait revêtue ne dissimulait plus son ventre proéminent. Sa belle-mère était aux petits soins pour elle. George et Angelina étaient arrivés avec le remuant Frederik et une Roxanne dont les grands yeux noirs faisaient chavirer tous les cœurs, suivis de Ron et Hermione avec Hugo et Rose.

Quand la voix de Celestina Moldubec s'éleva du transistor, Molly et Arthur, main dans la main, couvaient leur famille d'un regard heureux.

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Nous nous retrouverons samedi prochain pour un chapitre intitulé Prendre le pouls du QG.

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