Froid... La froideur du sol bétonné et geler contre ma joue... Si froid que ça me brûle... Paradoxe amusant, mais que je ne vérifierais pas plus longtemps... Je me relève, forçant sur mes cuisses pour redresser le piquet de chair qui me sert de corps... Bon, ou suis-je? Je fait la girouette, tordant mollement mon cou, observant les alentours que je ne reconnais pas... Bon sang ou suis-je allé? j'avance machinalement, mais décidément, le sol semble vouloir m'étreindre puisque je n'ai pas eut le temps de le voir venir que me voilà de nouveau a son contact... Quelque chose m'a fait glisser... Je regarde sous ma semelle... Avant de vomir tripes et boyaux a côté de moi...

" Mon dieu, mon dieu, mon dieu, mon dieu, mon..."

Je précise que je ne suis pas croyante... Mais ce sont là les seuls mots qui me sont venus à la vue du morceau de chair encore palpitant qui se trouvait sous ma chaussure... Je tourne lentement la tête, livide et probablement aussi blanche que la neige désormais souillée des deux cadavres lacérés que j'aperçois... Une seconde fois, je vomis, ça me brûle... Des flammes qui grimpe le long de mon œsophage pour venir m'arracher la peau du palet... Respire, allez, inspire, expire, inspire, expire... L'odeur du sang remonte par mes narines alors que de violents flashs me reviennent en mémoire... Les griffes et les crocs on fusé, arrachant des lambeaux de chairs sanglants... Je me souvient de la sensation des os craquant sous ma mâchoire, des tendons se détachant avec forces en même temps que les membres de ces hommes... Je déteste ces flash-backs post carnages...

...

Je frotte ma peau sous une eau brûlante afin de laver les dernières traces de cette soirée ignoble... Je n'étais pas si éloigné de chez moi en fin de compte, en fait, j'étais sur le parking d'à côté... Mes repères s'effacent, mes souvenirs aussi sous cette eau de ville souillée... C'est sidérant, on s'habitue vraiment à tout, même au plus horrible, il y a quelque semaines encore, j'aurais tenté de me suicider sous le poids de la culpabilité, mais avec le temps et l'habitude de ces nuits sanglantes, mes réactions s'amenuisent, je deviens froide, amer, comme cette neige que tout le monde piétine... Qui sait, peut être qu'avec le temps mes escapades nocturnes et ses victimes me laisseront totalement indifférentes... Je suis monstrueuse, je le sais, accepter un tel fait sans autre réaction que celle ci, mais je n'ai pas le choix, elle réclame à manger, elle se sert de mon corps, et je ne peut rien contre elle... Et puis, dans ma condition, même se suicider est une affaire difficile, a peine ma peau entamée qu'elle se referme aussitôt, même pas le temps de saigner ou de pleurer, et mon coeur deviendra, avec le temps, comme mon corps... Sang, foutu sang, je n'aurais pas du attendre le lendemain pour me laver, ça ne part pas facilement...

...

Mes yeux se pose sur le journal du jour...

" La bête a frappé, le danger est réel! Ce matin c'est une macabre et sanglante découverte qu'a fait le concierge d'un immeuble résident non loin du centre de Tokyo, celle de deux cadavre littéralement rendus méconnaissables dut à des lacérations, visiblement provoqués par les griffes d'un animal mesurant approximativement 2 mètres, selon les experts... Ces crimes nous rappelle avec une certaine peur, la tragique histoire de cette série de meurtres sur Kyoto, ou l'hypothèse d'une bête semblable avait été avancé, y a t-il un quelconque rapport? la police se refuse a tous commentaires hâtifs..."

J'avale mon café, il est froid...