J'ai entendue quelqu'un m'appeler la nuit dernière, non loin d'ici, j'ai entendu cette voix, elle à résonné au fond de ma cage thoracique, elle a fait vibrer mes os, palpiter mes muscles... Et mon cœur? Aie-je senti mon cœur? Non, ce n'est lui aussi qu'un muscle, un outil du corps... Mais il me fait mal en ce moment, il me fait mal chaque nuit, en fait il me fait mal chaque seconde, des fois plus fort, comme lorsque les mots de ces articles viennent jouer sur mes rétines et s'imprime en moi, ne faisant que m'imposer d'un point de vue différent des actes que j'ai vue se déroulés de mes propres yeux et mieux, dont l'auteur est ce corps maudit qu'est le mien...

Quand aie-je déjà entendue cette voix? Ma mémoire m'échappe de plus en plus, ma conscience se délite, j'assiste lentement à ma propre mort, cette lente agonie qui prendra bientôt fin, au moment ou elle prendra ma place définitivement, au moment ou mes forces m'abandonneront, au moment ou le sens même du mot vivre ne signifiera plus rien pour moi... Au moment ou je cesserai de croire en quoi que ce soit... En qui que ce soit... D'ailleurs, aie-je jamais crue en qui que ce soit? De ma vie? Difficile a dire quand ma vie n'est plus que le souvenirs de ces trois dernières années...

" ...Fujino..."

Un murmure... Rien de plus qu'un murmure d'un poste de télé répétant les paroles de cet article... Rien d'autre qu'un murmure pour me faire plonger dans le noir...

Noire... Une toile noire, c'est étonnant, d'habitude les toiles vierges sont blanches... Là, elle est noire...

Un filet de rouge viens l'entachée... Rouge sang... Une toile en rouge et noire, exactement comme ma vie... De ténèbres et de sang...

Rouge, comme les yeux de cette fille devant moi, oh, non, le goût du sang est sur ma langue, je viens de tuer, je le sais, elle s'est déchaîner, elle est en colère, en colère? je n'ai jamais ressenti ça, elle ne tue que pour se nourrir d'ordinaire, jamais par colère, et cette fille qui me regarde, pourquoi me regarde t-elle si calme? si sereine? Elle n'as pas peur... Elle n'as pas peur d'elle... Non, de moi... Elle me voit, Elle me voit?

" Tu peut me voir? Je t'en prie regarde moi! Je suis là! Aide-moi! Aide-moi!"

Je suis là, aide-moi, sort moi de ce nœud de griffe et de haine, toi qui peut me voir, aide-moi... Toi qui me regarde dans les yeux, non, tu me regarde au plus profond de moi, ce ne sont pas mes yeux que tu vois... C'est mon âme, c'est... Moi!

J'avance ma main, ma main, pas la sienne, pas celle faite de griffe et de sang, mais celle faite de chair et de chaleur... Sa joue, sa joue est chaude, elle est mouillée, de larmes, mais ce ne sont pas des larmes de tristesse, elle pleure et sourit, elle pleure et sourit en même temps, et j'ai chaud, j'ai chaud dans ma poitrine...

" Shizuru..."

Je pleure... Je crois que je pleure, je sens de l'eau couler sur mes joues, c'est pleurer ça non? Je me sens adoucie, calme malgré les hoquet qui agit ma poitrine... Je me sens chaude aussi, une chaleur qui enveloppe mon corps... Je me sens... Bien...

...

L'eau chaude coule sur ma peau, trois nuits, encore trois nuits a tenir, et tout ceci cessera jusqu'à la prochaine pleine lune...

" Shizuru, Fujino Shizuru..." Ce nom ne cesse de tourner et de caresser ma langue, qui est elle? Elle qui m'a vu, elle qui a fait vibrer mon coeur, elle qui a mouillé mes yeux... Je ne sais pas, je ne sais même pas si ce souvenir m'appartient vraiment... Je suis disloquée, éparpillée, usée, déchirée comme les chairs qui passe entre ses griffes, entre mes doigts, entre ses crocs, entre mes dents...

...

Je n'ai plus de viande, j'ai faim, je dois aller en acheter... Je dois manger, et je n'ai envie que de viande... J'enfile mon imper noir, il faudrait que je pense a changer de vêtements de temps en temps... On verra plus tard, pour l'instant, j'ai faim... Mes pas font grincer la neige, j'aime ce bruit, tiens, il y a donc encore des choses que je parvient a aimer? J'ai faim... Mon estomac me tire, ou est-ce le sien? Est-ce encore un besoin qui m'est propre? Ou est-ce encore quelque chose qu'elle m'as pris? Qu'elle m'as pris ou qu'elle m'impose? Peu importe le sens dans lequel je prend cette réflexion, la conclusion reste la même: j'ai faim...

Le boucher est éberlué, comme à chaque fois... J'ai bien six kilos, ce sera assez pour ce soir, je m'assoie a la table d'un bistrot, prés d'un kiosque a journaux, je lis l'article en une:

" L'affaire de Kyoto resurgit. Depuis quelques jours, deux mystères intriguent et laisse perplexes les enquêteurs et la population : celui de l'étrange et sanglant crime du docteur Fujino à Kyoto il y a quelques mois, et l'étrange vague de meurtres monstrueux survenue dans notre ville. Comme de nombreux récits sur internet et dans les journaux télévisés ou non l'expliquent depuis seize semaines, l'on soupçonne depuis longtemps la mort de Fujino d'être le fruit d'une expérience qui lui aurait échapper et qui aurait pour commanditaire nul autre que la police scientifique de notre gouvernement... Cette dernière bien évidement réfute ces accusations "scandaleuses", selon leur termes... Le mystère étant bien là, seul un témoin pourrait l'éclaircir, mais le dit témoin qui n'est autre que la fille de Fujino, seule survivante de ce massacre, à disparue dans la nature peu après son sauvetage par la police militaire..."

" Fujino... Shizuru..."

" Je vous sert quoi mademoiselle?"

Un café.