Je m'agite, me retourne dans ce qui reste de mon lit, je l'ai littéralement explosé... Bon sang! Ça viens de plus en plus tôt, il n'est que 20 heures, et je ressens déjà le tiraillement de ma peau, le choc de mes os qui semble se briser, ma pression sanguine qui augmente dans ma boîte crânienne, je déteste ce passage, au fil du temps, ce n'est même plus douloureux, mais j'assiste à sa prise de contrôle qui me déchire les entrailles, qui fait couler sur mes joues des larmes, des larmes de terreur face à mon impuissance, parce que je suis là, toujours là, c'est mon corps, et je vois tout, c'est elle qui le déchire, le découpe, le brise... C'est mon corps, mais mes dents sont ses crocs, mes ongles sont ses griffes, ma voix est son cri... C'est moi sans être moi, nous sommes deux mais je suis seule, je ne la voie pas, je ne peut que sentir, je ne peut qu'imaginer à quoi elle ressemble, à quoi je ressemble, elle ne m'écoute pas, je lui dit d'arrêter, mais elle ne m'écoute pas, je voudrais hurler, je hurle, mais c'est son cri qui sort de ma gorge et transperce mes propres tympans... Je voudrais pleurer, mais on ne peut pleurer a travers les yeux d'un monstre... Je voudrais mourir, elle a le pouvoir de me le refuser, mon propre corps m'est devenu inconnu, un amas de chair qui ne répond plus qu'a de bas instincts, un chair que je ne peut entamée... Alors j'assiste, impuissante, à mon agonie.

La sensation est désagréable en tout point, l'impression de balancer dans le vide, entre deux eaux, comme quand vous regarder trop longtemps le ciel et que vous avez l'impression de tomber.

Elle court, mes jambes me font mal, sa force est inhumaine, mais ce sont mes muscles qui s'étirent sous ses efforts... Et je vois tout, je vois lorsqu'elle aperçoit une proie, je sais pertinemment qu'elles sont déjà mortes, pas le temps pour elles de comprendre, pas le temps pour moi de fermer les yeux qu'ils sont saisis par l'horreur du sang et des chairs qui volent entre mes doigts, je sens le liquide poisseux sur ma peau, sur son pelage, la sensation des os qui se brise entre mes dents est horrible, celle des tendons qu'elle arrache au moment ou elle décortique un cadavre encore agité de soubresauts et ignoble... Le goût de la chair humaine m'est désormais familier... Il s'est imprégné dans mon esprit jusqu'à ce que ce dernier s'y habitue... Tant que je n'ai plus aucun mal à la digéré...

Elle s'acharne, mâche, mange, dépouille, dépiaute, j'ai remarqué qu'elle n'aime que les morceaux de chair tendre, elle laisse les tripes et les organes de coté, elle évite les parties nerveuses...

Et j'ai envie de vomir... Tout ce qui entre dans ma bouche, j'aimerais le régurgiter aussitôt, mais elle l'avale, l'apprécie même, et moi, je veux vomir...

Je cri, elle hurle, je veut appeler à l'aide, mais c'est un son à glacer le sang qui sort de ma bouche... De sa gueule...

J'appelle à l'aide, elle hurle à la lune...

...

Je titube, vomissant à pratiquement chaque coin de rue...

J'ai froid...

Pas étonnant puisque je suis nue...

La neige me brûle la plante des pieds... J'ai l'impression de laisser un peu de ma chair au sol à chaque pas...

Mon corps...

Ce qui reste de mon corps me fait atrocement souffrir...

Je peut sentir chacun de mes os se briser comme du cristal, mes organes s'entrechoquer, mon estomac se dissoudre, ma tête me lance a chaque mouvement... J'ai l'impression qu'on m'a arracher les ongles, qu'on m'a étirer la peau pour en faire des lambeaux, que ma chair et à vif, en proie à ce froid que je dit tant aimer... Mais là, il me fait mal...

J'ai mal...

...

" Bordel... Bordel... BORDEL!"

Foutue clé! Je déteste ça! Tu va t'ouvrir porte de merde?

Je balance mon poing dans la porte, pour le retirer, ensanglanté et la peau incruster d'écharde, génial... Les portes de cet hôtel ne sont pas bien solide, au moins le trou que je viens de faire me va permettre de l'ouvrir de l'intérieur...

Il fait chaud dans cette chambre, ce n'est pas normal... Je n'allume jamais le chauffage... Et la, il fait chaud...

Je ne m'interroge pas davantage et m'écroule sur le lit, tombant dans un sommeil tourmenté presque aussitôt...

Je m'interroge cepandant brievemment sur le contenu du journal de demain et la façon dont on pourra bien relaté mes exploit, le style du journaliste sera peut être davantage à la hauteur...

Je me demande ce que le serveur va dire pour la porte en amenant mon café...