Bonjour à tous ! Bienvenue dans cette douzième édition des Grands Vagabonds. Vous êtes de plus en plus nombreux à la lire et c'est très bien. Comme d'habitude, un grand merci à ceux qui m'ont envoyé des reviews. Bon, je n'ai rein d'autre à vous dire, à part bonne lecture !
Chapitre 12
Lorsque les premiers rayons de soleil vinrent éclairer la salle commune, le lendemain matin, Harry était toujours en train de dormir à l'endroit où les maraudeurs l'avaient laissé la veille. Il n'avait pas bougé d'un pouce, et ne réagit pas lorsque les premiers élèves commencèrent à sortir des dortoirs. Personne ne songea à le réveiller ; la plupart des élèves trouvaient cette situation très amusante et le pointaient du doigt en ricanant.
Ce fut le son des gloussements de ses camarades qui finit par arracher son cerveau des limbes merveilleuses où il s'était égaré.
-Oooooh, dit une fille, il se réveille enfin !
-Dommage, dit une autre, il est si mignon quand il dort.
-Salut la belle, dit un élève.
-Was ?.. Quid… Quomodo ? balbutia Harry.
Il cligna plusieurs fois des yeux pour essayer d'y voir plus clair. Il s'aperçut alors que son livre était toujours ouvert à la page de l'homme qui crachait du sang par les oreilles, et décida que ces images étaient inappropriées pour un public aussi jeune… et aussi inquisiteur. Il referma donc son livre et, cette fois mieux réveillé, il accorda à ses camarades son plus beau sourire « Lockhart ».
-Heu… Bonjour à tous, dit-il avec entrain. Eh bien… Je crois que la métamorphose à minuit, ça ne me réussit pas !
-Qu'est-ce qui t'a pris, aussi, de travailler à cette heure ? demanda une fille de sa classe. On n'a pas métamorphose, aujourd'hui.
-Ah tiens, c'est vrai ? J'avais oublié.
Les élèves le regardèrent comme si des antennes venaient de lui pousser sur le crâne.
-Ben quoi ? fit Harry un peu agacé. Ce sont des choses qui arrivent.
-Heu… sans doute, répondit un élève, peu convaincu.
-Bien, je vais aller me rafraîchir avant de déjeuner. A plus tard.
Quelques minutes plus tard, il rejoignit la salle commune, aussi frais et dispos qui s'il avait dormi vingt-quatre heures dans le meilleur lit du chaudron baveur. Il se dirigea en sifflotant un petit air et s'assit distraitement au milieu d'un groupe de troisième années, tout étonnés de cette intrusion inattendue. Mais Harry ne s'aperçut pas de l'effet qu'il produisait, et se servit joyeusement une bonne platée d'œufs brouillés.
Tout allait donc pour le mieux, jusqu'à ce qu'un importun vienne troubler son petit-déjeuner. En effet, le professeur Lisbon s'avançait vers sa place. Il avait paré son visage de son expression la plus inquiétante –du moins le croyait-il-, ce qui signifiait sans nul doute possible qu'il avait fait une prédiction apocalyptique.
-Bonjour, professeur, lança joyeusement Harry. Mauvaise journée, n'est-ce pas ?
-Atroce, William, atroce, répondit Lisbon avec un soupir impressionnant. Et dire que c'est à moi de venir vous prévenir …
-Ah ah, fit Harry, le mauvais présage est donc pour moi ?
-Pour nous deux, pour nous deux, Griffith, et pour tous les grands voyants. Mais… Je présume que vous savez quel jour nous sommes ?
-Heu… Le quinze novembre, non ?
-Exact… Et le quinze novembre, comme vous le savez sûrement, est l'anniversaire de la mort d'Opacus Hermeticus, l'un des plus grands voyants de l'histoire. Ce jour est maudit ; tous les voyants sont touchés par des catastrophes, à moins qu'ils ne connaissent exactement les maux qui les menacent.
-Diable ! fit Harry, le front plissé.
-A titre personnel, je suis fixé, dit Lisbon avec un geste rassurant. J'avais de fortes chances d'attraper une grippe aviaire particulièrement virulente.
-Mais c'est terrible, ça ! s'exclama Harry.
-N'est-ce pas ? Enfin, j'ai pris toutes les précautions nécessaires, et je vous jure qu'aucun oiseau ne parviendra jusqu'à ma tour aujourd'hui. Mais le danger qui vous menace, vous, est d'une toute autre nature, et bien plus inquiétant.
-Ah ah, fit Harry. De quoi s'agit-il ?
-Justement, je n'en sais rien. J'ai bien essayé de voir, mais à chaque fois que je consultais ma boule de cristal à ce sujet, je ne pouvais rien distinguer d'autre qu'un ombre menaçante, ce qui n'a rien de rassurant. L'ennemi que l'on ne connaît pas est le plus dangereux.
-C'est vrai, dit Harry.
-Je voulais vous prévenir, afin que vous essayiez à votre tour de consulter les forces transcendantes. Je sais bien que c'est difficile, mais avec votre talent, je ne doute pas que vous y parveniez.
-Vous avez raison, répondit Harry. Je m'y mets dés que j'ai fini de manger.
-Je savais que vous feriez preuve de sagesse, dit Lisbon en jetant un regard ému sur son élève favori. Mais je vous en prie, soyez prudent !
-Je n'y manquerai pas, assura Harry. Quant à vous… Gare aux poulets !
Lisbon approuva d'un signe de tête et rejoignit la table des professeurs la tête basse.
-C'est dingue, dit Isabelle Jones, qui s'était assise à côté de Harry. Comment tu fais pour supporter cette espèce de charlatan ivrogne et boursouflé ?ça me dépasse.
-T'es dure, répliqua Harry avec un sourire. Le professeur Lisbon est un homme plein de convictions et de bienveillance.
-Tu peux aussi ajouter « plein d'imagination ». Une grippe aviaire, et puis quoi encore ?
-Tu ne l'aimes pas beaucoup, on dirait.
-Quand j'étais en troisième année, il m'a annoncé que mon petit-frère allait mourir très prochainement. A cette époque, Jonathan n'allait pas encore à Poudlard, et en théorie, Lisbon n'avait aucun moyen de connaître son existence. Je l'ai cru, et j'ai eu très peur. J'ai pleuré tous les jours pendant une semaine.
Harry éclata de rire.
-C'est pas drôle, protesta Isabelle en lui jetant un regard furieux.
-D'accord, d'accord, dit Harry en s'efforçant de reprendre son sérieux.
-Mais, et toi, tu n'as pas un peu peur ? demanda une fille de deuxième année. Tu sais, le quinze novembre, c'est pas lui qui l'a inventé. Si ça se trouve, y a vraiment une malédiction.
-Bah, malédiction ou pas, je suis tranquille, dit Harry avec flegme. Je n'ai jamais fait la moindre prédiction, donc ça ne me concerne pas.
Tout le monde éclata de rire. Puis Harry se leva, prit congé et prit la direction de la tour des Gryffondor, Rodrigue sur les talons.
Mais alors qu'il passait devant la table des Serdaigle, un phénomène pour le moins étrange vint discréditer quelque peu ses propos optimistes. En effet, un lustre de taille non négligeable, tout d'or et de cristal, se détacha sans raison apparente du plafond et vint s'écraser sur son crâne. Harry fut assommé, il en serait mort si le lustre n'avait pas été fixé à une hauteur relativement basse. Pendant quelques instants, il resta inerte sur le sol.
-Oh, mon dieu, s'exclama McGonagall en accourant, ainsi que quelques élèves.
Elle s'agenouilla à côté de Harry et lui tapota la joue pour le ranimer.
-Griffith, vous allez bien ? demanda-t-elle d'une voix anxieuse.
Reprenant ses esprits, Harry repoussa violemment le lustre et se redressa, furieux.
-Quel est le fils de macaque qui a osé me faire ça ? rugit-il.
-Enfin, Griffith, c'était un simple accident.
Harry se releva en grommelant. Une fois de plus, il s'était ridiculisé en public… Rodrigue lui jeta un regard narquois, les Serpentards riaient ouvertement et beaucoup d'autres élèves semblaient également s'amuser. En regardant à la table des Poufsouffle, il s'aperçut que les élèves qui avaient entendu sa conversation avec Lisbon chuchotaient en échangeant des regards entendus. Lisbon, quant à lui, se tenait un peu en retrait et le regardait d'un air qui disait clairement « je vous l'avais bien dit ». Harry poussa un soupir mélancolique. Décidemment, ce début de journée était peu prometteur…
HPHPHPHHPHPHHP
-Willy ! Hé, attends !
Harry se retourna, pour apercevoir Lily et les maraudeurs qui essayaient de le rattraper, alors qu'il se rendait d'un pas furieux en cours d'histoire de la magie.
-Ça va, tu n'as rien ?demanda Lily d'une voix un peu anxieuse.
-Non, ça va. Enfin, d'ici une heure, j'aurai sans doute un Everest miniature sur le front, mais bon, rien de grave.
-Hé, hé, fit Sirius en lui donnant une bourrade dans le dos, on peut dire que tu es résistant.
-Aïe ! cria Harry. Fais gaffe, j'ai des courbatures atroces à cause de cette nuit.
Sirius poussa un soupir.
-Ça, c'est entièrement de ta faute, dit-il. Qu'est-ce qui t'as pris de travailler à une heure pareille ? T'es bon pour l'asile.
Harry marmonna quelque chose comme « un truc à vérifier ». Sirius, qui ne voulait pas aborder la question du livre de magie noire, préféra changer de sujet.
-Alors, il parait que tu vas mourir aujourd'hui ? demanda-t-il d'un air joyeux.
-On dirait que ça te fait plaisir, grommela Harry.
-Normal, si tu meurs, je deviens ton légataire universel, pas vrai ?
-Ha ha, ricana Harry d'un air mauvais, et puis quoi encore ? Je crois que je préfère encore léguer ma fortune à Rusard.
-Alors là, je ne te connais plus, fit Sirius, faussement vexé.
-A moins, poursuivit Harry, que tu n'acceptes de t'occuper de Rodrigue jusqu'à la fin de tes jours.
Sirius jeta un regard méfiant au serpent-chat qui se pavanait aux côtés de son maître.
-Heu… ça mérite réflexion, dit-il finalement.
Peter, un peu en retrait, approuva vigoureusement du chef.
-Au fait, dit Lily, tu ne m'as pas dit si…
-Griffith ! appela soudain une voix inconnue.
Les six élèves se retournèrent ; à leur grande surprise, la personne qui avait interpellé Harry de la sorte était un fantôme à la silhouette élancée, aux cheveux longs et bouclés, portant une grande moustache et vêtu comme un aventurier du quinzième siècle. Le spectre, dont la figure altière disait vaguement quelque chose à Harry, l'aborda d'un air engageant.
-Ma parole, c'est bien toi ! s'exclama-t-il, avec une certaine incrédulité. Ça alors ! Je n'aurais jamais cru te revoir de mon vivant !
-Vous êtes mort, murmurèrent James et Sirius.
-Heu… On se connaît ? demanda Harry, décontenancé.
-Comment, si on se connaît ! 1523, Amsterdam, la traversée de l'Atlantique… Tu n'as tout de même pas oublié ?
« Aïe, aïe, aïe », songea Harry, mortifié. « C'est pas vrai, fallait vraiment que je tombe sur quelqu'un que j'ai connu il y a cinq siècles… Mais pourquoi j'ai pas changé d'apparence ? ».
Les maraudeurs et Lily regardaient tour Harry et le spectre d'un air ahuri.
-Hem, dit Harry, je suis désolé, vous devez me confondre avec quelqu'un d'autre…
-Tu t'appelles bien William Griffith ? demanda le spectre en fronçant les sourcils, outré de cette insulte à sa mémoire.
-Oui, mais…
-Enfin, quoi, Esteban Almadeia ! J'étais le second du capitaine Malmoor ! On a navigué trois ans ensemble.
C'était la plus stricte vérité. Almadeia et lui avaient participé à l'expédition d'un capitaine cracmol, qui l'avait engagé pour ses talents de sorcier. Harry et Almadeia avaient passé de longues heures à chercher de nouveaux sortilèges pour contrôler le temps, avec plus ou moins de bonheur. Le sorcier espagnol avait été un bon camarade qui excellait particulièrement pour produire les meilleurs alcools de sa baguette. Mais bien sûr, Harry ne pouvait le reconnaître, surtout devant ses amis…
-Ecoutez, monsieur, ce n'est pas possible, dit-il, un peu agacé. Vous voyez bien que je suis vivant.
-Je ne sais pas comment c'est possible, répliqua l'Espagnol sur le même ton, mais tu ne me feras pas croire que tu n'es pas William Griffith. Je reconnais jusqu'à la cicatrice sur ton front.
Harry décida que le mieux à faire était d'interrompre au plus vite cet entretien.
-Croyez donc ce que vous voulez, dit-il en haussant les épaules. Quand vous serez en mesure de m'expliquer comment je m'y suis pris pour survivre pendant quatre cent cinquante-sept ans, revenez me voir.
Et il poursuivit sa route avec une contrariété manifeste. Les cinq autres lui emboîtèrent le pas.
-Heu… Il est bizarre, non ? tenta Remus.
-Carrément frappé, tu veux dire, grinça Harry.
-Qui sait… Il a peut-être rencontré un ancêtre à toi, suggéra Sirius.
-Mais non, rétorqua Lily, la branche paternelle de William est moldue, tu te souviens ?
« Et zut », pensa Harry, « une bonne histoire de perdue ».
-Bah, dit-il à voix haute, il a du tout inventer. Tout le monde me connaît, dans ce château, même les portraits, alors…
Il laissa sa phrase en suspend. Bientôt, ils arrivèrent devant la salle d'Histoire de la magie. Harry, James et Sirius, selon leur habitude, engagèrent une course effrénée pour occuper les meilleures places –c'est-à-dire, les moins exposées à la vue du professeur. Cette fois, la place la plus prisée (celle du dernier rang à droite) revint à James, celle du milieu à Sirius. Harry, quant à lui, occupa le dernier rang à gauche. Quelques instants plus tard, Binns entra et commença sans préambule à exercer son extraordinaire pouvoir soporifique sur ses élèves. Sirius bailla, Harry posa sa tête sur la table ; la sieste pouvait commencer.
-Le congrès de La Haye de 1543 réunissant les gobelins d'Ukraine ralliés au front radical de Racniarkniark dit le rapace met fin au conflit sur la gestion des propriétés de Caucasie orientale qui en 1532…
Harry, dans un élan de courage, essaya de prendre des notes.
« Le… congrès… de… la… haie… de… », écrivit-il avec application, déterminé à sortir de ce cours un peu plus intelligent. « De quand déjà ? Bon, je laisse un blanc. Donc, réunissant Eurkniarkniark… Non, Arkniarkniark… quoique… Bref, avec l'Ukraine… au sujet de….Oh et puis zut, je laisse tomber. Qui peut s'intéresser à des gobelins ukrainiens ? ». S'avouant vaincu, il posa sa plume, posa de nouveau sa tête sur la table et entreprit de rattraper ses heures de sommeil de retard. Bientôt, la classe se divisa en quatre groupes ; le premier, constitué en tout et pour tout de trois élèves (Lily, Remus et un Serdaigle névrotique), écoutait religieusement et s'efforçait de prendre des notes justes et intelligibles ; le second, dont faisaient partie James et Sirius, bavardait sans retenue, sûr de l'impunité ; le troisième, qui constituait le gros des effectifs, somnolait avec mollesse ; le quatrième enfin, dont Harry était l'unique membre, dormait franchement du sommeil des justes. Une demi-heure se passa ainsi quand soudain…
-M'ENFIN !
A ce cri, les élèves sursautèrent comme un seul homme. Pendant un instant, ils se regardèrent entre eux, abasourdis et cherchant des yeux l'origine de cette perturbation. Quand enfin ils réalisèrent que Binns en était la cause, l'étonnement se changea en authentique stupéfaction ; jamais on n'avait vu le professeur s'énerver, hausser le ton ou s'intéresser à sa classe d'aucune façon.
Seul un élève était resté impassible ; au fond de la classe, Harry n'avait pas sourcillé et continuait à dormir profondément.
-Vous n'êtes qu'une bande de moutons stupides et fainéants ! poursuivit Binns sur un ton outragé. Balayeurs dans un magasin moldu, voilà ce que vous deviendrez, je vous le dis ! Vous ne savez rien faire, à part gaspiller l'argent de vos parents et abîmer l'école. Vous vous croyez tous très intelligents, mais, haha ! Vous vous complaisez dans une autosatisfaction puérile.
-Mais d'où lui vient cet élan de lucidité ? souffla Sirius à James, émerveillé.
-Y en a-t-il un seul parmi vous qui ait un niveau de culture convenable ? continua Binns sur le même ton.
Lily se redressa, le névrotique leva la main avec frénésie, mais Binns les ignora et porta son regard vers le fond droit de la classe.
-Vous, là-bas, le cancre en train de dormir ! s'écria-t-il en pointant Harry de son doigt translucide.
Il n'obtint aucune réaction. Harry était vraiment très, très, très fatigué.
-Monsieur…
-Griffith, professeur, dit Peter.
-Monsieur Griffith, je vous somme de répondre.
Volant au secours de son camarade, Sirius lui planta sa baguette dans la hanche. Harry se réveilla en sursaut.
-Quid ? Quid ? balbutia-t-il, les sens en alerte.
Des rires fusèrent dans toute la classe.
-Au tableau ! dit Binns sur un ton autoritaire.
-Au ta… Mais pourquoi ? demanda Harry, stupéfait.
Harry ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. Il était en train de dormir, et tout à coup, Binns s'intéressait à lui ! Comment pouvait-on avoir tant de malchance ? Plus malheureux que jamais, il se traîna jusqu'au tableau où il attendit en se tordant les poignets que le professeur, devenu soudain terrifiant, lui donne une autre consigne.
-Bien, commença Binns avec un air de satisfaction mauvaise. Parlez-moi un peu du congrès de Cologne de 1786.
« Aïe, aïe, aïe… Sainte Hermione, patronne des érudits, venez à mon secours… ».
-Hem, dit-il en se raclant la gorge. Le congrès de… Voyons…
Binns le regarda avec un air hautain.
-Heu… 1786… Attendez…
-Nous attendons, monsieur Griffith.
-Oui, oui, ça va me revenir… En fait, non, lâcha-t-il finalement.
-Lamentable, commenta Binns, sans prêter attention aux ricanements des élèves. Essayons encore : que s'est-il passé le seize mars 1827 ?
Harry se creusa la cervelle avec désespoir. Où était-il en 1827 ? Ah oui, en Pologne… Il s'était battu en duel avec un sorcier russe plutôt coriace, qui avait la fâcheuse manie de dépecer ses ennemis vaincus pièce par pièce. Mais ce n'était probablement pas la bonne réponse…
-Une révolte de gobelins ? essaya Harry à tout hasard.
-Perdu ! s'exclama Binns avec une joie féroce. Allons, une dernière chance. Si vous n'arrivez pas répondre à celle-là, vous aurez droit à une mention spéciale dans votre dossier scolaire… Quelque chose comme « cancre pathologique » ou « abîme de crétinerie et d'inculture ».
Harry lui jeta un regard furieux, tandis que quelques élèves ricanaient avec une certaine méchanceté.
-Alors, la question à cinq cent points, poursuivit Binns en croisant les bras sur son bureau. Quel sorcier bien connu a terrassé le mage noir Grindelwald ?
Grindelwald… Ce nom lui disait bien quelque chose, mais quoi ? Tout cela était trop confus. Un sorcier bien connu… Oui, mais il y en avait plein… Harry regarda autour de lui, et comprit, à l'expression d'incrédulité qu'il lisait sur le visage de ses camarades, que son hésitation paraîtrait suspecte. Tant pis, il fallait risquer le tout pour le tout…
-Merlin ? proposa-t-il.
Pendant un instant, on entendit une mouche voler. Puis il se passa un phénomène qu'aucun sorcier n'aurait cru possible, qu'aucun élève n'aurait imaginé dans ses rêves les plus fous : Binns se mit à rire. Pas à ricaner, non, un vrai rire à gorge déployée, bientôt imité par les élèves. James et Sirius s'étaient écroulés sur leur table, Remus avait caché son visage entre ses mains, Lily pleurait de rire ; des Serdaigles et des Poufsouffles, d'égale hilarité, se donnaient des bourrades dans le dos et s'appuyaient les uns sur les autres ; du côté des Serpentards, Bellatrix frappait furieusement du poing sur sa table, Crabbe et Goyle, qui pourtant n'avaient pas bien compris la cause de cette hilarité générale, poussaient des cris passablement inquiétants et Rogue, habituellement si pâle, était devenu si rouge qu'il donnait l'impression de s'être exposé sans protection pendant des heures sous un soleil africain. « Touchante unanimité », songea Harry, qui se sentait passablement vexé, non seulement parce qu'il était l'objet de la risée générale, mais aussi parce qu'il avait la désagréable impression qu'il était le seul à ne pas saisir le comique de sa réponse.
-Ahah, dit Binns au bout de quelques minutes. Ah… Ahahah, merci, Griffith, il y a longtemps que je n'avais pas autant ri.
-Pas de quoi, répondit Harry d'un air sombre.
-Je vais transmettre cette réponse à Dumbledore, poursuivit-il, toujours hilare. Je suis sûr qu'il sera intéressé de savoir que vous attribuez ses exploits à un homme mort il y a près de mille sept cent ans.
Harry ferma les yeux, édifié par sa propre crétinerie. Bien sûr, c'était le vieux Bubus ! Comment avait-il pu l'oublier ?
-Vous pouvez retourner à votre place, dit le professeur Binns, la mine réjouie. Cinq points pour Gryffondor… pour m'avoir fait rire.
Harry obéit mécaniquement. Au passage, il prit bien soin de marcher sur le pied de Sirius, qui souriait de toutes ses dents. Puis il se laissa tomer sur sa chaise et se rendormit aussitôt, à la grande stupéfaction de ses camarades qui ne cessaient de lui jeter des regards furtifs. Harry était vraiment très, très fatigué…
Quand le cours fut terminé, ses amis s'empressèrent de le féliciter.
-Bravo, dit James avec un large sourire. Tu viens de réaliser l'exploit du siècle : faire sortir Binns de sa monotonie. Ce haut fait restera longtemps dans les annales de Poudlard.
-« Cancre pathologique », chantonna Sirius. C'est un titre que j'aimerais bien avoir…
-« Abîme de crétinerie et d'inculture », c'est quand même mieux , renchérit Peter avec un sourire vicieux.
-Les programmes américains sont très différents des programmes anglais, grinça Harry en les fusillant du regard.
-Bien sûr, bien sûr, répondit Sirius avec un sourire narquois qui rappelait singulièrement Rodrigue à Harry.
Heureusement pour lui, Remus et Lily semblaient plus compatissants.
-C'est vraiment pas de chance, dit Remus avec un sourire navré.
-Oui, approuva Lily. J'aurais bien voulu qu'il m'interroge, je savais toutes les réponses. Mais quand même, ajouta-t-elle avec une sévérité maternelle, tu devrais faire un peu plus d'efforts en histoire, ça ne te tuerait pas.
-Je fais des efforts protesta Harry. Mais je ne sais pas ce qui se passe avec l'histoire, ça ne rentre pas.
-Ce n'est pourtant pas si difficile, rétorqua Lily.
« Parle pour toi », songea Harry, « c'est pas toi qui a presque un millénaire de souvenirs à digérer. »
A son grand soulagement, le cours de sortilèges se passa sans anicroches. En revanche, alors qu'il s'apprêtait à entrer en cours de défense contre les forces du mal, après le déjeuner, il fut soumis à une nouvelle épreuve. Il avait déjà un pied dans la salle, quand le professeur McGonagall l'interpella.
-Griffith !
-Oui, professeur ? dit-il en se retournant, intrigué.
-Le professeur Dumbledore vous réclame dans son bureau. Tout de suite.
-Hein ? Mais… J'ai cours de…
-Aucune importance, venez.
Un peu inquiet, il fit un signe à ses amis de Gryffondor et de Poufsouffle, étonnés de cette convocation inattendue. Tous avaient remarqué que le ton deMcGonagall n'avait pas été des plus rassurants. Harry suivit son professeur jusqu'au bureau qu'il connaissait si bien. Puis ils entrèrent ; le directeur les attendait, assis à son bureau avec un air serein, mais Harry remarqua aussitôt qu'il n'était pas seul. Deux hommes, qui lui étaient complètement inconnus, attendaient dans le fond de la pièce. L'un des deux, petit, chauve, l'œil morne et vêtu de noir, était assis sur un fauteuil élégant à gauche de Dumbledore, en retrait ; l'autre, grand, gros, l'air revêche, qui évoquait un peu l'oncle Vernon, se tenait debout contre la fenêtre, les bras croisés, le regard sévère. Harry remarqua que tous deux portaient un blason indiquant qu'ils appartenaient au ministère de la magie, ce qui lui sembla de mauvais augure. Il salua néanmoins avec toute la politesse dont il était capable.
-Vous m'avez fait demander, professeur ? demanda-t-il à Dumbledore, avec une certaine timidité.
-En effet, Griffith, répondit Dumbledore d'un ton sérieux qui ne lui était pas coutumier. Asseyez-vous, s'il vous plait. Voici monsieur Cadwadilly, dit-il en montrant l'homme assis, et monsieur Callaghan, ajouta-t-il en désignant l'homme debout. Ces messieurs représentent le Service des échanges transnationaux sorciers –l'immigration sorcière, si vous préférez.
Harry hocha la tête.
-Ah… j'ignorais l'existence d'un tel service, dit-il d'un ton songeur et en même temps un peu anxieux, car il commençait à deviner la raison de cette convocation.
-Ah, vous l'ignoriez ? demanda l'homme debout près de la fenêtre en décroisant les bras et en s'avançant de quelques pas. Voila qui explique bien des choses.
-C'est-à-dire, ajouta Harry en toute bonne foi, que je n'avais pas même envisagé la possibilité de son existence.
Callaghan se racla la gorge avec importance.
-Ainsi, dit-il, vous ignoriez que les déplacements transnationaux des sorciers étaient étroitement surveillés ?
-Mais, oui, tout à fait.
-Et que tout sorcier désirant s'installer dans un autre pays devait le signaler aux autorités de son pays d'origine, et déposer une demande auprès des autorités de son pays d'accueil –en l'occurrence, nous ?
-Absolument, affirma Harry.
-En ce cas, apprenez que vous avez violé l'article 122 du code sorcier anglais sur la circulation des biens et des personnes.
-Ah, c'est vraiment malheureux ! s'écria Harry en se frappant le front d'un geste théâtral. Que puis-je faire pour rattraper cette inconséquence ?
Les deux sorciers se rembrunirent. Au bout d'un instant, Cadwadilly, qui n'avait pas encore dit un mot, prit la parole, sans même le regarder. Harry avait la très nette impression que les deux représentants du ministère ne l'aimaient pas.
-Normalement, dit Cadwadilly d'une voix lente et visiblement contrariée, la loi prévoit que le coupable d'une telle infraction soit expulsé et renvoyé dans son pays d'origine dans un délai d'une semaine.
-Une semaine ! s'écria Harry, mais Dumbledore lui fit signe de se taire.
-Mais, poursuivit Cadwadilly en jetant un regard mauvais au directeur, étant donné que vous êtes, d'après ce qu'on dit, orphelin, et que par ailleurs, toujours d'après ce qu'on dit, vos résultats scolaires sont satisfaisants, le ministère de la magie a décidé d'accéder à la demande de Dumbledore et de vous accorder un délai d'un mois pour régulariser votre situation.
-Ah, très bien, s'exclama Harry, soulagé.
-Cela implique, poursuivit le sorcier, que vous fournissiez au ministère les pièces suivantes : certificat de naissance, certificat de scolarité pour vos études aux Etats-Unis, BUSE ou diplôme équivalent, et, bien entendu, le formulaire de demande de titre de séjour, rempli et signé, que voici, ajouta-t-il en lui tendant un parchemin.
-Soyez tranquille, ce sera fait, assura Harry avec énergie.
Cependant, il n'était guère rassuré ; falsifier des papiers aussi importants n'avait rien d'une partie de plaisir, c'était à la fois difficile et dangereux. Le ministère avait pris de grandes précautions contre ce genre de fraudes, et il ne se sentait pas du tout l'âme d'un faussaire.
-Bien, dit Cadwadilly en se levant, l'affaire est réglée. Monsieur Griffith, rendez-vous dans un mois. Au revoir, professeur Dumbledore.
-Au revoir, répondit poliment Dumbledore.
Sur ce, les deux hommes saluèrent froidement et sortirent du bureau, pour la plus grande satisfaction de Harry.
-Bien, dit Harry au bout de quelques instants en se levant à son tour, si vous n'avez plus besoin de moi…
-Restez, s'il vous plait, répondit Dumbledore en replaçant ses lunettes, j'ai encore un mot à vous dire. Rasseyez-vous.
D'instinct, Harry sentit que la conversation qui allait suivre serait nettement plus embarrassante que la première. Dumbledore souriait avec sérénité, mais il le fixait avec un regard inquisiteur auquel Harry aurait bien voulu échapper. Mais c'était impossible, il le savait et il se rassit.
-Si j'ai bien compris, dit Harry pour rompre le silence qui s'était installé, je vous dois des remerciements.
-En effet, répondit Dumbledore sur un ton léger. Quand on l'a informé de votre existence, le chef du département de la sécurité sorcière intérieure, Howard Oleson, a réagi avec une énergie pour le moins inhabituelle. Il m'a fait convoquer sur le champ et le ministre lui-même a été avisé de cette affaire.
Harry fronça les sourcils.
-N'est-ce pas un peu excessif, comme réaction ? Je ne suis qu'un élève de second cycle, je pouvais très bien ignorer les formalités administratives. D'ailleurs, il n'y a pas mort d'homme.
-En effet, c'était vraiment excessif, répondit Dumbledore en souriant. Mais peut-être comprendras-tu mieux si je te dis que la personne à l'origine de cette affaire s'appelle Abraxas Malfoy.
-Ha ! s'exclama Harry, qui venait de tout comprendre.
-Eh oui, certaines personnes s'intéressent de très près à la vie intérieure du château. Après tout, les élèves d'aujourd'hui sont les sorciers de demain, n'est-ce pas ?
-Et donc, poursuivit Harry, Abraxas Malfoy a demandé mon expulsion ?
-Une enquête d'abord, puis ton expulsion, confirma Dumbledore. Ce qui lui aurait été accordé sans peine, sans mon intervention, vu que Oleson est l'un de ses très bons amis du ministère.
-Ah, répondit Harry avec une grimace. Le seul mot « enquête » le tourmentait plus que tout ce qui avait été dit auparavant.
-Et, continua Dumbledore en le fixant avec intensité, l'enquête a été ouverte aujourd'hui même. Ce qui, je présume, risque de vous poser de sérieux problèmes.
Harry tressaillit.
-Des problèmes ? répéta-t-il avec un sourire tendu. Je ne suis pas certain de vous suivre.
-Allons, soyons sérieux, dit Dumbledore en prenant un air de conspirateur. Vous êtes autant William Griffith que je m'appelle Marilyn. Je me trompe ?
-M… mais…, bégaya Harry, effaré.
-Et, bien sûr, vous n'avez jamais été élève à Jerusalem's Lot. Votre nom est faux, votre histoire est fausse, même votre apparence est fausse.
-Mon apparence ! s'exclama Harry, cette fois tout à fait ébranlé.
Dumbledore lui répondit par un regard éloquent ; Harry comprit qu'il était inutile et peu raisonnable de continuer sa comédie.
-D'accord, admit-il en soupirant. J'avoue, j'ai menti.
-Bien, dit Dumbledore en s'adossant contre le dossier de son fauteuil avec un air satisfait.
-Et alors, reprit Harry, vous voulez la vérité ?
Pendant un moment, Dumbledore ne répondit pas et se contenta de le dévisager en caressant sa barbe d'un air songeur.
-Non, dit-il finalement.
-Pardon ? demanda Harry, stupéfait.
-Non, répéta Dumbledore, ça ne m'interrèsse pas.
-Vous ne voulez pas savoir qui je suis ? demanda Harry avec méfiance.
-Oh, bien sûr que si, répondit Dumbledore en souriant. Mais pas de votre bouche.
-Et pourquoi ?
-Parce que je n'obtiendrais rien d'autre qu'un nouveau mensonge.
Cette fois, Harry ne sut pas quoi répondre ; il savait pertinemment que le directeur avait raison, mais il ne pouvait le reconnaître. Embarrassé, il voulut bégayer quelque chose, mmais Dumbledore l'arrêta.
-Je sais ce que vous allez dire, dit-il. Vous allez protestez, me déclarer, avec force de serments que jamais, au grand jamais, sur la tombe de votre mère, sur votre propre tête et sur votre collection de cartes de chocogrenouilles, vous ne chercheriez à me tromper. Mais à quoi cela m'avancera-t-il ? Quand on a menti une fois, on peut bien mentir une seconde fois. Et quand bien même vous me diriez la vérité, cela ne changerait rien, car je ne pourrais plus vous croire. Si vous vouliez qu'on vous fasse confiance, il fallait dire la vérité dés le début, ou ne rien dire du tout.
Harry baissa les yeux.
-Mais, poursuivit Dumbledore d'un ton plus songeur qu'irrité, vous avez choisi de vous dissimuler. Au fond, je ne vous le reproche pas ; vous avez vos raisons, peut-être même de bonnes raisons. Mais, bon gré mal gré, il faudra suivre cette voie jusqu'au bout.
-Professeur, répliqua Harry en relevant la tête, tout ce que vous dites est parfaitement vrai, mais je vous en prie, allez droit au but, je ne comprends pas du tout ce que vous attendez de moi. Que suis-je supposé faire, puisque vous ne voulez ni mon départ, ni la vérité ?
-Mais, rien du tout. Ou du moins, je vous que vous restiez, et que vous continuiez à étudier comme avant.
-Haaa, je comprends, dit Harry avec un soupir, vous voulez me surveiller.
-Vous avez deviné juste, répondit Dumbledore avec un sourire amusé.
-Vous vous défiez de moi.
-Absolument.
-Pourtant, je vous ai déclaré sous véritaserum que je n'étais pas un mangemort.
-Bah ! dit Dumbledore en haussant les épaules. Quand on sait préparer du véritasérum, on peut aussi préparer son antidote. D'ailleurs, il n'y a pas que Voldemort au monde pour faire le mal.
-Donc, murmura Harry, vous me jugez suspect.
-Je ne vous juge pas, je ne vous connais pas. Je n'ai pas la moindre idée de votre identité véritable, et croyez-moi, ce n'est pas ordinaire. D'habitude, une fois le traître repéré, en une semaine je sais à qui j'ai affaire. Pourtant, voici plus de deux mois que vous êtes à Poudlard, et je ne sais toujours rien sur vous, sinon que vous êtes un menteur –ce qui n'est pas négligeable mais ne plaide pas en votre faveur.
Harry garda le silence.
-Allons, dit Dumbledore avec un geste apaisant, je suis peut-être un peu dur avec vous, mais je ne pense pas être injuste. Vous n'avez rien à craindre, si vous n'avez rien vous reprocher. Et puis, si je voulais vraiment vous faire du tort, croyez vous que je vous parlerais comme je le fais en ce moment ?
-C'est vrai, répondit harry, un peu plus joyeux. Alors, vous me promettez de ne rien dire sur mon compte ?
-Je ferai mieux que cela, répondit Dumbledore, je vous couvrirai. Cela nous évitera d'avoir les sbires de Malfoy dans les pattes. Je m'arrangerai pou leur faire parvenir de fausses informations qui confirmeront ce que vous avez dit jusqu'à présent, je vous fournirai les faux papiers nécessaires, et tout sera dit.
-Vous feriez cela ? s'écria Harry avec effusion. Mais pourquoi ? ajouta-t-il, perplexe.
-Je préfère vous savoir dans mon territoire, sous mes yeux omnipotents, plutôt que vous baladant dans la nature, répondit Dumbledore avec un nouveau regard malicieux.
-Bon, je savais bien que vous aviez une arrière-pensée, dit Harry. Mais ça ne fait rien, je vous adore quand même.
-Oui oui, je sais, répondit Dumbledore. Je suis persuadez que ça ne vous déplairait pas d'encombrer mon bureau toute la journée, mais je suis un homme très occupé, et d'ailleurs vous avez cours.
-Pfff, c'est pas sympa de chasser vos admirateurs comme ça, bougonna Harry. Enfin, vous ordonnez, j'obéis.
Il exécuta une révérence théâtrale et s'apprêta à sortir. Mais, quand il saisit la poignée de la porte, il s'arrêta brusquement et se retourna, une expression de doute sur le visage.
-Heu… monsieur…
-Oui ? demanda Dumbledore en haussant les sourcils.
-Comment avez-vous su que mon apparence était fausse ?
Dumbledore eut un sourire énigmatique qui amplifia ses doutes.
-Est-ce que ma métamorphose a un défaut ? demanda Harry avec inquiétude.
-Oh, non, répondit Dumbledore d'un ton joyeux. Elle est parfaite… Trop, peut-être. C'est ce qui vous a perdu : il lui manquait les petits défauts que la nature a mis en chacun de nous.
Harry resta un instant songeur, puis il haussa les épaules et sortit de la pièce.
HPHPHPHPHPHPHPHPH
Une fois sorti du bureau, Harry regarda l'horloge du couloir ; il restait encore une demi-heure de cours, donc il pouvait y aller. A vrai dire, il aurait volontiers séché ce cours de défense contre les forces du mal pour rapporter à Rodrigue ce qui venait de lui arriver, mais il n'osa pas, de peur que Dumbledore ne le surprenne. Le vieux fou avait dit qu'il le surveillerait ; peut-être avait-il la faculté de voit tout ce qui se passait dans l'école, un système de vidéosurveillance ou quelque chose dans le genre… Harry imaginait volontiers le directeur dans une salle secrète remplie d'écrans, suivant les faits et gestes de ses élèves en se gavant de pop-corn. A moins qu'il n'ait une sorte de troisième œil désincarné capable de le suivre en permanence… Harry frissonna de nouveau : oui, c'était tout à fait plausible.
Quelques minutes plus tard, Harry frappait à la porte de la salle de défense contre les forces du mal.
-Entrez, grommela la voix chevrotante du professeur Cartiguayne.
Harry entra. Au premier coup d'œil, il comprit que les élèves étaient en plein travaux pratiques (ce qui était d'ailleurs souvent le cas, cette année). Les tables avaient été repoussées contre les murs, et ses camarades étaient répartis en deux lignes se faisant face, à environ cinq mètres l'une de l'autre. Le professeur Cartiguayne était assise sur une chaise près d'une fenêtre qu'elle avait ouverte, malgré le vent glacial, et, sa cane posée à contre le mur, fumait une sorte de calumet qui exhalait une fumée grisâtre.
-En retard, espèce de fainéant, grommela la vieille femme.
Ça, c'était la meilleure.
-C'est pas ma faute, protesta Harry, j'ai été convoqué par Dumbledore. Vous n'avez qu'à lui demander.
-Allez, allez, dit-elle avec un geste impatient, au travail. Faites donc équipe avec Pettigrow, il n'a pas de partenaire.
Les cheveux de Harry se hérissèrent. Ah, ça, non ! S'il avait réussi jusque là à supporter le rat, c'est parce qu'il s'efforçait d'oublier son existence. Mais travailler avec lui sans l'assassiner devant tout le monde, c'était absolument impossible.
-Heu… dit-il en se passant une main sur le front. Finalement, je crois que je vais aller à l'infirmerie, je me sens pas bien.
-Pas question, rétorqua Cartiguayne. Quand j'avais votre âge, je ne tombais jamais malade, moi. Au travail.
Harry se plia en deux, les mains sur l'estomac.
-Oooooh, je crois que je vais vomir, gémit-il.
Mais le professeur Cartiguayne se leva, saisit sa canne et lui assena un coup violent sur le crâne.
-Ouh là ! s'écria Harry, alors que le professeur faisait mine de le frapper à nouveau. C'est bon , c'est bon, j'y vais !
Malgré ses saris à fleurs, ses énormes lunettes à monture vertes et les herbes suspectes qu'elle fumait pendant ou en dehors des cours, le professeur Cartiguayne était compétente et ses cours étaient toujours très animés. Seulement, Harry avait pu se rendre compte qu'il valait mieux ne pas la contrarier. Il traîna donc les pieds jusqu'au bout de la file, où se trouvait Peter, et prit place en face de lui, baguette à la main. Afin de s'exhorter à le retenue, il inventa une petite chanson qu'il fredonna mentalement :
« Il ne faut pas tuer Queudver dans le château
Sinon Dumby va te faire la peau,
Il ne faut pas tuer Queudver dans le château,
Dans vingt ans j'briserai ses os… »
Et ainsi de suite.
-Baguette levées, dit le professeur Cartiguayne. Attention, à trois, sortilège de frigoration. Si j'entend le moindre son, je vous colle tous en retenue, compris ? Un, deux, trois !
« Il ne faut pas tuer Queudver dans le château
Sinon Dumby va te faire la peau… ».
Harry, en homme d'expérience, laissa son adversaire jeter son sort le premier. Mais il n'eut même pas besoin d'esquiver ; Peter le rata d'au moins deux mètre et frappa son voisin. Il apparut alors que le sortilège de Peter avait quelques défauts ; l'adolescent touché prit une horrible teinte verte et se mit à vomir abondamment.
-Ouhlà, ça va ? demanda Harry en le soutenant.
Mais alors qu'il avait le dos tourné, Peter le frappa par derrière. Cette fois non plus, le sortilège ne fit pas l'effet attendu ; Harry eut l'impression qu'il venait de se prendre un coup de massue dans le dos, et tomba violemment sur le sol. Harry entendit quelques élèves pousser des cris scandalisés. Furieux, il se releva d'un bond et s'approcha de Peter.
-Non mais, ça va pas ? lui cria-t-il en le fusillant du regard.
-J'ai pas fait exprès, bougonna Peter, rouge comme une pivoine, sur un ton qui déplut profondément à Harry.
-On était censé frigorifier l'adversaire, pas l'assommer ou le rendre malade !
-Bon, ça va, murmura Peter, en s'assurant que le professeur ne l'écoutait pas. Ça n'a pas l'air si grave.
Harry le fusilla du regard et retourna vers l'élève qui vomissait toujours. Mais, malheureusement, Peter ne s'arrêta pas là.
-De toute façon, dit-il sur un ton plein de hargne, vous les fils de moldus, vous ne faites que vous plaindre.
Cette fois, ce fut trop. Harry fit brusquement volte-face, fondit sur Peter et lui envoya un bon coup de poing dans le ventre. Celui-ci se plia en deux et, en reculant, heurta violemment une table. Puis il s'effondra sur le sol et commença à geindre, sous le regard ébahi de l'assistance.
-Non d'un chien ! s'écria Cartiguayne en accourrant. Qu'est-ce qui vous prend ?
-Il m'a frappé ! s'exclama Peter en pointant Harry du doigt.
-C'est vrai, je l'ai vu, intervint James en regardant Harry de travers.
-Griffith ? dit le professeur en fronçant les sourcils.
-Il m'a insulté, répondit Harry entre ses dents.
-C'est pas une raison ! protesta Lily, qui semblait scandalisée. Et d'abord, qu'est-ce qu'il t'a dit ?
-Il a dit que les fils de moldus étaient des mauviettes, répondit-il.
-C'est pas vrai ! s'exclama Peter avec une voix suraiguë, prenant le ton de l'innocence outragée. Je n'ai rien dit dans le genre !
-Pas de témoin ? demanda Cartiguayne à la cantonade. Dans ce cas, une retenue pour Griffith ! Et trente points en moins pour Gryffonfor.
-Quoi ? protesta Harry, il m'a attaqué par derrière, et vous le laissez partir comme ça ?
-Pas de témoin, pas de méfait, dit le professeur. Ce soir, huit heures, dans mon bureau.
Hors de lui, Harry passa devant ses camarades et quitta la salle en claquant la porte derrière lui avec une violence qui aurait bien pu lui coûter une autre retenue. Mais après avoir parcouru une dizaine de mètres dans le couloir désert, sa colère retomba brusquement. Après tout, à quoi pouvait-il s'attendre d'autre, de la part de cette baudruche stupide et répugnante ? D'ailleurs, le coup de poing lui avait apporté une grande satisfaction, et en se remémorant Peter qui s'effondrait sur les tables, il ne regretta plus sa retenue. De nouveau joyeux, il commença à arpenter les couloirs pour retrouver Rodrigue.
HPHPHPHPHPHPHPHPH
Dés que le cours fut terminé, James, Sirius, Remus, Lily et Peter se groupèrent à l'écart des autres élèves et commencèrent à discuter de l'incident.
-Mais enfin, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? demanda Remus avec perplexité.
-C'est simple, dit Peter d'un ton sec. Nous étions en train de nous entraîner, quand William, sans raison est venu vers moi et m'a envoyé un direct dans le ventre. J'ai cru que j'allais rendre mon déjeuner.
-Mais enfin, insista Remus, tu as bien du lui dire quelque chose, pour qu'il réagisse comme ça ?
-Je ne l'ai pas insulté ! protesta vivement Peter. D'ailleurs, jamais je n'utiliserais une insulte contre les moldus. J'aime beaucoup les s… les moldus, vous savez bien. J'aime bien Lily, je l'aime beaucoup d'ailleurs, et puis j'ai invité Pat Dennis à ma fête d'anniversaire, il y a deux ans. C'est ridicule, pourquoi insulterais-je les moldus ? Ils sont comme nous, certains sont même de très bons sorciers !
Peter avait fait un amalgame douteux entre les moldus et les sorciers issus de famille moldue, mais aucun de ses camarades ne le releva. Peter faisait souvent des maladresses de ce genre.
-Mais tu lui as dit quelque chose ? insista Remus pour la troisième fois. Il y a peut-être eu un malentendu.
-Pas du tout… Enfin, je lui ai dit… Je lui ai dit « excuse-moi, je n'ai pas fait exprès ». A mon avis, il était tout simplement furieux parce que je l'ai touché.
-Ça, c'est autre chose, dit Sirius en fronçant les sourcils. Pourquoi tu l'as frappé par derrière ?
-C'était… un accident, bafouilla Peter.
Sirius, qui avait vu la scène, trouvait cet accident assez peu vraisemblable, mais il n'insista pas.
-Ne t'inquiète pas, dit James avec un geste rassurant, c'est ta parole contre la sienne. Et à mes yeux, la parole d'un type qui fait de la magie noire en cachette n'a pas beaucoup de valeur.
Cette fois, Remus et Lily exprimèrent leur désaccord.
-James ! s'exclama Lily sur un ton de reproche.
-Tu n'as pas le droit de le juger de la sorte, dit Remus. Il n'a encore rien fait de mal, à part ce coup de poing.
James haussa les épaules.
-Sirius ? demanda-t-il en se tournant vers son meilleur ami.
-Je ne sais pas, dit celui-ci, mal à l'aise. Il m'a quand même tiré d'un sale pétrin… Et puis, d'habitude, il est sympathique…
-Avec toi, peut-être, répliqua sèchement Peter. Mais moi, c'est à peine s'il me parle. Il me méprise, tout simplement.
Ces amis le regardèrent avec un mélange de gêne et de surprise.
-Tu te fais des idées, dit Sirius, un peu mal à l'aise.
-Tu parles ! Observe-le un peu, et tu verras. Ce type est super arrogant !
Personne ne répondit. Les cinq amis, soucieux, gagnèrent en silence la salle commune.
-Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement, glissa Remus à l'oreille de Sirius, quand ils passèrent le tableau de la grosse dame, mais il faudra tirer cette affaire au clair.
Sirius approuva d'un signe de tête. Ils n'évoquèrent plus l'incident de toute la soirée.
HPHPHPHPHPHPHPHHPHPH
-Alors, il te tient à l'œil.
-Absolument. Et toi aussi, peut-être.
Il était onze heures du soir. Harry et Rodrigue revenaient du parc, où Harry avait raconté à son compagnon les évènements de la journée.
-Mais, dit Rodrigue, c'est assez grave, tout cela.
-Oh, je ne sais pas, répondit Harry d'un ton vague. Je ne vois pas trop ce qu'il pourrait découvrir sur moi.
-Par exemple, que tu reçois du courrier du plus grand tueur de l'univers. Ou que tu étudies la magie noire en cachette. S'il te prend pour un mage noir, il peut nous compliquer la vie.
-Dans ce cas, pourquoi ne pas tout lui révéler ? proposa Harry. Après tout, il pourrait nous aider.
-C'est une très mauvaise idée, si tu veux mon avis. Si Voldemort –le « tien »- croit que tu es assisté par Dumbledore, il risque de l'éliminer. Si tu…
-Silence ! le coupa brutalement Harry.
Il venait d'entendre des pas derrière lui.
Un peu inquiet, il se retourna. La personne qui le suivait était Sally Larson, l'amie de Lily.
-Salut, dit Harry avec un sourire engageant.
Sally répondit d'un signe de tête. Harry la connaissait assez peu. Pour ce qu'il en savait, Sally n'avait rien à envier à Lily quant à l'intelligence. Mais pour le reste, les deux amies ne se ressemblaient guère : il n'y avait, chez cette jeune fille aux traits parfaitement anodins, rien de la chaleur ni de la beauté de Lily. Ses yeux étaient gris et neutres, son visage inexpressif, sa chevelure brune et lisse mais sans éclat. Jamais elle n'élevait la voix, jamais elle ne riait, jamais elle ne sortait de cette froide indifférence qui la caractérisait. C'était, enfin, le genre de personne qu'on voit partout sans jamais les remarquer.
Harry étudia attentivement l'expression de son visage, mais rien n'y laissait supposer qu'elle avait entendu sa conversation avec Rodrigue. Or, si tel avait été le cas, se disait Harry, le fourchelangue était un son assez rare pour que le sorcier le plus blasé laisse échapper au moins un regard de surprise.
Rassuré par son examen, il tenta d'engager la conversation.
-Il est bien tard, dit-il. Tu retournes au dortoir ?
-Oui, répondit-elle.
-Qu'est ce que faisais ? Bibliothèque ?
-Oui, répéta-t-elle.
-Ah… Bon, eh bien, je vais me promener, je rentrerais un peu plus tard.
-D'accord.
Elle poursuivit sa route sans lui prêter la moindre attention. Harry la regarda s'éloigner.
-Glaciale, cette fille, dit-il au bout d'un moment.
-Je me demande si elle nous a entendu, dit Rodrigue.
-Ça m'étonnerait, elle aurait réagi…
-Qui sait ?
Voilà, c'est tout pour l'instant ! Dans le prochain chapitre, pleine lune, bagarres et grands méchants. Alors, à bientôt !
RAR (pour les anonymes)
Lapis Lazuli : ouais, Voldy s'est beaucoup décoincé pendant ses voyages. Maintent, c'est un psychopathe qui s'amuse ! Merci de continuer à me lire et à bientôt !
Flo : merci merci merci, et, heu, etc… Bagarre Harry vs Voldy dans le prochain chapitre, avec intervention de méchants inconnus. Ça te va ? A bientôt !
Clow : Eurk ! Lily avec Peter, et puis quoi encore ? Préfère encore Rogue et Dumbledore. Enfin… Peut-être pas finalement. Merci beaucoup et à bientôt.
Hirana : merci beaucoup, et à bientôt !
Molly : merci beaucoup pour ta review. Ben non, comme t'as du le voir Harry n'était pas en transe, juste un peu K.O. A plus !
Katia : yes, les maraudeurs vont découvrir que Harry est fourchelangue, bientôt même. Et la prochaine attaque est prévue pour le chapitre suivant. Merci beaucoup et à bientôt !
TiOubO : les maraudeurs vont faire beaucoup de choses. Je sais, ça t'avance pas vraiment. Première attaque et combat HvsV dans le prochain chapitre. A bientôt !
Rini : merci, contente que ça te plaise toujours. A bientôt pour la suite !
Eloïn : merci beaucoup pour tes compliments, ça m'a fait très plaisir ! A bientôt pour la suite.
Clmin : merci beaucoup, à bientôt !
Elie : la suite est là, l'action est dans le prochain chapitre. Et oui, patience ! Merci et à bientôt !
