Bonjour à tous !

Voici un petit chapitre publié complètement à l'arrache. Je pars demain matin pour Berlin, et comme je vais y rester un petit bout de temps, je tenais absolument à publier avant mon départ. Je suis désolée, exceptionnellement, je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews. Mais je remercie de tout cœur ceux qui m'ont encouragé et je vous promet que cela ne se reproduira plus. Au passage, je n'ai pas eu le temps de me relire non plus, donc ne vous étonnez pas s'il y a plus de fautes que d'habitude. Sorry…

Allez, un chapitre dédié à tous les fans de Voldy 2 (c'est-à-dire, celui qui vient du futur). J'espère que ça vous plaira.


Chapitre 19

-J'ai froid, se plaignit Rodrigue.

Harry poussa pour la énième fois un soupir exaspéré et parcourut des yeux la place. Quelques rares passants se hâtaient sous la neige d'achever le marathon des courses de Noël. Les magasins fermaient les uns après les autres et les stations de bus se vidaient peu à peu. Non loin de luit, un groupe de chanteurs de l'armée du salut entonnait d'une voix chevrotante un dernier cantique de Noël, avant de retrouver la chaleur de leur foyer. Affalé sur un banc, un poivrot cuvait tant bien que mal une bouteille de Whisky qu'il tenait encore dans la main. Mais Lord Voldemort n'était nulle part en vue.

-Il est en retard, constata Harry d'un ton chagriné en jetant un coup d'œil à l'horloge de l'église.

-Tu es sûr que tu ne t'es pas trompé de jour ? suggéra perfidement Rodrigue.

-Bien sûr que non ! s'offusqua Harry. Il y avait bien écrit « 23 décembre, 19 heures, place G… »

-Dommage que tu aies déchiré la lettre si rapidement. On ne pourra pas vérifier.

-Qu'est-ce que tu insinues ? demanda Harry en fusillant son compagnon du regard.

-Oh, mais rien du tout, rien du tout, se défendit Rodrigue d'un air innocent.

Harry eut un reniflement de dédain.

-ça ne m'étonne pas qu'il soit en retard, dit-il. On ne peut pas dire que la politesse soit le fort de ces gens-là.

Pour la millième fois, il se repassa mentalement en mémoire le contenu de la lettre de Voldemort (bien qu'il ne l'ait lu qu'une seule fois, il s'en souvenait mot pour mot).

Cher Harry, disait le mage noir,

Comme je l'avais prévu, tu as réussi à déjouer le plan machiavélique de mon jeune collègue. Eh oui ! Tu pensais peut-être que le virus venait de moi ? Désolé de te décevoir, mais je n'y suis pour rien. Mon jeune collègue est certes brillant, mais il manque encore d'expérience. Si tu veux me vaincre un jour (l'espoir fait vivre !), il faudra faire preuve de beaucoup plus d'habilité.

Mais pour l'instant, place à l'esprit de Noël ! Que dirais-tu d'aller dîner ensemble un de ces jours ? Bien sûr, tu es libre de refuser mais sache que si tu ne viens pas, tu risques fort de passer un Noël quelque peu agité. Rendez-vous le vingt-trois décembre à 19 heures place de Malville.

En ce moment, je m'occupe comme je peux. Je me fais des tas d'amis, et puis je me suis lancé dans la littérature (mon premier livre figure depuis un mois en tête des ventes). Parfois, je commets aussi quelques assassinats pour me détendre. Mon « jeune collègue » a prévu une grande fête pour les vacances, et je compte bien m'y inviter. J'espère que tu en seras aussi, ce serait plus animé.

Affectueusement,

LV

« Petit salopard », songea Harry en grinçant des dents, « tu as osé gâcher mes vacances de Noël. Et comment que j'y serais, à ta surprise-partie ! ».

-Il y a une chose qui m'échappe, dit Rodrigue, le tirant de ses sombres pensées. Pourquoi as-tu refusé l'invitation des Potter ? Je pensais que tu sauterais sur cette occasion unique de connaître ta famille.

-J'aurais été ravi d'y aller, répondit Harry en soupirant. Mais ça n'aurait sans doute pas été une bonne chose…

-Pourquoi ? demanda Rodrigue un peu surpris.

Harry lui jeta un regard exaspéré.

-Mets toi un peu à ma place, répliqua-t-il d'un ton irrité. Comment tu crois que je me sentirais, à fêter Noël au milieu de gens qui sont ma famille sans le savoir, et qui en plus sont morts pour moi depuis près de mille ans ?

-Je ne vois pas où est le problème, répliqua Rodrigue, sincèrement déconcerté.

Harry poussa de nouveau un profond soupir.

-Laisse tomber, dit-il. C'est un truc d'humains, tu peux pas comprendre.

En effet, le sagace Rodrigue, si doué pour apprendre les langues étrangères ou pour élaborer des intrigues tordues, était à peu près aussi ignorant en matière de sentiments humains que Harry en histoire de la magie. D'ailleurs, Harry ne s'en plaignait pas. Dialoguer avec Rodrigue lui permettait d'adopter un regard froid et détaché sur sa condition.

Harry éternua un grand coup.

-Mais qu'est-ce qu'il fabrique à la fin ? pesta-t-il.

Soudain, il sentit une sorte de vertige s'emparer de lui. Sa cicatrice se mit à chauffer, mais grâce à ses talents d'occlumens, il parvint rapidement à refouler la douleur et à reprendre le contrôle de son corps. Un instant plus tard, une énorme limousine noire apparut au coin de la rue. Elle s'engagea dans sa direction, grilla un feu rouge, manqua d'écraser une grand-mère qui traversait la route et s'arrêta le long du trottoir, à la hauteur de Harry. L'une des quatorze vitres arrière se baissa et Harry se trouva avec le nouveau Voldemort, toujours sous son apparence d'aristocrate regardez-comme-je-suis-classe-fascinant-et-mysterieux.

-Bonsoir, Harry ! s'exclama le mage noir d'un air jovial. Je suis ravi que tu sois venu au rendez-vous. Excuse moi pour ce petit retard. Le chauffeur est un jeune homme que je viens d'engager. Entre nous, il est charmant, mais il manque encore un peu d'expérience. Il n'a commencé à apprendre la conduite qu'il y a une semaine, tu comprends ? Et puis, les policiers moldus sont vraiment exaspérants. Je ne sais pas combien j'ai du en assassiner pour arriver au lieu de rendez-vous.

Harry ne trouva rien à répondre. Il songeait simplement à tous les pauvres gens qui disparaissaient chaque jour dans l'ignorance générale simplement parce qu'ils avaient eu la malchance de croiser le diable en personne.

-Enfin bon, poursuivit le mage noir. Quand je serais maître de l'univers, l'une des premières mesures que je prendrai sera d'abolir le code de la route. Mais ne reste pas planté là, monte donc !

Harry se ressaisit brusquement.

-Hein ? Monter ? ça va pas ? Même si j'avais envie de me trouver dans un espace clos avec toi –ce qui n'est pas le cas-, jamais je n'accepterais de monter dans cette machine à tuer ambulante.

Lord Voldemort poussa un profond soupir, mais il ouvrit la portière et sortit du véhicule. Un instant après, le corbeau qui lui servait de messager sortit à sa suite et vint se percher sur l'épaule de son maître.

-Très bien, comme tu voudras, dit Voldemort, l'air résigné. De toute façon, le restaurant n'est pas très loin (il s'approcha de la vitre du chauffeur, qui se baissa instantanément, laissant apparaître la figure blafarde et inexpressive d'un jeune homme roux d'une vingtaine d'années). Georges, dit-il en s'adressant au chauffeur incompétent, tu m'attends ici. Je serais de retour d'ici deux ou trois heures.

Le chauffeur acquiesça d'un air absent. Harry se demanda s'il était naturellement idiot ou si le mage noir lui avait fait subir un lavage de cerveau.

-Je ne sais pas si tu as remarqué, dit Harry en s'adressant à son ennemi comme à un enfant de quatre ans, mais tu es stationné sur un arrêt de bus.

-Et alors ? répliqua Voldemort avec un signe dédaigneux de la main. Nous n'en avons pas pour longtemps.

-Même, insista Harry. C'est interdit ! Si tu ne bouges pas ta voiture, tu risques fort de la retrouver à la fourrière et le chauffeur en prison.

-Eh bien, dans ce cas, dit Voldemort avec un calme mortel, je massacrerai le personnel de la fourrière et je ferais sauter le commissariat.

Harry poussa mentalement un profond soupir, contraint de reconnaître mentalement sa défaite. Découragé, il se demanda s'il pouvait faire quelque chose afin de protéger les malheureux qui se promenaient dans la rue sans se douter qu'un psychopathe se trouvait parmi eux, mais il ne vit aucune solution. Impossible de surveiller le mage noir en permanence, vu que celui-ci pouvait lui échapper à tout moment sans fournir le moindre effort.

-Bon, dit Voldemort, allons-y. Je meurs de faim.

A regret, Harry suivit son ennemi dans les ruelles enneigées. Ils marchèrent en silence. Voldemort souriait agréablement, semblant ne pas remarquer les regards assassins que lui lançait son compagnon. Le corbeau, toujours perché sur l'épaule de son maître, regardait avec méfiance Rodrigue, qui, de son côté, semblait guetter le moment opportun pour transformer l'oiseau bizarroïde en repas du soir. Le chat se lécha les babines d'un air provocateur, à quoi le corbeau répondit par un coassement outragé.

-Ah, tiens, c'est vrai, dit Voldemort d'un air distrait, je ne t'ai pas présenté Belzébuth. Belzébuth, dis bonjour à Harry Potter !

Le corbeau émit un coassement sec. Harry, pour la première fois, le regarda attentivement. L'oiseau avait un plumage singulièrement désordonné, son dos était voûté et son regard semblait exprimer soit la folie soit la stupidité.

-Il est bizarre, dit-il d'un ton peu aimable. On a du mal à croire qu'il est capable de voler.

-Et pourtant ! Mais ce n'est pas tout. Il a plein de pouvoirs cachés qui sont parfois très utiles.

-Mm… fit Harry d'un air sceptique. Dans ce cas, ils sont vraiment bien cachés !

Voldemort eut un reniflement hautain.

-Entre nous, répliqua-t-il d'un ton sec, Belzébuth n'est certainement pas plus bizarre que Rodrigue.

-Bizarre, moi ? protesta le serpent-chat, s'arrachant subitement à la contemplation de sa proie.

-Hé, mais il parle le fourchelangue ! s'exclama Voldemort, ravi. Intéressant, je ne savais pas qu'il y avait des chats qui en étaient capables.

-C'est parce que Rodrigue n'est pas un chat, expliqua Harry à regret. C'est un serpent.

-Aaaah, je comprends, dit Voldemort en souriant. Tu l'as déguisé en chat pour contourner les règlements de l'école. C'est bien naturel. Après tout, Serpentard avait bien fait entrer son basilic illégalement.

-M'en parle pas, grogna Harry.

-Mais, poursuivit Voldemort, peut-être devrions nous tenir notre entretien en fourchelangue, de manière à ce que Rodrigue puisse participer ?

-Ce n'est pas la peine, répliqua Harry. Rodrigue comprend parfaitement l'anglais, l'espagnol, l'allemand, le portugais et le français. D'ailleurs, tu n'as pas à lui parler.

-Ouh, quel mauvais caractère ! Et dire que je t'invite dans un des meilleurs restaurant de Londres. Tiens, d'ailleurs, nous y sommes.

Voldemort désigna du doigt une enseigne élégante, indiquant que le restaurant s'appelait « La table de Dyonisos ».Le bâtiment, que Harry estimait de l'époque victorienne, était beau mais sans ostentation.

-Après toi, dit Voldemort d'un ton affable en lui tenant la porte.

-Non, passe devant, répliqua Harry d'un ton glacial. Je ne veux pas t'avoir dans mon dos.

-Tss tss, fit Voldemort, agacé, quel manque de manières.

Il entra néanmoins dans le restaurant. Harry le suivit, accompagné de Rodrigue, qui se mit à fouette avidement l'air de sa queue dés que l'odeur des plats atteignit ses narines.

L'intérieur était décoré avec goût et sobriété. Le serveur, un homme d'une cinquantaine d'année, élégant comme un lord dans son smoking impeccable, vint aussitôt les accueillir.

-Bonsoir messieurs, dit-il en s'inclinant légèrement.

Son regard se porta sur Belzebuth, puis sur Rodrigue, et une ride se dessina sur son front.

-Bonsoir, répondit Voldemort d'un ton affable. J'ai réservé une table pour deux personnes. Au nom de Lord Voldemort.

A ce nom étrange, le serveur toussota légèrement mais il ne fit aucun commentaire.

-Ah, oui, c'est exact, répondit-il en consultant la liste des réservations. Comme vous nous l'avez demandé, nous vous avons gardé la table du fond, près de la cheminée.

-Parfait, répondit Voldemort d'un air satisfait.

-Une petite chose cependant… dit le serveur d'un air embarrassé. Je suis profondément navré, mais les animaux ne sont pas admis. Je me vois dans l'obligation de vous demander de laisser votre chat et votre… corbeau, à l'extérieur.

-Comment ? s'exclama Voldemort, outré.

« Ouh, c'est pas bon », songea Harry. « Il va assassiner ce pauvre serveur. Aussi, quelle idée stupide de se pointer au resto avec un corbeau ! ».

-C'est le règlement, monsieur, dit le garçon d'un air rigide.

-Le règlement ? vociféra le mage noir. Lord Voldemort vous fait l'honneur de dîner dans votre restaurant, et vous lui parlez de règlement ? C'est une honte ! Un scandale ! Lord Voldemort irait manger au restaurant avec un hippopotame s'il en avait envie !

-Idiot, murmura Harry en lui donnant un coup de pied dans le tibia, tu vas nous faire remarquer. Laisse ton paillasson dehors et allons manger !

Mais Voldemort ne l'écoutait pas.

-Je ne peux laisser passer cet affront. Avada Keda…

-STOP ! intervint brusquement Harry en bousculant violement son ennemi. Une petite minute, on va régler ça à l'amiable.

« Voldemort ne se tiendra pas tranquille tant qu'on n'aura pas accepté de le laisser manger avec sa mascotte. Alors… ». Harry se racla la gorge et planta ses yeux dans ceux du serveur trop zélé pour son propre bien en se concentrant intensément.

-Par Osiris et par Apis, dit-il d'un ton grave et mystérieux, regarde-moi, regarde-moi bien droit dans les yeux…

Aussitôt, les pupilles du serveur se dilatèrent et le pauvre homme sombra dans un état second.

-Par… Osiris… et… par… Apis… répéta-t-il d'un air absent, sans pouvoir détacher ses yeux du regard de Harry.

-Répète après moi, poursuivit Harry d'un ton autoritaire. Je suis un serveur indiscipliné…

-Je… suis… un… serveur… indiscipliné…

-Je me contrefiche du règlement…

-Je… me… contrefiche… du… règlement…

-Les animaux sont autorisés dans ce restaurant…

-Les… animaux… sont… autorisés… dans… ce… restaurant…

-Dis lui de me présenter des excuses, intervint Voldemort.

Harry poussa un soupir exaspéré mais s'exécuta néanmoins.

-Tu vas t'excuser auprès de Lord Voldemort, ordonna-t-il.

-Je… vais… m'excuser… auprès… de… Lord… Voldemort.

Le serveur cligna des yeux plusieurs fois et sembla sortir progressivement de sa transe.

-Oui… alors… La table du fond vous a été attribuée. Si ces messieurs veulent prendre place, dit-il en indiquant la table d'un air un peu absent.

Harry et Voldemort s'assirent face à face dans les sièges drapés de velours violet. Rodrigue s'allongea aux pieds de Harry tandis que Belzébuth alla se percher sur le dossier de la chaise de son maître.

-Ces messieurs désirent-ils prendre un apéritif ?

-Un whisky, répondit Voldemort.

-Un martini blanc et une vodka pour mon chat, répondit Harry (nda : l'abus d'alcool nuit à la santé).

Le serveur nota sans manifester la moindre surprise, puis s'en alla transmettre la commande.

-Bon, qu'est-ce que tu as de si important à me dire ? demanda Harry de but en blanc.

-Tss tss, un peu de patience, voyons ! D'abord, il faut commander.

Il tendit une des cartes posées devant eux à Harry. Celui-ci la prit en poussant un soupir résigné. Il l'ouvrit et fit mine de la lire, mais en réalité, il ne quittait pas son ennemi des yeux, de peur que celui-ci ne profite d'un instant d'inattention pour l'attaquer.

Quelques minutes plus tard, le serveur, qui avait toujours l'air d'être à moitié éveillé, arriva avec les apéritifs. Il servit d'abord Voldemort, puis Harry, qui ne le remarqua même pas, et enfin il posa le verre de Vodka devant Rodrigue, ce qui attira le regard curieux de leurs voisins de tables.

-Ces messieurs ont-ils choisi ? demanda la garçon d'une voix absente, en sortant de la poche de sa veste son carnet et un stylo.

-Pour moi, ce sera le coq au vin et aux truffes, annonça Voldemort d'un air décontracté.

-Et moi, euh… (Harry jeta un rapide coup d'œil à la carte et pris le premier truc qui lui tomba sous les yeux). Le crabe farci sur lit de caviar.

Le serveur nota d'un air distrait.

-Et avec ceci, que désirez vous boire ? demanda-t-il.

-Un vin blanc, répondit aussitôt Voldemort. Le plus cher.

-Le… plus… cher, répéta le serveur en écrivant. Très bien, c'est noté.

Il s'inclina légèrement et se retira. Rodrigue commença à laper sa vodka et fouettant joyeusement l'air de sa queue, mais ni Harry ni Voldemort ne touchèrent à leur verre. Au lieu de boire, ils se jaugèrent pendant plusieurs minutes en silence.

-Tu sais, dis finalement Voldemort en désignant le verre de Harry, tu peux boire sans crainte. Je ne l'ai pas empoisonné.

-Ah ah ! Dans tes rêves, mon vieux ! Si tu t'imagines que je vais avaler quoi que ce soit en ta présence, tu te fourres le doigt dans l'œil.

-Mais enfin, tu ne t'imagines tout de même pas que je vais essayer de t'avoir avec un piège aussi grossier ?

-On ne sait jamais.

Voldemort poussa un soupir.

-Tant pis, dit-il, je suppose que nous allons tous deux devoir jeûner.

-Bah ! Et pourquoi ? Tu n'as rien à craindre, toi. Ce n'est pas moi qui assassine les gens de manière sournoise et déloyale.

-On ne sait jamais…

Harry eut un reniflement de dédain.

-Bon, et maintenant, si tu en venais au fait, que je puisse au plus vite m'éloigner de ton aura nauséabonde ?

-Comme tu veux. Ah… Je t'ai apporté un petit cadeau.

-J'en veux pas.

-Si tu refuses, je massacre cent moldus.

-C'est bon, passe-le moi, répondit Harry en tendant la main, tout en gratifiant Voldemort de son regard le plus mauvais.

Le mage noir plongea la main dans la poche de sa veste et en tira un paquet rectangulaire emballé dans un papier noir brillant du plus grand chic. Après avoir rapidement vérifié qu'il n'était pas ensorcelé, Harry arracha de mauvaise grâce le papier cadeau. Un instant plus tard, il se trouva avec un livre assez volumineux entre ses mains.

-Méditations, premier volume, par Lord Alexandre Wilmore, lut-il de mauvaise grâce. C'est quoi, ce truc ?

-Mon premier best-seller, déclara Voldemort avec orgueil. Un vrai triomphe ; tout le monde se l'arrache. Je n'ai même pas eu à menacer le directeur de la gazette du sorcier pour qu'il me fasse de la publicité gratuite. Ah, j'imagine que tu es surpris de me voir me plonger dans le monde des lettres, moi qui du temps où j'étais seigneur des ténèbres n'écrivais rien d'autre que des formules magiques. Mais voilà, je suis arrivé dans cette époque et je me suis dis : « Voldemort, en mille ans, tu as été assassin, politique, marchand, dresseur de monstres, et bien d'autres choses encore, et dans tous ces domaines, tu as toujours été le meilleur. Mais il y a encore une chose que tu n'as pas été, et c'est une grave lacune dans ton CV : tu n'as jamais été artiste ». Alors voilà, comme je suis trop timide pour devenir chanteur d'opéra ou comédien, j'ai décidé de me lancer dans l'écriture. Bien entendu, c'est un indéniable succès. Méditations 3 et 4 sont depuis six semaines en tête des ventes et des milliers de lecteurs sorciers trépignent d'impatience en attendant le tome 5.

Harry considéra le gros volume d'un air dubitatif, avant de le jeter d'un geste négligent dans la cheminée.

-Aaaaaaah, qu'est-ce que tu as fait ? s'exclama Voldemort d'un air indigné, alors que le précieux best-seller se faisait avaler par les flammes. Tu n'as aucun respect ! Et moi qui pensais te faire plaisir !

-Arrêtes de te foutre de moi, gronda Harry, furieux. Je ne suis pas venu pour écouter ton bavardage de psychopathe mégalomane gâteux. Si tu as quelque chose d'important à me dire, dis-le tout de suite, ou bien je m'en vais.

-Reste assis, dis Voldemort d'une voix froide mais autoritaire.

Cette fois, on y était, songea Harry. L'attitude du mage noir était devenue plus sérieuse. Harry avait finalement réussi à capter son attention.

Pendant quelques minutes, les deux ennemis se dévisagèrent en silence. Puis, Voldemort, se décidant enfin à rompre la glace, alluma un cigare, se renversa sur sa chaise et prit la parole.

-Depuis le jour où nous avons été chassé de notre époque par la malédiction, je n'ai pu m'empêcher de me demander pourquoi une telle chose avait pu se produire. J'imagine que toi aussi, malgré ton étroitesse d'esprit, tu as du te poser la question de temps à autre, entre deux sauts temporels. Et c'est bien normal. Lorsque la première prophétie –celle qui annonçait ta naissance et notre rivalité- a été prononcée, j'ai été surpris, bien sûr, et un peu inquiet, mais je ne me suis pas senti perdu. Après tout, avoir un ennemi mortel, pour quelqu'un comme moi, est une chose bien naturelle. Mais la Malédiction… (Voldemort hocha la tête en signe de frustration). Comment croire qu'une force surnaturelle s'amuse à arrêter le temps et à envoyer balader deux sorciers dans le passé, juste pour les rendre plus fort ? C'était impensable. (nda : oui, oui, impensable, d'ailleurs j'ai mis des mois avant de trouver une explication crédible !). Pour la première fois de ma vie, j'ai été victime d'un phénomène que je ne comprenais pas, et m'a rendu irritable et frustré.

-Mais heureusement, ta génialissime personne a fini pas trouver une réponse à cette énigme, n'est-ce pas ? demanda Harry d'un ton railleur.

-En effet, répondit Voldemort avec un sourire d'autosatisfaction. Je dois avouer que ça n'a pas été sans peine. En comparaison, trouver comment fabriquer des horecruxes a été une partie de plaisir. Quoiqu'il en soit, après des siècles de recherches intenses, j'ai fini par trouver la réponse tant désirée.

-Ah, ben mon vieux, s'exclama Harry, si c'est à ça que tu as employé tes voyages temporels, je vais te battre les doigts dans le nez !

-Dans tes rêves, répliqua Voldemort. Bref, j'ai informations qui devraient t'interesser.

L'expression de Harry passa de la raillerie au scepticisme.

-Et pourquoi, demanda-t-il avec lenteur, l'égoïstissime Lord Voldemort consentirait-il à faire partager avec un ennemi juré sa profonde sagesse ?

Voldemort haussa les épaules.

-Parce que je t'aime bien, répondit-il d'un ton indifférent, et parce que je n'ai pas de raison particulière de te les cacher.

Harry manqua de s'étrangler.

-« Parce que tu m'aimes bien ! », répéta-t-il en s'esclaffant. Eh ben dis donc, t'as une drôle de façon de le montrer !

-Que veux-tu, je suis quelqu'un de spécial. Mais je t'assure, j'ai toujours eu une certaine sympathie pour toi. Tu es un ennemi intéressant à tuer.

-Je suis flatté, répondit Harry d'un ton ironique.

A ce moment de la conversation, ils furent interrompus par le serveur, qui apportait les plats commandés. Voyant que les clients n'avaient pas touché à leur verre, il plissa le front d'un air perplexe et légèrement contrarié.

-Y a-t-il un problème avec les apéritifs ? demanda-t-il avec toute la courtoisie dont il était capable.

-Un problème ? absolument aucun, assura Voldemort avec un sourire affable.

-Ils ont une belle couleur et font très joli sur la table, renchérit Harry.

Le serveur manqua de défaillir. Il lui fallut mobiliser toute son énergie afin de garder contenance.

-Ah, euh, très bien… bafouilla-t-il. Dans ce cas, je peux prendre les verres ?

-Je vous en prie, répondit Voldemort.

Encore tout ému, le malheureux serveur rapporta à la cuisine les verres encore pleins. Une minute plus tard, il revint avec le vin, un excellent Bourgogne qui n'avait pas de prix. Les deux clients acceptèrent de bonne grâce le service, mais ils refusèrent de goûter. Le coup de grâce fut donné lorsque le jeune homme, d'un air tout à fait naturel, saisit la gamelle du chat et y versa un bon tiers de la précieuse liqueur.

-Revenons-en à nos affaires, dit Voldemort. J'ai donc fait de longues recherches afin de tenter de comprendre ce qui nous était arrivé, et voilà ce que j'ai trouvé.

Il sortit de sa poche magiquement agrandie une boîte en bois d'ébène élégamment sculptée et protégée par un serrure d'argent. Voldemort frôla celle-ci du bout du doigt et aussitôt, la boîte s'ouvrit. Le mage noir la donna à Harry, qui la prit avec méfiance entre ses mains.

Le petit coffret contenait trois éléments. Un à un, Harry les sortit et les examina minutieusement. Il y avait un fragment de papyrus, couvert de hiéroglyphes à moitié éffacés par le temps, un morceau de vase sur lequel étaient gravées des inscriptions en langue étrusque, et une médaille en or massif, probablement pérouvienne. Harry, choisissant de respeceter l'ordre chronologique vraissemblable, commença par tenter de déchiffrer le papyrus.

-C'est assez confus, dit-il en fronçant les sourcils. Si je ne me trompe pas, ça donne… untruc du genre… « quand le vent qui vient du royaume de la mort balaye le monde des vivants… quand les gémissements de la terre trouble le sommeil des dieux… quand après la pluie ne vient plus le beau temps et que les années maigres sont suivies par des années maigres… quand le fleuve n'abreuve plus la terre, quand la terre ne nourrit plus les troupeaux, quand les sauterelles s'abattent sur les récoltes, quand les chiens dévorent les nouveaux-nés, quand la peste emporte des familles entières, quand le scélérat assassine le roi pour prendre le trône, quand les maisons s'éffrondrent d'elles-mêmes… ». Dis donc, demanda Harry en interrompant sa lecture d'un air ennuyé, c'est comme ça jusqu'à la fin ?

-Non, seulement jusqu'au milieu de l'avant dernière ligne, répondit Voldemort.

-Bon bah fallait le dire tout de suite, dit Harry d'un air ennuyé. « Quand… blablabla… érigeront les dieux une tour dorée ». C'est ça que tu appelles une information intéressante ?

-J'admets qu'au premier abord, cela peut sembler un peu obscur, répondit Voldemort. Mais tu comprendras mieux en lisant les deux autres messages.

-Y a intérêt, grommela Harry en saisissant le morceau de vase étrusque. Bon, et ça, c'est quoi ? Je sais pas lire l'étrusque.

-Tss tss… fit Voldemort en hochant la tête. C'est une pièce qui date du quatrième siècle avant Jésus Christ, et que j'ai trouvé dans le tombeau d'un mage aux pouvoirs étonnants. Il est écrit… « Moi, Asastrius, suis revenu du Grand Voyage afin de terrasser… », là, il manque un morceau, et la suite, c'est « … deviens le nouveau Gardien suprême ». Intriguant, n'est-ce pas ?

-Pas vraiment, rétorqua Harry en haussant les épaules. On ne sait pratiquement rien de la culture étrusque. Ça doit faire référence à une croyance ou à une tradition oubliée.

-Attends, le troisième est le plus intéressant.

L'air sceptique, Harry reposa le morceau de vase et s'empara de la médaille.

-Approche-là de la flamme de la bougie.

Harry s'exécuta. Un instant plus tard, des traits argentés apparurent, complétant les dessins déjà gravés. Harry, intrigué, l'observa de plus près et s'apperçut que la gravure représentait deux hommes en train de se battre au pied d'une tour. Puis, pour sa grande surprise, les traits bougèrent. Les nuages s'écartèrent, une main jaillit du ciel et emporta les deux hommes. Un instant plus tard, les traits se mirent à tourbillonner en tous sens, avant de reprendre leur place initiale.

-Marrant, commenta Harry, après un instant de silence.

-Deux hommes, en train de se battre, subitement enlevés par une main qui descend du ciel, ça ne te rappelle rien ?

Harry regarda son ennemi avec un mélange de doute et d'étonnement.

-Tu es en train de me dire, dit-il avec prudence, que ce qui nous est arrivé serait déjà arrivé par le passé ? Ou bien qu'il s'agit d'une prophétie ?

-Les deux, répondit Voldemort. Le papyrus est clairement une prophétie. Je ne sais pas ce qu'il en est de la médaille. Quand au morceau de vase, je suis à peu près certain qu'il s'agit du témoignage d'un homme qui est passé par la même chose que nous.

-Qui est ? demanda Harry en haussant un sourcil.

Voldemort le regarda droit dans les yeux. Il posa lentement son cigare dans le cendrier et le sourire narquois qu'il affichait depuis le début de la soirée disparut subitement.

-L'éxperience la plus curieuse qu'il soit donné à un homme de vivre, déclara-t-il. L'Epreuve suprême. Celle qui fait d'un homme élu un MAITRE DU TEMPS.

Un ange passa.

-Un quoi ? répéta Harry avec mépris.

-Un maître du temps, répéta Voldemort,agacé. Il y a très peu de traces écrites, mais j'ai entendu de nombreux récits à leur sujet. Voici, en gros, ce qu'il faut retenir. Depuis la nuit des temps, chaque fois que le monde se trouve à la veille d'une catastrophe monumentale, deux sorciers sont élus par… euh… sont élus, quoi. Leur mission est de préserver l'équilibre entre les différentes forces magiques existantes. Mais un seul d'entre eux pourra l'accomplir ; car avant de s'atteler à ce travail colossal, il doit d'abord éliminer son rival. C'est seulement lorsque l'un des deux élus a annihilé son adversaire, qu'il obtient les pouvoirs des Maîtres du temps.

-Les pouvoirs ? répéta Harry d'un air interrogateur ;

-C'est exact, répondit Voldemort en hochant la tête. Le vainqueur du combat final devient plus puissant. Cela dit, je ne sais pas exactement en quoi consistent ces nouveaux pouvoirs.

La lueur avide qui apparut furtivement dans le regard du mage noir n'échappa pas au jeune homme de neuf cent ans.

-Alors, c'est ça qui t'excites à ce point ? demanda-t-il avec incrédulité. Je ne vois pas pourquoi. Du moment que tu m'as battu, pourquoi veux tu devenir plus puissant.

-Parce que, répondit Voldemort d'un ton haineux, j'ai besoin de ces nouveaux pouvoirs pour réparer les dégâts que tu as fait avec tes petits bâtards d'amis.

-Hein ? fit Harry, étonné.

-Les horecruxes ! Cracha Voldemort en tapant du poing sur la table. Vous avez cassé mes jolies reliques. Maintenant, tout est à refaire !

-Mais tu ne peux pas refaire des horcruxes, s'exclama Harry, qui subitement s'était raidi. Bon sang, tu as déjà coupé ton âme en sept. Si tu la coupe encore ne serait-ce qu'une fois, il ne t'en restera plus assez pour vivre !

-Justement, répondit Voldemort. C'est pour ça que je tiens absolument à devenir un maître du temps. J'ai besoin de ces nouveaux pouvoirs pour restaurer mon âme.

A l'idée que Voldemort pourrait créer de nouveaux horecruxes après l'avoir battu, Harry se sentit sur le point de défaillir. « Oh, bon sang ! », songea-t-il, « s'il y parvient, tout est fichu. « Après ma mort, personne ne sera capable de le battre. Avec ses horecruxes, il pourra vivre pendant des siècles, voire l'éternité… Je n'ai pas le choix, il faut que je le batte ! ».

-Lorsque j'ai réalisé que vous aviez détruit mes horecruxes, poursuivit Voldemort, dont l'expression c'était adoucie, j'ai eu peur. Non, en fait, j'ai eu très peur. Jamais, en mille ans, je ne me suis senti plus vulnérable qu'en cet instant, pas même lorsque le sort que j'avais utilisé pour te tuer lorsque tu avais un an s'est retourné contre moi. Pendant un moment, j'ai cru que tout était perdu, que l'éternité allait m'échapper… Même si je te tuais, la mort finirait par me rattrapper, car j'étais redevenu mortel… Je voyais tout en noir, c'était le total desespoir.

Harry regarda son ennemi avec des yeux ronds, muet de stupeur, non tant à cause de cet aveu inattendu, mais à cause du ton sur le quel il était fait. Voldemort parlait d'une voix douce, empreinte de tristesse et de mélancolie, et son regard semblait perdu dans un flot de souvenirs amers. « Il ne s'imagine quand même pas que je vais le plaindre ?!! », se demanda Harry, incrédule.

-Heu… fit-il d'un air dubitatif.

-Mais, l'interrompit Voldemort dont le visage s'illumina (ce qui déplut profondément à Harry), tout ça n'a plus d'importance, à présent. Grâce au pouvoir des maîtres du temps, j'aurai une seconde chance de devenir immortel et de régner sur l'univers.

-Tu semble croire dur comme fer à cette histoire, constata Harry d'un ton neutre. Qu'est-ce qui te dis que ce ne sont pas des racontars de grand-mères ?

-D'abord, le nombre de témoignages, répondit Voldemort. La légende des maîtres du temps est connue dans le monde entier, même si les traces écrites sont rarissimes.

-Mouais, fit Harry d'un air sceptique.

-Ensuite, poursuivit Voldemort avec un sourire mysterieux, j'ai rencontré un maître du temps.

A cette annonce, Harry fit un bond qui manqua de le faire tomber de sa chaise.

-Tu as QUOI ?

-Eh oui, confirma Voldemort, content de son petit effet. J'ai bel et bien rencontré un maître du temps, et sa rivale en prime. En plus, ce sont des gens dont tu as sûrement entendu parler.

-Ah ? Vraiment ? demanda Harry, perplexe.

-Merlin et Morgane, ça te dit quelque chose ? demanda Voldemort d'un air ingénu.

Harry mit quelques secondes à encaisser l'information.

-Ainsi donc, Merlin était un maître du temps, murmura-t-il d'un air songeur. Oui, ça expliquerait beaucoup de choses…

-N'est-ce pas ? approuva Voldemort. Cela dit, quelle pitié que ce soit lui qui ait remporté le titre de maître du temps ! Morgane avait infiniment plus de charme, de classe et d'intelligence que cet espèce de clochard sénile. On aurait dit l'ancêtre de Dumbledore !

-Ouais, bon… Enfin, peu importe, déclara Harry. Tout ça ne nous dit pas pourquoi les dieux ou je-ne-sais-quoi ce sont amusés à nous envoyer faire une promenade temporelle.

-Imbécile, soupira Voldemort. Le vainqueur est supposé empêcher une catastrophe universelle de se produire. Pour cela, il lui faut beaucoup de sagesse et de puissance. J'ai fait des recherches sur les exploits des maîtres du temps, et je peux te dire que c'est pas une partie de plaisir ; combattre une armée de sphinx, mettre un terme à une guerre bicentenaire entre de puissants clans sorciers, empêcher la prolifération des détraqueurs et les enfermer sur l'île d'Azkaban… Voilà le genre de mission qui incombe à un maître du temps. Pour se préparer à cette bataille, mille ans ne sont pas de trop. Ah ! J'ai hâte de savoir ce qui nous attend !

-Et bien, pas moi, répondit Harry d'un ton ferme. Pour moi, tout ce qui importe pour l'instant, c'est de t'éradiquer définitivement du monde des vivants. De toute façon, je ne peux rien imaginer de pire que toi, sur le trône, en train de faire plonger l'univers dans ton délire paranoïaque. Je ne sais pas si cette histoire de maîtres du temps est vraie ou pas, et je m'en fiche complètement. C'est tout ce que tu avais à me dire ?

-A peu près, oui, répondit Voldemort d'un air tranquille.

-Alors, au revoir, dit Harry en se levant brusquement.

Il fit quelques pas en direction de la porte. Soudain, Voldemort le rappela.

-Attends ! dit-il.

-Quoi encore ?

-La petite fête de mon « jeune collègue » a lieu dans une semaine, dit Voldemort avec un sourire narquois. Tu viendras, n'est-ce pas ?

Harry se retourna avec lenteur et lui envoya un regard menaçant.

-Qu'est-ce que tu as prévu ? demanda-t-il avec une froideur mortelle.

-Surprise, répondit Voldemort d'un air guilleret. Tout ce que je peux te dire, c'est que ça aura lieu au chemin de Traverse.

Harry serra les dents, réfrénant une envie soudaine de fracasser la tête du mage noir contre le rebord de la cheminée.

-Très bien, dit-il finalement. J'y serai. Et maintenant, laisse moi profiter en paix de ces quelques jours libres de ta présence nauséabonde.

Sur ce, il quitta le restaurant, Rodrigue sur ses talons.

Voldemort s'adossa sur sa chaise et poussa un soupir de contentement. Ce qu'il aimait enquiquiner son ennemi mortel ! A la simple pensée qu'il avait réussi, avec quelques mots, à gâcher pour de bon ses vacances, il sentit son cœur se remplir d'allégresse. Décidément, il faudra qu'ils se voient plus souvent !

Le serveur, qui avait observé avec étonnement le départ du jeune homme et n'avait pas manqué sa dernière réplique, s'approcha avec prudence de la table où seul restait le client aux cheveux argentés. C'est alors qu'il vit le spectacle le plus effrayant qui lui ait été donné de voir dans toute sa carrière de serveur : deux assiettes pleines, intactes, des verres remplis à ras bord et une nappe immaculée. Les deux clients n'avaient même pas effleuré la nourriture.

Il lui fallut faire appel à tout son courage pour se ressaisir.

-Hem… Vous… Excusez-moi… Vous avez terminé ? bafouilla-t-il aux prix d'un terrible effort.

-Absolument, répondit Voldemort avec un sourire radieux. C'était parfait. Un vrai délice ! On peut dire que vous méritez vos trois étoiles !

-Ah… Euh… C'est trop d'honneur… dit le serveur d'un ton étranglé.

-Mais vous voyez, il en reste un peu, constata Voldemort en montrant son assiette. Mon ami et moi sommes de petits mangeurs. Voulez-vous boire à ma santé ?

-Heu… C'est-à-dire que…

-Ce serait trop bête de jeter un si bon vin, insista Voldemort.

-Dans ce cas… marmonna le serveur en acceptant le verre que lui tendait Voldemort.

Il le vida d'un trait, songeant que ce petit remontant l'aiderait à surmonter le choc qu'il venait de recevoir. En effet, quelques secondes plus tard, il ne pensait plus à rien : il était mort.

Voldemort le regarda s'effondrer avec un petit sourire coupable.

-ça ne coûtait rien d'essayer, dit-il avec l'expression d'un enfant pris en faute.

Alors que les gens se précipitaient pour porter secours, en vain, au malheureux serveur, le mage noir se leva à son tour et quitta le restaurant dans l'indifférence générale. L'esprit en fête, il rejoignit son chauffeur qui, par miracle, l'attendait toujours à la station de bus.

-En route, Georges, s'exclama-t-il avec entrain. Allons écraser quelques grands-mères avant de retourner à l'hôtel !

Cette nuit là, le nombre de tués sur la route atteint un record toujours inégalé.


Ouf, je vais pouvoir aller finir mes valises. Ne vous inquiétez pas, Robert (mon ordinateur portable) part avec moi, donc même à Berlin je pourrai continuer à écrire. A bientôt !