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VVV
Le reste de la journée se passa sans incidents malgré le vent de panique qui soufflait dans les couloirs de l'hôpital depuis l'annonce d'échange de rôle entre la doyenne et l'un de ses employés. Un House au comportement autocratique, c'était quelque chose. Un House au pouvoir… C'en était une autre !
Pendant un moment, Cuddy se demanda même si annoncer qu'ils avaient échangé de corps n'était pas plus sage.
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_ Comment ont-ils réagi au conseil d'administration ? questionna Wilson en prenant place dans le salon de sa supérieure.
_ Je pose mes affaires où ? demanda House en réajustant son sac de voyage sur ses épaules.
_ Dans la chambre d'amis. lança la doyenne en se dirigeant vers sa cuisine. Je ne vous montre pas où elle est, vous le savez pertinemment.
Un large sourire barra le visage du diagnosticien. Il fit un clin d'œil à l'oncologue puis disparut dans le couloir.
Sans vraiment se concerter, les deux médecins avaient décidé de vivre sous un même toit jusqu'à ce qu'ils récupèrent leurs corps respectifs. Il était vite devenu évident qu'ils auraient besoin de communiquer largement pour survivre dans la peau de l'autre et apprendre à se fondre dans le personnage qu'ils se voyaient forcés de jouer à l'hôpital.
La maison de Cuddy étant plus grande, elle devint naturellement ce qu'ils appelèrent rapidement leur « quartier général » Wilson devenant un agent de liaison.
Celui-ci sourit d'ailleurs à la seule pensée de les savoir sous le même toit. Il aurait voulu être une petite souris pour voir comment ils se débattraient…
La doyenne revint dans le salon avec une carafe d'eau en main.
_ Maintenant que j'utilise une canne, il m'apparait moins évident de tout apporter en même temps. exposa-t-elle en posant l'objet sur la table basse.
Rouge de confusion, l'oncologue s'empressa de se lever de son siège.
_ Laissez ! Je vais prendre les verres. dit-il en s'éloignant à grandes enjambées.
_ Comptais pas aller les chercher. souffla Cuddy avant de se laisser tomber dans le canapé.
_ Prenez un comprimé de Vicodin. siffla-t-on avec exaspération dans son dos.
Elle tressaillit puis leva les yeux vers son nouveau colocataire qui inspectait les lieux.
_ J'en ai pris un il y une heure. signala-t-elle en se redressant.
_ Ça fait bien longtemps qu'un seul comprimé ne pallie plus à la douleur liée aux fins de journées. répliqua-t-il.
_ Je n'en prendrai pas plus.
_ Vous ne tiendrez pas.
_ Je tiens le pari !
House émit un mouvement d'épaules fataliste en levant les yeux au plafond, lui signifiant alors qu'il capitulait… Pour cette fois.
Après les avoir rejoint, plateau en mains, Wilson s'installa auprès de la doyenne.
_ Alors ? Le conseil d'administration. relança-t-il.
_ Ça a été plus facile que je ne l'aurais pensé… commença Cuddy.
_ Parlez pour vous ! objecta House en détaillant la commode.
L'oncologue arqua un sourcil en signe d'interrogation.
_ House a évidemment du mal à être courtois avec ses paires... expliqua la doyenne d'un ton narquois.
_ Pendant que madame prend son pied à être exécrable avec tout le monde ! Ça fait quoi de pouvoir balancer ces quatre vérités à n'importe qui ?
_ Ne croyez pas que je prends plaisir à avoir un comportement asocial et à user de vos méthodes d'intimidation ! répliqua-t-elle.
_ A d'autres !
Wilson se cala plus confortablement dans le canapé.
_ Vous m'avez forcé à faire comprendre à Evans que s'il ne se rangeait pas de mon côté, tout le monde serait mis au courant de sa liaison avec l'une des internes !
_ Pas de ma faute si cet imbécile, en plus d'être un porc, est influençable.
_ Et qu'en est-il du pauvre Mc Arthur ?
_ Il est dépressif !
_ Oui ! Et grâce à ce que vous m'avez forcé à faire, il doit sûrement être en train de se nouer une corde autour du cou !
_ Vous inquiétez pas, il est bien trop lâche pour ça. Au pire, il fera une indigestion d'antidépresseurs.
_ En tout cas, vous semblez prendre votre rôle à cœur. intervint Wilson.
_ Ah ha ! s'exclama un House hilare.
Cuddy s'appliqua à fusiller les deux amis du regard puis se cala à son tour dans le canapé, boudeuse.
L'oncologue se tourna alors vers le diagnosticien.
_ Et de ton côté, en tant que doyenne de l'hôpital, qu'as-tu fait ? s'enquit-il.
_ J'ai dû faire ma mijaurée. répondit House avec une grimace.
Nouveau regard assassin de la part de sa supérieure.
_ Mais encore ? relança son ami.
_ J'ai vogué entre deux bords. Comme prévu, j'ai pris chacun de leur côté et je leur ai servi deux versions différentes. J'ai assuré aux uns qu'il s'agissait d'une rumeur persistante qui risquerait de trainer un bon bout de temps à cause des dires de « House » et j'ai exprimé aux autres mon désir de sermonner le « terrible et égocentrique employé » en le mettant un certain temps à la tête de l'hôpital pour qu'il comprenne que cette tâche était tout sauf évidente. Bien entendu, je les ai rassurés en évoquant une surveillance presque malsaine de « sa » personne.
_ Un par un ? releva l'oncologue d'un ton moqueur.
_ Un par un. réaffirma Cuddy avec un large sourire.
_ Un par un. répéta House d'une voix trainante. D'ailleurs, je m'ennuyais tellement que j'ai failli proposer une fellation au dernier.
Wilson sourit malgré lui. Si le but de son ami était de pousser la doyenne à bout, il s'y prenait admirablement bien. La pauvre allait sûrement finir par attraper une céphalée à force de froncer les sourcils et de lui lancer des regards noirs.
_ Avec tout ça, vous allez avoir la paix pendant environ un mois. finit-il par conclure.
_ Yep ! affirma House en s'engageant dans le couloir.
_ La paix ? Vous rigolez ? réfuta leur supérieure.
Wilson fronça les sourcils.
_ Qu'est-ce qui ne va pas ? S'occuper du conseil d'administration n'était pas le gros hic ? questionna-t-il.
_ Vous oubliez qu'avant qu'on ne vous sorte qu'on échangeait nos places administratives et que vous découvriez qu'on avait échangé nos corps, il s'est retrouvé seul dans MON bureau et à MON poste. En même pas cinq minutes, cet abruti a ruiné nos chances de recevoir une très importante subvention…
_ VOS oreilles fonctionnent très bien Cuddy ! beugla le diagnosticien.
_ A la bonne heure ! Fermez la un peu House !
Wilson se racla la gorge. Déjà déstabilisé par le fait de devoir s'adresser à sa supérieure en fixant le corps de son ami, leurs incessantes chamailleries et leur curieuse façon de s'exprimer n'arrangeaient rien à la situation.
_ Nous allons devoir nous la jouer fine si nous voulons régler ce qu'il a fait. Ou plutôt... Il va devoir se la jouer fine. reprit la doyenne.
_ Comment voulez-vous que je fasse une telle chose avec le derrière que vous m'avez légué! répliqua le diagnosticien en revenant dans la pièce en sautant à cloche-pied.
L'oncologue, interdit par son comportement, le fixa étrangement tandis qu'il faisait le tour de la table basse comme s'il jouait à la marelle.
Éreintée par sa journée et par l'attitude de son employé, la doyenne se contenta de soupirer bruyamment tout en se massant la tempe droite.
House cessa de gesticuler, se promettant d'essayer le grand écart plus tard. Il se mit de profil, cambra son dos puis inspira profondément.
_ Rassurez-vous, je m'occupe de tout. déclara-t-il à l'attention de la femme dont il habitait le corps.
_ C'est bien ce qui m'effraie... marmonna-t-elle.
Wilson appuya ses propos d'un subtile hochement de tête.
_ J'arrive toujours à mes fins. tranquillisa son ami.
_ Peut être, mais contrairement à vous, j'ai une image à préserver. rétorqua sa supérieure.
_ Oh... Après ce que je leur ai sorti...
Cuddy blêmit à vue d'œil, n'osant imaginer les propos outranciers qui avaient bien pu franchir les lèvres de son employé.
_ En parlant d'image... poursuivit-il naturellement. Je vous trouve incroyablement bien conservée pour une femme de votre âge.
Wilson recula légèrement s'attendant, d'une seconde à une autre, à voir Cuddy sauter à la gorge du diagnosticien.
Celle-ci n'en fit rien et, se demandant si elle devait prendre ces derniers propos comme un manque de respect ou un compliment, se contenta d'un haussement dédaigneux des sourcils; se préparant à le remettre à sa place au cas où...
_ Je suis certain que vous faites des exercices chaque matin! Avouez que vous travaillez durement ce fessier.
House releva son tee-shirt à hauteur des hanches et bomba son derrière.
_ On contracte… Et on relâche ! chantonna-t-il en serrant puis desserrant les fesses.
_ House, ça suffit ! s'agaça la doyenne tandis que Wilson détournait le regard.
Le diagnosticien lui offrit un large sourire moqueur.
_ Maintenant que vous êtes dans MON corps, vous pouvez vous permettre de laisser votre anus au frais sans chercher à y enfourner un balai!
_ Sur ce je m'en vais! s'exclama l'oncologue avec force en bondissant du canapé.
Son intervention valut la vie sauve à House qui n'eut alors que la simple tâche de défier le regard meurtrier de la doyenne.
_ Je vous contacte demain. signala son ami en s'éloignant à grandes enjambées vers la sortie. D'ici là, ne vous entretuez pas!
Et la porte claqua.
Cuddy poussa à nouveau un long et bruyant soupir tandis que son employé prenait place à ses côtés.
_ Cessez d'angoisser... Je n'aimerais pas me retrouver à devoir ingurgiter dix comprimés de magnésium par jour, en plus de ma Vicodin, après avoir récupéré mon pauvre corps. dit-il en soupirant à son tour.
_ Je n'aurais pas à m'angoisser si vous vous teniez un minimum tranquille! siffla la doyenne.
_ Par là, que je cesse de bouger dans tous les sens ou que je vive ma vie comme je l'entends? demanda-t-il en se relevant.
_ Je comprends que vous ne puissiez rester en place... Ça fait bien longtemps que vous n'avez pas eu l'usage de vos deux jambes... chuchota-t-elle d'un ton compréhensif.
House se raidit, dérangé qu'elle ait compris aussi rapidement son état d'esprit.
_ Mais j'aurais voulu que vous vous montriez un peu plus impliqué par notre situation... C'est à croire qu'habiter mon corps et devoir jouer mon rôle vous indiffère!
Le diagnosticien fronça les sourcils.
_ Ne croyez pas que cette situation m'enchante. Le timbre de votre voix m'insupportait déjà à force de l'entendre à longueur de journée dans un cadre guère plaisant; alors imaginez le calvaire que je vis à devoir l'entendre dès que j'ouvre la bouche. répliqua-t-il avec un regard rieur.
La doyenne sourit malgré elle.
_ Alors fermez la une bonne fois pour toute.
Le diagnosticien se détendit en la voyant se relâcher.
_ Ce ne serait pas rendre honneur à vos cordes vocales trop habituées à vibrer à longueur de journée!
_ L'hospice se moquerait-elle de la charité?
House haussa les épaules avec un demi sourire.
_ Je ne vous demande pas la lune. Juste... D'être un peu moins vous... Jusqu'à ce que les choses rentrent dans l'ordre.
_ Oh! J'y arriverai sans problème! Vous par contre... Je ne suis pas certain que vous saurez m'égaler!
_ Désolée de mettre un point d'honneur à respecter mes paires! rétorqua-t-elle.
_ En parlant de ça! J'ai eu droit à un débriefing sur le chemin, à vous d'avoir le vôtre!
Cuddy leva le menton, prête à enregistrer et à traiter toutes les élucubrations liées au personnage et à ses relations sociales avec les autres. Elle était habituée à entendre les employés s'en plaindre et se doutait qu'il devait avoir des comptes à rendre à beaucoup d'entre eux. Elle connaissait aussi sa capacité à conclure des accords et à ne pas tenir ses engagements quand l'accord avait été, au préalable, passé pour des choses qui lui paraissaient évidentes. Dernièrement encore, il avait fait chanter un chirurgien infidèle avant de tout avouer à sa femme par le biais de photos compromettantes...
_ Si vous croisez Lornway, ne lui laissez pas le temps d'ouvrir la bouche et dites-lui d'aller se faire cuire un œuf et de boire le bouillon avec. Vous croisez Johnson ? Pareil ! Mais dites-lui qu'on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul du laitier !
_ La crémière vous voulez dire…
_ Il est gay.
Cuddy ouvrit la bouche puis la referma sans mot dire, partagée entre l'envie d'en savoir plus sur les tendances sexuelles du cardiologue et celle de réprimander fermement son employé.
Finalement…
_ En gros, je dois être grossière avec tout le monde ?
_ Exact !
Elle gonfla les joues, contrariée.
_ Vous arrive-t-il de faire preuve d'amabilité ?
Le diagnosticien fit mine de réfléchir à la question, comme intrigué par la notion même de courtoisie.
_ Hum… Non ! lâcha-t-il enfin avec un grand sourire.
La doyenne se cala plus confortablement dans le fauteuil, lui prouvant par cette attitude qu'il ne l'ébranlait nullement.
_ Vais-je devoir apprendre à me forger une carapace ? questionna-t-elle d'une voix lente et chargée de sous-entendus.
Elle sembla le voir vaciller, mais il se reprit rapidement.
_ Ça… Vous le faites déjà à merveille. répliqua-t-il dans un murmure.
_ Vous ne répondez pas à ma question House.
_ Construire une carapace impliquerait d'avoir quelque chose à cacher.
_ Comme un cœur...
_ Et vous et moi savons que cette chose m'est totalement inconnue ! conclut-il.
Il traversa le salon, prêt à faire une sortie de champ à la hauteur de la réplique clôturant la scène. C'était sans compter l'acharnement de sa supérieure.
_ De vous à moi, vous ne trompez personne House. Vous êtes comme tout le monde, comme moi.
Il s'arrêta au seuil de la pièce. Elle se leva du canapé puis se tourna afin de croiser son regard, satisfaite de l'avoir retenu. Elle saisit alors la canne et clopina lentement vers lui.
_ Il arrivera un moment House, reprit-elle, où vous ferez preuve d'humanité… En faisant ce qu'il faut.
_ J'adore ces moments ! Je les salue de la main quand ils passent au loin ! répliqua le diagnosticien en se mettant en scène.
Elle se planta devant lui et l'écrasa de toute sa nouvelle hauteur, plantant son regard azur dans le sien, de nouveau peu serein.
_ Ce jour-là, je serai là. laissa-t-elle planer avant de lui passer devant et de disparaitre dans le couloir.
House resta un long moment immobile avant de s'ébrouer et de marmonner :
_ 1-0.
TBC…
