Le soleil traversait les carreaux et venait chauffer agréablement la pièce, bercée par le doux gazouillis des oiseaux. Une légère brise soulevait les rideaux, faisant voleter quelques feuilles de papier posées négligemment sur le bureau. C'était une belle journée qui débutait, mais ce n'était pas de l'avis de tout le monde

«Et mon café, il arrive ?»

Mustang fumait tranquillement, les jambes étendues sur son bureau et le journal déplié devant lui. Oui, la journée commençait bien pour lui, très bien même.

Après quelques instants, un tintement de porcelaine se fit entendre derrière la porte, suivit d'un petit coup donné à celle-ci. La porte pivota lentement sur ses gonds, laissant apparaitre une magnifique servante dans l'encadrement.

Son ensemble lui allait parfaitement, comme taillé pour elle. Un petit haut noir bordé de dentelle, suffisamment décolleté pour laisser libre court l'imagination, sans pour autant en être vulgaire, une jupe, noire elle aussi, plutôt courte et évasée laissant entrevoir un jupon blanc. Un tablier blanc, fermé par un large nœud dans le dos, recouvrait sa jupe. Elle portait également de longs bas noirs épousant la forme délicate de ses jambes, ainsi que des petits souliers vernis.

Elle n'était pas très grande, mais qu'importait ? Ses cheveux d'un blond éclatant relevés en une queue de cheval, maintenue par un fin lacet , ses yeux ambrés, ses lèvres si délicates, sa moue tellement… tellement… Tellement masculine, au final… Aussi masculine que la façon dont elle tenait son plateau et sa manière de se déplacer, d'ailleurs.

Roy lâcha un soupir en déclarant :

« Quel dommage, on y était presque… Enlève moi cette grimace de ton visage ! »

« Mes crevettes d'abord ! »

« Mon café d'abord ! »

Edward, puisque c'était lui, s'approcha rapidement du bureau, déposant plutôt violemment le plateau devant le colonel, faisant tomber au passage une pile de dossier.

« Et meeeeerde ! »

« Edward ! Voyons ! Ce n'est pas ce que qu'une jeune et jolie servante doit dire ! »

« Je veux mes crevettes, Mustang… »

L'alchimiste commençait à montrer des signes de manque, discrets, certes, mais quand même. Ses mains tremblaient très légèrement, et il avait parfois des petites bouffées de chaleur. Cependant, son supérieur ne semblait pas prêt à lui laisser sa récompense. En effet, il insistait pour montrer à fullmetal la manière dont il devait se comporter dans une telle situation.

« Alors, tu vois, déjà, tu dois avoir un petit cri aigu, un peu comme ca : Kyaaaa ~. Après, tu dois prendre le plateau et te cacher derrière, mais de façon… Mignonne. Tu vois ? »

« Mais je vais pas faire ça ! Ca va pas ? Déjà que porter ce… Ce… truc, là, c'est assez humiliant, j'vais pas continuer hein ! »

Roy le regarda, agitant un doigt dans sa direction :

« Les crevettes, Fullmetal, penses aux crevettes ! »

« … »

« He bien ? »

« … Kyaa … »

« Un peu plus fort, je ne t'entends pas ! »

« … Kya ?… »

« Allons, allons… »

« Kyaaaaaaa ~ »

Semblant satisfait de son alchimiste, il se cala de nouveau dans son fauteuil, sa tasse à la main et un sourire aux lèvres, oubliant ostensiblement les crevettes de sa crevette, ce qui d'ailleurs n'échappa pas à cette dernière.

Edward commença à tapoter nerveusement le bureau de ses ongles, vernis pour l'occasion, jetant un regard noir à Mustang, qui, au bout de quelques instants, soupira et commença à griffonner sur un bout de papier, marmonnant :

« Alors… Le café plus la tenue plus ça, ça et ça… Cela nous donne… Sept crevettes ! »

« Se…Sept ? C'est tout ? Mais… Mais c'est de l'esclavage, de… De l'exploitation ! De l'abus de pouvoir ! »

« Sept ou rien, c'est toi qui vois ! »

Tentant le tout pour le tout, le blondinet tenta le regard mouillé et des postures qu'il croyait être plutôt féminines et mignonnes, comme Roy semblait le désirer, mais le seul résultat qu'il obtint fut un regard plus qu'interrogateur de son supérieur, qui finit par lui demander :

« Tu fais quoi au juste ? »

« Hein ? Heu… Rien, rien… »

Déçu par sa prestation visiblement médiocre, Edward piqua un fard en lissant nerveusement le devant de son tablier ce qui, pour le coup, paru plaire à Roy qui reprit son bout de papier pour y griffonner un « +1 » avant de l'annexer dans le dossier « Shrimp Game ».

Il termina lentement son café, s'accordant une petite pause entre chaque gorgée, un sourire gagnant petit à petit ses lèvres à mesure que l'impatience d'Edward grandissait. Un fois sa tasse vide, il se leva, contourna son bureau, zigzaguant entre les différents meubles de son bureau (et il y en avait, semblant de rien…) pour (enfin) se retrouver devant l'aquarium aux crevettes.

Le blondinet n'en pouvait plus. Il n'avait pas bougé du coin du bureau mais suivait chaque geste de Roy avec attention puis finit par exploser quand il remarqua que Roy se mit à astiquer avec soin la vitre de l'aquarium :

« T'as pas bientôt fini ? J'en peux plus ! Je les veux ! Tout de suite ! Raaaaaah ! »

De la bave écumait de sa bouche, ses yeux lançaient des éclairs, il tremblait de plus en plus et était à deux petits doigts de sauter sur Mustang pour lui faire avaler son chiffon et pouvoir ainsi nager librement au milieu de ses crevettes adorées. S'imaginer cette scène parvint à le calmer un peu, et un sourire béat s'installa sur son visage. Son imagination continuait à faire des siennes, si bien que lorsque Roy s'approcha avec un bol de crevettes, il l'entendit rire niaisement. Pour le coup, il avait vraiment l'air con.

« Pouic ! »

Réveillé brusquement de sa torpeur, Edward oublia temporairement qu'il était un être humain doué de raison ( ?) et civilisé ( ?) , et le premier reflexe qu'il eut fut de donner un coup de dents, assez violent, accordons-le, à la chose qui venait de lui pouiquer la joue.

Un reniflement parvint à son oreille de crevette enragée, et il sentit peser sur lui un regard chargé d'il ne savait trop quoi, mais chargé à bloc. Levant les yeux, il tomba effectivement sur un regard humide et brillant, au bord des larmes. Il secoua la tête et recracha par la même occasion le pouiqueur pour ensuite faire face à un Roy Mustang meurtri-de-l'index-droit qui tenait son doigt avec une sorte d'incompréhension. Et là, ce fut le drame :

« Ouiin ! Pourquoi tu as mordu tonton Roy, hein ? Tu sais que ça fait mal ? »

Ed toisa « tonton Roy » et, fièrement, dégagea une mèche qui lui tombait devant les yeux.

« Tu m'as pouiqué. Personne ne me pouique, moi ! »

Sur ces mots, Edward s'empara du bol de crevettes et se dirigea vers la sortie, aussi dignement qu'il le pouvait, compte tenu de sa situation vestimentaire.

« Trois crevettes ! »

Il s'arrêta, tendit l'oreille et grignota une crevette avant de répondre :

« Pour ? »

« Je veux un câlin ! Tu m'as fait boboooo euuuh ! »

« Un câlin pour trois crevettes ? Tu me prends pour quoi là ? Tu penses vraiment que mes câlins ne méritent que trois crevettes ? Heiiiiiin ? »

« Mais j'ai mal… »

Edward fit mine de repartir, un sourire sadique sur les lèvres.

« Tu prends combien ? »

« Oula, au moins quinze ! »

« Quinze ? Non, c'est trop ! Sept, pas plus ! »

« Rappelle moi qui veut le câlin ? Qui a mal ? Douze ! »

« Arg, tu marques un point… Onze ? »

« Ca me va, mais je veux un acompte de sept crevettes. »

« Ok, va te servir, et dépêche, j'ai maaaal euuuuh ! »

Alors que le blondinet remplissait son bol (d'ailleurs, c'était assez étrange, il avait soudain oublié comment compter, si bien que les sept crevettes se transformèrent en une dizaine. Mais il ne se faisait pas de soucis, il se débarrasserait des preuves très rapidement…), Mustang alla fermer la porte. Il avait quand même une image à préserver, et cette situation pouvait quelque peu la compromettre… D'ailleurs, il tira aussi les rideaux. Il valait mieux être prudent, quand bien même son bureau se situait au dernier étage et ne donnait sur rien. Et puis, c'était tellement plus sympa, cette ambiance sombre !

« Hé ! Pourquoi il fait sombre d'un coup ? Pourquoi t'as tiré les rideaux ? »

« Tu crois quand même pas que j'ai envie de me faire surprendre à te câliner, quand même ! »

« Et tu crois que j'en ai envie moi ? Et puis c'est toi qui l'a demandé, assume au moins ! »

« Hey ! Mais ça change quoi que les rideaux soient tirés ? »

« Ca fait trop pesant comme ambiance ! »

« Ah, si ce n'est que ça, je vais mettre un peu de musique, attends !… Voilàààà ~ »

« Mais c'est quoi cette daube ? »

« Ben, c'est U2… With or without you quoi ! C'est pas de la daube, c'est un pur bijou! »

« Nan mais pourquoi tu me fous ça comme musique ? Ca va pas ? »

« Bah quoi ? »

« C'est le morceau romantique par excellence, pauvre naze ! »

« Mais on s'en tape, qu'est ce que t'attends pour me faire ce qui était prévu ? T'as eu ton acompte, j'attends moi ! »

« Tu fais chier ! »

Sur ces paroles, Ed lança un regard gêné à Mustang, tirant nerveusement sur son tablier et rajouta, timidement :

« Allez, viens… »

Roy avança vers son subalterne d'un pas décidé, et, arrivé devant lui, attendit quelques instants. Un silence gênant s'était installé. Edward observait ses souliers avec beaucoup d'attention tandis que Roy contemplait la couverture d'un magazine posé sur une table basse, non loin de là. (En gros, titre, on pouvait y lire « ''Je suis gay et j'assume !'' Le témoignage choc d'Alex Louis Armstrong ! »). Le silence fut alors brisé par le blondinet :

« Bon… et maintenant ? »