L'inactivité l'agaçait. Les exigences médicales aussi. Mais ce qui avait terminé de l'achever, c'était le certificat médical lui interdisant de travailler pendant quinze jours.

Après 48 heures d'observation et d'examens, elle s'était retrouvée sur le parking. Encore maladroite avec ses béquilles, elle renonça à prendre le bus et opta pour un taxi. Le chauffeur avait presque l'air attristé de voir une ancienne patiente se débrouiller seule à sa sortie d'hôpital. Il lui ouvrit la portière avec un sourire peiné, déposé son sac dans le coffre. Kensi le pria de la conduire à l'endroit qui serait le plus sûr pour elle. L'endroit qui attirait les âmes écorchées des gens comme elle. Un véritable aimant.

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- Tu aurais dû m'appeler. Je serai venu te chercher.

Sans lever les yeux de l'écran de son ordinateur, Deeks reprit :

- Alors ?

- Alors j'ai mal aux mains, j'ai mal au dos, j'ai mal à la jambe et j'ai mal à la tête, répondit Kensi en se laissant tomber dans le canapé.

- Rien que ça. Je suppose que tu as signé une décharge ?

- Non, ils m'ont laissé sortir!, s'offusqua la jeune femme.

Deeks la regarda enfin. Il lui sourit.

- Menteuse.

- Quoi ?

- Tu as la tête légèrement de côté quand tu mens.

Kensi leva les yeux au ciel en soupirant bruyamment. Les choses reprenaient leur cours. Il la provoquait, elle prenait la mouche. Tout était comme avant. Ou presque.

- Kensi ? On saura ce qu'il sait passé.

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- Hetty, je suis sûre qu'il y a plein de choses à faire ! Des choses que vous m'autoriserez à faire. Je ne sais pas moi, de l'archivage, de... des dossiers à ranger, et des... des trucs à classer.

- De l'archivage, donc, Melle Blye, résuma Hetty. Il y a des gens qui font ce travail, et je vous assure que vous le détesteriez.

Kensi était décontenancé. Elle mesurait combien son job était toute sa vie. C'était d'ailleurs effrayant. Beaucoup de salariés rêveraient de quinze jours rémunérés à rester chez soi à lire, regarder les pires émissions à la télé, se gaver de cookies industriels en regardant les allées et venues des voisins. Mais pas elle. Elle avait peur de se rendre compte qu'elle n'était pas si indépendante que ça, qu'elle s'ennuyait seule.

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Eric avait cet air contrit qu'il prenait quand ce qu'il avait à dire l'étonnait lui-même. Ou quand il y croyait à peine. Il savait qu'il allait rompre un moment de quiétude, un de ces instants de fin de journée qui faisait que toutes les catastrophes n'avaient pas tant de poids. Ils étaient tous en train de boire un dernier café, Kensi et Deeks assis sur le canapé, Callen et Sam chacun sur un fauteuil. Sans s'en rendre compte, les deux duos s'installaient désormais côte à côte.

- Eric, un café ?, proposa Kensi.

- Pas... pas tout de suite, bafouilla le jeune homme. On a un problème, Kensi.

La jeune femme pâlit, puis jeta un regard presque paniqué à Deeks. Eric reprit :

- L'ADN retrouvé sous tes ongles est bien celui de Kurt McEvans. Et... il y a aussi celui de Frank Stevens. Son corps a été retrouvé il y a une heure...

Abasourdie, Kensi sentait comme un bourdonnement dans ses oreilles. Elle avait du mal à respirer. Eric s'apprêtait à continuer, mais elle le coupa d'une voix sonore.

- Il a été accusé du meurtre de mon père.

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Ce soir-là, sous sa couette, elle se remémora chaque seconde des derniers jours. Elle tentait d'atteindre un souvenir qui lui échappait. En s'endormant, elle se souvint du ton assuré de Deeks, quand il la raccompagna en début de soirée : « tout ira bien ».

Elle n'en était pas si sûre...