Note: Eh oui, il m'en a fallu du temps -' Désolée désolée, j'ai pas d'excuse (seulement les TPE, le bac de français, le bac de SVT, le code, en y réfléchissant surtout les TPE...ARGHH) ^^ En tout cas, la voilà cette deuxième partie :) C'est cool :) Je ne sais pas encore en combien je vais finir cette histoire, moi qui au départ ne voulait faire qu'on one shot ^^' Enfin bref, j'espère que vous allez l'apprécier, et merci merci merci pour les reviews très gentilles, c'était très euh...gentil? x) (je ne trouve pas de terme plus approprié ^^) Bonne lecture.

On joue, partie 2

Shûichi l'avait reconnue. Cette ambiance si particulière qui le submergeait lorsqu'il était dans les parages, un micro dans les mains. Cette impression de vulnérabilité, et le sentiment d'infériorité, ça aussi, il les avait reconnus, avant même de tourner la tête. Il se doutait, il savait qu'il allait venir le trouver ici. Il ne faisait jamais rien au hasard, se jouait de la fausse naïveté qu'il avait en public, et c'était impossible que ce qui s'était passé dans la loge tout à l'heure puisse n'être qu'une folie passagère. Car s'il s'avérait que Shûichi Shindô soit une proie pour Ryûichi Sakuma, son idole, alors il ne pouvait que lui obéir.

Yuki ne s'embarrassait pas de telles pensées, et serrait les poings, éprouvant une envie féroce de se jeter sur celui qui profitait de son petit ami sans sa permission. Et même si ledit petit ami était d'accord, ne rajoutons pas des détails sans importance, voyons. Et puis, plusieurs choses l'en empêchaient, malheureusement : primo, il ne pensait pas Shûichi approuverait, même si cela ne constituait qu'un détail minime (s'il avait envie de taper sur Sakuma, il le ferait). Secondo, il voulait vraiment comprendre ce qui avait pu arriver dans la loge. Par une sorte de curiosité masochiste, il voulait savoir comment cela avait dérapé, et surtout, comment ce pouvait être possible que Shûichi fasse une chose pareille. Car enfin, Shûichi est amoureux de lui, et jamais il ne penserait à le tromper.

Ryuichi Sakuma était parfaitement conscient de l'effet que son arrivée avait produit. Ce n'était pas pour rien qu'il avait continué sa route sans prendre le temps de sauver un certain moine des ennuis dans lesquels il s'était lui-même fourré. Enfin, il était content de n'avoir pas raté le spectacle de la débandade de Tatsuha à moitié nu. Cela avait été intéressant, visuellement parlant.

Il leva la tête. Seule une faible lampe éclairait la pièce, et les ombres sur son visage lui donnèrent l'apparence d'un bandit masqué. Yuki eut un frisson de mépris, qu'il réprima du mieux qu'il put. Il eut envie de se placer devant Shûichi, qui n'avait pas tourné la tête, pour le protéger de la menace.

La voix de Ryuichi Sakuma s'éleva alors, grave et sensuelle.

« Je viens chercher ce qui m'est dû. »

Shûichi sentit les intonations le traverser tout entier. Il eut envie de jeter un coup d'œil à Sakuma, mais se retint, ne répondant plus de ses actions dans le cas où leurs regards s'accrocheraient. Puis il saisit enfin le sens des paroles, et le sang lui monta à la tête. C'était lui ou la température de la pièce avait grimpé de quelques degrés ?

« Ou sinon ? » fit Yuki assez lentement, le son s'accentuant en crescendo, rendant sa voix la plus menaçante possible.

Sakuma ne répondit pas tout de suite, laissant les instincts meurtriers de l'écrivain s'accroître tranquillement. Yuki attendait qu'il fasse un geste, histoire d'avoir une excuse pour se jeter sur lui, mais Sakuma n'avait aucune intention de le satisfaire. Il voulait prouver à Shûichi qu'il restait avec un fou furieux dangereux, et non se jeter lui même aux devants dudit fou furieux. Il semblait presque que des étincelles de rage émanaient de l'écrivain. Shûichi avait eu pour seule réaction de grimacer parfaitement inutilement, et d'implorer du regard Yuki de se tenir tranquille, là aussi parfaitement inutilement. Il voulut dire un mot à son idole sans le regarder, mais ne réussit qu'à émettre une monosyllabe peu convaincante. Sakuma ne fit pas un geste mais parut étonné qu'on lui oppose résistance. C'était bien évident que Shûichi allait le choisir lui, et non le psychopathe blond sur le point d'exploser.

« Il me semble bien que Shûichi est avec moi, désormais. Je viens juste récupérer mon petit ami, » déclara-t-il, histoire d'enfoncer le clou.

Sakuma avait lâché la bombe. Et il en fut assez satisfait. Shûichi gardait les yeux exactement à la même place où ils s'étaient posés précédemment, c'est à dire dans le vide. Son cœur avait raté un battement, et il cherchait vainement à mettre de l'ordre dans le fatras de son cerveau. Depuis quand était-il le petit ami de Sakuma ? Ryuichi Sakuma, cet idéal, le désirait, et maintenant l'aimait ? Etrangement, cela ne lui procurait pas les sensations habituelles que lorsqu'il arrivait à arracher des mots tendres à Yuki. Pas de bonheur intense, pas d'excitation particulière qu'il avait envie de crier sous tous les toits. Non, là, ce serait plutôt une sorte de fierté silencieuse d'avoir été choisi, de ne plus être un boulet. Cela faisait du bien à son orgueil, pas toujours très en forme. Malgré la tension, son corps s'apaisa, et il se sentit plus heureux. Il camouflait un sourire naissant quand il reprit pied dans la réalité. Il s'étonna soudain que le blond ne se soit pas encore jeté sur son adversaire.

« Et en quoi ce serait le cas ? Le petit ami de Shûichi, c'est moi, finit par répondre celui-ci d'une voix glaciale et sans appel.

-Vous avez rompu, et j'ai saisi la chance que j'attendais depuis longtemps, répliqua Sakuma en haussant les épaules.

-Ce n'était qu'une fausse rupture ! cria Yuki sans pouvoir s'en empêcher.

-Même si c'est le cas, Shûichi était libre de refuser mes avances. Il ne l'a pas fait. Tirez-en les bonnes conclusions. A cet âge, on se lasse vite. »

Le blond tressaillit. Shûichi avait cherché de la nouveauté, l'avait trouvée, et maintenant allait le délaisser ? Il était partagé entre deux solutions : kidnapper Shûichi et prendre l'avion là où le misérable chanteur ne pourrait pas les trouver, ou trucider ledit misérable chanteur. Cette option semblait de plus en plus alléchante. Il serra le poing. Shûichi, qui avait à nouveau perdu le fil, se décida enfin à intervenir (après tout, c'était de lui qu'on parlait).

« Pas du tout ! Je ne me lasserai jamais de Yuki ! s'écria-t-il avec foi, mais sans oser regarder Sakuma.

-Et tes fans ? rétorqua l'autre sans pitié. Eux, ne ce sont-ils pas déjà lassés, de cet écrivain qui te traite comme un moins que rien ? »

Ryûichi était devenu acide, la phrase de Shûichi ne lui avait pas plu. Le brun en resta coi. Yuki ouvrit la bouche pour répliquer vertement, mais se tut en tournant son regard vers Shûichi. Complètement figé, un semblant de tristesse planant sur le visage. Pas de doute, pour lui, c'était la vérité. Mais pourtant, ce n'était qu'un tissu de mensonges ! Il n'avait jamais traité Shûichi comme un moins que rien! Il ne l'avait jamais rembarré férocement, jamais traité de chose inutile, jamais… ! Yuki contraint son cerveau à ne plus penser davantage. Il avait le sentiment qu'il allait découvrir qu'il avait tort quelque part dans l'histoire, et cela ne lui plaisait pas du tout. Le seul coupable ici, c'était Shûichi. Et il allait devoir le regagner, lui. Son visage prit un air plus dur. Sakuma se passa la main dans les cheveux.

« Ca ne change rien à mon amour pour Yuki, » déclara Shûichi.

Yuki eut un ricanement fier et méprisant à l'égard de Sakuma.

« Et ton amour pour moi ? rétorqua Sakuma.

-Com… ? commença Shûichi éberlué, mais Yuki fut plus rapide que lui.

Il se jeta sur Sakuma. Les deux firent un roulé-boulé sur la moquette dans un son de hargne. Shûichi crut apercevoir vaguement Yuki essayant d'étrangler son adversaire, mais c'était difficile de s'y retrouver dans cet enchevêtrement de bras et de jambes.

« Euh…Yuki, Monsieur Sakuma ? S'il vous plaît ? Euh…stop ? » fit-il d'une petite voix, l'index droit levé comme s'il voulait poser une question.

Il resta un moment immobile, admirant l'effet prodigieux qu'avait eu ces bonnes paroles. Les deux combattants n'en avaient strictement rien à faire. Shûichi décida finalement de se jeter dans le tas en hurlant.

« Shûichi, va-t-en ! » lui ordonna Yuki en tentant de le dégager.

Le brun fit un signe négatif de la tête et s'accrocha désespérément à la jambe droite de Yuki, tel un koala particulièrement envahissant. Yuki se releva en pestant, les cheveux en pétard, et secoua sa jambe afin de lui faire lâcher prise. Sakuma, le nez en sang, se mit debout assez péniblement. Il était plus sombre que jamais, et Shûichi se sentit faiblir devant son aura.

« Au fait, j'ai… non, un mystérieux appel anonyme a informé la presse du nouveau couple qui venait de se former. »

Yuki se figea, Shûichi toujours accroché à sa jambe, et celui-ci finit par lancer un regard sur Sakuma. Son regard, son sourire, sa chemise, cette fameuse chemise… L'aura imposante qui l'entourait comme une bulle dorée… Shûichi était désormais incapable d'avoir la moindre conversation cohérente. Yuki émit un grognement de frustration et secoua Shûichi violemment. Le chanteur hypnotisé se souvint soudain de sa présence et se sentit honteux. Il tourna la tête des deux côtés comme le spectateur d'un match de tennis. Il se retrouvait coincé entre deux attirances. Yuki était l'homme dont il était amoureux, Sakuma le chocolat auquel on ne pouvait pas résister.

« Bien, reprit le chanteur surdoué en tournant la tête. Je vous laisse en… discuter. Je reviendrai. »

Yuki semblait désormais plus désemparé qu'en colère. Voir Sakuma s'approcher de la porte clopin-clopant le rasséréna quelques peu, mais ne parvint pas à annihiler le sentiment amer que le semi-sourire victorieux du chanteur provoqua. Sakuma s'appuya sur la poignée, avec un soulagement manifeste bien que camouflé, et s'arrêta un instant. Il tourna la tête, englobant la pièce du regard.

« Je te veux », fut sa dernière déclaration, lancée avec des intonations flamboyantes.

Et il s'éclipsa. Shûichi resta les yeux dans le vide et desserra sa prise, permettant à Yuki de s'extirper sans ménagement. En deux enjambées, il fut dans la chambre. Il ne pouvait pas faire comme si rien ne s'était passé. L'attirance avait été quasi-palpable. La conclusion était enfantine. De Sakuma et lui, un était de trop. Et il savait lequel. Il saisit quelques affaires complètement au hasard et remplit un sac de voyage. Il ne s'aperçut pas qu'il emmenait des maillots de bain, un costume et même un oreiller. Le sac sur l'épaule, il traversa l'appartement sans un regard pour la statue glacée qui se trouvait au centre. Il fit tout de même un arrêt devant la porte.

« Yuki ! » l'appela Shûichi, qui ne bougeait pas, complètement désemparé.

Le blond prit une profonde inspiration, esquissa un mouvement pour se retourner, mais finalement disparut. Shûichi tomba à genoux. Il n'avait pas la force de le rattraper. Tout ça était de sa faute. Son corps s'affala sur le sol et son cerveau lui imposa le repos. Tout, sauf penser à ce qui venait de se produire. Il plongea dans un faux sommeil tourmenté.

Quand il entrouvrit finalement les yeux, il était couché confortablement, la tête appuyée sur deux oreillers moelleux. Il se redressa précipitamment. Le lit lui était familier. La chambre aussi, il l'avait déjà vue. Le propriétaire aussi, d'ailleurs.

« Tu vas bien, Shû-chan ? demanda Hiro en un sourire compatissant, s'accroupissant à côté de son propre lit.

Shûichi s'étira et se frotta les yeux. Il ne se souvenait même pas que son meilleur ami l'ait emmené où que ce soit. Le sang lui battait aux tempes et toutes ses pensées semblaient se mélanger dans sa tête. Joyeux foutoir.

« Quand j'ai vu Sakuma puis Yuki sortir…je me suis dis que tu avais besoin de soutien, l'informa Hiro en posant une main sur son épaule.

-Monsieur Sakuma ! Yuki ! Je dois retrouver Yuki ! » se souvint Shûichi, soudainement affolé.

Il se leva précipitamment et se rendant compte qu'il était en boxer, chercha de tous les côtés ses vêtements. Il devait parler à Yuki, s'expliquer avec lui ! Hiro le prit par les épaules et le fit rasseoir sur le lit.

« Du calme. Tu ne peux rien faire dans cet état-là. En plus…ajouta-t-il avec un coup d'œil narquois, c'est moi qui suis en possession de tes vêtements. Alors à moins que tu veuilles concurrencer Tatsuha, tu restes ici. »

Shûichi croisa les bras en une expression fâchée. Hiro sourit affectueusement, avant de se rembrunir.

« Shûichi, que s'est-il passé, exactement ? »

Le chanteur soupira et n'osa pas regarder son ami en face. Ses yeux se remplirent de larmes.

« Je… J'étais chez Yuki…Et…Monsieur Sakuma est venu… »

Hiro hocha la tête frénétiquement pour l'inciter à continuer. Il avait suivi l'affaire de loin, d'en bas, et cela faisait depuis la veille au soir qu'il attendait des explications. Il avait voulu réveiller Shûichi lorsqu'il l'avait trouvé endormi au milieu du salon, mais avait eu trop pitié pour le faire.

« Et…alors…et alors… »

Shûichi ne put continuer, sa voix s'était brisée en un sanglot. Hiro le prit dans ses bras avec tendresse. Son petit Shû-chan était toujours aussi émotif. Comme il se calmait, il reprit doucement :

« Alors ?

-Alors Monsieur Sakuma a dit que j'étais son petit ami, maintenant, et que je… »

Hiro le lâcha, stupéfait. Son…quoi ? C'était sérieux cette histoire ?

« Tu as vraiment rompu avec Yuki ? »

Il regretta instantanément sa question, posée sur le coup de la surprise. Des torrents de larmes se déversèrent des yeux de Shûichi et roulèrent sur ses joues et sur le sol de son appartement. Hiro pensa furtivement à aller chercher une serpillière, au cas où l'eau s'infiltre chez les voisins du dessous, mais se retint.

« Non ! pleura Shûichi. J'aime Yuki, et maintenant, tout a été gâché ! Il est parti, il m'a laissé tout seul ! Et Monsieur Sakuma a dit que quelqu'un avait averti la presse qu'il…que nous… »

Ses yeux tombèrent soudain au pied du lit, où un tas de journaux était posé. Cela l'arrêta net. Les deux amis s'entre-regardèrent en silence, puis Shûichi se jeta sans prévenir sur la pile. Hiro l'attrapa de justesse et l'en empêcha.

« Attends! Tu dois te préparer psychologiquement avant… C'est important ! » ajouta-t-il alors que Shûichi faisait un geste signifiant qu'il n'en avait rien à faire et se débattait.

Hiro avait l'air ennuyé. Il patienta quelques instants puis saisit le premier journal de la pile, qui arborait des couleurs vives. Shûichi déchiffra rapidement la une. Une grande photo de lui et de Sakuma s'étalait sur la couverture, dans la position même où les journalistes les avaient surpris dans la loge. Shûichi jeta un regard sceptique à son meilleur ami, qui prit un autre journal, la mine plus sombre. Là, c'était Tatsuha qui courait presque nu, une expression d'angoisse atroce sur le visage.

« Oh pardon, fit Hiro en remballant le journal, retenant un petit rire. Celui-là, je l'ai juste pris parce qu'il était drôle. »

La situation ne pouvait être plus tendue, et la méprise n'avait pas arrangé les choses. Il choisit finalement un autre journal et vérifia cette fois-ci qu'il s'agissait bien de celui qu'il voulait.

« C'est pas cool, » fit-il simplement en tendant le quotidien à son meilleur ami, qui s'en saisit, tremblant.

Les ventes de Bad Luck bondissent : les révélations sur la manipulation du groupe !

Shûichi Shindô et Ryûichi Sakuma : FAKE ! Mais jusqu'où ira Bad Luck pour sa propre PUBLICITE ? Réactions des fans, déçus.

« Ils sont tous plus ou moins comme ça, soupira Nakano en se rasseyant sur le lit.

-Qu… ? » bégaya l'autre, choqué, sans quitter le titre fatal des yeux.

Il n'avait jamais, au grand jamais voulu faire un coup de pub. Rien n'avait été planifié, prévu, pensé. Comment les journalistes pouvaient-ils croire… ? Comment les fans… ? Non, impossible. Comment la situation était-elle devenue si compliquée ? Et puis : qui ? Qui avait révélé tout ça ?

Shûichi s'affala sur le lit, complètement désespéré, et pensa un instant à se rendormir, histoire de ne plus penser à ses problèmes. Il jeta un coup d'œil à Hiro qui semblait plutôt gêné, comme s'il n'osait pas demander un service. Il se tordait les mains, chose rare, et son regard se perdait sur les murs de la chambre. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, mais la refermait à chaque fois. Shûichi attendit qu'il prenne la parole, puis se décida finalement à intervenir :

« Euh… Hiro ? T'as une solution ? »

Le dénommé hocha la tête gravement, mais ne prononça pas un mot. Le silence s'installa, et Shûichi lui donna une tape sur l'épaule, de plus en plus perdu.

« Il y a bien une solution, finit par faire Hiro d'un ton sombre. Il suffit de démentir la rumeur.

-Démentir la rumeur ? Mais c'est la vérité ! On ne peut pas démentir un événement qui s'est vraiment déroulé ! Je…enfin, il s'est vraiment passé quelque chose entre Monsieur Sakuma et moi hier. Et puis, les journalistes ont des photos !

-Tu ne comprends pas. Il faut démentir la rumeur comme quoi nous sommes des menteurs, et comme quoi ta relation entre Sakuma est fausse. Ainsi, plus personne ne pensera que Bad Luck manipule ses fans et ne fait ça que pour la publicité. »

Shûichi s'immobilisa complètement, et garda les yeux dans le vague. Il faut démentir le fait que sa relation soit fausse ? C'est-à-dire… prouver que la relation est vraie ?

« Mais… comment ? balbutia-t-il, perdu.

-En sortant avec Sakuma ! En t'affichant avec lui devant les caméras ! »

Hiro avait presque crié, et s'en voulut. Toute la culpabilité qu'il ressentait à cet instant avait fini par surgir, et s'était déversée sur son meilleur ami. Il n'osait pas croire qu'il lui demandait de sacrifier sa relation avec Yuki pour sortir publiquement avec le chanteur surdoué. Shûichi allait refuser, probablement, c'était complètement idiot d'inventer des stratagèmes pareils. La remarque eut l'effet d'un coup de fouet pour Shûichi, qui sembla sortir d'une sorte de transe molle et déprimée, que le départ de Yuki avait précédemment suscitée. Le schéma se fit dans sa tête. Leurs fans les prenaient pour des menteurs prêts à tout pour la notoriété et l'argent. Autant dire que l'image du groupe allait très gravement en pâtir. Sans compter que les fans de Nittle Grasper allaient leur tomber dessus. Le choix n'était pas difficile, juste inexistant. Toute cette histoire était de sa faute, et il ne pouvait y mêler Bad Luck.

« Je le ferai, répondit-il, faisant presque sursauter Hiro, qui le regarda avec des yeux ronds. Je sors avec Sakuma, je provoque une dispute en public, on rompt, je retrouve Yuki et tout redevient comme avant. »

Hiro voulut lui dire que la probabilité que Yuki veuille encore de lui après ces péripéties était très faible, mais une solution apparaissait à leur problème et il ne voulait pas gâcher cette lueur d'espérance. Il se contenta d'hocher la tête, vaguement coupable.

/

Un jeune homme blond pianotait furieusement sur son ordinateur. Il s'était récemment découvert un talent de pigiste. Sa vie aurait pu paraître parfaite _ une jolie femme, un poste de directeur de production. Mais une personne jetait une ombre sur ce tableau idyllique. Une affection à laquelle il ne pouvait échapper. Yuki Eiri était tout simplement indispensable à la vie de Tôma Seguchi. Il ne savait déterminer le degré de cet attachement, peut-être n'était-il qu'amical ? Et dans le cas contraire, où plaçait-il sa femme Mika, dans tout ça ?

Quoi qu'il en soit, toute personne apparaissant comme proche de Yuki Eiri lui était insupportable. Exemple : Shûichi Shindô. Comment cet idiot avait-il réussi à mettre la main sur le bel écrivain ? Heureusement, il avait découvert un moyen de mettre un terme à cette relation. C'est que Shûichi ne laissait pas indifférent son grand ami Ryû-chan. Alors quand le petit Suguru était venu le mettre au courant de la rupture de Shûichi et Yuki, il avait poussé Sakuma à agir. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'y était pas allé de main morte. D'ailleurs, tout cela avait été d'une facilité assez déconcertante, il aurait pensé que Shûichi protesterait. Complètement immature, ce gamin. Enfin bref, un petit coup de téléphone par ci, deux petits coups de téléphone par là, et voilà les journalistes sur l'affaire. La télévision avait été très rapide, et cela avait paraît-il porté un coup fatal à la relation Shûichi/Yuki. Mais loin de le remercier, l'écrivain s'était mis à boire comme un trou ! (il s'était aussi jeté sur lui en le prenant pour le chanteur, mettons ça sur le coup de l'alcool) Finalement, Shûichi avait réussi à être évincé, et tout aurait pu être pour le mieux. Oui, tout aurait pu être pour le mieux si seulement une source non déterminée (il allait tuer Yuki) n'avait pas été prévenir les journalistes que la toute nouvelle relation entre les chanteurs était bidon.

Du coup, il apparaissait clairement qu'il devait rétablir la situation. Mais d'un autre côté, la chose avait pris une tournure différente, puisque maintenant c'était à Bad Luck qu'on s'en prenait. Il était curieux de voir comment ils allaient s'en dépatouiller. Et puis, il irait bien toucher un mot à Yuki, voir comment il prenait tout ça (mal, espérons). Oui c'est cela, il allait parler à Yuki.

/

Rûischi Sakuma, une casquette sur la tête, une paire de lunettes sur les yeux, était adossé à un mur sombre. Un fin sourire éclairait son visage. Un jeune homme s'approcha de lui, bizarrement hésitant, lui aussi méconnaissable. Le chanteur surdoué tourna la tête et apprécia la vue qu'il offrait.

« Hello, Shû-chan. Tu as réfléchi? »

L'autre sentit des frissons le parcourir. Entendre son idole magnifique l'appeler Shû-chan ! Heureusement qu'il portait des lunettes, ou sinon il n'aurait plus été responsable de ses actes.

« Hum…oui, » balbutia-t-il, légèrement honteux. Après tout, ce n'était que pour récupérer et Yuki et son honneur qu'il revenait vers Sakuma.

Le sourire de ledit Sakuma s'élargit. Shûichi aurait juré avoir vu ses yeux pétiller derrière ses lunettes noires. Cela le mit extrêmement mal à l'aise, et il cacha son trouble en détournant la tête.

« Et je vois que tu as fait le bon choix, continua Ruischi, très observateur. C'est bien. En même temps, je n'en attendais pas moins de toi, cher Shû-chan. Je me demandais comment un garçon aussi doué et intelligent que toi pouvait accepter de se faire maltraiter de la sorte. »

Shûichi rougit effroyablement. Il n'était pas vraiment habitué à ce genre de compliments.

Sakuma parut assez satisfait de sa réaction. Il s'approcha lentement, et Shûichi dut se faire violence pour ne pas reculer devant son aura. Il s'efforçait de ne pas le regarder, gardait les yeux fixés sur le sol et Sakuma se colla quasiment à lui, un sourire narquois sur le visage. Shûichi fit un pas en arrière et s'accrocha au mur froid. Sakuma suivit le mouvement et se plaça à ses côtés, le bras droit appuyé à la pierre. De sa main gauche, il saisit ses lunettes de soleil et les plaça sur le haut de sa tête, dans ses cheveux bruns. Shûichi n'y tint plus, et lui jeta un regard furtif. Il s'était perdu. Complètement figé, il laissa son idole lui enlever ses propres lunettes de soleil, tout en douceur. Les deux regards enfin liés, Sakuma lui attrapa une mèche de cheveux, qu'il entortilla autour de son doigt. Il fit courir ce même doigt sur la joue de Shûichi. Une horloge sonna cinq heures.

« Il est temps, pensa Shûichi, surtout garde ton calme. »

Il se tourna de façon à faire face au chanteur surdoué, qui eut un mouvement de surprise. Rapidement, il approcha son visage du sien. Il pouvait sentir son souffle.

« Ne t'emballe pas. N'en profite pas », se morigéna Shûichi tandis qu'il l'embrassait.

Peine perdue. Sakuma réagit immédiatement, et lui rendit son baiser puissance mille. Il se plaqua contre lui, et Shûichi sentit qu'ils ne pourraient plus s'arrêter. Comme dans la loge. Mais des clics familiers leur parvinrent soudain et des flashs les éblouirent. Comme dans la loge. Ils s'écartèrent, frustrés. Une dizaine de journalistes se trouvaient devant eux. On les avait décidément bien informés. Bien que Shûichi fut à l'origine de cette interruption, il pensa tout-à-coup qu'ils auraient bien pu venir un peu plus tard.

« Monsieur Sakuma ! Monsieur Shindô ! Un petit mot s'il vous plaît ! »

Shûichi sentit que Sakuma lui jetait un regard en biais. Il sentit aussi qu'on lui prenait le bras. Il fut soudain tiré en avant par son idole. Courant, ils traversèrent et esquivèrent les journalistes, trop surpris pour essayer de les arrêter. Ce ne fut qu'un instant plus tard qu'ils commencèrent à leur courir après.

Malheureusement, ce à quoi Ryuischi n'avait pas pensé, c'est au côté inaperçu de leur troupe. Deux chanteurs très connus coursés par une horde de journalistes, évidemment personne ne remarque. Résultat : des fans en furie s'ajoutèrent aux poursuivants, et finalement, les deux fugitifs durent se séparer. Ryuichi serra une dernière fois le bras de Shûichi puis le lâcha après un regard flamboyant et un clin d'œil. L'autre courut dans la direction opposé, et parvint à semer tout le monde au coin d'une rue sombre. Il s'assit par terre, et tenta de reprendre son souffle. Au moins, on pouvait être sûr que demain tout le Japon serait au courant de leur escapade. Du coup, ils n'auraient pas à recommencer.

« Dommage », se dit-il, et il fut aussitôt horrifié d'avoir eu cette pensée.

C'est qu'il s'était bien amusé… Et puis, ça ne servait à rien de le nier, Sakuma était tout simplement très…sexy. En plus, ça faisait du bien d'avoir à ses côtés quelqu'un dont il était sûr de l'affection. Non, stop ! C'était fini. Il allait juste devoir simuler une rupture avec Sakuma. Le pauvre allait avoir de la peine… Mais non ! D'accord, Sakuma était un chanteur magnifique, mais celui dont il était amoureux, c'était Yuki ! Yuki. Yuki. Se concentrer sur cet objectif : Yuki. Oui, donc il rompait avec Sakuma et allait se jeter aux genoux de Yuki. Se traîner devant lui, quémander son pardon. Shûichi haussa un sourcil. On reverrait les détails plus tard, laissons d'abord faire les journaux.

/

Tôma Seguchi pénétra dans un petit hôtel à l'aspect tranquille. Après un renseignement à la réception, il prit un petit ascenseur qui manqua de tomber en panne à mi-parcours. Il sortit de la cage avec soulagement. Il avança dans un couloir assez clair, des tableaux de paysages de campagne étant accrochés symétriquement sur les murs. La lumière s'alluma automatiquement, et Tôma Seguchi épousseta son costume. Il s'arrêta devant une porte beige portant le numéro 36. Son index appuya trois fois sur la sonnette et un driing lui parvint. Quelques instants plus tard et une totale absence de réaction, il actionna la poignée de la porte, qui s'ouvrit. Il fit quelques pas dans un silence de mort. La pièce était sombre, il poussa l'interrupteur à côté de la porte.

« Tôma, » l'accueillit Yuki Eiri, assis dans le noir sur un lit deux places.

Tôma faillit sursauter. A cet instant, Yuki ressemblait parfaitement à un fantôme. Le producteur s'approcha du lit, et alluma la lampe de chevet. Les ombres sur le visage de Yuki s'intensifièrent, et ses cernes bleues ressortirent. Tôma grimaça et remarqua l'ordinateur portable qui se trouvait aux côtés de l'écrivain.

« Que veux-tu, Tôma ? Tu ne crois pas que tu en as déjà assez fait comme ça ? »

Tôma ne répondit pas et s'assit à côté de lui. L'ambiance de cette pièce était trop pesante.

« Comment as-tu su que j'étais ici ?

-Voyons, je sais tout, Eiri, murmura Tôma après un silence.

-Evidemment. »

La colère de Yuki montait. Il ne pouvait évidemment pas tout reprocher au blond, après tout, c'était Shûichi qui avait décidé de le tromper, mais il avait envie de passer sur lui sa fureur grandissante. Et ce dont on pouvait être sûr avec Tôma Seguchi, c'était qu'il n'était jamais complètement innocent des ennuis qui l'accablait.

« Tu es content de toi, j'espère ?

-Assez. »

Ce n'était pas tellement faux. Voir Yuki aussi désemparé prouvait à Tôma qu'il avait besoin de lui, et rien ne pouvait lui faire plus plaisir. Yuki se tourna vers lui, et aperçut son petit sourire satisfait. Sa colère explosa. Il venait d'avouer. Il avait avoué. Il lui saisit les poignées et le plaqua sur le lit, furieux.

« Mais que cherches-tu Tôma ? Hein ? Qu'est ce que tu veux ? Ca ? »

Il l'embrassa pendant de longues secondes. Le producteur se pétrifia.

« Je…je…balbutia-t-il dès que sa bouche fut libre.

-Ca ne te suffit pas, hein ? T'en veux plus, c'est ça Tôma ? »

Il glissa ses mains sous la chemise qu'il avait préalablement déboutonné. Tôma n'osait bouger. Qu'était-il censé faire ? D'un côté, ce n'était pas désagréable, mais d'un autre, comme ça, par colère ? Et puis, était-ce vraiment ce qu'il recherchait ? Attendait-il ça de Yuki ? Ce dernier ne perdait pas son temps et commençait à débarrasser le blond de son pantalon de costume. Tôma réagit et le repoussa en parlant d'une voix calme :

« Stop, Eiri. Stop. »

Yuki obéit immédiatement. Il était toujours en colère contre lui, mais maintenant il se sentait aussi honteux. Il ne le voulait pas. Absolument pas. Et penser à Shûichi en faisant ça n'allait certainement pas arranger ses problèmes. Il avait déjà fait tout ce qui était en son pouvoir. Il avait écrit une jolie petite lettre au quotidien le plus connu du Japon, et les avaient informé de la fausseté de sa rupture avec Shûichi.

Tôma se redressa, et tenta de se rhabiller tout en restant digne. Devait-il regretter de l'avoir arrêté ? C'est vrai, à la fin, que voulait-il ?

/

Shûichi était rentré chez Hiro, et n'en était plus sorti. Inutile de pointer le nez dehors tant que ce ne serait pas obligatoire. Il semblerait que le scandale lui conférait plus de célébrité que son propre talent. Réjouissant.

La porte s'ouvrit vivement et Hiro passa l'entrée avec un large sourire aux lèvres, des tas de journaux dans les bras. La récolte avait été bonne et apparemment, le résultat de la manœuvre ne s'était pas fait attendre, médiatiquement parlant. Ce n'était que le lendemain, et déjà plusieurs journaux titraient VRAI OU FAUX ?, leur une agrémentée d'une photo des deux chanteurs.

« Le libraire me prend pour un psychopathe fanatique, je crois, soupira Hiro en déposant ses trouvailles sur son lit. Je suis arrivé le visage à moitié caché et lui ai pris tous ses journaux sur Bad Luck ou Nittle Grasper, comme hier matin. Je peux me vanter d'avoir fait doubler son chiffre d'affaire. »

Shûichi lui adressa un sourire un peu moins authentique que d'habitude. Cela avait fonctionné, d'accord, mais à quel prix ? Hiro détourna les yeux. Depuis la veille, et quand il avait vu revenir son meilleur ami, un air étrange sur la figure, il combattait sa culpabilité qui lui répétait que tout ceci était de sa faute car Shûichi n'était pas assez intelligent pour trouver l'idée de sortir avec Sakuma tout seul (merci pour lui).

Tout à coup, le téléphone sonna, faisant sursauter les deux amis. Hiro décrocha avec appréhension (les paparazzis savaient-il déjà que Shûichi était là ?)

« Shû-chan ? fit une voix enfantine dans l'appareil.

Hiro pâlit, et s'éloigna instinctivement du téléphone. Sakuma ! Que devait-il faire ? Shûichi s'approcha de lui avec des yeux ronds. Sans plus d'explication, Hiro lui fourra l'appareil dans les mains, réflexe assez lâche en y repensant.

« Shû-chan ? répéta la voix, d'une manière plus plaintive cette fois.

-Monsieur Sakuma ? balbutia Shûichi en rougissant comme une pivoine.

-Ah.… Shû-chan ! répéta son interlocuteur, content. Je suis rassuré. Tu vas bien ? J'ai eu du mal à trouver ton numéro, tu sais, et j'ai demandé à Tôma…

-Oui… oui, je vais bien. Très bien même. »

Shûichi se sentit honteux d'avoir bredouillé de la sorte. Que pensait Sakuma de lui à présent ? Mais en même temps, il eut l'impression de fondre. Il s'était inquiété pour lui. Un sourire niais s'étira sur son visage. Hiro l'aperçut et se mordit la lèvre.

« Super ! s'exclama Sakuma. Et que dirais-tu, ce soir…d'aller faire un tour ? »

Shûichi se crispa sur le téléphone et lança un regard de SOS vers Hiro, qui l'interrogea en retour en écarquillant les yeux.

« Un rendez-vous…chuchota le brun, sans avoir la présence d'esprit d'éloigner le téléphone de sa bouche.

-C'est cela, répondit Sakuma qui croyait qu'on lui parlait. Je serais très…heureux de te voir… »

Shûichi tremblait. « Heureux ». Il serait « heureux » de le voir. Hiro analysa rapidement la situation. Un autre rendez-vous ne pourrait faire aucun mal à la renommée du groupe, mais d'un autre côté, plus Shûichi s'éloignait de Yuki, plus il allait avoir de risque de le perdre. Et puis, Sakuma est tout de même l'idole de Shûichi depuis pas mal d'années, et il pourrait lui faire faire à peu près n'importe quoi. Mais l'affaire avancerait… Hiro hocha la tête, honteux, et Shûichi, ne se posant plus trop de question, répondit un petit oui timide. Sakuma, après avoir insisté sur sa joie, raccrocha. Shûichi fit de même, bien trop troublé.

Ce n'était que pour le groupe. Que pour l'intérêt de celui-ci qu'il sortait avec Sakuma une nouvelle fois. Après, tout serait fini. On n'en parlerait plus. D'ailleurs, dès ce soir, il romprait avec lui. Enfin non, ce serait dommage de gâcher une belle soirée…une belle soirée de travail, hein. Il l'appellerai demain, et conclurait l'affaire au téléphone. Voilà, bon programme.

« Tout redeviendra comme avant, hein Hiro ?» chuchota-t-il.

Hiro décida soudainement qu'il avait quelque chose de très important à faire très loin d'ici. Il grommela une réponse incompréhensible et s'enfuit de la pièce. Shûichi prit un air résigné : ce soir serait le dernier. Devait-il appeler les journalistes ?