Il n'osait pas le regarder, devinant qu'il regrettait ce qui avait failli se passer la veille. Sasuke ne comprenait pas le rejet de Naruto. Il était pourtant sûr que lui aussi en avait eu envie. Alors pourquoi s'était-il enfui? Pourquoi ne lui avait-il pas adressé la parole depuis le début de la journée? Pourquoi fuyait-il son regard?
Même si Sasuke souffrait intérieurement du rejet de l'objet de ses pensées, il refusait de le laisser paraître. Même s'il brûlait d'envie d'aller lui parler, il ne ferait pas le premier pas. Même s'il ne pouvait s'empêcher de tourner les yeux vers lui, jamais il n'admettrait qu'il le faisait car son rire l'attirait comme un aimant.
Il était un Uchiha, bon sang, et un Uchiha ne devait jamais montrer ses émotions.
Aussi garda-t-il un visage impénétrable alors que voir Naruto agir comme s'il ne s'était rien passé entre eux glaçait son cœur de douleur et embrasait son âme de fureur.
De son côté, l'Anbu aussi regardait Sasuke. Toute la nuit, il avait réfléchi à ce qu'il dirait à Sasuke, comment expliquer son refus d'aller plus loin avec lui. Des cernes se creusaient sous ses yeux, même si ses années au sein de Konoha no Anbu avaient enseigné à Naruto comment dissimuler sentiments et faiblesses.
Comment pourrait-il annoncer son rejet à Sasuke sans le faire souffrir et sans vraiment lui expliquer pourquoi? Il passa une main dans ses cheveux, déjà naturellement décoiffés. Comment lui dirait-il sans se trahir? Au cours de ces dernières années, ses coéquipières lui avaient répété un nombre incalculable de fois qu'il laissait trop facilement voir ses émotions. Sasuke allait-il devié qu'il n'était pas sincère? Qu'il n'avait en réalité qu'une seule envie, le prendre dans ses bras? L'embrasser fougueusement, jusqu'à l'entendre gémir de plaisir?
Un peu plus loin, Kiba était la proie des mêmes démons intérieurs que Naruto. Laissant ses yeux voyager vers Gaara, assis de l'autre côté de la salle, au premier rang, il soupira. Depuis qu'il l'avait repoussé, l'ancien étudiant de Suna ne lui avait pas adresser la parole, ni même accorder un regard. Bien sûr, le brun ne s'attendait pas à ce qu'il lui saute au cou ou qu'il rit avec lui comme si de rien n'était mais...
« Mais quoi? Tu lui aurais tout expliqué? » se moqua une voix intérieure. « Tu sais très bien que c'est impossible ». Kiba soupira. Bien qu'il ne supporte pas voir le visage défait de son ami, il ne pouvait pas lui avouer la vérité. Lui révéler qu'il ne lui était pas indifférent. Mais il ne le pouvait pas. En quelques jours, il avait appris à connaître Gaara et ses réactions. Il devinait que son excuse ne le satisferait pas et qu'il continuerait de le séduire.
Dans ce cas-là, il ne serait pas long à céder. Non, lui dire la vérité serait trop risqué.
Gaara, quant à lui, n'avait aucune idée des pensées de Kiba. Parfois, il lui jetait un coup d'oeil, caressant sa silhouette musclée. Depuis deux jours, il ne cessait de se demander pourquoi il l'avait repoussé aussi violemment. Peut-être avait-il exagéré en l'embrassant, mais il était certain que son compagnon en avait envie aussi.
Il l'avait lu dans ses yeux, senti dans son corps ferme contre le sien. Tous les regards échangés, tous les effleurements, tous les sourires... Gaara savait qu'ils représentaient quelque chose. Il ne voyait pas pour quelle raison Kiba aurait joué le jeu sinon. Tout en faisant mine d'écouter Ibiki, le professeur de métodes, il lui jeta un regard furtif. Et se fit une promesse.
Il connaitrait la vérité, dusse-t-il lui arracher.
Assise à coté de son frère, Temari soupira. L'apparition d'un sombre sourire sur les lèvres de Gaara ne lui indiquait rien de bon. Bien qu'il n'ait rien dit sur ce qu'il s'était passé la veille, son mutisme plus prononcé que d'habitude, ses yeux emplis de colère s'étaient exprimé pour lui. La réaction de Kiba lui déplaisait. L'ainée des Subaku No connaissait suffisamment son frère pour savoir qu'il n'abandonnerait pas. Une fois de plus, leur vie serait bouleversée par l'homosexualité de son frère.
Serrant instinctivement des poins, elle chercha Shikamaru des yeux. Contre toute attente, elle ne voulait pas utiliser le Nara comme simulacre de Gaara pour évacuer sa tension. Elle voulait s'excuser, consciente d'avoir été un peu violente hier. Elle pressentait que le jeune homme avait quelques problèmes, sinon il n'aurait pas réagi comme ça.
Cependant, en s'asseyant à sa place, son discours d'excuse minutieusement préparé dans sa tête, elle avait constaté qu'il était absent. Encore.
Toutefois, quelqu'un avait remarqué que Shikamaru n'était pas le seul à manquer. Assis au fond, dans l'un des coins de la salle, Sai, qui d'habitude arrivait après Ino, vit que, contrairement à ce à quoi il s'attendait, la jeune serveuse ne discutait pas avec Sakura. L'ayant quitté trois heures plus tôt, il savait qu'elle n'était pas malade. Peut-être dormait-elle encore?
Toute la journée, il guetta discrètement et anxieusement son arrivée. Même épuisée, même fiévreuse Ino assistait toujours au cours. Son inhabituelle absence inquiétait Sai.
Elle apparut aux alentours de dix-sept heures. Bien qu'elle fusse en retard, Kakashi arriva avec un quart d'heure plus tard, provoquant les grommellements des étudiants. Dire qu'ils pensaient pouvoir s'éclipser discrètement.
- Bon, tout d'abord je dois vous annoncer que je serais absent le 10 octobre, et non pas le 3, leur annonça-t-il. Donc ceux qui devaient passer ce jour-là, soit Hinata, Neji et Tenten, présenteront leur exposé le 3.
Hinata déglutit péniblement. Comment ferait-elle? Bien sûr, elle avait déjà commencé à analyser son texte, mais savait que son cousin ne serait pas satisfait. Tout simplement par pur esprit de contradiction. De plus, elle se sentait incapable de parler devant autant de gens.
Elle sentit un regard noir posé sur elle et tourna légèrement la tête, plongeant dans les yeux opalescents de Neji. Les prochains jours promettaient d'être rude.
- Naruto?
L'interpellé tressaillit en entendant cette voix. Non, pas maintenant! Il n'était pas encore prêt à lui faire face. Il se retourna toutefois, découvrant Sasuke derrière lui, comme s'il si attendait. Il le trouvait plus séduisant que jamais, avec son jean noir moulant et sa chemise tout aussi sombre, légèrement entrouverte, laissant apparaître un torse blanc.
- Un problème?
Il s'efforçait d'être le plus froid et distant possible. Même si son interlocuteur montrait un visage impassible, l'entrainement d'Anbu de Naruto lui permit de lire dans les yeux de Sasuke. Il souffrait à cause de son rejet. Malheureusement, il ne pouvait mêler sa vie privée à ses missions. Il vit l'Uchiha prendre une profonde respiration avant de lui demander:
- Pourquoi es-tu parti aussi vite hier soir?
L'Anbu serra les dents, s'attendant à cette question. Que n'aurait-il pas donné pour qu'elle vienne plus tard! Durant ces dernières années, il avait frôlé la mort plusieurs fois au cours de ses missions, mais jamais il ne s'était aussi vide. Il avait l'impression que son cœur ne tarderait pas à s'arrêter. Toutefois, il devait lui dire.
- Ce qu'on allait faire... Nous n'avions pas le droit... Ce n'était pas bien.
- Tu es homophobe? C'est contre-nature pour toi?
- Nan, ce n'est pas ça!
- Tu as peur du regard des autres?
- Non plus!
- Alors c'est quoi? Je ne t'attire pas?
Naruto retint un grognement. Comment cet idiot pouvait croire qu'il ne lui faisait aucun effet alors qu'il ressentait une douce tension au creux de son bas-ventre. Il avait envie de l'embrasser pour lui montrer à quel point il pouvait le désirer. Mais il ne pouvait pas. La mission passait avant tout. Minato. Jiraiya. Kushina. Il devait penser d'abord à eux.
- C'est exactement ça. Tu n'es pas mon genre, Sasuke, je suis désolé, mentit-il sans sourciller.
Douleur. Désillusion. Déception.
- D'accord, je te fous la paix.
Et l'Uchiha partit sans un mot, sans un regard en arrière. Sakura sortit de l'ombre et posa sa tête sur l'épaule de son coéquipier.
- Tu as fait le bon choix, chuchota-t-elle.
- Je sais. Mais ça n'empêche pas la souffrance...
Elle lui serra la main, désolée. Parfois, être un Anbu exigeait des sacrifices trop lourds pour des jeunes de leur âge.
Un blue lagoon. Pourquoi avait-il choisi cette boisson exactement? Peut-être était-il légèrement masochiste, songea-t-il en sirotant son cocktail. Cocktail d'un bleu identique à celui des yeux de l'homme qui hantait ses pensées.
Pourquoi ne cessait-il de penser à lui? N'avait-il aucune fierté pour s'accrocher à quelqu'un qui l'avait rejeté? Non, il devait absolument se reprendre.
- Une vodka orange, Asou, s'il te plait.
Il ignora pendant un temps l'homme qui s'assit près de lui, même s'il l'avait reconnu. Il commanda un deuxième cocktail, espérant que les vapeurs de l'alcool embrumeraient son cerveau. Il désirait oublier, tout oublier. L'horreur. Il voulait pouvoir fermer les yeux sans être aveuglé par ces images du passé. La solitude. La chaleur de son corps contre le sien qu'on lui avait retiré avant même qu'il puisse la savourer.
Près de lui, l'autre jeune homme partageait ses idées sombres. Lui, en revanche, en était déjà à son troisième verre de vodka orange et ressentait déjà les effets de l'alcool. La sensation de brulure qu'il provoquait dans sa gorge l'apaisait, l'endormait.
Deux hommes perdus, qui désiraient oublier la frustration de leurs corps rejeté. Pas un seul mot échangé. Ils se connaissaient pourtant. Mais ce soir, ils n'étaient que deux muets compagnons de beuveries, deux âmes en peine qui s'appuyaient silencieusement l'une sur l'autre. Les cocktails avaient laissé place à des alcools plus forts, et leurs cerveaux s'embrumaient peu à peu. Leurs corps prirent le dessus. La frustration du rejet, la chaleur provoquée par l'alcool, leurs corps appelant à l'assouvissement de plaisir charnel.
Ce cocktail de sensations eut raison d'eux.
Tacitement, le brun invita l'autre chez lui, tout de même conscient de leur besoin de discrétion. A peine eurent-ils fermé la porte que leurs bouches se trouvèrent, presque désespérément. Leurs doigts fébriles dénudaient le corps opposé avec empressement. Les gémissements de plaisir envahirent le salon. Chacun savait qu'il n'était pour l'autre qu'un amant de substitution, pour oublier le véritable objet de leurs désirs mutuels.
Ce soir-là, leurs esprits s'embrouillèrent dans le plaisir, l'image de leurs désirs perdus s'effaçant momentanément.
Une fois de plus, il n'était pas venu. Pour la cinquième fois d'affilée, Shikamaru lui avait fait faux-bond. Elle ne le supportait plus. Après avoir attendu que le dernier cours de la journée se termine, elle s'était approché du professeur et, lui expliquant la situation, elle demanda l'adresse du jeune homme. Après une légère hésitation, Anko accepta.
Temari, bien décidée à travailler ce soir-là, se tenait à présent devant la porte de l'appartement de Shikamaru. Elle sonna, impatiente. Une fois. Deux fois. Elle s'apprêtait à recommencer quand le jeune homme entrouvrit la porte. Il avait détaché ses cheveux, ou plutôt semblait ne pas s'être coiffé. D'immenses cernes soulignaient ses yeux sombres.
- Nan mais ce n'est pas bientôt fini ce bordel?
- Tu n'avais qu'à répondre si ça t'agaçait tant!
- Tu ne t'es pas dit que je pouvais dormir?
- Tu fais que ça de toute façon!
- Nan mais qu'est-ce que tu sais de moi?
Un bruit étrange se fit soudain entendre, un bruit que Temari n'aurait pas cru entendre ici.
- Mais qu'est-ce que...
Shikamaru ne prit pas la peine de répondre et se précipita à l'intérieur. La jeune femme le suivit, curieuse, et resta figée dans l'embrasure de la porte de la chambre.
Si elle s'était attendu à ça!
Je sais, je suis sadique de couper à cet endroit... mais j'aime être sadique xD
A bientôt pour la suite
Yuki~
