Chapitre 6: I will not make the same mistakes that you did
- Mais qu'est-ce que...
Temari avait du mal à en croire ses yeux. Aurait-elle pu imaginer un jour que Shikamaru puisse avoir un enfant? Cela lui paraissait aussi improbable que de le voir assister à une semaine de cours sans sécher!
Pourtant le jeune homme, qui s'était assis sur son lit entre temps, tenait bien entre ses bras un adorable poupon aux cheveux sombres et aux gazouillements enjôleurs. Sous le choc, l'ancienne étudiante de Suna l'observa donner un biberon de lait au nourrisson tout en lui chuchotant des mots tendres. Elle qui avait toujours considéré Shikamaru comme un vulgaire paresseux sans intérêt se trouvait à présent subjuguée par la douceur qu'il dégageait. On aurait dit qu'un lien étroit entre le père et l'enfant les coupait du reste du monde.
Alors que le bébé finissait son repas, Shikamaru leva les yeux vers Temari qui frissonna. Jamais elle n'avait vu une telle profondeur dans ses iris noires. Il semblait dire « Si tu la touche, je m'occuperais personnellement de ton cas ». Lorsqu'enfin l'enfant montra des signes de fatigue, il la posa dans son berceau, la borda et fit signe à Temari de le suivre dans la salle à manger.
- Ca te surprend n'est-ce pas? devina-t-il en sortant un paquet de cigarettes de sa poche.
La blonde refusa celle qu'il lui proposait et le regarda s'accouder à la fenêtre. Pour avoir jeté un coup d'œil aux informations qui le concernaient, elle savait qu'il avait deux ans de plus qu'elle. Toutefois, il n'était pas en première année de licences parce qu'il avait redoubler mais parce qu'il avait préféré faire un double cursus maths-chimie et, à vingt-et-un an, il avait déjà un master dans ces deux disciplines. Même si la situation de Gaara lui avait appris à ne pas juger, elle ne pouvait s'empêcher que son partenaire d'exposé était peut-être un peu jeune pour avoir un enfant. Pendant de longues minutes, personne ne parla, elle encore surprise de sa découverte, lui appréhendant l'instant des explications.
- C'est ta fille? demanda finalement Temari après avoir pris une profonde inspiration.
- Ma filleule.
Même si ces mots pouvaient paraître anodins, le ton mélancolique qu'il avait employé fit comprendre à la jeune femme que le sujet le touchait plus qu'il n'y semblait.
- Tu t'occupes d'elle pendant que ses parents travaillent?
Shikamaru écrasa sa cigarette à moitié consumée dans le cendrier, les dents serrées. Il aurait aimé que la situation soit aussi simple. Si la douleur qu'il ressentait n'avait pas été aussi vive, la douceur de Temari l'aurait étonné. Elle qui trouvait toujours une bonne raison pour s'égosiller après lui! Toutefois, il ne put s'empêcher d'être sec quand il répondit.
- Les parents d'Asuka ont été tués.
Un rideau de silence s'abattit dans la pièce, seulement déchiré par le son de la trotteuse de la montre du locataire des lieux. Incompréhension. Au fur et à mesure que le cœur de Shikamaru s'assombrissait, celui de Temari se serrait. Elle voyait sur son visage un tel dégradé d'émotions, tellement intenses et différentes les unes des autres qu'elle comprit qu'il ne devait pas s'être confié depuis un moment.
- Morts? Comment? chuchota-t-elle enfin.
Il soupira et lui tourna le dos. Pourquoi était-elle aussi curieuse? Ne pouvait-elle pas comprendre qu'il ne désirait pas en parler et le laisser tranquille? D'un autre côté, depuis la naissance d'Asuka un mois plus tôt, il devait gérer leurs vies seul et se sentait terriblement las.
- Tu sais, ça te ferait du bien d'en parler.
Une main douce se posa dans son dos, réconfortante. Instantanément, le jeune homme se sentit apaisé. Et si elle avait raison? Peut-être devrait-il se reposer sur quelqu'un d'autre au moins un soir? Mécaniquement, il sortit une nouvelle cigarette et prit une bouffée avant de commencer son récit.
Des cris. De la vaisselle qui se brise. Des insultes. Une porte que l'on claque. Accoudé à sa fenêtre, une cigarette aux lèvres, un adolescent tentait de faire abstraction de la dispute qui éclatait dans la pièce d'à côté. Après tout, cela n'était pas difficile, il savait quoi faire dans ces moments-là. Sa vieille chaine Hi-Fi, qui avait connu des jours meilleurs, diffusait dans sa chambre Because of you de Kelly Clarkson. Il laissa échapper un petit rire amer.
Même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas pu trouver une chanson plus adaptée à sa situation. Une fois de plus, Shikaku, n'était pas rentré à l'heure pour le dîner. Yoshino, persuadée qu'il avait une aventure, l'avait attendue, stoïque, face à leurs assiettes refroidissant sur la table. Shikamaru, qui avait compris ce qu'il se passait trois ans plus tôt, jeta un coup d'œil désolé à sa mère et s'était rendu dans sa chambre. Aux alentours de deux heures du matin, son père était enfin rentré et les reproches avaient fusé.
La maison des Nara n'était plus que le nid de soupçons et de menaces, de tristesse et de haine. Shikamaru savait que, si sa mère n'avait pas encore demandé le divorce, s'était tout simplement parce qu'elle ne travaillait pas. Mais peu à peu, elle avait sombré dans la dépression. Elle n'avait plus la force de s'occuper de la maison, et celle-ci était devenue un véritable taudis. La vaisselle sale s'accumulait dans l'évier, le sol était recouvert de crasse et les meubles de poussière, les bouteilles d'alcool vides trainaient un peu partout.
Au début, l'adolescent avait tenté d'aider sa mère, de prendre la maison en charge, seul. Mais en voyant que cela ne servait à rien, qu'elle ne reprenait pas le goût de vivre, il avait baissé les bras et s'était contenté de préparer les repas, de porter Yoshino jusqu'à son lit lorsqu'elle s'endormait sur le canapé, ivre. Quand elle avait commencé à devenir amère et à prononcer des paroles blessantes à son égard, il s'était forger une carapace, devinant que ce n'était du qu'au chagrin et à l'alcool. Toutefois, son coeur saignait discrètement,et il s'était promis de ne jamais construire un foyer.
Dès que ses parents furent endormis, il sortit, sans même prendre la peine d'être discret. Sa mère devait être trop ivre pour entendre le moindre bruit et son père ne se souciait jamais de lui de toute façon. Il se rendit dans le petit parc où il avait beaucoup joué dans son enfance, quand le monde lui apparaissait comme rose et sans problème. A cette époque, il croyait l'amour de ses parents indéfectible. Grossière erreur.
Il s'assit sur l'une des vieilles balançoires, qui grinça sous son poids, et sortit une énième cigarette de son paquet. A peine l'eut-il allumé qu'il commença à se balancer imperceptiblement. Il adorait sortir la nuit, gouter au paisible silence nocturne des rues de Nagawa, une petite ville en banlieue de Konoha, lever les yeux vers ce ciel sombre constellé d'étoiles sans être gêné par les lumières urbaines.
- Tu es un peu jeune pour fumer, nan?
La voix grave dans son dos fit sursauter l'adolescent. Un homme à la stature plutôt imposante se tenait derrière lui. Même s'il arborait un sourire aimable, Shikamaru se mit instantanément sur ses gardes.
- En quoi ça vous regarde?
L'homme sortit un paquet de sa propre poche et en alluma une à son tour.
- Vous êtes bien placé pour faire une remarque.
L'autre se contenta de sourire et s'assit sur la balançoire d'à côté, levant les yeux vers le ciel. Ils ne dirent rien durant un long moment, fixant les étoiles. Puis, sans dire un autre mot, l'adulte se leva, laissant l'adolescent seul. Ce manège se répéta pendant plusieurs semaines. Chez Shikamaru, la situtation empirait. Shikaku rentrait de plus en plus tard, augmentant la consommation d'alcool de Yoshino. Les seuls instants de répis pour le jeune Nara n'avaient lieu que lorsqu'il était dans ce parc, en regardant le manteau noir de la nuit parsemé de petites étincelles.
- Pourquoi tu n'es jamais chez toi? demanda un jour Asuma.
Shikamaru, sans détourner ses yeux de la voûte céleste, répondit tout simplement.
- Je n'ai pas envie de rentrer chez moi.
Ce soir-là, la dispute avait été plus virulente que jamais. La vaisselle avait volé contre les murs, les cris s'étaient entendus à l'autre bout de la rue. Même en mettant la musique de son MP3 à fond, il n'avait pu échapper à leurs voix, leurs insultes incessantes. Ce qu'il avait saisi de leur conversation l'avait alarmé.
- En fait, je n'ai plus de chez moi.
Ses doigts se crispèrent autour de sa cigarette qu'il écrasa avant même de finir. Sa tension se lisait sur son visage, tout comme une détresse imperceptible dans ses yeux. Asuma posa une main sur son épaule.
- Que s'est-il passé?
Pendant quelques minutes, Shikamaru hésita, ne sachant pas s'il pouvait lui faire confiance. Toutefois, il en avait assez de tout garder en lui depuis trois ans, de vivre en reclus à cause de la honte qu'il ressentait en pensant à son semblant de foyer. Alors il lui raconta tout. La dépression et l'alcoolisme de sa mère, les mensonges et la double vie de son père, sa propre détresse et son envie d'une vie meilleure. Asuma l'écouta en silence et s'apprêtait à parler lorsque le téléphone du jeune sonna.
Yoshino était à l'hôpital.
Abattue par la révélation de son mari, sans se soucier de son fils, de se qui pourrait lui arriver, elle avait ingurgité une boite de somnifères, mélangée à son Whisky habituel. L'association lui avait été fatale. Shikaku, l'ayant découverte dans la salle de bain, avait aussitôt appelé les urgences mais il était trop tard. Lorsque Shikamaru arriva, sa mère était décédée depuis près d'une vingtaine de minutes.
L'adolescent s'effondra devant le regard méprisant de son père.
- Comporte-toi en homme, souffla ce dernier d'un ton dédaigneux avant de s'éloigner.
Asuma jeta un regard noir à Shikaku avant de passer un bras réconfortant autour de l'épaule de son protégé. A compté de ce jour, ils ne se quittèrent plus, l'adulte ayant accueilli le lycéen chez lui après qu'il aie obtenue son émancipation. Nara n'ayant que faire de son fils légitime, préférant couper tous les ponts avec sa première vie et vivre tranquillement avec sa deuxième famille, la lui accorda sans faire d'histoire.
A peine Shikamaru fut-il installé chez lui qu'Asuma fit en sorte qu'il aie une scolarité à la hauteur de ses capacités, le laissa participer à de nombreuses activités extra-scolaires, lui finançant tout ce dont il avait besoin. Il se comportait en véritable père, toujours présent pour l'adolescent qui retrouva peu à peu le sourire. Ils continuèrent leurs virées nocturnes, même s'ils sortaient souvent séparément.
Un soir, Asuma présenta une sublime jeune femme brune à Shikamaru. Il se dégageait d'elle une véritable douceur. Le jeune homme, qui pourtant avait perdu sa confiance en les femmes en même temps que sa mère, se sentait apaisé en sa présence et s'attacha peu à peu à elle. Il fut ravi d'apprendre que Kurenai avait accepté la demande en mariage d'Asuma.
Toutefois, il aurait du deviner qu'un tel bonheur se méritait quand son ami voulut lui parler seul à seul. Shikamaru venait de finir ses trois années de licences et vivait dans son propre appartement depuis un an maintenant. Il fut surpris de voir Asuma arriver chez lui à une heure aussi incongrue mais ne dit rien, lui proposant simplement de s'assoir. Mais ce qu'il apprit cette nuit-là perça la bulle de bien-être qu'il ressentait depuis trois ans.
Depuis quelques années, Asuma dealait pour une grande organisation, dont il refusa de donner le nom à son ami. La drogue étant d'excellente qualité, il réussissait à en vendre en grande quantité tout en étant discret. Grâce à cela, il avait pu subvenir à tous ses besoins et à ceux de Shikamaru.
Mais maintenant qu'il allait être père, il désirait offrir à son enfant un foyer stable. Diverses émotions traversèrent le visage du jeune homme. Le choc quand il apprit tous les risques qu'avait pris Asuma pour qu'ils aient une vie confortable. La joie à l'idée qu'un petit être allait naitre. La peur d'être de nouveau mis à l'écart. Mais une seule phrase de son ami le rassura.
- Tu voudrais être son parrain?
Un immense sourire naquit sur le visage de Shikamaru. Il accepta avec joie et proposa son aide à Asuma qui la réfusa, ne voulant pas qu'il ait d'ennuis. Ils passèrent encore plus de temps tous les trois, de plus en plus soudés au fur et à mesure que le ventre de Kurenai s'arrondissait. Elle semblait épanouie et son mari plus heureux que jamais. Leur protégé se surprit à croire de nouveau en l'amour.
Mais ils empêchèrent Asuma de partir, menaçant sa famille. Pour se défendre, il dut tuer l'un des trafiquants qui voulait s'en prendre à Kurenai. La réaction des autres ne se fit pas attendre. Ils le coincèrent dans une ruelle sombre et le tabassèrent, le laissant dans le coma. Pendant de longues semaines, ils attendirent qu'il se réveille, en vain. Quand enfin il reprit conscience, ce fut pour demander à Shikamaru de promettre de veiller sur Kurenai et le bébé.
La jeune femme ne put supporter la mort de son compagnon. Elle dépérissait peu à peu, s'amaigrissant peu à peu. Elle dut être hospitalisée mais les médecins craignaient pour sa survie et celle du bébé. Comme promis, Shikamaru vint la voir, attristé par tous les tubes qui la nourrissaient et la maintenaient en vie. Cependant, malgré toutes les suppliques du jeune homme, elle finit par baisser les bras. Les médecins ne purent que sauver le bébé...
- Et voilà, tu sais tout, conclut Shikamaru d'un ton neutre, feignant l'indifférence.
Même si elle s'efforçait de ne pas le laisser paraître, Temari était touchée par l'histoire de ce jeune garçon qui avait faire fasse aux affres de la vie seul. Bien qu'elle puisse paraître dure au premier abord, elle était aussi très douce quand elle s'attachait aux gens. Et la petite Asuka, avec son air innocent et son visage d'ange, tout comme Shikamaru avec cette détreesse qu'il s'efforçait de cacher, touchaient en elle un point sensible.
- Je ferais tout mon possible pour t'aider, promit-elle, la voix tremblant un peu.
Shikamaru la fixa un instant, sortant de nouveau une cigarette qu'il porta à sa bouche. Toutes les femmes en qui il avait eu confiance l'avaient laissé tomber au moment où il avait eu le plus besoin d'elles, lui prouvant qu'il ne devait pas compter sur l'espèce féminine. Toutefois, il devait bien avouer qu'il ne pouvait pas s'occuper d'Asuka tout seul.
- Merci, répondit-il enfin, reposant la cigarette dans son paquet sans même l'avoir allumé.
Lorsqu'il se réveilla ce matin-là, Sasuke avait l'impression que son crâne était compressé par des centaines de mains de géant qui le malaxaient sans ménagement. Il grogna en constatant que son corps était tout engourdi. Plus jamais il ne boirait autant!
Une douce chaleur contre son dos le fit sursauter, surtout quand deux bras musclés enserrèrent sa taille. Visiblement, il n'avait pas dormi seul. Mais bon sang, qu'est-ce qu'il avait fait? Il sauta hors de son lit d'un bond, donnant sans le vouloir un coup de coude dans le torse de son compagnon. Compagnon qui poussa un petit cri de douleur.
L'onyx rencontra le turquoise et la douleur devint horreur. Tout sauf ça! Dans le lit de l'Uchiha se trouvait un roux bien battit, recouvert d'un simple drap de satin blanc. Un roux que Sasuke connaissait plutôt bien. Dieu que l'alcool pouvait les pousser à faire des conneries!
- Gaara?
- Sasuke?
Apparemment il restait des brumes d'alcool dans leurs cerveaux. L'instant de choc passé, Sasuke se laissa tomber sur le lit auprès de Gaara. Il se passa la main sur le visage, gêné.
- Sur ce coup-là on a vraiment été nuls..
- Oui, répondit Gaara en regardant fixement le plafond.
Même s'ils avaient probablement passé l'une des plus belles nuits de leurs vies, ils avaient quand même honte d'eux. Comme quoi l'alcool avait vraiment un mauvais effet sur eux.
- On en parle à personne, d'accord?
Gaara hocha la tête en signe de confirmation. Il savait très bien que si son homosexualité venait à s'ébruiter, Kankuro et Temari s'arrangeraient pour qu'il le regrette amèrement. Mieux valait faire profil bas. Qui plus est, il n'avait toujours pas renoncé à Kiba et, vue les regards que le brun lançait au beau Naruto, il savait que Sasuke lui aussi avait une proie intéressante en tête.
Cet après-midi là, ils arrivèrent à l'université en retard pour le cours d'histoire littéraire. Ils se hâtèrent tous deux à leurs places respectives, sous le regard furieux de Naruto. Celui-ci, étant chargé de la surveillance de l'Uchiha la veille, savait qu'il n'avait pas passé une nuit calme et paisible. Curieusement, il avait l'impression du lion rugissait de colère au creux de son estomac et se sentait prêt à sauter sur Gaara pour le déchiqueter. Pour la première fois, l'Anbu ressentait les affres de la jalousie.
« Le plan, souviens toi du plan » s'admonesta-t-il quand Sakura lui lança un coup d'œil agacé. Ils devaient se rapprocher au plus vite de tous leurs camarades de classe. A la sortie du cours, il les interpela tous.
- Eh! Et si on se faisait une virée au parc d'attraction?
- C'est une bonne idée, surenchérit Sakura.
Tenten, quant à elle, se contenta de hocher la tête. Tous finirent par accepter, sauf Temari et Shikamaru qui prétextèrent un devoir à commencer. A aucun moment Sasuke ne perçut le regard lourd de reproche de Naruto posé sur lui.
Un nouveau chapitre fini, peut être un peu long ^^ J'espère qu'il vous aura plus ^^ le chapitre 7 arrive dans quinze jours. Et n'oubliez pas les reviews
Yuki~
