Bien le bonjour, voici un nouveau chapitre de cette fanfic !
Comme promis, Jun et un autre personnage de l'univers Tekken sont au rendez-vous. J'espère que ce chapitre vous plaira.
Merci à ceux qui lisent cette fic et qui commentent
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Sa Majesté Vaniteuse
Lorsque Kazuya ouvrit les yeux au matin, il eut la surprise de constater qu'il avait passé la nuit sur le tapis du salon et qu'il portait toujours ses habits de cérémonie. Désorienté dans un premier temps, la mémoire lui revint cependant bien vite : la crémation, la crise de Noriko. Ce dernier épisode lui rendit aussitôt toute son énergie et lui donna une impulsion du diable qui lui permit de se redresser d'un bond en position assise.
- Maman ! appela-t-il soudain livide.
C'était un cri spontané du reste car il savait pertinemment qu'il était seul à la maison. Les rayons du soleil entrant par les larges fenêtre rendaient par chance l'endroit beaucoup moins lugubre que la veille mais ce n'était qu'une piètre consolation. Un millier d'émotions fortes et contradictoires tourmentaient le pauvre garçon, qui ne savait guère ce qu'il convenait de faire. Des pensées diverses cohabitaient dans son cerveau embrumé : où ont-ils emmené Maman ? Quelle heure est-il ? Quand va-t-elle revenir ? Oh ! je suis en retard au lycée ! Et si elle ne revient pas, que vais-je devenir ? Zut ! je n'ai pas révisé pour l'interro de maths !
Frappé d'un accès de tournis, Kazuya retomba allongé sur le tapis et attendit la fin de l'averse. Lorsque la tempête, qui sévissait dans son cerveau, s'atténua enfin, l'adolescent eut l'impression que des heures venaient de s'écouler alors qu'il n'en était rien. Il lui sembla pourtant qu'il réfléchissait déjà un peu plus clairement. Avec des mouvements incertains, il se releva et tituba jusqu'au téléphone, ressentant la faiblesse de n'avoir rien avalé depuis la veille à midi. Comme s'il avait la tête à manger quoique ce soit ! Il avait une mère, qui avait pété les plombs suite au décès de son mari, dans la nature. Les exigences du corps passaient après. La seule chose qui comptait pour l'instant, c'était de limiter le désastre qu'était devenu sa vie en moins de deux jours.
Un message, enregistré par le répondeur téléphonique, de la part d'un certain professeur Nakamura, l'informa bien vite et le dispensa de toute recherche. Sa mère avait été conduite à un hôpital psychiatrique dans lequel on l'avait interné d'urgence. Monsieur Kazuya Kimura était prié de bien vouloir passer à l'adresse donnée pour s'enquérir de l'état de Madame Noriko Kimura et des mesures à prendre concernant son état de santé pour le moins préoccupant. La voix du docteur Nakamura était sèche et plus directe encore que celle de la femme invisible dans le répondeur, qui demandait à Kazuya s'il souhaitait réécouter le message. Le jeune homme réécouta afin de noter l'adresse. Il irait chercher la localisation exacte de l'hôpital sur internet.
Savoir sa mère internée dans un hôpital psychiatrique provoqua un effet contradictoire sur Kazuya d'un côté, ce n'était pas vraiment étonnant après la scène qu'elle avait jouée la veille. De l'autre, si son état réclamait un internement à longue durée, cela signifiait que Kazuya était effectivement seul à présent et qu'il ne pouvait plus compter que sur lui-même. A cette perspective, le jeune homme sentit sa propre conscience vaciller dangereusement. Qu'allait-il faire ? Il ne connaissait rien à la vie en solitaire : il était incapable de gérer une maison, de payer des factures… d'ailleurs avec quoi les paierait-il si plus personne n'était là pour faire entrer l'argent ?
Pris de vertige, Kazuya se laissa tomber dans un fauteuil pour mieux s'en relever. Il n'allait pas se déclarer vaincu à son tour. La situation était catastrophique mais elle aurait pu être pire… bien que Kazuya ne vît pas tout à fait comment elle pouvait s'envenimer davantage : Tatsumi ascensionnait l'échelle menant jusqu'aux anges pendant que Noriko descendait dans les bas-fonds de la vésanie. Et à lui Kazuya, quelle était son option ? Rester sur terre ne semblait déjà pas mal. Pas question pour lui de flirter avec la folie ou la mort, il n'était pas fait du même bois que ses parents. Il pouvait s'en sortir. Il suffisait d'un peu de courage, bon sang !
Fort de ses nouvelles résolutions, Kazuya sentit un flux électrique lui parcourir le corps avec une telle intensité qu'il crut presque voir littéralement un éclair l'envelopper. Le prodige fut aussi éphémère qu'un battement d'aile de papillon mais le laissa quelques instants hébété. Secouant la tête pour remettre en ordre ses pensées, l'adolescent reprit vite contenance. Il avait quinze ans. D'ailleurs, dans quelques jours, il en aurait seize. Il était presque un homme à présent. Il était assez grand pour vivre par ses propres moyens. Et d'abord, il ne fallait pas partir aussi défaitiste : peut-être Noriko sortirait-elle bien vite de son asile. Seul le docteur Nakamura pouvait l'orienter à ce sujet.
De prime abord, Kazuya avait songé à se rendre directement à l'hôpital puis s'était ravisé et avait plutôt décidé d'aller au lycée. La décision pouvait paraître surprenante, d'ailleurs Kazuya lui-même n'en revenait pas d'avoir fait preuve d'une telle jugeote, cependant il avait songé à juste titre que dans l'état actuel des choses, il valait mieux ne pas risquer le renvoi de l'école. Le jeune homme était déjà sur la liste noire des élèves à problèmes de la Mishima High School. Non pas qu'il fût un gamin particulièrement rebelle mais il avait eu quelques différends avec un camarade de classe, qui l'avait exposé à de lourdes sanctions. Si Kazuya en avait réchappé de justesse, il était à présent prié de se tenir à carreau. A la moindre incartade, il prenait la porte purement et simplement.
Ce fut donc avec la certitude d'agir pour le mieux que le jeune homme déambula dans les couloirs de la prestigieuse école sponsorisée par Mishima ce jour-là. Il faisait acte de présence, même si ses pensées étaient pleinement concentrées sur sa mère. D'ailleurs personne ne faisait guère attention à lui. Depuis qu'on savait que son père s'était foutu en l'air, le garçon était montré du doigt comme un pestiféré. Sans doute avait-il la même tare mentale et la même propension au suicide que son géniteur. Dans le doute, il valait mieux l'éviter. En l'occurrence, cette exclusion ne le dérangeait pas du tout.
- Kazuya.
Apparemment, l'opinion défavorable sur son compte ne faisait pas l'unanimité. Effaré d'entendre quelqu'un s'adresser à lui et avec une apostrophe aussi familière de surcroît, le jeune homme fit volte-face. Aussitôt la vie lui parut un peu moins triste : c'était Jun Kazama, qui se tenait devant lui, ses livres à la main et la mine hésitante.
Selon Kazuya, aucune fille ne portait aussi bien qu'elle l'uniforme vert d'eau de la Mishima High School, ce qui était un exploit étant donné l'horreur du chiffon. Elle était vraiment jolie avec sa bouille, qui n'avait pas tout à fait perdu les rondeurs de l'enfance et sa frange asymétrique qu'elle coupait toujours elle-même sans une once de talent et qui de ce fait, échappait à la poigne de fer des bandeaux de fillette proprette qu'elle portait en permanence.
Jun était sa meilleure amie, du moins la seule qu'il avait. Tous deux se connaissaient depuis qu'ils étaient petits et comme leurs maisons, toutes deux isolées en forêt, n'étaient pas très éloignées l'une de l'autre, ils avaient passé leur plus tendre enfance ensemble. Quoiqu'ils fussent comme frère et sœur, les débuts de l'adolescence avaient bien vite transformé l'amitié parfaite des deux jeunes gens, la menaçant à tout jamais. Kazuya avait cru perdre la jeune fille un an plus tôt en commettant l'erreur de sortir avec elle. Leur histoire, une banale amourette pleine de maladresse, s'était très vite soldée par un échec. Qu'importe ! Ce n'était qu'une erreur de jeunesse. Tous deux l'avaient bien compris, ce qui leur avait permis de se mettre d'accord tacitement pour rester bons amis.
Malheureusement, cette amitié n'avait plus rien à voir avec leur extraordinaire complicité d'antan et pour cause : les sentiments que Kazuya éprouvait pour la jeune fille n'avaient rien de superfétatoires. Il était sincèrement amoureux d'elle, du moins le croyait-il, et ne se pardonnait pas d'avoir bêtement gâché sa chance. A présent, il était le meilleur ami, condamné à récolter les confidences de celle qu'il aimait sans pouvoir lui exprimer ce qu'il ressentait. Et des confidences, Jun n'en tarissait pas. Elle avait beau traîner avec un petit groupe de filles, ce public ne lui suffisait apparemment pas puisque elle racontait tout au jeune homme comme à un journal intime. Voilà bien la grande tristesse de sa vie sentimentale !
- Salut Jun ! lança l'adolescent avec allégresse, comme il se sentait enfin heureux pour la première fois depuis trop longtemps à son goût.
- Comment ça va ? s'enquit la jeune fille sans masquer son trouble.
Elle était aux antipodes de Kazuya : lui était toujours relativement calme et maître de lui-même alors qu'elle était d'une nervosité sans bornes, constamment agitée de tics, dont elle n'avait même plus conscience. En lui prononçant ces trois simples mots, elle s'était dévoré le bout de trois de ses doigts, un ongle par mot et le pire, c'était qu'elle ne s'en était même pas aperçue. Si cela exaspérait un nombre incalculable de gens, Kazuya en était charmé. Il avait tellement l'habitude de la voir se déchaîner malencontreusement sur sa propre enveloppe charnelle, qu'il connaissait presque le protocole par cœur.
- Quelle question ! se rattrapa Jun brusquement en se tapant le front du plat de la main. Je suis idiote. Bien sûr que non ça ne va pas. Je m'étais promis de ne pas te demander ça mais c'est sorti tout seul.
L'ongle aussi s'était sauvé tout seul, du moins c'était ce qu'elle devait penser car Jun regarda subitement la main avec laquelle elle venait de se taper la tête comme si elle se rendait compte seulement maintenant qu'elle l'avait grignotée. C'était irrésistible.
- Ce n'est pas grave, assura-t-il de sa voix la plus douce, ça me fait plaisir que tu t'inquiètes pour moi.
Toujours de cette pauvre main valide et mutilée, elle se mit à jouer avec la petite perle blanche qu'elle portait à l'oreille. Kazuya adorait la voir avec ces bijoux : c'était lui qui les lui avait offerts pour l'anniversaire de ses dix ans et depuis, elle les gardait en permanence.
- Ben attends, c'est normal ! s'écria Jun incrédule. Tu es quand même mon meilleur ami. Et puis c'est tellement affreux ce qui t'arrive. J'espère que Noriko et toi tenez le coup…
- Bof, répondit Kazuya en haussant négligemment les épaules, moi ça va je fais aller. Par contre ma mère a grillé un fusible la nuit dernière, du coup, les pompiers l'ont enfermée à l'asile le temps qu'elle se calme.
- Quoi ? s'étrangla Jun, les yeux écarquillés.
Elle était tellement surprise qu'elle ne se mit pas à trifouiller son collier, comme elle aurait dû le faire.
- Tante Noriko a été internée ? répéta Jun complètement bouleversée.
Les familles Kimura et Kazama, du fait de leur quasi voisinage, étaient très amies. de ce fait, Jun avait toujours été accueillie comme une parente dans la maison de Kazuya. Ce dernier, en revanche, avait moins de succès auprès des Kazama. Le père de Jun regardait toujours d'un œil méfiant ce « drôle de garçon » qui tournait autour de sa fille chérie et disait souvent de lui qu'il « avait le démon », une expression dont Kazuya n'avait jamais compris la signification.
- Il n'y avait pas d'autre solution, se justifia Kazuya qui craignait de déceler une note de reproche dans la voix de la demoiselle, tu l'aurais vue hier. Elle était agitée de spasmes effrayants et elle hurlait de toutes ses forces. J'ai cru qu'elle allait s'asphyxier à s'époumoner comme ça.
- Oh là là tu as dû avoir très peur ! commenta Jun en portant ses mains à sa bouche mais pas pour les manger cette fois.
- C'est un euphémisme.
- Mais c'est affreux ! gémit Jun plus affectée que s'il s'agissait de son propre malheur. Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Dans combien de temps ta mère pourra-t-elle sortir ?
- Je n'en sais rien, avoua Kazuya, je dois passer à l'hôpital après les…
- Kazama !
Il ne manquait plus que lui. Un échalas à lunettes se précipita vers Jun, moitié courant, moitié marchant et s'arrêta à ses côtés dans un dérapage incontrôlé qui manqua de peu de l'éjecter contre une rangée de casiers. Kazuya déplora intérieurement que la chute fût avortée.
- Ah Shino ! s'exclama Jun, soudain partagée entre le ravissement et l'embarras.
- Te voilà ! lança le dénommé Shino. Je t'ai cherchée partout.
Il ne la laissa même pas répondre et enfourna sa grande langue de serpent dans le gosier de l'infortunée, sous les yeux horripilés de Kazuya, qui croisa les bras et regarda sa montre pour passer le temps et s'éviter de fixer le couple. Cent ans plus tard, la sauterelle aux cheveux gras libéra sa proie, qui parut encore plus gênée, les joues très rouges.
- Salut Kimura ! reprit alors Shino en se tournant cette fois vers Kazuya, qui le fusillait des yeux, indifférent à sa courtoisie pharisaïque.
- Salut Matsuda, grommela l'adolescent à contrecœur.
- Désolé pour ton père, dit Shino en feignant avec un talent discutable la compassion, j'ai appris ce qu'il avait… enfin ce qui s'est passé.
Le crétin ! Il aurait voulu faire exprès, il n'aurait pas réussi à se montrer plus blessant, d'ailleurs sans doute avait-il parfaitement désiré mentionner implicitement les conditions honteuses dans lesquelles Tatsumi avait décidé d'en finir avec la vie. Le regard de Kazuya se fit encore plus venimeux.
- Ah ouais ? fit-il d'un ton provocateur. Alors qu'est-ce qui s'est passé ?
- Kazuya doucement, murmura Jun, inquiète de la tournure que prenait les événements.
Shino sembla à la fois satisfait d'avoir visé juste et ennuyé de se retrouvé confronté ainsi à son rival. Kazuya n'était pas d'un naturel bagarreur mais il était réputé pour avoir un très bon coup de latte. A la Mishima High School, où les arts martiaux étaient obligatoires, il passait pour l'un des meilleurs élèves de l'école.
- Pourquoi tu t'énerves comme ça Kimura ?
Cette voix de crécelle… N'en jetez plus, la maison est pleine ! Cette fois, c'était définitif, il ne manquait plus que lui. La dream team était au complet avec l'irruption intempestive d'un bellâtre aux cheveux blancs décolorés portant un manteau d'une valeur avoisinant à peu près le PIB du Mali, pour recouvrir son affreux uniforme du lycée. Lee Chaolan, flanqué de sa garde royale et de son sourire arrogant qu'il portait en bandoulière sur son faciès de faux beau gosse, se mêla à la conversation sans y avoir été invité préalablement.
- T'as l'air un peu à cran Kimura, constata Lee en toisant Kazuya de haut en bas avec un regard de dédain, c'est la mort de ton père qui te met dans cet état ? Je te comprends : moi aussi, je serais mal si mon père s'était pendu comme un moins que rien dans son salon.
Quelle perche ne lui tendait-il pas ! Lee Chaolan était le fils de Heihachi Mishima en personne. Kazuya ne put résister à la tentation.
- Si ton père avait la bonne idée de se pendre, le monde se porterait un peu moins mal ! rugit-il à fleur de peau.
- Kazuya ! glapit Jun horrifiée.
Celui-ci regretta à nouveau ses propos, qui avait en partie dépassé sa pensée, comme la veille dans la salle du crématorium. D'ordinaire, Kazuya ne se laissait jamais aller à parler de la sorte mais depuis qu'il avait trouvé son père lévitant au milieu du salon, sa sérénité habituelle avait pris un congé sans soldes et il ne subsistait plus en lui qu'un profond chagrin, qui se traduisait par une colère incontrôlable.
Lee ne parut pas affecté par ces paroles, comme s'il avait entendu cela toute sa vie, ce qui était peut-être le cas. Après tout, Mishima avait tellement d'ennemis qu'il aurait pu coloniser avec eux toute l'Amérique à l'aise. L'adolescent au teint mat toisa le jeune rebelle sans sympathie mais ne se départit pas de son sourire goguenard.
- Eh bien eh bien, tant de haine ! Tu devrais surveiller tes paroles, mon ami. Mon père n'apprécierait sans doute pas de t'entendre parler de lui ainsi et je crois savoir que ta mère travaille encore dans l'une de nos entreprises… ah mais non suis-je distrait. C'est vrai qu'en ce moment, elle est enfermée chez les dingues. Il paraît que vous avez tous un problème de cerveau dans la famille. Remarque, en ce qui te concerne, je m'en étais déjà aperçu.
Kazuya serra les dents, les poings et même les fesses, bref tout ce qu'il pouvait crisper pour se retenir de se ruer sur le grand blond au teint de pêche, qu'il abhorrait tant. Quel salopard, non mais vraiment ! Voilà pourquoi il le haïssait tant !
Lee Chaolan s'ennuyait tellement dans l'appartement de deux cents mètres carré qui lui servait de chambre que pour se divertir, il pourrissait la vie des autres. Son grand plaisir était de parader dans ce lycée, que gouvernait officieusement son mécène de père, et de rappeler à tout le monde de quelle lignée il était issu. Etant donné que l'école accueillait essentiellement les enfants des salariés de la Zaibatsu Mishima, Lee Chaolan s'était octroyé le droit de régner sur les élèves comme son père régnait sur leurs parents. Il ne risquait rien dans ce rôle car si un imprudent osait lui porter ombrage, il n'avait qu'à le dénoncer auprès de son père pour transformer sa vie en véritable enfer. Comment s'opposer à quelqu'un qui agite toujours sous votre nez le spectre d'une telle puissance menaçante ?
C'est pourquoi personne ne faisait de tort à Lee, au contraire : les plus habiles parvenaient à entrer dans son groupe de fanatiques, les autres continuaient à le couvrir de cadeaux et de flatteries en espérant y accéder un jour à leur tour. Kazuya n'appartenait pas à cette bande de baveux et était plutôt resté pendant longtemps dans la majorité silencieuse jusqu'au jour où comme d'autres malheureux avant lui, il avait commis une erreur fatale.
Un matin ordinaire, Kazuya avait involontairement bousculé Lee dans un couloir, sans savoir alors à qui il avait à faire. Ce dernier, excédé par l'outrecuidance du garçon, l'avait injurié sans retenue. Il n'en avait pas fallu plus à l'humilié pour monter sur ses grands chevaux. Vraiment, Kazuya n'était pas un bagarreur, d'ailleurs les cours d'arts martiaux de la Mishima High School ne le passionnait pas tellement, néanmoins comme tout jeune garçon qui se respecte, il avait sa fierté et il n'acceptait pas de se voir ainsi manquer de respect alors qu'il n'avait voulu faire de tort à personne. Ne faisant ni une, ni deux, Kazuya était revenu sur ses pas et avait cogné le jeune Lee de toutes ses forces. Celui-ci n'allait jamais se remettre d'un pareil affront de la part d'un gueux.
Une heure après l'incident, Kazuya comparaissait en conseil de discipline pour répondre de cet acte inqualifiable. Seule l'intervention salutaire d'un professeur très influent, qui l'avait à la bonne, permit au jeune homme d'esquiver le renvoi définitif. L'affaire fut donc classée. Ce fut le coup de grâce pour Lee, qui ne supporta pas de voir son autorité ainsi ébranlée. Après cet épisode, il se promit de faire de la vie de son nouveau rival un enfer.
Et cela marchait fort bien car à l'instant précis où tous deux se regardaient en chien de faïence, Kazuya sentait monter en lui des envies de meurtre. Cet affreux yankee ne se lasserait-il donc jamais de ce petit jeu ridicule ? Tout ça parce que Kazuya l'avait à peine bousculé un jour sans même le faire exprès ! Non mais franchement ! Le jeune homme était au bord de la rupture. L'arrivée de Shino n'était déjà pas une bonne chose, celle de Lee était carrément insupportable. Non seulement il l'humiliait et salissait le nom de feu son père mais en plus, il osait s'en prendre à sa mère. D'ailleurs comment savait-il qu'elle était internée ?
- Comment tu sais ça ? interrogea-t-il impérieusement.
- L'hôpital dans lequel elle est soignée, répondit Lee avec un sourire narquois, il est financé par mon père. Tu ne le savais pas ?
Ce que Kazuya pouvait les détester, ces Mishima-Chaolan et compagnie ! Le Japon tout entier leur appartenait. On ne pouvait pas acheter un hamburger dans un fast-food qui ne fût pas la propriété de Heihachi Mishima. Ce n'était pas une firme multinationale cette zaibatsu, c'était un empire. Et ce maudit Lee Chaolan se conduisait bien en imbuvable héritier impérial. Kazuya se serait vendu pour pouvoir le frapper, l'assommer, l'assassiner, le farcir, le couper en tranches et peut-être même le manger histoire de faire bonne mesure.
Spectateurs muets de ce combat de titans, Shino et Jun restaient néanmoins présents, même si le premier eût largement préféré se trouver ailleurs.
- Bon, intervint-il timidement, c'est pas tout ça mais… on va vous laisser discuter entre vous. Tu viens Kazama ?
Sans attendre la réponse, Shino saisit Jun par le poignet et essaya de la tirer à l'écart mais celle-ci ne se laissa pas faire et se dégagea de sa poigne avec force.
- C'est hors de question ! répliqua-t-elle vivement. Je ne vais pas laisser mon ami se faire traiter aussi bassement.
Elle revint vers Lee en trois grandes enjambées et se planta devant lui pour le toiser furieusement, indifférente aux vingt bons centimètres qu'elle avait de moins que lui.
- Dis donc toi ! aboya-t-elle d'un en pointant sur Lee un index accusateur. Qui es-tu pour t'en prendre ainsi à quelqu'un qui traverse une épreuve aussi difficile ?
L'intervention inattendue et énergique de Jun laissa Kazuya totalement éberlué. Etait-elle folle ? Voulait-elle s'attirer les foudres de cet énergumène à son tour ? Par chance, Lee l'avait toujours laissée tranquille alors qu'il aurait pu l'ennuyer aussi pour le simple motif qu'elle était une amie de son rival. Celui-ci observa la jeune fille avec un mélange d'étonnement et d'amusement. D'ordinaire les filles lui faisaient plutôt la cour. Il était très rare que l'une d'elles lui parlât de cette façon.
- Qui je suis ? releva-t-il avec hauteur. Mais je ne suis que le fils du patron de ton père, ma chère.
Sa suffisance n'impressionna pas Jun le moins du monde.
- Les affaires des adultes ne concernent ni toi, ni moi fit-elle remarquer en se tenant les côtes comme elle avait l'habitude de le faire quand elle dispensait des leçons de morale, ce qui se produisait fréquemment ce n'est pas parce que tu es soi-disant au sommet de l'échelle sociale que tu peux traiter ton prochain comme s'il était ton domestique. Si tu es vraiment un grand homme, prouve-le en commençant par montrer un petit peu de respect à ton entourage !
Les trois garçons eurent le même regard effaré quoiqu'il n'eût pas une signification analogue : Kazuya était tout simplement conquis, Shino épouvanté et Lee interloqué. Ce dernier, étrangement, demeura aussi calme et implacable, comme si rien ne pouvait le contrarier, pas même les remontrances d'une jolie paysanne. Pour Shino, en revanche, la coupe était pleine.
- Viens Kazama ! ordonna-t-il d'un ton, qui avait quelque chose de suppliant. Laisse-les régler ça entre eux. Allons déjeuner !
Ce n'était pas le courage qui étouffait Shino Matsuda. Néanmoins, il n'avait pas tort.
- Il a raison, admit d'ailleurs Kazuya même s'il souffrait de prononcer ces mots, ne te mêle pas de ça !
- Kazama, répéta lentement Lee en se caressant le menton.
Celle-ci renonça à foudroyer Kazuya des yeux et les darda plutôt sur Lee, qui les soutint sans la moindre difficulté, son éternel petit sourire exaspérant vissé sur sa face à l'instar de l'ineffaçable simagrée du Chat du Cheshire. Dans une tension extrême, Shino, Jun et Kazuya restèrent suspendu à ses lèvres, attendant de savoir ce que lui inspirait les paroles de l'adolescente. Kazuya était déjà prêt à lui envoyer son poing entre les dents s'il prenait l'envie à cette raclure de répondre avec un peu trop d'outrecuidance. A la stupéfaction générale, Lee se tourna vers son rival et lui dit de sa voix la plus veloutée.
- C'est vrai, mon comportement n'est pas digne d'un Mishima. Je te présente mes excuses, Kimura. Tu as beau être… ce que tu es, personne ne mérite de porter sur ses épaules un fardeau comme le tien. Tu vas être couvert de la honte du suicide de ton père jusqu'à la fin de tes jours, c'est déjà bien assez.
Ses paroles suintaient le mépris et son ton mielleux irrita les oreilles de Kazuya plus efficacement que si Lee avait continué à l'insulter. Par bonheur cependant, l'affreux en resta là et s'éloigna avec ses gorilles de sa démarche de propriétaire, non sans avoir jeté au passage un dernier regard cynique sur la petite assemblée.
Sitôt qu'il eut disparu au détour du couloir, Shino poussa un immense soupir de soulagement et Jun se rongea quelques bouts de peau autour de son pouce gauche. Kazuya, quant à lui, était encore sous le choc de l'attaque dont il venait d'être victime et surtout de la riposte victorieuse de la jeune fille. Une fois encore et comme bien souvent, c'était la femme de sa vie qui lui sauvait la mise. Allez dire après ça qu'elle ne s'intéressait pas encore un tout petit peu à lui… ah il ne fallait pas trop espérer. Elle avait simplement défendu un ami. Par un étrange réflexe masculin, Kazuya se sentit obligé de la remercier avec une mine contrariée.
- Tu n'aurais pas dû t'en mêler, maugréa-t-il avec mauvaise humeur.
Jun eut un petit sourire. Pour avoir un grand frère, elle connaissait bien la reconnaissance dont débordaient les garçons lorsqu'ils recevaient l'aide d'une fille. Tous les mêmes ! Elle ne se formalisa pas de l'attitude de Kazuya le moins du monde.
- Tu as raison, dit-elle magnanime comme elle savait qu'il fallait brosser le mâle hérissé dans le sens du poil, veux-tu bien me pardonner ?
Elle était maligne, cette fille ! Cela faisait partie de son charme d'ailleurs. Sa contrariété envolée comme par magie devant celle qu'il aimait, Kazuya retrouva son sourire. Elle était tout pardonnée évidemment. Pardonnée de quoi d'ailleurs ? Elle venait de l'aider. C'était lui, qui était un idiot comme d'habitude, mais fort heureusement, elle l'appréciait malgré ce petit défaut.
Agacé par leur complicité, Shino mit un terme à cette discussion en se raclant bruyamment la gorge avant de faire remarquer à sa petite amie qu'il ne restait plus beaucoup de temps pour déjeuner.
- Oui c'est vrai, reconnut-elle en jetant un coup d'œil à sa montre, en plus je commence à avoir faim. C'est que ça creuse de remettre les vaniteux à leur place. Tu viens manger avec nous, Kazuya ?
Que n'aurait-il pas donné pour répondre oui… à condition d'envoyer Shino six pieds sous terre préalablement bien sûr ! Comme cette requête était inenvisageable, le jeune homme dut se contenter de décliner l'offre le plus poliment du monde et de regarder sa belle partir main dans la main avec Mister Premier-de-la-Classe.
A nouveau, il se sentit affreusement seul.
Voilà voilà, merci d'avoir lu eh oui je n'ai pas pu résister à la rivalité fraternelle entre Kazuya et Lee.
Alors qu'en avez-vous pensé ? Pour le prochain chapitre, vous aurez droit à un Kazuya comme vous n'en avez jamais vu.
