Jeu dangereux
Un ciel gris, nuageux, annonciateur de brouillard ; voilà ce que pouvait juger Aobh Zabini, à la fenêtre de son appartement, du ciel de Liverpool. Et en plus, elle gelait. Pas qu'à Londres, il fasse chaud, mais elle était plus habituée aux hivers dans les provinces londoniennes, dans le manoir surchauffé à être avec sa famille ou ses prétendus amis -qui n'avaient donné encore aucune nouvelle, même pas Mia, sa soi-disant meilleure amie- qu'à Liverpool, seule dans son si minuscule appartement -en comparaison du manoir- avec pour unique amie sa baguette magique qui lui permettait de se chauffer à son aise. Et ça faisait maintenant un mois tout pile que la demoiselle Zabini avait emménagé.
Enveloppée dans sa couette, Aobh se sent nostalgique. Nostalgique d'un passé qu'elle n'avait même pas connu, d'un futur qu'elle peine à entrevoir et d'un présent où elle ne se sent plus à sa place.
Le goût amer des regrets lui a envahi la gorge, et l'amertume causée par une page non close lui bouffe ses nuits. Impossible de continuer à jouer la petite pétasse seulement obnubilée aux soirées par ce qu'elle a dans son verre et par le mec canon d'à-côté. Impossible de continuer à se taper des mecs différents chaque soir que Merlin fait. Impossible aussi de se regarder dans la glace sans se demander si sa beauté servait à autre chose qu'à attirer les hommes dans son lit pour lui donner la sensation factice et illusoire d'être aimée. Pendant quelques heures. Avant qu'elle ne parte et qu'elle évite soit leur visage défait de s'être fait avoir par une si vile créature, soit leur corps soulevé par les lentes respirations du sommeil.
Les sentiments, c'est pour les petits cons et les faibles.
Mais Aobh Priya Zabini est tout sauf une petite conne et une faible, n'est-ce pas Aobh ? Oui, bien entendu.
Alors pourquoi cet exemplaire du Chicaneur, en face de toi, sur ta table basse, oui, celui-là même que tu dévores d'envie du regard depuis tout à l'heure, depuis qu'un hibou grand duc est venu te l'apporter précisément ? ... Et depuis quand es-tu abonnée à ce journal, Aobh ? Ce tissu de bêtises et d'idioties toutes aussi stupides les unes que les autres, comme tu le disais si bien ?
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-Je suis contente que tu sois rentré en Angleterre, commença Hermione d'une voix légèrement hésitante, les mains crispées sur sa tasse de thé.
Ron, près d'elle, souriait exagérément à son fils, désabusé, qui fumait une cigarette à la terrasse de la maison de ses parents.
-Anita Endkins a trouvé que Summer et moi formions une bonne équipe dans les reportages sur le terrain. C'est surtout pour ça que j'ai enchaîné la Grèce après l'Inde.
Hugo tirait nerveusement sur sa cigarette tout en expliquant le pourquoi de ses déplacements à sa mère. Et pourtant, elle ne lui avait rien demandé, mais il se sentait obligé. Quand il croisait son regard brun, le même que celui de Rosie, il avait l'impression que derrière chaque phrase, se cachait un ordre sous-jacent ou une question muette. Et il ne pouvait plus se retrouver très longtemps en présence de sa mère sous peine de littéralement exploser comme la fois où elle lui avait avoué avoir fait pression sur Addy pour qu'elle le quitte. A chaque fois, il avait l'impression qu'elle voulait tout savoir de sa vie pour pouvoir tout diriger, tout contrôler.
-C'est bien tout ça mon fils, le félicita Ron. A ce qu'il paraît, ils font de très bonnes gourmandises en Grèce.
Amusé de voir son père toujours aussi gourmand, et la réaction attendrie de sa mère face à cette petite phrase, Hugo sourit et sortit de sa sacoche un sachet rempli... de friandises grecques.
-Je ne serais pas un bon fils si je ne t'avais pas ramené ça, Papa. Et puis, même si tu n'es pas très bijoux Maman, je trouvais que ces bracelets te correspondaient bien, ajouta Hugo en tendant un autre paquet à sa mère.
Faux. Ces bracelets ne correspondaient pas à sa mère, et il savait parfaitement que quelque soit le bijou qu'on pourrait lui offrir, elle ne le porterait pas. Hermione Granger-Weasley ne portait que son alliance et une chaîne en or que ses parents lui avaient offert pour son dix-huitième anniversaire, âge de sa majorité moldue, seuls bijoux qu'elle tolérait sur sa peau.
Et c'était une petite vengeance sordide et puérile que lui offrir ça, mais si appréciable pour Hugo. Hugo qui n'avait toujours pas pardonné à sa mère son attitude abusive de mère soi-disant protectrice et prête à tout pour le bonheur de son fils. N'avait-elle pas elle-même trouvé l'amour de sa vie et le père de ses enfants à Poudlard ? Alors pourquoi ? Pourquoi ne lui avait-elle pas laissé sa chance avec Adélaide Grangeon ?
Mais il ne regrettait rien. Même après avoir découvert que c'était sa mère qui était à l'origine de leur première rupture, ça n'avait plus marché avec Addy. Pour quelles raisons ? Il n'en savait rien, seulement juste qu'il avait eu le coeur brisé, qu'elle était partie en Afrique du Sud, et que lui était resté à Londres avec son désespoir, son chagrin et son roman à terminer. Roman qu'il avait brûlé au final, et qui lui avait permis de tout recommencer à zéro.
-Merci, déclara simplement Hermione avec un sourire qui sonnait terriblement faux.
Quant à Hugo, il eut un vrai sourire. Un sourire victorieux.
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-Bonjour Aobh, la salua Graham avec un sourire « brillant » en passant une main dans ses cheveux blonds parfaitement coiffés.
Aobh ne répondit que par un signe de tête et une moue méprisante. Graham O'Connell était un de ses nouveaux collègues et depuis qu'elle avait signé son contrat, il se permettait de la draguer effrontément, pensant qu'il avait une chance avec la belle métisse.
Mais Aobh avait d'autres chats à fouetter que se faire dès maintenant une réputation de pétasse dans son boulot. C'était d'ailleurs la dernière chose à faire si elle voulait conserver son travail, surtout qu'elle était jeune, n'avait aucune expérience et venait à peine de commencer.
Seulement quand elle aurait à son actif quelques années de boulot, elle pourrait se le permettre. Ce devait être un jeu intéressant.
Penser à un jeu la fit frissonner. Indubitablement, dès qu'elle pensait à ce mot, ou dès qu'elle l'entendait, dès qu'il s'insinuait dans son esprit tel un poison, elle pensait à Hugo, et cela lui était interdit. Elle se l'était elle-même interdit. Hugo Weasley était un abruti de premier ordre, très bon amant certes, mais aussi inutile qu'une... couette quand il fait froid.
"Putain."
-Dis donc Aobh, tu es libre ce soir ? Dîne avec moi,... considère ça comme une initiation au boulot.
La belle métisse sourit à l'évocation d'une proposition aussi crue et planta ses yeux sombres dans ceux d'un vert pâle, trop pâle, de Graham.
-Non merci O'Connell, répondit-elle sèchement, tranchante comme une lame affûtée.
Son collègue se renfrogna un peu et repartit, grincheux, dans son bureau. Mais Aobh savait qu'il ne s'arrêterait pas là dans ses avances et cela lui faisait plaisir... Elle allait se faire une joie de le rembarrer à chaque fois de manière différente.
Après avoir entendu la porte du bureau de G. O'Connell claquer, elle perçut un léger froufroutement à sa droite. Tournant la tête vers l'origine du bruit, elle vit une très belle et pimpante blonde d'environ vingt-sept ans ,ou vingt-huit, lui tendre la main, un sourire énorme plaqué sur le visage. Un sourire sans aucun doute sincère.
-Bravo. C'était magnifique ! Rembarrer O'Connell de cette manière alors qu'il avait l'air si confiant était un régal pour les yeux, lui déclara la blonde avant de se présenter. Je m'appelle Joy Levinson.
-Aobh Zabini.
-Oui je sais, répliqua Joy en riant. Tu vas maintenant être connue dans tout le service comme celle qui aura refusé un dîner à Graham O'Connell. Aucune femme n'avait résisté jusqu'à présent... enfin je veux dire, jolie femme.
L'éclair de mépris qu'Aobh perçut dans les yeux de Joy quand ceux-ci pointèrent une de leurs collègues en train de se battre avec la machine à café sorcière, une grande et longiligne brune au visage de cheval et à l'air terriblement sévère.
Instantanément, Joy lui plut. Elle avait l'air d'être franche, cynique et délicieusement méprisante avec ceux qui n'avaient pas son niveau. Et bien qu'Aobh se faisait déjà un plaisir de montrer à Joy qu'elle lui était supérieure en tous points, elle prit la main que la blonde lui tendait avec un sourire complice.
-On déjeune ensemble ce midi ? Je serais très honorée de t'apprendre tout ce que doit savoir une nouvelle arrivante dans notre entreprise internationale de consultants.
-Volontiers, répondit Aobh d'une voix suave.
Elle venait déjà de se trouver une alliée, peut-être une amie, et Aobh s'en enorgueillit. D'habitude, très peu osaient l'approcher avec l'aura de mépris et de haute estime de soi qu'elle diffusait naturellement, et si Joy osait, c'est qu'elle devait être semblable ou beaucoup trop gentille pour son bien. En tout cas, Aobh se promit de faire un effort pour garder cette arme avec elle. Joy semblait très au courant de tout dans l'entreprise et il lui tardait de tout savoir des vilains petits secrets que cachaient la plupart des employés.
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À peine sorti de l'atmosphère légèrement étouffante des bureaux londoniens du Chicaneur que Luna Lovegood avait acheté à la mort de son père, Hugo respira profondément l'air frais de Londres en resserrant un peu plus son manteau sur lui.
Et ce qu'il vit sur le trottoir d'en face le frappa en plein coeur. Il ne s'y attendait pas, et voilà que la souffrance revenait au galop reprendre sa place dans sa poitrine, l'empêchant presque de respirer.
Adélaïde Grangeon se tenait là, enveloppée dans un manteau pelucheux rouge. Encore plus belle que dans les rêves d'Hugo. Encore plus vraie. Et visiblement, elle l'attendait avec un de ses petits sourires en coin qui faisaient craquer complètement Hugo. Mais celui-ci se retint de traverser la rue en courant, et enfonçant, mécontent, ses mains dans les poches de son manteau, il traversa tranquillement la rue pour aller la saluer.
« Un salut, tu prends un peu de ses nouvelles, et tu te casses. » lui hurlait son esprit. Et Hugo était complètement d'accord avec lui.
Après tout, c'était elle qui l'avait jeté.
-Adélaïde, ça faisait longtemps.
-Salut mon Hugo, répliqua Adélaïde en se retenant visiblement pour ne pas l'enlacer.
Le sourire de Hugo se fana à l'évocation du possessif. Il avait envie de lui hurler à la figure qu'il n'était plus « son Hugo » et qu'au fond, il ne lui avait jamais totalement appartenu. Il lui avait donné son coeur bien volontiers, elle l'avait pris et quelques années plus tard, l'avait écrasé de son talon en des milliers de petits morceaux. Maintenant, c'était fini, oui bien fini. Et puis qu'est ce qu'elle foutait là ? Elle était pas censée être en Afrique du Sud vivre le bonheur parfait avec un certain Andrew Corner ? L'Angleterre et ses habitants n'avaient pas été assez bien d'après ce qu'il avait compris. Lui, précisément, n'avait pas été à la hauteur.
-Tu es en vacances en Angleterre ? Demanda Hugo, juste histoire de faire la conversation.
Bien sûr. Comme si il voulait savoir ce qu'elle devenait, … Elle était de l'histoire ancienne, plus qu'une vague connaissance. Et tant pis si ils avaient été presque six ans ensemble. Ils étaient jeunes et avaient fait une erreur. Ouais, une erreur.
-À vrai dire, on m'a proposé un poste plutôt juteux à St-Mangouste et vu que Lily envisage aussi de revenir, je me suis dit « Pourquoi pas ? », expliqua Adélaïde en emmêlant nerveusement une mèche des ses cheveux bruns autour de son majeur.
-Je suis content pour toi, répondit le brun, neutre, s'obligeant à penser à la sublime Summer qui lui avait fait des avances en Grèce, lui faisant très bien comprendre qu'elle était intéressée par lui.
D'ailleurs, il ne l'avait pas revue depuis leur retour... Il devrait lui envoyer un hibou pour lui proposer un café, ça pourrait lui réserver une agréable surprise.
-Et toi, sinon ?
Addy avait l'air hésitante, nerveuse et surtout gênée, ce qui mit la puce à l'oreille du fils d'Hermione. Qu'est-ce que cherchait à obtenir Adélaïde ? Elle ne serait jamais revenue en Angleterre pour lui, ça il en était certain. Ce qu'avait fait Hermione avait brisé leur relation mais Hugo avait aussi compris que c'était une sorte d'échappatoire pour Adélaïde à une relation qu'ils avaient entamé trop jeunes et qui les bouffait au final... Adélaïde avait voulu connaître d'autres hommes qu'Hugo Weasley, et ce dernier n'était pas mécontent de leur rupture... seulement depuis peu, il devait l'avouer. Depuis... Aobh Zabini en fait. Depuis elle, tout était redevenu plus... vrai ; tout était devenu plus intense et il pouvait dire d'une certaine manière que la belle métisse lui avait donné redonné goût aux plaisirs de la vie. Étrange paradoxe.
-Le Chicaneur, comme tu le sais déjà apparemment, ironisa Hugo.
-Oui oui, hum, ça te dérange si on va prendre un café ?
-En fait oui, répondit sans hésitation le brun, j'ai déjà quelque chose de prévu pour le déjeuner et je déteste faire attendre les gens.
C'était faux mais Hugo était persuadé de ne laisser filtrer aucun signe de son mensonge. Après tout, elle n'avait qu'à s'en prendre à elle-même. Que croyait-elle ? Qu'il allait retomber dans ses bras d'un claquement de doigts ? Ja-mais.
-Et tu es libre ce soir ?
Hugo resta quelques instants, les bras ballants. Pourquoi tenait-elle tant à avoir un moment de tête à tête avec lui ? Ces quelques minutes qu'il lui accordait ne suffisaient pas ? Pour sa part, il les trouvait amplement suffisantes, même trop longues. Et un éclat blond à côté de lui le fit respirer normalement. Summer venait le saluer avant d'entrer dans les bureaux du Chicaneur, et Hugo sut saisir sa chance au vol.
-Non désolé, ce soir je dîne avec cette charmante demoiselle que voici, improvisa Hugo en attrapant la taille de Summer, qui ne se débattit pas sous le coup de la surprise et qui afficha ensuite un grand sourire pour la brune lumineuse qui faisait face à son collègue.
-Oui d'ailleurs à ce propos, Hugo chéri, j'espère que tu en seras pas en retard comme la dernière fois, répliqua Summer en lui plaquant un léger baiser sur les lèvres.
Pas désagréable, pensa Hugo avant de revenir au moment présent. Adélaïde le regardait de l'air de celle qui a compris qu'il mentait et qu'il venait de tout improviser devant elle... En même temps, quelle idée avait eu Summer de rajouter la dernière phrase. Ça contredisait entièrement ses dernières paroles ! … Elle avait pas assuré mais il pouvait limiter la casse.
-C'est toi qui m'avait prévenu que tu serais forcément en retard de ton côté tellement tu passes ton temps à te maquiller et à chercher la tenue adéquate.
… Ce n'est qu'après réflexion qu'Hugo s'aperçut que Summer n'avait pas du tout ce genre de profil, et il se sentit bien bête d'avoir montré à Addy une Summer bien plus superficielle qu'en réalité. Summer Brown était plutôt du genre à enfiler ce qu'elle aurait eu sous la main, et qui de toute façon, aurait été magnifique, habillée comme un sac et pas maquillée.
-Quoiqu'il en soit, ce soir, je serais pile à l'heure et toi aussi. Vingt heures à mon appartement, ajouta Summer avec un grand sourire qu'Hugo comprit que la jolie blonde venait de gagner un dîner avec lui pour services rendus.
En interceptant le regard meurtrier de la jolie brune qu'il avait aimé passionnément pendant des années pour la blonde qui s'accrochait à son bras, Hugo fut traversé par un sentiment de jouissance pure. Adélaïde Grangeon était jalouse, c'était plus et mieux que tout ce qu'il aurait imaginé. Indirectement, il lui faisait payer tout ce qu'elle lui avait fait. Ouais indirectement, alors qu'il cherchait juste à lui échapper.
Que la vie était bien faite.
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Aobh se félicita pour la millième fois environ de ne pas avoir remballé Joy quand celle-ci lui avait tendu la main. La blonde était vraiment délicieuse. Elle était à la fois gentille et arrogante, à la fois critique et réaliste, bref Joy Levinson était une vraie perle en son genre. Et Aobh, qui pourtant était considérée comme une handicapée des sentiments, adorait déjà cette blondinette au caractère bien trempé. Elle changeait carrément des manipulatrices vénales telles que Mia, sa soi-disant meilleure amie. Meilleure amie qui n'avait pas quémandé une seule de ses nouvelles, ce qui faisait enrager de jour en jour Aobh, la magnifique.
D'ailleurs, Melchior ne s'était pas pris non plus la peine de venir la chercher, ce qui au fond la décevait un peu. S'il était vraiment amoureux d'elle, il serait venu de suite empêcher son emménagement et sa prise d'indépendance... et elle aurait eu un plaisir malsain à le rejeter encore. A hurler, à lui jeter des choses à la figure, à enfin extérioriser sa colère envers lui. Il n'avait pas le droit de vouloir la condamner à une prison dorée ; elle était jeune et libre. Oui, libre.
-Donc tu dis que O'Connell a fait soudoyé l'avocat de la célèbre héritière italienne Giulia Rafaeli pour qu'il pousse sa cliente à signer avec l'entreprise Chicos parce qu'il avait acheté dernièrement des actions de cette entreprise et que seule une fortune colossale comme celle de Giulia pouvait la remettre à flot ? S'étonna Aobh.
Décidément, cette Joy était une vraie mine d'informations.
-Exact. Et il aurait déboursé de très grosses sommes, et le patron n'est pas au courant de ça. Il est persuadé que c'est le talent naturel de O'Connell qui en est la cause. Cette affaire était perdue d'avance, Giulia refusait catégoriquement de signer avec Chicos, dont on gère une partie de leurs relations, et comme tu peux l'imaginer, le patron a été plus que surpris du revirement. On peut même parler de stupéfaction totale. C'est pour ça que Graham a eu sa promotion.
Joy avait prononcé ce prénom avec un mépris palpable. Mais Aobh distinguait beaucoup plus derrière ce prénom prononcé avec hargne ; elle y devinait l'amertume d'une femme blessée. Il n'aurait pas été étonnant que la belle Joy eut été plaquée en beauté par l'avocat -un peu- véreux. Et comme Aobh a-do-rait se mêler des affaires piquantes d'autrui, de ce genre plus particulièrement, elle pria Joy de lui raconter l'histoire, leur histoire.
-Non non, Graham et moi n'avons jamais eu d'histoire, tenta platement Joy avant de croiser le regard mi-compatissant, mi-provoquant de sa nouvelle collègue, puis lâcha un soupir.
« C'était il y a trois mois déjà. Trois mois que je le vois draguer toutes les femmes de notre entreprise. Le salaud. On a été ensemble pendant un an et c'est d'ailleurs presque grâce à moi qu'il a réussi à décrocher ce job... Oui, tu comprends, le patron est un très bon ami de mon père, Gary Levinson, le célèbre avocat, … oui oui c'est mon père, et donc j'avais glissé une petite allusion positive au patron, et comme il m'apprécie, et mon travail et mon aptitude naturelle à plaire aux clients, il a engagé Graham, qui avait son diplôme bien évidemment. Si il n'avait pas ce bagage de base, jamais il n'aurait été accepté. Bref, Graham m'a plaqué après un an et six jours de relation... Alors que j'avais même prévu qu'on emménage ensemble au bout d'un an et demi. Quel salaud, mais quel salaud. Et depuis, il se fait toutes les femmes consultantes. Je le HAIS. »
Et sur cette note joyeuse, Joy avait ponctué la fin de son monologue. La demoiselle Zabini avait mis son visage en coupe, appuyée sur son coude, et observait de profil la blonde. Comment Graham O'Connell avait bien pu quitter cette femme ? Elle était déjà très belle, avait de l'humour, de la conversation ; elle n'était ni nunuche, ni apparemment très collante. En fait, elle devait l'avoir fait peur par sa précipitation à s'engager avec lui, sinon aucun homme sain d'esprit n'aurait quitté une beauté pareille... sauf si au lit, elle assurait pas. Mais ça Aobh en doutait grandement ; les plus belles femmes savaient toujours user parfaitement de leurs corps pour donner du plaisir aux hommes. Il y avait décidément quelque chose qui clochait.
-Tu connais le mot « vengeance » Joy chérie ? Susurra Aobh, souriante.
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En s'observant dans le miroir de sa chambre, Hugo eut une pensée pour Aobh Zabini, si étrange que ça puisse paraître. La dernière fois qu'il s'était regardé attentivement dans ce miroir, elle était dans ses bras et ils s'arrachaient presque leurs vêtements -si bien qu'Hugo se demandait encore comment il avait pu se regarder dans le miroir à ce moment-là,... peut-être pour voir comment ils étaient ensemble, deux contraires- pour se rassasier l'un de l'autre. Et il se souvenait encore s'être fait la réflexion qu'ils formaient un beau couple malgré leurs différences aussi bien physiques qu'indubitablement morales.
Elle, la métisse, celle qui possédait à la fois du sang italien, africain et indien, aux cheveux noirs lourds et bouclés, aux grands yeux en amande aussi sombres que la nuit, à la peau noire et aux lèvres charnues, incarnant parfaitement la luxure. Intelligente Serpentarde.
Lui, l'anglais à la peau pâle, aux courts cheveux bruns épais et aux yeux d'un vert très clair, à la pomme d'Adam prédominante et aux taches de rousseurs sur les bras et sur les épaules, le parfait gentleman anglais. Sensible Gryffondor.
… Ça commençait très mal. Il était censé regarder si les habits qu'il avait choisi pour aller dîner avec Summer lui allaient et voilà qu'il avait réussi à faire une énorme digression sur une autre femme. Aobh.
Quel étrange prénom d'ailleurs. Rare et glissant merveilleusement bien entre ses lèvres. Il n'avait aucun doute sur l'origine de ce prénom : il était irlandais. Il faudrait qu'à l'occasion, s'il recroisait la demoiselle Zabini -bien qu'il ait la folle envie de l'inviter à boire un verre en lui envoyant un hibou-, lui demander ce que signifiait son prénom. Oui, à l'occasion.
Tirant nerveusement sur le col de sa chemise couleur acajou, qu'il avait enfilé pour aller à son rendez-vous avec Summer, Hugo inspira. Summer était parfaite pour lui. Drôle, belle, intelligente, gentille, et -ô ciel- intéressée par lui. Alors pourquoi pas ? … Le seul problème était qu'Hugo avait goûté à mieux que Summer, et comme n'importe quel homme principalement guidé par ses désirs profonds, il préférait Aobh.
Aobh n'était pas drôle, elle était délicieusement moqueuse et provocante; elle n'était pas belle, elle était sublime ; elle n'était pas intelligente, non, elle était mieux, elle savait manipuler les gens avec une dextérité effrayante et surtout, elle savait manier sa langue -dans les deux sens du terme, oui- ; elle n'était pas gentille, bien au contraire, Aobh avait une tendance à la méchanceté gratuite et c'était aussi ça d'un côté qui le séduisait ; elle n'était pas intéressée par lui... elle adorait qu'il lui fasse l'amour, nuance. Alors là aussi, … pourquoi pas ?
-T'es vraiment qu'un sombre crétin, Weasley, s'invectiva Hugo à voix haute.
Summer Brown l'attendait et Aobh Zabini n'avait pas donné un signe de vie depuis leur dernière nuit, qui datait déjà d'au moins deux semaines.
Fallait vraiment être débile pour cogiter là-dessus dans ce genre de moments... ou pas.
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La belle métisse rentra épuisée chez elle. Il faisait froid, Joy -sans qu'elle ne s'en rende compte- lui avait pompé toute son énergie à parler et parler, et encore parler, et elle avait eu son premier dossier sur son bureau. Elle devait s'occuper des placements d'une vieille milliardaire dans un élevage d'Hippogriffes en Tchécoslovaquie. Su-per intéressant !
Ses anciens amis auraient eu raison : le travail c'était abrutissant, et ce n'était décidément pas fait pour elle... Mais elle y prenait goût et cela se révélait beaucoup plus intéressant et plus actif que passer ses journées à étudier et à faire du shopping. Heureusement que ses cours du soir pour finir son diplôme n'avaient lieu qu'un soir sur trois. Ça lui permettait de s'aérer l'esprit.
… Et elle décida d'envoyer un hibou à Joy pour voir si celle-ci avait encore la force de lui faire visiter les bons plans du soir de Liverpool. Ou du moins, de les lui indiquer. Elle saurait se débrouiller pour avoir de la compagnie, il n'y avait aucun problème et de toute façon, il était un peu tôt pour appliquer le plan qu'elle avait savamment concocté pour venger sa nouvelle « amie ». Oui, elle pouvait qualifier maintenant Joy d'amie vu tout ce qu'elle savait sur la vie amoureuse et professionnelle de sa collègue, et vu tout ce que cette dernière savait d'Aobh. Étrangement, celle-ci avait tout dévoilé sur son petit jeu avec Hugo Weasley à la Levinson. D'ailleurs, celle-ci avait immédiatement reconnu le patronyme devenu si célèbre depuis la Guerre et connaissait vaguement une des cousines de Hugo, Victoire Weasley, qui avait été de sa génération à Poudlard mais dans une autre maison. En effet, Joy avait été à Serpentard, ce qui avait ravi Aobh, enchantée de savoir qu'elle ne fréquentait pas une deuxième ayant appartenu à la maison des Lions, la première étant évidemment son jouet.
Jouet qu'elle se devait de reprendre, jouet dont elle devait marquer l'appartenance. C'était son jouet à elle, et à personne d'autre.
Réfléchissant à la manière de reprendre contact avec le brun si craquant avec son côté si émotif et sensible, Aobh griffonnait un mot pour Joy. Elle était d'humeur à sortir ce soir et également à flirter avidement, sans retenue. Quoique..
-Lir, allez, va porter ça à Joy Levinson.
Son hibou grand-duc lui lança un regard empreint d'intelligence et eut un léger hululement avant de passer par la baie vitrée qu'elle avait laissée ouverte. Pourquoi avait-elle nommé son hibou ainsi ? Lir était le prénom de l'époux d'une certaine Aobh dans la mythologie irlandaise, et celui-ci, le goujat, après qu'elle soit morte, avait épousé sa soeur, Aoife. Depuis, si une Aoife ou un Lir avait le malheur de croiser le chemin d'Aobh, celle-ci les dardait d'un regard noir. Par instinct, on peut penser. Mais Aobh préférait l'origine de son prénom qui venait du mot irlandais « aoibh » qui signifiait « beauté ». Ça lui allait comme un gant, vraiment. Et narcissique était son deuxième prénom effectivement.
Et quelque pouvait être la réponse de sa nouvelle amie, Aobh alla prendre un bon bain chaud. Finalement, peut-être qu'elle allait reporter sa sortie du soir au week-end. Elle était vraiment lessivée.
« Merde, je ressemble à une de ses bureaucrates mère de famille avec dodo-métro-boulot. Hors de question ! »
D'accord, elle était épuisée, mais elle allait quand même aller prendre un verre à n'importe quel bar branché que lui indiquerait Joy. Juste un verre et elle rentrerait. Mais il était impératif qu'elle sorte, qu'elle se retrouve un peu elle-même. Il fallait qu'elle redevienne quelques instants l'insouciante Aobh, flirtant à droite, à gauche, draguant impunément des hommes casés ou non, s'amusant, se moquant, écrasant les autres femmes de la soirée par sa classe et son mépris clinquant.
Le hibou de Joy ne se fit pas attendre ; et Aobh, encore dans son bain, détacha le morceau de parchemin de son hibou et commença sa lecture.
Sans problème, Aobh chérie. Je viens te chercher dans vingt minutes, le temps de me préparer.
Bisous.
Joy
Aobh sourit au fil de sa lecture, et posa le morceau de parchemin dans un coin de la baignoire. Trente minutes pour une fille comme Joy, ça voulait dire une bonne heure. C'était parfait ; elle avait le temps de se préparer et puis elle savait déjà quel genre de vêtements elle allait mettre, il suffisait de les trouver.
… Et ça allait quand même être du boulot, vu la tonne de vêtements qu'elle avait dans son dressing.
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-Tu es ravissante ce soir, Summer.
Phrase d'usage. Hugo savait que ça sonnait faux mais il était sincère. Summer Brown était vraiment très belle ; elle avait décidé d'être un peu plus féminine et il devait avouer que ça lui allait drôlement bien. Une petite robe en dentelle couleur ivoire accompagnée par une veste noire – qui contrebalançait très légèrement le côté féminin de la tenue - couvrait le corps de la jolie blonde. Contrairement à son habitude, elle s'était maquillée. Un peu de rose aux joues, un léger brillant sur ses lèvres, du trait noir sous ses beaux yeux verts, et un peu de fard à paupières doré.
Pendant qu'Hugo notait mentalement tous les petits détails qui avaient changé chez Summer, il se mit soudain à faire la comparaison avec Aobh Zabini, qui, elle, ne gênait pas pour se maquiller outrageusement bien. Il se souvenait parfaitement -étonnamment- que la fille Zabini avait commencé à se maquiller très jeune, la faisant paraître sans nul doute bien plus âgée qu'en réalité.
… Mais pourquoi donc agissait-il comme un vrai connard en pensant à une autre alors qu'il était en rendez-vous avec une femme charmante et qu'il appréciait sans nul doute ? Qu'il était con, qu'il était con, qu'il était con bordel.
-On entre ?
Hugo eut la désagréable impression au sourire crispé qu'affichait sa collègue qu'elle avait réussi à lire dans ses pensées. Mais impossible, si Summer pratiquait la Légilimencie, il l'aurait su et surtout, il aurait senti qu'elle s'était introduite dans ses pensées. Mais non, il se reprit et trouva une explication plus rationnelle. Dès qu'on le connaissait un tant soi peu, on savait lire en lui comme dans un livre ouvert, caractéristique qui l'avait souvent énervé et qu'il avait sans succès essayé de corriger.
Summer pouvait se targuer de le connaître un peu mieux que les autres employés du Chicaneur après avoir passé presque un mois avec lui à affronter le mauvais temps en Inde, et la douane sorcière grecque et son insupportable manie de croire que tous les touristes sorciers étaient des dangereux individus. Et puis, il fallait le dire. Ils avaient partagé la même chambre à chaque fois, ne pouvant se permettre beaucoup de dépenses avec leur budget professionnel. Et encore heureux, Hugo avait réussi à se maîtriser et à contrôler ses hormones hurlant son attirance pour Summer.
-Hugo, si tu n'as pas envie de ce dîner, je ne t'oblige à rien, murmura Summer d'une voix apaisante.
Comment faisait-elle pour savoir ce qui n'allait pas ?
-Si, j'en ai très envie. Je te dois bien ça, tu m'as sauvé de mon ex ce midi, ajouta Hugo avec un sourire amical.
Malgré la lueur de déception passagère qu'Hugo put intercepter dans les yeux de la blonde, cette dernière afficha un grand sourire, aussi amical que celui d'Hugo. Un sourire qui voulait tout dire.
Avec soulagement, Hugo comprit que leur relation en était revenue au stade de simples amis et collègues, et que ce dîner en tête-à-tête n'était pas un rendez-vous romantique. Ils s'appréciaient, s'entendaient bien, avaient le même humour et encore d'autres points communs, notamment pour les voyages.
La soirée allait bien se passer.
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Aobh avait à peine posé un pied dans ce bar que lui avait conseillé Joy, cette dernière à ses côtés, que les regards masculins se tournèrent vers elles, certains plus discrets que d'autres. Avec jubilation, elle alla s'asseoir à une chaise au comptoir, suivie de près par Joy qui souriait à tout va. D'habitude, elle aussi suscitait quelques réactions mais là c'était encore plus que tout ce qu'elle pouvait imaginer. Les autres femmes les fusillaient du regard et les hommes les dévoraient. Et pourtant, d'autres femmes présentes dans le bar dévoilaient plus de peau qu'elles... Et pourtant, c'était l'aura qu'elles dégageaient, et que dégageait plus précisément Aobh qui les attirait comme des mouches.
Joy finissait par se demander qui était vraiment Aobh. C'est vrai qu'elle était très belle et possédait un physique presque hors du commun, mais était-ce suffisant pour susciter toutes ces réactions ? Plutôt exagéré quand même. Ou peut-être pas, songea Joy troublée en examinant Aobh.
La métisse était vraiment sublime. Sa peau ébène était mise en valeur par son haut blanc, qui dessinait agréablement les formes de sa poitrine avant de s'évaser jusqu'à la taille, et son pantalon moulant noir, qui comme l'indiquait son nom, moulait de façon presque indécente ses fesses. Et tout ça agrémenté de sandales argentées multi-brides à talons hauts et d'un maquillage qui rehaussait encore sa beauté.
Et elle semblait totalement dans son élément vu l'aisance avec laquelle elle se fondait dans le décor autant qu'elle l'illuminait par sa seule présence.
Le bar bruissait de conversations entamées, de verres qui s'entrechoquent, de rires gras et clairs entremêlés, de murmures admiratifs, de silences éloquents. Et Aobh reprenait enfin vie. C'était dans cet univers-là, entre le glauque et le classe, qu'elle avait fait ses premiers pas de jeune femme. Elle ne considérait pas les bals de débutantes qu'organisent les familles des hautes sphères sociales sorcières comme ses premiers pas en tant que femme, non, c'était dans les bars, dans les boîtes de nuits, dans les soirées privées qu'elle avait vraiment commencé. À seulement quatorze ans, elle était rentrée dans un pub. Elle en faisait dix-huit, correctement maquillée et habillée. Mais jamais elle n'était rentrée dans un pub crasseux, rempli de péquenauds rougeauds aux larges mains grasses. Non, elle avait toujours très bien sélectionné ses lieux de soirée.
Tout de même. Elle était une Zabini, pas une simple Smith.
-Aobh, est-ce que tu es consciente que tous les mecs ici présents te dévorent du regard ? Du plus jeune au plus vieux, lui chuchota allègrement Joy.
Elle ne prit même pas la peine de répondre, acquiesçant silencieusement à sa question, et préférant faire un signe de la main, assez sensuel et pas du tout calculé, au barman, qui se précipita sur les deux nouvelles amies, afin de lui commander deux Whisky Pur Feu.
-Aobh, ma chérie, je ne te présenterai jamais à mes amies casées, tu leur volerais sans aucune peine leurs copains, déclara Joy en riant.
-Tu fais bien Joy, répliqua l'ancienne Serpentarde, moqueuse.
Mais elle ne touchait pas au mecs casés. Elle avait beau être une garce, jamais elle ne touchait un mec qui avait une copine. Sauf si elle détestait la copine en question ou que celle-ci l'ait fait chier un jour pour n'importe quelle raison. Et... en fait ça arrivait assez souvent si elle voulait être honnête pour une fois ; beaucoup de femmes la détestaient, ou tout simplement la regardaient trop méprisantes ou désapprobatrices, et elle le leur rendait bien. Même très bien. En rendant dingue leur mec par exemple. Mais quand y'avait des enfants en jeu, elle se désistait. Détruire un couple, d'accord si la femme était une vraie conne. Détruire une famille, jamais. Il y avait quelques valeurs à respecter.
-Et moi si j'ai un copain ?
-Toi je t'aime bien donc t'as rien à craindre. Et puis, entre nous, Graham, y'a mieux.
-Comme Hugo Weasley, je suppose ? La taquina la blonde.
Aobh claqua de la langue, agacée. Sa soirée venait d'être gâchée par la seule évocation du brun qu'elle désirait ardemment dans son lit. Ou n'importe d'où d'ailleurs, mais avec elle, ...en elle pour être plus précis.
-Sans aucun doute, asséna la métisse en secouant sa lourde chevelure noire, faisant fi de l'expression moqueuse de la blonde et rehaussant légèrement son port de tête.
Joy se renfrogna un peu mais ayant un peu cerné le caractère capricieux et égoïste de la métisse, elle n'y prit pas tellement garde.
-Tu rentres à Londres pour Noël ? Demanda brusquement Joy, en posant sa tête dans le creux de sa main, son coude posé sur le comptoir étincelant, dans lequel on pouvait distinguer son reflet.
-Oui j'ai promis à ma mère que je serais là, lâcha platement Aobh.
La perspective de fêter Noël à Londres ne l'enchantait qu'à moitié. Ses parents avaient l'habitude d'inviter sa tante Parvati, une immonde pipelette aussi garce qu'Aobh, avec qui elle s'entendait à merveille -Parvati Finnigan était la seule Gryffondor qu'Aobh avait pu supporter dans son environnement proche avec son cousin David. Et encore, elle évitait de penser à eux en tant qu'anciens Rouge et Or. Son oncle Seamus quant à lui, lui donnait la nausée.- et avec qui elle adorait parler des garçons et des derniers potins, ainsi que son mari, son cousin -si celui-ci n'était pas chez les Weasley-; et ils accueillaient aussi parfois les familles Malefoy, Nott, Higgs, Pucey et Flint. Ça dépendait des années, et c'était à tour de rôle qu'ils s'invitaient les uns, les autres. La seule ombre au tableau : la présence certaine de Melchior Nott.
-Et ton soupirant, qu'est-ce que tu vas en faire ?
-L'ignorer ou l'écraser, ou les deux au choix.
-Il ne va jamais te lâcher sauf si tu as un vrai copain, plus imposant que lui.
-Qu'il comprenne qu'il n'est pas assez bien pour moi et qu'il ne le sera jamais ? Pas mauvaise comme idée. Le seul problème reste à trouver le « vrai copain », je ne trouve personne d'assez bien.
-Le Weasley ?
-Hors de question, grogna Aobh en avalant une gorgée brûlante de sa boisson que le barman venait de déposer devant elle, avec un sourire charmeur en prime.
-Et faudrait que tu fasses ça avant Noël, continua la blonde sans prendre garde à l'évident refus de son idée d'impliquer Hugo Weasley.
-Arrête avec ça. Tu peux faire une croix sur Hugo comme candidat potentiel.
-Tu l'appelles Hugo en plus, ajouta Joy, l'air de rien.
Aobh dévisagea la blonde perchée sur un tabouret près d'elle et eut un sourire en coin. Décidément, elle avait assez bien cerné Joy et la trouvait de plus en plus apte à rester dans son entourage proche. Vraiment douée.
Et dire que ça faisait à peine une journée qu'elles se connaissaient...
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Quand Hugo sortit du Hamlet sur le Chemin de Traverse, il inspira à fond. Comme il l'avait prévu, le rendez-vous s'était bien passé, ils avaient plus agi en tant que copains qu'éventuel couple, et malgré quelques petits flirts, ils n'avaient jamais poussé plus loin.
-Merci pour le dîner Hugo, j'ai adoré.
Le brun se tourna vers sa collègue et vit qu'elle affichait un faible sourire. L'idée dérangeante qu'elle attendait sûrement plus de ce repas lui traversa l'esprit et il perçut le sentiment de culpabilité croître dans sa poitrine. Il détestait ne pas répondre aux attentes des gens, ce qui lui valait d'être aisément manipulable.
-Je te raccompagne ?
Et Hugo se haït d'avoir prononcé cette phrase pour voir une lueur d'espoir s'allumer dans les yeux de Summer, très vite remplacée par un éclat un peu triste. Il se haït de ne pas penser sérieusement à une autre femme que l'autre garce de Zabini et il s'en voulait plus que tout d'avoir un peu forcé Summer à jouer la comédie devant son ex.
-Non merci, ça ira. Je n'habite pas très loin.
Il n'insista pas et la laissa partir ; il fallait très sérieusement qu'il s'occupe du cas Aobh Zabini. Ce n'était plus possible, ce n'était pas imaginable qu'elle le hante ainsi. Il devait en finir, oui en finir. Mais pour ça, il fallait qu'il la trouve d'abord.
… Donc par où pouvait-il commencer ? … Il savait que David Finnigan, le mari de sa cousine Molly, était le cousin d'Aobh et qu'ils s'entendaient relativement bien. Mais s'il demandait de l'aide à Molly et donc à David, toute la famille Weasley en passant du côté Potter serait au courant, ce qu'il devait à tout prix éviter, Aobh n'étant pas une relation qu'il pouvait qualifier de sérieuse.
Bon, il n'était pas journaliste pour rien, il savait mener des enquêtes d'investigation et celle-ci serait considérée comme telle. Voilà.
-Hugo ?
… C'était une blague ? Mais qu'est ce que foutait encore Adélaïde Grangeon sur son chemin une deuxième fois en une journée ? C'était un complot, c'est ça ?
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-Et si on bougeait sur le Chemin de Traverse ? Demanda brusquement Joy, interrompant Aobh qui commençait à peine à flirter avec un homme qui s'était installé près d'elle.
Aobh darda un regard furieux sur son amie un peu plus âgée qu'elle, et se demanda si elle le faisait exprès. Depuis le début de la soirée, elle balançait à chaque fois une remarque sur Londres, sur Le Chicaneur ou sur ce stupide et embêtant Hugo Weasley. Et donc elle l'empêchait de se concentrer sur ses verres et sur les hommes potables à trois mètres à la ronde.
C'était rageant et surtout frustrant ; c'était comme une petite épine plantée dans son esprit qui restait continuellement là, et qu'elle se plaisait à garder.
-Tu fais chier Joy, allez on bouge à Londres ! Je te fais découvrir un peu les bars branchés sorciers là-bas et le week-end prochain, ce sera à ton tour pour les rares endroits potables à Liverpool, cracha Aobh en se levant brusquement. Et tu payes ce soir.
Avec un sourire jusqu'aux oreilles, Joy déposa quelques Noises sur le comptoir pour payer leurs consommations et suivit Aobh, déchaînée, pour sortir du bar qui s'était rempli petit à petit.
-Et pourquoi par Salazar, tu veux absolument aller là-bas ?
-Intuition. Un journaliste beau gosse ne reste pas chez lui un vendredi soir. C'est obligé.
Aobh préféra ne pas contredire la blonde ; Hugo lui semblait plutôt le type d'homme à justement rester chez lui le vendredi soir pour bosser sur un de ses articles, ou boire une Bierraubeurre, son paquet de clopes à portée de main, devant un bon film. Il avait toujours été un peu coincé et ça l'étonnerait beaucoup si par hasard, ils se retrouvaient sur le Chemin de Traverse. En revanche, elle savait qu'elle allait forcément croiser Mia, Melchior et tout le reste de leur bande, ce qui ne lui plaisait qu'à moitié.
Mais après tout, elle était Aobh Zabini. Qu'est ce qu'elle pouvait en avoir à foutre de leur avis et de leurs médisances ? Elle avait fait partie de leur bande, en avait été la reine et les avait reniés. C'était elle la plus forte, tout simplement. Aobh Zabini était une reine-née -sa grand-mère paternelle adorée et admirée ayant été considérée comme une des plus belles femmes au monde et ayant au moins cumulé sept maris, sa mère étant une sorte de princesse indienne, avec du sang de noble, et son père avait du sang italien dans les veines, ça suffisait- et si ils l'avaient oublié, elle allait se faire un plaisir de le leur rappeler.
-Allez, on bouge Joy.
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Hugo alluma une cigarette et s'apaisa au bout de quelques secondes. Quelle merveilleuse invention moldue. Les versions sorcières étaient beaucoup plus fortes et Hugo préférait mille fois plus l'effet donné par les moldues. C'était plus authentique.
-J'espérais te croiser, avoua Adélaïde du bout des lèvres. On va boire un verre ?
Et juste parce qu'il avait vraiment besoin d'un verre d'alcool fort pour dissiper le goût amer qu'il avait dans la gorge, Hugo accepta.
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Londres. Sa ville.
Aobh respira un grand coup l'air frais qui l'entourait et resserra un peu plus son caban noir contre elle. Joy, près d'elle, trépignait d'impatience et d'excitation. A chaque fois, elle n'était venue du côté sorcier de Londres que pour régler une ou deux affaires depuis qu'elle avait commencé à Helpers, l'entreprise pour laquelle elles travaillaient maintenant toutes les deux, et pour venir chercher ses fournitures quand elle était encore à Poudlard.
-Alors, où est-ce qu'on va ?
-Je vais t'apprendre quelque chose ma chérie. Quand tu veux sortir le soir sur le Chemin de Traverse, il existe un quartier pour cela. Restaurants, boîtes, bars, il y a de tout. Son p'tit nom c'est Warrior's Street.
Il y eut un silence puis la belle métisse reprit :
-Vu que je fréquente ce quartier assidûment depuis mes dix-sept ans, je connais presque tout le monde.
-En même temps, qui ne voudrait pas te connaître Aobhichou ? La taquina Joy.
La fille de Blaise Zabini eut une grimace au surnom affreusement nunuche dont l'avait affublée Joy. Personne n'avait jamais osé, même pas Mia. Aobh n'avait vraiment pas un profil à se faire appeler « Aobhichou », et de plus, Joy ne la connaissait que depuis le matin même. Elle ne pouvait le permettre, mais se prit néanmoins au jeu.
-On est pas encore assez proches pour que tu me surnommes ainsi Joyninounette, répliqua Aobh, imperturbable.
Pour toute réponse, Joy éclata de rire et passa son bras sous celui d'Aobh, qui ne la repoussa pas et se prépara à faire face à ses démons et ses vieux amis. Et avec le sourire aux lèvres, s'il vous plaît.
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-Et je pensais vraiment que nous deux, ça allait coller.
Ne faisant qu'à moitié attention à ce que son ex lui disait, Hugo contemplait passivement la couleur ambrée de son verre. Le barman lui avait déniché ce qu'il avait de plus fort : de l'hydromel mezcal.
Tout ce qu'il savait, c'était qu'Adélaïde lui parlait de sa relation avec un certain Andrew Corner, dont il avait déjà vaguement entendu parler, et que leur relation était faite de hauts et de bas, aucune stabilité en gros. Bien fait pour elle. C'était égoïste de penser comme cela mais c'était diablement bon. Pour une fois, il n'aurait aucun mal à être mesquin avec sa Addy, peuh.
-Et toi mon Hugo ? Tu vois quelqu'un sérieusement en ce moment ?
Las de tourner en rond avec Adélaïde, Hugo plongea son regard vert dans celui brun de cette dernière.
… Elle ne voulait pas qu'ils reprennent où ils s'étaient arrêtés quand même ? Elle n'espérait quand même pas ça ?
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Une tête brune attira brusquement son attention quand elle passa la porte du San Jose, dont les spécialités étaient mexicaines. Son souffle se coupa et ses yeux sombres ne purent le quitter pendant une minute entière. Ils ne s'étaient vus sérieusement que deux fois et elle savait parfaitement la nuance que pouvaient prendre ses épais cheveux brun. Une nuance auburn unique. Elle détailla, presque dévora du regard, les épaules larges de son ancien amant recouvertes par une chemise qui s'accordait bien avec la couleur de ses cheveux, et sa nuque qu'elle avait envie de mordiller et d'embrasser à en être totalement repue.
Mais il parlait à une femme, qu'Aobh reconnut immédiatement malgré les années qui avaient passées depuis la dernière fois qu'elles s'étaient vues, et une jalousie amère la prit soudainement à la gorge.
Qu'est ce que foutait Grangeon à parler à son jouet ? … Remettait-il le couvert avec cette affreuse brune ?
Elle voyait le regard pénétrant de l'ancienne Rouge et Or, ses battements de cils à peine discrets, son sourire charmeur qu'elle ne pouvait dissimuler, sa main passer dans sa frange au moins une fois toutes les minutes.
Mais. Quelle. Petite. Salope.
-Aobh ?
-Admire le travail Joy, susurra Aobh, affichant un sourire de prédatrice et en s'avançant vers le couple au bar.
La brune qui essayait de lui ravir son jouet lui lança une oeillade méprisante, ne la reconnaissant sûrement pas sur l'instant, trop préoccupée à charmer le Weasley. Aobh ne put retenir un ricanement moqueur, posa une main possessive sur l'épaule d'Hugo, se pencha vers lui dans son dos, et tournant légèrement la tête, s'empara de ses lèvres chaudes, dont la saveur sucrée et alcoolisée l'enivra instantanément.
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Le jeune journaliste n'avait même pas eu le temps de répondre négativement à Adélaïde qu'il avait senti une main sur son épaule, des cheveux longs et bouclés lui flatter la nuque, et une bouche chaude et diablement sensuelle se refermer sur ses lèvres.
Sans vraiment se poser de questions et le goût de ses lèvres lui disant quelque chose à travers le sombre brouillard dans lequel s'était plongé son esprit, Hugo répondit ardemment au baiser, s'imprégnant totalement de l'odeur épicée qui se dégageait de la jeune femme qui s'était permise de venir lui voler ce baiser.
Puis doucement, tendrement, elle rompit le baiser et sa voix chaude retentit à ses oreilles, son souffle lui brûlant la nuque :
« Hugo, ... Tu m'as manqué. »
Aobh Zabini, la seule, l'unique.
L'ancien Gryffondor eut un faible sourire tandis que son ex-petite amie les regardait, clairement stupéfaite. Adélaïde devait le prendre pour un sale Dom Juan, vu qu'elle était persuadée qu'il sortait avec Summer. Image peu représentative du Hugo qu'elle connaissait, sans aucun doute possible.
-Oh Grangeon ! On m'avait dit que tu habitais maintenant en Afrique du Sud, susurra méchamment Aobh en faisant mine de s'apercevoir de la présence de la brune.
Hugo ne put que saluer mentalement les dons d'actrice d'Aobh. Sous cette phrase, le mépris de la Zabini était palpable. Et le message qu'elle diffusait était plus que clair : « Retourne d'où tu viens. ». Cependant, Adélaïde ne se laissa pas démonter si facilement que ça, après tout, ça avait toujours été une Gryffondor courageuse et sûre d'elle. Mais pas assez pour affronter Hermione Weasley, songea Hugo avec amertume.
-Aobh Zabini, la reconnut Adélaïde avec dégoût.
Il y eut un silence entre les trois protagonistes, uniquement ponctués du bruit de fond du bar, puis la brune ajouta, plus à l'attention d'Hugo qu'à celle de l'ancienne Verte et Argent :
-Je ne savais pas que vous vous fréquentiez.
« Moi non plus. » se dit Hugo mentalement mais il prononça autre chose à voix haute.
-Depuis peu, en effet.
-Et donc tu ne sortais pas avec la blonde de ce midi ? Demanda Addy avec un sourire mauvais pour la noiraude.
Aobh garda son grand sourire, bien qu'en son for intérieur, elle se demandait qui était la sale blondasse qui était avec son jouet dont l'autre conne parlait, et en passant une main dans ses cheveux sombres, elle s'apprêta à répliquer.
-Nous avons une relation très libre, Hugo et moi. Mais j'avais justement décidé de lui faire part de mon accord pour avoir une relation exclusive pour une fois. Et vu ses manifestes qualités... je ne perds pas au change, asséna Aobh en se mordant les lèvres, joueuse.
Cette petite scène lui plaisait particulièrement, et encore plus quand elle vit les joues pâles de la jeune femme se colorer légèrement. Vite, vite, qu'elle parte qu'elle puisse profiter du Weasley sans vergogne. Qu'elle abuse de lui toute la nuit, et même tout le week-end s'il le fallait. Qu'elle se repaisse de lui à en crever de plaisir.
Hugo se racla la gorge, et elle entendit un éclat de rire derrière elle. Joy.
-Bonsoir tout le monde ! Je m'appelle Joy, se présenta la blonde, avec un sourire hypocrite pour la brune et un amical pour l'amant d'Aobh.
Apparemment, elle avait voulu calmer un peu le jeu entre eux, et Aobh dut avouer qu'elle n'avait pas eu tort. Elle voyait Grangeon bouillir de colère et en ressentit une profonde satisfaction. Que cette conne essaie de reposer ses sales pattes sur Hugo, et elle lui faisait bouffer sa frange.
Mais la tension était tellement électrique que personne ne répondit à la présentation de Joy et Adélaïde faisait mine de prendre son sac à main.
-Tu nous quittes déjà ? … Il est à peine vingt-trois heures ! S'exclama la métisse, faussement amicale.
-Oui, je commence à fatiguer, mentit la Gryffondor.
Son courage n'avait pas tenu longtemps ; la vipère avait gagné.
Aobh affichait un sourire victorieux tandis que Adélaïde prenait congé, une flamme dans ses yeux noisette. Consciemment d'ailleurs, quand elle passa près d'Aobh pour sortir, elle lui donna un léger coup d'épaule, provocateur. La bataille n'était pas finie, voulait-elle lui faire comprendre. Et Aobh, pour toute réponse, lui adressa un sourire flamboyant, passant sa langue sur ses lèvres avant de retourner toute son attention sur le brun près d'elle.
-Alors je t'ai manqué ? Souffla Aobh en se penchant à l'oreille d'Hugo, en profitant pour mordiller légèrement son lobe.
-Beaucoup.
Voili voilou pour la partie deux. En fait, ce sera en trois parties, j'ai eu pas mal d'inspiration et deux parties, ça n'aurait pas été suffisant. (a) Bref, j'suis pas tellement satisfaite, c'est plus un chapitre de transition plus qu'autre chose, mais je voulais tellement mettre ce qu'ils ressentaient et leur vie en dehors de l'un et de l'autre que voilà. :D
Donc j'espère que c'est pas trop mauvais et que ce n'est pas bon à jeter à la corbeille et à recommencer/modifier.
J'espère aussi que vous avez tous passé un bon Noël et que vous avez été gâtés ! Ici il fait chaud, on crame et la plage c'est notre meilleure amie ! Huhuhu.
Avis ? :3
Bisous, et merci pour vos reviews à tous (l) ! Et un gros merci à Erylane que je ne peux pas remercier directement. ! :)
A bientôt pour la troisième partie !
ET AU FAIT.
Http: / www .ellequebec. Com/ img/ photos /biz/ELLEQuebec/beauté2/Lagerfeld-bbt-F9-004. jpg Aobh telle que je me l'imagine à peu près, à part pour les cheveux et le nez que j'imagine plus aristocratique. Pour Hugo, disons ça : http :/ / blog. mangoshop. Com/ wp-content/uploads/2009/06/he-max-irons-8. jpg Max Irons, un acteur britannique. J'avais pensé également à Jamie Bell, mais pour faire un beau couple avec la Aobh que je me suis dénichée, en cherchant une métisse telle que la Zabini, il ne correspond pas vraiment malheureusement. OU ENCORE MIEUX : Hugh Dancy, plus principalement sur cette photo : http: /www .imstarsaufeminin. com/ stars/fan/hugh-dancy/hugh-dancy-20080621-427175. jpg A vous de voir ! ;) (Pour visualiser les liens, enlevez les espaces.)
