Jeu dangereux


-Alors comme ça je t'ai beaucoup manqué, petit lion ? Demanda d'une voix suave, ensorcelante, Aobh.

Hugo la dévorait du regard, s'abreuvant de sa présence à ses côtés. Elle était là, près de lui, plus belle que jamais, plus exotique et insaisissable qu'elle ne l'avait jamais été. Et elle venait de jeter royalement Adélaïde de la place où elle venait de s'installer. En pensant à la défaite de son ex, Hugo fut pris d'un rire nerveux. Adélaïde n'avait jamais subi ce genre d'affront, assurément. Et ça avait été sans nul doute jouissif de la voir ainsi, perdante.

-La question ne se pose même pas, Zabini, répliqua Hugo avant d'ajouter avec un sourire : Au fait, enchanté Joy.

-Enchanté Hugo. J'ai beaucoup entendu parler de vous, déclara la blonde avec un sourire moqueur pour sa collègue dont la bouche se plissa en une moue mécontente.

Le journaliste eut un sourire en coin et vit Aobh lui tirer la langue, puérilement, le fascinant étrangement. Elle était plusieurs femmes à la fois : elle pouvait tantôt être la femme séductrice, sûre d'elle, charmeuse, imposante, tantôt être une femme simple, un peu gamine, au sourire sincère et pleine de douceur.

-Je vais vous laisser. Il est déjà tard, et moi je bosse demain, ajouta Joy avec un sourire. On se voit lundi Aobhichou ! Ravie de t'avoir rencontré Hugo.

-A lundi, Joyninounette, lança Aobh, hargneuse.

Comment avait-elle pu oser l'appeler ainsi en public ? … Et surtout en face d'Hugo Weasley ? De quoi allait-elle avoir l'air ? D'une petite couleuvre inoffensive ? Non, elle était une vipère venimeuse et charmeuse. Quand même !

Et sous le rire de Joy qui se dirigeait vers la sortie, Hugo se moqua gentiment d'Aobh qui le fit taire d'un baiser brûlant. C'était la seule manière de le faire taire pour de bon, et qu'il oublie complètement ce surnom ridicule. Aobhichou... elle lui en foutrait du Aobhichou.

-Tiens, tiens, Zabini.. et Weasley, quelle surprise, lança une voix aigre qu'Aobh reconnut sans peine.

Et c'est mécontente qu'elle lâcha les lèvres d'Hugo pour poser son regard sur la pétulante rousse à sa droite, au sourire carnassier. Mia Dolohov. Stephen Flint était là, lui aussi, ainsi que Célynda Rosier, sur la taille de laquelle Stephen avait enroulé un bras possessif. Aobh eut envie de rire à la vision de son ancienne bande, si grotesque sans elle.

-Mes amis, susurra Aobh. Il faut que je vienne sur Londres pour vous voir.

-Si tu n'avais pas quitté Londres, tu aurais continué à nous voir tous les jours, répliqua Célynda en enroulant une mèche de ses cheveux blonds autour de son index.

Célynda lui avait toujours un peu tapé sur les nerfs avec son apparence angélique et ses manières doucereuses, sous lesquelles se cachaient une peste de premier ordre. Et une hystérique capricieuse, également. Une fois, elle avait saccagé tout le dortoir parce qu'elle ne retrouvait plus une de ses super crèmes pour le visage... Aobh l'avait obligée à remettre tout en ordre à la moldue, et ça avait été plutôt jouissif comme spectacle. Une Célynda, rageuse, jurant à haute voix, presque à quatre pattes par terre pour ranger tout le bordel qu'elle avait mis, sous les hurlements indignés de Mia, quand elle avait vu tout ce capharnaüm.

-Si vous étiez vraiment des amis, comme vous vous êtes si bien qualifiés toutes ces années, vous seriez venus me voir.

-Ce n'était pas à nous de te courir après, Aobh, répliqua Mia, aigre-douce.

-Justement, si, asséna Aobh en se mettant, provocatrice, entre les jambes d'Hugo, qui observait, neutre, la scène entre les anciens Serpentards, avant de lancer un baiser du bout des lèvres à celle qu'elle avait crue sa meilleure amie.

Meilleure amie, son cul. Meilleure amie qui n'avait donné aucun signe de vie, meilleure amie qui l'avait lâchement abandonné pour prendre son statut de reine de leur bande, meilleure amie qui n'allait pas se gêner pour prendre sa place dans le lit de Melchior. Qu'importe, elle le lui laissait.

Elle lui laissait tout.

Après réflexion, c'est elle qui faisait la bande, et sans elle, ils n'étaient rien. Rien de plus que de pathétiques petits snobinards de Sang-Pur (1), qui se croyaient maîtres de la nuit londonienne. Ouais, d'accord. Ils avaient du fric à claquer, seulement ça, et elle était dans le même cas. Elle avait aussi des parents fortunés et avaient abusé avec délice de leur argent depuis son enfance ; seulement ils ne comprenaient pas, ils ne pouvaient pas comprendre que c'était mille fois plus jouissif de claquer l'argent qu'on avait gagné soi-même. C'est vrai que claquer l'héritage aussi, c'était bien. Mais elle avait essayé y'a quelques jours après avoir reçu une première paye -la paye du départ, du tout début-, et s'était offert avec tout l'argent une magnifique paire de Louboutins, une marque de chaussure moldues, dont le magasin à Liverpool était situé à quelques pas de son appart' côté sorcier. Elle avait a-do-ré l'expérience et était prête à la réitérer.

-Sortir avec un Weasley, quelle faute de goût, commenta Mia.

Désapprobatrice, comme toujours.

-Ah, vraiment ? J'ai pourtant entendu que c'était plutôt à la mode d'en avoir un avec soi en ce moment, railla Aobh en passant une main sensuelle dans les cheveux épais d'Hugo qui détourna le regard du spectacle pour le poser sur la naissance des seins d'Aobh.

En même temps, il était assis sur un des tabourets du bar, elle, debout, perchée sur des talons. Forcément, en regardant droit devant lui, avec Aobh Zabini entre ses jambes, … c'était sur les seins de la demoiselle que ses yeux innocents tombaient.

-Dis donc Dolohov, et si tu nous foutais la paix ? Intervint Hugo d'une voix rauque et sèche.

Il avait besoin d'être seul avec la belle métisse. Tout. De. Suite. Et ce n'était pas quelques minables serpentards imbus d'eux-même qui allaient l'en empêcher, nom d'un griffon !

-Oh, le lionceau sort ses griffes. Que c'est mignon, siffla Célynda avec le sourire angélique qui la caractérisait tant.

Stephen ricana, bêtement, et Hugo serra les poings. Ils commençaient à lui prendre la tête, tous autant qu'ils étaient, et il avait un furieux besoin d'Aobh à assouvir. Donc, ce n'était pas le moment. Vraiment pas le moment.

-Écoute Rosier, si t'es pas comblée avec Flint, c'est pas mon problème. Une petite couleuvre telle que toi devrait aller se réfugier dans son trou et ne plus jamais en sortir.

-Couleuvre ? S'étouffa, presque, Célynda tandis que Flint émettait un grognement peu rassurant.

Effectivement, émettre l'hypothèse que Stephen Flint n'assurait pas au lit à voix haute n'était pas une très bonne idée. Surtout quand on savait qu'il était Batteur remplaçant dans l'équipe qui avait accueilli son père autrefois. D'ailleurs, il n'était que remplaçant à cause de son hygiène de vie peu exemplaire ; Stephen pouvait faire tellement plus et il ne s'en donnait même pas la peine, malgré les réprimandes quelques peu violentes de son paternel qui désapprouvait complètement sa relation avec Célynda. Trop instable. Trop mauvaise.

-Qu'est ce qui se passe là ? Pourquoi vous n'avez pas pris une table ? Intervint une voix chaude et masculine, nettement agacée.

Aobh se figea un instant mais resta droite, et laissa un sourire moqueur se dessiner sur ses lèvres, se délectant de la mine choquée de Melchior à la vue du corps du Gryffondor mêlé au sien.

-Aobh ? … Weasley ?

-Salut Melchior, répliqua Hugo, qui ignorait partiellement la relation qu'entretenait Aobh et le fils cadet des Nott.

Eloïse Nott, née Midgen, s'étant toujours bien entendue avec Hermione Weasley, née Granger, quand elles avaient toutes les deux travaillé au Ministère, leurs enfants s'étaient un peu fréquentés quand l'une invitait l'autre chez elle. Et puis, Théodore Nott n'avait jamais pris part à la Guerre ou à la chasse aux Sang-de-Bourbe ; non, il avait bien trop à faire avec son paternel si cruel et qui lui reprochait la mort de sa femme. C'est uniquement pour cela, et parce qu'une fois, il s'étaient ligués contre leurs frères et soeurs aînés, qui étaient de la même année, dans une bataille de boue, Hugo se permettait de l'appeler par son prénom.

-Ne m'appelle pas comme ça, débita Melchior entre ses dents serrées de rage. Tu souilles mon prénom par ta salive de Sang-Mêlé.

-Oh, il m'a souillé aussi avec sa salive de Sang-Mêlé. Et pire encore. Tu ne pourras plus jamais me toucher Melchior de mon coeur, j'aurais trop peur de te contaminer, susurra Aobh, victorieuse.

Quelle magnifique excuse pour qu'il abandonne définitivement l'idée de l'épouser. Elle aurait dû y penser plus tôt ! Et d'ailleurs, cette remarque avait eu le bonheur de déclencher le rire merveilleux et rauque de son jouet, et un grognement mécontent de la part de Melchior qui affichait une grimace dégoûtée. Il devait sûrement peser le pour et le contre d'une répartie tout en essayant de ne pas la froisser, ni déclarer publiquement qu'il renonçait à elle... ou pas.

Il était temps de partir. Elle avait terriblement envie de ne faire qu'un avec le Gryffondor, et ça urgeait, ça urgeait. Le seul fait d'entendre son rire déclenchait des frissons qui lui couraient sur toute la peau, et ça en devenait... frustrant.

-Weasley, on se casse. Ton appart', déclara Aobh en se dégageant de son étreinte, lui prenant la main et l'entraînant vers la sortie.

Sans un regard pour ceux qui avaient été autrefois ses amis. Sans un regard pour celui qui aurait pu être un jour son mari. Sans un regard pour ceux qui n'avaient pas su la garder. Sans un regard pour ceux qui avaient cru, que sans elle, ils seraient toujours aussi imposants.

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-C'était royal, dit Hugo d'un coup alors qu'ils déambulaient, silencieux, dans le froid du début de décembre.

Devant l'air interrogateur de la métisse, Hugo jugea bon de préciser : « Le coup de la salive et, le pire encore. » avec un sourire entendu.

Aobh eut un sourire charmeur, et en prenant la main d'Hugo dans la sienne, chaude, réconfortante, rassurante, elle murmura un peu hésitante, un peu gauche : « Je ne sais même pas pourquoi je leur ai dit tout ça, pourquoi je ne leur ai pas dit que je déménageais à Liverpool -oui, j'ai déménagé et j'ai trouvé un emploi-, je pense que j'avais besoin de prendre du recul... Je ne renie pas ce que je suis... mais j'en ai l'impression en les reniant, eux. Ils étaient mon univers, après tout. ».

Surpris par cet aveu, Hugo resserra sa prise sur la main d'Aobh et se pencha vers elle pour l'embrasser sur le coin des lèvres. Bien entendu, Aobh ne put se contenter de cet élan de tendresse, dont elle n'avait pas l'habitude, et quémanda beaucoup plus. Ce n'était pas d'affection ou d'amour dont elle avait besoin ; non, ce dont elle avait besoin, c'était d'étreintes charnelles avec un amant qu'elle estimait, pas un inconnu de passage.

Hugo Weasley était parfait pour remplir ce rôle.

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Repue, satisfaite, Aobh contemplait le corps finement musclé de son amant, de son jouet, de son Weasley.

Ils s'étaient une nouvelle fois appartenus le temps de quelques heures, juste après avoir pris un verre, suite au petit spectacle auquel s'était pliée Aobh pour le sortir des griffes de son ex, et ensuite à la scène avec l'ancienne bande de la noiraude. Cette stupide brunette de Grangeon pensait qu'elle pouvait récupérer le journaliste et la fille de Blaise Zabini s'était fait un plaisir de lui prouver le contraire. Et quant à son ancienne bande, hé bien, ils ne la méritaient plus.

Puis il fallait que cette Adélaïde comprenne une fois pour toute qu'Hugo Weasley était à elle jusqu'à ce qu'elle décide de lui redonner sa liberté. Et ce n'était pas demain la veille. Ce petit lion la mettait dans un tel état qu'il lui semblait qu'elle pourrait le garder à vie... Non, elle divaguait. Les hommes ne duraient jamais toute une vie. Ils ne restaient jamais, et elle encore moins. Elle s'était jurée de ne jamais s'attacher, de toujours être libre comme l'air, de profiter de la vie autant qu'elle le pourrait, ... jusqu'à son dernier souffle. Profiter de sa beauté, de son charisme, de son venin.

Ayant remis ses idées en place, Aobh se lova contre Hugo, déjà endormi, un sourire paisible sur le visage. Elle-même savait qu'elle aurait ce même air niais quand elle fermerait les yeux et que sa respiration se ferait plus lente ; mais elle n'en n'avait cure. Pour l'instant, elle savait ce qu'elle voulait, et ce qu'elle voulait pour l'instant, c'était Hugo Weasley.

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Elle lui avait beaucoup manqué, Hugo n'avait pas menti. Et c'est en partie pour cela qu'il se réveilla quelques minutes après qu'elle se soit endormie, avec l'affreuse sensation d'être seul à nouveau. Mais non, elle était là, près de lui, et rassuré, il se rapprocha d'elle jusqu'à coller leurs deux corps, et passa un bras possessif autour de sa taille.

Aobh Zabini lui faisait perdre la tête, il en était conscient. Par sa faute, par le seul fait qu'elle était là, dans un coin de son esprit, il avait repoussé une femme brillante et charmante, qui lui aurait procuré sans nul doute une relation stable et romantique. Summer Brown était la femme qu'il lui fallait, mais ... Aobh était tellement plus. Aobh était la femme qui était faite pour lui, subtile nuance, et il en était persuadé.

Il arriverait à la convaincre de rester, de ne pas être qu'un courant d'air à chaque fois qu'ils se voyaient, de ne pas n'être qu'un amant régulier mais avec qui on n'a aucune attache. Il ne voulait pas être un homme comme ça pour elle, même s'il savait que son côté trop sensible et indubitablement trop romantique l'amenait à croire qu'il pourrait dompter une femme telle qu'Aobh. Mais il y croyait. Il y parviendrait, et il s'en faisait la promesse.

Hugo Weasley arrivera à faire tomber dingue de lui Aobh Zabini, la magnifique. Promis, juré, craché.

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En se regardant dans la glace, Aobh soupira. C'était bien la première fois qu'elle restait jusqu'au matin sans fuir de suite chez l'un de ses amants. Le problème, c'est qu'il était bientôt midi et qu'elle n'avait aucune envie de partir, mais plutôt d'aller manger avec lui dans une vraie pizzeria italienne.

Ouais, elle avait envie de manger italien. Avec lui. Mmh, un bon italien dans le Londres sorcier ?

Soudain, deux bras lui enserrèrent la taille, et elle sentit un corps chaud se coller contre elle. Elle frissonna et le maudit intérieurement. A son seul contact, elle avait des frissons. Des putains de frissons... ce n'était pas normal.

-Salut beauté, lui murmura Hugo.

-Salut lionceau, lui murmura-t-elle, en retour.

Elle avait beau essayer de se convaincre d'être sèche avec lui, elle n'y arrivait pas. Il était si... mignon. A la fois niais et réaliste. C'était un mélange assez détonnant qu'elle n'avait rencontré nulle part ailleurs. Et puis, cette fossette adorable quand il avait un petit sourire en coin sur sa joue gauche lui faisait perdre tous ses moyens.

-J'ai une envie de manger italien, souffla Aobh après qu'il l'eut embrassé dans la nuque, provoquant d'énièmes frissons chez elle.

Une très très grosse envie de reprendre un peu contact avec ses origines italiennes.

-Et moi, j'ai une envie de te manger, toi.

Comment résister ? Aobh ne dit plus rien, et se retourna, attrapant à pleine bouche les lèvres ensorcelantes du brun. De son jouet, il ne fallait pas l'oublier. Tout ça n'était qu'un jeu. Mais en s'enivrant de son odeur virile et masculine, frissonnant à son contact, sa poitrine enserrée, brûlante, Aobh Zabini comprit brutalement qu'elle s'était faite prendre à son propre jeu...

Elle ne se voyait plus sans lui. Elle ne se voyait plus sans Hugo Weasley. Et c'était un énorme problème, qu'il lui fallait régler au plus vite.

Le jeu allait bientôt prendre fin.

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-Je ne te savais pas aussi friande de pizzas, commenta Hugo en voyant Aobh enfourner à toute allure des morceaux de pizzas dans sa bouche.

Ils s'étaient attablés à la terrasse de la seule pizzeria sorcière de tout Londres, et Aobh mangeait... avec appétit. Et cela plaisait au Weasley ; il avait l'impression de découvrir de plus en plus de choses chez la belle noiraude. Finalement, elle n'était pas tout le temps classe, ou hautaine ; non, elle était elle-même, naturelle, et avait un appétit d'ogre. Presque comparable à celui de son père, Ron Weasley.

Non, il exagérait. Personne n'arrivait à la cheville de son paternel pour ce qui concernait la nourriture. C'était un fait établi depuis très très très longtemps.

-Ça doit être mes origines italiennes. Mon grand-père paternel était un italien, d'après ce que je sais.

-Et ta grand-mère paternelle a eu tellement d'époux... Tu lui ressembles un peu physiquement d'ailleurs.

-Tu as déjà vu Durah quand elle était jeune ? S'étonna Aobh.

-Tu appelles ta grand-mère par son prénom ?

Aobh eut un sourire pensif. Sa grand-mère était quelqu'un de très spécial, une très belle femme à n'en pas douter, même à son âge plutôt avancé, et elle lui avait appris quelques stratagèmes bien utiles, complètement naturels, pour attraper un homme que l'on convoitait. Durah Zabini et sa petite-fille avaient toujours entretenu des relations très amicales, presque d'amie à amie que de grand-mère à petite-fille, ce qui avait toujours exaspéré au possible Padma. Et il fallait bien avouer que si Aobh avait excellé dans le rôle de garce depuis qu'elle était arrivée à Poudlard, c'était grâce à Durah.

-Caem et moi l'avons toujours appelé par son prénom. Sinon elle se sent trop vieille. Elle déteste le fait de penser qu'elle est déjà grand-mère. Mais tu n'as pas répondu à ma question, Weasley.

Hugo se renfrogna un peu à l'utilisation de son nom de famille mais passa outre. Après tout, en face de lui, lui faisant du pied très sensuellement, il avait Aobh Zabini, une vipère encore indomptée et qui pouvait se braquer à n'importe quel moment.

-Je devais faire un article sur les familles dites de Sang-Pur. Durah Zabini est apparue dans mes recherches.

Pendant quelques instants, la part de pizza qu'Aobh tenait à la main resta à quelques centimètres de sa bouche. Sans nul doute, elle était choquée et cherchait à ingérer toutes ces informations. Puis, elle la reposa brutalement dans son assiette, et fusilla du regard le brun qui lui plaisait tant.

-Tu veux dire que l'immonde papier dans le Chicaneur il y a quelques mois sur les familles impliquées dans la Guerre aux côtés de Voldemort, c'était toi ?

Sa voix avait claqué, sèche.

-Nous étions deux à l'écrire, oui, répondit Hugo, réalisant l'ampleur de l'information.

Dans cet article, Killian Thomson et lui-même avaient légèrement descendu les familles de Sang-Pur, qui avaient eu des Mangemorts parmi leurs membres. Pour la famille Zabini, ils n'avaient rien trouvé de compromettant, mais l'affaire croustillante de Durah Zabini et sa dizaine de maris, tous morts dans d'étranges circonstances, leur avait beaucoup plu, et ils s'étaient décidés à en parler. Durah Zabini avait-elle été une des partisans de Voldemort ? Pas impossible, disaient-ils.

Bien entendu, leur article avait été anonyme, leur rédacteur en chef ayant préféré avec les risques de représailles. Car oui, même si la Guerre était finie depuis bien longtemps, des irréductibles (NDA : gaulois ! MUAHAHA. Bref.) continuaient à être emplis de leurs préjugés.

-Tu m'écoeures. Durah n'a jamais rien eu à voir avec les Mangemorts ! Et mon père non plus ! Tout ça parce qu'ils étaient à Serpentard, tout ça parce qu'ils avaient le Sang-Pur. Vous dites que c'est nous qui avons des préjugés, mais regardez les vôtres ! Asséna Aobh, en se levant, dardant sur Hugo son regard le plus méprisant possible.

-Aobh..., tenta Hugo, d'un ton un peu blasé.

Pourquoi une scène ? Ils étaient pas bien ensemble à manger une pizza, comme un petit couple sur le début de leur relation ? … Un couple, eux ? Pour l'instant, ils n'en étaient pas encore là, apparemment. Ils en étaient même un peu loin.

-Pour toi Weasley, ce sera Zabini.

Hugo soupira en voyant Aobh partir furieusement de la pizzeria et transplaner, ne laissant que du vide à sa place. Un vide froid, glacial, qu'Hugo ressentit immédiatement après son départ.

… Et en plus, elle portait une de ses chemises.

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Aobh fulminait littéralement. Comment avait-elle pu sortir avec un homme tel qu'Hugo qui descendait publiquement sa famille ?

D'accord, Durah n'était pas vraiment très innocente. Mais il n'en avait pas le droit ! C'était une Zabini et sa grand-mère de surplus; personne n'avait le droit de s'attaquer à elle ainsi, la rangeant en plus dans la catégorie « Mangemorts ». Non, il n'en avait pas le droit ! Et puis, la chasse aux Mangemorts s'était terminée bien avant leur naissance, quelle folie de ranimer ainsi de mauvais souvenirs pour leurs aînés...

Réalisant que le haut qu'elle portait était en fait une chemise d'Hugo rentrée dans son pantalon de la veille, elle se hâta de l'enlever, et faillit y mettre le feu d'un coup de baguette... Mais cette chemise était si belle... et puis, c'était la sienne. Et son odeur était encore présente.

… Qu'est ce qu'il lui arrivait bon sang ?

Liverpool était gris. Il faisait froid. Et là, tout de suite, elle regrettait d'avoir quitté Hugo de cette manière... Mais après tout, il s'était attaqué à sa famille, et elle pouvait bien lui rendre la monnaie de sa pièce... Jouer avec lui comme prévu, le faire souffrir, le rendre dingue d'elle, et ensuite le quitter, le faire ramper, le faire supplier, l'achever sentimentalement...

Quel magnifique programme.

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Bon d'accord, elle habitait à Liverpool, côté sorcier bien évidemment... Mais où exactement ?

Hugo commençait à désespérer sur un des nombreux trottoirs de Liverpool, sous la pluie, à chercher où Aobh Zabini pouvait bien habiter. Non, il n'était pas accro,... il voulait juste récupérer sa chemise. C'était juste pour ça qu'il était sous la pluie, comme un con, à essayer de réfléchir si à un moment ou un autre, Aobh lui avait dit où elle habitait dans Liverpool.

Et puis, quelle idée de réagir aussi excessivement pour un article de rien du tout... D'accord, il aurait eu une réaction semblable si c'était sa famille qu'on dénigrait dans un journal public, mais quand même... Oui bon c'était vrai, il n'avait pas d'excuse. Mais il était journaliste, adorait son boulot, et adorait déterrer les vilains petits secrets. Et Durah Zabini en avait une quantité.

Ce n'était que justice.

Elle avait toujours été louche, d'après son père. Blaise Zabini également. Beaucoup murmuraient sur le fait qu'il avait peut-être été un partisan de Voldemort mais qu'il n'avait jamais été marqué. Mais son mariage avec Padma Patil, une ancienne Serdaigle et membre de l'AD, l'avait d'une certaine manière, innocenté. Mais l'amour rend aveugle, dit-on. Padma aurait-elle été aveuglée par Blaise ? Ou l'inverse ? Ou réciproquement ? Leur amour semblait sincère, et Hugo se souvenait vaguement que Caem Zabini, qu'il avait croisé quelques fois aux soirées des Scamander, quand ils pensaient à en faire, trop occupés par leurs passions de Magizoologistes, avait une grande admiration pour le couple que formaient ses parents.

… Aobh lui manquait déjà. Et pourtant, il savait qu'il devait faire attention avec ce genre de femmes. Manipulatrices, joueuses, ensorcelantes. Côté drame sentimental, il avait déjà assez donné, et il ne voulait pas d'une répétition avec Aobh.

A quoi ça lui servait de rester sous la pluie ? Attendre un miracle ou quelqu'un qui lui soufflerait à l'oreille où habitait Aobh ? Peu probable.

-Hugo ?

… Oh miracle. Merlin était vraiment avec lui aujourd'hui ! Quelle était le pourcentage de chances pour qu'il croise Joy, la jeune femme qui accompagnait hier Aobh à Londres, en plein Liverpool, sous la pluie battante ?

D'ailleurs, Joy était une très belle femme ; Aobh avait du goût pour choisir ses amis... Oui, il fallait qu'il soit réaliste, Célynda Rosier et Mia Dolohov étaient également de très belles femmes, même si elles étaient plus que pestes.

-Joy ! Tu peux pas savoir à quel point je suis content de te voir, lui répondit Hugo avec le sourire aux lèvres.

Sans nul doute, Joy devait savoir où cette garce de Zabini s'était installée et pourrait ainsi le renseigner.

-Tu es trempé Hugo, commenta Joy. Je suis une gentille fille, donc vas-y, viens sous le parapluie.

-Merci, je n'étais pas sûr d'être dans un quartier sorcier, et je ne voulais pas utiliser ma baguette.

-Qu'est ce que tu fais à Liverpool ? Tu n'étais pas à Londres ? Aobh t'a laissé en plan après un transplanage ?

Hugo eut un sourire amusé aux questions de Joy. Elle ne se doutait de rien, mais il n'allait pas lui mentir. Son côté Poufsouffle allait le perdre un jour, à vouloir toujours être honnête avec les autres. Et même son côté Gryffondor ne pouvait rien y faire.

-Aobh et moi avons eu un léger différend à Londres... Je viens m'excuser, mais le problème est de savoir où elle habite.

Il ne s'attendait sûrement pas à ce que Joy éclate de rire, mais plutôt à une certaine compassion. Cette femme ne devait pas avoir été répartie à Poufsouffle, sans nul doute.

-Allez, transplanage d'escorte. Je t'y amène. On dirait un chaton mouillé, se moqua Joy en lui prenant le bras.

Le fils d'Hermione n'eut même pas le temps de répliquer qu'il se sentit aspiré par le nombril, et atterrit devant un immeuble assez ancien, tout en prestance ancienne. Aobh habitait là.

-Voilà monsieur Weasley. Contente de vous avoir croisé, fit Joy avant de s'éclipser.

Sans une pensée de plus pour la blonde qui venait de lui rendre un grand service, Hugo entra dans l'immeuble, et se mit à chercher le numéro d'appartement de la Zabini, sur la fiche des locataires affichée dans le hall. Appartement 5. D'accord. Le brun préféra prendre l'escalier que l'ascenseur, ayant toujours eu une sorte de phobie des ascenseurs, pour rejoindre l'appartement. Et quand il arriva devant celui-ci, il réalisa qu'il était mouillé comme un chien, des gouttes d'eau tombant du bout des mèches lourdes de ses cheveux bruns, et s'aplatissant sur le col de sa veste noire.

Et puis tant pis. Il était venu de Londres uniquement pour la voir et pour lui présenter des excuses, alors elle avait intérêt à ne faire aucun commentaire sur son apparence...

Enfin, c'était Aobh Zabini, fallait pas trop en demander.

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La pluie battait son plein, et Aobh frissonnait un peu malgré le chauffage sorcier qu'elle avait installé. Soudain, quelques coups brefs à sa porte furent émis, et pensive, elle se demanda qui ça pouvait bien être... Peut-être Joy qui passait voir si elle était déjà rentrée de leur escapade à Londres, tiens.

Persuadée que c'était sa nouvelle collègue, et que la pétillante blonde allait lui changer les idées, ou lui proposer encore plus d'idées machiavéliques pour manipuler Hugo Weasley, Aobh ouvrit la porte et se trouva face à ce dernier, trempé, les lèvres tremblantes, les yeux étincelants.

Plus envoûtant que jamais.

Et même si une petite alarme dans son esprit lui hurlait qu'elle avait prévu de le manipuler, de le faire souffrir sans raison vraiment recevable, Aobh attrapa le col du manteau du brun, et s'empara de ses lèvres humides ; il sentait la pluie et Aobh adorait cette odeur un peu fraîche, un peu détendante.

-Je suis désolé pour l'article où ta grand-mère a été citée, souffla Hugo entre deux baisers.

Aobh hocha frénétiquement de la tête, ne se préoccupant que de fermer la porte, toujours dans les bras d'Hugo, et de le ramener dans sa chambre à elle.

Elle, qui avait prévu de le faire souffrir, de le manipuler, de l'égorger sentimentalement, voilà qu'elle ne pensait qu'à l'avoir contre elle, à l'embrasser. Ce n'était pas le programme...

Et la belle noiraude, héritière des Zabini, maudissait à chaque seconde Hugo Weasley pour lui faire autant perdre ses moyens dès qu'il était à quelques mètres d'elle.

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Ils ne s'étaient pas tout de suite endormis après l'amour ; non, Aobh était appuyée confortablement sur le torse accueillant d'Hugo pendant que ce dernier était allongé sur le dos, une main sous sa tête, une main sur l'épaule d'Aobh.

Et ils parlaient. De tout, de rien. De littérature, de leurs familles, des moldus, de leurs inventions, des nouveautés sorcières, de Quidditch, de Poudlard, de leurs maisons respectives, de leurs amis, de leurs amours, de leurs voyages, de leurs projets, et même de cuisine.

C'était la première fois qu'Aobh avait une expérience pareille avec un homme. D'habitude, elle partait sans laisser de traces, et même avec Melchior, ça n'avait pas été aussi intime. Le Nott ne faisait que lui caresser les cheveux vaguement, dans un silence complet, avant qu'elle ne se lève au bout de quelques minutes. Seul, avec son amour à sens unique.

Mais là... elle prenait un malin plaisir à emmêler ses jambes à celle du brun, à admirer le contraste entre la peau pâle d'Hugo -quoiqu'il avait un peu bronzé avec son séjour en Inde- et la sienne, mate. Sans qu'elle ne puisse l'expliquer, elle adorait l'entendre parler de ses voyages, des personnes qu'il avait rencontrés dans des pays exotiques qu'elle n'avait encore jamais visité. Mais l'Inde, elle la connaissait. L'Inde était le pays de sa mère, et confronter ses impressions du pays avec celles d'Hugo était... étrangement apaisant. Elle se sentait … complète. Oui, complète.

Ça ressemblait à ça d'être en couple ? De partager ses émotions, ses opinions ? De se caler contre un corps chaud et désiré après l'amour ? C'était donc ça que tout le monde cherchait ?

Et même ses idées de vengeance avaient -presque- disparu ; et même associer encore Hugo à un jouet lui semblait inconvenant.

Pourtant, elle était une Serpentard, une Sang-Pur, une Zabini, et elle ne devait pas se laisser distraire des objectifs qu'elle s'était fixée par une simple attirance. Une simple foutue attirance. De surcroît pour un Gryffondor trop loyal, trop juste, trop Poufsouffle, journaliste, et qui faisait partie de la famille de ses ennemis naturels.

… Elle devait faire une crise de la vingtaine.

-A quoi tu penses, Zabini ? La taquina Hugo en lui posant un baiser sur le front.

Sans comprendre pourquoi, Aobh se pelotonna un peu plus contre le corps d'Hugo avant de parsemer son corps d'une myriade de baisers. Et elle réalisa. Elle réalisa tout, brusquement. Les conséquences de ce qu'ils faisaient, sur elle, sur son entourage, sur sa vie toute entière. Et pour briser cette ambiance, la belle noiraude prit sur elle pour donner libre cours à sa langue de vipère.

-Je me demandais juste comment on allait s'organiser.. Tu sais. Parce que le cul avec toi, c'est génial et j'ai pas envie d'y renoncer maintenant.

« Poser les limites, voilà. Le cul avec toi, c'est génial. Point. Il n'y aura jamais rien de plus. »

Aobh sentit le brun se tendre immédiatement et un soupir blessé s'échapper d'entre ses lèvres fines. Une sorte de joie malsaine s'empara d'elle, et elle posa un baiser, cruellement, sur la poitrine du Weasley, à sa portée. Il tressaillit et se leva brutalement, laissant son amante de côté.

-Que du cul, alors ? Demanda Hugo d'une voix basse, dangereusement et indubitablement contrôlée.

-Tu croyais qu'il y aurait quelque chose d'autre ? Se moqua Aobh.

Oui, elle le faisait souffrir délibérément. Mais c'était surtout, et seulement, pour s'assurer qu'il n'y aurait rien d'autre, aucune chaîne, aucune entrave, et qu'elle ne s'attacherait pas, qu'elle ne deviendrait pas dépendante de lui. Cela, elle le refusait catégoriquement. Trop de fois, elle avait vu des gamines à Poudlard s'amouracher bêtement d'un garçon qui n'en avait rien à faire d'elle. Trop de fois, elle avait vu des rejets publiques lors de ses sorties nocturnes ; des pauvres filles qui se cramponnaient à leurs mecs comme si leurs vies en dépendaient. Sottises.

Et lui la regardait, incrédule avant de se secouer la tête, et d'enfiler son boxer et son jean. Rapidement. Devant les sourcils haussés de la noiraude, le drap immaculé couvrant son corps.

-Qu'est ce que tu fais, là ?

-J'ai tiré mon coup, je me casse, répondit sèchement Hugo.

La métisse ne savait pas pourquoi d'un coup, elle avait envie de rire et pleurer à la fois. Il jouait parfaitement le jeu, et ça faisait mal. Une sensation d'étouffement la prit soudain, comme si un étau lui enserrait la gorge, et elle eut envie de se flageller pour être aussi niaise. Comment en si peu de temps, elle avait autant pu tomber dans le sentimental ? Mais comment ? Un homme, un simple homme, tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, pouvait à ce point tout bouleverser ? Impossible. Et surtout Hugo Weasley... Il était tout le contraire de l'homme qu'il lui fallait. Il était gentil, courageux, intègre, compréhensif et, très très bon au pieu -enfin, ça il le lui fallait- ; mais elle avait toujours pensé que quand elle aurait dû tomber « dingue » d'un mec, il serait cynique, cruel, méchant, passionné -Hugo l'était aussi, à bien réfléchir-, vicieux, … enfin quelqu'un digne de la Serpentarde qu'elle était ! Pas un Gryffondor qui aurait dû se retrouver à Poufsouffle mais plutôt un Serdaigle qui aurait dû aller à Serpentard, par exemple.

… Mais le seul problème, c'était que pour l'instant, elle ne voulait que lui. Hugo Weasley, trop gentil.

-On pourrait passer l'après-midi au lit, susurra la jeune femme en se levant elle aussi, et s'approchant d'Hugo, lascivement.

-J'ai du boulot.

-En effet, me combler, répliqua du tac-au-tac la noiraude en s'accrochant au cou du journaliste, qui eut un tressautement à la mâchoire.

-C'est déjà fait pour aujourd'hui. J'ai du boulot, Zabini.

Retour sec à l'utilisation de son nom de famille. Plus aucune tendresse dans ses mots.

-Je ne vois pas pourquoi tu fais la gueule d'un Vercracasse alors que tu as trouvé un super plan cul, enfonça Aobh, délicieusement piquante.

-Je ne suis pas ton jouet, Zabini. Je ne suis pas comme Melchior, je ne me contente pas d'une simple partie de baise quand je veux beaucoup plus. Au revoir Zabini, répondit simplement Hugo en attrapant son sac au vol qui avait atterri sur le comptoir de la cuisine d'Aobh, et partant sans dire un mot de plus.

Quand elle entendit la porte claquer, Aobh eut un sourire amer. Elle le faisait déjà souffrir sentimentalement, c'était parfait. Il allait mariner pendant une semaine et elle ne lui donnait pas plus de temps pour lui revenir, suppliant.

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Lorsqu'Hugo rentra à son appartement, il envoya rageusement son sac sur son bureau un peu précaire, et expira brutalement. Il fallait qu'il se calme et qu'il ne retourne pas à Liverpool sur le champ pour étrangler la belle noiraude qui lui malaxait le coeur.

Et dire qu'il avait eu de l'espoir en eux. N'importe quoi.

Quand, après l'amour, ils avaient parlé pendant au moins deux bonnes heures de leurs goûts et vies respectives, il avait senti que quelque chose se formait... Il ne pouvait pas être le seul à l'avoir ressenti. Ça ne se pouvait pas.

Mais un doute affreux le prit. Si Melchior Nott avait espéré toutes ses années alors qu'Aobh couchait avec tous ceux qui lui plaisait et qui croisaient son chemin lors d'une soirée, peut-être qu'elle agissait de la même manière avec lui.

La Zabini devait être un vrai poison, et Hugo se promit de ne plus chercher à la revoir. Et si jamais elle osait frapper à sa porte, alors il la jetterait sans ménagement tant qu'elle ne comprendrait pas qu'ils devaient essayer... Ouais, ils avaient un bon feeling, un très bon même... Il ne pouvait pas être le seul à ressentir tous ces sentiments, vsi contradictoires, quand ils étaient près l'un de l'autre !

En jetant un coup d'oeil à son bureau malmené, Hugo soupira.

Il avait un article sur les sociétés pharmaceutiques sorcière pour le lendemain et ce n'était pas en s'apitoyant sur sa situation avec Aobh Zabini qui allait l'aider.

Quel idiot, putain... Il n'aurait jamais dû se laisser aller avec cette tentatrice dans cette foutue bibliothèque.

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Deux semaines avaient passé depuis la dernière fois qu'Aobh avait vu Hugo, et donc il n'était pas réapparu au bout d'une semaine, comme prévu. Et ça la foutait en rogne. Et donc, elle était d'une humeur exécrable, avait même refusé de sortir avec Joy, le week-end qui avait suivi, mais avait finalement mis en action son plan machiavélique pour venger Joy de cet insupportable et imbu de lui-même O'Connell. Pour se changer les idées, pour oublier un peu l'absence un peu plus pesante chaque jour du Weasley dans son lit, contre elle.

Il aurait suffi d'une seule nuit avec lui, et elle aurait rechargé ses batteries pour une semaine. Mais deux sans le voir, sans le toucher, c'était insurmontable, et il lui fallait toute sa volonté pour ne pas transplaner de suite à l'appartement du brun.

Mais elle était Aobh Zabini, et ne pouvait se plier aux désirs d'un homme. Ce devait être l'inverse. Hugo Weasley se devait de lui être totalement soumis -enfin presque, sinon le jeu n'était plus très amusant-, et donc se complaire à être seulement, uniquement, son amant régulier. Un peu comme Melchior, même si aucun des deux n'accepterait la comparaison.

Et même avec Hugo, c'était différent. Avec Melchior, ils ne se voyaient en tête-à-tête que pour coucher ensemble, alors qu'avec Hugo, ils avaient mangé un morceau, étaient restés des heures dans un lit à parler, à se toucher. Et Aobh, un peu perdue, se demandait qu'est ce que ça changeait vraiment. Elle connaissait Melchior depuis qu'ils étaient nés, presque, et ils avaient toujours été ensemble ; ce n'était pas comparable avec Hugo qu'elle connaissait à peine à Poudlard, et qu'elle ne faisait qu'insulter quand ils s'adressaient la parole.

… Aller le voir ? Ne pas aller le voir ? Telles étaient les questions qui torturaient l'esprit d'Aobh en ce vendredi soir.

Et c'est en croisant rapidement le décor nocturne qui s'était installé dehors, la lune brillant de mille feux, qu'Aobh décida de se préparer pour sortir. Sans Joy, sans personne. Londres, Liverpool, ou une autre ville qu'importe. Elle avait besoin de poser ses talons sur un trottoir, inspirer l'air frais de la nuit, et décider de ce qu'elle allait faire de sa nuit.

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Après avoir longuement hésité, Hugo avait accepté un rendez-vous d'Adélaïde, qui ne désespérait pas de reconquérir le brun. Il avait même reçu un appel de Cheminette de Lily, qui en hurlant, lui disait que ce n'était pas possible qu'il sorte avec Aobh. Bien entendu, Addy avait été se renseigner auprès de leur meilleure amie commune, qui n'y avait pas cru, Hugo ne lui ayant jamais fait part d'une potentielle relation avec Aobh Zabini, cette « pute », comme le qualifiait si bien Lily.

Il se souvenait aussi d'avoir crissé des dents quand Lily, sa chère cousine, avait attribué ce qualificatif à la noiraude, mais il devait avouer qu'il était entièrement mérité. Se taper des mecs, différents, à chaque soirée à laquelle elle allait n'était pas pour embellir la réputation de la Zabini.

Et puis, apprendre que sa soeur Rosie sortait vraiment avec Macmillan avait miné son moral, et Adélaïde était arrivée à ce moment de faiblesse ; il n'avait pu refuser et l'envoyer se faire voir, comme n'importe quel homme normal, qui s'était fait larguer d'une manière assez peu commune.

On sonna à la porte, Hugo se regarda une dernière fois dans le miroir. Il avait fait simple, et espérait qu'Addy n'ait pas eu l'idée de l'emmener dans un restaurant chic. Il détestait ça, et puis ne s'était pas habillé pour l'occasion de toute manière. Une chemise à carreaux rouges ouverte aux premiers boutons, un jean brut et des Stan Smith noires et blanches. Peu conventionnel pour un restaurant bien côté ; une simple brasserie ferait amplement l'affaire pour eux.

Deux vieux amants, deux vieux amoureux, deux vieux perdus de la vie. Deux êtres destinés à se retrouver, à chaque fois, à chaque tournant de la vie ? Hugo espérait que non et qu'il finirait ses jours près d'une autre femme que la jolie brune qui lui avait détruit le coeur déjà une fois.

-Bonsoir Hugo, déclara Addy, un sourire aux lèvres, resplendissante dans une petite robe simple, couverte de son habituel caban rouge, et ses jambes couvertes de couleur chair, quand il ouvrit la porte.

Il sourit, crispé.

Si il n'arrivait pas à être naturel avec elle depuis le début, qu'allait-il advenir de cette soirée ? Arriverait-il seulement à apprécier le moment à sa juste valeur ?

-On y va ? Demanda Hugo, en attrapant son manteau, posé sur une chaise près de l'entrée.

Il ne voulait pas qu'Adélaïde entre chez lui, ne viole son espace vital, ne s'intègre à son univers. Il voulait qu'elle reste encore un peu distante avant de recommencer à le bouffer de l'intérieur.

Mais Merlin, ou qu'importe, en avait voulu autrement. Adélaïde, sans un mot, sans qu'il ne s'y attende, avant qu'il ne ferme la porte, enroula ses bras autour de son cou et s'approcha clairement plus près pour l'embrasser.

-J'espère que je ne dérange pas, siffla une voix acide, qu'il ne connaissait que trop bien.

Aobh Zabini, dans toute sa splendeur, irrésistible dans un slim blanc, qui tranchait avec sa peau mate, un haut d'un bleu ciel trop grand pour elle, qui dévoilait ses épaules, et des escarpins noirs plissés. Elle avait attaché ses cheveux joliment bouclés en un chignon haut, dont quelques mèches s'échappaient, lui donnant un air sauvage.

-En effet, répliqua Adélaïde en ne lâchant pas le cou d'Hugo.

Mais ce dernier se dégagea de lui-même, s'attirant ainsi un regard courroucé de la part de son ex-petite-amie. Qu'est ce que venait faire Aobh devant la porte de son appartement ? Il avait été très clair, il ne voulait pas de simples parties de jambes-en-l'air avec elle, et elle n'avait pas réagi. Alors que venait-elle faire maintenant ?

-Qu'est ce que tu veux Zabini ? Souffla Hugo, blasé, refusant que les deux femmes ne s'engueulent devant lui, pour lui... Quoique ça pourrait être plaisant.

-Te parler, et vite. Seul, ajouta Aobh après avoir lancé un regard hautain vers l'ancienne Rouge et Or.

-Hugo et moi avons rendez-vous, s'interposa Adélaïde, craignant que la seule présence de la noiraude ne fasse changer d'avis son ancien fiancé.

Hugo ne confirma pas, et Aobh haussa un sourcil méprisant, disant à lui tout seul tout ce qu'elle pensait. Comme si cette petite sotte avait encore une chance avec le brun.

-Grangeon, t'as laissé passer ta chance avec Weasley quand tu l'as laissé tomber comme une vieille chaussette. D'accord, t'as de l'attachement encore pour lui, après tout, il a été ton premier pour tout, mais regarde-le maintenant. Depuis qu'il n'est plus avec tout, c'est devenu enfin un homme et ce n'est que par pitié qu'il a accepté un rendez-vous avec toi, parce que j'imagine bien que ce n'est pas lui qui a proposé cette sortie, et vu le regard qu'il pose sur moi en ce moment même, je doute qu'il soit encore intéressé par ton cul.

Clash, direct. Aobh n'avait pas l'habitude de prendre des gants, même avec ses amis les plus proches -d'ailleurs, Mia était venue la voir à Liverpool quelques jours après leur altercation, s'excusant (une première de sa part) de son comportement et reliant ainsi avec Aobh, sincèrement, lui expliquant qu'ils s'étaient tous sentis trahis et délaissés par leur plus vieille amie et que leur bande d'enfance s'en retrouvait détruite- et ce n'était pas avec Adélaïde Grangeon qu'elle allait commencer.

La brune, quant à elle, ressemblait à un poisson hors de l'eau, ses mèches brunes courtes flattant sa mâchoire tendue.

-Putain Aobh, t'es d'un vulgaire, ne put s'empêcher de lâcher Hugo, familièrement.

Ce dont Aobh s'en rendit compte. De une, il ne l'avait pas appelé par son nom de famille, mais son prénom. Plutôt bon signe. Et de deux, même s'il avait l'air d'être agacé par ce qu'elle avait dit à cette petite idiote, il n'avait pas défendu son ancien amour. Aussi bon signe. Et apparemment, Adélaïde semblait s'être rendue compte de tous ces petits détails, ce qui la fit partir furieusement, en lâchant un simple « T'es vraiment qu'un sale con, Hugo, et toi une petite pute Zabini. » qui fit sourire tendrement Aobh. Grangeon avait encore beaucoup, beaucoup, de progrès à faire en matière de sortie triomphale.

-Je vais me faire tuer par Lily quand elle reviendra, commenta Hugo en se passant une main gênée dans ses cheveux épais avant de revenir sur Aobh. Tu voulais ?

-Te libérer de l'horrible soirée qui t'attendait, répliqua Aobh, joueuse.

-T'es en manque ou quoi ?

-De toi ? Oui.

Sourire blasé.

-Je ne veux pas de ça, Aobh. Je te l'ai déjà dit, répondit Hugo, soudain très las.

-Je peux quand même entrer pour boire un verre ?

-Non, répondit immédiatement Hugo, avant d'ajouter : Y'a un pub à quelques mètres si tu veux.

-Ok ça me va.

Aobh préférait ne pas le brusquer. Et puis, elle ne savait même pas pourquoi finalement, elle était venue jusqu'à lui. Mais elle avait bien fait ; son ex allait lui remettre le grappin dessus et si elle était arrivée quelques secondes, elle n'osait même pas imaginer ce qui se serait passé. Elle n'aurait plus jamais pu toucher à Hugo Weasley, et ça aurait être invivable.

Ils descendirent silencieusement dans les escaliers de l'immeuble du journaliste, et marchèrent jusqu'au pub, toujours en silence ; ce n'est qu'assis, l'un en face de l'autre, bien au chaud dans l'ambiance cosy du petit pub, qu'Hugo engagea la conversation. Les banalités, comment ça allait, au boulot. Puis, encore un silence gêné, « on termine nos verres et on sort ». Dans le froid de décembre, ils restèrent plantés là, devant le pub, savourant le moment, anticipant ce qui allait se passer entre eux.

-Cigarette ? Proposa Hugo en prenant son paquet dans sa poche arrière.

-Volontiers, répondit Aobh en attrapant avec ses lèvres la cigarette que lui tendait son dernier amant.

Hugo alluma tour à tour leurs cigarettes et exhala une bouffé libératrice. Son esprit se détendit aussitôt et il offrit un vrai sourire à la noiraude près de lui, qui lui répondit en retour.

-Tu veux essayer ? Demanda d'un coup Hugo en la regardant dans les yeux. Intensément.

Aobh n'eut même pas besoin de lui demander de développer. Elle savait exactement de quoi il parlait mais n'avait pas encore très bien réfléchi à la question. Le cul avec lui, c'était génial. Et la Zabini adorait quand ils parlaient de tout et n'importe quoi. Mais allaient-ils vraiment y arriver ? … Elle, arriverait-elle à supporter une relation monogame ? Il était vrai que depuis qu'elle avait cette « relation » avec Hugo, elle n'avait plus envie des autres hommes -enfin, plus vraiment- et ça devait ressembler à ça la monogamie.

Mais ils étaient si différents, et elle avait toujours été libre, sans frontières, sans limites à dépasser, flirtant à droite, à gauche, ne se souciant pas des conséquences de ses actes car elles n'avaient aucune répercussion sur sa vie, sur quelqu'un de proche ; et puis, elle devait se l'avouer : Hugo Weasley lui plaisait beaucoup.

Et c'est là dans une des nuits froides de décembre, les fêtes de fin d'année approchant, qu'Aobh prit sa décision.

-Pourquoi pas, répondit-elle nonchalamment, en exhalant des volutes de fumée.

Ce fut comme cela que leur histoire commença. Pour de vrai, cette fois.


(1) « petits snobinards de Sang-Pur. » J'ai été inspirée par Nyssia pour cette expression. ;)

Comment c'est niais, je sais ! Mais tant pis. J'espère avoir réussi à transmettre toutes les hésitations d'Aobh, et ses doutes. Pour moi, c'était le plus grand défi dans ce chapitre. D'accord, c'est une putain de garce, mais une femme quand même. Et bon, elle a beau eu se promettre d'être toujours célibataire, elle change peu à peu au contact d'Hugo, et même si elle garde son caractère de merde, méchant toussa toussa, il lui plaît vraiment.

Bref, voilà, fin de la troisième partie. Je vous posterai peut-être un petit épilogue du point de vue d'Aobh, pourquoi pas. Ça me plairait bien :) ! Vu que c'est le personnage que j'ai eu le plus de mal à cerner dans cette minifiction, ça me tente bien, ouais.

Donc voilà, votre avis là-dessus ? Pas super hein ? u_u

Gros bisous, et à bientôt ! Et encore merci pour toutes vos super reviews. (L)