Je mets un temps fou à poster ces chapitres, je suis désolée. Un grand merci à ceux et celles qui ont la patience de continuer à me lire. J'espère que le suivant viendra plus vite. Il est déjà écrit, il suffit de le corriger et de le revoir, ça ne devrait pas être trop long.
Je vous avoue que ce chapitre est très « grellisé », et le suivant le sera aussi. Ensuite, je vais essayer de me détacher de mon shinigami préféré (pas sûr que j'y parviendrai !)
ooo
Ciel avait terminé de rédiger sa lettre. Il se laissa retomber en arrière avec un soupir. Il devait la signer de son sceau avant de la confier à Sebastian, mais il ne trouvait pas le courage de sceller ces mots. Il laissa son regard se perdre par la fenêtre. L'hiver s'éternisait. Désormais, au lieu de neiger, les nuages lâchaient une pluie fine mêlée de brouillard. Février était un mois court, certes, mais mouillé.
Sa lettre à la reine était brève, polie, et pouvait se résumer en quelques mots. Il expliquait simplement qu'un traître s'était infiltré dans ses rangs, et que son chien fidèle l'avait abattu. Si la reine n'avait jamais participé à la mort de ses parents, c'était la meilleure chose à faire. Sinon…
Vous savez, quelquefois, un chien gênant se fait piquer.
Ciel secoua lentement la tête, essayant de chasser ses pensées. Le brouillard transformait le paysage en formes floues, l'effaçait doucement. S'il réussissait à perdre ses soucis dans cette immensité, ce serait parfait. Au pire, il pouvait toujours demander un gâteau au chocolat à Sebastian.
Avec un soupir, le jeune maître de la maison Phantomhive alla signer sa lettre.
ooo
Grell Suttclifff s'amusait. Le manoir était grand, les couloirs nombreux. Il ne désespérait pas de croiser Sebastian, quoiqu'il préférerait avoir le temps de visiter un peu les lieux avant que son démon préféré ne vienne le mettre à la porte. Si seulement il pouvait se jeter sur lui au lieu de le jeter dehors, alors le shinigami serait sans doute le plus heureux des dieux de la mort. Enfin, s'il avait aussi Will-chan sous la main pour le titiller de temps en temps. Et deux ou trois beaux hommes à son service. Et une maquilleuse. Et sa faux de la mort.
Il soupira et ouvrit de nouveau le livre des morts. Lequel des trois énergumènes de ce manoir devait-il faucher, déjà ? Ah oui. Le cuisinier et ancien soldat. Une histoire de poudre à canon portant une sorte de maladie. A l'idée de poudre à canon, le shinigami s'arrêta. Il devait y avoir un fusil dans ce manoir. Bien sûr, toute autre arme qu'une faux de la mort ne lui était que de peu d'utilité. Cependant, ses ciseaux commençaient sérieusement à le fatiguer. Ce n'était pas comme si ce type allait avoir besoin de son fusil.
Lorsque Grell eut déniché le fusil, caché dans un recoin de la cuisine (à côté du lance-flammes, qui était probablement une arme encore plus efficace) il le rangea sous son manteau. Il ne manquait plus qu'il soit surpris par son âme sœur en train de s'abaisser à des vols. Voler n'était pas digne de lui. Déjà, la couleur rouge n'était pas impliquée.
S'étirant d'un air distrait, sincèrement surpris de ne pas avoir été arrêté par le diable de majordome, il déambula jusqu'à trouver la chambre du cuisinier. L'homme était allongé, visiblement fiévreux. A ses côtés, la bonne épongeait son front avec un linge humide. Elle sursauta à l'arrivée d'un étranger, puis le reconnut.
- Ah, vous êtes l'homme du cimetière, dit-elle.
L'homme, l'homme, n'était-ce pas évident pour tous que sa beauté ne pouvait être que féminine ? Avec un soupir d'exaspération, Grell lui fit signe de vider les lieux.
- Oui, oui, je suis médecin, laissez-moi l'examiner.
- Sebastian sait que vous êtes là ? demanda-t-elle avec méfiance.
Il lui jeta un regard noir. Elle s'éclipsa avec une excuse. Voilà, c'était mieux. Un peu d'autorité n'avait jamais fait de mal à personne. Et puis cette gourde vivait dans la même maison que Sebas-chan de son cœur : c'était une raison claire pour la mépriser.
Curieux, Grell vint examiner le malade. Bard était étendu sur son lit, les couvertures remontées jusqu'au menton. Ses mèches blondes étaient salies de sueur, tandis qu'il gémissait faiblement, yeux fermés. Un lambeau de cigarette éteinte traînait encore dans sa bouche. La dernière cigarette du condamné à mort, songea Grell avec humour.
- Tu n'es pas trop mal foutu, commenta le shinigami. Pas une beauté non plus, bien sûr.
Il attendit. Est-ce que cet imbécile allait se décider à mourir, pour que le shinigami puisse prendre son âme ?
- Qui êtes-vous ?
La voix rauque de Bard faisait plaisir à entendre : il n'en avait plus pour longtemps. Grell tira une chaise au chevet du malade et s'assit paisiblement dessus, patient.
- Question banale. Enfin, on ne pouvait pas en attendre plus de quelqu'un d'aussi commun.
Le shinigami mit ses deux mains derrière sa tête et considéra le futur mort d'un air curieux.
- A moi de poser quelques questions. Quelle est la couleur préférée de mon Sebas-chan ?
- Vous connaissez Sebastian ? s'étonna Bard, roulant sur le côté avec un râle pour regarder le shinigami.
- Bien sûr, c'est mon âme sœur. Alors, quelle est sa couleur préférée ? C'est important, tu ne te rends pas compte, la saint Valentin approche…
ooo
Maylene vint saluer son maître et le majordome dans le bureau de Ciel. Elle s'inclina poliment, constatant que le jeune maître avait encore réussi à convaincre Sebastian de lui apporter une pâtisserie. Il mangeait d'un air distrait, jouant avec sa cuillère, tandis que le majordome lui servait du thé. Maylene prit la parole, attristée de devoir annoncer une mauvaise nouvelle :
- Bard est gravement malade, depuis ce matin.
Ciel se redressa aussitôt en abandonnant son chocolat. Sebastian, attentif, commença à ranger l'assiette sur son plateau, sans lâcher la servante du regard.
- Qu'est-ce qu'il a ? s'enquit le jeune Phantomhive.
Maylene expliqua tout : la fièvre, ses tremblements, la manière subite dont ça l'avait pris, dès le matin. Finny et elle avaient essayé de gérer la maisonnée en attendant qu'il se remette. Il répétait que ce n'était qu'un court malaise. Néanmoins, cela avait duré trois bonnes heures, et elle avait finalement décidé de les prévenir.
- Oh, et Finny est allé chercher un docteur.
- Un docteur ? s'étonna Ciel. Sans me consulter ?
- Oui, un docteur vêtu de rouge.
Le maître de la maison Phantomhive et son majordome échangèrent un regard. Puis il se précipitèrent dans les couloirs, accompagnés d'un mauvais pressentiment.
ooo
- Le noir, c'est un peu sinistre pour une carte de saint Valentin. J'aimerais pouvoir lui offrir quelque chose de rouge… C'est chaleureux, le rouge, non ?
Ciel et Sebastian firent irruption dans la chambre. Grell sursauta mais Bard, épuisé, remua à peine. Le shinigami bondit aussitôt pour jeter ses bras autour du cou du démon. Il avait attendu trop longtemps sa venue, et parler de la fête des amoureux qui avait achevé de le rendre surexcité. Sebastian l'esquiva prestement en se baissant, et le shinigami bondit par-dessus sa tête, le rata, et alla déraper dans le couloir. Il réussit à conserver son équilibre, mais de peu.
- En voilà une manière d'accueillir une dame, Sebas-chan ! s'écria-t-il avec humeur.
Il se retourna et revint vers son beau démon, plongeant une main dans sa poche et allant secouer l'autre sous le nez de Sebastian.
- Tu ne sais même pas combler une femme, je me demande comment tu remplis les caprices du gosse, grommela le shinigami en luttant pour retirer un papier de son manteau.
Il sortit enfin, victorieux, une longue feuille rédigée à la main de sa poche, pliée en quatre. Il la déplia et la secoua sous le nez du démon, qui le considérait sans émotions. Ciel, lui, s'était approché de Bard et avait discrètement pris sa température. Désormais debout au chevet de son serviteur, il surveillait attentivement le shinigami. Il ne doutait pas de la raison de la présence de Grell. Ils avaient de la chance d'avoir affaire à lui, cependant, car Sebastian pourrait peut-être le « convaincre » de ne pas blesser Bard (avec ses poings, son argenterie ou, au pire des cas, son… non, Ciel ne le supporterait pas, et le démon probablement non plus)
- Qu'est-ce ? s'enquit poliment Sebastian, qui fixait le papier de Grell sans intérêt. Tu le secoues trop, je n'arrive pas à lire.
- Une facture, chéri, expliqua Grell avec humeur.
Il y eut un instant de blanc. Maylene, arrivée dans le couloir, considérait la scène avec inquiétude. Elle réajustait constamment ses lunettes, hésitant à s'approcher de Bard. Etait-il guéri ? Le docteur présentait-il déjà ses honoraires ? Pourtant, ce ne furent pas ces questions qu'elle posa. Avec l'air perplexe qu'affichaient toutes les personnes qui rencontraient Grell pour la première fois, la jeune bonne répéta :
- Chéri ?
- Les shinigamis se font payer leurs services, maintenant ? s'étonna Ciel, incrédule.
- Non, mais les femmes se font payer leurs habits, déclara pompeusement Grell. Tu as abîmé mon manteau plusieurs fois, Sebas-chan, et j'ai beau t'aimer, je te rappelle que je ne suis pas une femme soumise !
(- On le saura, soupira le jeune Phantomhive.)
Le majordome pris la feuille et la lut tranquillement. Ciel ne discernait pas tous les mots, mais visiblement, à chaque fois que le shinigami avait dû recoudre le manteau de Madame Red – sans compter la fois où il l'avait brûlé – il l'avait réparé chez un tailleur sensiblement cher, et il avait soigneusement additionné les prix avant de présenter le total à son majordome. Tout ceci, futile, ne changeait en rien le fait que Bard était malade et que le dieu de la mort voulait faucher son âme.
- Pourquoi es-tu ici ? intervint Ciel avant que les cris de Grell ne réveillent Bard, qui était retombé dans un sommeil tourmenté.
- Pas pour toi, morveux, mais ton soldat a attrapé la vieille guerre.
- La « vieille guerre » ? répéta le maître Phantomhive avec un regard en direction de son majordome.
En quelques instants, Sebastian avait enfilé ses lunettes de précepteur et s'était lancé dans une explication. A partir d'une carte sortie de nul part (ou plus probablement tirée d'un recoin de la librairie que Ciel, inquiet d'y découvrir des devoirs, n'explorait jamais), Sebastian indiqua les différentes zones touchées par la Vieille Guerre en Angleterre.
- La Vieille Guerre est le nom donné à une maladie qui a sévi plusieurs années en Angleterre, dit-il de sa voix d'éducateur. Elle est apparue en…
Grell se jeta presque devant lui, secouant les bras et les jambes pour attirer son attention :
- Je sais ! Je sais !
- 1887, proposa Maylene.
Le shinigami jeta un regard noir à la bonne, qui était occupée à prendre la température de Bard. Elle lui rendit un coup d'œil glacial. Cette femme – cet homme ? – appelait Sebastian son « chéri ». Ce simple mot le rendait hostile.
- Merci Maylene, dit le beau majordome.
Elle rosit aussitôt de plaisir, sous le regard noir du « docteur ». Sebastian continua paisiblement son exposé, ses yeux rivés sur son maître, qui avait pris un air ennuyé.
- Cette maladie a touché toutes les zones de l'Angleterre, en ciblant uniquement un type de malades.
Il soulignait chaque mot avec un petit coup du bout de sa baguette sur la carte. Ciel Phantomhive, capable d'affronter le monde des ombres, renâclait à combattre les armées de la géographie. Son majordome le fixait avec insistance. « Un certain type de malades » était plus une question qu'une affirmation. Il voulait que Ciel complète.
- Un certain type de malades… répéta-t-il en fixant son maître.
- Les vieux soldats, répondit une voix éraillée.
- Merci Bard, mais tu triches. Il faut laisser le jeune maître répondre.
Le cuisinier eut un vague haussement d'épaule sous les couvertures.
- A quoi est due cette maladie ? reprit le diable de majordome.
Cette-fois, la question ciblait directement Ciel, qui ne pouvait se défiler. Il fit un des discours le plus concis de l'histoire de la noble famille Phantomhive :
- Heu…
- Si tu me demandes, Sebas-chan chéri, je réponds à toutes tes questions.
Le démon eut un petit tic nerveux de la pointe du sourcil, seul signe de son impatience.
- Je veux que mon maître réponde.
- Cette maladie ne se déclenche que chez les soldats, et principalement chez les fusiliers. Lorsque la poudre à canon se mouille pendant l'hiver, non seulement elle devient plus difficile à manipuler (il faut la faire sécher avant de l'utiliser) mais elle pourrit légèrement. Devenue toxique, elle empoisonne les soldats qui l'utilisent.
Grell reprit sa respiration pour la première fois depuis le début de son explication.
- Je suis ton maître maintenant ? demanda-t-il avec un petit sourire.
- Non.
- Pas grave, s'amusa Grell avec un haussement désinvolte d'épaules. Je me contenterais d'être ta maîtresse.
Le regard menaçant que Sebastian jetait à son (vrai) maître signifiait clairement que cet interlude shinigamien ne suffirait pas pour échapper à d'autres questions. Et certainement pas à la pile de devoir qui l'attendait, ni au résumé des informations récoltées pendant la journée, accompagné sans doute d'un examen pour vérifier que les connaissances étaient acquises.
- Comment sais-tu tout ça, toi ? s'enquit le jeune Phantomhive à l'adresse du shinigami.
Ciel doutait que le shinigami rouge se soit attelé à une table de travail. Peut-être avait-il une astuce pour travailler sans efforts.
- Je suis une femme avec beaucoup… d'expérience, se contenta de dire Grell, avec un regard aguicheur en direction du sombre majordome.
Sebastian vint alors se pencher sur Ciel. Le jeune Phantomhive s'attendait à ce qui allait suivre : de sévères réprimandes sur son manque de rigueur.
- Bochan, c'est une chose d'être battu par ses propres serviteurs. C'en est une autre d'avoir moins de connaissances que Grell.
Ciel serra des dents :
- Comment veux-tu que je devine des trucs pareils ?
- C'était dans votre leçon de la semaine dernière.
- …
Grell jugea que le moment était bon pour tenter à nouveau d'attirer l'attention du majordome diabolique.
- Il ne t'écoute pas, Sebas-chan. Tu devrais te trouver quelqu'un de plus réceptacle. Réceptif, je veux dire.
Ciel se demanda distraitement si Sebastian perdait patience avec Grell, ou si tout ce que le shinigami lui disait était immédiatement rayé de son esprit, étant considéré comme trop toxique, même pour un démon.
- Quelle est la particularité de cette maladie ?
Ciel sentit de nouveau des regards pleins d'attente peser sur lui. Bard, allongé, avait de nouveau perdu connaissance mais sinon, Maylene le fixait à travers ses lunettes rondes, Grell le considérait d'un air dubitatif, et Sebastian lui lançait le même regard qu'il jetait quelquefois à Pluton, quand celui-ci poursuivait le chat.
- Vous devriez pouvoir deviner, bochan, insista le diable de majordome.
- Etant donné qu'elle s'est déclenchée tard chez Bard, je suppose que c'est une maladie qui se déclenche plusieurs années après l'empoisonnement, proposa Ciel, essayant de prouver qu'il n'était pas un inculte.
- Sur ce coup-ci, le nabot a su répondre, mais il était moins bien que moi. Je suis bonne, hein, Sebas-chan ?
Jamais le jeune Phantomhive n'avait cru pouvoir remercier l'assassin de Madame Red. Cependant, son intervention finit par convaincre Sebastian qu'un cours magistral serait une meilleure idée qu'un système de questions-réponses, et il cessa sa persécution qui visait à obliger Ciel – être de l'ombre qui savait ce qu'il y avait à savoir sur les ténèbres – à ingurgiter des informations futiles.
Le plus vicieux était donc que la maladie ne se déclenchait pas au moment de l'empoisonnement, mais plusieurs années plus tard. Pendant longtemps, la source de la maladie n'avait pas été comprise par les médecins, avant qu'ils fassent le lien entre l'ancien métier de leurs patients et la maladie, qu'ils avaient baptisée « Vieille Guerre ». Les symptômes étaient de la fièvre, des évanouissements, puis le coma. Après l'enclenchement de la maladie, le patient décédait en une dizaine de jours. Aucun remède efficace n'avait été trouvé
- Dix jours ? intervint Ciel. Mais Bard n'est malade que depuis ce matin.
Grell le considéra avec surprise, puis sortit son livre des morts.
- Absolument impossible, gamin. Bard, cuisinier, date de mort : 16 février.
- Nous sommes le 6, annonça Sebastian d'un air ennuyé, en rangeant ses lunettes.
Le shinigami fronça les sourcils, relut son livre des morts, puis eut la décence d'avoir l'air embarrassé. Reculant sous les regards enflammés du maître de la maison Phantomhive et son majordome, il marmonna :
- Au moins vous avez eu le plaisir de ma visite.
Il s'échappa vivement. Le maître de la maison Phantomhive, son majordome et ses deux domestiques regardèrent la silhouette courir à la plus proche fenêtre à s'élancer dans le vide. Puis Bard referma les yeux avec un faible râle. Maylene s'apprêtait à remonter les couvertures du cuisinier quand elle s'arrêta, se retourna vers la fenêtre, et constata d'un air incrédule :
- Mais c'était le type du cimetière !
ooo
La première question que Maylene posa quand Grell fut parti avait un goût de déjà-vu. « C'était qui, lui ? » Ciel Phantomhive n'avait pas pris la peine d'expliquer. Il n'avait que dix jours pour trouver un moyen de sauver la vie de Bard. Madame Red aurait-elle été en vie, il aurait pu la retirer de prison et lui aurait demandé d'aider son cuisinier. Cependant, après une longue conversation avec Sebastian, ils avaient conclu tous deux qu'il était inutile de tenter les solutions du monde de la lumière. Ciel avait donc eu recours à Lau pour droguer Bard à l'opium et l'empêcher de souffrir.
Ranmao se promenait désormais en permanence dans la maison, portant des baumes. Une fois, elle avait essayé de maquiller Maylene de force, sans un mot d'explication. Celle-ci n'avait pas songé à se défendre, et s'était retrouvée avec la chemise défaite, du rouge sur les joues, et un décolleté embarrassant. Finny rosissait sensiblement sur son passage, ce qui ne semblait pas un bon signe. Il ne manquait plus qu'il s'entiche de la maîtresse de Lau.
Au moins, aux échecs, les pions ne tombent pas amoureux les uns les autres.
Ciel avait résolu de sauver Bard. Pour cela, le royaume des ombres l'aiderait sans doute. Le monde noir, revers de la médaille, détenait plus de méthodes pour tricher. Et Ciel avait besoin d'un jeu de bluff efficace. C'était la mort qu'il défiait.
L'Undertaker, allongé sur son bureau, semblait ne pas vouloir le comprendre.
- Un éclat de rire, petit, un bon éclat de rire, ça ne devrait pas être difficile à trouver !
Ciel eut un petit sourire. Cette-fois, il s'était présenté avec une idée claire pour satisfaire l'Undertaker. Il en avait un peu assez de devoir jouer au pitre ou, dans certains cas, se reposer sur Sebastian. L'Undertaker était un amoureux du rire difficile : rien ne l'amusait jamais deux fois de suite (Abberline mis à part). Néanmoins, le jeune Phantomhive avait un plan. Bien sûr, cela ne marcherait qu'une seule fois, mais il n'avait pas besoin de plusieurs réussites. Il lui suffisait de prouver qu'il n'était pas inutile sans son majordome et tout à fait capable de distraire le fossoyeur.
- Entre, Sebastian, ordonna-t-il.
Le majordome entra, traînant Pluton derrière lui. Le chien, sous forme humaine, rechignait à venir. Son habit noir et bien taillé contrastait avec ses cheveux en bataille et la laisse autour de son cou. Il tirait de toutes ses forces, occupé à vouloir renifler les ordures qui jonchaient le sol. Sebastian, agacé, se tourna soudain vers lui avec un regard glacial. Il ne cria pas, pourtant, mais se contenta de chuchoter, sa voix lourde de menace :
- Au. Pied.
Pluton, gémissant, vint vers lui et d'un air penaud et entra chez l'Undertaker sans protester. Puis il vit le fossoyeur.
L'Undertaker, debout, visage barré de son éternelle mèche blanche, avait porté une main à son visage et penché la tête sur le côté, surpris. Son chapeau improbable pendait en anneaux tortueux. Pluton le regarda, langue pendant sur le côté, yeux agrandis d'intérêt. Un silence respectueux s'installa entre les deux êtres aux cheveux blancs. Comme dans les histoires cucu-la-praline que les adultes se sentent obligés de lire aux enfants, le monde cessa d'exister pour ces deux-là.
Puis Pluton eut un jappement de bonheur, et il se précipita vers l'Undertaker. Il galopa à quatre pattes jusqu'à lui, se jeta en avant, atterrit lourdement sur le fossoyeur et le renversa. Puis il se releva en position humaine, les deux mains sur le bureau et les deux pieds sur l'Undertaker, et fourra son nez dans la boîte à biscuits. Il se mit à avaler joyeusement les croquettes en forme d'os qui formaient la majorité du régime de l'Undertaker.
L'être d'ombre respecté de tous ses clients leva les yeux vers l'homme en costard qui venait de le culbuter et qui dévorait maintenant ses biscuits.
Puis il éclata de rire.
