Sebastian n'était pas revenu.

Il s'en fichait, bien sûr.

Sebastian n'était pas revenu.

Tant pis, il avait fait ce qu'il avait pu, il était même allé jusqu'à lui pardonner son échec face aux shinigamis et son abandon.

Sebastian n'était pas revenu.

Menteur.

ooo

Ciel sursauta en entendant des cris dans l'entrée. Il crut un moment être rentré au manoir, au milieu de ses domestiques bruyants, jusqu'à ce que le bruit d'une masse contre le sol ait fendu l'air. Il entendit les carreaux craquer et se précipita dans le hall, seulement pour trouver Ranmao et Agni engagés en plein combat. Prince Soma essaya de bloquer le chemin à Lau qui le considérait avec amusement, tête penchée sur le côté.

- Ces intrus essayent d'entrer, petit frère ! lui lança le prince du Bengale en guise de salutations.

- Laisse-les, alors, intervint Ciel.

Puis, se tournant vers Lau :

- Qu'est-ce que vous faites là ?

- Tu le connais ? s'étonna Soma, coupant net la parole à Lau et venant se planter devant le jeune Phantomhive.

Un autre craquement retentit, et ils sursautèrent de concert. Ranmao venait de sérieusement abîmer la balustrade.

- Arrêtez ça tout de suite ! s'énerva Ciel. C'est ma maison, au cas où vous l'auriez oublié !

- Pardonnez-moi, Seigneur Ciel, s'excusa aussitôt Agni, mains jointes.

Ranmao, moins pénitente, rangea sa masse et alla poser la tête contre l'épaule de Lau, une petite moue sur le visage. Le Chinois caressa tendrement ses cheveux sans cesser de surveiller le comte à travers ses paupières mi-closes.

- Nous sommes venus car nous nous inquiétions de votre absence. Vous n'êtes pas rentrés après votre départ pour trouver un remède miraculeux censé sauver votre domestique. Vous avez déjà abandonné ?

Un fin sourire joua sur les lèvres de Lau.

- A moins que le petit roi ait du mal à tout contrôler ? Vous savez qu'il est très difficile de jouer si on perd ses meilleures pièces ?

Prince Soma, stupéfait, s'écria aussitôt :

- Il est déjà au courant pour le renvoi de Sebastian !

Ciel crut qu'il allait le tuer. Cette croyance devint une certitude quand Lau s'enquit d'une voix innocente :

- Ah bon ? Vous avez renvoyé votre majordome ?

- Il ne le savait pas ? reprit Soma, perplexe comme toute personne se heurtant à Lau pour la première fois.

Ciel invita tout le monde à entrer dans le salon, et en profita pour chuchoter à Prince Soma qu'il était préférable qu'il se taise. Dieu seul savait ce que Lau comprenait réellement et ce qu'il se contentait de prétendre. Ce n'était certainement pas un enfant gâté du Bengale qui comprendrait les méandres compliqués de l'esprit du chinois.

Ciel allait ordonner à Sebastian de faire préparer du thé, avant que ses yeux se posent sur Agni. Il rectifia péniblement le nom qui lui venait à la bouche et ordonna à l'indien de leur apporter de quoi boire. Dès qu'ils furent confortablement installés autour d'un plateau de thé, dont la saveur était légèrement plus fade que celle préparée par Sebastian – ou était-ce une impression ? – Lau reprit avec bonne humeur :

- Alors, expliquez-moi tout ça. Vous avez perdu votre majordome ?

- Je l'ai renvoyé, rectifia Ciel.

L'air pensif, Lau jouait avec les cheveux de Ranmao, perchée sur ses genoux.

- Il a donc commis une erreur. Il est donc bien humain.

- Que vouliez-vous qu'il soit ? rétorqua le jeune Phantomhive.

- Qui sait ? Si assez de personnes rêvaient qu'il était parfait, le serait-il devenu ? Est-on autre chose que ce que l'on semble, au fond ?

Prince Soma semblait définitivement perdu, et Ciel devait avouer qu'il le comprenait. Lau se montrait encore plus embrouillé que d'habitude. Sa phrase suivante, plus claire, fut aussi sensiblement plus sinistre :

- Le chien de la reine a donc perdu ses crocs.

Ciel attendit un instant que quelqu'un le contredise. Prince Soma allait éclater en disant « Mon petit frère est toujours aussi fort ! » ou Agni allait commenter sobrement « Seigneur Ciel n'est en rien diminué. Après tout, si un maître disparaissait en l'absence de son majordome, alors les rôles seraient inversés. » Même Ranmao pouvait, pour une fois, contredire les âneries de Lau, ne serait-ce qu'en lui murmurant quelques mots à l'oreille ou en poussant un soupir. Le silence dura un moment de trop. Personne ne semblait prêt à le défendre. Personne ne semblait douter de ce que disait Lau.

Le chien de la reine a perdu ses crocs. Que le monde de l'ombre le sache, qu'il soit prêt à bondir : Ciel Phantomhive est devenu inoffensif.

- Je peux encore mordre, Lau, grinça le noble.

Les moments qui suivirent furent légèrement embarrassants. Lau n'arrivait pas à enrayer son fou rire.

ooo

Maylene n'en pouvait plus. En l'absence de Ciel et de Sebastian, le rôle de maître de maison incombait à Tanaka. En l'absence du vrai Tanaka, ce travail revenait à Bard. Etant donné que Bard était malade, le rôle était retombé, à contrecœur, sur Lau. Le chinois parti, elle héritait du titre. Mais elle ne savait pas du tout comment gérer une maisonnée, et encore moins comment rassurer Finny sur l'absence de leur maître.

Lau était parti, peut-être pour chercher Ciel, peut-être pour vaquer à ses propres occupations. Il leur avait laissé de l'opium et quelques conseils. Maylene passait de la chambre de Bard à la cuisine avec le même pas de mort-vivant, inquiète et esseulée. Elle n'arrivait pas à calmer Finny, qui était aussi angoissé qu'elle. Ils se relayaient au chevet de Bard, qui ne reprenait conscience que par moments.

Elle revenait vers la chambre avec quelques linges humides en ce moment même. Finny l'attendait, assis aux côtés d'un Bard épuisé.

- Il a repris connaissance ? s'enquit-elle avec espoir.

- Juste le temps de dire qu'il avait froid, répondit tristement le jardinier.

La bonne posa la main sur le front de leur ami. Il était brûlant.

- J'aimerais que le jeune maître revienne vite, murmura Finny en ramenant ses jambes devant lui.

Maylene soupira. Ils le voulaient tous. Mais elle, ce qu'elle désirait aussi, c'était savoir où il était. Il était parti sans leur expliquer ce qu'il espérait faire, comment il allait le faire. Ils ne savaient même pas s'il était parti pour aider Bard. Bien sûr, c'était ce qu'elle espérait, ce qu'elle voulait croire. Mais tard la nuit, elle avait tendance à songer qu'il était parti suite à un ordre de la reine, qu'il les avait oubliés, qu'il se fichait de ses serviteurs. C'étaient des pensées noires qu'elle chassait dès qu'elle les sentait apparaître.

Cependant…

Ils étaient tous centrés sur eux-mêmes. C'était le problème des maîtres. Ils n'avaient pas l'habitude de déplacer leur raison de vivre dans un autre corps.

Mais il reviendrait. Il devait revenir. Il sauverait Bard.

Maylene réfléchit, puis décida qu'elle allait avoir besoin d'aide. Juste pour se rassurer. Le jeune maître lui en voudrait probablement, mais elle devait le faire. Cela pourrait lui rappeler, discrètement, l'échéance. Même s'il la détestait après, le jeu en valait la chandelle.

ooo

Ciel, après une longue réflexion, avait décidé que la meilleure solution serait d'aller voir l'Undertaker. Il lui demanderait comment affronter des shinigamis, leurs forces et leurs faiblesses. Peut-être l'aiderait-il en échange d'un bon fou rire. Comment il allait lui fournir cet éclat de rire, Ciel verrait bien une fois là-bas. Après tout, il n'y avait aucune raison pour qu'il ne puisse pas accomplir ce que Sebastian, lui, trouvait évident. Il aurait tout de même dû l'espionner quand il avait fait rire l'Undertaker, la première fois. Ainsi, il aurait pu réutiliser ses astuces.

Ce n'était pas grave. Il se débrouillerait très bien seul.

Alors que le jeune Phantomhive s'apprêtait à sortir, Prince Soma l'intercepta avec un sourire radieux :

- Il y a ma petite sœur au téléphone !

Après un instant de stupeur, Ciel se raisonna : après tout, le vingt-sixième fils du roi du Bengale devait avoir une famille étendue (déjà, au minimum, vingt-cinq frères). Que Soma ait une sœur semblait évident, même s'il n'en avait jamais parlé. Pourquoi il exprimait le besoin de soudain le crier au visage de Ciel, en revanche, échappait au jeune Phantomhive.

- Et ?

- Tu ne veux pas lui parler ? s'étonna Soma, sincèrement pris au dépourvu.

Ciel hésita entre refuser et céder. Il n'avait pas la moindre envie de parler de choses futiles avec une jeune indienne, mais peut-être que s'il refusait en prétextant quelque chose d'important Soma essaierait de le suivre. Le jeune noble hocha donc la tête et fit demi-tour, enlevant son chapeau haut de forme avec un soupir.

Quand il ramassa le téléphone, il fut stupéfait de la voix qu'il entendit au bout du fil :

- Ciel ! Tu es bien à Londres !

- Elisabeth ?

- Tu aurais dû nous prévenir, tu ne sais pas les soucis que tu as causés à tes domestiques, ils étaient paniqués !

C'est donc eux qui ont donné mon numéro à Lizzie. Je ne vais plus jamais être en paix, que je sois à Londres ou au manoir, songea sombrement Ciel.

- Tu t'habilles correctement, au moins, quand tu es en ville ? s'inquiéta la jeune fille. Je ne voudrais pas qu'on me dise que, quand je ne suis pas là, mon fiancé n'est pas mignon !

Ciel sentit un début d'agacement monter en lui. Parler à la vraie petite sœur du Prince Soma aurait été largement préférable.

- Que me veux-tu, Elisabeth ? C'était juste pour savoir où j'étais ?

- Oui ! Si une Lady – je m'appelle Lizzie, d'ailleurs, Ciel – ne peut même plus demander des nouvelles de son fiancé… Mais dis-moi (sa voix devint soudain inquiète) ton ami indien m'a dit que… enfin… Sebastian est avec toi ?

Qu'est-ce qu'ils avaient tous avec Sebastian ?

- Non, répondit-il, glacé.

Elle n'entendit même pas son changement de ton, mais se lança dans une discussion animée, qui était plus un monologue attaquant Sebastian sous toutes ses coutures. Ciel devait avouer qu'il était surpris par un tel assaut. Lizzie n'arrêtait pas de répéter, la voix brisée par des larmes « il avait promis de toujours être à tes côtés ! qui te protégera, maintenant ? il n'avait pas le droit de te mentir, il n'avait pas le droit de partir, tu n'avais pas le droit de le chasser, il était là pour t'aider, qui va te protéger ? »

Ciel essayait vainement d'enrayer le flot de paroles. Elle continuait à parler, de plus en plus agaçante, et lui sentait sa colère monter, doucement, comme un petit ressort que l'on tord, tord, tord…

- Je n'ai besoin de lui pour me protéger ! explosa-t-il soudain.

Le silence le plus stupéfait lui répondit. Puis quelques sanglots retentirent. Ciel, en colère contre Lizzie et contre lui-même, ne répondit pas immédiatement. Il entendait sa fiancée pleurer au bout du fil, sans avoir le courage de rompre le contact en reposant le combiné. Etait-il donc incapable de gérer Elisabeth sans la présence de Sebastian ?

Ses ennemis avaient-ils raison ?

Il prit une grande inspiration, se força à soulever le combiné et le poser contre son oreille. Après un moment de plus à chercher ses mots tandis que sa fiancée sanglotait, il murmura :

- Lizzie, je suis désolé.

Il réussit à la calmer après une longue conversation émaillée de compliments et d'encouragements. S'occuper de la jeune fille capricieuse l'épuisait. De plus, une fois sa crise passée, elle n'arrêtait pas d'insister pour qu'il reprenne Sebastian à son service. Quels que soient les efforts de Ciel pour détourner ce sujet de la discussion, la jeune fille revenait à l'assaut. Elle voulait qu'il promette de lui pardonner son erreur. Elle ne savait pas qu'il l'avait déjà fait, et grand bien lui fasse !

- Elisabeth, je ne peux pas promettre…

En entendant Lizzie reprendre son souffle pour une tirade, Ciel se rectifia vivement, se demandant à part lui comment il allait honorer sa promesse, sachant que son majordome était devenu, pour ce qu'il en savait, un nuage de plumes noires :

- Je te promets de reprendre Sebastian à mon service, Elisabeth.

ooo

Ciel sortit de chez lui plus tard qu'il ne l'aurait voulut. L'appel de Lizzie avait bousculé ses horaires. Il avait espéré arriver pour 16h chez l'Undertaker, mais il arrivait plus à temps pour le repas du soir. Il espérait simplement avoir le temps de revenir avant que les rues ne deviennent trop sombres. La dernière chose dont il avait besoin, c'était un incident comme l'autre soir.

Il avança dans les rues encombrées de Londres, de plus en plus agacé. Entre Lau, qui semblait persuadé qu'il pouvait désormais se moquer impunément du comte, et Elisabeth, qui croyait qu'il serait incapable de se défendre seul Ciel n'avait pas passé une bonne journée. Ils étaient tous persuadés qu'il ne valait rien sans son majordome. Comme s'il dépendait de Sebastian ! Il pouvait très bien vivre sans lui. Sebastian avait été utile à son temps et dans son heure, voilà tout.

Il se sentait épuisé, et légèrement vacillant. Il avait dû attraper froid, voilà tout.

Oui, ce devait être ça. Il avait très froid.

ooo

Ciel arriva chez l'Undertaker, qui l'accueillit sans marquer de surprise à l'absence de Sebastian. A croire que le monde des ombres colportait les ragots plus sûrement que n'importe quel comité de grands-mères. Chacun se réjouissait de la faiblesse d'un de ses membres.

Comment ça « faiblesse » ? C'était ce que ses ennemis croyaient. Ce n'était pas la vérité. Il n'était pas faible. Jamais. Plus jamais.

L'Undertaker avait été allongé dans un cercueil, occupé à manger des croquettes pour chien. Il avait tout de même eu la décence de se lever quand le jeune Phantomhive était entré. Désormais, ils étaient chacun assis sur un cercueil, l'un en face de l'autre. Le cercueil sur lequel était assis le croque-mort était entrouvert et, de temps à autre, il glissait une croquette à travers la fente.

- J'ai besoin de savoir comment combattre, voire tuer, des shinigamis.

L'Undertaker eut un petit rire craquelé, tandis qu'il posait une autre croquette dans le cercueil.

- Tu connais le prix de mes services, comte.

Ciel eut un froncement de sourcils. Ce qu'il redoutait était arrivé. Comment pourrait-il faire rire le croque-mort ? Cependant, il n'eut pas à s'en soucier. L'Undertaker se leva soudain, et tira vers eux un petit cercueil, court comme celui d'un enfant. Dessus, il posa un plateau d'échecs.

- Si tu gagnes à cette partie, je t'aiderais, comte, dit-il. Je change un peu les règles, mais c'est pour ton propre bien.

Il se rassit sur son cercueil et inséra une autre croquette dans l'ouverture. Ciel crut entendre un grognement s'échapper du cercueil, mais il se raisonna aussitôt, se sentant ridicule. Il reporta son regard sur le jeu d'échecs. L'Undertaker n'avait pas posé une seule pièce.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'impatienta le jeune Phantomhive.

- Exactement ce que tu essayes de faire en ce moment, petit roi, ricana le croque-mort. Tu essayes de jouer sans pièces.

Un temps de silence tendu. Ciel regardait le plateau, le croque-mort, de nouveau le damier, et de nouveau le visage insondable de l'Undertaker. Soudain, un bruit à fendre l'âme retentit dans la pièce, faisant bondir le jeune homme. L'Undertaker, lui, partit d'un éclat de rire en réponse à ce bruit inhumain. En se redressant, une main devant sa bouche pour essayer d'étouffer ses hoquets, il poussa le haut du cercueil sur lequel il était assis. Pluton était roulé en boule à l'intérieur, et son ventre poussait des gargouillis ravis face aux croquettes qu'on venait de lui offrir.

Le chien démoniaque cligna des yeux devant la soudaine lumière et se redressa en s'étirant. Ciel le considéra avec stupeur : il avait complètement oublié que, lors de sa dernière visite, il avait laissé le chien aux bons soins de l'Undertaker. Apparemment, Pluton ne s'en portait pas plus mal. Les deux hommes aux cheveux argentés semblaient apprécier la présence l'un de l'autre. Ciel trouvait la situation idéale, puisqu'elle évitait à ses domestiques de gérer un loup des enfers. Néanmoins, le jeune Phantomhive devait avouer qu'il était rassuré de voir Pluton habillé. Déjà, le trouver couché dans un cercueil était assez d'émotions pour une journée.

- Eh bien, tu as ris, constata Ciel.

- Ce n'est pas grâce à toi, comte, protesta l'Undertaker en jetant une croquette à Pluton, qui l'avala sans la mâcher.

- Pluton m'appartient, et par conséquent, s'il te fait rire tu peux considérer que je te fais rire.

- Ton humour ne vaudra jamais celui de ton chien.

Ciel ne voulait même pas savoir de quel « humour » Pluton avait fait preuve. Il insista auprès du croque-mort, qui céda à contrecœur, en précisant au comte que c'était la première et dernière fois que les bêtises – pardon, que les plaisanteries hilarantes et subtiles – du chien-démon lui profitaient.

- Pour vaincre des shinigamis, murmura le croque-mort avec emphase, la meilleure arme est un allié puissant. Trouve-toi de bonnes pièces, petit roi, et le jeu t'appartiendra.

Après avoir lâché cette vérité et constaté le visage déconfit de Ciel, l'Undertaker se laisser aller à un autre éclat de rire, long hululement ressemblant à s'y méprendre au hurlement d'un chien.

ooo

Tu essayes de jouer sans pièces.

Le chien de la reine a perdu ses crocs.

Je te promets de reprendre Sebastian à mon service.

Il a vraiment disparu ?

Nous avons tous le droit à l'erreur.

Je te pardonne.

Quand Ciel était rentré dans sa maison londonienne, Agni et Prince Soma dormaient tous deux d'un lourd sommeil. Il ne s'était pas couché. Prenant une petite lampe à huile, il avait erré dans la maison, contemplant les fenêtres, la ville nocturne, le grand salon, la rambarde fendue. Quelques morceaux de pierre blanche et de la poussière gisaient en un petit tas, soigneusement ramassés par le loyal Agni. Voilà tout ce qui restait du combat de Ranmao. Voilà tout ce qui resterait de sa vie, un jour. Beaucoup de poussière.

Dans un des larges couloirs se dressait un miroir qui prenait toute sa longueur. Ciel marcha le long de ce miroir, la faible lumière de la lampe à huile propageant des ombres muettes autour de lui. Le jeune noble s'arrêta et se tourna vers la glace, lisse et polie par l'âge.

Il observa le miroir aux reflets irisés, bordé de torsades dorées et de richesses. Le long couloir derrière était vide et désolé. Il posa le front sur la glace, serra les dents et les lèvres. Il était seul, désormais. Complètement seul. Il avait perdu ses parents, puis la reine, puis son majordome. Lui qui avait promis de ne jamais le laisser seul. Lui qui avait promis de toujours être là.

- Reviens, s'il te plait, murmura-t-il, le visage contre le miroir froid, yeux fermés.

Il prit une longue inspiration et recula. Il rouvrit les yeux. Dans le miroir, il voyait son reflet, petit enfant pâle et désolé.

Derrière, une silhouette vêtue de noir lui souriait d'un air démoniaque.

ooo

Un chapitre de plus. Je dois avouer que j'ai hésité avec l'histoire du téléphone: il ne me semble pas que l'Angleterre victorienne soit réputée pour ses téléphones derniers cris. Mais étant donné que dans l'anime il y a un téléphone dans la première saison, et que dans le manga il y a carrément un portable (!) je me suis dis que je pouvais me le permettre.