Merci pour vos commentaires encourageants !

Voici la deuxième partie, plus courte... La dernière partie devrait être plus longue, mais il faut encore que je la peaufine...

Enjoy !

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Appuyée contre la bibliothèque, Alexis haussait les sourcils devant le spectacle qui s'offrait à elle. Son père, apparemment impatient, était accroupi devant l'imprimante, les yeux à hauteur du bac de sortie. Il réceptionnait précautionneusement chaque feuille puis il se levait, l'accrochait pour qu'elle sèche, et répétait l'opération.

Ici et là, d'autres feuilles étaient méticuleusement triées par paquets.

- Laisse-moi deviner... Tu as renvoyé Gina et tu es obligé d'imprimer toi-même les exemplaires de ton futur roman...

Une pince à linge dans la bouche, Castle adressa sourire ironique à sa fille. Il accrocha une feuille fraîchement imprimée, en décrocha quatre qu'il déposa sur une pile déjà conséquente, et se tourna vers Alexis.

- C'est pour Beckett. Gina m'a appelé pour me prévenir qu'il y avait des coquilles dans la version que je lui ai donnée, alors...

Alexis plissa les yeux et pencha la tête sur le côté, l'air soupçonneux.

- Quel genre de coquilles ?

Castle fit un vague geste de la main.

- Oh, tu sais, des noms qui changent.

- Des noms qui changent ?

- De rue... Des noms de rue ! Je n'ai pas fait attention et je n'ai pas gardé le même nom pour les rues. Tu sais ce que c'est... une fois tu écris que ça se passe à l'angle de la vingt-quatrième, et dans le chapitre suivant, tu écris que ça se passe sur Broadway Avenue. Et tu connais Beckett, si ce n'est pas cohérent...

Il roula les yeux, l'air faussement excédé. Alexis conservait son air soupçonneux.

- Et ce n'est pas à l'éditeur de corriger ça ?

- Oui... tu as raison...mais... Beckett est une telle fan qu'elle ne pourrait pas attendre aussi longtemps !

Castle était clairement à la recherche d'une bouée de sauvetage. Pour un écrivain, il trouvait qu'il manquait cruellement d'imagination. Il faut dire que son cerveau était épuisé. Il avait passé deux heures à corriger son texte grâce à la fonction « rechercher et remplacer » de son éditeur de texte. Il avait bien trouvé et remplacé sur-le-champ les quatre-vingt-onze occurrences du prénom, mais comme cette histoire le rendait paranoïaque, il avait ensuite passé du temps à relire un à un les passages du livre susceptibles de contenir le prénom de Kate. Il n'avait évidemment rien trouvé.

Alexis n'était visiblement pas convaincue, mais elle hocha tout de même la tête.

- Bon eh bien... si tu n'as pas besoin d'aide, je sors. Ash m'emmène voir un film.

Castle soupira, soulagé que l'interrogatoire prenne fin et fit un sourire à sa fille.

- Non, c'est bon. Passe une bonne soirée ma chérie.

Alexis parcourut une nouvelle fois la pièce du regard. Devant les tas de feuilles, un sourire moqueur naquit sur son visage.

- Merci... mais je ne sais pas si elle sera aussi excitante que la tienne...

Son père grimaça alors qu'elle quittait la pièce.

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Elle lui avait menti. Kate Beckett avait menti à Richard Castle en prétextant ne pas avoir lu son manuscrit.

Délibérément.

Cette pensée ne la réjouissait pas, mais le fait de dire la vérité était si embarrassant !

Elle avait depuis longtemps accepté qu'il mette des détails de leur relation dans ses romans. Mais cette fois-ci, c'était différent. Il l'avait mise elle dans le roman.

Allongée dans son bain, elle parcourait le manuscrit que l'écrivain lui avait donné. La veille, après le départ de Josh, elle avait plus que jamais eu envie de lire un livre écrit par Castle. Elle avait alors repensé au manuscrit qu'il lui avait donné une semaine auparavant, et elle s'était confortablement installée sur son canapé.

La première fois qu'elle avait lu son prénom, elle avait simplement pensé à une erreur qu'elle lui signalerait dès qu'elle le verrait. Après tout, Castle passait de plus en plus de temps avec elle, et Nikki était clairement sa version papier, alors... Elle frissonna en repensant à ce que lui avait dit Jordan Shaw : « Nikki est en quelques sortes un mélange entre vous et Castle ». Elle trouvait cette idée terriblement sensuelle.

Cependant, lorsqu'elle avait vu son prénom écrit une deuxième puis une troisième fois, sa curiosité avait été aiguisée et elle s'était mise à faire une chose qu'elle n'aurait jamais pensée possible : lire le manuscrit en se désintéressant presque de l'histoire, obnubilée par la recherche de son prénom.

La conclusion à laquelle elle était arrivée provoquait en elle un bien-être qu'elle ne savait expliquer : Kate n'était utilisé que dans les passages où Nikki apparaissait sous son meilleur jour. Jameson était nécessairement présent, et trois fois sur quatre, il y avait aussi une preuve subtile de l'amour que le journaliste éprouvait pour la jeune femme.

Ce qui la troublait davantage, c'était que chacun de ces passages lui rappelaient la conversation qu'elle avait eue avec Josh ; ils mettaient en exergue une complicité plus qu'évidente entre la détective et le journaliste.

Elle fronça les sourcils : est-ce que le mot "complicité" était le terme le plus juste ? Si elle était tout à fait franche, elle aurait choisi le terme "attirance". Elle rougit légèrement lorsque le mot "amour" lui traversa l'esprit.

Un peu perdue, elle posa son verre de vin, saisit son téléphone et composa un numéro. Elle savait que ça pouvait lui coûter cher, mais elle avait besoin d'un regard extérieur sur le sujet.

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« Tu te fiches de moi ?

Lanie reposa le manuscrit. Kate la regardait, l'air timide.

- Le roman en est à peine à la moitié qu'il te fait une déclaration d'amour !

- Oui enfin... C'est Jameson qui s'adresse à Nikki.

Lanie l'arrêta d'un signe de la main.

- Erreur ! Ce qui est écrit là, c'est Kate, pas Nikki !

Kate eut un petit sourire et dit doucement :

- Tu crois qu'il l'a fait exprès ?

- Connaissant Richard Castle, tout est possible...

- Il m'a demandé ce que je pensais de son manuscrit ce matin.

L'attention de Lanie fut aiguisée. Elle se redressa.

- Alors ?

- Je lui ai dit que je ne l'avais pas lu...

- Kate ! s'écria-t-elle faussement choquée, un grand sourire sur le visage.

- Et que voulais-tu que je lui réponde ? Que je l'avais lu ? Il aurait nécessairement fait allusion à... ça.

Lanie pointa son amie du doigt.

- Toi, jeune fille, je ne sais pas ce qu'il te faut. Un homme intelligent, drôle, séduisant et - et ça ne gâche rien - riche, t'es entièrement dévoué, et tu trouves le moyen de jouer la difficile...

Kate leva les yeux au ciel. Un silence s'installa quelques instants, puis elle reprit d'une voix douce.

- Tu sais, il me le montre tous les jours...

- Quoi ?

- Qu'il tient à moi... Il ne se passe pas une journée sans qu'il ne m'apporte un café, sans qu'il ne m'envoie un texto...

- … sans qu'il n'écrive ton prénom dans son roman !

Les deux femmes partirent à rire, et la conversation continua jusque tard dans la nuit.

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Castle leva la main, prêt à frapper à la porte, puis il se ravisa. Il avait besoin de se remémorer son plan : entrer sous une fausse excuse, localiser le manuscrit et l'échanger. Il prit une profonde inspiration et toqua. Il attendit un instant, mais rien ne se produisit. Il frappa à nouveau. Toujours rien.

- Castle ?

La voix le fit sursauter. Il se retourna et salua Kate, visiblement étonnée de le voir devant sa porte un dimanche matin. Elle sortit ses clés et les mit dans la serrure, tout en regardant l'écrivain d'un air inquiet.

- Est-ce qu'il y a un problème ?

Il sourit et montra la bouteille de vin qu'il avait dans la main.

- J'ai pensé que l'on pourrait trinquer à la sortie de mon nouveau roman.

Regard dubitatif de la partie adverse.

- Trinquer ? A dix heures du matin ? Si je ne vous connaissais pas, je croirais que vous voulez me saouler, Castle !

Il grimaça et la suivit à l'intérieur.

Il n'avait pas fait trois pas qu'il le vit, posé en évidence sur le canapé : son manuscrit était ouvert et qui plus est, des repères avaient été collés à certains endroits. Kate ne put que remarquer que toute l'attention de Castle était focalisée dessus. Une courte vague de panique l'envahit, mais elle se reprit très rapidement.

- Je l'ai lu, dit-elle d'un ton détaché. C'est de loin le meilleur. Enfin... à mes yeux.

- Je... vous... quelque chose..., balbutia Castle.

Il déglutit.

- Vous avez remarqué quelque chose de particulier ?

Une interrogation feinte se peignit sur le visage de la détective. Castle précisa :

- Je vois que vous avez collé des repères.

- Oh... ça...

Elle prit le manuscrit et le lui tendit. Puis elle dit, d'un air malicieux :

- Il semblerait que votre ghostwriter n'a pas bien compris le prénom de l'héroïne. J'ai marqué les pages où il s'est trompé.

Castle afficha un air faussement outré.

- On ne peut plus engager de personnel de bonne qualité aujourd'hui !

Elle lui sourit et but un verre de vin. Et voilà, c'était fait, la tension redescendait. Comme toujours, ils avaient réussi à éluder toute conversation trop personnelle alors qu'une perche leur était tendue. Elle réalisa que le soulagement de ne pas avoir à faire face à ses sentiments était teinté d'une légère déception. Peut-être aurait-elle dû poser clairement les choses ?

Peut-être était-il toujours temps de le faire ?

Elle allait dire quelque chose lorsque son téléphone sonna : un corps avait été retrouvé ; comme dans le cas de Kyle Beckmann, quarante coups de couteau avaient été dénombrés sur la victime.

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Ils furent accueillis sur la scène du crime par Ryan et Esposito qui les fixaient d'un air espiègle. Kate maudit mentalement Lanie ; elle avait dû vendre la mèche à Esposito, et si le Latino était au courant, l'Irlandais l'était nécessairement.

- Regarde ça, lança Esposito. Ils arrivent ensemble, un dimanche matin. Dans la même voiture...

- Ça va, les gars, répondit Kate d'un ton peu amène.

- Alors, Castle, c'est vous qui étiez chez elle ou..., poursuivit Esposito.

- Je lui ai juste apporté du vin... essaya de se défendre l'écrivain.

Ryan regarda son coéquipier.

- Tu ne m'apportes jamais de vin le dimanche matin.

Puis il reporta son attention sur Castle.

- C'est un vin spécial, qui s'accorde avec les pancakes, ou...

Castle ouvrit la bouche mais Beckett prit la parole.

- Messieurs, loin de moi l'idée d'interrompre cette charmante conversation, mais je vous rappelle que nous sommes sur une scène de crime, pas au salon de thé. Ryan ?

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La journée n'avait pas été fructueuse ; les différents entretiens qu'ils avaient menés n'avaient débouché sur rien. Il était presque minuit ; trop fatigués pour arriver à quoi que ce soit, ils décidèrent d'en rester là et de rentrer chez eux.

Beckett rejoignit Castle devant l'ascenseur ; les portes s'ouvrirent et il s'effaça pour la laisser entrer. Sans se concerter, ils s'adossèrent tous deux contre la paroi de la cabine.

- Je déteste ces journées, murmura Kate.

Castle tourna la tête vers elle ; elle poursuivit.

- Je déteste avoir l'impression de ne rien faire pour la victime.

- Vous ne faites pas rien. Je vous promets que demain nous trouverons des éléments qui nous permettront d'arrêter l'assassin.

Elle eut un faible sourire.

- Merci.

Il lui sourit à son tour, puis prit un air malicieux.

- En tous cas, il faut que nous bouclions l'enquête avant deux jours.

Elle le regarda, étonnée. Il poursuivit.

- La soirée de lancement du nouveau tome de Nikki Heat a lieu mardi !

Elle hocha simplement la tête.

- Et je suppose que je dois vous accompagner ?

Il lui fit face.

- Beckett, si la version originale n'est pas à la soirée, ça risque de faire des vagues !

Kate eut un léger sourire et sortit de l'ascenseur, laissant Castle sans réponse. Il se retourna et cria :

- Il me faudra une réponse !

Elle fit un léger signe de la main et s'éloigna en direction de sa voiture, un large sourire sur le visage. Elle savait déjà quelle serait sa réponse, mais elle aimait le faire mariner.