CHAPITRE IV
LA MISSION DU CAPITAINE ADELBERT STEINER
L'assistance était complètement pendue aux lèvres des deux prestataires sur la scène de l'aérothéâtre. Cinna et Marcus s'échangeaient de nouveau quelques répliques pour mettre sur pieds un moyen d'arrêter le roi Léo. Durant ce temps, la fanfare jouait une mélodie à la fois suave et triste. Rien de ce qui se passait sous les yeux du public n'aurait pu permettre d'entendre quoi que ce soit de ce qui se passait véritablement dans les murs du château d'Alexandrie.
Dans les couloirs qui donnaient accès aux cuisines, sous la passerelle royale du château, il était possible d'entendre des chaises se démolir sur des murs et des bruits de coups de poing se fracassant sur des mâchoires. En effet, dans la salle de réunion des chevaliers de Pluto, deux individus faisaient du ravage. Lorsque les deux soldats furent enfin hors d'état de nuire, Zidane et Blank leur retirèrent leur armure et tentèrent de peine et de misère de se les enfiler sur le dos.
T'as fini de te changer Zidane? Demanda Blank en se retournant.
Le jeune homme blond, entièrement vêtu d'une armure odorante et pleine de boue, gardait son casque en main. À première vue, celui-ci n'était pas des plus attirants.
Non, mais… mon casque… (Il sentit prudemment l'odeur pestilentielle que le casque projetait)… pue un peu! Dit-il en le lançant vers les deux chevaliers évanouis.
Le casque s'écrasa sur le ventre du plus gros dans un fracas qui semblait avoir été très douloureux. Le gros chevalier n'ouvrit cependant pas un œil. Blank secoua la tête en faisant comprendre que son ami se plaignait pour rien. Il replaça son casque sur sa tête en le reniflant prudemment à son tour.
Et alors? Le mien aussi! Et pas qu'un peu, tu peux me croire… Et puis l'armure est trop petite… Il y a un truc qui me gêne dans le dos… Les bottes sont trempées… Les gants sont poisseux… Les poches sont pleines de miettes de bisc…
Ça va, j'ai compris! Répondit Zidane en regrettant de s'être plaint.
Trouver la salle de réunion des chevaliers de Pluto a été, pour les deux Tantalus, l'une des missions les plus simples qu'ils aient eues à accomplir. Il ne leur a suffi que de sortir des coulisses et d'entrer par l'entrée principale du château. En moins de deux minutes, ils ont pu dénicher la salle qu'ils cherchaient étant donné la pancarte clouée sur la porte. Il s'agissait de la liste des chevaliers de Pluto enregistrés pour la soirée.
Chevaliers de Pluto enregistrés
I. Capitaine Steiner
II. Blutzen
III. Kohel
IV. Laudo
V. Dojebon
VI. Breireicht
VII. Weimar
VIII. Haagen
IX. Mullenkedheim
Une fois à l'intérieur, il leur a simplement fallu se débarrasser des deux gêneurs dans la salle de réunion et leur voler leur armure. En somme, ils étaient parvenus à faire tout ceci en un peu moins de cinq minutes.
T'as pas oublié ce qu'on devait apporter? Demanda Zidane qui essayait de peine et de misère à trouver un moyen de faire une place pour sa queue de singe dans sa nouvelle armure.
Bien sûr que non! Pour qui tu me prends?
Blank fourra sa main sous son plastron et en ressortit un o'glop. La bestiole se tortillait dans sa main pour tenter de s'échapper. Alors que le jeune homme s'efforçait de la remettre avec les autres dans son plastron, la bestiole parvint à se frayer un chemin entre ses doigts et se mit à sautiller partout dans la pièce. Elle sautait si haut qu'elle se cognait sur le plafond de la pièce qui devait avoir une hauteur de plus de quatre mètres.
Alors que Zidane s'esclaffait à s'en déchirer les bronches, Blank essayait de peine et de misère de rattraper l'o'glop libre dans la pièce en se heurtant les tibias contre les tables et en se cognant la figure contre les murs. Lorsque la petite poursuite fut enfin terminée, Zidane réussit à redevenir calme et sortit le petit flacon rempli de pilules.
Ok! Je vais mettre le somnifère dans la tasse de la princesse!
Blank acquiesça d'un signe de tête en fourrant l'o'glop dans son plastron.
Et moi, je vais aller faire une petite surprise à Sa Majesté! À ces mots, Blank s'approcha des deux chevaliers de Pluto inconscients. Hé… hé… Ça devrait aller! Ils dorment comme des bébés.
Le jeune homme se releva et se tourna vers Zidane. Ils cognèrent alors leur poing droit dans la paume de leur main gauche pour ensuite quitter les lieux. Après avoir refermé la porte derrière eux, Blank regarda Zidane. Ils se trouvaient dans une pièce avec un sol marbré qui connectait à deux couloirs et à un escalier. Le couloir à leur gauche menait à la coure du château où se trouvait actuellement le public qui assistait à la pièce des Tantalus. À leur droite se trouvait le couloir qui menait aux cuisines et à l'entrée principale du château d'Alexandrie.
La loge royale est en haut de cet escalier! Dit Blank en pointant devant eux.
Zidane acquiesça frénétiquement, il ne voulait pas perdre de temps. Ils entendirent alors à leur gauche, un grand cri d'étonnement en provenance de l'assistance.
Ils en sont bientôt à la scène où Marcus s'introduit chez Cornélia! Lança Blank dans un élan de panique. Le travail doit être terminé avant la fin de la pièce!
Sans répondre la moindre chose, Zidane décida qu'il était temps d'arrêter de parler et qu'il fallait agir. Il courra en direction des escaliers qui leur faisaient face en laissant son compagnon derrière lui. Le jeune homme les franchit rapidement en courant sur le tapis rouge des marches en colimaçons. Rendu au sommet, il se retrouva sur la passerelle royale. Celle-ci devait connecter la loge royale aux chambres des membres de la famille royale ainsi que de leurs domestiques. Il aperçut alors la lumière que projetait la lune dans le couloir à sa droite. Comme elle était située à l'extérieur, la loge royale se trouvait de ce côté. Alors qu'il se décida de passer à l'action. La porte de l'autre côté de la passerelle s'ouvrit dans un grand fracas pour laisser sortir une personne vêtue d'une tunique blanche avec quelques motifs rouges à la base et sur les manches. Celle-ci était surmontée d'un grand chaperon qui couvrait à la fois la tête, le visage et les épaules de l'inconnue.
Momentanément, Zidane se demanda ce que pouvait être ce déguisement. La jeune fille semblait être pressée, car elle ne pensa pas refermer la porte derrière elle. Ses pas résonnaient contre les parois de pierre du château. Zidane eut alors l'impression qu'il avait été démasqué, mais cette pensée s'effaça rapidement lorsqu'il comprit que la jeune inconnue désirait descendre les escaliers qu'il venait d'emprunter.
Pardonnez-moi, mais… pourriez-vous me laisser passer? Demanda poliment l'inconnue.
Le jeune homme comprit alors qu'il lui bloquait l'accès. Inconsciemment, il était envoûté par cette inconnue qui venait de débarquer. Il ne désirait pas la laisser passer, mais plutôt essayer de voir son visage qui se cachait sous ce gros chaperon blanc. Il se baissa la tête tout en s'approchant de la jeune femme afin d'essayer de voir plus que le petit menton discret qui se présentait dans le capuchon.
Aurais-je quelque chose sur le visage? Demanda alors l'inconnue qui semblait des plus mal à l'aise. Elle tourna la tête pour éviter qu'il parvienne à voir les traits de son visage.
Zidane releva alors brusquement la tête. Elle ne voulait pas qu'il sache qui elle était. Il se décida donc à la regarder de la tête aux pieds. Son chaperon lui cachait la tête et les épaules et sa tunique blanche lui tombait jusqu'aux genoux. Il ne pouvait que lui voir les mains qui semblaient si délicates ainsi que ses jambes. Elle portait des pantalons très moulants orangés qui présentaient des jambes qui n'étaient pas des plus musclées. Cette inconnue n'était pas une servante de Sa Majesté.
Non, mais… je me demandais si c'était pas toi que j'attendais… Répondit Zidane.
Pardon?... Vous m'attendiez?
Ouais! Depuis ta naissance! J'ai toujours su qu'on se rencontrerait ici!
L'inconnue remua la tête, elle ne comprenait rien du tout. Comment ce jeune homme aurait-il pu l'avoir reconnue? Elle ne savait plus très bien quoi répondre face à cette réponse.
Vous… vous joueriez-vous de moi?
Zidane se passa la main dans les cheveux en rougissant quelque peu. Cette jeune fille était mal à l'aise et il se devait de la réconforter.
Je… non… pas du tout! Balbutia le jeune homme.
La jeune fille remua la tête avec exaspération. Elle n'avait que trop perdu de temps avec ce garçon.
Alors, je vous prie de m'excuser! Lança-t-elle en se précipitant vers l'ouverture entre Zidane et la rampe des escaliers.
L'inconnue ne fut pas été assez rapide et le jeune homme eut le temps de faire un pas de côté pour l'empêcher d'emprunter les escaliers. Il ne voulait pas la laisser partir tout de suite.
Attends! Dit-il, toujours en essayant de voir sous le chaperon. Il ne l'avait jamais vue d'aussi près, il s'agissait donc du moment idéal pour tenter de la démasquer. On s'est pas déjà rencontré?
La jeune fille laissa échapper un long soupir d'exaspération tout en s'assurant que son chaperon était convenablement placé sur sa tête.
Non, je… Répondit-elle.
Ah bon…
Le jeune homme se décida enfin à se retirer du chemin de la jeune inconnue pour se mettre à marcher autour d'elle. Il l'examinait minutieusement et regardait chaque petit détail de son anatomie. Alors qu'il venait de faire quelques pas, il remarqua alors le reflet d'un petit pendentif vert émeraude qui pendait à son cou. La jeune fille, quant à elle, se sentait très mal à l'aise et ignorait ce qu'elle pouvait se permettre de faire. Malgré le fait que l'accès à l'escalier lui soit à présent ouvert, elle ne pensait pas s'y précipiter. Elle laissa donc le jeune homme l'examiner. Lorsque le garçon avait fait un cercle complet autour d'elle à la contempler, il prit soudainement la parole.
Et puis non! Je vois pas pourquoi je laisserais filer une fille aussi jolie que toi!
À ces mots, le jeune homme déposa la main sur la rampe de l'escalier en faisant comprendre à son interlocutrice qu'elle ne pourrait pas passer par ces escaliers. Il savait de qui il s'agissait et il n'était pas question que cette jeune fille quitte cet endroit. Il décida donc de continuer à lui parler afin de mieux la connaître.
Au fait, tu serais pas…
ZIDANE! Qu'est-ce que tu fais? Cria alors une voix derrière le jeune homme.
Le garçon blond tourna les talons et vit Blank, toujours dans son armure de chevalier, qui se trouvait dans les escaliers derrière lui. Dans un élan de surprise, Zidane retira sa main de la rampe d'escalier et se retourna vers Blank en oubliant momentanément la jeune inconnue en face de lui. La jeune fille, remarquant l'opportunité, se précipita soudainement vers les marches en colimaçon.
Pardonnez-moi! Dit-elle en bousculant Zidane au passage.
Zidane ne put garder son équilibre et tomba le nez contre le tapis. Lorsqu'il se releva, la jeune fille n'était plus dans les escaliers et Blank était lui aussi étendu dans les marches. L'inconnue avait également renversé Blank pour s'enfuir sans se faire poursuivre.
Qu'est-ce que…? Qui c'est? Balbutia Blank qui était encore secoué de sa chute.
Le garçon blond vint le rejoindre en dévalant les escaliers quatre à quatre.
Reste pas là! C'est la princesse! Lança Zidane en sautant par-dessus le corps étendu de son partenaire.
Quoi! Cria Blank en se relevant soudainement.
Zidane ignorait où la princesse était allée, mais il n'était pas question qu'il baisse les bras tout de suite. Il allait au moins tenter de la rattraper en passant par un chemin au hasard. Lorsqu'il fut rendu au pied des escaliers, il se retrouva face à la salle de réunion des chevaliers de Pluto. Il fut rattrapé quelques secondes plus tard par Blank.
Zidane, il faut laisser tomber! Ça se passe pas comme prévu!
Elle doit être partie par là! Dit alors le jeune homme en s'élançant dans le couloir opposé à celui menant à l'assistance.
Blank se mit à poursuivre son ami en lui criant d'arrêter sur-le-champ. Ils se trouvaient à présent dans une grande salle qui pouvait les mener à l'étage inférieur. Un immense portrait de la reine était accroché au mur opposé. Devant ce portrait se trouvait un grand escalier qui donnait accès au hall d'entrée. Dans ces escaliers, Zidane parvint à apercevoir la jeune fille habillée de sa tunique blanche, qui descendait au premier étage.
Zidane! ARRÊTTE IMMÉDIATEMENT! On s'était dit qu'il fallait pas agir tout seul sinon ce serait impossible de réussir notre mission!
On peut pas abandonner maintenant! Elle nous a vus! Cria Zidane en se mettant à courir vers les escaliers de l'autre côté de la pièce.
Très bien! Dans ce cas, je retourne au Prima Vista et je vais attendre de voir si tu as réussi… Répondit Blank en tournant les talons.
Zidane lui cria alors que tout allait bien se passer et continua sa course effrénée. Il passa alors devant un couloir qui devait mener aux cuisines selon les arômes qui y étaient dégagés. De ce couloir sortit alors un petit bouffon bleu. Il avait le visage blanc et deux croix au niveau des yeux d'une couleur bleuâtre. Ses vêtements étaient eux aussi d'une couleur bleue et étaient rayés de blanc. Celui-ci regarda le jeune homme poursuivre la princesse et parut scandalisé.
C'est horrible! Cria-t-il en se mettant à courir dans tous les sens.
Un deuxième bouffon apparut soudainement derrière lui. Celui-ci était trait pour trait identique au premier, mais il était rouge.
C'est horrible! Répéta le deuxième bouffon en s'agitant à son tour.
Au même instant, les deux individus s'arrêtèrent face à face. Ils étaient terrifiés.
C'est dramatique! Dit alors le bouffon bleu.
Sa Majesté ne va pas être contente! Lança le bouffon rouge.
Dépêchons-nous! Crièrent-ils alors à l'unisson.
Les deux hurluberlus se mirent donc à courir vers la pièce que Zidane venait de quitter. Ils répétaient sans cesse qu'ils devaient se dépêcher, que la situation ne pouvait pas être pire. Ils gravirent les escaliers menant à la passerelle royale et le bouffon bleu se dirigea vers la porte royale qui était ouverte. Son compagnon l'arrêta alors.
Ce n'est pas par là!
Le bouffon bleu tourna alors les talons et s'approcha du rouge.
Je le sais bien! Répondit-il.
Vraiment?
Vrai de vrai!
J'en doute…
Le bouffon bleu se mit à sautiller. Il fulminait et n'osait pas avouer son erreur. Il fit quelques pas vers son comparse et le regarda dans le blanc des yeux, au centre des deux croix rouges peinturées sur son visage.
Vous… vous n'avez pas à en douter…
Les deux compagnons se regardèrent en se disant la même chose :
Pour l'instant, allons voir Sa Majesté!
Ils se retournèrent alors et se précipitèrent dans le couloir menant à la loge royale où devait se trouver la reine en train de contempler le spectacle qui s'offrait à elle. Il y avait quelques couloirs connexes à celui-ci et le bouffon rouge tourna alors vers le deuxième couloir qu'ils croisèrent. Son compagnon le rattrapa.
Ce n'est pas par là! Cria le bouffon bleu, un long sourire aux lèvres.
Je… Je le sais bien!
Vraiment?
V… Vrai de vrai!
J'en doute…
Vous… vous n'avez pas à en douter! Rétorqua le bouffon rouge qui semblait rougir encore plus sous son maquillage.
Hâtons-nous d'allez voir Sa Majesté!
Lorsqu'ils arrivèrent finalement dans la loge royale, la foule lançait de grands cris de surprise alors que Marcus qui faisait une entrée fracassante chez les soldats du roi Léo. Les bouffons n'étaient plus qu'à quelques pas de la reine. Ils se mirent à avancer, mais un grand homme habillé d'une armure des chevaliers de Pluto leur barra la route. Il repoussa le bouffon bleu avec la paume de la main. Celui-ci se mit en colère, mais son compagnon rouge le ramena au calme en lui mettant la main sur l'épaule.
Sa Majesté ne veut voir personne! Dit alors le capitaine des chevaliers de Pluto. Revenez plus tard!
Ils levèrent alors la tête en plissant les yeux pour confronter le regard du chevalier qui les gênait et le reconnurent aussitôt. Les deux bouffons n'avaient jamais apprécié le capitaine Adelbert Steiner, mais ce soir, ils ressentaient autre chose que du mépris à son égard. Ils éprouvaient une réelle haine.
Nous devons parler à Sa Majesté immédiatement! Cria le bouffon bleu qui commença à sautiller dans tous les sens.
Revenez lorsque le spectacle sera terminé! Sa Majesté a demandé de ne se faire déranger sous aucun prétexte.
Est-ce urgent? Demanda alors une voix de femme derrière le dos du capitaine.
Les deux bouffons sautillèrent de joie. Beatrix, la générale des amazones d'Alexandrie venait d'apparaitre derrière le chevalier. Ils préféraient de loin négocier avec elle qu'avec ce gros lourdaud de Steiner. Elle avait la réputation d'être la personne la plus forte de tout Alexandrie. Sur son visage reposait un bandeau de métal qui lui cachait entièrement l'œil droit d'un air menaçant, ce qui engendrait encore plus de crainte envers les plus veules. Ses vêtements étaient de hautes coutures et offraient un décolleté plongeant de sa plantureuse poitrine, ce qui rendait plus d'un homme mal à l'aise en sa présence. Finalement, à ses hanches, maintenue par une épaisse ceinture de cuir se trouvait son arme : une longue lame dentelée parfaitement incrustée dans son fourreau. Ses troupes, les Amazones, ne pouvaient que se sentir confiantes lors d'un combat tant que Beatrix se trouvait dans les premiers rangs.
Les Amazones avaient la même mission que les chevaliers de Pluto à Alexandrie : protéger les membres de la famille royale. Cependant, elles avaient une bien meilleure réputation étant donné la qualité du travail qu'elles pouvaient exécuter ainsi que leur physique des plus provocateurs. De plus, elles parvenaient à être beaucoup plus sérieuses que les chevaliers de Pluto qui pouvaient être quelque peu immatures à certains moments. C'est d'ailleurs pour toutes ces raisons que le capitaine Steiner pouvait détester ces femmes au plus haut point.
Le bouffon rouge s'élança aux pieds de Beatrix en remuant la tête pour acquiescer à sa question.
Exactement! C'est très urgent! Lança-t-il.
Je dirais même que c'est une urgence urgentissime! Ajouta le bouffon bleu.
Beatrix les regarda d'un regard protecteur. Elle leur fit un sourire avant de poser un regard noir vers Steiner qui ne désirait qu'une chose : qu'elle lui laisse faire son travail comme il l'entendait. La générale des Amazones se retourna vers les deux bouffons qui continuaient à lui supplier de les laisser parler à la reine.
Alors, je vais m'en occuper! Entonna-t-elle toujours en lançant un regard noir vers Steiner.
Le capitaine des chevaliers de Pluto se mit à fulminer. Beatrix agissait toujours contre ses propres décisions pour ainsi toujours le contredire. Grâce à elle, Steiner possédait l'image du capitaine qui ne pouvait rien permettre et qui ne désirait rien entendre, celui que personne ne pouvait apprécier. Alors qu'en réalité, il ne faisait que suivre les ordres que Sa Majesté lui avait donnés.
Raaah! Beatrix, mêle-toi de tes affaires!
La générale ne fit pas attention au capitaine qui tremblait de colère et emmena les deux bouffons à l'écart pour savoir de quoi il pouvait s'agir.
Cela faisait plus d'une heure que le spectacle avait débuté et la reine Brahne ne s'en était pas rendu compte. Elle aurait juré qu'il n'avait duré que quelques minutes. La magie de chacune des répliques que les prestataires pouvaient s'échanger ne faisait que l'émerveiller encore plus. Alors qu'une nouvelle scène de combat à l'épée débutait, elle entendit des bruits de pas à sa gauche. Elle tourna brusquement la tête pour voir qui pouvait oser la déranger durant cette fabuleuse prestation et elle fit face à Beatrix, la générale des Amazones d'Alexandrie. Celle-ci se donna un coup de poing sur le torse pour ainsi lui annoncer qu'elle désirait lui communiquer un renseignement. Ce geste était un signe distinctif qu'effectuaient toutes les Amazones.
Je regarde la pièce! Revenez plus tard! Ordonna la reine en se retournant vers la scène au moment où Cinna et Marcus venaient de vaincre un soldat du roi.
C'est que… la princesse a disparu… Annonça Beatrix.
La reine fit alors la moue. Elle était exaspérée par l'incompétence de sa garde personnelle. En agitant son éventail de plus belle, elle se tourna vers son interlocutrice.
Vous voulez dire qu'on ne l'a pas vue depuis un certain temps? Demanda-t-elle en n'exprimant aucune inquiétude.
Il semblerait qu'elle soit partie très vite en amenant le pendentif du trésor national, ma majesté… Annonça Beatrix d'un ton ferme.
L'éventail qui s'agitait sous le nez gras de la reine s'arrêta soudainement de bouger avant de faire une longue chute vers le sol. La souveraine leva les yeux vers la générale des Amazones et fronça les sourcils tout en lui lançant un regard noir.
Que venez-vous de dire?... (Elle attendit une réponse qui ne vint jamais) Mais à quoi pense-t-elle?
Sans se lever de son trône, la reine d'Alexandrie ordonna au capitaine Steiner de s'approcher. Celui-ci accourut à ses côtés sans la moindre hésitation. La reine désirait sans aucun doute lui confier une nouvelle mission.
Capitaine Adelbert Steiner!
À vos ordres! Dit-il en se mettant au garde-à-vous tout en se frappant le casque du revers de la main.
Retrouvez Garnet! Et vite! Je la veux ici avant la fin de la pièce. Suis-je suffisamment claire?
Bien entendu majesté! Vous pouvez la considérer de retour dans son siège à l'instant! Lança le capitaine des chevaliers de Pluto.
La reine Brahne se retourna de nouveau vers le spectacle. Elle venait de manquer un combat qui semblait avoir été des plus mouvementés. Il fallait bien que sa garde décide de la déranger à cet instant précis!
Vous pouvez disposer! Dit-elle avec un brin d'irritation dans la voix. Oh! Et capitaine… Ajouta-t-elle alors que Steiner se retourna vers elle. Ne me décevez pas, compris?
Oui, majesté! À vos ordres, majesté!
Une fois sur la passerelle royale du château, le capitaine Steiner prit la décision d'effectuer un rassemblement de tous les chevaliers enregistrés pour ainsi leur donner l'ordre de trouver la princesse Garnet. Il descendit les escaliers et se retrouva devant la salle de réunion des chevaliers de Pluto.
PLUTOS! RASSEMBLEMENT! Cria-t-il en s'assurant que sa voix porte bien dans chacun des deux couloirs.
Il attendit un instant et remarqua que personne ne se présenta. Dans la plus grande incompréhension, il regarda dans les deux couloirs pour voir s'il y avait quelques chevaliers présents, mais il n'en vit aucun. Pourquoi personne ne venait?
Au même instant, la porte de la chambre s'ouvrit timidement et un visage se risqua à l'extérieur de celle-ci. Steiner reconnut immédiatement Blutzen.
Capitaine Steiner… Dit-il timidement.
Blutzen, que faites-vous? Sortez de cette chambre immédiatement, j'ai ordonné un rassemblement.
D'un pas mal avisé, Blutzen sortit de la salle de réunion. Derrière lui se présenta également Kohel qui marchait tout aussi timidement. Steiner eut l'impression qu'on venait de l'assommer avec une massue. Devant lui se trouvaient deux chevaliers de Pluto habillés d'un simple caleçon. Il remarqua alors que Kohel, le plus gras des deux, avait une vilaine rougeur au niveau du ventre et cela semblait être très douloureux. En essayant d'ignorer le fait que ses subordonnés étaient nus comme des vers, Steiner demeura de marbre.
Vous n'êtes que deux! Où sont les six autres? Cria-t-il.
Les deux hommes baissèrent la tête tout en restant sans voix. Leur visage était devenu écarlate.
Je vous ordonne de retourner dans la chambre pour vous habiller… et Kohel, un peu d'entraînement ne vous ferait pas de tort! Bon, je dois aller trouver les six autres fainéants qui doivent dormir sur leur quart de garde. Pour une fois que la reine demande une mission à mes chevaliers et non pas aux Amazones de Beatrix, j'ai l'intention d'être parfait! Écoutez, notre mission est de retrouver la princesse, ne me faites pas défaut. Aussitôt que vous vous serez habillés, vous devez partir à sa recherche. Compris? ROMPEZ!
Alors que les deux hommes se précipitaient dans la chambre, Steiner se retourna vers le couloir situé à sa gauche. Il s'agissait de celui qui menait aux cuisines et au hall d'entrée. Il s'y précipita afin de trouver ses troupes le plus rapidement possibles. Alors qu'il passait devant les corridors qui dégageaient de délicieux arômes menant aux cuisines, il aperçut Dojebon qui courrait de l'autre côté de la pièce. Il semblait chercher quelque chose.
Que faites-vous, soldat? Demanda Steiner tout en courant pour le rejoindre.
Mais je cherche… Peuf! Peuf! La princesse Garnet, capitaine!... Elle est portée disparue! Répondit Dojebon, à bout de souffle.
Je le sais très bien! Mais comment avez-vous été mis au courant?
Dojebon se permit de prendre une pause pour reprendre son souffle avant de répondre à son capitaine.
La générale Beatrix m'en a avisé tout à l'heure, capitaine!
Steiner ressentit l'effet d'une douche froide. Cette femme ne pouvait pas se mêler de ce qui la regardait. Il fallait toujours qu'elle batte Steiner sur son propre terrain. Après quelques instants, le capitaine des chevaliers de Pluto reprit son calme. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour cela. Après tout, Beatrix ne voulait qu'aider en faisant cela.
Bon travail, chevalier! Continuez vos recherches! Dit-il à Dojebon.
Le chevalier reprit alors sa course au travers des couloirs du château. Steiner était fier de ce soldat. Il ne pouvait pas le décevoir, car il était des plus motivés. Dojebon était le plus travaillant et le plus fidèle de tous.
Suite à sa rencontre avec Dojebon, Steiner se mit à faire des recherches dans toutes les pièces du deuxième étage. Il ne trouva aucun de ses chevaliers… Après cet échec lamentable, le capitaine prit la décision de retourner dans la chambre des chevaliers pour voir où en étaient Blutzen et Kohel.
Lorsqu'il débarqua dans la salle de réunion, Steiner remarqua que les deux chevaliers étaient à présent vêtus de l'armure des Amazones. Il semblait qu'il ne restait plus la moindre armure pour les chevaliers de Pluto. Ils portaient donc un équipement très ample au niveau du torse. De plus, l'armure accentuait énormément les rondeurs de leur postérieur tout en présentant leurs longues jambes nues. Les Amazones avaient des armures très provocatrices qui accentuaient généralement toutes leurs courbes. Devant ses deux chevaliers habillés en femme, Steiner ne parvint pas à camoufler son amusement. Blutzen et Kohel devinrent encore plus écarlates. Cependant, Steiner ne voyait pas pourquoi ces accoutrements les empêcheraient d'effectuer leur mission.
Vous n'êtes pas encore partis à la recherche de la princesse? Cria-t-il.
Mais, capitaine… Blutzen vient de m'apprendre que Weimar a commencé à sortir avec Barbara cet après-midi au pub, annonça Kohel.
C'est vrai! Continua Blutzen. J'étais là et je les ai vus s'embrasser au bar. C'est incroyable, pas vrai? Et après, ils ont…
Mais pourquoi dois-je entendre ça? Coupa un Steiner rouge de colère. Vos histoires sont actuellement le dernier de mes soucis!
Les deux chevaliers baissèrent alors la tête. Ils prirent un air piteux tout en s'asseyant à la table la plus proche.
Mais que faites-vous! Retrouvez la princesse immédiatement! C'est un ordre de votre capitaine et de votre reine!
Les deux hommes se levèrent d'un bond et se précipitèrent hors de la pièce sans dire le moindre mot. Blutzen et Kohel étaient les plus commères de tous.
Après avoir ordonné à trois de ses chevaliers, c'est-à-dire Dojebon, Blutzen et Kohel de partir à la recherche de la princesse, Steiner sortit de la salle de réunion en ayant la ferme intention de fouiller tout le premier étage du château. Alors qu'il passait de nouveau devant les corridors des cuisines, il entendit des bruits de bottes de métal qui résonnaient sur le carrelage. Il s'agissait vraisemblablement d'un chevalier de Pluto. Steiner revint sur ses pas et prit le chemin des cuisines. Il croisa en effet l'un de ses soldats. Il s'agissait de Mullenkedheim.
Aaaaaah… Ça fait du bien! J'avais tellement faim! Dit le chevalier en se fourrant une énorme cuisse de poulet dans la bouche.
Mais c'est tout ce que vous savez faire, vous empiffrer? C'est pour ça que tout le monde se moque de nous! Cria Steiner qui recommençait à rougir de colère.
Mais, capitaine! Ch'est parche que j'étais affamé! Répondit Mullenkedheim en crachant quelques morceaux de poulet sur le carrelage et sur l'armure de Steiner.
Le capitaine des chevaliers de Pluto empoigna alors la cuisse de poulet et l'écrasa sur le sol sous les yeux horrifiés du chevalier. Steiner lui ordonna alors d'aller immédiatement retrouver la princesse sous peine de se faire expulser de la garde personnelle de la reine. Le soldat s'exécuta en ronchonnant. Mullenkedheim était le plus gourmand de tous.
Il ne m'en reste que quatre à trouver et je vais pouvoir me concentrer sur la recherche de la princesse.
Le capitaine descendit finalement les escaliers sous le gros portrait de la reine pour enfin se trouver dans le hall d'entrée au premier étage. Comme la bibliothèque d'Alexandrie y était directement connectée, il décida d'y continuer ses recherches.
À l'intérieur se trouvait une multitude d'érudits qui effectuaient plusieurs recherches dans de quelconques bouquins. En se faufilant entre eux, Steiner accrocha avec le genou un tabouret sur lequel se trouvait un globe du monde de Gaia. Dans un élan de panique, il l'empoigna et s'assura que la sphère n'oscille plus avant de le relâcher. Alors qu'il relevait la tête, il aperçut Laudo, un autre chevalier de Pluto. Il était assis à une table occupé à lire un livre qui, selon les illustrations, semblait traiter de la caverne des glaces.
Le capitaine des chevaliers de Pluto s'approcha du soldat qui était plongé dans ses lectures et s'adressa à lui en chuchotant.
Puis-je savoir ce que vous faites, soldat?
Laudo releva brusquement la tête tout en étant offusqué d'être dérangé durant sa lecture. Lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait de son capitaine, il ferma brusquement son livre dans un grand claquement. Steiner remarqua alors le livre qui se trouvait en dessous du premier. Il semblait traiter des invokeurs et des chimères. Constatant que son supérieur avait remarqué ce deuxième bouquin, Laudo ferma également celui-ci.
Votre poste de garde est au deuxième étage et non pas dans la bibliothèque d'Alexandrie! Dit Steiner en haussant le ton.
Capitaine… Commença Laudo. Je suis devenu militaire, mais… je préfère passer ma journée avec les livres… J'adore la fantaisie! Je voudrais quitter les Plutos, capitaine! Dit-il en se mettant au garde-à-vous.
Ça va pas non? Tu viens à peine d'y entrer! Arrête de te plaindre et va chercher la princesse! Ordonna Steiner sur un ton guttural.
Alors qu'un érudit lança un shhhhhhh pour faire comprendre au capitaine qu'il parlait trop fort, Laudo se dirigea vers la sortie avec un air piteux tout en laissant couler quelques larmes sur ses joues roses. Ce chevalier était le plus créatif de tous.
Le premier étage était, tout comme le deuxième, complètement vide. Steiner était désespéré. Où pouvait bien se trouver la princesse? Et qu'en était-il des trois derniers chevaliers de Pluto qu'il n'a toujours pas pu retrouver? Il prit donc la décision d'aller continuer ses recherches à l'extérieur.
Dehors, le temps était frais et la pelouse dégageait l'odeur d'un gazon fraichement coupé. Tout était paisible et aucun bruit que pouvait engendrer la présence de la pièce de théâtre ne pouvait se faire entendre. Celle-ci étant située de l'autre côté du château. Tout à coup, Steiner put entendre l'assistance qui lança un grand rire guttural. La pièce de théâtre était un vrai succès cette année. Il se rappela alors ce que la reine lui avait dit : « Je la veux ici avant la fin de la pièce. Suis-je suffisamment claire? ». Le spectacle devait bientôt se conclure et la princesse n'était toujours pas en voie d'être retrouvée. Si elle n'était pas bientôt de retour sur son trône dans la loge royale, Beatrix et ses troupes se moqueraient encore d'eux. Steiner entendit alors quelqu'un chanter près de lui. Il tourna la tête et aperçut l'un de ses soldats qui était assis sur le quai. Il avait les pieds dans le fleuve d'Alexandrie et ses bottes étaient sur le sol à côté de lui. Il chantonnait quelques notes tout en regardant son reflet dans l'eau.
Le chevalier de Pluto remarqua alors son capitaine qui venait de débarquer à ses côtés et qui le regardait d'un air interrogateur.
Regarder les reflets de l'eau détend tout mon esprit… Je fais le vide… Vous venez vous asseoir avec moi, capitaine?
Mais ce n'est pas le moment! Ordre de Sa Majesté! Nous devons chercher la princesse!
Haagen se releva d'un bond en éclaboussant Steiner. Les pieds trempés, il sauta dans ses bottes.
Quoi! Mais ça demande une action immédiate! Soyez sans crainte princesse, Haagen est de la partie, ne craignez rien, j'arrive!
Haagen était le plus rêveur de tous.
Sous ordre de son capitaine, le soldat se précipita en direction de la tour Est du château qui se trouvait à leur gauche. Steiner, quant à lui, se décida de fouiller la tour Ouest. Sur le chemin de dalles marbrées qui menait à celle-ci, le capitaine croisa un chevalier de Pluto qui discutait avec une Amazone. Le jeune homme tenait la main de son interlocutrice.
Je n'en peux plus d'être ici… Écoute, si nous partions tous les deux pour la ville de Tréno! Là, nous y serions bien! Je t'aime Barbara!
Steiner espérait avoir mal entendu. Il déposa la main sur l'épaule du chevalier et le poussa contre le mur. Il reconnut immédiatement Weimar.
Raaah! Oublie ça immédiatement, espèce de lâche! Retrouve la princesse immédiatement! Je vais t'apprendre moi ce que c'est qu'être fidèle à Sa Majesté!
Le jeune chevalier tourna la tête vers l'amazone. Il était très déçu. Par contre, la jeune femme semblait plutôt soulagée. Il regarda de nouveau son capitaine et acquiesça d'un signe de tête.
Va chercher dans les sous-sols du château, je m'occupe de cette tour! Annonça Steiner en pointant la tour Ouest.
Weimar partit en courant vers le hall d'entrée du château. Il était le plus romantique de tous.
Après avoir donné ses ordres à Weimar, Steiner continua sa course vers la tour. Alors qu'il y pénétrait enfin, il passa devant une multitude de tonneaux aux couleurs d'Alexandrie. Ceux-ci avaient une hauteur d'environ deux mètres chacun et étaient estampés d'un symbole représentant une étoile à huit pointes entourée d'un cercle vert forêt. Le capitaine se demandait bien ce qu'ils pouvaient bien contenir.
Alors qu'il eut fouillé la totalité du premier étage de la tour sans trouver âme qui vive, Steiner prit la décision de grimper les escaliers en colimaçons de la tour Ouest. Son ascension était très pénible et lui permit de se rendre compte qu'il pourrait améliorer sa forme physique. Après cinq minutes d'escalade, il rattrapa le dernier de ses chevaliers. Il s'agissait de Breireicht. Celui-ci était complètement essouflé.
Ah! Capitaine Steiner! Vous aussi vous allez là-haut pour garder la forme? Demanda le chevalier de Pluto.
Non, non et NON! Je cherche la princesse et vous devriez en faire de même, soldat! Elle ne serait pas là-haut par hasard?
Breireicht lui dit qu'il l'ignorait complètement. À son âge, il était difficile de faire beaucoup d'exercice, donc il n'était pas encore parvenu au sommet. Pour une personne de vingt ans, Breireicht était le plus fainéant de tous.
En laissant le soldat derrière lui, Steiner continua son ascension interminable de la tour. Alors qu'il croyait n'avoir plus la force de franchir une marche de plus, il se rendit compte qu'il avait atteint le sommet. Il mit le pied à l'extérieur et ressentit des rafales de vent lui fouetter le visage. Il se trouvait à une altitude plutôt impressionnante. En regardant autour de lui, il put facilement se rendre compte qu'il était seul sur le balcon. Pas la moindre trace de la princesse. Sous ses pieds, il pouvait apercevoir l'aérothéâtre en entier ainsi que la totalité de l'assistance. Il remarqua également que, sur les tours Est et Ouest, se trouvaient plusieurs guirlandes rattachées au sommet du navire. Celles-ci avaient spécialement été installées pour les festivités de la soirée. Il était pareillement possible d'apercevoir, bien plus bas, la loge royale où se trouvait la reine. Elle semblait toujours en émerveillement devant le spectacle. Son éventail s'agitait à une vitesse ahurissante.
Alors qu'il prit la décision de redescendre pour continuer ses recherches, Steiner crut entendre le rire d'une jeune fille. Il se retourna brusquement et remarqua deux individus qui couraient l'un après l'autre au sommet de la tour Est. En s'aiguisant la vue afin d'apercevoir de qui il s'agissait, il reconnut la princesse habillée de sa tunique blanche. Derrière elle courait un jeune garçon blond qui avait une queue de singe lui sortant des pantalons. Pourquoi la princesse était-elle poursuivie par cet individu? Steiner n'eut pas à réfléchir bien longtemps. Ce brigand voulait l'emmener loin du château.
PRINCESSE! Je viens à votre secours! Cria le capitaine des chevaliers de Pluto.
La jeune fille, du haut de la tour Est, s'arrêta soudainement de courir et mit pieds sur la rambarde haute d'un demi-mètre. Elle se releva et regarda le garçon qui, lui, était resté sur le balcon. Steiner ne pouvait croire que la princesse d'Alexandrie fasse quelque chose d'aussi dangereux. S'il advenait qu'elle tombe du garde-fou, ce serait un véritable désastre.
Un instant plus tard, les pires craintes du chevalier se révélèrent bien réelles. Steiner eut un haut-le-cœur lorsque la princesse, du haut de la rambarde, se laissa littéralement basculer à la renverse pour se retrouver en chute libre vers le public qui assistait au spectacle. Le capitaine, par réflexe, se précipita dans la direction de la jeune fille pour se cogner brutalement contre le garde-fou de sa propre tour. Tout en se demandant pourquoi Haagen n'était pas encore rendu au sommet de la tour Est, une grande vague d'étincelle aveugla Steiner alors que son plastron s'écrasait violemment contre les pierres de la rambarde. Il n'y avait rien à faire, la princesse Garnet allait mourir en s'écrasant littéralement dans le public. Le capitaine Steiner avait failli à sa mission.
