CHAPITRE VI

UNE FINALE INNATTENDUE

Tous les spectateurs étaient pendus aux lèvres des protagonistes qui leur présentaient un spectacle des plus fabuleux. Rien de ce qui se passait à l'intérieur des murs du Prima Vista n'avait été remarqué par la foule. En somme, la mission de Marcus avait fonctionné à merveille. Baku, incarnant le personnage du roi Léo se trouvait actuellement en avant-scène.

- C'est aujourd'hui qu'on marie ma fille Cornélia au prince Shneider. Ainsi, le prince deviendra mon vassal et le royaume de Sathoune sera à moi! Ah! Ah! Ah! Ah!

Alors qu'il lançait un rire exagérément puissant et idiot, le roi Léo se fit interrompre par deux de ses gardes qui venaient de monter sur scène. Les frères Nero, Benero et Senero, deux membres des Tantalus jouaient le rôle des deux gardes. Ils possédaient un corps humanoïde, un visage canin dissimulé sous un masque de cuir puis finalement deux grandes pinces métalliques en guise de mains.

- Mon roi, dirent-ils. Nous avons appréhendé un intrus!

Effectivement, chacun d'eux tenait un bras de Marcus. Le roi Léo, à la vue du brigand, fit naître un sourire malsain.

- Oh, mais qui voilà? Ne serait-ce pas Marcus? À ces mots, il releva la tête du jeune homme pour mieux lui examiner le visage. Le jeune homme lui envoyait un regard des plus haineux. Mais... mais serais-tu donc toujours amoureux de Cornélia? (Un second regard empli de mépris) Bah, quand bien même Cornélia serait-elle toujours amoureuse de toi... elle n'épouserait jamais quelqu'un de ton espèce!

Marcus tenta de se débattre pour échapper aux deux gardes qui raffermirent leur emprise. Voyant qu'il ne pouvait rien faire pour se libérer, Marcus cracha aux pieds du roi Léo.

- Quand les cloches auront sonné par trois fois... je te ferai disparaître... à jamais! lança le roi en tournant le dos au brigand.

À ces mots, on entendit une cloche résonner derrière les coulisses.

Zidane avait réussi à emmener la princesse avec lui suffisamment loin des o'glops pour qu'elle n'ait plus à se protéger le visage. Tout en regardant derrière lui pour apercevoir le capitaine des chevaliers de Pluto qui tentait de sortir de cette vague d'o'glops, il prit la main de la jeune fille et l'emmena au fond de la salle. Ils entendaient Baku réciter une nouvelle réplique au dessus de leurs têtes, ceci signifiait donc qu'ils se trouvaient actuellement sous la scène. Zidane chercha un endroit pour fuir, mais en vain. Ce n'était pas à son habitude de venir dans la salle des machines. Habituellement, en cas de problème mécanique, c'était Cinna qui s'en occupait.

- Nous... Nous ne pouvons pas aller plus loin... Qu'allons-nous faire? Demanda Garnet en cherchant elle aussi un moyen de sortir de là.

- Je le sais pas... c'est... c'est ennuyeux...

La salle dans laquelle ils se trouvaient avait une grande superficie et il y avait beaucoup de machineries autour d'eux. C'est pour cela que le garçon blond ne parvint pas à trouver une issue pour s'enfuir. Ils étaient dans une impasse. Alors qu'il se mit à courir dans tous les sens pour trouver un outil leur permettant de se défendre efficacement face au capitaine Steiner, Cinna fit irruption dans la pièce. Il fut le premier à parvenir à sortir de la pièce pleine de batraciens. Le garçon grassouillet remarqua alors la présence de Zidane et de la princesse.

- Vite Zidane! Prenez la Numéro 2!

Zidane ne comprit pas immédiatement ce que Cinna venait de lui dire. C'est après quelques secondes de réflexion qu'il comprit. Il semblerait bien que la pièce de théâtre allait connaître une finale quelque peu différente de ce à quoi ils avaient anticipé. Dans la salle se trouvaient quatre plates-formes mobiles qui permettaient de monter directement sur la scène. Zidane tira la princesse avec lui sur la deuxième à partir de la droite. Au même instant, ils se mirent à monter vers la scène.

Au même instant, le garçon remarqua le capitaine Steiner faire irruption à son tour dans la pièce en bousculant Cinna sur son passage. Sans se poser la moindre question, le capitaine vint se positionner sur la plate-forme Numéro 3. La finale du spectacle allait s'avérer des plus insolites...

Derrière les coulisses, la cloche sonna pour une seconde fois. Le roi Léo, faisant les cent pas devant un Marcus encore pris au piège par Senero et Benero, clama haut et fort : « Encore un coup! ». À ces mots, il sortit l'épée de son fourreau et attendit l'autre coup de cloche.

Soudainement, il entendit un bruit provenant du côté Jardin de la scène. Dans l'incrédulité la plus totale, le roi Léo se retourna et découvrit Zidane, un sourire moqueur aux lèvres, qui tenait fermement dans ses bras une jeune fille vêtue d'une tunique blanche. Il reconnut sans hésitation l'intendante au trône d'Alexandrie, Garnet Til Alexandros.

- Prin... Princesse? Lança-t-il dans l'incompréhension la plus totale.

- Faites comme si de rien n'était! Chuchota Zidane aux autres acteurs.

Baku, Marcus et les frères Nero se lancèrent un regard de panique. Les choses n'allaient pas comme ils l'avaient prévu. Il leur faudrait improviser avec Zidane et la princesse sur les planches, ce qui pourrait s'avérer être beaucoup plus difficile. Par chance, la princesse portait une tunique qui ne révélait pas nécessairement son identité, donc personne de l'auditoire ne pouvait la reconnaître... pour l'instant.

Cependant, les acteurs ne furent pas au bout de leur peine. Quelques secondes après l'arrivée du duo, le capitaine des chevaliers de Pluto, Adelbert Steiner, fit son entrée en scène. Les protagonistes firent une moue de découragement. Comment les choses avaient-elles pu tourner au désastre de manière aussi subite?

Le capitaine ne comprit pas immédiatement où il se trouvait. Une fois la plate-forme Numéro 3 arrêtée sur scène, il vit devant lui une gigantesque foule le fixer. On aurait dit que toutes ces personnes attendaient quelque chose de lui... un peu comme s'ils voulaient qu'il dise quelque chose.

Tiens, où... où je suis là?

Tous les acteurs comprirent immédiatement que, pour que le spectacle puisse continuer convenablement, il ne faudrait pas demander à cet homme de démontrer quelconque talent de théâtre. C'est pourquoi c'est la princesse que Marcus décida d'interpeller en premier. Il se libéra brutalement des deux gardes qui le retenaient et lança d'un ton théâtral : « Cornélia! »

La princesse ne comprit pas tout de suite quel personnage elle était censée incarner.

- Vous êtes la princesse Cornélia, et lui, c'est Marcus votre amant. Lui chuchota Zidane à l'oreille.

Elle assimila enfin l'information. Au même instant, la jeune femme se laissa tomber dans les bras du gaillard lui faisant face.

- Marcus! Je désespérais de te revoir! Je... je ne veux plus te quitter! Je t'en pris, emmène-moi où bon te semblera!

- Bravo, impeccable princesse! Chuchota Zidane.

- J'ai toujours aimé le théâtre! Répondit-elle, toujours emmitouflée dans les bras de Marcus.

Zidane fit alors quelques pas vers l'avant-scène. Il remarqua Steiner qui faisait toujours face à l'auditoire, la bouche grande ouverte, l'air béat. Il leva les bras et lança une nouvelle réplique.

- Roi Léo! Acceptez leur amour!

- JAMAIS! Lança le roi Léo. Il fit quelques pas en s'éloignant du couple qui se réconfortait mutuellement. Ma fille! Tu ne veux plus le quitter? Jamais je ne t'y autoriserai! JAMAIS! Tu épouseras le prince Schneider, que tu le veuilles ou non! N'est-ce pas prince?

Steiner ne comprit pas pourquoi cet homme l'interpellait.

- Pardonnez-moi, que venez-vous de dire?

- C'est vous qui épouserez ma fille! Annonça le roi Léo à l'adresse de Steiner. À ces mots, il pointa la princesse du doigt.

- Qui? Moi? Moi et la princesse? Le capitaine des chevaliers de Pluto ne comprenait plus rien. Qui était cet homme qui venait de lui annoncer un soi-disant mariage futur avec la princesse?

Il semblait bien que ce chevalier était beaucoup trop idiot pour pouvoir faire du théâtre. Baku n'arrivait pas à croire qu'il n'avait toujours pas compris où il se trouvait. Croyait-il vraiment que ce qui se déroulait était la réalité? Il faudrait plutôt le laisser là et ne pas attendre de réponse de sa part. Il se tourna vers Benero et Senero qui incarnaient ses gardes.

- Tuez ces brigands! Cria-t-il en pointant Marcus et Zidane.

Le garçon au bandeau lâcha la princesse et fit face au garde qui venait se lancer vers lui. Dans une grande synchronicité, les deux jeunes hommes assénèrent un coup de poing dans le ventre de chacun des gardes.

- Ils sont trop forts! Cria Senero.

- Fuyons! Cria Benero.

Voyant la vitesse à laquelle les deux garçons avaient fait fuir les deux gardes du roi, la foule se mit à s'esclaffer de plus belle. L'expression qu'a pu faire Baku après cette défaite fut également des plus amusantes. Suite à l'hilarité générale de la foule, le roi Léo prit la parole.

- Cornélia... Rentre avec moi au château! À ces mots, il empoigna la main de Garnet.

- Jamais! Je ne veux pas! Dit-elle en se libérant de l'emprise de son père.

- CORNÉLIA! Cela suffit, ne me contrarie pas! Si je veux ce mariage, c'est pour toi... Comprends-le...

Dans un élan de colère, Marcus sortit alors son épée. Il la pointa vers le roi qui tentait de convaincre sa jeune fille.

- Roi Léo, c'en est trop! Je ne te laisserai pas faire! Revoilà le temps des impôts! En mémoire de mes parents et pour Cornélia. TU VAS GOÛTER À MA LAME! C'est alors que Marcus tenta d'embrocher l'homme qui lui faisait face.

- NON!

La princesse s'élança sur la lame de Marcus et encaissa l'attaque destinée à son propre père. Ce fut son ultime souffrance pour protéger la vie du roi. Garnet tint la lame entre sa poitrine et son bras gauche pour qu'ainsi l'auditoire ne puisse y voir que du feu. Au même instant, Marcus simula une terrible détresse. Il recula de quelques pas en remuant la tête de gauche à droite. La tension se faisait sentir dans la foule. Gardant toujours son arme dans sa main, Marcus vit la princesse s'écrouler sur le sol. Elle était tout de même bonne actrice.

- Marcus... pardonne-moi... mais cet homme est toujours mon père...

- CORNÉLIA! Cria alors le roi Léo en s'agenouillant près des dépouilles de sa jeune fille.

- NON! Princesse! Cria alors Steiner s'agenouillant à son tour.

- Père, pardonnez mon égoïsme... et pardonnez à Marcus... Dit alors la jeune fille, haletante. Sa respiration fut de plus en plus faible pour que finalement, on n'entende plus le moindre souffle de vie.

- C'est impossible! Je n'entendrai donc plus la voix de Cornélia? Fit Marcus en titubant. Je... je ne caresserai plus sa peau si douce? Ma vie n'a plus aucun sens! À ces mots, Marcus retourna son épée contre lui et simula de se planter la lame dans la poitrine. Il tomba sur la scène à son tour.

On entendait les pleurs des spectateurs dans la cour du château d'Alexandrie. Presque la totalité de l'auditoire fut touchée par cette scène. L'improvisation des Tantalus s'était donc bien déroulée. Il n'y avait pas eu d'anicroches et personne ne se doutait de l'enlèvement de la princesse d'Alexandrie. Seul le capitaine Steiner savait qu'ils tentaient de l'enlever, mais il était sur les planches avec eux et croyait ridiculement que la princesse Garnet était véritablement décédée...

La reine, du haut de son balcon, pleurait à chaude larme. Elle s'essuyait les yeux rougis par ses pleurs pour ensuite se moucher dans un mouchoir en dentelle. Le spectacle de cette année était de plus en plus splendide. Elle tourna alors la tête vers l'auditoire pour voir à quel point le peuple appréciait le spectacle. C'est alors qu'elle remarqua deux individus ayant dépassé les barrières devant la scène. Ils étaient littéralement debout devant les spectateurs. L'un avait l'air de n'être qu'un rat et l'autre portait un chapeau pointu.

- C'est vraiment beau! Dit Puck.

- Oui... Répondit Vivi en laissant couler quelques larmes.

- Tu sais, on est chanceux d'avoir pu se frayer un chemin jusqu'ici, on voit vraiment bien!

Alors que le souriceau se disait qu'il serait bientôt temps de déguerpir, il remarqua à sa gauche deux gardes qui venaient de les pointer du doigt.

- Hé... Je crois qu'il est temps de filer!

À ces mots, Puck se mit à s'enfuir à toute jambe en courant devant les spectateurs. Vivi, pris de surprise à son tour, suivit le souriceau à une vitesse ahurissante. Les deux gardes, Weimar et Haagen, couraient de plus belle. Il leur fallait intercepter ces malotrus qui troublaient l'ordre public. C'est alors qu'ils remarquèrent que leurs deux cibles se séparèrent. Le souriceau s'était élancé dans l'auditoire et le garçon au visage noir était monté... sur... sur scène...

Pour s'en sortir, Vivi avait l'intention de rester avec son nouveau compagnon, mais lorsqu'il remarqua qu'il s'était enfui dans la mêlée de la foule, il ne parvint pas à suivre la cadence. Il lui fallut donc emprunter une autre voie afin de se débarrasser de ses poursuivants. Sans ralentir sa course, il se rendit compte que de petits escaliers menaient directement sur la scène. Sans prendre le temps de réfléchir, il les emprunta pour finalement se retrouver parmi tous les acteurs du spectacle. Les deux gardes n'allaient tout de même pas le poursuivre jusqu'à cet endroit.

À son grand étonnement, Vivi aperçut les deux chevaliers de Pluto qui montaient sur la scène à leur tour. Le garçon bondit par-dessus le corps de la princesse qui feignait toujours d'être morte pour ensuite se cacher derrière Marcus.

- Hé! Qu'est-ce que tu fais petit? Demanda le gaillard en constatant le petit garçon qui tremblait comme une feuille derrière lui.

Les deux gardes s'arrêtèrent alors devant la jeune fille. Ils défièrent du regard le petit garçon au visage noir complètement effrayé. Ils étaient séparés par la princesse Garnet, toujours étendue sur le sol. Vivi, dans une grande panique, s'approcha tranquillement des chevaliers et leva ses mains gantées dans leur direction.

- Venez pas! Leur cria-t-il.

Au même instant, ses gants se mirent à briller d'une lumière incroyable ainsi qu'à dégager une chaleur importante. Tout le monde regardait ce qui se passait sous leurs yeux. Les mains de Vivi se mirent à briller à une telle intensité que Zidane, se trouvant aux côtés du garçon, n'arriva plus à garder les yeux ouverts. Soudainement, une boule de feu de la grosseur d'un melon apparut entre ses deux mains. Sans la moindre hésitation, Vivi la propulsa vers les deux chevaliers. Weimar et Haagen reçurent violemment les flammes directement au visage pour ensuite s'écrouler sur le sol. Le collet de leurs vêtements sous leur plastron venait de prendre feu. Pris de panique, chacun d'eux se mit à rouler sur les planches et à lancer des cris de souffrance.

Vivi baissa les bras en laissant échapper un long soupir. Après avoir déposé un genou au sol, il attendit de reprendre quelque peu ses esprits. Cette attaque lui avait demandé beaucoup de force physique et on pouvait entendre sa respiration saccadée.

- ELLE EST EN FEU! Cria soudainement Zidane qui venait de remarquer la base de la tunique blanche de Garnet. Celle-ci avait été touchée par la boule de feu que le garçon venait d'envoyer.

Entendant cela, la jeune fille, paniquée, se releva à une vitesse ahurissante, déchira son vêtement pour ensuite le lancer sur le gravier à la base de la scène. Sous sa tunique, la princesse était vêtue d'un chandail blanc très serré aux manches longues bouffies et d'un pantalon orangé très moulant qui était attaché jusqu'à ses épaules par deux bretelles. Cette nouvelle tenue accentua considérablement les courbes de la jeune fille, ce que Zidane put constater plutôt rapidement.

Cet incident vint donc tout détruire la prestation des Tantalus. Cela faisait un bon moment que Baku cherchait l'instant idéal pour s'enfuir avec la princesse. Il ne suffisait plus qu'à s'envoler avec le Prima Vista et tout serait joué, puisque la princesse était à présent sur le navire. Cet incident fit donc comprendre à la foule que les choses ne se déroulaient plus comme prévu et qu'à présent, la princesse avait dévoilé son identité. Ce n'était donc plus qu'une question de minute avant que les autres chevaliers de Pluto ne débarquent sur le navire.

- Zidane, il est temps! Les Tantalus se retirent! Dit Baku en lançant sa couronne sur les planches de la scène.

Le garçon fit un signe de tête à son chef et annonça leur départ à la princesse. Elle acquiesça et décida de suivre Zidane en direction des coulisses alors que l'auditoire commençait à lancer des cris de mécontentement.

- Mais... mais qu'est-ce qui se passe? Je ne comprends plus rien! Dit finalement Steiner.

Zidane et la princesse Garnet stoppèrent aussitôt le pas. La jeune fille se retourna vers le capitaine des chevaliers de Pluto et lui ordonna d'arrêter de la suivre. Il fallut quelques secondes au chevalier pour assimiler l'ordre qu'il venait de recevoir. Cela allait complètement à l'encontre au serment qu'il avait fait à la Couronne, il se devait de protéger l'intendante au trône. Cependant, il avait également juré de suivre les ordres que lui donneraient les membres de la famille royale...

Steiner regarda alors les deux chevaliers de Pluto qui venaient de se relever, Weimar et Haagen. Ils avaient le collet de leur chandail bien fumant et le visage noirci. Il fallait leur donner des directives. Steiner se tourna de nouveau vers la princesse Garnet.

- C'est impossible! Je ne peux pas!

- Ce que vous pouvez être obstiné parfois! Lança la princesse en se sentant fulminer. Capitaine Steiner, laissez tomber! Nous nous en allons!

À ces mots, Zidane prit la main de la jeune fille et se dirigea de nouveau vers les coulisses. C'est alors qu'il remarqua que Marcus était penché sur le petit bonhomme au chapeau pointu. Il ne semblait pas bien aller. Lâchant alors la main de la princesse, il courut à l'autre extrémité de la scène jusqu'au petit garçon. La jeune fille le suivit.

- Eh, petit! Ça va? T'as rien?

- Oui oui, ça va... Je suis juste un peu assommé... Répondit Vivi en tentant de se relever de peine et de misère.

- Très bien! Fais attention à toi! Au fait, comment tu t'appelles?

- Hum... Vivi...

- Eh bien Vivi, tu es vraiment puissant pour un si petit garçon! C'est étonnant ce que t'as pu faire à ces chevaliers.

Alors que Zidane aidait le petit Vivi à se relever, Steiner remarqua la jeune princesse qui était seule à les regarder. Les cris de mécontentement de l'auditoire, toujours bien présents, n'étaient plus audibles pour personne sur la scène. Derrière lui, Steiner remarqua Weimar et Haagen qui attendaient toujours leurs ordres.

- Princesse, désolé, mais je ne peux vous laisser partir ainsi! Weimar! Haagen! Attrapez-la!

Sans hésitation, les deux chevaliers se ruèrent donc sur la jeune fille qui fut prise de panique. Voyant cela, Zidane laissa Vivi pour bondir devant la princesse. Défiant tout d'abord Weimar, Zidane envoya un fulgurant coup de poing directement sur son plastron. Sa main droite ressentit soudainement une grande onde de choc. Quant à Weimar, il recula de quelques pas, mais, en quelques secondes, redonna aussitôt la charge sans pour autant penser à sortir son arme. Il envoya un coup de poing au visage du jeune homme qui fut esquivé sans difficulté. Ayant perdu l'équilibre suite à son attaque ratée, le Pluto était entièrement ouvert au niveau du plastron, ce que Zidane constata rapidement. Tenant toujours sa main droite endolorie, le garçon fracassa de nouveau le plastron de Weimar en lui envoyant un fulgurant coup de pied. Le chevalier se fit projeter sur les planches de la scène, la respiration difficile. Il était vaincu.

Sans avoir le temps de souffler, Zidane remarqua le deuxième chevalier de Pluto à sa gauche, il venait de sortir son arme du fourreau. Ils se défièrent du regard quelques secondes pendant que le garçon dégainait ses deux dagues.

- À toi l'offensive! Annonça Zidane à l'adresse de son adversaire.

Haagen se précipita donc sur Zidane et lui envoya un coup d'épée vertical directement vers la tête. Le jeune homme, croisant ses deux dagues en forme de X, parvint à bloquer la première attaque. Cependant, celle-ci fut d'une telle puissance que le jeune homme dut déposer son genou droit sur le sol pour ne pas perdre l'équilibre. Haagen avait l'avantage.

Horrifiée de voir ce combat se dérouler devant ses yeux, la princesse détestait l'idée que des gens doivent se battre pour elle. Elle sentit alors deux mains se déposer sur ses épaules. Lorsqu'elle se retourna, elle vit le visage de Marcus. Celui-ci l'emmena à faire dos au combat et lui dit de rester auprès de Vivi. Elle remarqua que le gaillard avait la main sur le pommeau de son épée.

- Rassurez-vous, tout ira bien princesse! Lui dit-il.

Zidane et Haagen étaient toujours en train de croiser les fers et s'échangeaient les coups à une vitesse ahurissante. On pouvait entendre les armes des deux protagonistes s'entrechoquer violemment. Zidane était parvenu à se relever et à présent les deux camps semblaient aussi fort l'un que l'autre.

- Est-ce qu'on m'oublie?

Au même instant, Haagen se fit soulever de terre pour terminer sa chute en se fracassant la tête sur le sol. Derrière lui se trouvait Marcus, tenant une épée à la main, arborant un grand sourire triomphant.

- C'est incroyable comment ces gardes n'ont pas le moindre équilibre! Un petit coup dans les jambes et ils se retrouvent à terre.

Steiner regarda désespérément Weimar et Haagen venir vers lui en rampant à ses pieds. Ce spectacle faisait pitié à voir. Ils n'arrivaient pas à se relever, Weimar ayant une blessure trop importante à la poitrine et Haagen à la tête.

- Capitaine... Ils sont trop forts...

- Cessez de pleurnicher! Rendez-vous utiles et quittez les lieux! Je vais m'occuper de ces brigands! Cria Steiner à ses deux chevaliers pendant qu'il sortait déjà son épée de son fourreau dorsal.

Le capitaine remarquait que les deux garçons qui lui faisaient face étaient en train de s'esclaffer. Étaient-ils en train de se moquer des compétences d'un chevalier de Pluto au combat? Cette rigolade n'allait certainement plus durer bien longtemps. C'est alors que Steiner s'élança sur les deux garçons. Sa première attaque fut en direction de Marcus. Zidane, pris au dépourvu, n'eut pas le temps de faire la moindre offensive contre le chevalier à la vue de son compagnon qui avait bloqué l'épée de son adversaire par pur réflexe.

Steiner se retourna immédiatement pour tenter d'attaquer Zidane dans les jambes. Celui-ci parvint à sauter par dessus l'arme et à tenter une première attaque sur son adversaire. Steiner parvint à éviter les deux dagues puis à bloquer l'épée de Marcus qui l'attaquait à son tour. Après quelques échanges, Steiner parvint à faire quelques mouvements latéraux pour ainsi mieux contrôler le combat en faisant face à ses deux adversaires. Quant à Garnet et Vivi, ils restaient de l'autre côté de la scène à regarder amèrement ces échanges de coups d'épée.

Derrière les coulisses, à l'intérieur du Prima Vista, se trouvait le chef de Tantalus qui se préparait au décollage. Baku venait de terminer toutes les vérifications nécessaires pour démarrer les moteurs. Il ne fallait qu'attendre Cinna et Blank qui s'occupaient respectivement des stabilisateurs de l'aérothéâtre et de l'activation de la salle des machines.

- Les stabilisateurs sont fonctionnels, paré au décollaze! Cria Cinna en débarquant dans la salle de contrôle. Il était à bout de souffle

- Excellent!

Il ne restait plus qu'à attendre Blank. Ce ne devrait plus être très long. Cinna demeura aux côtés de son chef tout en attendant l'arrivée du Tantalus. Il fallait faire vite, les chevaliers d'Alexandrie allaient bientôt débarquer. Ruby fit alors son apparition dans la pièce en demandant ce qui se passait à présent.

- On se prépare au décollage! Ruby, voudrais-tu aller sur la scène à l'extérieur pour voir si tout le monde est entré à l'intérieur?

- Y' a pas de problème chef! J'y vais! Lui dit-elle en s'élançant dans un des couloirs adjacents.

Baku se disait qu'il fallait absolument s'assurer que tout le monde soit à l'intérieur, les secousses lors des décollages du Prima Vista étaient d'une extrême violence. Il fallait éviter que quiconque ne tombe du navire lors du décollage.

- Tout est paré de mon côté! Cria alors Blank qui venait de débarquer par l'ouverture à leur droite.

- Très bien! Préparez-vous au décollage! Annonça finalement Baku en se retournant vers le panneau de contrôle de l'aérothéâtre.

Marcus, Zidane et Steiner étaient toujours en train de croiser les fers. Les deux Tantalus savaient pertinemment que, malgré son grand entraînement au combat à la garde royale, leur adversaire allait bientôt faiblir. Une fois affaibli, il leur serait très simple de s'en débarrasser une bonne fois pour toutes. C'est alors que le navire se mit à remuer de manière très brusque. Tout le monde sur la scène tomba alors à la renverse.

En regardant furtivement au ciel, Zidane parvint à apercevoir les hélices du Prima Vista commencer à tournoyer. C'était l'heure du départ. Il se releva tant de peine que de misère pendant que le navire vrombissait de plus belle. Devant lui se trouvait Steiner qui parvenait à se relever également.

- Je... Je ne vous laisserai pas partir avec la princesse! Lança-t-il en se ruant sur Zidane.

Alors que le navire s'élevait tranquillement, les deux protagonistes reprirent leur combat. Le sol sur lequel ils se trouvaient remuait sans cesse et il leur fallut toute leur concentration pour seulement parvenir à demeurer sur leurs pieds. De la scène, on pouvait apercevoir le public dans la cour du château d'Alexandrie crier et lancer des objets sur l'aérothéâtre qui s'élevait toujours de plus en plus haut.

Lorsqu'ils furent à plus d'une vingtaine de mètres d'altitude, la princesse, tassée sur le sol aux côtés de Vivi, parvint à apercevoir sa mère sur son balcon royal. Elle remarqua qu'à ses côtés se trouvaient ses deux bouffons, Pile et Face. La grosse reine se mit à fulminer et fit signe aux chevaliers à sa gauche et à sa droite de lancer une attaque aérienne.

- Mère, NON! Cria-t-elle en espérant se faire entendre malgré le vacarme des moteurs du navire.

Évidemment, la princesse ne se fit pas entendre et aperçut de chaque côté du balcon quatre canons enchaînés. Au loin, sa mère lança un grand cri et tous firent feu. Au même instant, Garnet aperçut Zidane tomber à quelques mètres d'elle. Ses deux dagues rebondirent toutes près d'eux. Il était impensable que Steiner et Zidane soient encore en train de combattre alors que la simple idée de tenter de rester sur ses pieds était une pure folie.

Zidane, qui tentait de rejoindre ses armes en rampant, remarqua Garnet qui tentait de lui crier quelque chose. Il n'arrivait cependant pas à entendre la moindre parole. Il tourna alors la tête et aperçut Steiner, devant lui, qui était prêt à en finir avec lui en levant son épée au dessus de sa tête. Tout à coup, derrière la tête du chevalier, à quelques mètres de lui, passa un énorme boulet rattaché à une chaîne qui s'écrasa contre les parois du navire.

L'impact fut d'une telle puissance que le capitaine des chevaliers de Pluto s'écrasa contre le sol en recevant sans cesse plusieurs morceaux de bois des parois de l'aérothéâtre. Les sept autres boulets avaient également atteint leurs cibles. C'est alors que les chaînes rattachant les boulets et les canons d'Alexandrie se tendirent et empêchèrent le Prima Vista de se mouvoir d'un sens comme de l'autre. Le navire se stoppa alors brusquement et perdit son cap.

De grandes secousses se firent alors sentir. Le Prima Vista était en train de détruire plusieurs toits de maisons. Les chaines étaient d'une telle puissance que l'aérothéâtre était en train de faire un arc circulaire par rapport au château. Résultat, une grande proportion des commerces et des demeures se firent détruire par la coque du navire. Zidane apercevait toutes les personnes qui admiraient le spectacle à partir des toits il y a quelques minutes, s'élancer en bas de ceux-ci. On pouvait entendre de grands cris de terreurs et de souffrance.

C'est alors que le garçon aperçut Ruby qui tentait d'avancer vers eux. Elle venait de sortir des coulisses.

- RUBY! QU'EST-CE QUE TU FAIS LÀ? Cria Zidane à s'en déchirer les cordes vocales. RENTRE À L'INTÉRIEUR!

La jeune fille ne l'entendait pas et avançait malgré tout dans sa direction avec la plus grande difficulté. Mais c'est alors que l'aérothéâtre frappa le clocher de l'église d'Alexandrie. Le choc fut d'une telle puissance que tout le monde fut projeté dans les airs. Garnet parvint à s'agripper à Vivi qui lui avait réussi à attraper un rideau des décors. Zidane retomba sur les planches de la scène à quelques centimètres du vide, Marcus se tenait à une planche brisée de la scène et Steiner, son armure étant d'un tel poids, ne s'était élevé que de quelques centimètres. Ruby, par contre, se vit rebondir à une telle hauteur en raison de sa petite carrure qu'elle se retrouva dans le vide, au dessus des toits d'Alexandrie, elle lança un cri déchirant tout en regardant Zidane d'un regard effrayé.

- RUBYYYYYY! Cria Zidane.

Celui-ci étira son bras en espérant qu'elle puisse l'attraper avant d'être hors de portée et de s'écraser chez les villageois. Malheureusement, le jeune homme vit son amie s'écraser sur le toit d'une auberge puis tomber dans la rue principale. Elle avait lancé de grands hurlements de douleurs qui furent difficiles à entendre par Zidane. Il se retourna alors sur le dos, faisant face au ciel et se mit à lancer de grands cris de colère. Il venait de perdre sa grande amie. Lui et Ruby furent tellement proches par le passé. Alors qu'il sentait une larme lui couler le long de la joue, un choc encore plus puissant que tous les autres renvoya de nouveau tout le monde dans les airs.

Il s'agissait d'une nouvelle attaque d'Alexandrie. Voyant que le navire continuait de tenter une fuite, la reine Brahne avait décidé de faire feu une seconde fois, mais cette fois, ce fut avec un canon différent. En effet, elle avait envoyé un boulet enflammé d'environ cinq mètres de diamètre directement sur la partie arrière de la coque, sous la scène.

Zidane atterrit aux côtés de Garnet et Vivi. Tout le monde commençait à être sonné. Toutes ces secousses et ces impacts les avaient tous exténués. Par contre, Zidane se refusait de laisser partir la princesse. Il venait de perdre Ruby, il n'était pas question que Garnet tombe dans le vide à son tour. Il l'entoura alors de son bras tout en se tenant le plus fort possible aux rideaux du décor. Il remarqua alors que les planches de la scène commençaient à prendre feu tout autour d'eux. Les flammes exhalaient de petits nuages de fumée.

- ON AVANCE! Cria alors Marcus. On s'est débarrassé des chaînes!

Effectivement, la dernière attaque fut d'une telle violence que la majorité des chaines les retenant s'étaient brisées et s'écrasaient maintenant sur le sol de la ville. La question était maintenant: allaient-ils parvenir à quitter la ville d'Alexandrie en un seul morceau?

Selon les calculs de Zidane, l'aérothéâtre allait bientôt parvenir à quitter la frontière de la ville. Une rivière était décelable sous le Prima Vista et les maisons se faisaient de plus en plus rares. Cependant, les flammes autour d'eux commençaient à prendre de plus en plus de territoire et s'en seraient bientôt fait des planches sur lesquelles ils se trouvaient. Au travers de la fumée qui devenait de plus en plus dense, le garçon remarqua que la princesse à ses côtés le regardait sans cesse avec un regard de panique. Il put lire dans ses yeux ce qu'elle voulait lui dire puisqu'il l'avait également remarqué... ils étaient en train de perdre de l'altitude...

Zidane sentit alors de la fumée lui pénétrer les narines et il se mit à tousser. L'aérothéâtre était en très mauvais état et il était évident qu'ils allaient s'écraser d'ici quelques minutes. Cependant, pour le jeune homme, il n'y avait qu'une seule chose qui importait et il s'agissait de la sécurité de la princesse. À cette pensée, il raffermit l'emprise qu'il avait sur elle, il n'était pas question qu'elle se fasse projeter dans le vide à une telle altitude.

À présent, devant eux s'étendait une grande forêt obscure. Ils venaient de passer au-dessus des dernières fermes de la ville. Derrière eux se trouvait une ville dévastée par la destruction qu'avait provoqué l'aérothéâtre en se répercutant sur les bâtiments. L'altitude diminuait de plus en plus et ils se dirigeaient droit vers des centaines d'arbres. L'impact s'avérerait extrêmement violent.

- PRINCESSE! TENEZ-VOUS BIEN! Cria Zidane à la jeune fille.

Ils sentirent alors quelques arbres fouetter ce qui restait de la coque du navire. Voilà, ils allaient s'écraser. Le navire perdait encore et toujours de l'altitude et Zidane remarqua, au travers des flammes aveuglantes et brulantes, le sommet de quelques conifères entourant le navire. Alors que de grandes secousses firent rebondir tout le monde de plus en plus, l'explosion se produisit. Malgré la promesse qu'il s'était faite, Zidane ne parvint pas à rester aux côtés de la princesse, car celle-ci se fit projeter hors du navire par l'onde de choc de l'explosion. Elle lança un grand cri alors que, lui fut également catapulté dans les airs, les vêtements enflammés, sans la moindre force. Son corps atterrit enfin sur un grand rocher telle une poupée de chiffon.

L'explosion du navire se fit apercevoir à des kilomètres à la ronde et plusieurs arbres et animaux furent carbonisés. À première vue, il était impossible de savoir si un humain aurait pu survivre à une telle tragédie.