CHAPITRE VII

LA FORÊT MAUDITE

La reine Brahne venait d'admirer la fabuleuse explosion qui s'était produite devant ses yeux. En effet, à quelques kilomètres du château d'Alexandrie, l'écrasement du Prima Vista fut aperçu par tous. L'éventail de l'énorme reine était à présent brisé en deux dans sa main droite, résultat d'un manque de contrôle d'une montée d'adrénaline pendant les attaques. L'explosion fut pour elle une merveilleuse lumière qui venait de lui offrir une seconde chance pour mettre la main sur sa fille.

- Cette enfant va... ah... dire que je la voyais encore comme une enfant! Je ne l'imaginais pas aussi téméraire... Pile!

À l'annonce de son nom, le bouffon bleu à la gauche de la reine fit quelques pas jusqu'aux côtés de sa Majesté.

- Face!

Le deuxième bouffon, de couleur rouge, s'avança pour se situer à la droite de son compagnon, tout près de la reine. Devant les trois individus, du haut du balcon royal, se présentait un spectacle de désolation. Un quartier de la ville était complètement en ruine. On pouvait apercevoir plusieurs commerces incendiés et la moitié des demeures des villageois complètement détruite. Il n'y avait plus aucune torche allumée au château ou dans la ville, c'était d'une grande tristesse. Les seuls bruits audibles étaient les cris et les pleurs des villageois qui tentaient de sauver ce qui restait de leurs bâtiments. Face à ce spectacle, la reine restait de glace. C'était le moindre de ses soucis actuellement. Elle se retourna vers les deux bouffons qu'elle venait d'interpeller.

- Ils sont opérationnels? Demanda-t-elle.

- Bien sûr, répondit Pile, arborant un grand sourire. Ils sont au mieux de leurs performances!

- La princesse Garnet sera morte en un rien de temps! Ajouta Face.

Entendant cela, la reine Brahne se retourna, furibonde. Elle défia le bouffon rouge du regard et celui-ci recula de quelques pas, complètement effrayé.

- Qui a parlé de la tuer? Je la veux vivante, ramenez là moi! c'est un ordre.

À ces mots, les deux petits individus sautillèrent en faisant de grands oui de la tête. Sans attendre, ils tournèrent les talons puis pénétrèrent dans les murs de château derrière le majestueux trône. De son côté, la reine Brahne se tourna également vers ce qu'elle voyait de la ville et toute sa souffrance. Les cris de douleurs étaient toujours bien présents dans la ville, plusieurs villageois devaient être blessés. Comment avait-elle pu se faire duper de cette manière?

La pierre sur laquelle Zidane était atterri était glaciale. Il ressentit sa joue droite s'engourdir et tout son corps devenir de plus en plus raide. Les flammes sur ses vêtements semblaient s'être éteintes. Il ne parvenait pas à bouger le moindre muscle, peu importe à quelle intensité il tentait de se relever... Était-il mort? Il ne lui semblait pas. Tous ces bruits autour de lui, les corbeaux, les grillons ou les arbres qui remuaient au rythme des coups de vent lui semblaient bien réels.

Je... je suis vivant...

Il ignorait depuis combien de temps il était couché sur ce rocher, mais, à force de faire des tentatives, Zidane parvenait tranquillement à remuer les jambes. Elles étaient endolories, probablement dues à cet atterrissage spectaculaire directement sur le roc. Il n'aurait pas été étonné de voir l'un de ses genoux complètement disloqué.

La... la princesse... où elle est?

La seule pensée de la jeune fille qui lui revenait de plus en plus en tête lui fournit une motivation supplémentaire pour parvenir enfin à se relever complètement. Lorsque ses jambes se déplièrent complètement en position debout, le garçon ressentit un certain étourdissement. Il devait trouver des repères pour réussir à se situer. Le rocher sur lequel il se trouvait avait une forme plus ou moins circulaire à un diamètre d'un peu plus de sept mètres. Entourant cette énorme pierre se trouvaient de grandes fougères aux pieds de longs troncs d'arbres. Sur l'un des conifères l'entourant, Zidane remarqua un corbeau noir comme la nuit qui le fixait sans cesse. Le garçon fixa l'oiseau, il avait trouvé son repère. Après quelques minutes à reprendre son équilibre, il remarqua, devant le rocher sur lequel il se trouvait, une petite colline. Il avança avec difficulté de quelques pas et dû s'arrêter de nouveau pour fixer le corbeau une seconde fois. C'est alors que, alors qu'il retrouvait tranquillement son équilibre, le garçon aperçut ses deux dagues non loin de là. Il tenta d'aller les ramasser et y parvint avec succès. Ça y était, il allait mieux, les choses tournaient beaucoup moins autour de lui. Rangeant les deux armes blanches à ses hanches, Zidane se rendit au sommet de la colline avoisinante au rocher sur lequel il se trouvait.

De l'autre côté de la colline se trouvait ce qui restait de l'aérothéâtre écrasé. On pouvait apercevoir quelques arbres qui prenaient toujours feu autour du navire. Les planches du spectacle et l'arrière du Prima Vista n'était plus qu'un souvenir, tout avait été brûlé. À première vue, personne ne semblait se trouver à l'extérieur de l'appareil... Zidane regarda avec difficulté cette scène horrible... il ignorait si ses amis étaient encore vivants...

À l'intérieur de l'épave, dans la salle de contrôle à moitié effondrée, se trouvait Baku qui était en train de se plaindre d'un grand mal de dos. Il tentait de s'étirer le plus possible pour qu'il y ait un craquement, mais rien à faire. À ses côtés se trouvait Cinna, toujours accoté en position assise sur le seul mur qui était encore debout. Tous les deux étaient sonnés.

- Aïe! Aïe! Aïe, se plaignait Baku en se tortillant. Il se tourna alors vers le jeune Tantalus grassouillet. Ça va Cinna? T'as rien?

- Moi ça va... mais le Prima Vista, c'est autre çose... Répondit le Tantalus en se remettant sur pieds.

Par chance, Baku, Cinna et Blank étaient parvenus à se sortir des attaques violentes majeures puisqu'ils se trouvaient directement au centre de l'appareil. Comme il s'agissait seulement de l'arrière du Prima Vista qui avait explosé, ils reçurent quelques secousses, mais rien de bien grave.

- Nous sommes tout de même chanceux de s'être écrasés dans cette forêt. Annonça Baku vers Cinna. Comme ça, aucun chevalier d'Alexandrie ne pourra nous retrouver! Et en plus... ça va être intéressant de voir comment on va s'en sortir cette fois-ci!

- Intéressant...? Euh cef... zusqu'à maintenant, personne n'est sorti de la forêt maudite vivant... On raconte qu'elle est bondée de bêtes féroces et de créatures redoutables dont on ignore l'orizine...

Effectivement, la forêt longeant la ville d'Alexandrie était redoutée par une multitude de gens. On racontait que tous les grands guerriers avaient péri dans les ténèbres de la forêt maudite. Tout ce qu'on pouvait entendre n'était que des rumeurs que des gens avaient entendu. À la simple idée de se remémorer tout ce qu'il avait entendu sur cette terrifiante forêt, Cinna se mettait à trembler comme une feuille d'arbre. Aussitôt, Blank débarqua dans la salle de contrôle du navire. Celui-ci, devant son chef, cogna son poing droit dans sa paume gauche.

- Chef! Ça brûle en bas! Ça flambe de tous les côtés, on s'en sort pas!

- Blank, j'ai pas le temps de m'occuper de ces petits détails! Réfléchissez deux minutes et éteignez-moi ça! Ordonna Baku. Et n'oubliez pas d'évacuer les blessés!

- À vos ordres! Lança Blank en cognant son poing de nouveau dans sa paume gauche.

Le garçon au bandeau tourna les talons et quitta la pièce en évitant quelques débris qui s'étaient effondrés. Maintenant qu'il savait que Blank s'occupait de maîtriser le feu, Baku pouvait se concentrer sur Cinna.

- Cinna, occupes-toi de sortir toute la marchandise! Les armes, les médicaments, la nourriture, bref tout ce qui peut être nécessaire à la survie! On pourrait jamais survivre dans la forêt si toute notre marchandise était calcinée! Et quand tu auras fini, il va falloir faire un périmètre de sécurité, c'est clair?

- Ze m'en occupe, cef!

Une demi-heure plus tard, à l'extérieur du Prima Vista, Cinna était toujours en train de sortir des objets utiles à leur survie. Il avait trouvé plusieurs aliments pour se nourrir et cherchait à présent des armes utiles pour se défendre. Il déposa une grande épée en fer à côté d'une arbalète qu'il avait trouvé un peu plus tôt. Pour tout emmener à l'extérieur, Cinna avait trouvé un endroit dans la coque qui avait été détruit lors de l'écrasement qui leur permettait de se trouver directement dans un couloir du Prima Vista. Voyant cela, Senero emmena également quelques blessés à l'extérieur par cette embrasure. Alors, qu'il venait de déposer le trompettiste de la fanfare qui avait une jambe brisée, Cinna vint l'accoster.

- Éteins vite ce feu! Ze pourrai zamais tout transporter tout seul! Les flammes me bloquent le cemin!

Comme s'il n'avait rien entendu, Senero fit quelques pas en direction de la forêt et semblait regarder entre les arbres au loin.

- Qu'est-ce que tu fais? Dépêces-toi, tout va brûler!

- On a cherché partout, répondit Senero. On trouve pas la princesse, j'te l'dis! Si ça se trouve, elle est passée sous le vaisseau, j'te l'dis...!

Horrifié, Cinna lui demanda tout simplement d'aller éteindre le feu qui commençait à prendre une grande expansion. Cette fois-ci, Senero s'exécuta.

Écraser une princesse qu'on vient d'enlever, c'est un coup à se faire pendre...

Le trompettiste, toujours allongé sur la terre, se mit à lancer un cri de douleur. Il fallait lui trouver de la médication sinon jamais il n'allait s'en sortir. C'est alors que Cinna entendit un bruissement à quelques mètres du navire. Il avança de quelques pas pour voir ce que c'était, tenant toujours fermement son marteau. Les arbres étaient si tassés qu'il n'y voyait rien du tout. Les bruissements étaient de plus en plus forts. Soudainement, Zidane apparut d'entre les troncs d'arbres, lui faisant un grand sourire.

- Est-ce que je t'aurais fait peur? Lança le garçon blond d'un ton moqueur.

- Zidane, t'es vivant! Lança Cinna en donnant une tape dans le dos du jeune homme. J'arrive pas à y croire, t'as sauté du Prima Vista avant qu'on s'écrase?

- J'ai pas sauté, j'ai été projeté au moment de l'impact. Et les autres, ça va?

Cinna regarda à côté de lui le petit tas de nourriture qu'il était parvenu à sortir ainsi que les deux armes. À côté de tout ça se trouvait le trompettiste qui gémissait toujours et derrière lui se trouvait le navire qui était toujours victime des flammes.

- T'en fais pas pour nous! On a l'habitude des coups durs... Le seul problème maintenant, c'est qu'on trouve pas la princesse!

- QUOI? Elle est pas revenue vers le vaisseau?

Zidane se disait qu'elle se devait d'être vivante. Elle avait été projetée tout comme lui lorsqu'ils se sont écrasés. Où pouvait-elle bien être...?

Au même instant, beaucoup plus loin du Prima Vista, Vivi et Garnet couraient à en perdre haleine. Les fougères leur fouettaient le visage. Tout ce qui pouvait être audible était leur respiration difficile ainsi que les corbeaux qui les entouraient. Ils devaient tenter d'éviter toutes les racines sur le sol tout en courant le plus rapidement possible. Tous les deux regardaient sans cesse au-dessus de leur tête dans les feuillages. Ils étaient complètement effrayés.

À bout de souffle, le petit bonhomme et la princesse cessèrent leur course pour reprendre des forces. Tout en reprenant leur souffle, ils se retournèrent pour s'assurer qu'ils n'étaient plus suivis.

- Est-ce que... ça nous suit toujours? Demanda Vivi qui tremblait comme jamais.

La jeune fille ne répondit pas, elle ignorait la réponse. Essuyant son front rempli de sueur avec sa manche pleine de boue, elle déposa une main dans le dos du petit garçon. Elle lui fit comprendre que ce n'était peut-être pas une bonne idée de s'arrêter maintenant. Au même instant, un cri monstrueux se fit entendre du haut des arbres. Leur sang se figea dans leurs veines. Terrorisés, ils prirent leurs jambes à leur cou.

Les racines sur le sol étaient de plus en plus grosses et Vivi, qui était le plus petit des deux devait carrément sauter pour les éviter. Après quelques minutes de course effrénée, le garçon aperçut à leur gauche une créature à quatre pattes qui lançait de grands grognements. Mesurant plus de deux mètres, elle était d'un brun presque noir et avait de grands yeux jaunes. Par chance, elle ne remarqua pas leur passage étant donné le fait qu'elle était occupée à dévorer l'un de ses semblables. Cependant, la vue de cette horrible créature empêcha Vivi de remarquer la prochaine racine sur le sol et il s'y enfargea. Suite à un long vol plané, il s'écrasa finalement la figure dans une flaque d'eau brunâtre.

Le visage trempé, Vivi se releva avec beaucoup de peine. Il était à bout de souffle. Garnet vint le rejoindre à la course.

- Vous... vous allez bien? Demanda-t-elle.

- Il va... peuf! peuf!... il va revenir! Cria Vivi en ignorant complètement la jeune fille.

Au-dessus de leur tête, une entité apparut alors dans les feuillages des arbres. Vivi la remarqua aussitôt.

- ATTENTION! Lança Vivi au moment où il aperçut que ce qui les suivait se lançait directement sur la princesse.

L'idée de partir à la recherche de la princesse était pour Zidane d'une importance capitale. Il ne devait pas attendre, partir dans la minute. Il n'était pas question qu'il revienne au navire sans la princesse Garnet.

- Je vais aller la chercher. Elle ne doit pas être très loin... annonça Zidane au grassouillet.

Cinna ne parut pas bien étonné de la décision de son ami et lui souhaita bonne chance avant de retourner dans l'aérothéâtre pour mettre la main sur d'autres marchandises utiles.

Et voilà, Zidane était à présent seul avec la forêt maudite. Par où pouvait-il commencer? Il n'avait aucune idée dans quelle direction la jeune fille avait été propulsée lors de l'impact... Après une courte réflexion, le garçon se dirigea au hasard dans un tas de fougère. Dégainant ses deux dagues, il se mit à évoluer dans la forêt dans le plus grand silence. Sa présence ne devait pas être remarquée.

Le sol de la forêt était extrêmement rocailleux. À chaque pas, Zidane se cognait le pied sur un petit rocher ou sur une racine. Malgré le fait qu'il tranchait le plus de fougère sur son chemin, celles-ci le retenaient toujours de plus en plus dans sa progression. Cela faisait dix minutes qu'il avait quitté le Prima Vista et Zidane avait croisé à deux reprises trois bêtes qui étaient occupées à se battre entres elles. La créature la plus forte gagnait la chance de dévorer les deux autres. Elles semblaient être d'une brutalité hors du commun. Parfois, sans les voir, il pouvait entendre les morceaux de chairs se faire dépecer ainsi que les grognements des monstres qui habitaient la forêt.

Après une vingtaine de minutes, Zidane se retrouva dans une partie de la forêt où il y avait l'obscurité la plus totale. Les arbres étaient rapprochés à un tel point que la lumière de la lune n'arrivait pas à lui. C'est alors qu'il entendit des bruits de pas derrière lui. Ses dagues en mains, Zidane se retourna alors brusquement, prêt à attaquer la bête qui le suivait. Mais, à la vue du capitaine Steiner, le jeune homme baissa alors ses deux lames.

- Qu'est-ce que tu fais là toi? Demanda-t-il au capitaine.

- Mais, c'est ma mission de m'assurer de la sécurité de la princesse!

- Oh, mais crois-moi papi! Je m'en sortais très bien tout seul. T'es pas obligé de venir m'aider!

Au moment où le chevalier allait rétorquer quelque chose, Zidane lui fit un signe de se taire. Ce n'était pas le temps de se faire remarquer.

- Mais je vais parler si ça me tente! Jamais je ne laisserai la princesse seule avec un jeune adolescent arrogant et en manque de tendresse!

À ces mots, le garçon montra ses dagues au chevalier en lui disant de se taire. S'il le fallait, il lui ferait fermer son clapet par la force.

- Tu ne me fais pas peur avorton... Répondit Steiner. Cependant, il arrêta de parler à ce moment, lorsque le grognement d'une bête se fit entendre.

Les deux combattants cessèrent de respirer tout en tendant l'oreille. Le monstre était tout prêt. Il marchait à environ trois mètres d'eux dans un tas de fougère. On ne pouvait qu'entendre les cris des corbeaux, des hiboux ainsi que les pas de la bête qui résonnaient au plus profond de la poitrine de Zidane et Steiner. ils l'entendaient tourner autour d'eux, mais sans réellement les remarquer. Sans bouger, les deux hommes attendaient que la bête s'en aille.

Cinq minutes plus tard, le monstre avait marché suffisamment loin pour que Zidane et Steiner reprennent leur marche. Cette fois, ni l'un ni l'autre ne dit un mot. Ne sachant combien de temps ils avaient marché, le jeune homme aperçut au loin un arbre enflammé. Il fit signe au capitaine de le suivre et ils arrivèrent sur un énorme rocher. La lune leur illumina alors la scène qui leur fit face.

Devant eux se trouvait une énorme créature végétale entièrement formée d'écorce d'arbre. D'une hauteur de plus de deux mètres, ce monstre avait pour bras de longs tentacules capables d'atteindre la cime des arbres d'un seul coup. Zidane remarqua également qu'au-dessus de la tête du monstre était enfermée une jeune fille évanouie dans des centaines de branches vivantes. Ce ne fut pas bien difficile de remarquer la princesse Garnet dans ses vêtements orangés.

- Elle... elle a de gros problèmes... dit alors Vivi qui était couché sur le sol tout prêt des deux hommes.

Le jeune garçon tremblait comme une feuille morte. Il était complètement figé. Zidane s'agenouilla à ses côtés et lui tapota le dos.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça? Demanda Zidane en regardant le monstre qui leur faisait face.

Au même instant, le tentacule gauche de la bête s'élança sur le jeune homme et le garçon. Zidane eut tout juste le temps de pousser Vivi et de reculer pour éviter l'attaque. Ce tentacule bougeait à une vitesse incroyable! Au moment où il tombait sur le sol, le garçon à la queue de singe remarqua Steiner tenter de trancher le tentacule qui venait de l'attaquer, mais son épée manqua la cible et se cogna contre le roc. le chevalier laissa sortir un juron lorsque la vibration du choc se rendit dans ses bras.

Après s'être relevé, Zidane tint fermement ses deux dagues et se mit aux côtés de Steiner. La princesse était là, il fallait la libérer et détruire cet adversaire. Mais alors qu'il était prêt à s'élancer sur sa cible, Zidane la vit soulever ses deux tentacules pour déposer leurs extrémités sur la tête de la princesse.

Mais qu... qu'est-ce qu'il fait?

De la lumière apparut aussitôt sur la tête de la jeune fille. Alors que les tentacules vibraient, cette lumière se déplaça alors à l'intérieur de chacune d'elle pour se rendre tranquillement jusque dans la tête de la créature. La princesse venait de se faire aspirer de la force. Elle semblait déjà plus faible que quelques secondes auparavant.

Voyant cela, Zidane et Steiner s'élancèrent alors ensemble vers leur adversaire. En lançant des cris de rage, Zidane sauta sur celui-ci pour planter ses deux dagues dans l'écorce de la bête, mais son saut se fit interrompre par une pression sur son cou qui le souleva dans les airs. Le tentacule gauche du monstre venait de le prendre à la gorge et le soulevait de terre. Il s'agissait d'un sentiment horrible, le jeune homme n'avait plus la force de crier et la respiration lui était impossible dans cette position. Il se sentit alors se faire tirer vers la gauche et son crâne se cogna alors durement sur le tronc d'un grand chêne. Il se fit ensuite fracasser sur le sol de pierre puis soulever de nouveau dans les airs par le tentacule qui ne lâcha jamais son emprise. Du sang commençait à perler sur son visage. C'est alors que le jeune homme remarqua le chevalier qui se trouvait dans une situation tout à fait similaire à la sienne. Lui également avait lâché son arme et tentait de retirer le tentacule qui le tenait par la gorge à environ trois mètres du sol.

Commençant à manquer de souffle, Zidane regarda la jeune fille toujours évanouie dans les branches au-dessus de la tête du monstre et ensuite Vivi qui pleurait derrière un arbre. À cet instant, le monstre décida de fracasser les deux combattants l'un sur l'autre. Zidane reçut donc brutalement le casque de chevalerie du capitaine sur le front et perdit aussitôt conscience.

Les deux tentacules lâchèrent ensuite leur prise et les deux corps s'écrasèrent sur le rocher glacial. Tentant de reprendre son souffle, Steiner se releva de peine et de misère. Il remarqua alors l'inconscience de Zidane et comprit que l'issu du combat reposait maintenant sur ses épaules. Il regarda le monstre puis le corps inconscient de la princesse qui était évanouie dans ses branches vivantes.

- Princesse... je suis là...

Alors que son cou lui faisait encore une douleur incroyable, le capitaine se fit renverser violemment par l'un des deux tentacules du monstre et se retrouva sans avoir eu le temps de s'en rendre compte, la tête écrasée contre un tronc d'arbre. Celui-ci fit quelques pas à reculons et retomba sur le dos, complètement sonné. Le monstre était d'une force incroyable.

Tout en tentant de se relever pour la deuxième fois, il vit alors son épée qui reposait aux pieds du petit Vivi. C'était le temps ou jamais. Après avoir lancé un dernier regard à son adversaire végétal, le capitaine tenta de courir vers son arme qui devait se trouver à deux mètres de lui. Il avait une difficulté incroyable à seulement avancer en ligne droite et ce n'était plus qu'une question de seconde avant qu'il ne reçoive une nouvelle charge tentaculaire.

Comme il s'y attendait, au moment où sa main se referma sur le pommeau de son épée de chevalerie, Steiner se fit prendre par le pied pour se faire soulever dans les airs. Cette fois, par contre, il n'avait pas l'intention de laisser tomber son arme, peu importe à quelle violence il pourra se faire envoyer contre les troncs d'arbres. Sans attendre, il se mit à marteler avec son épée le tentacule qui le retenait dans les airs. Il dut s'arrêter un instant lorsque son casque se fracassa contre un grand arbre, mais ne se laissa par arrêter pour autant. C'est après quelques secondes que le tentacule se rompit enfin. Un grand cri se fit entendre jusque dans le cœur de la forêt. Le monstre souffrait énormément.

Steiner, quant à lui, tomba lourdement sur le rocher. À la grande souffrance du capitaine, son genou droit avait encaissé entièrement l'impact. Dans une grande peine, il tenta de se relever, mais peine perdue, la douleur était beaucoup trop intense. Incapable de se relever, il défia du regard son adversaire qui remuait de douleur due à son amputation, un liquide noir sortait du tentacule sectionné. Il était pourtant évident que le combat était perdu pour Steiner. Il était à présent dans l'incapacité de se battre et son adversaire avait toujours son autre tentacule prêt à attaquer.

Comme il s'y attendait, après une minute de cris de douleurs, le monstre se ressaisit et relança l'attaque avec son tentacule gauche cette fois-ci. À ce moment, tout se passa très vite. Le tentacule qui allait l'attraper prit soudainement feu et recula brutalement sans avoir touché au capitaine. Le cri qui s'en suivit était au moins trois fois supérieur au précédent. Se bouchant le mieux possible les oreilles, Steiner admira le monstre qui souffrait de plus bel. C'est alors qu'il aperçut Vivi, à côté de lui, une sorte de bâton pointé vers leur adversaire. C'était lui qui avait envoyé une boule de feu directement sur le tentacule. Ce petit bonhomme semblait avoir plus de force qu'il n'y paraissait. Le feu commençait tranquillement à atteindre le corps principal du monstre végétal.

Mais... la princesse... elle va brûler aussi!

Alors que le capitaine et le petit garçon regardaient le spectacle malheureux, le monstre se mit à avancer. Il se rapprochait dangereusement d'eux.

- Allez-vous-en! Allez vous mettre en sécurité! Dit alors Steiner au petit garçon.

Mais Vivi ne fit rien. Il était beaucoup trop effrayé par ce monstre enflammé qui se rapprochait dangereusement d'eux. Rendu à plus d'un mètre d'eux, le monstre cracha alors un gaz nauséabond d'une couleur verdâtre. Les deux combattants le reçurent directement au visage. En sentant l'horrible odeur dégagée, Vivi tomba sur les genoux aux côtés de Steiner. Avant de perdre connaissance, ils eurent tout juste le temps de voir le monstre qui n'était plus en proie des flammes s'enfuir dans le feuillage des arbres.