Chapitre 4
J'avais eu l'occasion de traverser Forks, quelques jours auparavant. Et là, en pénétrant dans Darrington, j'eus une étrange d'impression. Forks m'avait déjà semblé petite, avec ses 3120 habitants. Mais là, il y en avait à peine 1500 ! De plus, c'était vraiment une ville perdue au milieu de nulle part. D'ailleurs, la route n'allait pas plus loin ! Toutefois, le paysage était absolument magnifique. Des montagnes encerclaient la ville, des rivières serpentaient sur leurs versants, la forêt recouvrait tous les alentours. Cela promettait de belles parties de chasse. En outre, le ciel était nuageux à souhait. Emmett m'avait dit que c'était presque une constante, dans le coin. Au moins, je pouvais commencer sereinement mon intégration à cette famille si différente.
Enfin, quand je disais sereinement, c'était avant d'arriver devant notre nouvelle maison. Oh ! Ce n'était pas elle qui posait un problème, non, loin de là. Elle était tout simplement charmante, cachée à l'abri des regards, bien à l'écart de la dernière maison de Darrington. Il fallait la chercher pour la trouver, ce qui était aussi bien. D'immenses arbres étaient plantés dans le jardin, tellement nombreux que, même avec un superbe soleil, l'ombre devait régner partout dans le jardin. Ses murs en pierre apparente lui donnaient un charme fou, et ses grandes baies vitrées nous invitaient à entrer. Tout respirait le calme.
Je voyais les voitures garées dans une dépendance, près de la maison. Mais ce que je remarquai surtout, c'était Rosalie, assise sur le capot de sa BMW. Elle avait l'air de nous attendre depuis un bon moment… Mon frère roula lentement vers le garage.
- On dirai que tu es attendu, lui susurrai-je, taquine.
- Ça en a tout l'air…
Il avait à peine coupé le moteur que, déjà, sa femme se tenait à côté de ma portière.
- Alors ? commença-t-elle, une réelle impatience dans la voix.
- Ben… Ecoute, je suis désolé… Je sais que nous aurions dû être là plus tôt…
- De quoi tu parles ? l'interrompit Rosalie.
- De notre retard et du fait que tu nous attendes pour ranger tes affaires, expliqua Emmett.
- Tu me prends vraiment pour une autre, fit la belle, d'un ton de reproche. Moi, je parle de votre partie de chasse !
- Ah…
- Alors, comment c'était, me demanda-t-elle.
- Pas mal, répondis-je, ne parvenant pas à dissimuler mon sourire. Il nous a trouvé trois magnifiques daims tous maigres, avec un goût fade. Bon, il a relevé un peu le niveau avec une bataille de boules de neige.
- Bien. Je m'inquiétais un peu, je dois bien l'avouer.
- Pourquoi ? voulus-je savoir. J'étais avec Emmett, il ne pouvait rien arriver.
- Je sais, mais… Voilà, vous êtes les premiers à chasser ici. Et Emmett était tout seul avec toi… Oh, je sais que tu ne lui ferai aucun mal. Mais, on ne sait jamais… Si des humains étaient près de vous…
- Je vois. Ne t'inquiètes pas, il a fait bien attention avant de donner le départ, l'assurai-je, comprenant son angoisse. Et puis, je ne suis pas un nouveau-né ! S'il y avait eu des humains, je me serai arrêtée et Emmett m'aurait ramenée.
- Je n'ai pas cessé de me le répéter, mais avec ce qui s'est passé quand Jasper a changé d'alimentation…
- Je comprends.
- Et si nous allions voir cette maison d'un peu plus près ? intervint Emmett.
En descendant de la jeep, je vis Alice et Jasper qui s'approchaient. La jeune fille était tout sourire, sautillante et joyeuse. L'image même de l'adolescente insouciante.
- Ils sont là ! Ils sont là ! s'écria Alice, s'arrêtant pile devant moi. Allez Rachel ! Viens choisir ta chambre !
- Tu es toujours aussi débordante d'enthousiasme ? demandai-je, la connaissant moins bien que les autres membres de la famille.
- On n'a pas de temps à perdre, m'assura-telle. Et il y a tant à faire…
- Tu m'expliques ?
- Elle a appris que c'est Rosalie qui te prêtait des affaires, m'informa Jasper, volant à ma rescousse. C'est tout simplement intolérable pour Alice.
- On va faire du shopping ! Rien que toi, moi et Rose !
- Bonne chance, murmura Jasper.
- On y va ! claironna Alice.
- Attends deux secondes ! intervint Emmett. Laisse quand même à Rachel le temps de voir sa chambre.
- Je m'en occupe, poursuivit la jeune fille brune.
Avant que je n'ai eu le temps d'en placer une, Alice m'entraîna dans la maison. Enfin, plutôt la villa, vu la place qu'il y avait. En passant la porte, nous entrions directement dans un immense salon. D'accord, puisqu'il n'y avait aucun meuble, il paraissait immense, mais j'étais persuadée que, lorsque Esmée aurait fini de l'agrémenter, il me semblerait toujours très grand. De plus, la baie vitrée lui donnait encore plus de profondeur. A côté, la cuisine paraissait presque petite, bien que je savais que nous pourrions tous y dîner sans problème, si nous en avions l'utilité. J'adorais les murs en pierre apparente. Cela donnait un aspect réconfortant et accueillant. Sur la gauche du salon, il y avait une grande pièce lumineuse. Mais avant que je n'ai pu y jeter un coup d'œil, le petit tourbillon qui m'accompagnait me faisait déjà escalader les escaliers. Nous arrivâmes au premier étage.
- Nous laissons la partie droite pour Carlisle et Esmée, m'informa Alice, avant de s'arrêter enfin dans un couloir. Voilà, il y a trois grandes chambres.
- Tu crois vraiment que je vais prendre celle-là ? lui demandai-je en ouvrant la porte à ma droite.
- Tu choisi celle que tu veux, fit-elle, conciliante. C'est juste la première que je te montre.
- Alice, ce n'est pas une chambre, c'est un appartement ! m'exclamai-je, stupéfaite en découvrant une pièce de 30m2. Les autres sont du même acabit ?
- Oui.
- Alors, celle-là conviendra.
- Très bien, déclara-t-elle, avant d'ouvrir une porte située dans la pièce. Tu as une salle de bain privée. Il faudra juste faire un dressing, et ce serait parfait.
- Tu sais, une armoire suffit, affirmai-je, dans une tentative de limiter l'enthousiasme d'Alice.
Le regard qu'elle me jeta me fit aussitôt renoncer. Emmett et Jasper me l'avaient dit : entre Alice et Rosalie, j'allais avoir du mal à leur faire comprendre que je n'avais pas besoin d'un magasin d'habits à ma disposition. Dire que jusqu'à présent, je voyageais avec uniquement un sac à dos ! J'allais devoir faire preuve de patience, d'énormément de patience même… Déjà que cela n'avait pas été facile tous les jours avec Rosalie, alors si elles s'y mettaient à deux maintenant !
- Les garçons vont monter les affaires, continua Alice, imperturbable. Nous, nous y allons.
- Attends un peu ! Où sont Carlisle et Esmée ?
- Ils… ils avaient des courses à faire, répondit la jeune fille, me regardant étrangement. Beaucoup de courses qui ne pouvaient guère attendre. Et puis, Carlisle doit passer à l'hôpital du coin, histoire de travailler un peu. Ne t'en fait, ils seront là à notre retour.
Curieusement, j'avais l'impression qu'elle me cachait quelque chose. Ah, si j'avais le même don qu'Edward… Au moins, j'aurai été fixée. Cela me paraissaitt étrange que Carlisle et Esmée soient partis, laissant « les enfants » seuls pour leur installation. D'un autre côté, c'était peut-être habituel. Après tout, je ne les connaissais que depuis quelques semaines. En redescendant l'escalier, nous croisâmes Jasper et Emmett chargés comme des mulets. Pendant qu'Alice indiquait à Emmett où tout ranger, je pris Jasper à part.
- Jasper, je voudrai te demander quelque chose, fis-je, ne sachant pas trop comment aborder ce qui me trottait dans la tête.
- Vas-y, je t'en prie.
- Tout à l'heure, quand nous serons rentrées, pourrais-tu m'accorder quelques minutes ? Je voudrai qu'on puisse parler, juste tous les deux.
- Dès qu'on aura un moment, c'est d'accord.
- Merci.
- Ah ! Au fait, bon courage, ajouta-t-il, avec un clin d'œil complice.
- Pour ?
- Ce qui t'attends. Je devrai peut-être vous accompagner, d'ailleurs…
- Hors de question, intervint Alice. C'est une sortie entre filles. D'ailleurs, tout va très bien se passer et elle reviendra enchantée. Maintenant, nous ne devons plus traîner.
A une vitesse toute vampirique, nous regagnâmes les voitures. Alice s'installa au volant de sa Porsche et Rosalie prit sa BM. Ensemble, nous partîmes pour Seattle.
Bon, il n'y avait pas de quoi fouetter un chat, me répétai-je. Nous allions juste faire les boutiques, acheter quelques bricoles. Il y avait pire comme programme.
Si j'avais su ce qui m'attendait… Heureusement que je n'étais pas humaine, sinon elles m'auraient tuée. Pas physiquement, bien entendu, mais d'épuisement. Même moi je renonçai à comptabiliser le nombre de boutiques que nous avions faites. Et puis un jean par ici, et des tuniques par là, les mocassins, les bottes, les jupes, les pantalons… J'avais du mal à me rappeler tout ce que contenaient les paquets qui s'entassaient dans les voitures. Et pourtant, j'avais une bonne mémoire ! Je priai pour que la boutique que nous venions de quitter soit la dernière ! Mais j'aurai dû me douter que Dieu n'en avait rien à faire d'un vampire.
Insatiables, Alice et Rosalie entrèrent dans une énième boutique, alors que le soir commençait à tomber. Apparemment habituées, elles m'entrainèrent dans un salon réservé. Aussitôt, une vendeuse arriva.
- Bonjour mesdemoiselles. Puis-je vous aider ?
- Notre amie n'a plus rien à se mettre, expliqua Alice. Pouvons-nous voir les différentes collections ?
- Bien entendu. Je vous apporte cela de suite. Souhaitez-vus également des rafraîchissements ?
- Non merci.
Dès qu'elle fut sortie, j'interpellai Alice.
- Alors comme ça, je n'ai rien à me mettre. Et tout ce qui s'entasse dans la voiture de Rosalie, c'est quoi ? Pour donner aux pauvres ?
- C'est insuffisant, répliqua Alice.
- Tu trouves ?
- Tu verras, fit Rosalie. Rapidement, tu seras de notre avis.
- Si tu le dis, déclarai-je, sans conviction.
- Allez, renchérit Alice. C'est tellement amusant de créer toute une garde-robe. Et puis,a voue que nous avons bon goût.
- A partir du moment où tu laisses de côté les fanfreluches, la dentelle et que tu te limites sur la soie et le satin, ça va, admis-je, souriant malgré moi.
- Là-dessus, tu es comme Bella, reprit Rosalie. Que des affaires simples. Quoique, tu acceptes plus facilement qu'elle de montrer un peu ton corps. Les bustiers que nous avons trouvés tout à l'heure te vont à ravir.
La jeune vendeuse, revint, mettant fin momentanément à la conversation. Elle poussait deux grands portants, regorgeant d'affaires. Deux collègues la suivaient, poussant une quantité identique d'habits. Les jeunes filles nous laissèrent seules, non sans avoir précisé qu'elles se tenaient à notre entière disposition. Dès qu'elles furent sorties, Alice et Rosalie se précipitèrent vers les portants. Amusée, et sachant que de toute manière elles n'avaient pas besoin de mon aide, je demeurai assise sur un confortable fauteuil. En moins de dix minutes, elles avaient accroché un nombre impressionnant de vêtement sur les patères disposées sur les murs de la pièce.
- Voilà, je pense que c'est bon, déclara finalement Alice. Allez, à toi de jouer, Rachel.
- Pardon ? fis-je, sachant pertinemment ce qu'elle voulait dire.
- Les cabines d'essayage sont là, à t'attendre.
- Tu sais très bien que tout cela m'ira, rétorquai-je.
- Oui, mais je veux m'en rendre compte.
- Ben voyons.
Néanmoins, je me levai et me dirigeai vers les cabines. Rosalie me tendit une première tenue. Et le défilé commença. J'enchaînai les essayages. A chaque fois, Alice et Rosalie vérifiaient que les chaussures sélectionnées allaient avec les vêtements. Elles courraient chercher des bijoux, des chapeaux, des foulards. Elles s'amusaient follement, babillant incessamment, se comprenant à mi-mots. Je devais bien admettre que je ne m'ennuyais pas, appréciant même cette sortie. Mais j'avais du mal à imaginer que tous les achats étaient pour moi. Jamais je n'avais possédé autant d'affaires, en tout cas pas depuis que j'étais devenue vampire. Avant peut-être…Je ne me souvenais plus. Enfin, au bout d'une heure, j'enfilai la dernière tenue : une jupe longue évasée en jean et un bustier rouge vif.
- Il manque un je-ne-sais-quoi, fis Alice, pensive.
- J'ai une idée, déclara aussitôt Rosalie.
Rapidement, elle para mes bras de deux bracelets en forme de spirales. Elle se saisit d'un ruban rouge pour nouer mes cheveux en une queue haute.
- Voilà, maintenant c'est parfait, approuva Alice.
- Et fini, complétai-je.
- Tu es magnifique, Rachel. Te voilà à la hauteur des filles de la famille, poursuivit-elle. Tu ne pouvais décemment pas t'habiller avec des frusques de premier prix. Il faut être belle, dans la vie.
- Pourquoi ?
- En ce qui concerne Rose et moi, c'est évident : nous sommes mariées. Quant à toi, je t'informe que tu es la seule célibataire de la famille…
- Et puis ? m'enquis-je, me demandant où elle voulait en venir.
- Il faut être à son avantage pour ne pas le rester éternellement.
- Tu as vu quelque chose ? insistai-je, curieuse.
- Non, pas pour l'instant. Mais même si c'était le cas, je ne dirai rien.
- C'est agaçant de dire ça, Alice, renchéris-je. En tout cas, je me sens très bien ainsi. Je n'ai pas besoin d'un homme. Après tout, je n'ai que 17 ans.
- En tout cas, ce n'est parce qu'on est seul qu'il faut se laisser aller.
Rosalie appela la jeune vendeuse pour lui dire d'emballer toutes les affaires sélectionnées et de les porter à la caisse. Parvenue à celle-ci, je vis Alice dégainer littéralement sa carte de crédit et, sans sourciller, régler le montant exorbitant de cette boutique. Les garçons du magasin eurent du mal à tout faire entrer dans les voitures, mais ils y arrivèrent néanmoins. Nous prîmes alors le chemin de retour vers notre nouvelle maison.
Cependant, alors que nous n'étions plus qu'à une vingtaine de kilomètre, je perçus comme une boule se former dans ma gorge. En même temps, je sentis mon pouvoir s'éveiller.
- Alice, dis-je aussitôt. Arrête la voiture.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle, un soupçon d'inquiétude dans la voix, tut en obtempérant.
- J'ai besoin d'un moment de calme.
Elle se gara sur le bas côté. Rosalie, qui nous suivait en fit autant. Je descendis du véhicule et m'en éloignai de quelques pas.
- Que se passe-t-il ? s'enquit la belle blonde.
- Rachel a besoin de respirer un peu, répondit Alice.
- Ne vous en faîtes pas. Juste quelques minutes et ça ira mieux, leur certifiai-je.
- On t'a un peu surmenée, c'est ça ? reprit Rosalie.
- C'est juste que… Jusqu'à présent, j'ai vécu avec vous et… maintenant, avec tout ça, mon intégration devint plus… concrète. Personne n'avait encore fait pour moi ce que vous faites tous. Vous êtes tellement gentils et prévenants.
- Ce n'est pas tous les jours que la famille s'agrandit, répliqua Alice, en regardant sa montre avant de jeter un regard vers Rosalie.
Cette dernière hocha la tête, avant de reprendre la parole.
- Bon, moi je vous laisse. Souffle un bon coup, Rachel. Respire. Prends ton temps. Je pars les prévenir, histoire que personne ne s'inquiète.
En quelques secondes, elle avait redémarré et les feux arrières de sa voiture disparurent bien vite dans la nuit. Alice me regardait, avec son air perpétuellement heureux sur le visage.
- Tu vois, tout s'est bien passé. Que ce soit ta chasse ou les boutiques. Pas besoin de Jasper, finalement.
- Pour cette fois, tempérai-je.
- De quoi as-tu peur ? demanda-telle, soudain sérieuse.
- Je te dirai bien : de tout. Pendant des années, je me suis efforcée d'oublier mon don, de ne jamais l'utiliser. Maintenant, grâce à Carlisle, je le maîtrise à peu près. J'ai même osé jouer avec, tout à l'heure, avant qu'il ne m'échappe à nouveau. J'ai peur de ne pas être à la hauteur de ce que vous semblez attendre de moi. Peur de vous décevoir tous, en particuliers Carlisle et Emmett. Peur que vous ne me supportiez plus. Peur de la vie de famille. Peur de la sédentarité, de m'ennuyer. Peur de vous causer des problèmes. Peur de déraper.
- Je vois, fit-elle, regardant autour de moi.
Tout en parlant, je ne m'étais même pas aperçue que ma télékinésie agissait. Des brindilles flottaient à 1m au-dessus du sol, tandis que la voiture lévitait à 40cm de l'asphalte.
- Tu fais ce que tu veux des branchettes, mais tu essaies de reposer en douceur ma voiture.
- Bien sûr.
Me concentrant uniquement sur la superbe Porsche, je la déposai lentement sur le sol. Je ne prêtais aucune attention aux brindilles qui retombèrent pèle mêle.
- Désolée, Alice.
- De quoi ? La voiture n'a rien.
- Je ne me suis pas rendue compte que…
- Que rien, m'interrompit-elle. Ecoute, je comprends ce que tu ressens. Et je sais aussi que, avec tes facultés, il ne faut pas que tu gardes tes émotions pour toi. Tu dois les exprimer. Je me souviens du jour où Jaz' et moi avons rejoints les Cullen. J'avais eu tellement de visions les concernant que j'avais l'impression de les connaître. Je savais qu'ils se nourrissaient d'animaux, alors je m'alimentais déjà ainsi. Qu'est-ce qu'ils ont été surpris lorsque nous avons surgit des bois et avons frappé chez eux ! Jasper n'était vraiment pas à l'aise, cela ne faisait qu'un an qu'il avait cessé de tuer des humains. En plus, avec son don, il ressentait tout le stress, la stupéfaction et la surprise des Cullen. Il devait gérer les émotions de six personnes, en plus des siennes. Et je t'avoue que, avec mes visions, je n'avais peut-être pas facilité les choses. Je connaissais tellement de choses sur eux, alors que nous ne nous étions jamais vu. Heureusement, Edward a vite saisi la situation, avec ses facultés. Il voyait en moi et, à mesure que je parlais, il découvrait les visions que j'avais eues. Carlisle a eu beaucoup de cran, il a réagit très vite et positivement à notre arrivée. Jasper a été honnête et n'a pas caché les difficultés qu'il éprouvait à changer d'alimentation. Je leur ai dit aussi que pendant quelques années, je m'étais nourrie du sang humain. On a énormément bouleversé leur quotidien, surtout qu'Emmett était encore jeune. Enfin, façon de parler. Cela faisait quatorze ans qu'il était vampire, mais cela ne faisait guère longtemps qu'il avait cessé de faire des écarts de conduite. Enfin, tout ça pour te dire que je saisi ce que tu ressens. Il faut que tu te laisses un peu plus aller, que tu aies confiance en toi. Tu es une fille super, alors ne te renferme pas à causes de peurs qui n'ont pas lieues d'être. Ce que tu crains, ce n'est rien d'autre que ce que toute personne éprouve lorsque sa vie change brusquement. Alors, prends chaque jour l'un après l'autre et tu verras, tout ira bien.
- C'est ce que tu as vu ? ne pus-je m'empêcher de demander.
- Tu sais, mes visions ne sont pas fiables.
- Pourtant, c'est grâce à elles que tu as rencontré Jasper et que vous avez recherché les Cullen.
- Oui, mais ne prouvait que nous serions accepté. Le futur change en fonction des décisions que nous prenons, ou que d'autres prennent. Je savais que Bella deviendrait l'une des nôtres, mais Edward refusait cela. Il le refusait tellement que le futur a failli changer. Mais, même alors qu'il ne voulait que nous la transformions, mes visions ne changeaient pas. Elle aurait pu devenir vampire à cause de tant d'autres évènements ou à cause d'autres vampires. Le futur n'est pas destiné d'avance. Je ne voie que des possibilités.
- Tu as vu que notre partie de chasse se passerait bien, et ce fut le cas.
- Oui. Mais des humains auraient pu décider de s'arrêter au même endroit que vous et d'aller se promener. L'avenir aurait alors changé.
- Et tu nous aurais averti, complétai-je.
- Evidemment, répliqua-t-elle avec un magnifique sourire.
Pendant quelques instants, nous ne dîmes plus un mot. J'appréciais le calme de cet endroit, cela faisait du bien à mes nerfs. Les étoiles brillaient dans le ciel noir qu'aucun nuage ne dépareillait. Il faisait tellement noir qu'elles ressemblaient à des diamants répandus sur une toile sombre. La lune n'était qu'un mince croissant étincelant. Cette nuit me paraissait d'une beauté exceptionnelle. Sans doute parce que c'était la première que je passais en considérant les Cullen comme ma famille. Une famille qui ne me jugeait pas mais qui, au contraire, me soutenait dans mon désir de changement. Une famille qui m'accueillait à bras ouverts. J'étais suffisamment honnête envers moi-même pour reconnaître que depuis que je les connaissais, j'avais l'impression qu'un poids énorme était tombé de mes épaules. Alice avait raison. Il était ridicule de s'angoisser pour quelque chose qui n'arriverait peut-être jamais. Après tout, mes années d'errance avaient pris fin. Je n'avais plus à avoir peur du lendemain, à me demander si je n'allais pas croiser des vampires qui me tueraient.
Soudain, j'étais impatiente de les retrouver tous.
- Alice, tu me laisses conduire ? sollicitai-je avec un réel enthousiasme.
- Attrape, répondit-elle, me lançant les clés.
M'en saisissant, je ne fus pas longue avant de me couler derrière le volant. Le temps que je mette le contact, Alice se trouvait déjà à mes côtés. Quel plaisir de conduire cette voiture ! Plus encore que la BM de Rosalie ! La Porsche réagissait à la plus petite sollicitation, les vibrations que je sentais dans le volant et le siège étaient absolument délicieuses et cette vitesse…
En un rien de temps, nous parcourûmes la route perdue menant à la villa. J'adorais cela. Au moins, il n'y avait pas d'humains à proximité de nous. Nous n'aurions pas à nous cacher et nous pourrions être nous-mêmes, sans restriction.
