Bonsoir tout le monde.

Merci pour les messages, ça fait plaisir de vous lire.

Ceci est probablement le dernier chapitre avant qu'un chamboulement n'arrive.

Chapitre 6

Les jours suivants, nous nous installâmes véritablement. Carlisle avait été embauchée par l'hôpital de Darrington. Edward, Bella, Nessie et Jacob aménageaient leur petite maison, située beaucoup plus haut dans la montagne. Un lieu à l'écart, où personne ne se poserait de questions sur la croissance extra rapide de Nessie et où elle pourrait grandir en toute quiétude. Esmée était allée inscrire « les enfants » à l'école. Nous avions également parcouru ensemble la forêt alentour, afin de repérer les entiers les plus utilisés par les mortels et les endroits giboyeux.

Quant à nous, « les enfants », nous étions allés nous promener une fois en ville, et cela était amplement suffisant pour que nus la connaissions par cœur. Sur notre passage, nous sentions les regards s'attarder. D'accord, nous n'avions pas été hyper discrets, en prenant la jeep d'Emmett et la BMW de Rosalie. Mais nous avions fait l'effort de nous vêtir simplement… enfin, aussi simplement que nous le pouvions. Heureusement que les jeans et les pantalons de toile étaient au goût d'Alice, parce que sinon je ne sais pas ce que nous aurions mis. Au début, j'avais cru que les gens se retournaient sur nos voitures. Puis je m'étais rendue compte que c'était parce que nous étions étrangers. Et ce qui n'arrangeait pas l'intégration discrète, notre peau pâle et notre beauté nous différenciait irrémédiablement de la population moyenne locale. Je m'étais déjà promenée en ville avec Thomas et carole, mais cela n'avait rien à voir avec ce que je constatais présentement. D'abord parce que nous étions cinq. Ensuite parce que nous étions des adolescents. Lorsque nous nous assîmes sur les bancs, dans le parc public, je surpris plusieurs coups d'œil qui, sans être hostiles, n'étaient pas franchement sympathiques. Curieusement, les filles se rapprochaient des garçons qui les accompagnaient, comme pour nous faire comprendre qui était libre et qui ne l'était pas. Avaient-elles peur que nous leur piquions leurs copains ? C'était d'un risible !

Un groupe de sept adolescents se tenaient près de nous. Trois filles et quatre garçons. Je les regardai un bref instant. Côté banal, c'était gagné. Une fille rousse potelée avec d'innombrables tâches de rousseur portait un jean un peu trop serré, un pull informe blanc et une veste noire absolument quelconque. Les deux autres étaient blondes, mais leur chevelure paraissait terne à côté de celle de Rosalie. L'une était affublée d'une jupe à fleur (le modèle hippie par excellence) et sa veste bleue foncée laissait apparaître un sweet jaune. La dernière était vêtue d'une tenue de sport. Quant aux garçons, il y en avait un petit avec des cheveux bruns, jean, basket, veste kaki, l'air intello mais sans plus. Le second était de taille moyenne, mais son embonpoint le faisait paraître plus petit. Le troisième avait un semblant de classe, avec son pantalon noir, son blouson ajusté, ses cheveux noirs coupés court. Une des blondes s'accrochait à son bras d'une façon plus que possessive. Quant au dernier, il avait dû faire figure de « grand baraqué » avant l'arrivée d'Emmett. Etrangement, les filles nous lançaient des regards méfiants, presque hargneux, pendant que les garçons semblaient soudain frappés d'immobilisme. En voyant cela, un sourire se dessina sur chacun de nos visages.

C'était sûr qu'à côté, nous faisions tâche. Rose avait mis un jean moulant, avec des bottes par-dessus, une chemise beige cintrée et sa veste de cuir. Alice portait une superbe jupe à volant, un bustier et une veste courte noire. Jasper et Emmett avaient revêtus un pantalon de toile, blanc pour le premier et brun clair pour le second, un tee-shirt et des vestes qui faisaient à la fois chic et décontracté. Quant à moi, j'avais un jean légèrement évasée, des chaussures à talons (eh oui, finalement on s'habitue à tout !), un tee-shirt asymétrique et une veste longue qui balayait mes chevilles. Je ne portais pas de lunettes de soleil, car Alice m'avait prévenue que les humains ne feraient pas attention à un détail comme mes yeux rouges. Rosalie secoua négligemment sa magnifique chevelure avant de s'asseoir juste à côté d'Emmett. Celui-ci passa un bras autour des épaules de sa belle et l'attira contre lui. Alice se posa élégamment sur les genoux de Jasper qui posa ses mains sur la taille et une cuisse de sa dulcinée. Pour ma part, je pris place entre les deux couples, bien posée sur le dossier du banc. Autant rassurer de suite les ados du coin, nous n'étions pas cinq jeunes célibataires. Nous fîmes semblant de ne pas avoir remarqué les regards toujours posés sur nous et nous nous mîmes à discuter, comme si de rien n'était. En tout cas, j'étais fixée : il nous était impossible de passer inaperçus !

Grâce à notre ouïe de vampires, nous entendîmes les conversations reprendre autour de nous. Mais, bizarrement, elles semblaient avoir toutes le même thème. Je tendis une oreille un peu plus attentive aux sept ados.

- C'est qui ?

- J'en sais rien ! En tout cas, les nanas sont bien gaulées.

- Je m'approcherai pas trop. T'as vu comme ce gars est balèze ?

- Ce sont des étrangers.

- Vous avez vu comme ils sont pâles !

- Je me demande où ils ont acheté leurs fringues.

- Qu'est-ce qu'ils friment !

- Mate un peu leurs bagnoles.

- Eh ! Mais ce sont eux, les nouveaux !

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- J'ai vu cette voiture rouge, avec d'autres. Hier. Un vrai défilé de belles caisses ! Il y avait celle-là, plus une jaune et deux noire. Par contre, la jeep n'y était pas.

- Tu veux dire que c'est eux qui vont habiter la vieille maison de la forêt ?

- Il semblerait. En tout cas, les voitures allaient là-bas.

- Ça promet !

- Ils sont frères et sœurs, ou quoi ?

- T'as déjà pris ta sœur comme ça, sur les genoux ? Ils sortent ensemble.

- Sauf celle aux cheveux noirs.

- Elle ne va pas rester seule longtemps, crois-moi.

- Tu te prends pour le beau gosse du lycée, ma parole !

- De toute façon, si c'est vraiment les nouveaux, ils ne nous même pas salué.

- Ouais, ils nous snobent carrément !

- Ils doivent croire qu'ils sont trop bien pour nous.

- Sûr qu'ils en jettent, entre leurs caisses, leurs fringues et leurs physiques.

- T'es jaloux ?

- Tu crois qu'ils vont aller au même lycée que nous ?

- Personnellement, je n'en ai rien à faire.

- C'est que des frimeurs. Ils viennent parader devant nous, rien d'autre.

J'étais un peu surprise de l'attitude de ces jeunes. Rosalie s'en aperçue, car elle se tourna vers moi et me donna quelques explications.

- N'y prends pas garde, ces toujours ainsi quand nous arrivons quelque part.

- Je trouve qu'ils nous jugent quand même très vite, m'insurgeai-je.

- Dis-toi qu'ils sont juste jaloux et apeurés.

- Ben tiens.

- Ils nous envient notre argent et notre beauté, poursuivit Rose. Ils ont peur que nous leur piquions leurs copains ou leurs copines, ou que nous leur volions la vedette pour je ne sais quelle niaiserie de lycéen comme le bal de fin d'année. Certains redoutent de perdre leur popularité ou une place sociale qu'ils ont mis parfois des années à acquérir.

- C'est dur d'être un ado, plaisantai-je.

- Tu n'as pas idée, soupira-t-elle. Ils ne savent plus danser, s'intéressent à des trucs complètement débiles. Quand nous avions leur âge, nous en savions plus qu'en : nous savions nous tenir en société, danser correctement, parler de pleins de choses. Nous nous intéressions à ce qui nous entourait, et pas uniquement au prochain épisode d'une série qui aura disparu dans trois ans.

- Fais pas ta fille blasée, Rose, intervint Jasper. A leur âge, nous vivions une autre époque. Nous étions adultes, ou presque. Eux, ce sont des mômes.

- Et puis, ça fait du bien de ne pas se prendre continuellement au sérieux, de s'amuser, renchérit Emmett.

- Le jour où tu seras sérieux, il faudra vraiment qu'on s'inquiète, le taquina Alice.

- Rose, défends-moi, implora Emmett. Dis-leur qu'il y a des choses que je prends très au sérieux. Il n'y a que toi qui sache comme je suis un adulte lorsque nous sommes seuls.

- Eh oh ! Les amoureux, intervins-je. Vous gardez vos conversations impudiques pour vous. Je suis trop jeune pour entendre ça.

Nous éclatâmes de rire et, étrangement, cela parut presque saugrenu, tant les gens chuchotaient autour de nous. Jasper fut le premier à se calmer. Il me regarda avec insistance.

- Comment tu te sens ? demanda-t-il à voix basse, faisant taire immédiatement nos rires.

- Bien. Pourquoi ?

- Pas d'envie particulière de leur sauter dessus ? fit-il, sans prendre de gants.

- Non, pas pour l'instant.

- Jaz', elle est allée chasser hier avec Carlisle et Esmée, lui rappela Emmett. Et sa dernière victime humaine remonte à un mois environ. Tu sais bien qu'il faut un peu plus de temps avant que le manque ne se manifeste.

- Je n'y peux rien, reprit Jasper. Ses appréhensions et celles de toute la famille se transmettent à moi. Je préfère être direct plutôt que de devoir tenter de désamorcer en un instant une situation délicate.

- Je te remercie de ta sollicitude, dis-je, sincère. Mais pour le moment, il n'y a rien à signaler.

- J'aime quand tu es autant attentionné, déclara Alice, regardant son mari avec une lueur malicieuse.

- Attends un peu, et je montrerai ce que c'est, que d'être attentionné.

- Et voilà, c'est reparti ! remarquai-je, tout en souriant. Vous n'avez vraiment pas d'autres sujets de conversation ?

Une demi-heure plus tard, nous quittâmes le parc et retournâmes chez nous. Esmée nous attendait.

- Carlisle est parti au travail. Il rentrera bientôt, nous annonça-t-elle. Et cela, c'est pour vous.

Au milieu du salon trônaient quatre tas, composés chacun d'un sac, de livres et d'une petite feuille posée sur l'ensemble.

- Ce sont vos affaires d'école, précisa-t-elle. Vous avez vos emplois du temps. Pour les options, vous verrez cela demain.

- Demain ? releva aussitôt Emmett.

- Les vacances sont finies. Vous retournez à l'école.

- Trop bien, grommela mon frère.

- Et Rachel ? demanda Jasper.

- Je suis sincèrement navrée, répondit Esmée en se tournant vers moi. Tu commences à peine ton nouveau régime et ce serait vraiment trop risqué de passer ta journée enfermée avec des lycéens.

- Pas de problème, répliquai-je, désinvolte. De toute façon, Carlisle m'en avait déjà parlé. Mais, ça ne pose pas de soucis que je sois sortie aujourd'hui ?

- En aucune manière, me rassura-t-elle. Nous dirons simplement que tu as une santé fragile et qu'il est préférable que tu ne t'exposes pas de trop.

- Et Edward et Bella ? fit Emmett, apparemment curieux de savoir qui était de corvée d'école.

- Laisse-les tranquille, rétorqua notre « tante ». Ils ont une enfant à élever.

- Et le cabot ? s'enquit Rosalie, avec sa douceur habituelle quand il s'agissait de Jacob.

- Jacob voulait arrêter ses études, faute de moyens, mais Bella l'a convaincue de poursuivre, répondit Esmée. C'est elle et Edward qui s'occupent de ses frais de scolarité. Il va aller la faculté.

- Ils ne veulent pas l'avoir dans les jambes, surtout, renchérit Rosalie. Je les comprends.

- Allez, souriez ! s'exclama Alice. Nous sommes tous en première, cette fois.

- Quoi ? s'étrangla Emmett.

- Eh oui, déclara Esmée, souriant de façon toute maternelle. Nous avons pensé qu'il valait mieux faire en sorte que vos horaires coïncident, au vu des bouleversements familiaux.

- On va se retrouver chez les petits, se plaignit Emmett. Je vais mourir…

- Tu peux râler, c'est trop tard, l'informa Rosalie.

- Mais je n'ai pas la taille pour être en première, continua mon frère. Ils sont naïfs, mais pas à ce point.

- Emmett, reprit alors Esmée, d'un ton doux mais ferme. Tu sais parfaitement que vous faites plus jeunes que votre âge réel. Et pour ce qui est des détails, tu apprendras que tu as été scolarisé un an trop tard, d'où le fait que tu sois en première au lieu de la terminale. Pour Alice, rien à signaler. Quant à Rosalie et Jasper, puisque nous les avons adoptés, on a précisé que Rose a redoublé sa cinquième, suite à la mort de ses parents et parce qu'elle prenait soin de Jasper.

- On pourra un jour avoir notre mot dire pour nos études ? demanda encore Emmett, d'un ton plaintif.

- Carlisle et moi, nous savons trop de quoi vous êtes capables, de l'imagination que vous avez. Je crains que nous nous occupions encore longtemps de régler les grandes lignes de nos identités.

- Trop injuste ! bougonna Emmett.

- Attends que je te trouve une coquille, ne pus-je m'empêcher de dire, tout en retenant un rire.

- Une coquille ? Pourquoi ?

- Tu seras plus convaincant dans ton rôle de Caliméro. Parce que là, franchement, même moi je n'y crois pas une seconde !

- Puisque vous vous moquez tous de moi, je vais jouer à la console !

- Que disais-tu Rose déjà, sur l'immaturité des ados ? apostrophai-je ma belle-sœur.

Nous éclatâmes de rire pendant qu'Emmett, faisant semblant d'être vexé, allumait la télé et installait sa console. Ce furent sur ces entrefaites que Carlisle rentra. En un coup d'œil, il découvrit Emmett maugréant devant la télé, Esmée qui le regardait en secouant doucement la tête, et nous autres hilares.

- Puis-je savoir ce qu'il se passe ? demanda-t-il, un sourire se dessinant déjà sur ses lèvres.

- Rien de bien méchant, lui répondit Esmée, tout en le rejoignant. Ce n'est que ton neveu qui n'apprécie pas d'être en première.

- Oh oh ! J'espère que tu ne penses pas à sécher les cours, mon grand. Et que tes notes se maintiendront au beau fixe.

- Comme si c'était mon genre de laisser un ado boutonneux avoir de meilleurs résultats que moi, répliqua aussitôt mon frère.

- Et si nous nous amusions, ce soir ? proposa Alice.

- A quoi penses-tu ? s'enquit Rosalie.

- Il y a plein de jeux de société, on n'a qu'à choisir.

Et ce fut ainsi que passa la nuit. Le temps semblait filer, pendant que nous faisions des parties de poker, de jeux vidéo, des charades, etc. C'était, somme toute, une superbe nuit en famille. Nos rires retentissaient dans toute la maison. Jamais je n'avais connu une telle félicité. Bien trop vite à mon goût, l'aube vint. Paresseusement, le soleil se leva, parant de couleur l'est, étirant ses rayons aussi loin qu'il le pouvait. Ce fut comme un signal. Emmett, Rosalie, Alice et Jasper montèrent dans leur chambre, afin de se préparer. Carlisle et Esmée leur emboîtèrent le pas. Après avoir réfléchi un instant, je les imitai.

Parvenue à l'étage, j'entendis l'eau qui coulait dans les différentes salles de bain, les cris plaintifs d'Alice (disant qu'elle n'avait rien à se mettre), Rosalie intimant à Emmett de la laisser se laver tranquillement, le rire tendre d'Esmée. En inspirant profondément, je pénétrai dans ma chambre. Bon, il allait me falloir encore un peu de temps avant de me sentir maîtresse de ces lieux. Dire que depuis que nous étions arrivés, je n'avais encore rien changé de place dans ma chambre. Tout était exactement comme le premier soir.

Je gagnai prestement la salle de bain et me dévêtis en un tour de main. J'ouvris à fond le bouton d'eau chaude de la douche, et me laissai gagner par le bien-être. Comme c'était agréable de sentir la chaleur m'envelopper ! Je fronçai les sourcils en contemplant l'étagère qui me faisait face. Elle ne contenait pas moins de six gel douche, quatre shampoings, quatre masques pour cheveux, deux après-shampoings. Levant les yeux au ciel devant tant de produits, je tendis la main à l'aveuglette et saisi le premier gel douche. Vanille de Madagascar. Après m'être bien frictionnée, je piochai au hasard un shampoing et entrepris de laver ma chevelure. Je terminai le tout par l'après-shampoing. Je n'en voyais pas vraiment l'utilité, vu que mes cheveux, comme tous ceux des vampires, étaient naturellement beaux. Mais je savais déjà qu'Alice et Rosalie le sentiraient si je n'utilisais pas tout ce qu'elles avaient acheté. Et je ne tenais pas particulièrement à les vexer. Je m'enroulai dans une épaisse serviette molletonnée et me gagnai mon dressing. Bon, la chasse au trésor allait commencer. Et tout d'abord, songer pratique. Je ne jetais même pas un regard aux robes et jupes qui s'alignaient et me dirigeai vers la partie « pantalons ». Bien entendu, il y en avait une flopée. Un soupir franchit mes lèvres. Je pris un jean, au hasard, avant de le reposer aussitôt. Non mais, à quoi pensaient-elles ? Avec toutes ses paillettes, ce jean me faisait penser à ma peau en plein soleil ! Je le mis sur le tas de ce que je considérais comme « les habits qu'il était hors de question que je porte ». Je fis une deuxième tentative. Un jean délavé, avec des trous soigneusement fait aux genoux et à l'arrière des cuisses. A présent, le haut. En espérant trouver de suite quelque chose qui me convienne, je me postai devant une pile de T-shirt. Le premier s'avéra être le bon : sans manche, gris clair, il m'arrivait juste au-dessus du nombril. Sitôt habillée, je glissai mes pieds dans une paire de petites baskets. J'étais sur le point de sortir quand je me rappelai un détail. Prestement, je réunis mes cheveux en une espèce de queue de cheval, que j'attachai avec une de mes nombreuses boucles. Bon, ça avait l'air un peu bohémien, mais ce n'était pas grave.

En descendant, je vis qu'ils étaient tous déjà prêts. Carlisle était vraiment très élégant dans son pantalon crème et sa chemise bleu pâle. Emmett et Jasper avaient opté pour la simplicité : jeans, basket, sweet, veste de velours. Alice et Rosalie étaient magnifiques, comme toujours. La blonde avait choisi un pantalon en tissu noir avec de fines rayures grises, des chaussures à talons, une chemise blanche, une veste assortie au pantalon et un chapeau complétait sa tenue. Quant à la brune, elle arborait un legging avec un long tee-shirt (ou une minirobe ? je n'étais pas encore assez calée pour faire la différence) asymétrique violet, des ballerines et une courte veste s'arrêtant à la taille. Bien que n'en ayant pas besoin, elles s'étaient maquillées avec soin.

J'étais sur la dernière marche que, déjà, Alice se précipitait vers moi.

- Je suis vraiment désolée que nous devions aller en cours.

- C'est pas grave, lui assurai-je. Tu me raconteras ce soir.

- Compte sur moi, fit-elle, en me serrant dans ses bras.

- Passe une bonne journée, petite sœur, renchérit Emmett.

Je sentis une boule se former dans ma gorge. Qu'allai-je faire aujourd'hui ? Depuis que je les connaissais, c'était la première fois que la maison allait être désertée, exceptée par Esmée. Je la respectais, mais je devais bien avouer que je la connaissais moins que les autres. A dire vrai, je commençais à stresser. Mais soudain, une vague de bien-être m'envahi. Jasper…

- Ne t'inquiète pas, ta journée sera certainement mieux que la nôtre, dit le jeune homme blond.

- Amusez-vous bien, poursuivit Rosalie.

- Allez les enfants, vous allez finir par être en retard, déclara Esmée, veillant au moindre détail. Vous avez vos affaires ? Vos emplois du temps ? Vous avez pensé à prendre de l'argent pour le déjeuner ?

- Oui Esmée, répondit toute la troupe, avec une synchronisation parfaite.

- Quelle voiture prenez-vous ? continua notre « tante ».

- La mienne, s'exclamèrent en même temps Emmett et Rosalie.

Esmée et Carlisle échangèrent un regard complice. Aucune des voitures des Cullen ne pouvait passer inaperçue, surtout pas ici. Même la Volvo d'Edward aurait été plus que remarquée.

- Que diriez-vous d'y aller à deux voitures ? proposa Carlisle. De toute manière, les habitants de cette charmante bourgade ont bien dû remarquer notre arrivée. Et comme vous êtes sortis avec les deux hier, autant continuer. Pas la peine de leur rappeler l'existence de la Porsche ou de leur montrer l'Audi. En plus, s'il a un problème ou une absence inopinée d'un enseignant, vous ne serez pas bloqué au lycée à vous attendre. A Forks, vous utilisiez bien deux véhicules. Je ne voie pas de problèmes à ce que vous continuiez ainsi.

Ravis, mes frères et sœurs s'élancèrent dans le garage. Deux secondes après, nous entendîmes vrombir les moteurs et les voitures quittèrent la demeure. Carlisle embrassa sa femme avant de partir lui aussi, direction l'hôpital.

Jusqu'à ce soir, je serai seule avec Esmée. Cette dernière se tourna vers moi, avec un sourire qui dégageait tant d'amour que je me demandais s'il était possible de ne pas aimer cette femme.

- Alors dis-moi, ma chère nièce, que veux-tu faire aujourd'hui ?

- Je ne sais pas. Que faites-vous d'habitude ?

- Cela dépend. De la broderie, de la peinture, du jardinage, le ménage, des balades, du shopping…

- Du shopping ? la coupai-je. Pourquoi ne pas le faire avec Alice et Rose ?

- Disons que leurs goûts sont un peu trop…fantaisistes pour moi. Je ne me vois absolument pas porter le même genre d'affaires qu'elles.

- Je ne veux pas vous déranger dans vos activités. Faites comme d'ordinaire, je me débrouillerai.

- Hors de question de te laisser seule dans ton coin. Sauf si c'est ton choix par envie, et non par défaut. Je surfe beaucoup sur Internet, à donner des conseils de déco sur des forums. As-tu envie de m'aider ?

- Je ne connais rien à l'informatique, avouai-je, me sentant vraiment très ignorante.

- Et bien, je vais t'apprendre, affirma-t-elle, sans se départir de son sourire. Tu veux bien aller chercher ton ordinateur ? Nous allons nous installer dans mon bureau.

- J'y vais de suite.

- Une dernière chose : tu peux me tutoyer. Après tout, je suis ta tante, non ?

- D'accord, répondis-je, avec un sourire.

Quelques instants plus tard, nous étions toutes les deux dans la pièce réservée à Esmée. Un énorme bureau occupait une place non négligeable de la salle. Malgré sa taille, il semblait presque petit, vu ce qui l'occupait : un ordinateur dernier cri et un grand nombre de revues de décoration étaient éparpillées sur le meuble. Sur les étagères se trouvaient des livres traitant de l'architecture, du désign, de l'art, de l'ameublement. Esmée rangea les revues et brancha mon ordinateur portable au réseau Internet. Dire que tout ce que je savais en matière d'informatique, c'était comment allumer la machine. Je me sentais vraiment vieille, d'un coup !

Avec une patience d'ange, Esmée me guida dans ma découverte de cet univers. En deux heures, j'étais passée du statut d'ignare absolue à celui d'experte. J'aurai pu démonter et remonter un ordinateur sans problème. Heureusement que j'étai un vampire ! Cela facilitait vraiment les choses. Mon « professeur » pouvait parler très vite et n'avait aucunement besoin de répéter. Une fois la leçon achevée, Esmée nous connecta à Internet, non sans m'avoir expliqué ce que c'était exactement que le « web ». Enfin, elle ouvrit une dizaine d'onglets simultanément, grâce aux marques page. Pratique, tout de même. Assise à côté d'elle, j'enregistrais tout. J'étais curieuse de voir les forums dont elle avait parlé. A peine avait-elle entré ses mots de passe que je vis que ces diverses boîtes de messagerie avait de nombreuses demandes d'aide. Sur chacune, des photos ou des croquis accompagnaient les messages. Esmée ouvrit le premier mail, regarda pendant quelques secondes les photographies et me regarda.

- Alors Rachel, que répondrais-tu à cette jeune femme ?

- Ben… que…

- Vas-y, n'hésite pas, m'encouragea-t-elle.

- Et bien, je trouve que son salon est triste. Il faudrait une couleur un peu plus chaude sur les murs, surtout qu'elle dit qu'il n'y a pas beaucoup de lumière. Le parquet assombrit encore la pièce, il faudrait peut-être le replacer par du carrelage ou de la moquette.

- Continue.

- Son canapé est trop grand aussi, il prend tout l'espace. On pourrait en mettre un plus petits, avec des poufs ou des fauteuils… je ne sais pas comment on les appelle, mais ils sont bas, sans accoudoirs, de forme un peu triangulaire et de couleur vive...

- Oui, je vois. Ce sont des fauteuils poires. C'est bien, surtout que c'est une jeune célibataire qui aime la fête, d'après ce qu'elle dit. Il ne lui faut pas un intérieur de femme mariée.

- On pourrait aussi accrocher la télé en hauteur, cela dégagerait de la place. Et puis, mettre des plantes ou des tableaux, histoire d'agrémenter le tout.

- Tu vois, ce n'est pas compliqué.

- Et vous… tu fais ça toute la journée ?

- Pas forcément. Mais comme là, cela fait depuis un mois que je ne me suis pas connectée, j'ai beaucoup de demandes en retard.

- Et tu es payée pour cela ? voulus-je savoir.

- Certains sites me rétribuent, en effet. C'est ce qu'on appelle du travail à domicile. D'ailleurs, Carlisle a dû me faire un « arrêt maladie » pour expliquer mon absence. Mais pour d'autres sites, je le fais simplement parce que j'aime ça.

- Alors je vais te laisser travailler. Je vais surfer, moi aussi. J'ai du retard à rattraper. Je refuse d'être plus longtemps la seule ignorante de la famille.

Le temps passa très vite, tant je m'amusais à découvrir Internet. C'était bien beau, d'être un vampire nomade, mais qu'est-ce qu'on loupait comme choses ! Au bout de trois heures, je vis Esmée froncer les sourcils et se lever. Je lui jetai un regard plein d'interrogations.

- Je vais juste chercher un livre, m'expliqua-t-elle. Je me souviens d'avoir lu quelque chose…

- De quel ouvrage as-tu besoin ? lui demandai-je.

- Le gros rouge, sur la deuxième étagère, m'indiqua-t-elle.

Avec un sourire malicieux, je me tournai vers l'étagère qu'elle me désignait. Je tendis la main et, avec précaution, j'attirai le livre vers nous et le posai juste à côté de l'ordinateur d'Esmée.

- Merci, fit-elle.

- De rien.

- Tu maîtrises de mieux en mieux ta télékinésie.

- Il semblerait que les leçons de Carlisle aient été efficaces. Au moins tant que je ne ma laisses pas submerger par mes émotions…

- Tu pourras t'entraîner en accrochant les tableaux dans la maison, proposa-t-elle.

- Tu n'as pas peur que je les abîmes par mégarde ?

- Si c'est le cas, ce ne sera pas grave. Après tout, ce ne sont rien de plus que des toiles avec de la peinture.

Nous poursuivîmes la journée devant nos écrans. Moi qui avais peur de m'ennuyer, je ne voyais pas défiler les heures. Surtout qu'Esmée me faisait régulièrement participer à son travail. Etrangement, je n'avais plus l'impression de déranger cette femme merveilleuse et, même, d'être utile.

Vers 16h, nous perçûmes un bruit familier. Deux voitures venaient. Impossible de se tromper sur le son de ces moteurs : les « lycéens » étaient de retour. Plus qu'impatiente, je me levais d'un bond et dégringolai les escaliers. Lorsqu'ils se garèrent, j'avais déjà ouvert la porte d'entrée et je les attendais. Ils me regardèrent et entrèrent dans la demeure, amusés par mon évidente hâte. Ils eurent à peine le temps de déposer leurs sacs que je ne pus me retenir davantage et que je les bombardais de questions.

- Alors, comment c'était ? Les profs ? Les élèves ? Les cours ? Je suis sûre que vous étiez les plus calés pour répondre. Et l'ambiance ? C'était comme au parc ?

Avec un amusement certain, ils entreprirent alors de me raconter toute leur journée, répondant avec bonne volonté aux multiples questions qui jaillissaient de ma bouche. Lorsque ma curiosité fut satisfaite, ce fut à leur tour de me demander de leur narrer ma journée, ce que je fis avec plaisir. Quand enfin nous nous arrêtâmes, Esmée intervint, avec une attitude toute maternelle.

- Je suis persuadée que vous avez des devoirs à faire.

- Ils ne nous prendront qu'une heure, affirma alors Emmett.

- On peut les faire plus tard, surtout que ce n'est pas pour demain, renchérit Jasper.

- Plus vite vous les ferez, plus vite vous en serez débarrassés, insista Esmée. Allez, cessez de ronchonner et direction la cuisine.

Pendant qu'ils se dirigeaient vers la cuisine, traînant un peu les pieds, je m'assis dans un des fauteuils du salon, sans les quitter des yeux. Je me demandais ce que pouvaient bien contenir leurs cours, ce qu'ils devaient faire comme devoirs et pleins d'autres choses du même style. Je les vis sortir leurs affaires et commencer leur travail, tout en rigolant. Esmée, décidément attentive, remarqua mon regard plein d'envie. Elle se dirigea vers une commode et en sortit un calepin vierge.

- Si tu veux, tu peux les rejoindre, déclara-t-elle, tout en me tendant le calepin et un stylo.

- Vraiment ?

- Bien sûr. Si tu en as envie, tu peux toi aussi faire les mêmes devoirs qu'eux.

- Sauf qu'ils vont à l'école, eux. Je ne sais pas ce qu'ils savent.

- Tu peux toujours essayer.

- Ils ont certainement besoind ecalme.

- Parce que tu crois qu'ils sont calmes, là ? plaisanta-t-elle.

En effet, de grands éclats de voix nous parvenaient de la cuisine. A priori, faire les devoirs se révélaient être une tâche animée. Ce qui me donnait encore plus envie de les rejoindre. Je m'emparai rapidement du calepin tendu et m'empressai de rejoindre mes frères et sœurs, sous l'œil bienveillant d'Esmée.

D'ailleurs, les quatre lycéens m'accueillirent avec plaisir. Je pris place entre Emmett et Alice. Mon frère faisait de l'algèbre, ce qui me convenait mieux que la dissertation d'Alice. Là, au moins, je ne serai peut-être pas larguée trop vite. Enfin… C'était ce que je croyais… Il fallait bien avouer le temps où j'allais l'école remontait vraiment, et qu'à l'époque, on n'apprenait absolument pas les mêmes choses que maintenant. Comprenant la situation, Emmett me tendit son cahier, sans un mot. J'entrepris alors de lire son cours, tracé avec sa fine écriture. Ensuite seulement, je m'attelai aux devoirs. Bien entendu, au bout d'une heure et demie, ils avaient tous achevé leurs travaux. Pas moi. Néanmoins, j'avais envie de poursuivre. Rosalie, Alice, Jasper et Emmett prirent alors mon « éducation scolaire » en main. Je lis à vitesse toute vampirique l'intégralité de leurs cours de la journée. Ensuite, comme de véritables précepteurs, ils me firent faire des « devoirs », apportèrent des éléments complémentaires à ce que les professeurs avaient raconté. Tout cela grands renforts de rires. Je n'aurai jamais cru que l'école puisse être aussi amusante. Je commençais à regretter de ne pas pouvoir y assister…

Je finissais enfin de satisfaire les exigences de mes « précepteurs » quand Carlisle rentra.

Il nous contempla pendant quelques minutes, pendant qu'Esmée lui murmurait quelque chose à l'oreille. Il acquiesça, le regard toujours braqué sur nous. Puis, comme la lune se levait, il me proposa une partie de chasse. Je n'avais pas franchement soif, mais je savais qu'il essayait d'adoucir le cap du changement de régime. Nous partîmes donc à la recherche d'un délicieux repas de daims, en compagnie d'Esmée.