Chapitre 7

Cette routine s'installa pendant une semaine. Je passais la journée avec Esmée, à lire, à surfer, décorer la maison ou à discuter. Le soir, je lisais les cours de mes frères et sœurs et faisais les devoirs correspondants. Et tous les trois jours, je partais chasser.

Au bout de six jours, j'eus la surprise, en relevant le courrier, de découvrir un colis à mon nom. Je le regardai fixement, mais il n'y avait pas d'erreur, c'était bien adressé à Rachel MacCarty.

- Esmée ? fis-je en pénétrant dans le salon.

- Oui, répondit-elle, coupant le son de l'émission qu'elle regardait.

- J'ai du courrier, déclarai-je, encore incrédule, en lui montrant le colis. Cela vient du lycée.

- Et bien, ouvre-le, dit-elle, l'air de déjà connaître le contenu du paquet.

Avec précaution, j'obtempérai. C'était la première fois que je recevais du courrier. Force était de constater que, dans notre monde, on s'échangeait rarement nos adresses, entre vampires. Fébrile, je sortis une énorme liasse de papier. Il y avait dix dossiers et une lettre. Je m'assis sur l'accoudoir du fauteuil et parcourus rapidement les quelques lignes.

Darrington School District

1065 Fir Street

Darrington, WA98241

Mademoiselle Rachel MacCarty,

Le conseil d'administration a pris connaissance de votre dossier, tant scolaire que médical. Devant les explications du docteur Carlisle Cullen et vos excellents résultats scolaires, nous avons décidé d'accéder à sa requête en vous permettant de suivre vos cours par correspondance.

Toutes les deux semaines, vous recevrez un colis contenant vos cours. Vous êtes priée de rendre les devoirs demandés par vos enseignants en temps voulu. Tout retard non justifié entraînera automatiquement la suspension de votre inscription.

En ce qui concerne vos examens de fin d'année, vous passerez l'épreuve au lycée, comme l'ensemble de vos camarades. Bien entendu, si votre état de santé ne le permet pas, un arrangement pourra certainement être trouvé, comme passer vos épreuves chez vous sous la surveillance d'un enseignant de l'établissement.

En vous souhaitant une bonne réception et une bonne année scolaire,

Veuillez agréer, mademoiselle MacCarty, l'expression de nos sentiments les meilleurs.

Mr. R. Mulrey

Proviseur.

Je regardai Esmée, les yeux pétillants de joie.

- Vous m'avez inscrite à des cours par correspondance ! m'exclamai-je, ravie.

- J'en ai parlé à Carlisle après avoir vu comment tu étais lorsque les enfants sont rentrés de leur première journée.

- Mais, comment avez-vous fait ? Je veux dire, le directeur parle de dossier scolaire et médical…

- C'est facile, avec un ordinateur et quelques connaissances, fit-elle, calmement.

- Oh, Esmée…

J'étais tellement heureuse que je lui sautais au cou et la serrai dans mes bras. Lorsqu'elle m'étreignit à son tour, je sus avec certitude que je ferai mon possible pour ne jamais décevoir ou peiner cette femme formidable. Une vague de joie m'envahit et je me sentis délicieusement bien, comme si je flottais.

- Ce n'est pas grand-chose, Rachel.

- C'est beaucoup, au contraire, rétorquai-je. Puis-je commencer de suite ?

- Bien entendu.

- M'autorises-tu à aller faire un tour en ville afin d'acheter des cahiers et des stylos ?

- Evidemment, mais je t'accompagne.

- Si tu veux.

- Cela fait trois semaines que tu es « sevrée » et je me souviens comme ce fut un cap difficile pour Jasper. Et en plus, tu es supposée être une jeune fille valétudinaire.

- Tu as peur que je tombe dans les pommes ? plaisantai-je. Au fait, pouvons-nous prendre ma voiture ?

- Un petit plaisir ne peut pas faire de mal, répondit-elle, souriante.

En un instant, nous fûmes installées dans ma belle voiture. Je n'en revenais pas que ce petit bijou était bien à moi. J'eus une pensée pour Jacob. Je lui avais dit que je ferai ma première sortie en voiture avec lui. Malheureusement, il était bien trop pris pour avoir du temps à me consacrer. D'ailleurs, nous voyions très peu Edward, Bella et Nessie. Leur vie de famille les mobilisait énormément. Le moteur ronronna dès que je mis le contact. En faisant marche arrière, je sentis la puissance qui se cachait sous mes pédales. Avec un clin d'œil à Esmée, j'enclenchai la première et accélérai. La voiture fila aussitôt. Je passai la seconde, puis la troisième et la quatrième. Les quelques kilomètres qui nous séparaient de Darrington furent bien vite franchis et Esmée me demanda de ralentir, afin de me conformer à la vitesse règlementaire. Avec un soupir résigné, je lui obéis. Décidément, je n'aimais pas rouler lentement. Enfin, quand je disais « lentement », cela signifiait à la vitesse maximale autorisée.

Nous nous garâmes sans peine devant la première papeterie. Lorsque nous descendîmes de la voiture, je remarquai de suite les regards posés sur nous. Enfin, c'était probablement plus l'Audi que les passants contemplaient. La boutique était vraiment très simple : des rayonnages de cahiers, de feuilles, des bacs avec divers stylos, gommes, du matériel de géométrie exposé dans un coin, des calculatrices pendues au mur et quelques gadgets. Esmée, en véritable habituée, prit un panier et nous commençâmes à faire le tour de la boutique. Ma « tante » saluait au passage les personnes présentes. En jeune fille polie et bien élevée, je l'imitais. Quelques présentations furent nécessaires lorsque deux humaines nous demandèrent si nous étions bien les nouveaux propriétaires de l' « ancienne maison de la forêt ». Je m'efforçais d'agir comme si j'étais humaine, et fis bien attention à ne pas aller plus vite que nécessaire. Je me rendis compte que c'était un peu plus difficile que lorsque je me trouvais avec mes frères et sœurs, et ce pour une raison très simple : je sentais tous les regards des clients posés sur nous. S'il y avait bien une chose que je détestais, c'était d'être observée avec insistance. Un sourire d'Esmée me rassura et ce fut sans incident que nous gagnâmes la caisse. Avec patience, j'attendis que la femme ait fini de biper tous les articles et je sortis ma carte bancaire. C'était la première fois que j'avais la possibilité de m'en servir, et je n'allais pas m'en priver. Emmett avait fait les choses en grand, en m'ouvrant un compte et, surtout, en y déposant ce qui me semblait une somme colossale. Moi qui n'avais jamais eu un kopek en poche, je possédais à présent plusieurs centaine de milliers de dollars. Après avoir salué et remercié la commerçante, nous rentrâmes chez nous.

Je m'installai de suite à la table de la cuisine et entrepris la lecture de mon premier cours, « L'Histoire des Etats-Unis ». A la fin du premier chapitre, j'y trouvais plusieurs pages indiquant les devoirs à faire. Sur le conseil d'Esmée, j'ouvris un cahier et commençai ma première dissertation. D'après elle, il était préférable que de rédiger d'abord un brouillon. Je compris rapidement pourquoi : c'était la première fois que je faisais des devoirs que je devais rendre et il n'était pas évident, même pour un vampire, de savoir d'emblée organiser sa pensée et ne pas se disperser. Dès que j'eus fini ce devoir, je ne pus résister à l'envie de le montrer à Esmée. Un peu anxieuse, j'attendis son verdict.

- Il ne te reste plus qu'à le recopier, déclara-t-elle.

- Alors, c'est bien ?

- Oui. Très bien même. Tes frères et sœurs t'ont bien appris comment faire une dissertation.

En sautillant de joie, je regagnai la cuisine et mis au propre mon devoir. Puis, je le rangeais dans la pochette destinée à cette matière et poursuivis mon travail. Lorsque les « lycéens » rentrèrent, j'en étais à mon troisième et avant dernier travail d'Histoire. Comme d'habitude, ils s'installèrent à la cuisine.

- Ça y est, tu l'as reçu ! entama Alice.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Rosalie.

- Esmée et Carlisle m'ont inscrite à des cours par correspondance ! m'exclamai-je, avant de regarder Alice. Tu le savais, n'est-ce pas ?

- Depuis le premier soir, confirma-t-elle, en prenant place.

- Et tu ne m'as rien dit ?

- J'ai préféré te laisser la surprise.

- Alors, tu as les cours d'avance, fit Emmett, en feuilletant le cours d'Anglais. C'est trop cool pour nous !

- Si tu veux, tu peux regarder, fis-je, amusée. Mais ne te trompes pas dans les devoirs à rendre.

- Comme si c'était mon genre, rétorqua-t-il.

Nous éclatâmes de rire à cette idée, avant de nous plonger dans le travail de tout lycéen. Jasper fut le premier à finir. Lorsqu'il se leva pour gagner le salon, je lui emboitai le pas, délaissant mon cahier de mathématiques.

- Jasper, aurais-tu quelques minutes à m'accorder ?

- Naturellement.

- Allons faire quelques pas dehors.

Je l'entraînai à l'extérieur et nous nous assîmes sous le couvert des arbres. Les nuages s'amoncelaient au-dessus de nous, prémices d'une imminente averse.

- Cela fait plusieurs jours que je voulais te parler, mais j'ai souvent l'impression que les yeux et les oreilles des autres sont braqués sur moi.

- Ce qui ne facilite guère les choses, convint-il. J'avais senti que quelque chose te perturbait, mais je n'ai rien voulu dire.

- Ce qui est tout à ton honneur.

- Je sais ce que c'est, que d'être le « nouveau végétarien », fit-il avec un sourire.

- C'est précisément de cela que je veux parler. Enfin, si cela ne te dérange pas…

- Vas-y, je t'écoute. Que désires-tu savoir ?

- Au fil des discussions, il est apparu que cela n'a pas été facile pour toi. Et je redoute que cela s'avère malaisé pour moi également.

- Je reconnais que cela a été dur. Très dur même, et pendant des années. Probablement parce que je n'y ai pas mis toute la bonne volonté qu'il fallait.

- Comment ça ?

- Vois-tu, nous ne tuons pas d'humains, mais nous n'avons pas tous les mêmes raisons. Pour Carlisle, la vie humaine est sacrée. Esmée a adopté presque immédiatement la vision de son époux. En ce qui concerne Edward, il ne veut pas être un monstre et il respecte tant Carlisle qu'il ne veut pas le décevoir. Rosalie, elle, c'est plus par fierté. Vois-tu, elle n'a jamais vraiment tué un humain comme un vampire peut le faire.

- C'est-à-dire ? demandai-je, perplexe.

- Elle a tué en se servant de sa force, de ses mains. C'est son amour-propre qui lui permet de résister, expliqua Jasper avant de poursuivre, hésitant légèrement. Emmett est…un peu particulier.

- De quelle manière ?

- Disons que…

- Jaz', ce n'est pas parce que c'est mon frère que tu dois prendre des gants, fis-je souriante. Après tout, tu le connais depuis plus longtemps que moi. Et je suis certaine que tu sais pleins de choses qui pourrait e permettre de le moucher, de temps en temps.

- Probablement. Pour en revenir à ce que nous disions, Emmett n'est pas compliqué. Il se nourri d'animaux parce que c'est ainsi qu'il a été habitué et que tout le monde le fait. Mais il n'hésiterai pas à tuer pour protéger Rosalie ou notre famille, ou si l'odeur du sang humain est trop tentant. Ton frère ne s'embarrasse pas de scrupules, je pourrai dire. Quant à Alice…

- Elle a changé de régime avant de connaitre les Cullen, c'est bien ça ? l'interrompis-je.

- Oui. Nous nous sommes rencontrés en 1948. Ou plutôt, elle m'attendait, précisa le jeune homme, avec un sourire tendre. Elle avait vu notre rencontre et m'attendait dans un bar, à Philadelphie. Quand j'y suis entré pour me protéger de la pluie, j'ai croisé son regard et j'en suis tombé amoureux. C'était assez…perturbant de découvrir ce sentiment qui, pour elle, était déjà un fait certain. Elle m'a parlé d'une famille de vampires différents, de ses visions. Nous avons alors décidé de les rechercher. Sur la route, elle m'a expliqué qu'elle avait eu de nombreuses visions de cette famille et qu'elle avait deviné qu'ils se nourrissaient d'animaux. Cela faisait une quinzaine d'années qu'elle n'avait plus tué d'humains, afin de se conformer à ce qu'elle pressentait comme sa vie future. Je voulais lui faire plaisir, mais je n'arrivais pas à suivre son exemple. C'était trop… dur. Et puis, je n'étais pas certain que nous resterions avec ces vampires, ni qu'ils voudraient de nous. Je voulais conserver toutes mes forces si jamais il devait avoir une bataille. Pour rien au monde je n'aurai permis à Alice d'être en danger. Et comme je n'étais pas persuadé de pouvoir être aussi fort avec du sang animal, j'ai refusé d'essayer. Bien entendu, lorsque nous avons trouvé les Cullens, en 1949, tout s'est passé comme Alice l'avait vu. Ils ont été surpris, puis curieux et nous ont accueillis. Alice s'est parfaitement bien intégrée à eux. Et je suis resté également. Carlisle m'a assuré que je ne m'affaiblirais pas avec le sang animal et, après avoir vu Emmett, comment en douter ?

- Effectivement. Dans le genre « faible », j'ai déjà vu mieux.

- Pour contenter Alice, et être certain de pouvoir rester avec elle, j'ai du changer d'alimentation. Cela faisait quand même 86 ans que je tuais des humains !

- Si je calcule bien, tu es devenu vampire en 1863.

- Exact. Le premier mois, tout c'est bien passé. C'est ensuite que les ennuis ont commencé. Mais, je ne sais pas si je dois te raconter tous les détails. Je ne voudrai pas t'effrayer, ni te décourager.

- Je veux savoir, assurai-je. J'en ai besoin. Il n'y a que toi qui peux m'expliquer ce qui m'attend.

- Alice le pourrai tout aussi bien.

- Comme tu l'as dit, cela a été lus facile pour elle que pour toi. Peut-être à cause de ses visions. Toujours est-il que je préfère savoir ce que tu as traversé. Vaut mieux se préparer à la difficulté, au cas où.

- Comme tu veux. Il faut dire que j'ai pris d'emblée leur rythme. Un repas par semaine ou tous les 10 jours. C'était peu pour moi, en comparaison de ce dont j'avais l'habitude. Le sang animal avait d'autant plus de peine à passer que j'étais littéralement assoiffé de sang humain. Carlisle a été prévenant et attentif, mais il ignorait comment gérer un vampire de mon âge qui avait longtemps tué. Tous ses discours, ses encouragements ne m'aidaient que quelques heures, quelques jours tout au plus. Je voulais m'abreuver au cou d'un mortel et, sans Edward et Emmett, j'y serai parvenu bien souvent…C'est simple, quand j'allais chasser, je ne mangeais plus, je me jetai sur les biches, les ours et tout ce qui pouvait faire cesser la brûlure de ma gorge. Il m'était devenu impossible de côtoyer des mortels. C'est pour cela que nous sommes allés en Alaska. Moins d'humains, donc moins de tentations. Il m'a fallu plus d'un an avant de pouvoir croiser un humain sans lui sauter dessus. Tu en ajoutes encore deux avant de traverser une ville et de me promener quelques heures. Puis trois autres encore avant de suivre Alice dans une boutique et y rester aussi longtemps qu'elle. Et encore deux avant de rejoindre les autres sur les bancs de l'école.

- Ce qui fait 8 ans, concluai-je.

- Oui. Mais je dois avouer que le sang animal me fait du bien.

- Comment ça ?

- Je ne suis plus assailli par les émotions de mes victimes lorsque je me nourris.

- Oh ! Les ours ne ressentent donc rien ? plaisantai-je.

- Si, certainement. Mais je ne le perçois pas.

- Et maintenant, comment ça va ? m'enquis-je, revenant à ce qui me préoccupait.

- Cela va bien depuis des années, affirma-t-il.

- Pourtant, tu n'as pas l'air aussi à l'aise au milieu des gens que le reste de la famille.

- Edward te le dirai, si tu le lui demandais et s'il ne craignait d'enfreindre notre « intimité intellectuelle ». Je ne suis pas attiré par leur sang. Enfin, un peu quand même, peut-être. Mais je ressens toutes leurs émotions. Comme Edward, je ne peux pas me mettre sur « pause ». Alors, bien sûr, cela ne m'aide pas.

- Tu peux développer ?

- Imagine que tu traverses une salle et que, sans le vouloir, tu ressens les émotions des ados. Il y a le sexe, la colère, la tristesse, la rage, l'envie, la joie, l'espoir… Et tout cela se communique à moi. Alors évidemment, quand un de ces blancs-becs boutonneux est obnubilé par le sexe, cela éveille ma faim. Pareil lorsqu'il s'agit de la colère. Le pire, c'est quand ils sont envieux. Quand cela se communique moi, je perçois leur désir et cela se transforme en une envie de sang humain pour moi. S'ils ne ressentaient rien, ou que des émotions neutres et légères, je pourrai plus facilement éviter de penser à leur sauter à la gorge. Bien sûr, à côté de cela, il y a des humains qui ont un sang particulièrement… affriolant. Comme Bella, à l'époque. Là, c'est une vraie galère pour moi. Surtout si, en plus, ils ressentent une passion dévorante pour mon frère…

- Je comprends. Ton don ne t'aide pas vraiment…

- On peut le dire. Mais j'ai confiance, et Carlisle aussi. D'ailleurs, avec les années qui passent et les litres de sang animal, je suis plus calme, plus serein et je peux différencier les émotions des autres et les miennes.

Le silence s'installa, pendant que je réfléchissais à tout ce que Jasper venait de dire. Comme pour se mettre l'unisson de mes pensées, la pluie commença à tomber. D'abord fine et légère, elle gagna rapidement en force et s'abattit sur nous. Appuyés contre le tronc d'un arbre, nous étions relativement à l'abri. Jasper demeura près de moi, pendant que je poursuivais ma réflexion.

- 8 ans, repris-je, énonçant mes pensées voix haute.

- Mais cela n'est valable que pour moi, précisa Jasper. Il n'a fallu que trois ans à Alice pour y parvenir.

- Cela me semble très long quand même.

- 3 ans ? Long ? Pour une « jeune fille » de 87 ans !

- Oui, bon, ça va, maugréai-je. On ne t'a jamais dit que c'était impoli de rappeler son âge à une fille ?

- Probablement une ou deux fois, me taquina-t-il.

- Les bonnes manières se perdent !

- A qui le dis-tu ?

- Nonobstant cela, je ne vois pas très bien comment tu peux dire que cela sera plus facile pour moi que cela ne l'a été pour toi.

- Premièrement, tu es plus jeune.

- Tu 'es nourri d'humains pendant 86 ans. Moi, cela en fait 70. 16 ans, ce n'est énorme comme différence.

- Cependant, je tuais plusieurs fois par semaine, ce qui n'est pas ton cas, releva-t-il. Tu es habituée à te promener au milieu des humains tout en te privant. C'est déjà un avantage. Ensuite, tu n'es pas submergée par els sentiments des autres, tu peux garder ton intégrité et la tête froide.

- Sûr qu'avec ma température habituelle, c'est grave si j'ai la tête qui chauffe.

- Ensuite, tu as décidé toute seule de rejoindre la famille, poursuivit-il, tranquillement. Je ne suis resté que pour Alice, au début. La motivation est différente. Et puis, Carlisle s'y prend différemment avec toi, étant donné qu'il a vu ce qu'il en était pour moi. Enfin, tu es une fille.

- Contente que tu le remarques !

- Il paraît que les filles sont moins soumises à leurs envies que les hommes. Qu'elles sont plus calmes, plus posées, plus réfléchies.

- Et d'où est-ce que tu sors cela ?

- Des magazines d'Alice.

- Alors ça, pour une référence, c'en est une ! m'exclamai-je, un grand sourire aux lèvres. J'espère au moins que c'est Vampire Hebdo qu'elle lit !

Nos rires retentirent, couvert par un coup de tonnerre. Pendant quelques minutes, nous regardâmes l'orage qui se déchaînait. Le ciel était complètement obscurci par les nuages. Les éclairs le zébraient, illuminant les cieux pendant une seconde. Puis, le tonnerre leur répondait. La pluie, qui tombait présent en véritable cascade, donnait une voix particulière à la forêt autour de nous. Une odeur de terre mouillée se répandait dans l'air.

- Si nous avions trouvé un terrain adéquat, nous serions en train de jouer au base-ball, dit tout à coup Jasper.

- Jouer au base-ball ?

- Oui. Tu connais ?

- Les règles, évidemment. Mais je n'ai jamais pratiqué.

- Ca défoule. Au moins, quand on est entre nous, nous pouvons y aller sans nous retenir. Malheureusement, nous devons toujours attendre un orage, à cause d bruit que nous faisons et pour pouvoir nous relâcher. Quand il pleut, il n'y a pas de risque d'être surpris par des humains.

- C'est clair.

- Dans la boutique que les filles t'ont achetée, poursuivit-il, son adorable sourire aux lèvres, il n'y a pas de tenue de base-ball.

- S'il y en a une, je ne l'aie pas encore trouvée, répliquai-je. Je n'ai pas encre soulevé toutes les piles.

- Cherche bien, alors. Sinon, il faudra t'en procurer une. Et l'équipement qui va avec, bien entendu. Une bonne batte en carbone, si tu veux mon conseil.

- Je n'oublierai pas.

- Regarde, fit-il, me désignant la maison. Ne serait-ce pas ton frère?

- Il me semble le reconnaître, en effet.

Emmett sortit de la maison en courant et s'empressa de nous rejoindre. Je ne pus retenir un rire en voyant son accoutrement. Il fallait bien avouer que cela valait le détour ! Une paire de basket, un short et un tee-shirt. Avec la pluie, ce dernier lui collait déjà au corps. Il tenait une main dans son dos, dissimulant visiblement quelque chose.

- Tu vas faire du jogging ? lui demandai-je, amusée.

- Vous avez fini votre discussion ?

- Oui, répondis-je.

- Alors, ça vous tente, une partie de foot ? fit-il, exhibant fièrement le ballon qu'il cachait jusqu'alors.

- Bien sûr, affirma Jasper.

- Je suis partante aussi. Les autres arrivent ?

- Esmée et Alice sont en train de parler de déco. Apparemment, elles divergent sur la façon d'agencer le loft de je ne sais qui. Esmée a eu le tort de vouloir l'avis de la petite. Il y en a pour des heures, si ça se trouve, avant qu'elles ne tombent d'accord. Rose regarde un défilé de haute couture. Et Carlisle n'est pas encore rentré.

Sous la pluie battante, nous nous adonnâmes à une formidable partie de foot. Le ballon allait trop vite pour que yeux humains puissent le discerner. D'ailleurs, nous ne nous retenions pas non plus. Nous courions aussi vite que nous le pouvions, utilisant toute notre force pour nos tirs, n'hésitant pas à faire des glissades ou à nous rentrer l'un dans l'autre. Au bout de deux heures, nous arrêtâmes. Oh, nous n'étions pas fatigués, loin de là ! Mais mon frère venait de faire exploser le ballon contre un arbre. Riant, nous regagnâmes la maison. Avant d'être arrêtés par Esmée sur le seuil.

- Stop, fit-elle, autoritaire.

- Qu'y a-t-il ? demanda innocemment Emmett.

- Comme si tu l'ignorais. Vous n'allez pas entrer tout crotté.

Effectivement, nous dégoulinions d'eau et de boue. Docilement, nous ôtâmes nos chaussures. Enfin, ce qu'il en restait, puisqu'elles n'avaient pas été conçues pour résister au traitement que nous venions de leur infliger. Puis, nous nous saisîmes des serviettes qu'Esmée nous tendait et nous enveloppâmes dedans. Enfin, le plus rapidement possible, nous gagnâmes nos chambres. Bien évidemment, nous avions laissé de belles traces sur le sol, mais nous avions assurés à Esmée que nous nettoierions.

Une fois dans ma salle de bain, je laissai tomber la serviette. Dire qu'au départ, elle était blanche et que, maintenant, elle était… d'une couleur indescriptible. J'enlevai mon tee-shirt à manche longue, ainsi que ce qui avait été un pantalon beige et je glissai avec plaisir sous une douche chaude. Après m'être rhabillée et peignée, je ramassai mes affaires et les descendis dans la buanderie. Je croisai les garçons et entrepris de nettoyer le sol avec eux, tout en m'efforçant de ne pas sourire en entendant Alice s'exclamer sur « l'état dans lequel nous avions mis nos affaires » et que « ce n'était pas une traiter les vêtements qu'elle s'évertuait de choisir ».

Quelques jours plus tard, je partis à la chasse, accompagnée d'Emmett et d'Esmée. Carlisle avait décidé de laisser sa place, estimant que les précautions m'entourant pouvaient être légèrement allégées, compte tenu du temps maussade qui régnait en cette fin mars. En effet, quel mortel irait se balader sous une pluie pareille ?

Nous courûmes quelques kilomètres avant de dénicher une troupe de cerfs. Bon, le menu ne serait guère différent des autres fois… Emmett s'impatientait, il voulait des ours ! Mais ces derniers n'étaient pas encore sortis de leur sommeil hivernal. Après nous être nourri, Emmett paria qu'il était plus rapide que moi. Avec plaisir, je relevais son défi. Sous l'œil attendri d'Esmée, nous délimitâmes le trajet à accomplir. Une simple boucle de deux kilomètres, avec notre « tante » comme point de départ et d'arrivée.

Nous venions de partir depuis quelques secondes et n'avions parcouru que quelques centaines de mètres quand, soudain, un cri retentit. Esmée ! Impossible de se tromper. Elle était en danger ! Nous fîmes demi-tour et courûmes le plus vite possible. Quand nous arrivâmes, nous découvrîmes Esmée, immobilisée par deux vampires. Sept autres se trouvaient plus loin. Sans leur laisser le temps de réagir, nous nous précipitâmes sur eux.