Merci pour les reviews.
Je suis curieuse de découvrir si tu vas progresser dans tes déductions, Onja.
J'ai été contente de lire ton commentaire, Julie T. j'espère que la suite te plaira tout autant.
Et à tout le monde, je vous souhaite une très bonne lecture.
Chapitre 9
Les embruns fouettaient mon visage, le bateau filait de toute la puissance de son pauvre moteur, mais je n'y prêtais aucune attention. Je me concentrais uniquement sur le vampire qui m'avait contrecarrée pendant la bataille. Grand, mince, un semblant d'adolescence encore inscrite sur le visage, il ne devait guère avoir plus de 18-19 ans. Il semblait presque décalé, avec son air rêveur, ses fossettes quand il souriait et ses cheveux bruns aux mèches irrégulières. Ses yeux rouges ne me quittaient pas un seul instant. J'avais essayé de faire appel à mon pouvoir, mais sans succès. Je le sentais pourtant qui affleurait, mais je ne parvenais pas à m'en servir autrement que pour faire bouger légèrement des objets. Je ne m'étais jamais sentie aussi vulnérable, et cela faisait monter une sourde colère en moi.
La présence de Giuseppe à mes côtés ne m'incitait guère au calme d'ailleurs, ni le fat qu'il gardait une main posée sur mon épaule. Pas plus que la vision de mon frère encadré par deux vampires. D'ailleurs, les yeux d'Emmett ne cessaient de faire des va-et-vient, comme s'il cherchait une solution ou une échappatoire. J'étais assez honnête avec moi-même pour reconnaître qu'il pouvait fort bien s'échapper. Il était rapide et suffisamment fort pour y parvenir. Il lui suffisait de se lever précipitamment, de repousser ses gardiens et de plonger. Le temps que les autres s'élancent à sa poursuite, il serait déjà loin. La seule chose qui le retenait, c'était moi. Il savait que je ne pouvais pas le suivre et, par conséquent, il refusait de s'échapper sans moi. Il désirait partager mon sort. Si seulement nous étions assis côte à côté, je pourrai lui dire que je voulais qu'il s'en aille, qu'il devait sauver sa peau. J'étais même prête à mourir pour qu'il retrouve Rosalie ! D'un autre côté, je lui étais reconnaissante de ne pas m'abandonner. Cette ambivalence était nouvelle pour moi. Depuis quand est-ce que je faisais passer la vie d'un autre vampire avant la mienne ? La réponse était pourtant évidente : depuis que je connaissais les Cullen. Ah, on pouvait dire que j'avais changé ! Si seulement ce sale gamin ne se trouvait pas près de moi ! J'aurai balancé tout le monde par-dessus bord et Emmett et moi serions rentrés, tout simplement.
J'étais étonnée de ne pas craindre vraiment pour notre vie, du moins pour l'instant. Guiseppe avait dit qu'il fallait que nous restions en vie. Nous étions un moyen de pression sur Carlisle, une « monnaie d'échange » ! Que voulait donc Guiseppe ? Rien dans ce qu'il avait dit ne me permettait d'élaborer une quelconque théorie. La seule conclusion à laquelle je parvenais, c'était que Carlisle et lui s'étaient connus en Italie, lorsque Carlisle avait séjourné chez les Volturi. Bon d'accord, cela n'avait pas été difficile. Avec un nom pareil, Guiseppe ne pouvait qu'être Italien ! Donc, c'était une vieille affaire qu'il y avait entre eux deux. Mais quel genre ?
Que je ne sache pas qui était Guiseppe Portia ne m'étonnait guère, étant donné que je venais juste de rallier les Cullen. Mais qu'Emmett l'ignore également me perturbait un tantinet. J'avais eu l'occasion de me rendre compte que Carlisle était quelqu'un de profondément honnête et qu'il parlait volontiers de sa vie avec sa famille. Alors le fait que cet homme si droit puisse cacher quelque chose était étrange. Cependant, j'avais confiance en lui et je savais qu'il ferait son possible pour nous tirer de ce mauvais pas. En fait, une chose me rassurait presque : Guiseppe ne faisait pas parti des Volturi. Si cela avait été le cas, nous l'aurions reconnu. Ce n'était donc qu'un nomade qui s'était allié à deux autres clans de nomades
Que Guiseppe aurait préféré avoir Esmée comme otage était logique. Après tout, elle été la compagne de Carlisle. Ce que je ne comprenais pas, c'était qu'il nous avait proposé de nous retirer. Cela ne cadrait pas. Pourquoi se contenter d'Esmée, alors qu'il pouvait nous avoir tous les trois ? Non, quelque chose n'allait pas. Trois prisonniers valaient mieux qu'un seul !
Un autre détail m'interpelait. L'Italien voulait nous échanger. Mais contre quoi ? Que pouvait bien avoir Carlisle qui puisse attiser la convoitise de ce vampire ? Des biens ? De l'argent ? Un objet particulier ? Non, ce n'était pas ça. C'était beaucoup trop…trivial ! Une idée s'insinua dans mon esprit. Je la chassais, m'en voulant d'y avoir seulement songé. Mais, en dépit de mes efforts, elle se fit de plus en plus forte. Ce n'était pas contre quelque chose que Guiseppe voulait nous échanger, mais contre quelqu'un ! Qui ? Nessie ! Non, ce n'était pas elle, sinon Guiseppe s'en serait pris à ses parents. Après tout, il avait bien préparé son attaque sur nous. Ca ne pouvait pas être que le fruit du hasard. Alors, qui était visé ? Une vieille histoire en suspend… Emmett n'a jamais vu l'Italien… Carlisle ! Il n'y avait que lui qui connaisse notre ravisseur ! C'était lui la cible ! Guiseppe voulait nous échanger contre Carlisle !
Je levai les yeux vers Emmett. Les traits durs, la mâchoire serrée, les muscles raides, le regard froid, il bouillait littéralement de colère ! Et le mot était faible. Lorsque nos yeux se croisèrent, un peu de tendresse vint adoucir ceux de mon frère. Mais ils retrouvèrent toute leur dureté en se posant sur Guiseppe.
- Allez-vous nous dire ce que vous voulez, monsieur ? fit Emmett, d'une voix glaciale.
- Je conçois que votre situation soit quelque peu désagréable, répondit Guiseppe, un sourire narquois aux lèvres. Mais je ne vois absolument pas en quoi en connaître la raison pourrait l'arranger.
- Cela la rendrait peut-être un peu plus supportable, répliquai-je, acerbe.
- Savoir que je ne vous ferais aucun mal réponds déjà à cette exigence. Oh ! Suis-je bête ! J'ai failli oublier de vous demander de me confier vos téléphones portables ! Je ne voudrai qu'un appel impromptu vienne gâcher mes projets.
- Pas de chance ! rétorquai-je. J'ai oublié le mien sur ma table de nuit.
- Vous ne me tiendrez pas rigueur de ne point vous croire. Levez-vous, chère amie.
Regardant Emmett, j'obéis.
- Andrew ! Fouille-là !
Ainsi, le vampire qui m'avait gêné s'appelait Andrew. Toujours bon à savoir. Il s'approcha presque timidement. Il était pathétique ! Instinctivement, je me redressai. J'ôtai ma veste et la lui tendis. Il commença à tâter les poches de ma veste avant de se placer devant moi. Lorsqu'il plaqua ses mains sur mes fesses, je vis Emmett prêt à bondir. Je l'en dissuadais d'un mouvement de tête. Andrew était vraiment idiot ! Il suffisait de regarder mon jeans pour constater que je n'avais rien dans les poches ! Si j'avais glissé ne serait-ce que des pièces dans mes poches arrières, cela serait visible même pour un humain ! Je sentis que les mains descendaient le long de mes jambes. Oui, c'était pathétique ! Ce jeune avait décidément vu trop de films ! L'examen fini, il me rendit ma veste et je fus autorisée à m'asseoir. Puis ce fut au tour d'Emmett d'être fouillé. Bien entendu, ils ne trouvèrent rien. Souriante, je songeais qu'il était heureux que ce fut Esmée qui avait emporté le seul portable pendant notre chasse !
- Ainsi donc, vous ne vous nourrissiez pas correctement, fit Guiseppe, rompant le silence.
- Comment cela ? demanda Emmett, encore furieux.
- Voyez-vous, je sais que Carlisle préfère les lapins aux savoureux humains. Mais je ne pensais pas qu'il le fasse toujours, au bout de toutes ces années. Ni même que d'autres vampires supporteraient cela.
- Et c'est un problème ? poursuivit mon frère.
- Comment faites-vous pour vivre ainsi ? reprit Guiseppe, toute amabilité soudain disparue. Comment se fait-il que vous y arriviez ?
- Avec de la volonté.
- Oh non, jeune homme. Je sais pertinemment que cela ne suffit pas. Pas quand on a goûté au sang humain. A moins que… il est votre créateur ! C'est Carlisle qui vous a fait, n'est-ce pas ?
- Non, répondis-je, précipitant, tout en jetant un regard appuyé à mon frère.
Hors de question de donner plus de poids à notre capture. Si l'Italien pensait que nous n'étions pas les « enfants » de Carlisle, cela nous laisserait peut-être une plus grande liberté d'action. Enfin… une plus grande… un moins petite, en tout cas…
- Pour toi, je le croirais presque. Tes yeux sont oranges. Et j'ai pu vous observer à loisir pendant la bataille. Tu n'es pas assez forte pour être un nouveau-né, dit Guiseppe, calmement avant de se tourner vers Emmett. Mais ce n'est pas son cas ! Ses yeux sont tellement jaunes que ça doit faire des années qu'il ne s'est pas nourri convenablement. En outre, je sais que cela fait des décennies qu'il est avec Carlisle.
- Et alors ? Pourquoi serais-je obligatoirement son fils ? rétorqua mon frère, entrant dans le jeu. Je l'ai rejoins il y a bien longtemps.
- Je ne te crois pas. Et la femme a dit que vous étiez ses enfants. Tu l'as appelé « maman », d'ailleurs.
- Simple appellation affective entre nous, affirmai-je.
- Vous mentez, tous les deux. Je sais qu'un vampire digne de ce nom ne peut pas se passer de sang humain. Je l'ai vu ! Je crois plutôt que vous êtes vraiment ses enfants. Seulement toi, petite, tu t'es écartée pendant quelques temps de cette alimentation décevante et, maintenant, tu y retournes. Oui, ce n'est pas possible autrement.
- Si vous le dites, marmonnai-je.
Le reste du voyage se poursuivit dans le silence. Finalement, nous arrivâmes devant une petite île et nous y accostâmes. Une pluie froide nous accueillit. Malheureusement, l'attention de nos geôliers ne se relâcha pas. Moi qui avais espéré avoir une ouverture pour nous enfuir, c'était foutu. Bien maintenus, nous fûmes contraints de les suivre jusqu'à une vieille bâtisse. Rien qu'en la voyant, j'étais prête à croire aux maisons hantées. Des murs sombres, sur lesquels le crépi s'en allait par morceaux des volets en bois vermoulus un jardin qui ressemblait plus à un début de jungle une toiture en piteux état qui semblait sur le point de s'affaisser une cheminée à laquelle il manquait des pierres. Un cadre absolument réjouissant…
En montant les marches menant l'entrée, l'une d'entre elles se cassa sous Emmett. Les nomades qui le tenaient raffermirent leur prise sur ses bras. Encore une occasion qui nous échappait… La porte d'entrée grinça comme celle d'une prison lorsque Guiseppe l'ouvrit. Lorsque nous fûmes à l'intérieur, j'haussais les sourcils. Même Esmée aurait du mal à rendre cette demeure accueillante ! Le vieux papier peint partait en lambeaux sur les murs une couche de poussière recouvrait le sol, rendant visible des traces de pas les cloisons s'ornaient de trous, laissant apparaître la structure de la maison les carreaux étaient noirs de crasse, quand ils n'étaient pas cassés le sol craquait de façon sinistre sous nos pas, pendant que nous nous rendions dans une pièce du fond. Celle-ci était différente. Le sol était propre, les volets en bon état et fermés, la salle était même meublée : deux canapés usagés mais corrects, cinq fauteuils, une télévision, un baby-foot. C'était presque du luxe en regard du reste ! Une porte se trouvait au fond de cette pièce, devant laquelle on nous emmena. Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant ce qu'il y avait derrière : des escaliers qui descendaient. Nul besoin d'être un génie pour deviner que c'était la cave ! Guiseppe tendit la main et actionna un interrupteur. Aussitôt, une lumière tremblotante éclaira les marches.
- Chers amis, voici votre chez-vous pour les quelques jours à venir, fit Guiseppe, montrant dans un geste théâtral la cave. J'espère qu'il vous plaira.
- Vous êtes trop bon, commentai-je, froidement.
- Il n'y a qu'une porte pour sortir, c'est celle-là, poursuivit l'Italien. Nous serons toujours là, aussi pas la peine d'essayer de vous enfuir. Les murs de la cave sont faits de blocs de pierre, alors ne vous fatiguez pas à vouloir creuser. En outre, mon cher Andrew restera à vos côtés, pour plus de sécurité.
- Il n'est pas fatigué de faire ça ? ironisai-je.
- Apprenez que les dons neutres ne demandent aucune énergie, contrairement à ceux qui sont offensifs ou défensifs. Vous devriez le savoir, étant donné que l'un des vôtres lit constamment dans les pensées.
Andrew, me prenant le bras, m'entraîna dans la cave. Aussitôt qu'il me toucha, je me sentie comme vidée de toute énergie. Dire qu'il nous affaiblissait était vraiment juste ! Emmett nous suivi, poussé sans ménagement. Nous avions à peine descendu quelques marches que la porte se referma avec un bruit sourd. Doucement, craignant que les escaliers ne s'effondrent, nous descendîmes. Un spectacle réjouissant nous attendait en bas. Un sol de terre, des murs en pierre d'où suintait l'humidité, une odeur de renfermé, trois pauvres ampoules… Il n'y avait même pas une chaise.
Dès que le nomade me lâcha le bras, je me dirigeai vers le coin de la pièce le plus éloigné de lui. Emmett fut prompt à m'emboîter le pas. Haussant les épaules, Andrew s'assit sur la dernière marche de l'escalier et nous regarda. Lui tournant le dos, mon frère et moi nous assîmes sur le sol terreux. Pour la première fois depuis notre capture, nous allions pouvoir bavarder.
- Comment tu vas ? commença Emmett, anxieux.
- Bien. Et toi ?
- J'aurai bien besoin de Jaz pour me calmer, mais sinon, ça va, dit-il, avant de poursuivre d'une voix pleine de fureur. Si j'avais pu, j'aurai cassé en deux cet avorton quand il t'a touchée.
- Détends-toi, lui enjoignis-je. Ça ne sert rien de s'énerver.
- Dire que sans lui, on n'en serait pas là !
- Je sais.
- Comment se fait-il qu'ils aient pu nous surprendre ? Ça m'étonne qu'Alice n'ait pas vu quelque chose d'aussi énorme que ça.
- Elle voit vraiment presque tout ? ne pus-je m'empêcher de demander.
- Oui. Elle est très efficace, d'habitude. Même de simples visites de vampires, elle les voyait venir. Et là, une attaque de cette ampleur…Enfin, je suppose qu'on lui en demande de trop, ou qu'on a pris la mauvaise habitude de se reposer sur elle.
- Tu lui en veux ?
- Non, pas du tout. Je ne peux lui reprocher quelque chose comme ça. C'est un impondérable. En réalité, c'est plutôt à moi que j'en veux, avoua-t-il, me regardant avec un air de reproche.
- A toi ? Pourquoi ?
- Je t'avais promis de te protéger. Il faut bien admettre que j'en ai été incapable.
- Tu as vu combien ils étaient ! Emmett, tu l'as dit toi-même : c'était imprévisible ! Grâce à nous, Esmée a pu s'enfuir et prévenir les autres. C'est déjà ça !
- Tu as raison. C'est Edward qui doit déteindre sur moi, avec sa manie de toujours tout se reprocher, plaisanta mon frère. N'empêche, tu as remarqué la façon dont ils tenaient Esmée lorsque nous sommes arrivés ?
- Oui.
- Ils étaient prêts à l'étêter, j'en suis persuadé, ragea Emmett. Je ne pense pas qu'ils l'auraient capturée, comme ils l'ont fait pour nous. Et puis, ce Guiseppe a dit qu'il avait « une affaire en suspend » avec Carlisle. Je voudrai bien savoir de quoi il s'agit.
- Tu es sûr de l'ignorer ? Carlisle ne t'a jamais parlé de ce vampire ?
- Non. Sur le bateau, je n'ai pas cessé d'y songer. J'ai repensé à toutes les conversations avec Carlisle sur son séjour chez les Volturi. Pas une seule fois le nom de « Portia » n'est venu dans la discussion. Je me rappelle qu'il avait un drôle de regard quand il nous racontait la façon qu'ont les Volturi de rendre la justice. Mais à part ça, il n'y avait rien d'extraordinaire, pas un indice sur ce que veut ce vampire. Edward aurait peut-être pu te répondre, s'il l'a vu dans les pensées de Carlisle.
- Qu'est-ce que tu penses qu'il va se passer, maintenant ?
- Son premier plan est tombé à l'eau. Donc, je crois qu'il va patienter quelques jours pour réfléchir et qu'ensuite, il appliquera son second plan. Mais c'est toi qui connais mieux les nomades que moi.
- Ils sont trop nombreux pour appartenir à une seule bande. Ils devaient être trois ou quatre clans quand ils nous ont attaqués. Ils sont six vampires maintenant. Mais vu leur façon de se comporter entre eux, je miserai sur deux groupes. Enfin, plutôt deux clans plus un rescapé d'un autre.
- Pourquoi ?
- Andrew et Guiseppe sont ensemble, c'est évident. Parmi les deux qui te tenaient, il y en avait un qui n'arrêtait pas de regarder Guiseppe. Donc, il doit appartenir à son clan. Ensuite, il y avait un vampire qui restait constamment près du deuxième qui t'immobilisait. Ces deux-là doivent appartenir à la même bande. Enfin, le sixième restait à l'écart, à observer les vagues. Ou il est seul, ou il est avec le second groupe, mais je pencherai plutôt pour la première option.
- D'accord. Six vampires, deux bandes et un solitaire. As-tu remarqué autre chose ?
- Guiseppe commande, c'est évident. A mon avis, ceux qui ne sont de son clan vont bientôt partir, à moins qu'ils n'attendent quelque chose de spécial. En tout cas, il faut s'attendre à des frictions entre eux. A ce moment-là, on aura peut-être une chance de s'enfuir. Surtout si tu arrives à assommer le gêneur là-bas.
- C'est clair que je vais m'occuper de lui, grogna mon frère. Qu'il ose encore te toucher comme il l'a fait, et il est bon pour allumer un feu de cheminée.
- Merci.
- D'ailleurs, juste avant qu'il ne nous gêne, tu as été fantastique, me complimenta Emmett, avec un sourire. Comment tu les as renversés… Stupéfiant ! Et toi qui disais avoir peur de ton don il n'y a encore pas si longtemps. J'ai pu sentir l'air vibrer au-dessus de moi quand je me suis baissé. !
- Mais c'était insuffisant, remarquai-je. Enfin… Maintenant qu'Esmée est saine et sauve et qu'elle a averti les nôtres, Alice va peut-être avoir une vision magnifique qui nous délivrera.
- Ouais. Mais étant donné qu'il y a beaucoup de vampires en cause, il risque d'y avoir obstruction.
- Comment ça ?
- Si l'un d'entre eux est incertain, ou change sans cesse d'idée, il va perturber le déroulement des choses et donc, Alice ne verra rien ou, au contraire, une multitude de possibilités. Il n'y a de toute manière qu'une fin possible : un combat contre Guiseppe et ceux qui le suivent. Même si on s'échappe tous les deux, il est clair qu'il ne nous laissera pas tranquilles. Si cette histoire remonte au temps où Carlisle était en Italie, il est certain que c'est une rancune longtemps nourrie. Les bons mots ne suffiront pas, cette fois. Même Carlisle sera d'accord là-dessus, lui qui n'aime pourtant pas la violence. Donc, en attendant…
- On reste tranquille et on saisi l'occasion de s'enfuir si elle se présente, complétai-je.
- Oui. Mais il est absolument hors de question que je parte sans toi, m'avertit-il.
- Pourtant…
- Non, Rachel. J'ai pris ma décision. Il est hors de question que je te laisse seule ici.
- D'accord. Tu as réfléchi sur ce que Guiseppe entendait par « monnaie d'échange » ?
- Oui. J'en suis arrivé à la conclusion que c'est contre l'un des nôtres qu'il veut nous échanger.
- Même conclusion. Tu penses à qui ?
- J'ai un doute. Peut-être contre Esmée, puisqu'il a dit que c'était elle qu'il voulait. Mais j'ai plutôt l'impression que c'est contre Carlisle.
- Moi aussi.
- Le connaissant, il serait prêt à se sacrifier pour nous. Et ça, je ne le veux pas. Je ne désire pas vivre avec sa mort sur la conscience.
- Nous sommes d'accord là-dessus. Mais dis-moi, et si nous demandions simplement au pantin là-bas ? Il sait peut-être.
Emmett se retourna et j'en fis de même. Andrew nous regardait fixement, ses yeux rouges luisant presque. Il paraissait ne rien éprouver, ni ennui, ni plaisir. Il était là, tout bonnement, assis à nous lorgner.
- Eh ! Andrew ! l'apostropha mon frère.
- Que veux-tu ? demanda le nomade, le regard soudain animé d'intérêt.
- Tu as entendu ce que nous disions, alors tu peux répondre à la question, non ?
- Vous parliez trop vite et trop bas pour que je comprenne vraiment.
- Peux-tu nous dire ce que veut Guiseppe à Carlisle ? l'interrogea Emmett.
- Je peux, fit Andrew, en se levant et en s'approchant quelque peu de nous. En tout cas, en partie. Mon maître veut la femme, Esmée. Rien d'autre.
- Pourquoi ? questionnai-je à mon tour.
- Vous m'en demandez trop. Mon maître m'a créé il y a seulement trois ans et il ne me dit pas tout. Mais je sais que Carlisle lui a volé son bonheur et que Guiseppe veut Esmée. Il la veut absolument, presque désespérément.
- C'est tout ? s'étonna Emmett. C'est tout ce que tu sais ?
- Oui.
- Et ça te suffit pour faire ce que tu fais ? Pour l'aider à détruire notre famille ?
- C'est mon maître, c'est tout ce qui compte.
- Ben tiens, répliquai-je, acerbe. Tu es un vampire ! Tu es libre de tes décisions ! Si tu n'es pas d'accord avec lui, tu peux le quitter. Tu n'es pas un chien qui lui doit obéissance.
- Je sais, fit-il, murmurant. Mais il a fait de moi ce que je suis, il a bien pris soin de moi pendant ces trois ans. Alors, si je peux lui faire plaisir, ne serait-ce qu'une seule fois, pour lui montrer ma reconnaissance, je le ferai. Ensuite, je partirai peut-être. Mais je veux d'abord lui donner ce qu'il veut et ce qu'il désire, c'est Esmée, alors…
- Merci pour l'info, dit Emmett, d'un ton plein d'ironie.
- Par contre, je peux vous apprendre autre chose, poursuivit Andrew, l'air de vouloir faire plaisir. Les autres nomades, ils ont tous été fait par Guiseppe.
- Quoi ? m'exclamai-je en même temps qu'Emmett.
- Oui. Mon maître savait que votre bande était nombreuse. Je n'étais pas encore né quand il a créé les autres. Bien sûr, il paraît qu'ils ne sont pas restés ensemble longtemps. Mais lorsqu'il a eu besoin d'eux, il a su les trouver. En fait, c'était même simple puisque, à cause de vous, les Volturi venaient au grand complet. Mon maître les a suivis, avec moi et Alex. On a revu les autres près de chez vous. Guiseppe a parlé avec eux et nous sommes repartis tous ensembles. Mais si vous voulez plus d'info, demandez à Alex. Il est sympa et je suis sûr qu'il en sait plus que moi.
- Merci.
- J'ai moi aussi une question.
- Vas-y, fit Emmett, méfiant.
- Je sais que tu t'appelles Emmett, dit Andrew avant de se tourner vers moi. Mais j'ignore ton prénom.
- Rachel, répondis-je.
- Enchanté, alors.
- Je serai vraiment hypocrite si je disais la même chose, rétorquai-je.
Andrew regagna sa place, conscient que notre discussion était finie et que nous ne voulions pas de sa présence près de nous.
- Il semblerait que ce soit contre Esmée que nous devons être échangés, finalement, reprit mon frère.
- Oui. Ça ne me plaît toujours pas. Mais le « pourquoi » demeure. Tu crois qu'il est jaloux de Carlisle ?
- C'est possible. Tu as entendu : Carlisle lui a volé son bonheur. Je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre.
- Il faut absolument que nous trouvions une solution. Je n'imagine pas un instant Esmée entre leurs mains.
Le silence lourd retomba sur nous. Et l'attente commença. Les heures passèrent lentement, très lentement. Emmett et moi ne parlions pas. La présence constante d'Andrew nous dérangeait. En outre, nous ne voulions rien dire qui pourrait aggraver la situation ou donner aux nomades des informations qu'ils ne possédaient pas.
Grâce à notre instinct, nous sûmes que quatre jours s'étaient écoulés lorsque Guiseppe ouvrit la porte de la cave. Quatre jours passés dans le silence, à fixer le mur et à ressasser nos pensées. Heureusement que nous avions chassé avant notre capture. Quoique, je commençais à sentir une petite envie poindre le bout de son nez…L'Italien avait l'air content. Aussitôt, mes muscles se tendirent. Etait-ce bon ou mauvais pour nous ?
- Bien, entama Guiseppe. Vous allez commencer par me donner le numéro de téléphone de ce très cher Carlisle.
- Il vous a fallu quatre jours pour trouver ça ? ne pus-je m'empêcher de dire, hargneuse.
- Alors, ce numéro ? poursuivit le nomade, se tournant vers Emmett.
- 555 237948.
- Parfait. Il est temps de lui donner des nouvelles de ces chers enfants et lui dire ce que j'attends de lui, déclara-t-il avant de nous regarder, un sourire mauvais sur le visage. Au fait, j'ai un cadeau pour vous.
Ben tiens ! Que manigançait-il ? Quelques secondes plus tard, je perçus une odeur. Sucrée, pleine de saveurs et de promesses… le venin afflua sans effort dans ma gorge… la vision d'un cou palpitant s'imposa à moi… une peau douce, sans poils… une veine offerte… un sang qui me ferait chavirer de plaisir… des battements de cœur si semblables à ce qu'avaient été les miens, il y avait si longtemps…une chair tendre dans laquelle mes dents s'enfonceraient rapidement… Des humains approchaient.
Cela fit vaciller mon esprit et mes bonnes résolutions. J'étais un chasseur, un prédateur et on venait me nourrir comme un tigre en cage ! Il y avait deux mortels, si mon odorat ne me trompait pas. Et nous étions trois vampires dans cette cave… Donc, l'un de nous se passerait de repas. Rien que l'idée de partager ma future proie me révoltait.
Avec un sourire triomphant, Guiseppe se saisit d'un humain et l'envoya vers Andrew. Le pauvre mortel trébucha dans l'escalier et se serrait peut-être rompu le cou si le vampire ne lavait pas attrapé à temps. Je me serrai jetée sur lui si Guiseppe n'avait pas envoyé le second humain vers Emmett et moi. Je sentais le sang qui coulait des blessures qu'Andrew infligeait à son repas. Et mon esprit lâcha complètement prise…
