Bonjour à tous et à toutes.

Je suis sincèrement désolée de l'attente très longue, mais j'ai dû faire face à quelques soucis.

Mon ordinateur m'a lâché et on m'a volé mon disque dur sur lequel figurait le seul exemplaire de cette fic'. Alors, le temps de tout récupérer, d'essayer de retrouver le fil de l'histoire et de m'y remettre (le tout agrémenté d'un passage à l'hôpital qui m'a mis K.O.), les semaines ont passé.

Merci pour vos messages. Ils m'ont fait énormément plaisir et donné le courage de m'y remettre.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Bonne lecture à tous et à toutes.

Chapitre 13

Tel un diable jaillissant de sa boîte, Emmett bondit. Avec une fraction de seconde de retard, je me mis en mouvement. Puisqu'il était parti sur la gauche, je me dirigeai vers la droite. Mon frère se rapprochait d'Andrew, pendant que je veillais à rester le long du mur et à gagner l'autre côté de la cave, là où il ne pourrait pas me voir sans tourner la tête. La stratégie était de le prendre en tenailles, tout en le forçant à se concentrer sur un seul de nous à la fois. Un bon plan en apparence.

- Qu'est-ce que vous faites ? demanda le futur mort, l'air décontenancé.

Il était vraiment lent à la détente ! Nous étions des vampires, pas de gentils petits chiens de compagnie, tout de même ! Il croyait vraiment que nous resterions là, les bras croisés, attendant patiemment la prochaine séance de torture ? D'accord, nous étions restés tranquilles pendant quelques jours. Nous nous étions efforcé de comprendre la situation. Sans connaître tous les tenants et les aboutissants, comment prendre une décision sans craindre que cela n'empire la situation ? Après tout, malgré notre captivité, nous avions gardé l'espoir de pouvoir raisonner nos ravisseurs. « Dans tout conflit, il faut privilégier le dialogue » était une maxime chère à Carlisle. Nous avions essayé et échoué.

Cela me confortait dans ce que je savais face à des vampires nomades, il n'y avait que la force qui pouvait régler un problème. Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avions pas la marge de manœuvre qui était la nôtre à présent. C'était la première fois qu'il manquait quatre de nos ravisseurs en même temps. D'habitude, il n'y en avait que un ou deux qui sortait, d'après les bruits qu'Emmett et moi avions pu saisir. En temps normal, nous aurions tenté notre chance, mais avec Andrew qui veillait au grain, nous étions impuissants. Enfin, j'étais impuissante. Et ce que j'avais découvert en le touchant me confirmait que la force brute n'aurait pas eu d'effet sur notre gardien. Le plan d'Emmett était bon et nous assurait une victoire quasi certaine. En outre, nous n'avions pas été maltraités jusqu'à présent. L'heure qui venait de s'écouler avait sérieusement changé la donne ! Je refusais l'idée d'entendre encore mon frère hurler de douleur, et l'inverse était vrai.

Parce que nous nous nourrissions d'animaux, ils croyaient que nous étions « domestiqués » ? Quelle erreur ! A présent que nous avions été torturés et que nous avions une chance de réussir notre évasion, les prédateurs que nous étions se rebellaient ! Puisant ma force dans ma colère, j'étais prête à laisser libre cours à toute la sauvagerie qui m'habitait. Et nous avions l'habitude de chasser ensemble ! Le pauvre Andrew n'avait aucune chance, même s'il l'ignorait encore…

Emmett était parvenu jusqu'à notre geôlier et je voyais distinctement son poing approcher à pleine vitesse du visage stupéfait d'Andrew. Ce dernier détourna la tête au dernier moment et en profita pour saisir le poignet de mon frère. C'était ce que nous attendions ! Je sentis un poids tomber de mes épaules. Grâce à mon frère, je venais de perdre ma muselière ! Andrew allait en faire les frais et payer au centuple ce que nous avions subi ! Hors de question de faire dans la civilité, la retenue et les bonnes manières ! Sans perdre de temps, j'éveillai mon pouvoir. Avec plaisir, je perçus le fourmillement familier parcourir mes bras et se diriger vers mes mains. Je sentis la puissance qui m'habitait, plus forte que d'habitude. Sans doute parce qu'elle avait été anesthésiée trop longtemps par une volonté autre que la mienne.

- Vous n'apprendrez donc jamais, déclara avec suffisance notre adversaire. Vous n'avez aucune chance contre moi.

Je me déplaçai légèrement, afin d'avoir ma cible dans mon champ visuel. Pas question de rater mon coup.

Tu vas voir ce qu'il en coûte de s'en prendre à nous ! Attends juste que mon frère me donne une ouverture.

Je vis mon frère tenter de frapper Andrew avec son autre poing. Mais même moi, je pouvais voir que le coup manquait de force. N'ayant pas de pouvoir, Emmett subissait la seconde version du don de notre gardien. C'était sa force vampirique qui était affaiblie. Il ne tiendrait pas longtemps. Mais il n'aurait pas à attendre plus que quelques dixièmes de seconde. Andrew le regarda, avec ce petit air supérieur qui m'horripilait et lui attrapa le bras. C'était tout ce que j'attendais ! Je tendis les mains et sentis la force qui s'en échappait. Je perçus avec satisfaction le choc lorsqu'elle enveloppa Andrew. En grognant de colère, je le soulevai du sol. Surpris, il lâcha Emmett.

- Cédric ! A l'aide ! cria-t-il, comprenant trop tard qu'il allait plus que certainement mourir.

Il n'eut pas le temps de réagir et de me contrer. D'une simple torsion du poignet, je détachai sa tête de son corps et le laissai retomber.

La porte de la cave s'ouvrit avec fracas. Un jeune homme apparut. Enfin, jeune, il semblait quand même plus vieux que moi. La petite vingtaine, des cheveux moyennement propres et bruns, un jean troué, un T-shirt fatigué, un visage où se lisait l'étonnement le plus complet… Ce fut tout ce que j'eus le temps d'apercevoir avant que mon frère ne se relève et masque le nouveau venu à ma vue.

- Celui-là, il est à moi, déclara Emmett.

Il franchit la distance qui le séparait de Cédric et lui asséna un premier coup. Mon frère allait gagner, cela ne faisait aucun doute. Cependant, ma colère était loin d'être apaisée. La mort d'Andrew avait été trop rapide, trop brusque pour me satisfaire. Je pouvais entendre clairement mon pouvoir vibrer en moi. Me laissant envahir par ma fureur, je fixai les restes de ce qui avait été un vampire. Avec des mouvements rapides des mains, j'entrepris de « trancher dans le vif », au sens littéral, laissant mon don s'exprimer. J'étais tellement ivre de rage que je ne distinguais plus clairement ce que je faisais. La tête tranchée fut découpée en deux, puis en quatre, puis en une multitude de morceaux, tout comme le corps. Une oreille vola sur la droite, un morceau de crâne sur la gauche, des doigts par ici, un pied par là, un bout de cuisse s'écrasa au plafond pendant qu'un avant-bras s'enfonça dans un mur, des morceaux de corps voltigeaient en tout sens, une demi cage thoracique vola jusqu'à la porte où elle rata de peu la tête de mon frère…

- RACHEL ! ARRETE ! hurla-t-il.

Devant sa mine ébahie, je laissais retomber mes bras et ma colère. Plusieurs émotions se succédèrent sur son visage : stupéfaction, incrédulité, interrogation, angoisse. Il avait même laissé tomber la tête et le corps démembré de Cédric. Je le dévisageais d'un air perplexe, attendant qu'il reprenne ses esprits. Ses yeux foncés ne cessaient de regarder autour de moi, s'arrêtant parfois sur un morceau plus gros que les autres, suivant les traînées de sang le long des murs. Enfin, ils se fixèrent sur moi.

- Tu as perdu la tête ou quoi ? s'insurgea-t-il.

- Pas du tout, fis-je, calmement.

- Tu crois que c'était la peine de faire ça ?

- Non, mais ça fait du bien.

- Vraiment ? demanda-t-il, en me regardant froidement.

- Ok, répondis-je, me sentant quelque peu honteuse malgré moi. Je me suis laissée emportée.

- Tu n'as plus qu'à rassembler tout ce fatras.

Regardant autour de moi, je me rendis compte que cela n'allait pas être facile. Il y avait des morceaux d'Andrew partout. Mais vraiment partout : écrasés contre les murs, se détachant lentement du plafond, éparpillés sur le sol. J'y étais allée peut-être un peu fort… Enfin, « un peu » était un euphémisme. J'avais tellement haché Andrew que j'aurai été incapable de dire à quoi correspondait la majorité des lambeaux qui parsemaient la cave…Rassemblant mon énergie, j'entrepris de balayer la pièce méthodiquement, rassemblant à chaque mouvement tous les morceaux que mon pouvoir sentait et capturait. Bien sûr, le tas que je fis comportait également quelques fragments de pierres arrachés aux murs, mais bon, ce n'était pas si grave que cela.

Je sentais le regard chargé de reproches de mon frère peser sur mes épaules. Penaude, je me fis la réflexion que le spectacle que j'avais donné était loin d'être à mon avantage. Au lieu d'une petite sœur souriante, plaisant et insérée dans une vie familiale idyllique, je lui avais renvoyé l'image d'un vampire dominé par la haine, la colère, ne se maîtrisant plus et s'acharnant sur un corps démembré. Pathétique…

- C'est bon, tu as tout ? demanda Emmett.

- Je crois.

Il descendit alors l'escalier et posa les restes de Cédric sur le tas.

- Tu as du feu ?

- Bien sûr, répliqua-t-il, en amorçant un sourire. Je me balade toujours avec un briquet dans ma poche.

- Comment fait-on, alors, pour les brûler ?

- Je vais regarder dans la cuisine, je trouverai peut-être quelque chose.

Pendant qu'il cherchait ce dont nous avions besoin, j'entrepris de faire un dernier tour de la cave. Bien m'en prit ! Je découvris quelques morceaux d'Andrew qui s'étaient coincés dans les interstices des pierres disjointes un orteil, quelques doigts, des bouts non identifiables. Avec un certain dégoût, je les envoyais rejoindre le reste.

- J'AI TROUVÉ ! claironna Emmett depuis l'étage.

Il sauta d'un bond au bas de l'escalier et brandit fièrement devant moi… une misérable boîte d'allumettes ! Dire qu'il était tout content de sa trouvaille…Rien qu'à voir son aspect, je me doutais qu'elle était là depuis longtemps. Elle ne devait pas avoir servie depuis des années, des décennies peut-être. Lorsque mon frère l'ouvrit, je vis cinq pauvres allumettes.

- Tu crois qu'elles vont s'allumer ? demandai-je, très sceptique quant au résultat.

- Mais bien sûr, m'assura Emmett, ne doutant vraiment de rien. Laisse faire le spécialiste.

Il prit une allumette et la frotta. Manque de chance, elle se cassa entre ses doigts.

- Ça commence bien, remarquai-je.

- J'y suis juste allé un peu fort.

- Toute à fait d'accord avec toi.

Il en prit une autre et, ô miracle ! elle s'alluma…pour s'éteindre aussitôt, dans un pschttt lamentable..

- Spécialiste, hein ?

- La troisième sera la bonne, assura-t-il.

- Si tu le dis. Ce sera surtout l'avant dernière.

Effectivement, la troisième prit feu, la flamme s'éleva haute et claire… pour s'éteindre dès que mon frère l'approcha du tas.

- Tu ne veux pas que je le fasse ? proposai-je.

- Je sais quand même me servir d'allumettes, marmonna-t-il.

- Ça se voit. Je te rappelle que c'est la dernière.

- Ouais, ouais, je sais.

Il s'agenouilla tout près de ce qui me semblait être un pied. Il inspira et prit l'ultime allumette. Elle s'alluma en un instant. Emmett l'approcha doucement du tas qui prit feu immédiatement.

- Qu'est-ce que je disais ? fit mon frère en se redressant, un grand sourire éclairant son visage.

- C'est bien, tu as réussi à te servir d'allumettes, ironisai-je. La prochaine leçon portera sur la façon de lacer correctement ses baskets.

- Qu'est-ce qu'elle a, ma façon de lacer mes baskets ?

- Oh rien. Les boucles ne sont pas droites ni égales, mais c'est un détail.

En parlant de détail, une odeur me frappa. Pas celle, lourde et entêtante des restes de vampires en train de se consumer. Non, une autre. Baissant les yeux, j'en découvris très vite l'origine et mes yeux s'écarquillèrent d'horreur.

- Emmett ! Tu brûles !

- Je quoi ?

- Tu brûles !

Mon frère ne s'était pas écarté du feu et voilà ! Le bas de son pantalon s'enflammait ! Il n'y avait que lui pour réussir un truc pareil ! Sans prendre le temps de réfléchir, je l'écartais du bûcher d'un mouvement brusque de la main. Le maintenant en l'air, je lui fais faire la toupie, version vitesse vampirique. Heureusement, les flammes ne résistèrent pas à ce traitement de choc et s'éteignirent rapidement. Soulagée, je reposais mon frère au sol, un peu rudement peut-être, et me précipitai vers lui.

- Ça va ? demandai-je, inquiète.

Son pantalon avait brûlé jusqu'au genou. Je poussais un soupir de soulagement en voyant sa peau intacte, quoique légèrement rosée. Il n'avait rien…

- Tu-ne-refais-jamais-ça, dit-il, détachant soigneusement les syllabes. J'ai cru que ma tête allait se décrocher.

- Tu es…, commençais-je, ne trouvant pas de qualificatif suffisamment fort pour traduire ce que je pensais. Il n'y a vraiment qu'à toi que ça peut arriver, ce genre de truc !

- Zen, petite sœur, zen. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

- Tu trouves ?

- Bon, j'ai un peu oublié de m'écarter du feu, mais à part ça…

- « un peu oublié » ? Tu m'expliques comment on peut « un peu oublier » ?

- Euh… Et si on mettait les voiles ? Tant que la voie est libre…

- C'est ça, change de sujet. Mais tu as raison, nous devrions nous dépêcher.

- Histoire de retrouver notre famille et de les rassurer. Et de mettre en place un plan de contre-attaque.

Rapidement, nous sortîmes de la maison. Ah, cette sensation de liberté ! Ce délicieux petit vent, cette bonne odeur de terre humide, tous ces petits bruits qui parvenaient à mes oreilles… C'était un vrai régal ! Tout en m'entraînant vers la mer toute proche, Emmett reprit la parole.

- Quand ils nous demanderont ce qui s'est passé, il serait probablement mieux de ne pas tout dire.

- Si tu veux. Quoique, je ne vois pas trop ce dont nous pourrions avoir honte.

- Ce que tu as fait à Andrew, par exemple.

- De toute manière, Edward le captera, alors… Et puis, même si c'était plus que disproportionné et que je n'en suis pas fière, je préfère encore que Carlisle soit au courant. Après tout, je vis avec vous et il ne serait peut-être pas mal de savoir jusqu'où je peux me laisser entraîner. Histoire d'adapter après les efforts sur la concentration, la maîtrise de soi, ce genre de chose.

- A toi de voir, mais ce n'est pas moi qui le leur dirait.

- Par contre, ils n'ont pas besoin d'avoir les détails des « spécialités » auxquelles nous avons goûtées.

- Bien d'accord avec toi. Juste savoir ce qu'ils peuvent faire, afin qu'on puisse préparer un bon plan d'action.

Je laissai le silence s'installer pendant une seconde, avant d'aborder un sujet qui me amena un immense sourire sur mon visage.

- Comment crois-tu que Rose va réagir en entendant comment tu as failli te faire griller tout seul ? demandai-je, d'un ton plein d'innocence.

- Tu ne vas pas oublier ça, n'est-ce pas ?

- J'ai une excellente mémoire.

- Et si je t'offrais quelque chose en échange de ton silence ? fit-il, de l'espoir plein la voix.

- Tentative de corruption ?

- Alors ? Tu te laisses soudoyer ?

- Désolée frérot, mais j'ai eu mon content de cadeaux pour plusieurs décennies.

- S'te plaît…

- Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme l'impression que cela va détendre l'atmosphère.

- Je m'en doutais, marmonna-t-il, résigné. Je sens que je vais en entendre parler pendant des années.

Tout en parlant, nous étions parvenus au bord de la mer. Sans ralentir, nous plongeâmes. Au moins, dans l'eau, Guiseppe ne pourrait pas nous pister. Il nous suffisait de regagner le rivage, puis de contacter les nôtres et courir jusque chez nous. Rien de bien compliqué en apparence.

Tout en réfléchissant, je m'efforçai de suivre Emmett. Sous l'eau, la puissance de mon frère s'exprimait dans toute sa splendeur. J'avais presque du mal à suivre son rythme ! Là où il lui suffisait d'un mouvement de brasse, il m'en fallait deux pour parcourir la même distance ! Vraiment injuste… En plus, la fluidité de ses gestes le rendait vraiment gracieux. Un comble quand on voyait la montagne de muscles qui me servait de frère !

Brusquement, il s'arrêta. Fronçant les sourcils, je m'empressai de le rejoindre. Parvenue à sa hauteur, je l'interrogeais d'un simple mouvement de tête. Pour toute réponse, il me fit un sourire tout ce qu'il y avait de plus charmant en se frottant l'estomac. Bon, il avait faim. Qu'à cela ne tienne, nous aurions tout loisir de nous restaurer une fois sortis de l'eau. Mais apparemment, il avait une autre idée en tête. Tendant son bras, il me désigna quelque chose se trouvant sous nous. Suivant son geste du regard, mon froncement de sourcils s'accentua.

Il ne pouvait pas être sérieux, tout de même ! Je voyais distinctement ce qu'il me montrait, mais je ne pouvais en croire mes yeux. De lourds animaux nageaient paresseusement sous nous. Je reconnus des lions de mer. D'énormes tas de muscles, agiles sous l'eau, mais tellement poussifs sur terre. Il n'avait quand même pas l'intention de manger ça ! D'accord, c'étaient des animaux, mais tout de même ! Il y avait des limites ! Entre un cerf et ça, je préférais encore le cerf. D'accord, c'étaient des mammifères, mais marins ! Dans ma tête, c'était vraiment trop proche du poisson. Pourquoi ne pas s'attaquer à des dauphins, pendant qu'on y était ! Dans le genre idée saugrenue, mon frère devait vraiment être le champion du monde ! Ou alors il avait un sens du l'humour tellement particulier que même moi, j'avais du mal à le suivre.

Pourtant, à ma grande stupéfaction, Emmett était on ne peut plus sérieux. Il avait réellement l'intention de s'adonner à de la chasse sous-marine ! Il plongea et se dirigea rapidement vers le troupeau de lions de mer. J'étais tellement surprise que je demeurai sur place. Je le vis s'élancer sur une de ces bêtes, qui apparemment ne le craignait pas. Il fallait avouer que ces animaux ne devaient pas craindre grand-chose sous l'eau. La simple idée d'être attaqué par quelque chose d'autre qu'un requin ou un orque ne devait même pas pénétrer leurs cerveaux de mammifère ! Et là, un vampire décidait de les ajouter sur la carte de ses menus… Néanmoins, lorsqu'Emmett ne fut plus qu'à quelques mètres d'eux, les animaux se mirent en mouvement. Ils devaient avoir compris quelque chose… Cependant, le chasseur était bien plus rapide que les proies. Il se paya même le luxe de tournoyer sur lui-même avant de s'élancer vers la bête qu'il avait choisie. Apparemment, mon frère aimait ce qui était grand : les ours et là, le plus grand des lions de mer. Sous mon regard ébahi, il s'accrocha à la bête en se collant sous elle. Un bien étrange corps-à-corps. C'était certain que l'animal était bien plus volumineux que la belle Rosalie… D'ailleurs, il fit quelques soubresauts, tournoya sur lui, essayant de déloger l'indésirable vampire. Un joli ballet à observer qui me fit sourire. Emmett noua fermement ses jambes et ses bras autour du corps du lion et mordis la gorge de sa proie. Il ne fallut que quelques minutes à mon frère pour vider l'animal.

Laissant retomber le cadavre au fond des eaux, il me fit signe de le rejoindre. Avec un sourire, un mouvement de tête et quelques gestes, il m'invita à satisfaire ma faim. J'écartai les bras en signe d'impuissance. J'avais faim, c'était un fait. Mais je n'avais jamais vu ces bêtes autrement qu'à la télé et était, par conséquent, ignorante de leur anatomie. J'aurai été bien incapable de dire où se trouvaient les veines et ne pouvait donc me nourrir. Emmett comprit le problème. Prenant les devants, il m'invita à le suivre. Nous nous élançâmes alors dans une chasse surprenante. Nageant et virevoltant, Emmett choisit une bête et fonça vers elle. Je le rejoignis alors qu'il s'évertuait à rester au-dessus d'elle. D'un simple geste, il m'incita à me placer sous le lion de mer. Bonne élève, je me glissais sous lui, sans éprouver la moindre difficulté malgré les changements de direction que l'animal effectuait. Puis, je me plaquai sous la bête, entourant son énorme cou de mes bras, qui me parurent soudain bien frêles. Emmett s'accrocha alors à l'animal de la même façon que les humains le font avec les tortues de mer. Puis, d'une main, il me désigna cinq endroits sur la gorge de l'animal. Hochant la tête, je lui indiquais que j'avais compris. Mon frère lâcha la bête, me laissant agir seule. Rapidement, je plaquai mes lèvres contre la peau froide de ma proie et ne les entrouvrit que ce qu'il fallait pour mordre. Hors de question de boire de l'eau de mer au lieu du sang. Sans en avoir fait l'expérience, je me doutais que cela ne serait pas à mon goût. Le sang inonda ma bouche. Il était chaud, ce qui me surprit vu la température de son propriétaire. Immédiatement, j'enroulais mes jambes autour de l'animal, pour éviter d'en être délogée par les mouvements désordonnées qu'il faisait pour se débarrasser de moi. Bon, ce n'était pas un régal. Disons, pour être franche, que c'était même moins bon que le daim. Il y avait un goût d'iode qui ne me plaisait pas. A part ça, c'était encore plus fade que les herbivores. Pour dire à quel point la saveur était vraiment médiocre… Nonobstant cela, ma faim était bien éveillée et, en dépit du goût, je vidais l'animal. Lorsque j'eus fini, je le lâchai, le laissant dériver au fond de la mer, et rejoignis mon frère.

Heureusement que le sens de l'orientation était un acquis chez nous, sinon nous nous serions perdus, tellement nous avions tourné sur nous-mêmes. Mon frère se dirigeât sans la moindre hésitation vers la côte. S'il n'y avait le risque d'être déjà poursuivi par Guiseppe, j'aurai pris tout mon temps, en nageant paresseusement. D'ailleurs, je me demandais pour quoi nous ne le faisions pas. Après tout, tant que nous restions sous l'eau, nous étions à l'abri. Mais mon frère devait certainement avoir une bonne raison d'agir ainsi.

Quelques minutes plus tard, mon frère remontait vers la surface et nous émergeâmes. Il n'y avait que des arbres devant nous. Comme s'il avait eu un GPS dans la tête, Emmett nous avait conduit jusqu'à une petite crique, au milieu de la forêt, apparemment loin de toute présence humaine.