Chapitre 14

Nous sortîmes de la mer. Apparemment très calme, Emmett se posta sur un rocher, balayant la forêt du regard. Nous étions vraiment dans un état qui allait faire friser Rosalie… Nos vêtements déchirés dégoulinaient. Notre petit bain n'avait pas pu en ôter les éclaboussures de sang dues à notre récente bataille. Par contre, notre peau était on ne peut plus propre. Saisissant mes cheveux à pleine main, je les tordais afin de les essorer au maximum. Ils étaient tellement emmêlés que je ne pouvais y faire glisser ma main. Imitant mon frère, j'enlevai prestement mes baskets, tellement gorgées d'eau que la semelle se décollait.

- Je croyais que nous étions pressés ? apostrophai-je Emmett.

- C'est le cas.

- Qu'est-ce que tu regardes aussi intensément, alors ? A moins que tu n'hésites sur la direction…

- Je sais parfaitement où nous sommes et le chemin à faire pour rentrer.

- Alors…

- Ils devraient être là…

- Ils ? demandai-je.

Je ne voyais pas de qui il pouvait bien parler. Si c'était de Guiseppe, heureusement qu'il n'était pas là. A peine cette remarque avait-elle franchie mon cerveau que je compris. Décidément, j'avais la rapidité de réflexion d'un poulpe !

- Tu parles de Carlisle et des autres.

- Oui.

- Et tu penses qu'Alice a eu une vision l'informant de ce que nous allions faire et de cet endroit.

- Je constate avec plaisir que tu suis le film, me taquina-t-il.

- D'où la chasse sous-marine.

- Exact. Histoire de leur donner le temps d'arriver. A ce propos, tu as aimé ?

- La vérité ?

- Bien sûr.

- Trop bizarre, répondis-je. Et je pèse mes mots…

- J'espère pour toi qu'ils ne sont pas trop lourds, m'interrompit-il.

- Trop drôle, frangin. Et franchement, le goût n'est pas terrible.

- Je sais. Ça ne vaut pas un bon grizzly, mais c'est plutôt cool.

- Je n'aurais pas utilisé ce mot.

- Que fait-on maintenant ?

- Tu connais la région ?

- Un peu.

- A 50 kms par là, il y a une petite grotte à flanc de colline. Il y a un rocher en forme de croissant juste à côté.

- Je la connais.

- Bien, concentre-toi dessus, sur le fait que nous y allons et que nous les y attendrons.

Fermant les yeux, je pris entre mes doigts le collier que m'avait offert Carlisle et Esmée. Le contact avec le pendentif apporta un grand calme dans mon esprit et fis ce qu'Emmett me demandait. Mentalement, je me figurais le chemin jusqu'à la petite grotte. Ma mémoire fit surgir avec une précision quasi photographique le parcours qui nous attendait, revoyant les arbres tombés, la partie recouverte de conifères, le terrain qui s'accidentait de plus en plus jusqu'à la colline, les rochers sur le sol, celui en forme de croissant couché près de l'entrée triangulaire de la grotte. Je me représentais même Emmett et moi en train d'attendre devant la grotte. Lorsque ce fut fait, j'ouvris les yeux. Je croisai le regard de mon frère.

- Bon, Alice n'a pas pu louper ça.

- Parce que nous y avons pensé tous les deux ? demandai-je, plus pour vérifier que pour autre chose.

- Parfaitement. Et surtout parce qu'elle doit nous épier avec attention.

- Donc, on se met en route ?

- Oui. Et nous les attendons là-haut.

Sans plus perdre de temps, nous nous mîmes à courir. Pieds nus, nous sautions par-dessus des buissons, prenions appui sur les arbres afin d'aller plus vite. Il allait nous falloir peu de temps pour faire ces 50 kms. Je doutais que les Cullen nous y attendent. Ce n'était pas quelques minutes de plus qui allaient faire une différence. Mais au moins, nous avions un plan et courir nous détendait.

Nous étions en train de slalomer entre les sapins lorsqu'une odeur familière me fit ralentir. Jetant un coup d'œil à Emmett, je vis qu'un immense sourire ornait son visage. Une seconde odeur, puis une troisième se superposèrent à la première. A chaque nouveau parfum, j'y associais le visage correspondant. Finalement, j'eus la surprise de découvrir qu'ils étaient tous là, même Edward et Bella. Il ne manquait que Jacob et, bien sûr Nessie. Impatients de retrouver les nôtres, nous accélérâmes.

Sans ralentir, nous quittâmes l'abri de la forêt et débouchâmes sur le plateau rocailleux où nous étions attendus. La scène qui s'offrit à moi m'emplit de soulagement. Carlisle se tenait bien droit, presque raide. Son visage, d'ordinaire si serein, reflétait son angoisse ainsi qu'une colère contenue. Même face aux Volturi, il n'avait pas eu un air aussi fermé. A côté de lui, Esmée lui tenait le bras, l'air soucieuse, mais tentant visiblement de l'apaiser. Rosalie faisait les 100 pas, toujours aussi belle malgré l'irritation qui l'agitait. Alice était assise, ce qui la faisait paraître encore plus petite. Elle avait l'air concentrée, probablement attentive à ne pas rater une vision, au cas où nous changerions d'avis. Jasper se tenait derrière elle, les mains sur ses frêles épaules. Il devait être fatigué à force de canaliser toutes les émotions des uns et des autres. Bella et Edward discutaient ils étaient les seuls à ne pas paraître trop soucieux, certainement parce que le jeune homme nous avait « entendus ».

D'ailleurs, Edward dit quelque chose et tous les visages se tournèrent vers nous. La colère céda la place sur tous les visages à la joie. Notre famille vint à notre rencontre. Pendant que je ralentissais, Emmett maintint son allure. Rosalie courrait vers lui et se jeta dans ses bras. L'étreinte puissante de mon frère se referma sur sa femme et ils tournoyèrent tout en s'embrassant. Esmée fut la première à parvenir à ma hauteur. Elle ouvrit en grand ses bras et je m'y blottis. Je fus alors submergée par l'amour qui s'échappait d'elle, pendant qu'elle me serrait en me disant que c'était fini. Pendant un bref instant, j'oubliai que nous étions des vampires, que nous vivions depuis des décennies et j'eus l'impression d'être de nouveau une jeune fille aimée par sa mère. Je me sentais bien, en sécurité.

Après les effusions et les embrassades, nous fûmes assailli par un véritable tourbillon de questions et de réflexions. Avec joie, j'écoutai toute cette cacophonie.

- Ça va ?

- Vous n'avez rien ?

- Désolée de n'avoir rien vu à temps…

- On voulait intervenir mais…

- On a eu un peu de mal à vous suivre…

- Vous avez été bien traités ?

- Où sont-ils ?

- On va leur régler leur compte…

- Dans quel état vous êtes !

- Comment avez-vous fait pour vous échapper ?

- Combien sont-ils ?

- Comment ont-il pu vous capturer ?

- Je m'inquiétais tant pour vous…

- Il va me le payer…

- Ça fait deux jours qu'on est là…

- Je n'avais pas reconnu la plage…

- Content de vous voir…

- Silence !

Pour une fois que Carlisle haussait la voix, tout le monde se tut. Il reprit la parole, beaucoup plus calmement.

- Nous sommes tous heureux et soulagés de vous retrouver. Bien entendu, nous avons de nombreuses questions qui demandent des réponses. Mais ce n'est pas le lieu et vous avez besoin de souffler un peu. Alors, nous allons tous aller à l'hôtel où nous aurons une longue discussion.

Nous nous remîmes en route. Tout en courant, je m'approchai d'Edward et de Bella.

- Je suis contente de vous voir, commençai-je. Mais ne me dites pas que vous avez amené la petite, tout de même.

- Elle est à l'abri avec Jacob, répondit Bella.

- Tant mieux.

- C'est gentil de t'inquiéter pour elle, ajouta Edward.

- C'est normal, plutôt. Mais au fait, comment êtes-vous venus ?

- En courant.

- Depuis Darrington ?

- Bien sûr, acquiesça le jeune homme. Ce n'est pas si loin pour nous.

- Oui, tu as raison.

- Et puis, tu as bien parcourue le pays à pays, poursuivit Bella. Ce n'est pas quelques kilomètres de course qui devraient t'étonner.

- C'est vrai. Disons que vous imaginer courir toute la distance, c'est bizarre.

- Pourquoi ?

- Vous êtes des sédentaires et avec vos voitures…

- Elles nous auraient ralenti pour vous pister, m'interrompit Edward. Déjà que ce n'était pas évident. Et puis, nous avons plus de liberté de mouvements ainsi.

Le reste du chemin se poursuivit en silence. Il ne nous fallut guère de temps pour arriver près de Seattle. Le jour commençait juste à poindre à l'horizon. Encadrés par la famille, nous dissimulant ainsi aux regards des quelques passants, nous marchâmes jusqu'à ce que Carlisle arrête plusieurs taxis. Nous nous engouffrâmes à l'intérieur et ils nous emmenèrent vers l'hôtel le plus luxueux de la ville. Parvenus à destination, Carlisle n'eut besoin que de quelques minutes pour obtenir les deux plus grandes suites de l'établissement.

Avec un soupir, j'évacuai un reste de tension tout en poussant la porte. Interdite, je regardai autour de moi. Un salon aussi grand que celui des Cullen, avec un immense canapé, quatre fauteuils, une table basse en verre, un écran géant, une table, des chaises, des bouquets de fleurs…Dire que ce n'était qu'un hôtel ! Alice et Esmée m'emboîtèrent aussitôt le pas.

- Je voulais te remercier pour…

- Ce n'était rien, Esmée, l'interrompis-je. J'ai vu qu'ils en avaient après toi et que je pouvais les tenir à distance. C'était la meilleure option.

- Mais quand même…

- Non, je ne veux plus rien entendre, fis-je, l'empêchant à nouveau de finir.

- En attendant, intervint Alice, tu devrais aller faire une petite visite dans la salle de bain. Tu dégoulines et, franchement…

- Oui, tu as raison, j'y vais de suite, approuvai-je, en gagnant la salle de bain.

Maintenant que j'avais retrouvé ma famille, j'avais besoin d'un petit moment de calme, histoire de remettre mes pensées en ordre. La conversation qui allait arriver n'allait pas être facile. Je devrai rester zen si je ne voulais pas que Jasper tombe d'épuisement. Et un bain m'aidera probablement à me détendre. J'avais l'impression d'avoir l'odeur du sang d'Andrew partout sur moi. Ma nouvelle vie avait modifié de façon radicale l'hygiène que j'avais jusque là. Dire qu'avant, ce n'était pas quelques tâches qui m'auraient énervée. Maintenant, je ne supportais pas d'être sale. Comme quoi, une fois qu'on en avait la possibilité, prendre une douche tous les jours était une habitude très vite prise et appréciée.

Je me sentis presque petite en entrant dans la salle de bain. Une grande baignoire (probablement prévue pour deux personnes), une douche avec des jets massants, une montagne de serviettes blanches, une robinetterie étincelante…Avec un immense plaisir, je me dévêtis et laissai mes vêtements en tas. Je n'avais aucune envie de les remettre, mais je n'en avais pas d'autres… Je verrai cela plus tard. Je remplis la gigantesque baignoire d'eau chaude. Rien de tel pour me relaxer. Alice et Rosalie devaient déteindre sur moi… Je contemplais la vapeur qui montait de l'eau. Avec délectation, je m'enfonçai dans l'eau, la laissant me recouvrir entièrement. Nul doute qu'une humaine, à ma place, serait déjà de la couleur d'une écrevisse. Lorsque j'émergeai, je me sentais nettement mieux. Je pris du shampoing de l'hôtel et en frictionnai vigoureusement ma chevelure. Une seconde immersion afin de bien rincer et j'appliquai un après-shampoing. Me redressant, j'entrepris de me laver avec du gel douche. J'enlevai le bouchon de la baignoire et me rinça avec la douchette. Me sentant enfin propre, j'enfilai un peignoir blanc, doux à souhait. Je jetai un regard dégoûté sur mes vêtements. Vraiment, je n'avais aucune envie de les remettre…Avisant une brosse et un peigne, je tentai de démêler ma chevelure. Mais ou je n'étais pas douée, ou la patience me manquait. Toujours était-il que je n'y arrivais pas…Bon, je verrai cela plus tard. Soupirant, j'enroulais mes cheveux dans une serviette et sortis de la salle de bain. Puisqu'Alice était là, autant lui demander de m'aider pour les habits. J'eus la surprise de voir qu'elle n'était pas dans la chambre. A la place, Esmée et Bella étaient assises dans des fauteuils.

- Alice est descendue à la boutique, fit Esmée, devançant ma question. Elle a dit qu'il était hors de question que tu remettes des vêtements dans un état aussi lamentable.

- Je me disais aussi.

- Sinon, tout va bien ?

- Oui. Ce bain était très agréable.

- Cela se voit, déclara Bella. Ta peau fume encore.

- J'ai mis l'eau un peu trop chaud, peut-être. Esmée… ça m'ennuie et me gêne de te demander cela, mais…

- Oui ? m'encouragea-t-elle.

- Je n'arrive à rien avec mes cheveux. Si tu pouvais…

- Mais bien sûr. Viens ici.

En un éclair, je filai chercher la brosse et le peigne dans la salle de bain et me retrouvai assise par terre, devant Esmée.

- Je comprends… fit Esmée, voyant la tignasse qui me tenait lieu de chevelure.

- Je crois que c'est pire que moi, au réveil, dit Bella, en souriant.

- Je te demande pardon ?

- Oui, Edward disait que, lorsque je me réveillai, mes cheveux ressemblaient à un nid de corneille. Je crois que tu m'as battue, là.

- Ça va prendre un peu de temps, m'avertit Esmée.

- Comme ça, Alice pourra dévaliser à souhait la boutique, déclarai-je.

Tout en riant, Esmée entreprit de démêler mes cheveux. Fermant les yeux, je profitai au maximum de ces instants. J'adorais sentir quelqu'un me brosser. C'était comme si toute mon impétuosité, mon stress et mon anxiété partaient avec les nœuds.

- Et si vous me racontiez ce qui s'est passé depuis l'attaque ? proposai-je, au bout de quelques instants.

Je sentis que la brosse marquait une pause.

- S'il vous plaît, j'ai besoin de savoir.

- Je suis partie chercher les autres, aussi vite que possible, commença Esmée, la voix tendue. J'ai failli plusieurs fois faire demi-tour, je n'avais absolument aucune envie de vous laisser seuls. Mais vous aviez raison, ils concentraient leurs attaques sur moi. Et vous ne pouviez vous battre et me défendre en même temps. Je n'étais qu'à quelques minutes de la maison lorsque Carlisle, Jasper, Rosalie et Alice m'ont rejoint. Alice avait eu une vision. Le temps qu'elle leur raconte ce qu'elle voyait et qu'ils comprennent que c'était en train de se passer, c'était trop tard. Lorsque nous sommes arrivés là-bas, vous n'y étiez plus. Nous avons trouvé les restes de vampires en train de brûler. Tu n'imagines pas notre angoisse en fouillant ce tas. Nous avions peur de vous y trouver. Une fois rassurés, nous sommes restés sur place et nous sommes préparés à la traque. Carlisle a passé quelques coups de téléphone pour prévenir de nos absences. Edward et Bella ont confié Nessie à Jacob et nous ont rejoints. Nous sommes tous partis à votre recherche. Mais comme vous étiez dans des voitures, c'était difficile.

- Je m'en doute.

- Au début, cela allait. Il n'y avait qu'à suivre les traces de pneus. Mais, elles ont vite disparu. Et au premier croisement, nous ne savions plus quelle route suivre. Nous nous sommes séparés, chacun suivant une direction. Il nous a fallu du temps pour retrouver votre trace, sur le port. Nous ne sommes pas de très bons traqueurs, dit-elle, l'air de s'excuser.

- Ce n'est pas grave, assurai-je. Emmett pensait qu'Alice aurait une vision de l'île où nous étions, ou de la maison.

- En fait, elle a eu une multitude de visions. Chacune avec un endroit différent. Dans certaines, vous étiez sur un bateau, dans d'autres dans un lieu fermé, clos. Dans d'autres encore, elle a vu diverses maisons abandonnées.. A certains moments, elle a même vu Guiseppe vous tuer. Nous sommes d'abord allés sur les lieux les plus proches, mais il n'y avait aucune trace de votre passage. Nous avons fouillés les bois, le bord de mer. Le soir du deuxième jour, nous sommes revenus sur nos pas, au port. Malgré Jasper, Rosalie était dans une colère noire. Et je n'ai jamais vu Carlisle dans un tel état. Alice s'en voulait de ne rien voir de précis. Ses visions n'arrêtaient pas de changer. Finalement, en désespoir de cause, nous nous sommes résolus à attendre que cela se stabilise, tout en espérant que vous alliez bien. Nous sommes restés dans les bois, afin de ne pas trop nous éloigner. Au matin du quatrième jour, Alice a enfin eu une brève vision très claire.

- Qui montrait quoi ? demandai-je, curieuse.

- Guiseppe avec d'autres vampires et vous deux, dans un champ Carlisle et moi en face. Tu n'imagines pas à quel point nous avons été soulagés d'apprendre que vous étiez encore en vie. Je ne me le serai jamais pardonné s'il vous était arrivé quelque chose. Ensuite, il y a eu un coup de téléphone. Cela n'a pas duré longtemps, mais ça a suffit pour que Carlisle devienne livide. Alors, il nous a raconté ce qu'il s'était passé avec Guiseppe et Lucinda, en Italie.

- Et vous avez encore dû attendre, n'est-ce pas ?

- Oui. Guiseppe avait dit qu'il retéléphonerai et que, si nous tentions quoi que ce soit, il vous tuerait. Il était tellement sûr de lui que nous l'avons cru. Nous étions là, à faire les cent pas. Jasper, Edward et Carlisle n'arrêtaient pas de mettre des plans au point, mais il nous manquait toujours une donnée cruciale…

- Vous ignoriez où nous nous trouvions, complétai-je.

- Exactement. Puis, il y a eu le second coup de téléphone.

Esmée se tut. Me retournant, je vis son beau visage exprimer tant de peine que j'en fus émue. Comment Guiseppe avait-il osé la faire souffrir de cette manière ? Je savais bien ce qu'ils avaient entendu, lors de cet appel. Les cris de douleur d'Emmett résonnaient encore parfaitement à mes oreilles.

- Carlisle avait mis le haut parleur en décrochant. Tout d'abord, Guiseppe l'a félicité pour la bonne éducation donnée à Emmett et à toi. Il a ajouté qu'il aimait particulièrement le son de vos voix. Et là…

La voix brisée, Esmée ne put continuer.

- Je sais, assurai-je, ne désirant pas la forcer à revivre cela. J'ai entendu cette partie.

Mais elle avait décidé d'aller jusqu'au bout.

- Nous avons entendu Emmett hurler comme jamais il ne l'avait fait, même pas au cours de sa transformation. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Rosalie en pleurait. A chaque cri, Carlisle se fermait de plus en plus. Nous ne savions pas ce que Guiseppe lui faisait endurer, mais ses hurlements nous glaçaient. Carlisle n'arrêtait pas de lui dire d'arrêter, de lui demandait ce qu'il voulait, mais les seules réponses qu'il obtenait étaient ces cris de douleur. Puis, cela s'est arrêté. Nous avons craint qu'Emmett n'ait été tué. Mais Guiseppe nous a assuré qu'il n'en était rien et que, si nous voulions vous récupérer, il suffisait de procéder à un échange : moi contre vous deux. Puis, il a raccroché, disant qu'il nous laissait 24h pour décider. J'étais d'accord, j'aurai fait tout ce que je pouvais pour vous sortir de là. Pendant que j'essayais de convaincre tout le monde, Alice a eu une nouvelle vision : elle vous voyait vous battre et vous échapper. Elle est restée très attentive, afin de pouvoir exploiter le moindre indice pour que nous puissions venir vous aider. Quelques minutes plus tard, elle a vu une plage et vous émergeant de l'eau. Alors, nous avons cherché cet endroit, mais... Il semblerait que nous nous soyons trompés.

- Comment cela ?

- Nous étions bien sur une plage, à vous attendre. Elle correspondait en tout point à la vision d'Alice. Sauf que vous n'y étiez pas. Nous avons attendus, jusqu'à ce qu'elle voit cette grotte. Nous avons alors compris que nous n'étions pas au bon endroit et avons couru pour arriver à ce deuxième rendez-vous. Nous étions tous sur les nerfs, espérant que, cette fois, nous ne faisions pas d'erreurs.

- Il devait y avoir deux plages identiques, ou presque, dis-je, pensive. Vous étiez à l'une et nous, à l'autre. Emmett m'a alors parlé de cette grotte et m'a demandé d'y penser bien fort, ainsi que le chemin à faire pour y parvenir.

- Oui. Alice l'a bien vue, deux fois même. Il n'y avait presque aucun doute, mais quand même… Et puis, vous êtes arrivés…

- Et maintenant, nous sommes tous réunis, terminai-je.

Juste à ce moment, Alice entra en coup de vent dans la suite, des paquets pleins les bras. Elle arrivait juste à point pour détendre l'atmosphère.

- C'est affreux, il n'y avait rien qui me plaisait, se plaignit-elle, d'emblée en se laissant tomber sur le canapé.

- Et c'est quoi, alors, ça ? demandai-je, désignant les paquets.

- Ce sur quoi je me suis rabattue, répondit-elle, l'air chagrine. Heureusement que c'est juste du dépannage.

- Je suis certaine que cela ira déclarai-je en me relevant.

Prenant les paquets, je gagnai la salle de bain. Avec une certaine satisfaction, je mis mes anciens habits dans la poubelle. Maintenant, voyons voir ce « dépannage ». Ouvrant le premier paquet, je vis une très belle veste en jean. M'attaquant au suivant, je trouvai un jean cigarette bleu foncé que j'enfilai prestement. Alice avait vraiment le coup d'œil, c'était exactement ma taille. Le troisième sac contenait un tee-shirt parme qui dévoilait mon ventre plat. Enfin, une paire de basket se trouvait dans le dernier paquet. Je ne voyais absolument pas où était le drame. Cela ressemblait aux affaires que je possédais à la maison. A moins que ce ne soit la qualité des vêtements qui plongeait Alice dans un tel désarroi… En tout cas, cela me convenait parfaitement. Elle avait même pensé à prendre un chouchou pour mes cheveux, que j'attachai rapidement. C'était vraiment un ange… A présent décente, je rejoignis les filles dans le salon.

- Si tu es prête, reprit Esmée, nous allons dans la suite en face. Les garçons nous y attendent.

Acquiesçant de la tête, je les suivis. Maintenant que je savais ce qui s'était passé pour eux, ils allaient vouloir que nous leur racontions ce que nous avions vécu. Rien qu'à cette idée, j'espérais qu'Edward saurait ne rien montrer aux autres de ce qu'il verrait dans nos pensées. Pas besoin de leur expliquer en détail ce que nous avions enduré. Ils en avaient eu un aperçu avec le coup de téléphone de Guiseppe, pas besoin d'en rajouter une couche.