Les cinq joyeux compagnons, ou plutôt les trois ravis et les deux ronchons, marchèrent encore plusieurs jours durant, non sans nombreuses chansons interprétées plus ou moins talentueusement par Antonio et sans jérémiades de la part des petits.
« Aïe ! J'ai mal aux pieds ! Aaaah !
- Ne pleure pas, Veneziano, regarde, nous sommes arrivés ! dit fièrement Francis en montrant l'enseigne de la taverne taillée en forme de poussin dans un petit bourg brumeux. « Au Superméga Gilbird » ! Ca ne vous plait pas ?
- Ca m'a l'air extra ! exalta Antonio. Regardez! Il est écrit « Bière, bière, bière! Entrez, ou Moi, le gars supermégagénial, viendrai envahir vos régions vitales ! »
- Hé ! Comment peut-on menacer un client comme ça ? s'énerva Romano.
- Ca ne me dit rien qui vaille. Soupira Arthur. Mais pitié, que l'on laisse mes pauvres oreilles en paix ! pensa-t-il.
- Vee~
- Bon, eh bien on dirait que l'on n'a pas le choix. Déclara Francis en souriant.
- Tu trouves ça drôle ? soupira encore Arthur. Bon d'accord, y'a de la bière, donc on entre.
- Pas question ! Protesta Romano. Pas question que je foute les pieds dans ce truc !
- Mais enfin Romano ! Et les belle ragazze...
- Mais je m'en fous !
- Vee~ Je veux des pastaaa...
- Romano. On peut pas te laisser tout seul ici. Allez, viens avec nous. Tenta de raisonner Arthur.
- Non ! Surtout pas avec tête de rosbif !
- Tu vas me le-
- Allons, allons, les enfants ! Calma Francis.
- Je suis pas petit !
- Nous allons y aller, vous allez a-do-rer j'en suis sûr !
- Non.
- Veee~
- Si.
- Je veux des pastaaa...
- Non.
- Pastaaa, pastaa...
- Si.
- Les pasta, c'est si bon ! Vee~
- Allez, Romano, fais un effort.
- Hela, helaa~
- Compte là-dessus, pervers !
- Dis, grande fratello, il y aura des pasta ?
- Romano...
- Non.
- Hé ! Il y a des pasta ?
- Romanomanomanomano...
- Non !
- Mais oui il y en aura des pasta, hein ?
- Romano, le plus beau...Lalalala...
- NON ! Tu vas pas recommencer !
- Par pitié, Antonio, pense à moi qui souffre. Supplia Arthur.
- Je vais manger plein de pasta jusqu'à ce que mon ventre éclate !
- Romano, mon petit amour...
- Ta gueule, le pervers !
- Vee ! Vee !
- Mon ange...
- Je ne suis pas ton ange, ni ton amour ! Arrête de m'appeler comme ça ou je te réduis en bouillie.
- Dis, grande fratello, ça fait mal un ventre qui éclate ?
- Bon, on va pas rester plantés derrière la porte. On a vraiment l'air con.
- Oh non ! Pas le ventre qui éclate !
- Bah alors il faut rentrer ! Allez Romano !
- Non !
- Si ! dit Francis en l'empoignant par le bras et ouvrant la porte dans un grincement sonore.
- Lâche-moi, vieux pervers !
- Ahh non ! Non ! Je veux pas que le ventre éclate ! Ahh ! Bouuuhhouhhouuhh !
- Hé mais pourquoi tu pleures encore, toi ? Tu veux des chu- Ah non c'est vrai, je n'en ai plus.
- Du calme, Veneziano.
- Bouh...
- Sage.
- Mais !
- Chuut ! »
Les cinq compères s'engouffrèrent dans la taverne.
Elle était sombre, et il régnait une très forte odeur de houblon.
« Regardez, respirez cette odeur ! chantonna Francis.
- Ca me plaît ! sourit Arthur.
- Ca chlingue, c'est l'enfer ! ronchona Romano.
- Romano ! Ca ne sent pas les pasta !
- Ce n'est pas grave, pequeñitos, on va se faire plein de nouveaux amis ici ! Applaudit Antonio.
- Ah ouais ? T'as vu leur tronche, ils ont l'air bizarre et dangereux. Ca m'inspire pas la moindre confiance... Maugréa Romano. Vous êtes sûrs de vouloir faire équipe avec ces types-là ?
- Mais non ! Je ne parlais pas d'eux ! Je parle des gens là-bas ! Ils ont l'air cool ! »
En effet, dans un recoin de la taverne, une tablée de dix gamins faisait un raffut pas possible.
Un garçon aux cheveux blancs et une fillette s'affrontaient dans un bras de fer sans merci devant les yeux d'un garçon brun qui avait l'air complètement perdu, un garçon blond parlait d'une voix forte et animée à un autre garçon brun et une jeune fille aux cheveux cendrés arborant une poitrine déjà forte pour son âge, puis un grand garçon aux cheveux cendrés avec une grande pioche à ses côtés et une petite fille aux longs cheveux cendrés littéralement scotchée à lui discutait avec un autre grand garçon blond et rieur tout en vidant des chopes entières avec une rapidité consternante, et enfin un garçon blond de petite taille qui criait à qui voulait l'entendre que la bière était trop chère et que c'était un scandale que ses compagnons de table en boivent autant.
« Oh non, pas eux... Arthur prit son visage dans ses mains. Francis...
- Oui ! C'est exactement ce que je recherchais ! s'exclama Francis. Des enfants plein d'énergie, pour vivre une aventure palpitante !
- Oh non... Non, non ! Antonio...
- Francis, tu es un génie ! Quel flair ! applaudit Antonio.
- Oh non, ce n'est pas vrai... Pourquoi ? Oh non, pitié, pas eux !
- Bienvenue ! Alors, les aventuriers, qu'est-ce que je vous sers ?
Les cinq levèrent la tête vers le tavernier. Un homme souriant qui semblait avoir une trentaine d'années, aux cheveux bruns, courts et bouclés, et surtout plein de muscles et couvert de cicatrices révélant un passé héroïque.
- Mais- mais- Bégaya Francis en jetant des regards furtifs aux quatre autres, qui semblaient aussi interloqués que lui.
- Ce n'est pas possible... Murmura Arthur.
- Pépé Rome ! s'exclama le petit Veneziano.
- M- mon petit ! Et l'homme attrapa Veneziano dans ses bras puissants et le fit tournoyer dans les airs. Héhéhé ! Qu'est-ce que tu as grandi !
- Pépé Rome ! Pourquoi tu reviens plus me voir ? pleurnicha le petit.
- Mais je suis toujours avec toi, Veneziano. Oh mais ce n'est pas Antonio, ici ?
- Salut, papy ! fit Antonio.
- Oh qu'est-ce que ça grandit, ces enfants ! Mais mon petit Romano aussi a bien grandi !
- P-pépé ! fit Romano non sans faire de gros efforts pour retenir ses larmes.
- Continue, Romano, et toi aussi quand tu seras aussi grand et aussi beau que moi, tu auras toutes les filles à tes pieds ! Sans parler de Veneziano ! Ni d'Antonio ! Oh et puis toi, Francis ! Non ! Déjà un jeune homme que je vois ! s'extasia-t-il en caressant le menton de Francis. Comment tu t'en sors ?
- Ca roule plutôt pas mal. Rougit Francis en se passant la main dans ses mèches blondes.
- C'est bien ! Tu es sur la bonne voie ! Oh ! J'allais oublier Arthur ! Quel garçon adorable tu es devenu ! Je comprends que Francis aime t'embêter. Qui résisterait à une bouille pareille ?
- Sûrement pas toi... soupira Arthur. Qu'est-ce que tu fiches ici ?
- Je croyais que tu étais mort.
- En fait je ne suis pas vraiment mort, je vous regarde tous les jours, à votre insu !
- Quel pervers... Il n'a pas changé ! soupira encore Arthur en se frappant le front contre la table où ils étaient assis.
- Wahh c'est trop fort ! Tu m'apprendras la technique ?
- Ne prends pas mauvais exemple sur lui, Francis...
- Bon, qu'est-ce que je vous sers, les enfants ?
- Pastaaaaa !
- C'est noté, Veneziano ! Et vous ?
- Trois pintes et un demi !
- Parfait !
- Eh ! Pourquoi on décide pour moi ? Cria Romano.
- Je vous apporte ça ! »
Quelques minutes plus tard, Papy Rome revint avec les bières et le plat de pâtes.
« Et voilà !
- Merci papy ! Tiens, voilà l'argent.
- Je vous remercie. Amusez-vous !
- Une minute ! Interrompit Arthur. Que font-t-ils tous ici ? demanda-t-il en désignant la tablée bruyante.
- Eux ? Ah ! Ce sont des habitués ! Ils passent leur temps à vadrouiller et à se faire la guéguerre. De vrais agités ! Mais en ce moment je trouve qu'ils se ramollissent dit-t-il en se penchant plus près d'eux dans un chuchotement. Ca fait une semaine qu'ils sont là et qu'ils fichent rien de leurs journées. Alors si vous pouviez me les secouer un peu, je serai content. Ca manque d'aventure ici ! Les jeunes de nos jours ont besoin de ça ! Allez, bon vent ! »
Les quatre plus âgés sirotèrent leurs bières et Veneziano mangea ses pâtes en silence.
Francis se pencha vers ses compagnons avec un air conspirateur.
« Vous savez ce qu'il nous reste à faire, maintenant.
- Ouais !
- Quoi encore? cria Romano. Je comprends quedal à votre délire !
- J'aurais du m'en douter, Francis, que c'est à eux que tu pensais, dès le départ. Confia Arthur. C'est eux qu'il va falloir recruter... Oh non... Dans quel bordel je me suis mis ! Gémit-t-il.
- Ce sera parfait ! déclara Francis. J'espère juste que le patron me reconnaîtra.
- C-c'est lui le patron ? demanda Romano en désignant le garçon aux cheveux blancs qui affrontait la fillette.
- Oui, hélas... confirma Arthur. Gilbert.
- Bon ben alors on y va ! Déclara Antonio en se levant du banc, accompagné par les autres.
- Allez, viens, Romano !
- Bon, bon ! Ca va ! Ca va ! J'arrive ! Grogna-t-il en traînant des pieds. »
NDLA: J'ai traduit « Awesome » par superméga ou supermégagénial. Je pense que ça reflète bien le sens du terme.
