Première étreinte

Note : Spoiler du tome 9. Vous êtes avertis.

Doméki sortit du temple pour aller chercher une pinte de lait et ferma la porte derrière lui. Il se tourna, et sursauta en voyant une petite fille devant lui. Les enfants n'avaient pas dans l'habitude de venir dans la cours du temple, exceptés pour les fêtes sacrées, avec leurs parents. Le visage de la petite fille lui disait quelque chose… Ah ! Oui, la petite médium, celle que Watanuki avait rencontré sous le cerisier.

-Euh… Oui ?

-Je veux voir Watanuki…

Doméki fronça les sourcils. Puis, se rappelant que Watanuki avait prit la petite en affection, il ouvrit la porte du temple. Tant pis. Il irait chercher son lait plus tard.

-Entre. Je vais l'appeler.


Watanuki faisait son devoir d'histoire et s'arrachait les cheveux. Vraiment, il n'y comprenait rien ! La sonnerie du téléphone le sortit de son état de détresse, et il remercia les cieux de cette interruption.

-Moshi-moshi !

-Oï.

-Ah. Qu'est-ce que tu veux ?

-Elle est ici.

-Qu'est-ce qu'Himawari-chan fait chez toi ?!?

-La petite.

-Qui ?

-La fillette du cerisier.

-Kohane-chan ?!?

-Elle veut te voir.

-J'arrive.

Watanuki raccrocha, couru à la porte, mit ses souliers et se dépêcha de se rendre au temple. Doméki vint lui ouvrir la porte. Le médium le salua rapidement, et couru à la cuisine pour voir la petite fille.

-Kohane-chan…

Il était si heureux de la voir qu'un instant, il eut envie de la serrer dans ses bras, mais se retint. Elle lui fit un salut, et montra son parapluie, appuyé contre le mur.

-Je te l'ai ramener, comme promis…

-Ce n'était par urgent, Kohane-chan… Comment vas-tu ?

Doméki entra et déposa un plateau avec une théière et des tasses, puis servit ses deux invités. La petite fille resta silencieuse.

-Kohane-chan… ? demanda Watanuki.

-Tu ne veux plus être médium, n'est-ce pas ?

La voix était timide, a peine un murmure. Watanuki hésita.

-Non… Tu as raison…

-Pourquoi ?

-Parce que… Parce que les esprits m'assaillent… Que j'en souffre… Il y a des bons côtés… Des esprits qui sont bien… Mais beaucoup trop m'étouffent…

-Moi non plus, je ne veux plus être médium…

Watanuki leva la tête pour regarder la petite fille.

-Pourquoi ça ?

-Parce que… Moi aussi, je souffre…

-Kohane-chan…

-Je souffre… Parce que personne ne m'aime…

-Mais… Ce n'est pas vrai, Kohane-chan !

Et devant les deux adolescents, la petite fille éclata en sanglots.

-Si, c'est vrai ! Maman ne veut même pas me toucher, de peur que je ne sois plus pure, que je perde mes pouvoirs, et qu'elle n'ait plus d'argent grâce à eux ! Elle interdit à tout le monde de me toucher ! Je… Je veux… Je veux être normale… Je veux… qu'on me prenne dans ses bras… Qu'on m'embrasse… Je ne veux plus être toute seule…

Watanuki resta figé en voyant Doméki se lever et contourner la table pour prendre la fillette dans ses bras et la serrer contre son torse large. Un instant, la petite re raidit, mais finit par se détendre, et pleurer dans les bras de l'archer. Puis, doucement, celui-ci prit la parole.

-Peu importe ce que tu touche… Peu importe ce que tu mange… Ta pureté ne peut pas t'être retirée comme ça… Elle est dans ton cœur, dans ton âme… Elle fait partie de toi…

Il leva les yeux pour planter son regard dans celui de Watanuki.

-Elle fait partie de vous. C'est cette pureté qui attire les esprits à vous. Âmes immatérielles et pures, qui recherche votre compagnie, ou alors esprits impures qui sont attirés par vous comme des papillons attirés par la lumière d'une bougie. Vous représentez l'inaccessible pour eux. Votre pureté n'est pas un don ou une malédiction. Elle est le reflet de votre âme. Vous ne pouvez pas la perdre sans commettre l'irréparable, ce qui détruirait votre âme.

Doméki relâcha la fillette, et lui désigna la porte.

-Promènes-toi dans le jardin. Vois si tu a perdus tes pouvoirs.

Kohane se leva, tremblante, et sortit dans le jardin, laissant les deux adolescents seuls.

-…Tu le crois vraiment ?

-Quoi ?

-Que ce n'est ni un don, ni une malédiction ?

-Ça le devient seulement lorsque le déséquilibre est là. Pour les autres, vous avez un don. Vous croyez avoir une malédiction. Car il y a un déséquilibre. Lorsque les gens, mais aussi vous, comprendrez que vous n'êtes ni doué, ni maudits. Vous ÊTES, c'est tout…

Kohane revint dans la cuisine et sourit.

-Je les vois encore… même si tu m'a serré dans tes bras…

Doméki hocha la tête.

-Ta pureté fait partit de toi, et personne ne peut te la faire perdre.

Kohane s'approcha pour prendre le parapluie, qu'elle tendit à Watanuki. Lorsqu'il le prit, elle effleura ses doigts. Il sourit, puis attira à son tour la petite contre lui.

-Pardon… murmura t'elle.

-Tu as toute une vie de tendresse à rattraper… murmura Watanuki en effleurant les cheveux de la fillette.


Kohane entra chez elle, et retira ses petits souliers devant la porte. Sa mère entra dans le salon, et s'approcha, en colère.

-Mais qu'est-ce que tu fais là ! Où étais-tu encore !

-Maman…

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Ma pureté est en moi. Personne ne pourra me la voler.

-De quoi est-ce que tu parles ?

-Aujourd'hui, j'ai eu mes premières étreintes.

-…Quoi ?

-Elles n'étaient même pas de toi. C'est un médium que j'avais seulement vu deux fois et son ami qui m'ont pris dans leurs bras. Presque des inconnus. Ce que j'ai attendu de toi toute ma vie… Une caresse sur la joue… Une étreinte… Un baiser… Ce sont des étrangers qui me les ont données…

La mère recula, horrifiée.

-Qu'as-tu fais, fille indigne ! Tes pouvoirs ! Tu as perdu tes pouvoirs !

-Mes pouvoirs sont en moi, maman… Ils ne partiront pas comme ça…

Kohane s'approcha de sa mère terrifiée, et pour la première fois de sa vie, se serra contre elle, des larmes coulant sur ses joues.

-Je les vois encore, maman… Je les vois encore… Je peux serrer les gens dans mes bras, je peux les toucher… Je peux manger des repas que tu fais sans que des prêtres ne les bénissent à chaque fois… Je suis normale, maman… Je suis normale, mais je les vois… Je les vois toujours… Ils font partis de moi…


Les deux garçons mangeaient sur le toit de l'école.

-Des nouvelles de Kohane-chan ?

-Mmm… Sa mère a eu de la difficulté à se faire à l'idée, mais… J'ai confiance. Elles iront bien.

Doméki observa Watanuki, couché sur le dos, regardant le ciel.

-J'ai l'impression que cette discussion t'a fais du bien, à toi aussi.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-T'as l'air plus calme, depuis. Je veux dire, avec cette histoire d'esprits.

-Mmm… J'ai compris que…

Watanuki sourit.

-Que je n'étais ni doué, ni maudit.