CHAPITRE CINQ

Merci pour les reviews! 3

Un chapitre qui vous plonge dans le côté noir... ! Let's enjoy it.


Sherlock lu le message trois fois, pendant que le médecin retenait son souffle. Ensuite, le brun cracha qu'il n'y avait PAS de lien entre le meurtre et Trafalgar. Les immeubles n'étaient pas les même, il n'y avait aucune symétrie avec d'anciens assassinats, rien qu'y puisse les indiquer. Sherlock grelottait. Son amant s'avança vers lui, lui prit délicatement la feuille des mains et lui murmura qu'ils allaient prendre un café, au chaud dans un bar, réfléchissant calmement sur la marche à suivre. Il s'étonna lui-même de son propre self control, sachant que son cœur se broyait régulièrement en pensant à Sarah.

"..."

« Deux cafés s'il vous plait. Merci. »

Si le serveur faillit commenter l'étrange couple qui venait de s'installer, le regard meurtrier du brun l'en dissuada rapidement, et il fila vers le bar. Watson défit lui-même l'écharpe de son amant qui la lui arracha des mains, la gardant contre lui, alors que ses yeux se braquaient sur chacun des mots composant l'indice.

« Je dois reconsidérer l'ensemble. Tous les détails. Je pense que Moriarty ne parle pas du meurtre en lui-même, il ne me demande rien en rapport avec la victime. C'est autre chose. »

Un léger silence les enveloppa, puis le brun retroussa sa manche pour se coller trois patchs sur l'avant bras. Les patchs de Noël. Sherlock se tirailla les cheveux en arrière, poussa un long soupire excédé, puis, les yeux clos, demanda au médecin de lui résumer le meurtre alors qu'il se massait les tempes.

« Et bien…C'était un très grand immeuble, très classe, la victime était un homme d'âge mur, beau, qui trompait sa femme. Il avait barricadé son intérieur, et a été abattu d'une balle à bout portant…

-Ensuite. Que s'est-il passé ensuite.

-Et bien… »

John se tût, remerciant l'arrivée du serveur et des cafés, puis fronça les sourcils :

« Je suis parti, après. Toi à ce moment là...Tu révélais a Lestrade l'origine de la fuite de l'assassin, soit avec l'aide de complices, et c'est ensuite que tu as parlé à Moriarty, près d'un magasin de lavage, quelque chose du genre. Et puis il-

-Tai-toi. »

Sherlock plaça ses deux paumes jointes sous son menton, les yeux brillants, lui ordonnant de ne plus lui parler jusqu'à ce qu'il lui en donne la permission. Le blond, agacé et pourtant respectueux de ses méthodes de travail, alla simplement au bar commander de quoi manger. Il était quatre heures du matin, et il commençait sérieusement à fatiguer. Il discuta avec le serveur vingt bonnes minutes – Comme un jeune homme de son âge pouvait-il supporter de travailler un tel jour de fête ?- et il s'en retourna à la petite table ou le brun n'avait pas bougé d'un poil.

« Mange au moins un peu. S'il te plait. »

Sherlock ne répondit pas, et il se mit à tapoter la table avec ses ongles, provocant un son des plus stressant. Le blond le laissa faire quelques minutes, puis grinça qu'ils devraient peut être migrer dans un autre endroit.

« Tu es un génie, John ! »

Le médecin rougit violemment, se demandant d'où provenait cette étrange réaction, alors que le détective faisait une recherche active sur son téléphone. Le serveur, sourire aux lèvres, vint demander à John s'il désirait autre chose.

« Il veut l'addition, et arrêtez de le regarder comme ça, il a surement l'âge de votre père, c'est dégoûtant. »

L'adolescent, scandalisé, fit volte face, alors que le blond, gêné, haussa les épaules avant d'observer ce que faisait son amant. Sherlock, un grand sourire aux lèvres, se mit à parler très vite, sa voix grave teintée d'une excitation grandissante :

« J'ai cinq lieux possibles. Ils sont, à cette heure, tous fermés, il nous faudra donc entrer par effraction, mais peu importe, VIENS ! »

John cria quand l'autre le tira à l'extérieur, et il lui beugla qu'il n'avait pas eu le temps de payer, mais Sherlock avait déjà arrêté un taxi, sautant à l'intérieur. Là, il s'ébroua, faisant tomber les flocons accrochés à sa tignasse brune, et gronda qu'il fallait faire vite. L'ancien soldat demanda des explications, jetant un regard amer vers le bar qu'ils venaient de fuir.

« Ton petit discours était terriblement creux et vide de sens, mais un détail, à la fin, a retenu mon attention. Tu as parlé du magasin de lavage. En fait, en sortant, j'ai trouvé que cela sentait fort le produit pour laver les vitres. Et j'ai trouvé Moriarty.

-Alors nous cherchons un magasin ?

-Un local. Près de Trafalgar. Il y en a cinq d'après mon gps. Et à cette heure-ci, la circulation est moindre, nous aurons tôt fait de le dénicher.

-Cela me paraît simple et terriblement compliqué à la fois…

-Il fallait simplement cibler ses idées. »

John leva les yeux au ciel. Il y avait une foultitude de détails ! Mais il savait que l'intuition de son amant était bonne. Elle l'était toujours, lorsqu'il possédait des indices. John observa le paysage brumeux qui défilait à toute allure, alors qu'il sentait poindre dans son giron une inquiétude presque palpable. Pourvu que Sarah aille bien. Le brun l'observa du coin de l'œil, sentant dans les plis de son menton toute cette peur qui n'attendait qu'un geste pour se muer en une haine éphémère. John voulait de l'action. Il voulait enfin agir, mais ce n'était pas son tour. Moriarty attendait le génie pour une confrontation en face à face, et Sherlock savait qu'il devrait écarter le blond, à un moment ou à un autre. Cette idée l'attristait et le rassurait à la fois.

« Alors, comme ça on est sur la bonne voie ? Dépêchez-vous, je crois que mon scalpel a ripé. Comment se porte ton téton droit ? Je t'embrasse. M »

Le cœur du médecin fit une embardée en lisant le message, et se tourna instinctivement vers le brun qui grimaça. L'assassin essayait de les déstabiliser mentalement, et John était visiblement très sensible à ce genre de choses.

« Il ment.

-Comment peux-tu le savoir, bon sang ?

-Il joue avec tes nerfs. Comme il a joué avec les miens. Nous sommes arrivés. »


A cinq heures moins dix, ils remontèrent dans le taxi, laissant derrière eux une porte défoncée, et un local vide.


A cinq heures trente cinq, alors que la neige se faisait un plaisir de s'abattre régulièrement sur leurs têtes, ils fouillèrent en vain un petit magasin de nettoyage.


A six heures, ils furent bloqués dans les bouchons. Sherlock criait par la fenêtre du taxi, et John combattait le sommeil, les yeux rongés de cernes et de culpabilité.


A sept heures cinq, ils essuyèrent un troisième échec.


A sept heures huit, Moriarty les informa qu'il était lassé, et qu'il allait commencer à torturer sa victime.


A sept heures vingt-neuf, le quatrième bâtiment se révéla être désaffecté. John se mura dans un terrible silence que le brun n'osa perturber.


A sept heures quarante-trois, John perdit contenance, et il fallu de longues minutes de paroles murmurées à voix basses, un ou deux baisers et des regards confiants pour qu'il finisse par cesser de s'énerver.


A sept heures cinquante-cinq, Moriarty leur envoya un message de bienvenu, accompagné d'une phrase obscène et d'un cœur à l'intention du médecin.


A huit heures dix, le taxi les laissa a Barttelod Road. Ils descendirent sans un mot, Sherlock sortant son pistolet alors que le blond observait les premiers signes de l'aube. Le bâtiment, désert à cette heure, était grand et sale, et l'enseigne semblait sur le point de se décrocher. Ils se regardèrent, hochèrent la tête, puis passèrent la porte qui avait été laissé grande ouverte, dans une prétention sans égale de la part de l'assassin.

John était sur le qui-vive. Il entendait son cœur battre avec violence, et les muscles de ses joues étaient contractés par la colère. Sherlock posa une main sur son épaule, lui désigna une porte noire, et lui demanda de le couvrir. Le blond tendit le bras, ferma un œil. Prêt à tirer. Prêt à défendre. Prêt à tuer. Le détective, telle une ombre, se glissa souplement contre la porte, l'ouvrit sans bruit, et se glissa à l'intérieur de la salle avant de la refermer derrière lui. Il y eut un silence, puis le cliquetis représentatif d'un verrou que l'on pousse. John n'avait pas bougé. Il entendit clairement le timbre grave de son amant siffler un « pardonne-moi » pourtant à peine audible, accompagné de bruits de pas décroissants. De nouveau le silence.

« SHERLOCK ? »

Le blond se mit à tambouriner à la porte, criant à s'en éclater les poumons pendant une bonne minute. Ensuite, il se recula, le souffle court. Une fois encore, Sherlock l'éloignait. Il l'avait volontairement laissé derrière, pour courir seul après le danger. Le médecin se sentit trahit, humilié, furieux, et enfin ému par les précautions du sociopathe. Il jura sourdement, donna un coup de poing dans la porte en fer, et se remit à parcourir le couloir qui menait à des escaliers en mauvais états.

"..."

Sherlock écouta quelques secondes la fureur de son amant, puis continua sa route. Moriarty l'attendait, il n'y avait aucun doute la dessus, et il fallait régler cette histoire le plus vite possible. Ses doigts serrèrent plus fort le pistolet. Il n'avait plus droit à l'erreur, à partir de maintenant. Ses yeux bleus se plissèrent lorsque la lumière crue d'un écran se détacha dans l'obscurité de la pièce. Un ordinateur.

« Moriarty ? »

Personne. Il s'approcha, et reconnu Sarah, ligotée à sa chaise, de toute évidence évanouie. Elle ne semblait pas blessée, vu d'ici, soit en hauteur. Un étrange objet légèrement équivoque, noir, de quarante centimètres environs, qui semblait pouvoir se mouvoir d'avant en arrière, et sur les côtés également, était posé sur le bureau et relié à l'ordinateur. Sherlock fronça les sourcils.

Joy-stick. Objet récréatif dans l'utilisation quotidienne d'un jeu video.

Ses doigts avancèrent, hésitant, puis poussèrent l'objet en avant. Sur l'écran, une longue tige noir changea d'axe, et s'arrêta à côté du buste de Sarah. Le détective fit manœuvrer l'objet, le baladant sur l'écran.

"..."

« SHERLOCK ! SARAH ! »

John frissonna dans sa doudoune. L'étage à lequel il se trouvait n'était pas isolé, et était affreusement angoissant. De grandes bâches en plastiques, accrochées au plafond, pendaient, se balançant au gré du vent en une danse menaçante. Il se mit à longer le mur, gardant un œil sur la porte, et arpenta la salle.

Frrrsh.

Le blond sauta en avant, courant vers le bruit, son pistolet comme fondu dans sa paume, alors qu'il plissait les yeux pour mieux cerner le danger. Il écarta violemment la bâche, et fit un pas en arrière. Rien. Personne. Son sang se glaça dans ses veines alors qu'une odeur caractéristique parvenait à ses narines.

Retourne-toi et tire.

Une main passa sur son buste, lui caressant le torse, cherchant son téton sous le gros pull.

Retourne-toi et tire.

Une langue lui lécha le lob de l'oreille alors que la fumée lui brouillait la vue.

Retourne-toi et tire.

L'autre main lui toucha les cheveux, la joue, puis descendit d'un coup pour presser son entrejambe.

Retourne-toi et tire.

Rire aigue.

Retourne-toi et tire.

« MORIARTY ! »

John fit demi-tour, leva le bras et lâcha une bordée de balles qui allèrent directement se planter dans le mur, trouant les bâches sans difficultés. Il hurla le nom de l'assassin, les yeux fous, avant de comprendre qu'il n'y avait personne. Hallucination ? Manipulation ? Non, la douleur de sa chair rosée était encore là, et l'odeur de tabac peinait à se dissiper. John s'adossa au mur, jetant son manteau par terre alors que sa peau semblait comme le brûler. Il se laissa tomber au sol, tremblant. Il n'avait pas, une fois encore, été capable d'affronter, il avait été paralysé par ses souvenirs, par la présence de Moriarty – il n'était pas armé, il l'avait juste touché, touché, touché…- et il n'avait rien dit.

John fourra sa tête dans ses bras. Provisoirement hors jeu, songea Moriarty avec un sourire mutin.

"..."

« …Intéressant… »

Sherlock faisait bouger le joy-stick avec une aisance presque naturelle, faisant progresser le sniper sur l'écran. Comment donc l'assassin avait-il fait pour relier l'arme à la caméra ? Peu importait. C'était brillant. Les yeux glacés restaient fixés sur Sarah. Puis, alors que Sherlock éloignait sa paume de l'objet, la voix doucereuse du meurtrier se fit entendre, à l'autre bout de la pièce. Une voix qui susurrait, sans hystérie, sans moquerie, une voix enjôleuse, douce, mielleuse.

« Pauvre Sarah, pauvre Sarah qui pleure, qui a peur…C'est ce que dirait John, n'est-ce pas ? Pauvre Sarah qui m'aime, qui me désire, qui pourrait me rendre heureux… Oui, Sherlock, tu sais bien que cette idée lui trotte dans la tête… Mais…Sarah est là. Les yeux bandés. Seule. Et personne ne sait qui manie le joy-stick. »

Le brun comprit immédiatement là ou Moriarty voulait en venir. Il n'était pas stupide. Pourtant, au lieu de se tourner pour lui tirer une balle en plein cœur, il se contenta de fixer l'écran. Sarah était seule. Et sa vie ne tenait qu'à un fil. La voix reprit :

« Personne ne saura, Sherlock…Et tu seras débarrassé d'elle…A jamais…Ta seule rivale, Sherlock, celle qui menace ton peu de stabilité…Serais-tu capable de ne rien faire ? De la regarder te voler John ? Elle se mettra toujours entre vous…Tu le sais…Le bouton rouge, Sherlock…Le rouge… »

Inconsciemment, le brun avait dirigé le sniper vers le crâne de la jeune femme. La lumière de l'ordinateur lui donnait un visage cruel, blanc, impassible. Son pouce caressa le bouton rouge. Moriarty, dans l'ombre, tira une bouffée de sa cigarette avant de lécher les lèvres. Il songeait encore à John, il aurait aimé passer plus de temps avec lui. Mais la vision du détective figé devant l'écran était délicieuse.

« Appuie, murmura t-il vicieusement, appuie Sherlock, tu en meurs d'envie…Débarrasses-toi de cette punaise…Personne ne saura…John sera triste, mais tu le consoleras…Appuie, Sherlock, appuie… »

Le brun observa le visage de la jeune femme qui ne bougeait pas. Exit Sarah ? C'était de sa faute après tout, si John avait été enlevé. Sa faute à elle.


Tirera? Tirera pas?