La première chose qu'elle capte est le «bip» répétitif du moniteur qu'elle ne peut situer dans l'espace temps. Lointain. À des années lumières d'elle. Il est accompagné d'un autre bruit. Un brouhaha qu'elle ne comprend pas, mais qui est léger. Mais si loin. Elle ne reconnait pas les voix, mais elles lui semblent particulièrement familières. Puis, c'est le goûter qui se met lentement en marche. Emmenant avec lui le goût âcre et métallisée du sang et des médicaments qui polluent sont corps. Lui donnant mal au cœur. Puis, c'est la douleur entêtante dans son abdomen qui se manifeste. Brûlante, flamboyante, intolérable. Il y a aussi celle moins vive dans sa tête, rendant cette dernière lourde. La brûlure dans sa trachée à chaque respiration est également déplaisante. Elle a l'impression que l'air qu'elle aspire est un feu qui brûle à blanc ses voies respiratoires pour exploser dans son abdomen. Son poignet est encore emprisonné entre les doigts glacés et tâchés de sang de sa mère, elle l'aurait juré. Péniblement, elle ouvre les yeux. Aveuglée par la lumière, elle les ferme aussi tôt. N'ose pas reprendre la manœuvre.

« Maman….»

Sa voix lui parvient. Si éloignée. Si rauque. Si basse. Elle ne la reconnait pas. Ce simple mot lui a pompé toute son énergie. Où est-elle? Elle était à la morgue, quelques instants plutôt. Pourquoi se sent-elle aussi mal? Pourquoi a-t-elle mal? Elle ne comprend pas. Une voix douce et chaude s'élève. Mais ce n'est pas celle de sa mère. Elle lui murmure des mots qu'elle ne comprend pas. La voix prend la peine de chuchoter, comme si elle connait la douleur dans sa tête. La main ne lâche pas la sienne. Elle imagine encore une fois les doigts tâchés de sang de sa mère. Mais les doigts sont chauds contre sa peau froide. Elle ouvre doucement les yeux. Y va de façon graduelle cette fois-ci. La première chose qu'elle voit est le plafond blanc et les néons éteints. Ils ont cessés de bourdonner. N'étaient-ils pas allumés, tout à l'heure? Ses prunelles glissent sur la main qui emprisonne la sienne. Il n'y a pas de sang. La peau est trop sombre pour appartenir à sa mère. Elle relève les yeux, suit le tracé du bras jusqu'au visage tout en rondeur d'une femme à la peau noire, aux yeux chocolats brillants de larmes, au sourire soulagée.

Le temps flotte. Semble suspendu à ses lèvres. Les souvenirs reviennent. Douloureux. Les images se succèdent avec dureté, sans répit. La scène du hagard. Ses tentatives désespérées pour sauver Montgommery. Des bras qui se referment sur elle. Une voix qui lui murmure que tout irait bien. Des doigts qui caressent ses cheveux. Un coup de feu. Le cimetière. Une douleur vive dans sa poitrine. Des cris. Castle. Le noir le plus total. Castle…Elle ouvrit la bouche, tente de prononcé son nom. Elle en est incapable. Lanie lui caresse doucement les cheveux, lui chuchote de se calmer, que tout va bien maintenant.

« Hey Chica!»

Kate tourne la tête vers la porte. Le mouvement lui cause une douleur vive qui lui vrille les tempes. Elle gémit de douleur. Esposito baisse les yeux vers elle. C'est à son tour de semble soulagé, réjouit.

« La belle aux bois dormant est enfin réveillée.»

Réveillée? Elle fronce doucement les sourcils. Combien de temps a-t-elle dormie? Quelques heures? Que font-ils là? Pourquoi n'est-elle pas dans sa chambre, mais à…l'hôpital? Pourquoi est-ce qu'elle a si mal? Devant son air perdu, Lanie s'empresse d'ajouter d'une voix douce;

« Tu étais dans le coma, ma chérie. »
« Pendant trois mois» ajoute Ravier, répondant à sa question silencieuse.

Dans le coma? Donc ce rêve…ce cauchemar n'était pas la réalité? Sa mère était bel et bien morte. Comme Montgommery. Elle avait bien prit une balle en pleine poitrine. Lanie l'embrasse sur le front, annonce qu'elle va prévenir les médecins et son père de son réveil. Kate la remercie, silencieusement. Esposito vient prendre la place de sa petite amie au chevet de la détective. Il lui prend la main. Ses doigts brûlent son épiderme. Mais elle n'a pas la force de retirer la sienne de la poigne de l'homme. Elle l'observe longtemps. Comme pour se convaincre que tout cela est vrai. Qu'elle est bien dans un lit d'hôpital branchée à une tonne de machine. Elle sait que bientôt, dans quelques minutes, les médecins arriveront à son chevet avec une tonne de test à lui faire passer. Elle n'y échappera pas. Elle en grimace déjà. Mais elle doit savoir. Elle doit lui demander. C'est vital. Castle est un nom trop difficile à articuler présentement, mais elle n'abandonne pas.

« Rick? »

Son ami souris à sa question. Il aurait parié qu'elle aurait prononcé ce nom avant celui de Josh. Il ne s'était pas tromper. Pour cause, c'était le deuxième mot qu'elle avait prononcé depuis son réveil.

« Il est rentré, il y a une heure. Alexis et Martha ont réussies à le faire bouger de ton chevet. Ce qui est plutôt rare.»

Un demi-sourire passa sur les lèvres de la jeune femme. C'était tout Castle, ça. Bien entendu, elle ne s'attendait pas à ce qu'il reste ainsi auprès d'elle. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que son ami ne lui avait pas tout dit. Il avait tue les bêtises dangereuses de Castle sur l'affaire du Dragon. Il lui avait tue le fait que l'écrivain refusait de dormir, de se nourrir, si on ne le menaçait pas de représailles. Combien de fois Alexis avait-elle tenté de le faire bouger avec ses mimiques les plus mignonnes? Combien de fois Martha l'avait-elle menacé pour qu'il mange? Combien de fois lui et Ryan avaient-ils dû le ramener de force à la maison, menotte aux poings s'il le fallait? Combien de fois Lanie avait-elle dû le droguer pour qu'il dorme un peu? Non. Il ne va pas le dire. Il n'allait pas l'inquiété pour rien. Ils allaient s'occuper de Castle. Ce devrait être facile, maintenant qu'elle est réveillée. C'était elle, qui était dans un lit d'hôpital se réveillant d'un coma. C'était d'elle qu'il fallait qu'elle se soucis. Non des stupidités de son partenaire. Elle ouvre à nouveau la bouche, mais ne peut prononcé le moindre mot qu'un silhouette se précipite vers elle, la coupant dans son élan...