« Kate! »
Elle sent des lèvres s'écraser sur ses lèvres sèches. Elle ne répond pas au baiser. Ne réagit simplement pas. Elle n'a pas la force de le repousser. Elle n'a pas envie d'être près de lui. Respirer lui est douloureux. Sa tête lui fait mal. Tout son corps irradie la douleur. Et elle ignore qui est cet homme qui l'attaque de ses lèvres au goût désagréable. C'est une étreinte aux saveurs antiseptiques, médicales, désinfectés. Esposito détourne le regard. Mal à l'aise, furieux. Il ne l'aime pas, ce type trop grand, trop propre, trop bon. Il sauve des vies. Alors? N'en sauvaient-ils pas autant que lui? N'était-ce pas eux qui arrêtaient les psychopathes? Il se souvient de cette dispute virulente entre le médecin, Ryan et lui. Il se souvient aussi du point de son partenaire s'écraser sur la pommette du médecin. Un sourire triomphant naquit sur les lèvres du Détective à ce souvenir. Josh n'avait qu'à ne pas accuser Castle pour le drame qui s'était joué dans le cimetière.
« Je suis heureux que tu sois enfin réveillée.»
Elle le regarde. Essaie de replacé cet homme dans sa vie. Elle n'y arrive pas. Pourquoi n'y arrive-t-elle pas? Elle se souvient de Lanie, de Ryan, d'Esposito, de Castle…de chaque personne qu'elle aime. Alors, pourquoi pas celui, qui, visiblement, partage sa vie? Ou du moins, son lit? Elle fronce les sourcils. Esposito semble le remarquer. Il l'observe avec un sourire désolé. Il ne peut l'aider. Les souvenirs remontent, lentement…
«They're going to kill you Kate, and if you don't care about that, please think about how that's going to affect the people who love you. You really want to put your dad through that? What about Josh?»
Josh. Ce fut comme un déclique. Elle se souvient de lui. Son petit ami médecin. Le chirurgien cardiaque avec qui elle a tenté d'oublier son écrivain. Elle s'en veut de l'utiliser. Elle s'en veut de l'avoir oublier. Elle s'en veut de prétendre l'aimer. L'homme jette un coup d'œil entraîné aux machines qui sont reliés à elle. Elle lance un coup d'œil au couloir désert. Elle se fichait si Josh était là, elle voulait que Rick entre dans la pièce, qu'il lui murmure que tout irait bien. Kate le laisse lui prendre la main, s'asseoir près d'elle sur le lit. Elle ne se débat pas. Elle ne réagit pas.
« Je vais voir où en est Lanie» Lance Esposito en se levant.
Et elle fut seule. Avec cet homme qu'elle n'aime pas. Encore une fois, le souvenir de Castle vint la hanter. Ne lui avait-il pas dit lui-même qu'elle se cachait dans le meurtre de sa mère comme elle le faisait dans ces relations vaines avec des hommes qu'elle n'aimait pas? Elle sent une boule de colère naître au creux de son estomac. Elle lui en veut d'avoir dit cela. Elle était, est, en colère contre lui parce que ces paroles sont trop justes. Parce qu'elle n'aime pas Josh. Elle n'aimait pas Demming. Le seul homme qu'elle aime était celui qui était partie avec son ex-femme l'été précédent.
« Comment te sens-tu?»
Elle tourne les yeux vers Josh. Ne répond pas. Il n'y a rien à dire. Elle n'a pas la force d'ouvrir la bouche. Elle a peur de ce qu'elle pourrait dire si elle le faisait. Elle a l'impression de ne pas savoir comment réagir. D'être prise en faute. Elle n'est pas à l'aise avec lui. Elle souhaite le retour de Lanie, d'Esposito. Elle veut que cet homme qui la hante depuis son réveil entre dans la pièce. Qu'elle puisse replonger dans ses yeux d'un bleu glace. Entendre ses moqueries de gamin. Mais il n'est pas là. Elle inspire. Se calle contre les oreillers sous son dos. Elle souhaite qu'il parte. Le téléavertisseur du médecin sonne. Strident. Agaçant. Il lui jette un coup d'œil blasé. Ferme la sonnerie. Il la regarde. Triste de la laisser seule. Elle ne le voit pas. Déjà, elle est partie dans les bras de Morphée. Et déjà, les cauchemars affluaient…
***
Elle est allongée là. Dans ces draps trop blancs. D'un blanc faisant écho à la pâleur maladive de sa peau. Reliée à des machines sonnantes et bruyantes. Trop grosses pour elle. Elle si chétive dans son lit d'hôpital. Ses bras sont parsemés de perfusions hideuses qui massacrent sa peau si douce. Sa chemise d'hôpital trop grande pour elle, dévoilait une épaule blanche ou se dessinait un petit grain de beauté rond. Ses cheveux forment une auréole autour de son visage paisible. Il sert sa main dans la sienne. Espère ne pas la réveiller. Il caresse ses cheveux, dépose un baiser sur son front. Il regrette son odeur de cerise. Ses yeux verts lui manquent. Son sourire lui manque. Tout d'elle lui manque. Lanie l'a appelé trois heures plutôt. C'est sa mère qui a répondu. Elle a jugé bon de le laisser dormir un peu. Il lui en voulait. Il aurait du arriver plus rapidement à l'hôpital. Capter la première lueur de ses prunelles quand elle s'était réveillée.
Quelque part dans ses rêves sinistres de la belle, un coup de feu retentit. Un homme est à terre. Elle le supplie de rester. Il lui dit que c'est là qu'il doit être. Il meurt. À cause d'elle. Pour elle. Elle sursaute. Se réveille. Les yeux grands ouverts, alors que la douleur dans sa poitrine la frappe de plein fouet. Elle ne peut dire si c'est sa blessure qui lui fait mal ou la brutalité de la réalité. Elle sent sa main prise au piège. Elle est certaine d'y trouver Josh. Elle ne veut pas tourner la tête vers lui. Elle ne veut pas lui faire face. Parce qu'elle sait que leur secondes sont comptés. La chambre est vide. Ils sont seuls. Ses espoirs de voir Ryan ou son père près d'elle pour éviter la confrontation s'effondrent. Il n'y a pas un bruit dans la pièce sinon celui régulier du moniteur cardiaque et leur respirations qui s'entrechoc dans une mélodie douloureuse.
Elle bouge légèrement les doigts dans les siens. Cette main n'est pas d'une froideur antiseptique. Elle est chaude, accueillante. Moins grande que les battoires de Josh. Ce n'est pas lui. Kate tourne finalement la tête. L'émeraude fusionne avec l'aigue-marine. Électrisant. Rassurant. Un sourire nait sur ses lèvres à lui se répercutant sur celle de la détective. Il est enfin là. Rick… Elle ne se souvient pas des derniers mots prononcés. Ça ne change rien. Elle a passé assez près de la mort pour lui donner une chance. Mais pas maintenant. Elle a besoin de temps. De cicatriser ses blessures. Physique autant que morale. Elle ne réalise toujours pas tout ce qui c'est passer.
«Avouez, vous avez rêvé à moi»
Sa voix est la douceur du velours. Sa voix est chaleur et caresse. Elle lève les yeux au ciel dans un sourire. Il n'a pas changé en tout ce temps.
« Ne … prenez pas … vos rêves pour… la réalité.»
Sa voix à elle est douleur et souffrance. Rocailleuse et tremblotante. Il a attendu qu'elle articule chaque mot avec une patience religieuse, ne se souciant à peine des longues pause entre chaque mot. Cette difficulté à parler l'inquiète, le rend nerveux. Il a fait des recherches. Il connait les risques d'un long coma…
« Dans mes rêves, vous ne faites pas que rêvez de moi, Kate.»
Il lui lance un regard éloquent. Elle soupire, pour la forme. Le monde change, bouge. Ils ne s'en rendent même pas compte. Pas encore...
