« Allez, joue ! »
Sortie de sa réflexion, Carmen posa son regard bleuté vers celui qui l'avait rappelé à l'ordre avec entrain. Seul Mathis avait les mots pour la faire sortir de ses gonds. Celui-ci attendait patiemment que sa camarade pose un domino quelque part dans le jeu. Comment en était-elle venue à jouer avec lui ? Un regard sur les deux sachets en papier posés sur le côté lui rafraîchit la mémoire. L'inconsciente avait parié son goûter avec le jeune homme sous prétexte qu'elle avait décidé ce jour là de saisir toutes les opportunités qui s'offraient à elle. Fantaisies. Les paroles de la veille de cette petite teigne l'avaient travaillée, il pouvait en être fier.
« T'attends le dégel ? ironisa-t-il. De toute façon, tu peux passer ton tour, j'ai gagné.
– Je réfléchis, contrairement à quelqu'un dont je tairai le nom.
– Tu as bien raison, car ses colères sont terribles !
– Bien sûr… Profite de tes derniers instants de liberté parce que tu vas… Perdre ! » clama-t-elle en posant une des pièces d'ivoire qui devait sceller la partie.
Il n'y avait techniquement quasiment aucune échappatoire à cette situation. Carmen venait de poser un domino de manière à ce que son adversaire soit obligé de posséder un cinq alors qu'il ne restait qu'une pièce de cette nature en jeu. Celle-ci était donc soit dans la pioche conséquente, soit dans la main de son adversaire. Mathis afficha un sourire triomphant :
« Désolé ma petite… Mais tu vas être au régime forcé pour cet après-midi. » déclara-t-il triomphant.
Et comme par hasard, il sortit la pièce miraculeuse ! Carmen fut bien obligée d'admettre sa cuisante défaite, estomaquée d'avoir autant de malchance. D'autant plus qu'elle s'était permise de faire la maligne à ce moment là, elle le payait bien cher. Le vainqueur prit énergiquement les deux sachets, examinant minutieusement leur contenu. Lui qui prenait plaisir à enquiquiner les autres enfants s'était fait beaucoup d'ennemis dont il avait appris à être méfiant. L'adolescente quant à elle commença à ranger les pièces alors que Mathis savourait - dans tous les sens du terme - sa victoire. C'est en retournant les pièces de la pioche que la brune découvrit la supercherie : le cinq en question était bien là ! Effarée, elle examina la pièce incriminée. Lorsqu'elle posa ses doigts dessus, quelques marques noires s'effaçaient. Il avait donc profité d'un moment d'inattention pour modifier un trois en un cinq en y rajoutant incognito deux points noirs ! Tricherie ! Ingénieuse tricherie.
« Je me vengerai… » maugréa-t-elle.
Elle s'était fait avoir en beauté. Finissant de ranger le jeu de société, la jeune fille le posa sur un banc accoté au bâtiment avant de partir à l'aventure dans les rues quasiment désertes de Rodorio. Aucune averse depuis déjà plusieurs semaines. Une bonne mousson ferait un bien fou à beaucoup de ses concitoyens. L'esprit ailleurs, Carmen vagabonda là où ses jambes la portaient au hasard des rues et tomba par inadvertance sur celle où logeait son ami. Curieuse, elle se dirigea vers la cabane en question qui avait plus l'air d'une ruine que d'un logement digne de ce nom. En y regardant de plus près, le confort y était certes assez sommaire mais cela semblait largement vivable. Carmen le savait pour s'y être rendue de rares fois en sa compagnie. Une fois arrivée devant le pied-à-terre, elle frappa à la porte sans grande conviction. Personne, bien entendu. Il ne rentrerait certainement pas avant l'heure à laquelle elle devait le retrouver pour prendre sa décision. D'ailleurs, Carmen commençait sérieusement à s'interroger sur son compte. Il lui disait vendre des marchandises à de nombreux clients dans le monde, d'où ses fréquentes absences. Alors pourquoi diable avoir une maison ici alors que la Terre était si grande ? Il y avait bien mieux que ce hameau reculé pour s'établir… De plus, il ne semblait pas avoir de famille, ni de compagne. Sa présence à Rodorio ne s'expliquait pas, même avec la meilleure volonté du monde.
« Ma parole, tu me suis ? »
Elle avait pourtant bien l'impression du contraire ! Carmen fixa de ses pupilles azur son interlocuteur aux paroles si accueillantes. Comment était-il possible qu'elle venait encore à le croiser ? Les bras chargés de courses la mirent immédiatement sur la piste. Il était de corvée et l'orpheline ne put retenir un sourire à cette constatation. Faisant fi de cette remarque, elle recentra son attention sur la maison de son ami lorsqu'un détail attira l'adolescente. La jeune fille constata en effet qu'une des fenêtres était entrouverte. Pour un être aussi méticuleux que lui, c'était assez étrange… Cependant, c'était également une occasion en or pour en savoir plus sur cet homme et son soudain changement de comportement. Toutefois, elle se sentait incapable d'entrer par effraction chez lui, tant l'admiration qu'elle lui vouait était conséquente… Mais il fallait qu'elle sache qui il était, dans quoi elle s'engageait. Peut-être qu'en lui demandant gentiment…
« Tu sais Mathis, ton coup des dominos était vraiment bien monté… admit l'adolescente.
– Il n'y avait que toi pour tomber dedans aussi…
– C'est vrai, tu es très malin. Tu sais exploiter mes faiblesses. Mais est-ce que tu es courageux ? Parce que, admets que là, tu m'as eue par surprise… A la loyale, tu en ferais autant ?
– Bien entendu ! lança-t-il l'air fier.
– J'ai besoin que tu entres dans cette maison. Tu dois être un habitué de l'exercice, non ?
– Hé, j'suis pas un voleur ! Mais… c'est pas la maison de ton ami ?
– Justement, je n'aimerais pas qu'il me prenne en train de fouiller chez lui... J'ai peur, c'est tout… avoua-t-elle.
– Bon… souffla-t-il en se laissant convaincre. Et qu'est ce que j'y gagne ?
– Je pense que tu t'en fiches de ma reconnaissance éternelle… Mais tu as triché tout à l'heure ! Donc si tu me rends ce petit service, tu auras légalement gagné le droit de m'affamer aujourd'hui.
– T'es vraiment nulle pour les gages… se moqua-t-il avant de s'approcher de l'embrasure de la fenêtre. Tu fais le guet.
– D'accord. Dis-moi simplement ce que tu vois. Et… merci… »
Mathis regarda sa congénère soulagée de ce poids et de la peur qui transparaissait en elle. En réalité, il n'était pas nécessaire qu'elle lui donne une justification pour cela, sa fierté suffisait amplement à le faire agir. De plus, le jeune homme avait remarqué son anxiété et il était conscient qu'elle n'aurait pas le courage d'entrer dans la maisonnette. Autant se rendre utile. Après tout, lui aussi était curieux. Qui plus est, jamais elle ne lui a été redevable de quoi que ce soit, il ne considérait donc pas cette demande comme un abus. Carmen était une des rares personnes à ne pas le considérer comme un être sans cervelle, tout juste bon à jouer des tours aux autres et à râler pour rien. Puis sa condition de fille avait son importance… Il ne pouvait être désobligeant avec elle, comme il pouvait l'être avec un garçon, même si lui piquer son goûter ne lui faisait ni chaud ni froid. La malheureuse avait couru le risque de se frotter à lui, elle avait mordu la poussière. C'était le jeu, après tout... Il y avait un vainqueur et un vaincu. Et il en était ressorti logiquement vainqueur. Tricherie ? Que nenni ! Ingéniosité, génie même !
Mathis posa ses sacs de provisions sur le sol caillouteux avant de pousser la fenêtre du modeste habitat.
Le moins que l'on puisse dire, c'était que l'équipement était spartiate ! Un lit, un modeste coin cuisine, un vague bureau dans un bois quelconque et une armoire ainsi qu'une salle d'eau, rien de plus. Fait étonnant sachant que l'homme n'était pas un habitué des lieux : l'intérieur était impeccablement bien rangé, pas une poussière à l'horizon. Aucune personnalisation sur les murs, ce n'était donc pas ici qu'il trouverait de quoi épancher sa soif de savoir. Pénétrant un peu plus dans l'unique pièce de la maisonnée, son regard noisette glissa sur le moindre objet qu'il trouvait à sa portée. Ses sandales faisaient un bruit rauque lorsqu'il parcourait la modeste surface au sol dallé d'un marbre ancien, millénaire. L'adolescent pivota pour se retrouver face à l'unique table de la pièce où il y trouva une petite statue représentant la déesse Athéna. Rien de bien étonnant, tout bon citoyen en possédait une, par pure superstition. Toutefois, la présence de la statuette n'était peut-être pas si anodine compte tenu du peu de visites que l'ami effectuait… C'était sûrement quelqu'un de très pieux. Tellement ringard, pensa-t-il. Athéna était sûrement quelque part mais certainement pas sur Terre étant donné tous les drames qui s'y tramaient. Même dans cette petite île…
Plus loin, près du lit sur la table de chevet reposait un livre visiblement souvent feuilleté.
« Le Cid… » prononça-t-il déchiffrant la couverture.
Il tourna encore et encore, à la recherche d'autres éléments. Plus rien d'intéressant. Le jeune homme sortit donc par là où il était entré, faisant son rapport à sa camarade :
« Une statue d'Athéna et Le Cid. Ce n'est pas un français qui a écrit ça ? demanda-t-il en s'extirpant de l'embrasure de la fenêtre.
– Je crois… murmura-t-elle, songeuse. Tu penses qu'il l'est lui aussi ?
– Possible.
– C'est vrai qu'il a un petit accent… se souvint-elle. »
Carmen ignorait tout bonnement d'où pouvait bien venir cet accent. Il pouvait aussi bien être originaire d'une province grecque aux prononciations exotiques, comme être étranger. La Grèce était composée de nombreuses petites îles, il n'était donc pas étonnant qu'il y ait une multitude de dialectes. Dialectes dont l'accent pourrait être facilement assimilé à une langue étrangère. Le fait qu'elle n'ait jamais quitté cette fichue île constituait un handicap certain. Les habitants de Rodorio ne bénéficiaient d'aucune ouverture sur le monde extérieur. Seule la littérature permettait d'imaginer cet univers parallèle, bien souvent romancé. Quoi qu'il en soit, les découvertes furent assez pauvres et on pouvait voir sur le visage de la jeune fille une once de déception contenue :
« Merci de m'avoir aidée, Mathias… soupira-t-elle avant de porter un des sacs de provisions. C'est à mon tour maintenant !
– Hé, je suis assez grand pour le porter tout seul ! »
L'adolescente à la chevelure ébène ne prêta pas attention à la remarque de son ami et commença à avancer vers l'orphelinat ressassant les maigres révélations du jour. Rien de nouveau sur lui, sa profession, sa famille… Le flou artistique. Les deux comparses arrivèrent à destination après quelques minutes de marche. Carmen se sentait de plus en plus oppressée au fur et à mesure que l'heure avançait. La question du choix se posait. Etait-elle prête à tout abandonner ? Il n'y avait certes pas beaucoup de choses auxquelles elle tenait à Rodorio. Cela se résumait à ses deux compagnons d'infortune. La jeune fille imaginait bien que son départ pourrait les attrister. Surtout la petite Alissia. D'un autre côté, l'orpheline les savait forts et elle devait oublier tout ce qui la liait ici pour prendre un nouveau départ.
« Mathis ? demanda-t-elle afin de retenir son attention. Il faut que je te dise quelque chose.
– Je t'écoute, dit-il en posant son sac de provisions sur une table.
– Tu sais, si j'étais devant sa maison tout à l'heure, ce n'est pas pour rien, avoua la jeune fille.
– Je m'en doutais.
– Je vais partir avec lui ce soir, lâcha-t-elle. Je pense que je n'aurai jamais l'occasion de revenir. »
Un petit silence s'installa. L'adolescent se contentant de fixer sa comparse qui déballait nerveusement les achats. Elle avait été d'une franchise étonnante, digne de lui ! Un mince soupir franchit la fine barrière de ses lèvres :
« Qu'est ce que tu veux que ça me fasse ?
– Je voulais simplement te prévenir ! Histoire de ne pas partir comme une voleuse, se défendit-elle.
– Merci de m'avoir prévenu alors, dit-il en un sourire ironique. »
Excédée, Carmen abandonna les victuailles sur le plan de travail et quitta la pièce, outrée par la réaction du jeune homme. Ses mots furent aussi brutaux que son annonce de départ. Mathis, de son côté, comprit que le message était mal passé mais ne paniqua pas pour autant. Calmement, il poursuit son rangement qui dura une bonne dizaine de minutes. Las, il sortit de la cuisine silencieuse en ces heures creuses et resta quelques instants à regarder au dehors les enfants qui jouaient. Peut-être une de ses prochaines victimes du goûter ? Il y avait toujours quelqu'un pour le défier à un jeu idiot de toute façon… Soit par vengeance soit pour détrôner l'invaincu, le puissant, le génial et respecté Mathias ! Un sourire amusé aux lèvres, il regagna l'intérieur, n'en pouvant plus de cette chaleur qui lui donnait un mal de crâne épouvantable. Lorsqu'il tourna les talons il découvrit Carmen seule à dessiner dans la pièce principale. Le jeune homme à la folle chevelure brune s'engouffra dans la salle quasiment vide de toute présence. Il vit son homologue aux cheveux noirs le fixer brièvement de son regard perçant et plein de remontrances pour ensuite se concentrer sur sa tâche :
« Tiens, tu te mets à dessiner maintenant ? »
Pas de réponse, comme il aurait pu s'en douter. Nullement découragé, il avança d'un pas confiant au beau milieu de la pièce et poursuivit, un poing ferme sur sa hanche :
« Toujours fâchée ?
– Mmh, acquiesça la jeune fille. »
Elle n'avait visiblement pas digéré son manque de tact même si elle devait pourtant y être habituée, depuis le temps qu'elle le côtoyait. L'impétueux adolescent soupira et s'arrêta aux côtés de la dessinatrice du dimanche :
« Ecoute, je ne me fiche pas de ton départ. Je ne suis juste pas attristé que tu partes.
– C'est ce que j'ai cru comprendre.
– Je suis simplement content que t'aies pu saisir ta chance pour partir d'ici, c'est pas un évènement malheureux, tu vois ? » poursuit-il en posant sur son épaule une main qui se voulait rassurante.
Il vit Carmen poser fermement son crayon sur le bois de la table. Elle avait certainement compris qu'il ne pensait pas à mal. Après tout, elle aussi n'était pas très expansive :
« Et puis… Je suis sûr qu'on se reverra. De toute façon, je deviendrai tellement célèbre que tu entendras forcément parler de moi !
– J'aurai pitié du monde à ce moment là… plaisanta-t-elle, retrouvant un semblant de sourire.
– Sans commen… Hé ! Mais c'est moi ça ? s'offusqua-t-il en pointant du doigt un personnage du dessin.
– Ah oui, le bonhomme misérable… Le seul que je trouve ressemblant.
– Pff, l'autre on dirait une vieille sorcière… Mais, c'est pour Alissia ?
– Oui, elle dormait et comme je n'ai pas envie de la réveiller, j'ai pensé qu'un dessin serait un beau cadeau d'adieu. »
Le dessin était de toute façon terminé, plus moyen de changer quoi que ce soit. Carmen voulut écrire un petit mot pour faire comprendre à l'enfant combien sa présence lui manquerait, combien elle lui a apporté par sa sollicitude et sa constante bonne humeur. Elle voulait lui dire tellement de choses qu'elle avait tues pendant toutes ces années ! Mais elle n'arrivait pas à poser sur papier tous les sentiments qui l'envahissaient. Une sorte de honte d'écrire noir sur blanc son attachement alors qu'elle ne le montrait pas tant que cela. L'adolescente se figea quelques minutes, passant son stylo entre ses doigts avant de jeter ces quelques mots à l'angle du papier :
« Σ' αγαπώ » (1)
C'était court, simple et efficace, nul besoin d'en écrire des tartines. Carmen soupira avant de se redresser pour porter la feuille dans la chambre de l'endormie. Une fois la chose faite, en ayant pris soin de ne pas la réveiller, elle se rendit dans les appartements de la responsable de l'établissement pour l'informer de son départ imminent. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle apprit que la dame en question avait déjà été informée par son ami ! Il avait pensé à tout, ce qui n'était guère étonnant de l'homme qu'elle connaissait, réflexion faite. Et elle s'en était allée ranger sa chambre, l'anxiété refaisant surface lorsqu'elle vit le ciel virer au rouge vif. Il lui fallait partir, quitte à être un peu en avance. La séance ménage n'avait pas duré plus de vingt minutes que déjà elle se dirigeait vers l'entrée de l'orphelinat. Plus jamais elle ne reverrait ces murs, ces murs qui ne lui laissaient entrevoir une once d'espoir. Tout cela allait bientôt prendre fin. La porte d'entrée ouverte, l'adolescente se retourna une dernière fois parcourant des yeux le hall donnant sur la grande pièce à vivre.
« Allez, va, tu vas être en retard, clama une voix à l'extérieur.
– Je vais commencer à croire que tu m'espionnes… Prends soin de toi, Mathis, déclara-t-elle en le devançant.
– Saisis ta chance, Carmen, l'imita-t-il. »
Carmen se tourna une ultime fois en direction de l'orphelin au regard si déterminé et un sourire confiant s'afficha sur ses lèvres. Sourire pour cacher son appréhension de la découverte. Les teintes bleuâtres du ciel l'encouragèrent à quitter la rue dans un dernier regard à son ami. Ils se reverraient, c'était certain.
Les minutes qui passèrent furent les plus intenses que la jolie brune n'ait jamais connues : à chaque pas qui la rapprochait de la destination finale son cœur battait plus fort. Allait-il encore lui balancer une de ces mystérieuses phrases qui la plongerait encore plus dans la perplexité ? Elle en était quasiment certaine. Cette dimension presque divine qu'il possédait alors l'effrayait grandement, comme si ça n'était plus la même personne. Comme si il l'avait trompée.
Elle en aurait bientôt le cœur net puisque la voilà arrivée au terme de ses pérégrinations dans les rues de Rodorio. Allait-elle revoir ce village un jour ? Carmen contempla le paysage rocailleux qui s'offrait à ses iris océan. Une falaise devant bien faire cinquante mètres de haut obstruait son champ de vision alors qu'à sa gauche s'étendait calme et paisible la mer Méditerranée. L'homme n'était pas encore là. Elle prit alors la liberté de s'asseoir sur une grosse pierre blanchâtre, les mains crispées sur les volants de sa robe à la teinte identique. Les minutes s'égrainèrent si lentement qu'elle n'avait plus la notion du temps. Les jambes maintenant repliées, elle posa sa tête sur ses genoux, se demandant même s'il ne l'avait pas oubliée. Une nuit sans lune tomba peu à peu où seule la faible lueur des étoiles éclairait cette île sombre et reculée. Inquiétant…
Un craquement se fit soudain entendre à ses pieds. C'était bien le seul son qu'elle avait entendu pendant ces minutes qui paraissaient être des heures. Intriguée, elle observa la roche et constata que celle-ci s'était fendue. Carmen eut à peine le temps de réfléchir à ce sujet que la fissure s'étendit droit vers la falaise infranchissable. Le bruit fut indescriptible et déchira le silence de la nuit. Une lumière semblable à celle d'un soleil prit place à la naissance de la faille ce qui aveugla naturellement la jeune fille habituée à l'obscurité. La silhouette qui en apparut semblait tout droit sortie d'un songe, comme si une sorte de créature divine venait à sa rencontre. Il n'y avait désormais plus aucun doute…
(1) [sé agapo] - Je t'aime.
