Chapitre 2
Les rues de Londres étaient bruyantes et sales, mais le docteur Watson aimait s'y promener. Cela lui permettait d'apprécier d'autant plus le calme de son domicile conjugal et la douceur de Mary quand il rentrait. Mais pour le moment, le docteur se rendait chez son ami pour se rendre compte de l'évolution de ses recherches. Une annonce disant qu'on cherchait un colocataire au 221b Baker Street avait été publiée quinze jours auparavant, et Watson n'avait pas eu de nouvelles depuis. Cela ne présageait rien de bon. Il vaut mieux s'attendre à tout avec Sherlock Holmes.
La maison paraissait relativement calme. Watson salua Madame Hudson avant de monter vers son ancien appartement. Il toqua à la porte et appela :
« Holmes, vous êtes là ? »
Une voix cria :
« Je ne veux voir personne ! Allez-vous-en ! »
Le docteur persista :
« Holmes, c'est moi, John Watson ! Ouvrez cette satanée porte. »
Le silence, puis des bruits de pas et le cliquetis d'une porte qu'on ouvre. Watson s'engouffra dans l'appartement en vitupérant :
« Ce n'est pas trop tôt. Mais qu'est ce qui vous arrive encore, vieux crabe ? »
L'air dépité du détective fit taire les remontrances de Watson. Holmes alla s'affaler dans son fauteuil préféré avant de geindre :
« Quelle idée stupide ! Chercher un nouveau colocataire ! Comme si quelqu'un vous arrivait à la cheville, Watson… »
Touché par le compliment, mais néanmoins décidé à trouver de la compagnie pour son ami, Watson se débarrassa de son manteau et alla s'asseoir en face du détective :
« Voyons, ca ne peut pas être aussi terrible… »
Holmes haussa les épaules d'un air mécontent :
« Tous les gens qui se sont présentés ici sont tout bonnement insipides. Même les flans de Mrs. Hudson présentent plus de consistance… »
« Vous êtes trop aimable de complimenter ainsi mes flans, Mr. Holmes. »
Mrs. Hudson venait d'entrer dans l'appartement, un plateau garni d'une théière, de tasses et d'une assiette de scones dans les mains. Le détective se leva et se mit à tourner autour de sa « Nanny » :
« Dites-lui Mrs Hudson, dites-lui combien les gens qui sont venus ici étaient fats, odieux, ennuyeux à mourir… »
Mrs Hudson posa son plateau et le regarda avec un air navré, les mains sur les hanches :
« Ils étaient tout bonnement normaux Monsieur Holmes. Malheureusement, on ne pas en dire autant de vous… »
Holmes se laissa alors tomber dans son fauteuil, et déclama avec un geste du bras théâtral :
« Suis-je donc condamné à vivre seul ? »
Watson esquissa un sourire à Mrs Hudson qui leva les yeux au ciel avant de s'éclipser. Le docteur servit une tasse de thé à son compère, puis une seconde, avant de déclarer :
« Peut-être que vos critères sont trop précis… »
Holmes fusilla son ami du regard :
« Je ne suis pas exigeant. Je cherche juste quelqu'un qui ait un minimum de conversation, que la drogue ne dérange pas et qui veuille bien, éventuellement, se prêter à quelques expériences… »
Watson haussa un sourcil, but une gorgée de thé et dit d'un ton neutre :
« Je pense que vous pouvez supprimer ce dernier point. »
Holmes soupira :
« De toute manière, je n'ai guère envie de vous remplacer… »
Watson sourit en baissant la tête. Décidemment, Holmes était incurable. Il posa sa tasse et se leva. Holmes le regarda faire, inquiet :
« Vous vous en allez déjà ? »
Le docteur secoua la tête en souriant :
« Mary est chez ses parents ce soir. Je me suis dit que vous ne seriez pas contre le fait d'aller au Royal avant d'aller à l'opéra… »
Le sourire de Holmes s'élargissait au fur et à mesure que son ami parlait. Il se mit à genoux sur son fauteuil, cramponné à l'accoudoir tel un enfant et demanda :
« Qu'allons nous voir ? »
Watson sortit deux billets de sa poche, les agita en l'air et déclara victorieusement :
« La Damnation de Faust ! »
Mais il les rangea aussitôt avant de pointer Holmes du doigt :
« En revanche mon vieux, il est hors de question que je sorte avec vous habillé ainsi… Allez vous préparer, et mettez une veste ! »
Holmes se leva, l'air dédaigneux, mais Watson savait qu'il était content de sortir en sa compagnie. Et peut être qu'il croiserait un éventuel colocataire sur le chemin…
