Chapitre 13 – Le plan

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Il poussa la porte de son bureau dès qu'elle l'invita à entrer. Il était tard. L'agence avait été désertée.

« Agent DiNozzo, que me vaut le plaisir ? demanda-t-elle à son entrée. Tu as changé d'avis sur la promotion ?

- Non, je n'ai pas changé d'avis et je ne suis pas là pour ça, directeur.

- Quel ton solennel ! Je pensais qu'on était un peu plus qu'un chef et son subordonné.

- C'est le cas.

- Alors pourquoi cette tête d'enterrement ? Tu as une mauvaise nouvelle à m'annoncer ?

- Ce serait plutôt à moi de te demander ça.

- Je ne comprends ce que tu veux dire.

- Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, Jenny. Je te connais bien maintenant. Je sais quand tu caches quelque chose.

- Tu crois me connaître après une simple mission sous-couverture ?

- C'était plus qu'une simple mission, pour toi comme pour moi, mais ce n'est pas le sujet.

- Alors qu'est-ce ?

- Tu nous caches quelque chose. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais c'est assez grave pour que tu aies peur.

- Je n'ai pas peur, Tony.

- Donc tu reconnais avoir des problèmes.

- Je n'ai aucun problème.

- On en a tous, surtout quand on est directeur d'une agence fédérale.

- Justement, je suis directeur et tu n'es qu'un agent.

- Je ne suis peut-être qu'un agent, mais je sais ce que j'avance et ce n'est pas d'ordre professionnel, sinon tu nous en aurais parlé.

- Tu crois ça ?

- Tu en aurais au moins parlé à Gibbs. Non, c'est autre chose, quelque chose de privé.

- Tes films commencent à te monter à la tête. »

Il posa les deux mains sur son bureau, se pencha vers elle.

« Je ne peux pas t'aider si tu ne me dis pas ce qu'il se passe.

- Il ne se passe rien.

- Pas de ça avec moi. Nous savons tous les deux que tu as un problème. La seule question est : me diras-tu lequel ou devrais-je trouver par moi-même ? »

Ils se fixèrent, en silence. Cela dura longtemps. Jenny fut la première à baisser les yeux.

« Je vais mourir, lâcha-t-elle.

- Pardon ? »

Il s'était redressé sous la surprise. Elle releva la tête vers lui.

« Je vais mourir, Tony.

- Tu es malade ? »

Elle grimaça.

« Ce n'est pas tout à fait ça.

- C'est simple pourtant, tu l'es ou tu ne l'es pas.

- Je ne le suis pas.

- Alors quelqu'un veut ta peau. »

Elle se leva, fit le tour du bureau pour le rejoindre.

« Vas-t-en, Tony. Maintenant.

- Non, je reste.

- Tu ne veux pas faire partie de ça.

- Peut-importe de quoi il s'agit, j'en suis.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles. Si tu savais...

- Alors explique-moi !

- Non.

- Je ne partirai pas d'ici sans avoir obtenu des réponses, Jenny.

- Pars, ça vaut mieux pour tout le monde.

- Pour tout le monde ou ta conscience ?

- Ne fais pas ça.

- Parle-moi. Qui veut ta mort ?

- Tu ne sortiras pas indemne de cette histoire.

- Ça ne peut pas être pire que maintenant.

- C'est ce que tu crois.

- Raconte-moi.

- Il n'y aura pas de retour en arrière possible.

- Je t'écoute. »

Elle se détourna et s'éloigna de quelques pas, restant obstinément silencieuse.

« Ça concerne Gibbs, n'est-ce-pas ? »

Elle fit volte-face.

« Je...

- Donc ça le concerne. Tu m'expliques ou je continue mes hypothèses jusqu'à reconstituer toute l'histoire ?

- Une mission en Europe il y a plusieurs années.

- Qu'est-ce-qui a foiré ?

- Rien, ça a été une réussite.

- C'est faux. Si c'était le cas, on ne serait pas là à en parler.

- J'avais une cible, une russe.

- Et ?

- J'ai échoué.

- Tu ne l'as pas tué, tu veux dire. C'est ça ?

- Elle veut se venger.

- Parce que tu l'as épargnée ? Drôle de reconnaissance.

- Gibbs a tué l'homme qu'elle aimait.

- Sa cible ?

- Oui, Anatoly Zukov.

- Si elle l'aimait, tu devais te douter qu'elle chercherait à venger sa mort.

- Je l'ignorais. Je ne l'ai compris que lorsque j'ai appris qu'elle nous recherchait.

- Comment l'as-tu su ?

- Par un de nos contacts de l'époque.

- Le nom de ta cible ?

- Svetlana Chernitskaya. Elle a disparu après que je lui ai laissé la vie sauve. J'ignore comment elle se fait appeler aujourd'hui et comment la retrouver.

- Donc tu attends qu'elle vienne à toi ?

- Oui.

- Quel est ton plan ?

- Lui faire savoir que je suis responsable de la mort de Zukov et attendre la confrontation.

- C'est tout ?

- Me débrouiller aussi pour qu'il n'y ait pas d'enquête si j'y passe et que l'histoire s'arrête là. Ça impliquera sans doute que tout le monde croie à un accident et que des analyses soient truquées. Je suis en train d'y réfléchir.

- Tu te rends bien compte que ce n'est pas un plan ?

- S'en est un.

- Tu meurs. Je n'appelle pas ça un plan, c'est une façon de se suicider.

- Tu as mieux à proposer peut-être !

- Ça se pourrait. Dis-moi...

- Quoi ?

- Tu serais prête à jouer le rôle d'une mourante ?

- Pardon ?

- Faire croire à tout le monde que tu es malade et que tu vas bientôt mourir, tu saurais le faire ?

- Je... Pourquoi ?

- Eh bien, au cas où ça foirerait, ton plan comme le mien, les préparer à ta mort rendrait les choses plus faciles à accepter.

- Si jamais je m'en sors vivante, déduisit-elle, je pourrais annoncer la supercherie. Dans le cas contraire, je les aurais tous préparé suffisamment longtemps à l'avance pour qu'ils ne souffrent pas de mon départ.

- Il faudrait qu'on demande son avis à Gibbs, mais c'est ça.

- Non.

- Comment ça « non » ?

- Gibbs ne doit pas savoir.

- Il est impliqué !

- Justement.

- Il est en danger, Jenny !

- Si on se débrouille bien, il ne sera pas inquiété.

- On ?

- Tu as un plan, il me semble.

- Gibbs doit savoir.

- C'est non.

- Tu crois le protéger en gardant le secret ?

- Je ne le crois pas, c'est ce qu'il se passe.

- Jen...

- Gibbs est comme la russe. Quand il perd les gens auxquels il tient, il se venge. Tu sais comme moi ce qu'il se passera s'il apprend la vérité maintenant.

- Et après alors ?

- Elle sera morte.

- J'espère pour toi que tout se passera comme prévu.

- Explique-moi ton plan. »

Il l'observa quelques instants, en silence. Constatant qu'elle ne changerait pas d'avis, il soupira.

« D'accord, mais tu te débrouilleras avec lui lorsqu'il apprendra la vérité une fois qu'on aura réglé le sort à la russe.

- Je me chargerai de lui, assura-t-elle.

- Dans ce cas... »

Il se rapprocha d'elle et capta son regard.

« Il faut attirer la russe, puis te faire passer pour morte afin qu'on s'occupe d'elle.

- D'où l'idée de la maladie.

- Elle a deux avantages. Si elle engage quelqu'un, on s'occupera du ou des hommes de main. Les autres auront été préparés et ne penseront jamais à autre chose que ta maladie. Il n'y aura pas d'enquête, ils ne chercheront pas la vengeance. La russe croira que ses hommes t'ont tué, baissera sa garde et on se chargera d'elle. Une fois fini, on révèlera aux autres la vérité. Si elle décide de se charger de toi elle-même, ce qu'on saura rapidement, on te fera passer pour morte aux yeux des autres avant son arrivée, afin qu'ils ne soient pas un problème, et on se chargera d'elle ensuite. En fait, tout dépend de qui viendra se charger de toi. Mais je ne crois pas que ce sera difficile de savoir si des gens peu recommandables ont été engagés pour tuer le directeur du NCIS.

- Tu as prévu la façon dont tu feras croire aux gens que je vais mourir ?

- Truquer des analyses de sang.

- Donc il faut que Ducky ou Abby soit dans le coup.

- S'il faut choisir, on prend le légiste. Abby serait incapable de garder un tel secret et je ne veux pas lui faire subir ça. Ducky tiendra parfaitement son rôle. Et puis, si on doit te faire passer pour morte, c'est lui qu'il nous faut. »


Tada !

Alors, que pensez-vous de tout ce qu'il s'est passé dans ces chapitres ?

La suite avec les dernières explications de Jenny est en cours d'écriture. Elle arrive bientôt et seulement si vous la voulez. Après ces six chapitres vous voulez peut-être une pause avant de la connaître.