Hello hello and welcome back, dear reader. Il était temps que j'update cette histoire !
Je n'ai pas été très présente online mais j'ai pas mal écrit, outliné/planifié ces derniers mois. J'ai été tellement inspirée qu'une petite trilogie avec Lily L. Potter est née dans ma tête, j'en ai fait un plan très détaillé et je fais mûrir le projet en attendant que je termine l'écriture des cookies. On verra si elle m'inspire autant quand ce sera le cas !
Du coup, annonce, j'ai enfin mis sur papier le plan du reste de Cookies ensorcelés et roulements de tambour… cette histoire devrait faire 52 chapitres d'après mon plan d'attaque.
Il y a toujours un risque que ça varie un peu, surtout que mon esprit psychorigide n'aime pas les nombres 52, 53 et 54 et donc j'aimerais finir sur 55 chapitres avec épilogue (50 aurait été idéal mais ça va être un dernier arc assez intense). Je suis prête à tricher et faire des chapitres plus courts pour arriver à 55 chapitres au total. No shame.
Bref, si vous êtes toujours là, on retrouve donc Juliet là où on l'a laissée, c'est à dire cinq minutes top chrono après la défaite des Gryffondor face aux good ol Hufflepuffs.
Bonne lecture !
— Hardy ! Hé, je te parle !
La tension était palpable dans le vestiaire de l'équipe de Gryffondor. Après les remontrances de Troy Macmillan sur le terrain qui avait laissé un Paulo Green pantois, les joueurs s'étaient tous rassemblés dans les vestiaires sans un mot. John Williams, d'ordinaire jovial, s'était mis à chercher un accessoire invisible dans son sac depuis cinq longues minutes tandis que Fred Weasley s'était assis, silencieux, et évitait soigneusement de regarder dans la direction de Juliet et Troy.
Juliet ne daignait pas lui accorder un seul regard. L'humiliation qu'elle avait ressentie en voyant Paulo Green jouer sans Emma et elle était cuisante. Passer la majorité du match à essayer de lui arracher le Souaffle des mains était quelque chose qu'elle avait prévu de faire contre les autres joueurs de Poufsouffle, et non les siens. En se remémorant ces souvenirs embarrassants, Juliet ressentit une nouvelle bouffée de rage lui remonter du plus profond de ses entrailles, puissante et dévastatrice.
— Je n'ai rien d'autre à dire, murmura enfin Juliet entre ses dents en se retournant vers son camarade.
Troy Macmillan était blême. Les jointures de ses poings serrés étaient aussi blanches que la neige qui bordait le parc de Poudlard. Une veine s'était mise à tressauter dans son cou. Tous ces indices auraient poussés la plus saine des personnes à prendre la fuite. Et vite.
— Tout le monde dehors.
L'ordre du capitaine des Gryffondor résonna dans les vestiaires comme un appel de son général pour aller sur le champ de bataille. Emma Ellis et Fred Weasley se débattirent pour être les premiers à sortir, très vite suivis par les autres. En quelques secondes, la pièce s'était vidée de tous les joueurs. Ne subsistait qu'une odeur de vieilles chaussettes qui avaient traîné au fond d'un sac. Lorsque le dernier de ses camarades eut quitté le vestiaire, Juliet daigna lever les yeux vers Troy. Telle ne fut pas sa surprise quand elle remarqua la mine affligée de son ami.
La colère avait laissé place à une moue déçue.
— Ce que je viens de voir sur le terrain… ce n'est pas digne d'un joueur, et encore moins d'un capitaine.
— Mais tu as vu comment il a joué ! répliqua Juliet, dont l'excès de rage remontait aussi vite que son envie d'envoyer Maisie Lloyd à Azkaban.
— C'est pas le problème, dit Macmillan entre ses dents.
Juliet se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de dire quelque chose qu'elle regretterait par la suite.
— Le problème, c'est la façon tu as réagi…
— Comment tu réagirais si tu étais responsable de son entrée dans l'équipe… commença la jeune fille.
— Ce genre d'erreur arrive à tout le monde, la coupa Troy d'un ton catégorique. Le problème, c'est ce que tu as fait après… tu ne peux tout simplement pas l'agresser comme tu l'as fait !
La perspective de se venger instantanément de Paulo Green, là, sur le terrain de Quidditch, avait été tellement alléchante que si Emma n'avait pas été aussi rapide pour la retenir, Paulo se serait retrouvé à l'infirmerie avec une tête qui aurait doublé de volume. Les yeux bleus de Green, feignant l'innocence avaient eu raison de sa patience, et ce devant toute l'école. Après une victoire qui aurait du leur revenir de droit, elle ne regrettait toujours pas son geste.
— Je sais que tu as beaucoup de trucs à gérer en ce moment, admit Troy d'un ton las, je n'aurais pas du en rajouter.
— Alors tu penses que je ne peux pas gérer la pression ? l'agressa-t-elle.
— Juliet, c'est pas ce que j'ai dit, objecta Troy d'un ton calme.
— Tu n'as pas idée de ce que je peux gérer ou non.
— C'est vrai, admit Troy en haussant les épaules. Mais…
Troy avait commencé sa phrase avant de s'arrêter subitement. Son regard s'arrêta sur les porte-manteaux, l'air d'y chercher l'inspiration pour trouver les bons mots. Tentant vainement de calmer ses tremblements, Juliet serrait les poings dans ses poches, se refusant à frapper quelque chose devant lui pour prouver qu'il avait raison.
— Mais tu peux pas avoir ce genre de comportement si tu veux devenir capitaine l'année prochaine. Tu trouveras des Paulo Green dans toutes les équipes que tu intégreras. Ça craint mais tu ne peux rien y faire. Rien.
La colère continuait de s'infiltrer dans ses veines, contagieuse et sournoise, et Juliet refusait d'admettre qu'il avait raison. Elle s'imaginait déjà son retour à la salle commune où on la dévisagerait à nouveau comme la pestiférée de la maison. Le Quidditch était tout ce qui lui restait pour rester à flot et ne pas être rejetée par ses camarades. Et elle avait probablement ruiné toutes ses chances pour une rédemption aux yeux de ses camarades en étant la cause directe de leur défaite face à Poufsouffle. Elle pouvait déjà imaginer la mine atterrée de James quand il apprendrait la nouvelle.
— Je peux pas savoir tout ce que tu traverses, poursuivit Troy d'un ton calme. Je peux imaginer qu'avoir une mère en cabale n'est probablement pas une expérience très agréable… mais je vais te donner un conseil.
— J'ai vraiment pas besoin de tes conseils, grogna Juliet.
— Ne laisse personne tout gâcher. Tu as du talent. Ne va pas le gaspiller parce que parce que ta mère, ton copain ou tes amis te mettent sur une fausse route. Tu veux toujours faire du Quidditch ta carrière ?
— Bien sûr, admit-elle à voix basse. Ça fait des années que je me bats contre mon père pour ça.
— Ne refais pas une erreur pareille, ou tu peux dire adieu à ta recommandation pour l'année prochaine.
C'était comme si l'on venait de lui renverser un seau d'eau glacée sur la tête. Le Quidditch avait toujours été le seul domaine où elle excellait. Depuis deux ans, on lui avait mis en tête que le chemin idéal lorsqu'on voulait s'engager dans le Quidditch professionnel était de se démarquer par tous les moyens possibles. Et mener une équipe pendant une année, voire plus, était un atout non négligeable. James lui avait répété depuis des mois qu'elle serait le choix logique après Troy Macmillan, et dans un coin de sa tête, l'idée avait germé qu'elle pourrait en effet avoir entre ses mains l'équipe dynamique des Gryffondor pendant sa septième année.
Rêve presqu'inespéré instantanément réduit à néant par un excès de colère qui avait duré cinq secondes.
Plantée fermement sur ses pieds, Juliet ne réalisa pas tout de suite que Macmillan s'était décidé lui aussi à sortir du vestiaire sans qu'elle n'ait esquissé le moindre mouvement. Puis, la réalité de son geste la percuta violemment. Avait-elle ruiné toutes ses perspectives de carrière ? Les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'elle ne puisse les empêcher. Larmes qu'elle s'empressa d'essuyer d'un revers de la main avant de quitter à son tour les vestiaires.
De retour dans le parc de Poudlard, les acclamations d'une centaine de Poufsouffle l'assaillirent de plein fouet, comme des dizaines de piqûres de doxys qui lui donnaient une envie irrépressible de s'arracher la peau. Même le soleil éblouissant de ce samedi après midi célébrait la victoire des blaireaux. La vision de Juliet mit quelques secondes à s'adapter à la luminosité ambiante quand elle réalisa que Rose et Scorpius Malefoy l'attendaient à quelques mètres de là. Juliet soupira, pas prête à affronter le regard des autres.
— Je connais un moyen idéal pour se défouler loin du château… encore mieux que le dégnommage, Weasley, ajouta Scorpius en souriant à Rose. Ça vous intéresse ?
Juliet haussa un sourcil interrogateur, surprise par la proposition de Scorpius Malefoy. Si surprise qu'elle se laissa guider sans broncher par les deux amis.
Après une vingtaine de minutes de marche sur le bord du lac, les trois compères s'étaient infiltrés dans la forêt interdite - sous les protestations de Juliet et Rose - avant qu'ils ne débouchent sur une clairière recouverte d'un manteau blanc. Autour d'eux, les pins formaient un mur qui semblait impénétrable. Aussitôt arrivés, Juliet et Rose avaient échangé un regard, puis avaient observé Scorpius s'élancer vers un rocher recouvert de neige. Il avait gratté la surface du sol avant de trouver une prise sur une malle qu'il tira sur le sol enneigé.
— Will et moi, on vient ici… on venait ici quand on avait besoin de se défouler, se corrigea-t-il immédiatement. C'est assez loin pour que personne ne nous entende, et assez proche du château pour qu'on puisse s'éclipser sans que personne ne s'en rende compte.
Puis il ouvrit la malle et en sortit deux battes de Quidditch qu'il tendit à chacune. Juliet referma ses doigts sur le manche en bois gelé pendant que Rose le fixait avec des yeux écarquillés, tenant sa batte à bout de bras.
— Ne me dis pas que tu as des Cognards ici ?
— Ça serait pas drôle si on devait frapper sur des Souaffes, répondit-il en haussant les épaules.
— Envoie, lui dit Juliet en levant la batte devant l'air inquiet de Rose.
Scorpius ne se fit pas prier et relâcha un Cognard dans un déclic. La balle en fer s'élança haut dans le ciel gris, devenant un point minuscule jusqu'à ce que le point grandisse à nouveau et fonde sur eux à une vitesse impressionnante. Devant l'air paniqué de Rose, Juliet sentit l'adrénaline traverser son corps, prit la batte à deux mains et anticipa la chute du Cognard. Dans un bruit sourd tonitruant, Juliet frappa le Cognard dans un bang qui aurait pu réveiller tout le château la nuit et envoya la balle dans la cime des pins de l'autre côté de la clairière.
— Alors ? s'enquérit Scorpius.
— Pourquoi tu ne m'as pas invitée avant, c'était tellement bon ! s'exclama Juliet en traçant des figures dans le ciel avec sa batte.
Pendant un court instant, l'adrénaline lui avait fait oublier sa colère toujours aussi présente dans ses veines et elle n'avait qu'une envie : recommencer. Elle guetta le retour du Cognard avec excitation en attendant de ressentir à nouveau cette extrême satisfaction.
— Alors tu ne veux pas que je relâche le deuxième ? demandait Scorpius à Rose.
— Non, non, non… c'est vraiment pas mon truc… j'aime les matchs, lire à propos du Quidditch, j'aime pas vraiment la pratique.
— Tu devrais essayer, Rose, insista Juliet. Pense à Stephen Brown et son sourire répugnant quand les Poufsouffle ont attrapé le vif d'or.
— Crois-moi, s'il était devant moi, j'aurais aussi envie d'utiliser cette batte mais là… AAAAAH !
Le Cognard siffla dans les airs et n'était plus qu'à deux mètres de Rose quand elle se mit à crier. Rapide comme l'éclair, Scorpius s'empara de la batte qu'elle venait de lâcher et frappa le Cognard à quelques centimètres du visage de Rose. Scorpius dévia la balle vers Juliet qui la renvoya à nouveau dans les airs. Lorsque la balle se fut à nouveau éloignée, Juliet éclata de rire devant le visage blême de Rose.
— Je vous déteste, dit cette dernière en allant prendre refuge entre les arbres.
— Peut-être qu'on aurait du devenir Batteurs, dit Scorpius d'un ton très sérieux.
— On a encore un an pour changer de vocation, renchérit Juliet.
Les deux Poursuiveurs frappèrent dans le Cognard tour à tour pendant plusieurs minutes sous le regard désapprobateur de Rose qui se cachait quelque part dans la forêt derrière eux. Si Juliet n'avait eu aucune attente concernant l'activité de Scorpius Malefoy, elle y prit goût bien vite. Il lui suffisait de laisser ses pensées vagabonder pour ressentir la colère revenir aussi vite qu'un Cognard revenait sur sa cible.
Bang ! L'ombre de Darcy qui la suivait partout où elle allait. Bang ! Le nouveau Piètre qu'elle avait reçu du professeur Lloyd sur un devoir sur Lapifors qui méritait au moins un Acceptable. Bang ! L'humiliation pure et simple de leur défaite contre Poufsouffle par sa faute devant toute l'école. Bang ! Barbara Hopkins et ses prédictions nébuleuses. Bang ! La proposition de Cameron trop alléchante qu'elle ne pouvait pas accepter.
Juliet renvoya un énième Cognard dans le ciel lorsqu'elle remarqua que Scorpius Malefoy l'observait avec attention, appuyé contre la batte qu'il n'utilisait pas car elle avait fini par s'accaparer chaque allée et venue du Cognard. Un rire s'échappa de ses lèvres, nerveuse à l'idée d'en avoir trop révélé sans avoir dit le moindre mot.
— Tu viens souvent ici ?
— J'étais là presque tous les jours l'année dernière, admit Scorpius. Mais Serpentard a perdu tous ses matchs l'an passé alors on avait quelques raisons de vouloir trouver un exutoire.
Le Cognard siffla dans les airs et Scorpius se redressa pour enfin prendre son tour. Bang !
— C'est drôle, je t'ai toujours vu comme le parfait petit sorcier sans problème…
Juliet l'observa du coin de l'oeil en train de replacer une mèche de cheveux presqu'aussi blancs que la neige autour d'eux.
— Pas quelqu'un qui a besoin de se défouler sur des Cognards, poursuivit Juliet en désignant la clairière d'un mouvement vague avec sa batte.
— J'ai besoin d'extérioriser justement parce que je suis le parfait petit sorcier sans problème. Pas seulement quand on perd un match.
— Pourquoi tu viens vraiment ici, alors ?
Scorpius la sonda de son regard gris froid.
— Les injustices.
— SCORPIUS !
Le cri de Rose siffla dans l'air. Scorpius eut tout juste le temps d'esquiver le Cognard au moment où il allait lui frapper l'arrière du crâne. Il fallut à Juliet une seconde supplémentaire pour lui venir en aide au moment où le Cognard tentait furieusement de l'attaquer une seconde fois. La batte de Juliet frappa une nouvelle fois la balle en fer, résonnant dans les tréfonds de la forêt, avant que Rose ne refasse surface à leurs côtés.
— Vous pourriez faire attention au lieu de batifoler, leur reprocha Rose en allant arracher la batte des mains de Scorpius. Montre-moi comment m'en servir.
— Euh… d'accord.
Si frapper dans le Cognard pendant une vingtaine de minutes lui avait fait le plus grand bien, se retrouver sur le banc de touche pendant que Scorpius aidait Rose à calculer la trajectoire de la balle la ramena instantanément à ses pensées dévastatrices. Rose mit au moins une dizaine de minutes à pouvoir renvoyer le Cognard dans les airs et Juliet n'arrivait pas à se réjouir de cette victoire après le souvenir cuisant de leur défaite.
Juliet se sentait de trop. Pas en phase avec l'humeur bon enfant qui était présente dans la clairière. Rose et Scorpius riaient en attendant que la balle folle revienne vers eux et elle n'avait pas envie de gâcher leur journée à cause de sa mauvaise humeur contagieuse. Elle balança la batte sur le sol enneigé avant qu'elle ne remarque une silhouette entre les arbres. Aussitôt, Juliet ramassa la batte qu'elle venait de laisser tomber.
William Leighton, l'ami de Scorpius Malefoy et le petit ami de sa soeur se tenait là, entre les arbres, son regard allant de Juliet aux deux autres dans une expression de choc.
— Will ! s'exclama Rose en rendant sa batte à Scorpius. C'est une bonne chose que tu sois là…
— Pourquoi tu les as amenées ici ? la coupa Will en s'adressant à Scorpius. On a toujours dit que c'était notre endroit à nous.
— C'est mignon, commenta Juliet.
La silhouette carrée de Will se dessina jusqu'à ce qu'il entre dans la clairière et que l'on puisse discerner le regard noir qu'il leur lançait sous son teint anormalement bronzé en plein hiver. Instinctivement, Juliet se figea, prête à l'attaquer au moindre signe de confrontation. Rien ne lui aurait fait plus plaisir que de lui envoyer un Cognard bien placé après l'arrogance dont il faisait preuve à chaque fois qu'elle le croisait.
— Félicitations, Hardy, c'était un beau match. J'ai entendu dire que tu avais recruté cette excuse de joueur… ça promet pour l'année prochaine.
Son sang ne fit qu'un tour. Juliet jeta un coup d'oeil furtif à la batte qu'elle tenait entre ses mains, puis Will Leighton, puis sa batte à nouveau.
— T'as pas intérêt, dit Will comme s'il avait lu ses pensées.
— Andrea est la seule chose qui me retient de ne pas t'envoyer ce Cognard en pleine face, répliqua Juliet.
Un éclair de surprise apparut sur le visage bronzé de Will. Scorpius leva subitement la tête en l'air, à la recherche du Cognard perdu. Ses mèches rousses en bataille autour de son visage, Rose la fixait intensément comme pour essayer de lui faire passer un message que Juliet ne comprenait pas.
— Elle te l'a pas dit ? demanda Will d'un ton plus doux que la normale.
— Dit quoi ?
— Andrea et moi… c'est fini.
Une révélation lâchée dans un souffle dans le froid de ce début de février. Juliet en aurait presque lâché sa batte si elle n'y était pas fermement cramponnée. Il y avait un mois, Andrea lui contait encore son avenir prometteur, ses projets de mariage à la sortie de l'école et leur ascension dans le monde magique ensemble. Que s'était-il passé en l'espace de quelques semaines pour qu'ils décident de tout arrêter ? Elle se sentit alors honteuse de ne pas avoir pris de nouvelle de sa soeur, qu'elle défendait pourtant avec ardeur depuis le soir où elle avait décidé de tirer un trait sur sa relation avec Cameron.
L'instant suivant, une nouvelle vague de colère la submergea. Personne n'avait pensé à lui dire. Ni Andrea elle-même pour qui elle avait tant sacrifié. Ni Rose qui partageait tous ses secrets. Ni même Scorpius Malefoy qui cherchait à s'échapper de la clairière qui aurait du être son échappatoire. Elle tenta de se souvenir de la dernière fois qu'elle avait reçu une lettre de sa soeur, qui remontait à quelques jours après son retour à Poudlard. Depuis, elle n'avait plus reçu de nouvelles. Pas une seule. Et la raison était sans aucun doute sous ses yeux.
Un sifflement caractéristique retentit à leurs oreilles et tous les regards se portèrent sur le Cognard qui fonçait droit sur Juliet pour la dixième fois de l'après-midi. Du coin de l'oeil, elle vit Will esquisser un geste vers la batte que Scorpius tenait entre ses mains. Une fraction de seconde plus tard, Juliet frappait le Cognard une énième fois. Il s'élança sur Will. Avec horreur et admiration, elle l'observa taper le Cognard dans un revers parfaitement maîtrisé et lui renvoya la balle sans le moindre effort. Juliet eut à peine le temps de réagir que la balle s'écrasa contre son ventre. Elle tomba.
Si le geste avait semblé doux et gracieux, le choc de l'impact, lui, lui coupa le souffle.
— Tu es fou ou quoi ?! s'exclama Rose en se précipitant aux côtés de son amie.
— On s'improvise pas Batteur, la prochaine fois je t'offre une commotion.
— Essaie un peu pour voir ! Ou tu as trop peur qu'une simple Poursuiveuse puisse te batte à ton propre jeu ?
Juliet se releva dans une grimace tout en s'aidant de sa batte. Mais rien ne lui faisait plus plaisir que voir les joues rouges de William Leighton, désormais l'ex de sa soeur, bouillir de rage. Elle n'attendait plus qu'une chose, qu'il l'attaque le premier pour qu'elle ait toutes les raisons de se défendre.
— Ne me tente pas Juliet… gronda Will. Tu as eu ce que tu voulais, hein ? T'as jamais aimé qu'Andrea soit avec moi, jamais…
— Elle a enfin pris la bonne décision, dommage qu'elle ait perdu autant de temps avec toi. Peut-être qu'il se passe quelque chose avec son professeur en fin de compte !
Will leva sa batte dans les airs, une expression neutre au visage. Rose s'interposa entre eux, le visage blême, presque aussi blanc que le paysage enneigé autour d'eux.
— Hé, on se calme.
La voix tempérée de Scorpius résonna dans la clairière. Juliet lui envoya un regard noir. Elle n'avait pas envie que la situation se calme, elle voulait pousser Leighton à bout et qu'elle ait une bonne raison de se défouler sur lui.
— Ne te mêle pas à ça, Malefoy.
— Vous avez tous les deux un match à jouer dans deux mois, l'ignora Scorpius.
— Et ? grogna Juliet, impatiente.
— Je suis sûr que vous pourrez régler vos différents sur le terrain, comme des joueurs civilisés.
L'interruption de Scorpius sembla adoucir les traits de Will, qui réfléchit un instant à cette proposition. Le regard de Juliet passa d'un garçon à l'autre, ignorant Rose qui essayait de la tirer en arrière. La situation chaotique lui plaisait bien plus qu'un retour à l'accalmie. Mais Will ne semblait pas avoir la même idée qu'elle : il donna sa batte à Scorpius et leva les mains en l'air.
— T'as raison, ça sera encore plus satisfaisant de voir la princesse s'humilier devant toute l'école.
— Si Serpentard arrive à marquer un but, ce sera déjà un miracle, dit Juliet, revêche.
— Hé, j'en marque au moins deux par match depuis que j'ai rejoint l'équipe, protesta Scorpius avant d'écoper du regard noir des deux autres.
— Scorpius a raison, ajouta Rose.
Elle prit la batte des mains de Juliet qui offrit une légère résistance avant de lui céder.
— Serrez-vous la main, pas de violence avant le match.
— Est-ce-que ça veut dire qu'on peut se battre après le match ?
— Juliet… soupira Rose.
— Tu sais que je vais t'envoyer à l'infirmerie pendant le match, pas vrai ?
— Pas si on attrape le Vif d'or avant vous, répondit-elle sur un ton de défi.
— Allez, on a pas toute la journée.
À contre-coeur, ils s'accordèrent tous les deux à se serrer la main pour sceller leur promesse devant l'impatience de Rose et Scorpius. Sa poigne était si forte que Juliet aurait pu sentir ses os se briser. Les yeux bleus froid de Will la fixaient avec un expression neutre et calculée, qui lui arracha quelques frissons qui n'avaient rien avoir avec le froid. Lorsque le bruit caractéristique du Cognard fit à nouveau son apparition, Juliet l'accueillit cette fois avec soulagement. Will se détourna enfin d'elle pour s'adresser à Rose.
— Maintenant que vous avez eu ce que vous voulez, ça vous dirait de nous laisser seuls ? On doit parler, Scorp et moi.
— Bien sûr ! s'empressa de répondre Rose, un grand sourire aux lèvres. Prenez le temps que vous voulez !
Les bras croisés sur son estomac douloureux, Juliet surprit le clin d'œil que Rose lança à Scorpius avant que sa meilleure amie ne l'entraîne entre les arbres.
La sortie à Pré-au-Lard du samedi suivant arriva bien trop vite au goût de Juliet. Les jours avaient défilé à une vitesse qui l'inquiéta, avant de se rendre compte que l'appréhension de sa sortie au village sorcier avait sûrement du jouer dans son état d'esprit. La veille, elle n'avait pas réussi à s'endormir, remuant toutes ses pensées et inquiétudes en un mélange sans sens particulier. Elle avait voulu se préparer mentalement à une potentielle rencontre avec sa mère, aux questions qu'elle aurait aimé lui poser et les mots durs qu'elle s'était promise de lui cracher à la figure la première fois qu'elle la rencontrerait.
Pourtant, Juliet n'y croyait pas. Elle n'y croyait plus. Elle avait envoyé cette bouteille à la mer en espérant que Darcy lui réponde et vienne à sa rencontre. Mais elle n'avait pas répondu ni donné le moindre signe indiquant qu'elle avait reçu sa missive. Malgré tout, Juliet se sentait si nerveuse que son estomac semblait s'être tordu plusieurs fois sur lui-même et se contorsionnait difficilement à mesure que le temps passait. Si Juliet avait été fébrile à l'idée de se rendre à son rendez-vous avec Cameron en début d'année, son niveau d'angoisse avait atteint un point culminant ce soir-là sans même qu'elle sache si son interlocuteur se montrerait à Pré-au-Lard le lendemain.
Lorsqu'elle parvint enfin à s'endormir au milieu de la nuit, elle eut un sommeil agité et sans rêves, se réveillant toutes les demi-heures en sursaut. Quand Rose se réveilla enfin après une nuit paisible à ronfler doucement, Juliet lui en voulut quelques instants avant de se raisonner en se cachant le visage sous la couette, dans la chaleur réconfortante de son lit qu'elle n'avait plus envie de quitter. Quand elle décida qu'il était temps d'en sortir, le jour s'était complètement levé. Victoria émergeait lentement d'une bonne nuit de sommeil et l'on pouvait entendre l'eau de la douche couler dans la salle de bains.
— Bonjour ma petite Juliet, tu as toujours une sale tête mais on va passer une journée fantastique ! s'exclama Rose après avoir ouvert les rideaux de son lit à baldaquin à la volée.
Juliet soupira en se laissant tomber sur ses oreillers. La boule au ventre, Juliet se leva enfin et alla se préparer dans la salle de bains dans le silence le plus complet. Elle ne passa jamais autant de temps à prendre soin de son apparence. Lorsqu'elle fut fin prête, ses cheveux n'avaient jamais été aussi soyeux, ses yeux marron-vert étaient maquillés avec attention et elle avait de nouveau emprunté le rouge à lèvres de Rose qui lui donnait l'impression qu'elle était capable de conquérir le monde. Mais le souvenir que ses camarades lui avaient laissé, à elle et au reste de l'équipe de Quidditch, était toujours présent.
Un dernier coup d'oeil au miroir de la salle de bains lui apprit qu'elle avait le teint toujours aussi jaunâtre que le jour précédent. Leurs camarades de Gryffondor avaient très mal digéré la défaite contre Poufsouffle et avaient jeté un maléfice à chacun des joueurs de l'équipe de Quidditch dont le teint avait pris une couleur jaune Poufsouffle vive. L'infirmière n'avait rien pu faire pour se débarrasser de leur teint criard, se contentant de leur dire que "le meilleur remède est la patience… une valeur que les Poufsouffle pourraient vous enseigner".
Au lieu d'aller prendre leur petit déjeuner dans la Grande salle, comme chaque samedi matin avant une sortie à Pré-au-Lard, Juliet et Rose s'étaient rendues directement dans le parc de Poudlard où une épaisse couche de poudreuse avait recouvert l'étendue d'herbe. D'ordinaire, la neige aurait réussi à la mettre de bonne humeur, mais aujourd'hui, Juliet était bien trop nerveuse pour s'émerveiller de la beauté du paysage. Les deux amies marchèrent côte à côte, en silence, jusqu'à ce que Juliet réalise que Rose n'avait pas dit un mot du trajet. Les lèvres pincées, sa meilleure amie n'avait pas l'air rassurée non plus.
Lorsqu'elles arrivèrent au village, des flocons de neige avaient commencé à lentement tomber du ciel s'accrochant au sol et à leurs vêtements. Alors qu'elles passaient à côté de la vitrine de Zonko, une horde d'élèves de Poudlard était déjà à l'intérieur. Juliet les regarda avec envie. Elle aurait donné n'importe quoi pour ne pas être dans cette situation. Aussi, elle attrapa la manche du manteau en laine de Rose et la força à s'arrêter. Son bonnet bleu pastel recouvrait son front et son écharpe de la même couleur couvrait la moitié de son visage, ne laissant entrevoir que ses yeux plissés par le vent froid.
— Rose, tu n'as pas besoin de rester avec moi si tu n'en as pas envie. Je comprendrais.
— Tu n'as pas à t'inquiéter, elle ne viendra pas ici, c'est trop protégé, répliqua Rose avec vigueur.
Voyant que Juliet ne répondait pas, Rose poursuivit :
— Elle t'a ignorée et t'ignore toujours. Ne la laisse pas gagner. Viens, on va voir si les autres sont déjà arrivés.
Juliet fronça les sourcils, ne se rappelant pas qui étaient "les autres" alors qu'elles devaient passer la journée ensemble. Elle déglutit alors difficilement et jeta un coup d'oeil aux alentours. Seulement une dizaine de sorciers se trouvaient dans la Grand-Rue. Emmitouflés de la tête aux pieds, personne n'avait l'air de s'attarder, allant d'une boutique à l'autre sans flâner dans la rue principale. Si Juliet n'avait pas été aussi anxieuse, elle aurait probablement remarqué que ses doigts de pied étaient congelés dans ses bottines.
— Allez, j'ai réservé une table aux Trois Balais, l'informa Rose en désignant le pub de l'autre côté de la rue.
Angoissée, Juliet se laissa guider par sa meilleure amie dans l'atmosphère réconfortante des Trois Balais après avoir lancé un dernier regard vers la Grand-Rue. Mais aucune silhouette ne l'attendait, à la fois à son plus grand soulagement mais aussi à son plus grand désarroi. Malgré l'heure matinale, le pub était relativement plein avec seulement quelques tables de libre. Happée par la chaleur et l'odeur âcre des boissons, Juliet repéra tout de suite la table qu'elle voulait, près de la fenêtre, où elle pourrait observer les allées et venues dans la Grand-Rue sans aucun problème. Avec satisfaction, elle suivit Rose qui se dirigeait vers la table en question avec détermination.
— Biéraubeurre ? proposa Rose en déroulant son écharpe de son cou.
Juliet hocha la tête, avant qu'elle ne s'asseye en face de la fenêtre, l'esprit ailleurs.
— Le nouveau bartender est vraiment mignon, lui avoua Rose quand elle revint avec deux Biéraubeurres. Je suis sûre qu'il était à Poufsouffle il y a quelques années… Mais il ne m'a même pas regardée.
— Peut-être parce qu'il est en train de travailler ?
— Il n'arrêtait pas de te regarder, toi.
Surprise par le ton empli de reproche de Rose, Juliet détacha son regard de la Grand-Rue pour jeter un coup d'oeil au bar, situé à quelques mètres de là. Un groupe d'élèves de septième années bruyants prenaient leur commande tandis qu'un homme de quelques années de plus qu'elles donnait des petits coups de baguette vers deux robinets qui remplissaient deux chopes à la fois. Il ne leur accordait aucune attention. Alors Juliet se renfonça sur son siège.
— J'ai toujours le teint jaune, Rose. Tout le monde me regarde.
Rose tira sur le col de son gros pull vert en laine tricoté par sa grand-mère.
— Je commence à regretter mes choix vestimentaires, comment Irving pourra me remarquer si je porte les mêmes vêtements que mon père ? se lamenta Rose en sirotant la mousse de sa boisson. Mes parents ne veulent toujours pas me donner d'argent pour que je m'achète des nouveaux vêtements.
— C'est un reproche ? demanda Juliet qui recevait de l'argent de poche de son père tous les mois. — Je dis juste que tu as de la chance, ton père te fait confiance. Quand je vais faire du shopping avec mes parents, je me retrouve avec des vieux pulls hideux. Vivement mon anniversaire que je puisse faire ce que je veux…
L'arrivée de James coupa court à ses réflexions dans le pub, Rose afficha un grand sourire, visiblement ravie de voir son cousin.
— Dites-moi si vous voyez Emma aux alentours, je suis censé avoir un rendez-vous galant.
Les deux amies éclatèrent de rire en se rappelant de la demande d'Emma Ellis dans la salle commune il y avait plus d'une semaine.
— Toujours aussi jaune, Juliet ? répliqua-t-il, les joues rougies par le froid.
Juliet perdit aussitôt son sourire.
— Pourquoi vous avez une si grande table ? les interrogea-t-il enfin en se débarrassant non sans mal de son épaisse cape.
— C'est vrai ça, pourquoi tu as réservé une table de douze ?
— Plus on est de fous, plus on rit, répondit Rose.
Pour donner le change, Rose se mit à siroter sa Biéraubeurre avec une lenteur inexpiable. Silencieuse, Juliet jeta un nouveau coup d'oeil à la Grand-Rue. Personne. Pas même l'ombre d'un lécheur de vitrine s'attardait chez Zonko. Juliet jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre : il lui restait une demi-heure avant le rendez-vous qu'elle avait donné à Darcy. Sa jambe se mit à trembler nerveusement, ce qui lui fit regretter d'être venue à Pré-au-Lard aussi tôt.
— … du coup je dois m'y mettre dès maintenant, disait James en sortant des dizaines de photos de la poche de sa cape. J'ai plusieurs options d'appartement.
Assis à côté de Rose, James étala une demi-douzaine de photos sur la table devant eux. Juliet prit l'une d'entre elles entre ses doigts. Il s'agissait d'une pièce lumineuse mais très exiguë où l'on voyait le lit et l'évier de la cuisine dans le même plan. Déconcertée, Juliet jeta un coup d'oeil aux autres clichés : tous semblaient avoir un lit et un aspect de la cuisine trop proches à son goût.
— Tu veux vivre dans une maison à boursoufflets ? remarqua Juliet en observant les clichés un à un.
— J'ai un budget à respecter ! répliqua James en brandissant une autre photo sous le nez de Rose. C'est ça où j'habite avec d'autres étudiants… mais je ne vais pas vous le cacher, j'ai un peu d'appréhension à ce sujet. J'ai entendu dire qu'on peut se retrouver avec un gang de loup-garous si on ne fait pas attention.
Rose fronça les sourcils. Juliet posa un coude sur la table pour mieux l'observer. Le souvenir cuisant de sa visite dans le dortoir de James lui avait laissé une image d'un antiquaire désorganisé et sale. Le dortoir de James était dans un état si délabré que les elfes de maison avaient probablement décidé de ne plus s'y arrêter. Il n'y avait pas de doute possible pour Juliet, c'étaient ses éventuels colocataires qui auraient du souci à se faire.
— C'est le meilleur moyen de rencontrer du monde, objecta Rose en essayant d'attraper son verre de Biéraubeurre posé entre les photos de James. Si jamais tu as des problèmes à t'inclure, tu as toujours tes colocataires pour aller boire un verre. C'est des amis gratuits, la colocation.
— Qu'est-ce-que t'en sais ?
— Juliet et Victoria sont des amies gratuites.
James leva les mains dans un signe de défaite.
— D'accord, d'accord, consentit-il. Mais ça fait sept ans que je vis avec mes amis, j'aimerais bien avoir mon chez moi, tu sais. Et bon, Fred, Troy, Carlton, je les connais. Et si je vivais avec de parfaits inconnus qui ont un Scroutt à pétard comme animal de compagnie ? Et qu'ils faisaient du bruit toute la nuit ? J'ai besoin de mes heures de sommeil, ajouta James, une mine de dégoût au visage.
— Je croyais que tu étais un professionnel des sortilèges d'insonorisation ?
James lui jeta un regard noir et Juliet se cacha derrière sa pinte de Biéraubeurre en retenant un fou rire.
Fred Weasley débarqua alors, le teint jaunâtre lui aussi, accompagné de Marshall Finch-Fletchey et de Sebastian Winston. Juliet et James échangèrent un regard complice : il n'y avait pas que Audrey Collins et Albus Potter qui s'étaient affichés au grand jour, Marshall et Winston, le Préfet-en-Chef de Serdaigle, avaient commencé à se tenir la main dans les couloirs, affolant les ragots de l'école. Sebastian Winston était un modèle du parfait élève à Poudlard, studieux, drôle et respectueux de tous, tout le monde l'admirait pour son assurance innée. Juliet rendit à Marshall un maigre sourire lorsqu'il s'assit à côté d'elle, un instant subjuguée par le charme naturel du Préfet-en-Chef.
— Vous avez entendu la nouvelle ? leur demanda Fred Weasley en s'asseyant à la suite des deux Serdaigle.
Rose secoua la tête de droite à gauche.
— Il y avait des centaures à la lisière de la forêt ce matin, les informa Sebastian, les mains croisées sur la table. Ils ne viennent jamais aussi proches de l'école.
Le sang de Juliet se glaça dans ses veines, comme à chaque fois que la conversation tournait autour de la forêt interdite.
— Des agents du ministère viennent faire des rondes autour du château, répondit James en rassemblant ses photos d'appartement. Ils doivent tout simplement être méfiants depuis… vous savez.
— Ca n'explique pas pourquoi les centaures étaient dans le parc ce matin, remarqua Marshall.
Marshall avait l'habitude de courir dans le Parc de Poudlard tous les matins. Il était probablement le joueur de Quidditch le plus assidu que Juliet connaissait, et c'était sans aucun doute l'un des traits qui l'avait attirée chez lui l'année précédente.
— Quoiqu'il en soit les centaures ne devraient pas entrer dans l'enceinte de l'école, résuma Winston d'une voix grave. Ils sont assez censés pour le savoir.
— Beaucoup d'élèves vont dans la forêt, que ce soit autorisé ou non, lança alors Rose d'une voix claire. Je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas être là s'ils ne font de mal à personne.
— Les règles sont claires pour une vie en communauté, répondit-il d'un ton professoral. Nous restons de notre côté et les centaures restent du leur. Ce matin était clairement une violation du traité de paix entre les sorciers et les centaures.
— Ils étaient dans la forêt quand tu les as vus, non ? demanda Rose à Marshall.
— Ne discute pas la sémantique, Rose Weasley, la rabroua Winston avant de s'adresser au reste de la table. C'est ma tournée, qui veut une Biéraubeurre ?
Un silence gêné s'installa à la table, avant que Fred et James acceptent poliment. L'air plus agacée qu'autre chose, Rose gardait ses lèvres pincées pour s'empêcher d'ajouter quoi que ce soit. Elle avait toujours défendu la cause des centaures depuis qu'elle était entrée à Poudlard et Juliet avait toujours été habituée à ses longs monologues défendant les centaures lors de leurs cours d'Histoire de la Magie. Quand Winston se leva enfin, Juliet espéra presque qu'il ne reviendrait pas à leur table.
— Je t'accompagne, dit Marshall en bondissant de sa chaise à son tour.
Lorsqu'ils se furent suffisamment éloignés, Fred éclata d'un rire communicatif.
— Que c'est gênant, commenta James avant de se mettre à pouffer à son tour.
— Tu sais qu'il veut rejoindre le département de contrôle et de régulation des créatures magiques, pas vrai ? dit alors Fred.
— Et alors ? répliqua Rose. Les centaures n'ont enfreint aucun règlement à ce que je sache. Vous êtes trop faibles à le laisser faire des discours pareils. Une violation du traité de paix, répéta Rose qui n'en revenait pas. Il se prend pour qui ?
Fred et James échangèrent un regard lours de sens avant que James ne change de siège et entreprenne de montrer ses photos d'appartement à son cousin. De mauvaise humeur à l'idée de faire la discussion avec Sebastian Winston pour le reste de la matinée, Juliet se tourna brutalement vers Rose, qui vouait une attention particulière à la condensation sur sa chope de Biéraubeurre en y dessinant ce qui pouvait ressembler au R de son prénom.
— Pourquoi tu as invité Marshall et son copain ? chuchota Juliet de façon à ce que James et Fred ne les entendent pas.
— J'ai juste pensé que… hésita Rose en évitant tout contact visuel, j'ai pensé que… tu sais… tu avais besoin de gens autour de toi, tu n'avais pas l'air d'être dans ton assiette ces derniers temps.
— Et tu pensais qu'inviter mon ex et son nouveau copain était une bonne idée ?
Rose jeta un coup d'oeil rapide à Fred et James, qui avaient sorti une carte de Rio de Janeiro, l'avaient étalée sur la table et discutaient vivement en pointant un index de temps à autre vers un point de la carte. Juliet aurait tout fait pour faire partie de cette conversation.
— Avant qu'il ne commence à parler de centaures, je pensais que oui, répliqua Rose à voix basse. Mais c'est pas grave, James est là, tu le supportes lui, non ?
Juliet lui décocha un regard noir et se ravisa de répondre à la dernière seconde lorsqu'elle remarqua les cheveux blonds platine de Scorpius se rapprocher de leur table. Juliet leva les yeux au ciel. Il était évident que Rose avait invité son nouveau meilleur ami avec qui elle avait été inséparable ces derniers temps. Lorsqu'il tira une chaise pour s'installer à côté de Rose, il afficha une mine déçue en inspectant leurs chopes de Biéraubeurre.
— Pas de chocolat chaud, aujourd'hui ? les salua-t-il.
— Tu sais que tu peux aller t'en chercher un tout seul ? se moqua Rose, une étincelle dans les yeux.
— J'arrive jamais à les finir, c'est trop sucré, se plaignit Malefoy.
— Trop sucré ? se consterna Rose.
Poussant un profond soupir, Juliet but la dernière gorgée de sa Biéraubeurre avant de se lever subitement, peu désireuse de faire partie de leur conversation intime. Sans que personne ne le remarque, Juliet s'éclipsa pour se rendre aux toilettes sans vraiment vouloir s'y rendre, en évitant soigneusement le bar où Marshall et Sebastian récupéraient leur chope de bière. En regardant dans la salle autour d'elle, elle se sentit terriblement déconnectée, comme si ses amis et autres sorciers présents dans le pub étaient sur une longueur d'onde qu'elle ne pouvait atteindre.
Quand elle retourna dans la salle après quelques minutes, Juliet se sentit de nouveau oppressée. Elle balaya la pièce bondée du regard et repéra Albus installé dans un coin avec Lily, qui écoutait son frère sans dire le moindre mot. En le voyant, elle ressentit un nouveau poids lui tomber sur les épaules. Il lui manquait. Elle aurait donné n'importe quoi pour passer du temps avec le calme réconfortant d'Albus et non le groupe éclectique que Rose avait rassemblé que l'on entendait à l'entrée des Trois Balais.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour prendre la décision de quitter les Trois Balais et d'aller chercher son épais manteau. Elle n'avait pas l'intention de rester une minute de plus dans ce pub surchauffé où elle ferait semblant d'apprécier ce moment léger entre amis. Elle passa devant la table qu'occupait Barbara Hopkins et ses parents et sortit des Trois Balais en coup de vent. Aussitôt le froid lui mordit le visage et les mains. Il ne lui restait que quelques minutes avant que l'aiguille de sa montre ne pointe sur le douze du cadran.
Poppy Robards était là, à quelques mètres des Trois Balais. Si elle ne la regardait pas directement, Juliet savait qu'elle était là pour elle et personne d'autre.
À l'horizon, le ciel enneigé se fondait presque avec le chemin verglacé. Dès lors que l'ombre d'une silhouette sortait de l'une des boutiques, ou qu'un oiseau volait un peu trop bas dans le ciel, le coeur de Juliet ratait un battement. Sa tête était vide. Oubliées les réunions de Rose et l'absence d'Albus. Elle était à mille lieues de ses préoccupations habituelles, s'attendant à tout moment que Darcy apparaisse. Lorsque Juliet dépassa la Tête de Sanglier, la rumeur des conversations à l'intérieur commença à s'estomper, la laissant seule avec ses pensées. Darcy pouvait-elle être là, à l'observer entre deux ruelles étroites ?
Elle poursuivit sa route jusqu'à ce qu'elle se retrouve sur le chemin que Cameron et elle avaient emprunté pour leur premier rendez-vous. En y songeant, son coeur se serra.
Enfin, Juliet s'arrêta de marcher lorsque l'aiguille des minutes annonçait midi sur le cadran de sa montre en cuir. Juliet souffla, mal à l'aise, en regardant autour d'elle. Elle était maintenant bien trop loin de la Grand-Rue pour croiser qui que ce soit. Elle jeta un oeil entre les buissons et les arbres qui l'entouraient, aux maisons en pierre qui se faisaient plus rares le long du chemin, mais il n'y avait pas âme qui vive. Prise d'angoisse, Juliet plongea ses doigts gelés dans les poches de son manteau et ses doigts se refermèrent sur la baguette qui s'y trouvait.
Tout était silencieux. Pas un craquement dans la poudreuse. Pas une chouette ne volait dans le ciel. Et Poppy Robards ne s'était pas rapprochée, quelque part dans la rue du petit village. Le regard fixé sur les petites maisons de Pré-au-Lard, Juliet consulta à nouveau sa montre : quatre minutes s'étaient écoulées. Juliet poussa un profond soupir, produisant un nuage de condensation. Quelques minutes de plus et elle déciderait de rentrer au château et passer le reste du weekend terrée dans son dortoir.
— Je pense que Rose avait besoin d'un prétexte pour retrouver Malefoy aujourd'hui.
Juliet sursauta violemment quand la voix de James brisa le silence ambiant. Ses yeux étaient rieurs. Sa cape était fermement accrochée à son cou. Les photos de son futur appartement au Brésil dépassaient de ses poches.
— Tu m'as fait peur ! s'écria-t-elle en lui donnant un coup dans le bras.
— Toi aussi, tu me fais peur ! C'est normal de perdre un match mais tomber dans la déprime à cause d'une petite défaite, c'est tellement pas toi… qu'est-ce-qui va pas ?
Juliet croisa les bras, hésitante. Rose était la seule personne qu'elle avait mis dans la confidence mais elle commençait à se rendre compte qu'il n'y avait jamais eu de secret à garder en premier lieu puisque Darcy Adamson devait être loin, très loin de Pré-au-Lard à ce moment là.
— Allez, tu me dois bien ça après avoir liquidé tout mon Veritaserum, insista James en frottant ses mains l'une contre l'autre pour se réchauffer.
— D'accord… j'ai envoyé une lettre à ma mère pour lui donner rendez-vous à Pré-au-Lard.
— Quand ?
— Maintenant.
James eut un mouvement de recul tout en regardant tout autour de lui. Des branches dénudées jusqu'aux toits des maisons environnantes, tout passa au crible.
— Et tu te balades toute seule ?
— Je suis jamais vraiment seule, soupira Juliet en désignant la silhouette de Poppy Robards à une centaine de mètres de là. De toute façon Rose avait raison, elle ne viendra pas. Elle n'a jamais daigné nous honorer de sa présence avant… pourquoi le faire maintenant ?
Une moue désolée apparut sur le visage de James que Juliet s'efforça d'ignorer.
— Tu veux attendre un peu ici ? proposa-t-il alors dans un nuage de buée.
Cinq minutes s'écoulèrent sans aucun mouvement autour d'eux. Le froid commençait sérieusement à s'insinuer entre les couches épaisses de robe et pulls que Juliet portait ce jour-là. Agrippée fermement à la toute petite chance que Darcy puisse débarquer à tout moment, elle ignora ses doigts devenus bleutés par le froid et les tremblements qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir. Si elle partait, là, maintenant, elle abandonnait tout espoir de la retrouver. Darcy resterait la mère qu'elle n'avait jamais rencontrée et qu'elle continuerait de ne pas connaître. Juliet se détesta aussitôt pour avoir naïvement espéré qu'une mère aux abonnés absents depuis seize ans accepte son rendez-vous sans ciller.
Juliet ferma les yeux lorsqu'elle sentit James s'impatienter à ses côtés. La neige craquait sous ses pieds. Il soupirait souvent comme pour se réchauffer. Elle savait ce qu'il allait dire, qu'elle avait été trop stupide pour avoir cet infime espoir que sa mère, sa propre mère, eut envie de lui parler face à face. Elle n'avait pas envie de l'entendre à haute voix. Elle ne voulait pas voir la pitié sur son visage.
— On peut rentrer au château ? lui demanda-t-elle sans ouvrir les yeux.
— Bien sûr.
Dans le plus grand des silences, ils redescendirent le chemin, faisant attention à ne pas glisser sur le verglas. Puis ils retrouvèrent la présence rassurante du signe des Trois Balais qui se balançait au vent, les rires qui s'échappaient de chez Zonko ou encore de l'odeur forte du haggis qui provenait de la Tête de Sanglier. Juliet aurait apprécié tous ces rappels au village sorcier si elle n'avait pas ressenti l'envie irrépressible de le quitter le plus vite possible.
Alors qu'ils marchaient d'un bon pas le long de la Grand-Rue, une silhouette familière déboucha d'une rue adjacente au coin de Scribenpenne. Barbara Hopkins s'élançait à grands pas vers eux, les joues rosies par le froid mais aussi vêtue simplement d'une paire de jeans et d'un crop top, une cape lâchement posée sur ses épaules. Sa simple vue arracha à Juliet des frissons.
— J'ai entendu dire que Rose Weasley t'a laissée tomber pour Scorpius Malefoy, lui dit-elle en arrivant à sa hauteur.
— Elle m'a pas laissée tomber !
— Si, elle t'a laissée tomber, confirma James.
— Que dirais-tu d'un rendez-vous galant toi et moi ?
Juliet fronça les sourcils.
— Pourquoi pas ? répondit James à sa place.
— Un autre jour, Potter, sourit Barbara. C'est le teint jaune poussin de Juliet qui m'intéresse.
L'intéressée poussa un grognement de mécontentement. Imperméable au froid qui les entourait, Barbara ne cessait de jeter des coups d'oeil au dessus de leurs épaules avant de porter son regard enthousiaste vers Juliet, prête à l'emmener avec elle. Juliet avait le pressentiment qu'une nouvelle fois, elle ne la laisserait pas lui dire non.
— Va pour le rendez-vous galant, mais je te préviens, je suis pas d'humeur romantique.
Barbara balaya ses mots d'un revers de main avant qu'elle ne l'entraîne avec force dans l'étroite rue derrière la boutique Scribenpenne sous l'éclat de rire de James.
Le salon de thé de Madame Pieddodu était le dernier endroit où Juliet avait pensé se retrouver ce jour-là. Et pourtant, elle et Barbara étaient assises autour d'une petite table ronde à attendre que Madame Pieddodu elle-même leur apporte leur afternoon tea. Il y avait un an qu'elle n'y avait pas mis les pieds et le décor n'avait pas changé : les rubans affriolants et angelots se battaient pour l'espace restreint de la boutique. Toutes les autres tables étaient prises, certains de leurs camarades s'embrassaient tandis que d'autres se tenaient à quelques centimètres l'un de l'autre à se dire des mots doux. Juliet s'efforçait de tous les ignorer, et se concentra sur Barbara qui, heureusement, n'embrassait personne.
— C'est le parfait endroit pour parler sans être dérangé. Crois-moi.
Mal à l'aise, Juliet posa ses mains frigorifiées sur ses genoux. Barbara ne tenait pas en place. Elle croisait ses jambes puis les décroisait assez souvent pour que Stephen Brown et sa nouvelle copine assis à la table d'à côté ne le remarquent. Ses yeux dardaient d'un couple à l'autre, puis vers la fenêtre embuée avant de finir vers la porte des cuisines. Tout le salon de thé passait en revue. Sauf elle.
— Tu es sûre que tu as envie d'être ici ? demanda prudemment Juliet.
— Oui, oui… répondit Barbara en clignant des yeux. Désolée, je suis juste un peu nerveuse.
— Toi ? Nerveuse ?
Barbara prit une grande inspiration et la regarda enfin dans les yeux.
— On ne devrait pas parler de mes problèmes, ou des tiens. On a toutes les deux besoin d'une journée entre filles. Une journée normale comme des filles normales.
— Tu crois vraiment que des filles normales viendraient ici ? demanda Juliet, sceptique, en désignant les couples qui les entouraient.
— Tu préférerais venir ici avec quelqu'un d'autre ? répondit Barbara du tac au tac.
Prise au piège, Juliet se renfonça dans son siège et croisa les bras devant l'air malicieux de Barbara. Mais cette dernière n'insista pas pour son plus grand soulagement.
— J'ai jamais compris pourquoi cet endroit est devenu le repère des couples de Poudlard, soupira-t-elle en regardant autour d'elle. C'est trop kitsch. Trop de fanfreluches. Trop d'attente pour pas grand chose. C'est toujours un peu gênant d'y emmener une nouvelle personne… Madame Pieddodu me juge un peu plus à chaque fois. J'espère qu'elle le juge autant que moi.
Barbara jeta un coup d'oeil à la table d'à côté où les deux amoureux s'embrassaient désormais à pleine bouche. Stephen Brown trompant Rose avec Barbara lui semblait avoir eu lieu il y a très longtemps. Aussi fut-elle surprise de voir Barbara sortir sa baguette de son sac à main. Quelques secondes plus tard, la tasse de thé de Stephen glissait lentement sur la table jusqu'à se renverser sur ses genoux.
— Tu peux pas faire attention ?! s'exclama-t-il face à sa partenaire.
Juliet retint un rire pendant que Barbara rangeait sa baguette discrètement.
— Une grosse erreur de ma part, je sais, poursuivit Barbara en levant les mains en signe de défense. Il n'a pas arrêté de parler de sa rupture avec Weasley quand je l'ai emmené ici, quel manque de tact !
Songeuse, le regard de Barbara se perdit sur la fenêtre embuée. Dehors, la neige avait recommencé à tomber. Juliet fut parcourue de frissons et resserra son cardigan autour d'elle. À la table d'à côté, Stephen épongeait ses genoux avec la serviette brodée au nom du salon de thé. Juliet sourit. Elle avait toujours la défaite contre Poufsouffle en travers de la gorge sans parler de son histoire avec Rose qui s'était terminée dans des cris et des pleurs.
— C'est quoi ton problème avec Rose ? lui demanda-t-elle soudainement.
— Weasley ? La meilleure amie qui t'a laissée tomber comme une vieille chaussette ? Ai-je vraiment besoin de m'expliquer ?
Les pas lourds de Madame Pieddodu se firent entendre par-dessus la rumeur des conversations et un plateau à étages rempli de petits gâteaux et sandwiches voleta jusqu'à elles. L'estomac de Juliet se mit à gargouiller lorsqu'il se posa sur leur table exiguë, ce qui lui rappela douloureusement qu'elle n'avait rien pu avaler depuis le dîner. Le plateau fut immédiatement suivi des tasses de thé, leurs soucoupes ainsi que leurs théières qui se bataillèrent pour l'espace restreint de la table.
— Puis-je vous apporter autre chose ? demanda Madame Pieddodu à Juliet.
— C'est parfait, merci ! répondit-elle, enthousiaste.
Madame Pieddodu lui adressa un sourire bienveillant en inclinant sa tête surmontée d'un chignon poivre et sel. Sans la moindre attention pour Barbara, elle passa à la table d'à côté en lissant son tablier immaculé. Juliet souleva le couvercle de sa théière où les feuilles séchées de son thé vert flottaient paresseusement à la surface. Barbara se pencha en avant et inspecta à son tour le thé de sa voisine. Juliet reposa brutalement le couvercle sur la porcelaine : il était hors de question que Barbara s'intéresse une nouvelle fois à son avenir.
— Tu n'as toujours pas répondu à ma question, lui reprocha Juliet en versant son thé dans sa tasse.
Barbara se servit un sandwich au poulet et l'observa sous tous ses angles avant de le poser sur sa soucoupe.
— Rose Weasley est la représentation même de tout ce que je déteste chez toutes ces grandes familles qui se croient au dessus de tout le monde.
— Rose ? C'est celle qui se prend le moins au sérieux !
— Écoute, peut-être que tu n'as pas le recul parce que tu fais partie de ce groupe de Gryffondor à qui tout réussit, mais de l'extérieur, laisse-moi te dire que la vie n'est pas aussi rose qu'elle en a l'air. Rose Weasley est la pire d'entre tous. Elle ne fait rien, elle a toute l'attention des professeurs et arrive à se sortir de toutes les situations.
Un sandwich entre les mains, Juliet leva les yeux vers Barbara, réalisant une chose qui ne lui était jamais passée par l'esprit auparavant.
— Attends une seconde… toi Barbara, serais-tu jalouse de Rose ?
— Bien sûr que je suis jalouse ! s'exclama Barbara en frappant la paume de sa main contre la table.
Les tasses de thé tremblèrent dans leurs soucoupes. Stephen Brown et sa petite amie se détachèrent l'un de l'autre pour leur adresser un regard surpris. De l'autre côté de la salle, Madame Pieddodu leva son index en signe d'avertissement.
— C'est profondément injuste, reprit-elle d'un ton plus calme. Elle obtient tout ce qu'elle veut sans rien faire. Sais-tu seulement combien de nuits blanches j'ai passé pour être première de la classe ? Et ensuite être complètement ignorée par les professeurs parce qu'ils n'ont d'yeux que pour elle ? Combien de fois tu l'as vue s'en sortir aux examens parce qu'elle est la fille des Granger-Weasley ?
— Les professeurs adorent Albus aussi, remarqua Juliet en mordant dans un nouveau sandwich moelleux. Ça a toujours été le cas depuis la première année.
— Albus est différent, il travaille dur pour ce qu'il a… contrairement aux apparences.
Barbara jeta un nouveau coup d'oeil vers la fenêtre où les flocons de neige prenaient de plus en plus d'épaisseur. La bouche pleine, Juliet songea un instant à ses amis, éclatés d'un bout à l'autre de Pré-au-Lard. Dans des temps différents, ils auraient été tous les trois aux Trois Balais, sans personne d'autre. Pourtant, ancrée dans le présent, elle sentait qu'elle était à la bonne place dans le temps. Est-ce-que ça voulait dire que Barbara avait raison ?
— Le traitement de faveur de certains me rend malade, poursuivit Barbara en reprenant son sandwich délaissé. J'aurais probablement eu le même discours l'année passée concernant Albus, mais il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis. Tout comme je me suis jamais intéressée à toi non plus. Le prends pas mal, mais j'étais tellement déçue de Marsh quand il a commencé à sortir avec toi…
— Je le savais ! Je savais que tu me détestais ! s'exclama Juliet en brandissant un nouveau sandwich. Toujours à m'ignorer quand je vous rejoignais à la bibliothèque. Ou la fois où tu m'as baillé au nez quand je racontais mon premier but de la saison !
Barbara but à nouveau une nouvelle gorgée de son thé, portant sa tasse du bout de ses doigts.
— Marsh est un garçon sensible, je voulais pas qu'il se fasse briser le coeur par Juliet la frivole.
— C'est moi que tu appelles la frivole ?
— Hé, on a plus en commun que notre amour pour les placards à balais, Juliet.
Plus par faim que par convention, Juliet engloutit le quatrième sandwich et ferma les paupières pour l'apprécier. Le cheddar fondait en bouche. Le pain était parfaitement moelleux et épousait son palais avec perfection. Mais Barbara ne partageait pas sa passion pour les sandwichs. Elle fixait à nouveau la fenêtre embuée, l'air plus inquiète que jamais. Les ongles de Barbara tiquaient sur la nappe. Mais avant que Juliet n'ait ouvert la bouche, Barbara la devança en reprenant son air espiègle.
— Sur le sujet des garçons… j'aimerais trouver un cadeau pour l'anniversaire d'Albus.
Surprise par la question, la main de Juliet s'arrêta à mi-chemin jusqu'au plateau de petits gâteaux.
— Je pensais lui offrir une flamme éternelle. Diaboliquement Votre a commencé à les commercialiser à la rentrée. C'est beaucoup trop cher pour ce que c'est mais…
— Tu es au courant que son anniversaire tombe le jour de la Saint Valentin et que sa copine est très possessive ?
— Sérieusement Juliet, tu crois que je ne sais pas ce que je fais ? La flamme éternelle est assez romantique pour attirer l'attention. Personne ne pourra l'ignorer. Pas même Audrey Collins. Et c'est le but.
Juliet regarda Barbara avec un mélange de curiosité et d'inquiétude. Elle tenta de s'imaginer Albus en train de déballer une petite boîte contenant une flamme éternelle à la table du petit déjeuner et elle devait s'avouer que la pensée l'effrayait. Albus serait sans aucun doute horrifié à l'ouverture du cadeau devant l'assistance de Gryffondor tous plus excités les uns que les autres face au spectacle.
— Collins détestera, mais Albus aussi.
— Parfait, il est temps de mettre fin à toute cette mascarade.
La voix de Barbara s'était faite sérieuse soudainement.
— On sait toutes les deux que cette relation est aussi réelle que mon amour pour Mister Brown ici présent, reprit-elle en inspectant le contenu de sa théière.
— Alors Albus t'a dit que leur relation était fausse ! s'exclama Juliet.
— Non, mais c'est plus compliqué que ça en a l'air…
Des cris retentirent à l'extérieur. Les deux filles tournèrent instinctivement la tête vers la fenêtre où la neige continuait de tomber à gros flocons.
— Il m'a dit que tout avait commencé à la Cabane Hurlante, reprit Barbara d'une voix étrangement hésitante. Ils ont passé la soirée ensemble et les choses ont dérapé. Ensuite ils ont…
De nouveaux cris se firent entendre dans la Grand-Rue. Plus apeurés mais aussi plus proches. Stephen Brown s'était levé et inspectait l'étroite rue par la fenêtre débordant de rubans roses. Le coeur de Juliet s'était mis à battre très vite sans qu'elle ne sache pourquoi et avait du mal à se concentrer sur Barbara, dont les coups d'oeil répétés vers la fenêtre indiquaient son état d'anxiété. Ses mains se crispèrent sur le bord de la table.
— … ils ont fait une alliance, poursuivit Barbara d'une voix aiguë. Je ne devrais pas en parler tant je trouve l'idée ridicule…
Le plancher du salon de thé trembla sous leurs pieds. Un instant plus tard la vitrine vola en éclats. Des milliers de petites particules de verre semblables aux milliers de flocons de neige tombèrent au ralenti dans l'espace confiné du salon de thé. Juliet eut à peine le temps d'apercevoir Brown se coucher au sol et ses camarades se protéger le visage avant que Barbara ne l'entraîne sous la table.
Une explosion tonitruante retentit dehors et résonna dans son corps entier. Les paupières étroitement closes et agenouillée sous la table, Juliet était emplie d'une certitude sans qu'elle n'ait besoin d'avoir de confirmation. Elle rouvrit les yeux et fit face à une Barbara terrifiée comme elle ne l'avait jamais vue auparavant, cramponnée au pied de la table.
— Elle est là, murmura Juliet.
Les yeux apeurés de Barbara brillaient, partageant cette certitude sans qu'elles n'aient besoin de se le dire à haute voix. Barbara était au bord des larmes mais elle savait elle aussi.
— Comment tu savais que Darcy viendrait à Pré-au-Lard ?
— Je suis tellement désolée Juliet…
Sous les cris et les pleurs qui avaient désormais envahi le salon de thé ravagé, Juliet sortit de sa cachette et se mit à tâtonner le sol à la recherche de sa cape. Lorsque ses doigts se refermèrent sur le bois de baguette magique, elle bondit. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait découvrir une fois dehors mais elle n'hésita pas une seconde. Ses bottines crissaient sur le sol recouvert de morceaux de verre. Elle ignora Madame Pieddodu qui tenta de la retenir, les appels implorants de Barbara qui la sommaient de rester avec elle et les gémissements de Stephen Brown qui se tenait le visage entre les mains.
De retour dans le froid de l'hiver, une pluie de sortilèges tombaient de tous les côtés, mélangés aux lourds flocons de neige qui empêchaient de voir à quelques mètres. Elle entendait des voix. Un combat avait lieu sous ses yeux sans qu'elle ne puisse le voir. Un éclair rouge passa à quelques centimètres de son visage avant qu'on lui attrape fermement le bras. Poppy Robards, l'auror qu'elle détestait tant, avait débarqué de nulle part et l'entraîna sans ménagement au bout de l'allée menant à la Grand-Rue devant la devanture de Scribenpenne.
— Rentre à Poudlard immédiatement. Quelque chose n'est pas normal…
Poppy n'eut pas le temps de s'expliquer qu'un nouveau sortilège fusait et l'atteignait dans l'épaule. Un craquement horrifiant retentit. Elle grimaça mais eut le temps de lui souffler :
— Ne joue pas à la Gryffondor héroïque aujourd'hui. Cours.
Tout en se maintenant l'épaule, Poppy Robards était déjà retournée au combat. Figée sur place, Juliet ne bougea pas. Devant elle, une foule se dessinait dans la Grand-Rue, alertés par le grabuge qui avait lieu dehors. Derrière elle, l'inconnu. Juliet se retourna vers l'allée d'où elle venait. Poppy était en position d'attaque, baguette brandie. Sur le toit du salon de thé, une silhouette se dressait dans le ciel blanc. Comme si elle n'était qu'une étrangère dans son propre corps, Juliet se sentit avancer de quelques pas qui craquaient contre le sol gelé de février, attirée par cette silhouette inconnue.
Des sortilèges fusaient entre les flocons de neige, certains rouges vifs, d'autres blancs éblouissants. Poppy parait chaque sortilège avec une habilité et une souplesse qu'elle n'avait jamais vue avant. Sa queue de cheval fendait l'air à chacun de ses mouvements.
— Dégage Juliet ! s'écria Robards lorsqu'elle la remarqua. Stupéfix !
Incapable de joindre le geste à la parole, Juliet observa la silhouette noire postée sur le toit du salon de thé sauter puis rebondir légèrement sur les pavés recouverts de verglas.
— Volate Ascendere.
Les milliers de morceaux de verre brisés de la vitrine du salon de Madame Pieddodu se soulevèrent lentement, comme un nuage brillant, dangereux et magnifique à la fois.
— Waddiwasi ! acheva Poppy dans un souffle.
Le nuage de verre fonça droit sur la silhouette au bout de l'allée. Mais au dernier moment le nuage s'arrêta pour repartir dans la direction opposée. Pétrifiée, Juliet vit les milliers de morceaux de verre coupants se diriger droit sur elle et Poppy. Pétrifiée sur place, elle n'eut pas le temps de lever sa propre baguette magique que Poppy se jeta en travers du chemin à la dernière seconde.
— Protego ! hurla-t-elle.
Le nuage mortel n'était plus qu'à un mètre d'elles et Juliet ferma les yeux au moment de l'impact. Le silence qui s'ensuivit était encore plus effrayant que le verre brisé. Le vent d'hiver s'engouffrait plus profondément dans l'allée et sifflait à leurs oreilles. Lorsque Juliet rouvrit les yeux, elle eut tout juste le temps de voir Poppy Robards s'écrouler au sol. Horrifiée, Juliet se laissa tomber à genoux auprès de l'auror pour lui venir en aide. Mais rien n'indiquait la moindre blessure. Les morceaux de verre étaient retombés tout autour d'elles dans un cercle presque parfait. Son chemisier blanc sous sa cape entrouverte était tout aussi blanc que le paysage enneigé.
Mais plus les secondes s'écoulaient et plus le corps de Poppy Robards se figeait sans que le moindre sortilège ne l'ait touchée. Ses jambes avaient cédé les premières. Puis sa main droite avait lâché sa baguette magique dans la neige. Un Petrificus Totalus silencieux lent et insidieux se répandait lentement dans son corps entier.
— Finite Incantatem, prononça-t-elle avec espoir.
Le maléfice ne se brisa pas. Une vague de panique assaillit alors Juliet : elle n'avait aucun moyen de l'aider.
— Va-t-en… dit Poppy faiblement, avant que ses lèvres ne se figent à son tour.
Trop occupée à s'inquiéter à propos de l'auror, Juliet ne remarqua pas la silhouette s'approcher jusqu'à ce qu'elle entende ses pas qui craquaient sous la neige. Une femme mince et élancée la fixait avec une détermination qui lui fit froid dans le dos. Elle était aussi brune que Juliet et ses yeux lui rappelaient avec frayeur son propre portrait. Vêtue d'une robe de sorcier pourpre, agrémentée d'un collier d'une pierre sombre et brillante, sa silhouette se découpait avec netteté dans le paysage blanc. Juliet n'avait aucun doute sur l'identité de cette sorcière aux airs assurés qu'elle aurait aisément retrouvé en Andrea.
Darcy Adamson était là devant ses yeux.
Une étrange aura émanait de la sorcière, une énergie puissante qui vibrait tout autour d'elle. L'air était électrique malgré les flocons épais qui tombaient du ciel gris. Accroupie auprès de l'auror, Juliet resta quelques secondes subjuguée par la beauté sombre et l'étrange pouvoir de Darcy dans le paysage enneigé avant de se reprendre. Elle brandit sa baguette d'une main tremblante, prête à en découdre.
— Expelliarmus !
Sans prononcer le moindre mot, Darcy para le sortilège d'un geste léger. Un sourire apparut lentement sur son visage. Un sourire satisfait, comme si elle avait reçu ce qu'elle voulait en arrivant à Pré-au-Lard.
— Stupéfix ! tenta à nouveau Juliet.
— Protego.
Darcy pencha la tête sur le côté, l'air presque amusée. Juliet s'apprêtait à lui lancer un nouveau sortilège quand elle sentit son bras se fatiguer à une vitesse alarmante. Le bras qui tenait sa baguette se fit plus lourd, désensibilisé, comme le second match de Quidditch qu'elle avait joué et où elle s'était cassé le bras dans une chute. Sa baguette lui glissa entre les doigts sans qu'elle ne puisse rien y faire, complètement impuissante.
Face à elle, Darcy souriait.
— Tu es parfaite, ma Juliet.
Juliet tressaillit en entendant la voix douce, presque aimante, de sa mère.
— Assez parfaite pour laisser ma mémoire intacte ?
Le sourire de Darcy disparut.
— Arrêtons de jouer à ces petits jeux, tu voulais me voir et je te dois des réponses… viens avec moi.
— Comment je sais que ce n'est pas un piège ?
— Je n'ai pas besoin de t'emmener hors de Poudlard pour t'atteindre.
Avant que Juliet n'ait pu mesurer l'ampleur de ces mots, des bruits sourds s'élevèrent derrière Juliet, ce qui alerta Darcy. Elle afficha une mine sombre, comme si la présence d'autres personnes dans le village sorcier l'importunait plus qu'ils ne l'alarmaient.
— Viens me trouver.
Darcy lui adressa un clin d'oeil puis se transforma en chouette à lignes noires et s'envola dans le ciel enneigé. Frissonnante de la tête aux pieds, Juliet ne remarqua pas immédiatement que son bras se sentait peu à peu plus léger, comme libéré d'une emprise. On la bouscula alors sans qu'elle n'y prête attention, trop absorbée par le petit point que représentait la chouette dans le ciel blanc et qui s'était peu à peu effacé. Quelqu'un s'agenouilla alors auprès de Poppy, qui cherchait à se relever en se redressant sur ses coudes.
Juliet soupira de soulagement sans qu'elle ne réalise qu'elle avait retenu sa respiration.
— Tu m'entends ? Juliet ?
Juliet tremblait, revenant peu à peau à la réalité. Les yeux de Juliet étaient posés sur la baguette de Poppy qui gisait auprès d'elle, déjà presque ensevelie sous la neige, en se demandant comment l'auror s'était retrouvée complètement paralysée sans avoir été attaquée.
— Poppy…
— Elle va s'en remettre, ne t'inquiète pas, lui dit Harry Potter d'une voix assurée.
Des dizaines de ses camarades étaient sortis des boutiques environnantes et observaient la scène qui avait lieu sous leurs yeux. La main de Harry sur son épaule la guida le long de la Grand-Rue. Mais les chuchotements à peine voilés l'effleuraient à peine. Au loin, près du pub des Trois Balais, la crinière rousse de Rose la contemplait, blême, sans oser s'approcher. Deux silhouettes se détachèrent de la foule. Albus et Lily Potter s'étaient approchés à grands pas avant que Harry ne leur fasse signe de faire demi-tour.
— On va rentrer au château et tu vas me raconter tout ce qui s'est passé, d'accord ?
Juliet ne répondit pas, observant le ciel blanc en espérant presque y trouver une chouette noire.
Je sais, je sais. C'est un crime d'interrompre un afternoon tea comme ça. A la prochaine !
