CHAPITRE 12

Elles avaient passé tout le reste de la journée ensemble, Emma n'avait pas mis les pieds à la Mairie et c'était la première fois en plusieurs années de mandat que cela lui arrivait. Elles avaient quitté le parc et étaient allé jusqu'à la médiathèque, elles avaient flâné à la librairie et chez le disquaire en sirotant un milkshake qu'elles s'étaient offert à la cafétéria de la salle d'arcade - salle de jeux qu'elles avaient fuis discrètement pour ne pas gêner Henry et ses copains qui s'amusaient après être sorti de leurs cours de sport du mercredi après-midi.

Elles avaient passé une journée très agréable, oubliant presque les ennuis de la veille, oubliant presque que Regina avait bien failli ne pas en réchapper, et puis en début de soirée, il fallut bien se décider à rentrer. Emma devait retrouver Henry au Manoir pour le diner et faire le point par téléphone avec sa secrétaire sur les dossiers de la journée. Alors à contre cœur, elle se gara devant chez Regina mais elle n'avait aucune envie de la laisser toute seule.

« Merci de m'avoir raccompagnée… et merci pour cette journée, c'était très rafraichissant, vraiment très plaisant. J'ai pu penser à autre chose. »

« Je t'en prie c'était un plaisir pour moi aussi… mais… je me demandais… est-ce que tu voudrais… enfin, peut-être que tu voudrais… je ne sais pas, moi, euh… venir diner à la maison ? » Osa demander Emma après avoir tournée autour du pot un bon moment.

« Hm, merci Emma, c'est très gentil à toi mais il faut que je rentre chez moi. » Répondit Regina avec un petit sourire contrit.

« Tu es sûr ? »

« Oui, si… si je commence à ne plus pouvoir rester seule, je vais… enfin ça ne va pas m'aider à passer le cap du traumatisme. Mais je te remercie de me le proposer. Déjà hier soir et aujourd'hui, tu as été là pour moi, tu as été d'un grand soutien… tu as été parfaite, Emma, vraiment… merci. »

« Si tu changes d'avis, n'hésite pas… et si … si tu as une angoisse, une insomnie, n'importe quoi… appelle-moi, à n'importe quelle heure, je garde mon téléphone près de moi, d'accords ? »

Le cœur de Regina se serra si fort dans sa poitrine que s'en fut presque douloureux. Emma était si attentionnée avec elle, elle avait encore du mal à le concevoir tant elle n'était pas habituée à avoir quelqu'un qui s'inquiète réellement pour elle.

« Je le ferais, promis. »

Emma lui fit un petit sourire mais ses superbes yeux verts étaient presque tristes à l'idée de la laisser. Sa gorge se serrait et son corps entier était soumis à une tension qu'elle avait du mal à gérer. Regina ne se sentait pas mieux mais il fallait se montrer raisonnable, elle ne pouvait décemment pas rester coller à Emma, elle savait que si elle commençait à faire cela, elle ne pourrait plus se passer d'elle une seule seconde. Il fallait être plus forte que cette envie, démentielle et un peu fleur bleue, de ne plus la quitter d'une semelle. Néanmoins, il fallait bien assouvir une envie parmi toutes celles qui la tiraillait pour pouvoir trouver le courage de se séparer ensuite.

Regina leva la main et vint caresser la joue d'Emma, celle-ci se mit à rougir immédiatement et son cœur s'emballa. Son regard se fit plus chaud, plus intense et Emma ne put faire autrement que de déglutir difficilement. Regina se pencha lentement en avant, laissant à Emma le temps de comprendre ce qui allait suivre et de stopper la chose si elle le souhaitait mais Emma fut muée d'un même mouvement et, après avoir échangé un dernier regard dévorant, elles s'embrassèrent.

Dans un soupire longtemps retenu, leurs lèvres se rencontrèrent réellement pour la première fois, sans précipitation, sans surprise, sans mauvais timing, et d'un commun accord. Elles dansèrent ensemble une valse lente mais brulante. Regina menait clairement la danse et ses lèvres s'emparaient de celle d'Emma qui le lui accordait avec un plaisir non dissimulé. Elles échangèrent un baiser flamboyant, sans aucune maladresse, un baiser presque… parfait.

L'émotion au bord du cœur, Regina se recula mais resta si proche que leurs soufflent se mélangeaient encore. Elle tenait le visage d'Emma entre ses mains et ne comprit pas pourquoi elle avait les larmes aux yeux. Ce baiser venait de la bouleverser et elle sentait un courant électrique étrange la traverser, comme une force surnaturelle qui serait en train de se réveiller. Elle releva le regard et trouva Emma tout aussi émue qu'elle.

« Tu… tu as senti ça ? »

« Oui… » Murmura Emma.

« C'était quoi ? »

« Je ne sais pas… mais c'était fort… »

« Emma Swan, je crois que vous me faites beaucoup trop d'effet ! » Plaisanta Regina pour faire passer cette étrange sensation qui la déstabilisait fortement.

« J'en ai bien l'impression. » Se mit à sourire Emma.

Regina se mordit la lèvre, l'envie de réitérer la chose était grande mais avec toute la volonté dont elle pouvait faire preuve, elle recula légèrement.

« Tu devrais rentrer maintenant, ton fils doit t'attendre. » Dit-elle à contre-cœur.

Emma hocha la tête, sachant pertinemment que si elles remettaient cela, elles seraient inarrêtable tant l'envie de l'autre les foudroyait sur place. Regina ouvrit la portière pour sortir mais au dernier moment, elle se repencha vers Emma et colla une nouvelle fois ses lèvres sur les siennes en un baiser un peu pressé mais brulant et promettant bien plus d'ivresse pour la prochaine fois. Elle ne laissa pas le temps à Emma d'y répondre et sortie enfin de la voiture.

Elle lui fit un dernier signe de la main avec un sourire ravageur avant de pénétrer dans son immeuble et de disparaitre de sa vue.

~SQ~

Regina rentra chez elle, elle n'alluma pas la lumière préférant laisser la lueur du réverbère éclairer faiblement la pièce. Elle se servit un verre de son scotch préféré et s'affala sur le canapé. Elle porta la main à sa bouche, effleura ses lèvres et se repassa en boucle dans sa tête les sensations de ce baiser avec Emma.

Cette femme, mon dieu, cette femme. Jamais, elle n'avait ressenti ça.

Elle resta là un bon moment, tentant de faire le point sur ses dernières 24 heures. Trop de choses s'étaient passé pour qu'elle garde la tête froide, trop d'émotions toutes plus différentes les unes que les autres lui avaient traversé le corps, elle avait sérieusement besoin de se remettre les idées en place. Mais ce ne fut pas si difficile que cela, parce qu'en fin de compte la seule idée qui persistait et qui tournait en boucle dans sa tête, ce n'était pas la tentative de meurtre qu'elle avait subi mais bien les moments intimes partagés avec Emma. Les sentiments s'imposaient à elle, elle était accroc à cette femme et elle se rappelait chaque détail, chaque geste, chaque regard qu'elles avaient échangé. La façon dont Emma était venue à son secours, la panique dans ses yeux, la tendresse avec laquelle elle s'était occupée d'elle, l'étreinte qu'elle lui avait offerte avant de s'endormir dans ses bras et au matin, sa façon de se reblottir contre elle pour encore quelques minutes avant de se lever pour une nouvelle journée. Et toute cette journée, simple et complice, qu'elles avaient passé ensemble. Tout avait l'air tellement mieux quand Emma était là. Regina était bel et bien amoureuse mais elle ne le formulait pas encore à haute voix, ni même encore en pensée.

Elle finit par manger un morceau et aller prendre une douche avant de se mettre au lit, la fatigue commençant tout de même à la rattraper. Elle repensa à la phrase d'Emma, l'invitation à lui téléphoner si elle angoissait ou si elle n'arrivait pas dormir mais ce n'était pas vraiment le cas alors elle n'avait pas de raison de lui téléphoner.

Elle regarda l'heure tardive et résista à l'envie de l'appeler. Elle attrapa le livre qui trônait sur sa table de chevet et en lu quelques lignes avant de regarder à nouveau l'heure. Elle souffla et ferma les yeux mais les seules images qui lui venait en tête était celles de ce baiser étourdissant qu'elles avaient échangé. Elle voulait l'appeler. Elle résista encore. Et puis, après avoir tenté de se reconcentrer sur sa lecture, en vain, et après avoir regardé l'heure une fois de plus, elle attrapa son téléphone et composa le numéro.

Son cœur battait étrangement alors que la sonnerie s'éternisait.

« Allo ? »

« Salut. » Murmura Regina.

« Salut. » Répondit Emma en souriant.

« Je te dérange ? »

« Pas du tout, je venais juste de me mettre au lit. » Répondit Emma en reposant le pot de crème hydratante sur sa table de chevet pour se libérer les mains.

« Avec ton joli pyjama en soie ?! »

« Hm, oui effectivement… et toi, tu portes quoi ? »

« Un vieux t-shirt des Sex Pistols » Ria Regina.

« Hm, sympa… »

« Oui je crois que ça pourrait te plaire ! »

« Comment tu te sens ? » Reprit plus sérieusement Emma.

« Ça va, je crois. »

« Mais tu n'arrives pas à dormir ? »

« Je… je dois t'avouer que je pense trop à toi pour pouvoir dormir. » Murmura Regina.

« Je… j'ai eu aussi beaucoup de mal à me concentrer toute la soirée, j'ai expédié le débriefing au téléphone avec ma secrétaire et je crois n'avoir rien écouter de ce que mon pauvre fils m'a raconté au diner. »

« Mince, le titre de mère de l'année va t'échapper ! »

Emma ria de bon cœur, d'un élan si naturel qu'elle ne put le contrôler et Regina était aux anges de l'entendre rire comme cela.

« Oui, y'a des chances ! »

« Hey, tu sais, tu n'es pas que mère … et Mairesse… tu es aussi une femme… une très belle femme… qui a le droit de penser à elle aussi. »

« Hm… oui, tu as surement raison. »

« Bien sûr que j'ai raison ! » Argua Regina, le ton rieur.

Emma ria doucement avant de reprendre un ton plus sérieux.

« Regina ? »

« Oui ? »

« Qu'est-ce qu'il se passe entre nous ? »

« Oh euh… je crois que je ne t'apprends rien si je te dis que tu me plais ? »

« Hm, oui, j'avais deviné. »

« Je n'ai pas vraiment réussi à le cacher. »

« Effectivement. Les regards que tu poses sur moi sont … parfois… très éloquents. »

Regina pouvait entendre le sourire d'Emma dans le ton de sa voix.

« Je n'y peux rien. Je crois que c'est plus fort que moi. » Se justifia Regina.

Un silence passa avant qu'Emma n'ose faire part de ce qu'elle avait dans la tête.

« Mais ce qu'il s'est passé tout à l'heure, on l'a senti toute les deux n'est-ce pas ? C'était quoi ? »

« Eh bien, je dirais que le courant passe bien entre nous ! »

« Oh oui, alors là pour passer il passe, jamais personne ne m'a fait cet effet là avant toi ! »

« Moi non plus, je n'avais jamais ressenti un truc pareil. »

« Oui, mais… » Emma semblait douter et laissa sa phrase en suspens, le temps de réfléchir.

« Quoi ? »

« Eh bien, maintenant que Glass est hors circuit… tu … est-ce que tu comptes repartir à New-York, retrouver la vie que tu avais là-bas avec tout ça ? » Demanda Emma avec une inquiétude très lisible dans la voix.

« Oh, euh, je t'avouerai que je n'y avais même pas encore penser à vrai dire… je … je… »

« Si tu ne sais pas, ne répond pas. »

« Tu sais, sincèrement, je crois qu'il n'y a plus rien pour moi là-bas, personne ne m'attend, et je … je ne veux plus être la tête d'affiche de ce maudit club, je ne veux plus danser devant tous ses hommes répugnants qui ne me voit que comme… comme… »

Elle n'osa pas finir sa phrase, trouvant soudain son ancien métier avilissant, même si son show n'avait jamais rien eu de vulgaire, elle avait été danseuse et stripteaseuse, dans un club huppé certes mais tout de même, son métier ça avait été de faire baver un tas de sales bonhommes en exhibant son corps parfait et plus jamais elle ne voulait le refaire.

« Alors tu vas rester à Storybrooke… ou tu vas partir loin, tenter d'oublier la mésaventure que tu as vécu sur le port ? »

« Pourquoi tu essais de me faire dire que je pourrais partir ? »

« Ce n'est pas ce que je fais… je… j'essaie juste de m'y préparer si jamais c'est ce que tu décides de faire. »

« Tu sais quoi… le Port ne me rappellera pas cette histoire, le Port, il me rappelle notre première rencontre tard dans la nuit, sur le ponton au bout de la jetée. C'est ça que je veux retenir… et je… je n'ai pas envie de partir. »

Regina pu sentir, à l'autre bout de la ligne, le soulagement d'Emma qui s'était crispée pendant un certain temps.

« Emma, je tiens à toi… je ne veux pas partir… mais la vraie question c'est, toi, est-ce que tu as envie que je reste ? » Reprit-elle.

« Oui, je… j'ai envie que tu fasses partie de ma vie. » Avoua Emma, la voix étranglée.

« Tu es sûr ? Que vont dire les gens ? Madame le Maire et … la barmaid du Rabbit Hole ? Que va dire ta mère ? »

« Je … je me fiche bien de ce qu'ils pourraient dire, tous autant qu'ils sont. Y compris ma mère. »

« On va faire scandale, tu sais ? »

« Et bien soit ! » Ria Emma.

« Je ne veux pas te causer de soucis. »

« Regina, je veux être avec toi… et tu l'as vu, tu l'as senti toi aussi, entre nous, c'est … c'est évident non ? Il y a quelque chose et je ne veux surtout pas passer à côté… je ne veux plus passer à côté de ma vie, plus jamais. » Expliqua Emma avec une sincérité à fleur de peau.

« Tu es sûr de toi ? »

« Plus que jamais. »

« Alors je te suis… et nous verrons bien où cela nous mènera. »

Un silence s'installa, l'une comme l'autre songeant à tout ce qui les attendait, au plaisir de se retrouver, au désir qui les animait déjà, à la complexité de leurs nouveaux sentiments, aux possible ravages des rumeurs qui un jour courront à leur propos, aux probables rejets de certains proches de la blonde. C'était sans doute plus facile pour Regina de se projeter, après tout, elle n'avait rien à perdre dans cette histoire contrairement à Emma.

« Emma ? »

« Oui ?

« Quand est-ce qu'on va se revoir ? »

« Eh bien… je vais avoir pas mal de boulot jusqu'à la fin de la semaine. » Soupira-t-elle.

« Et moi, je bosse les trois prochains soirs. »

« On se retrouve dimanche après-midi alors ? »

« Avec plaisir. »

« Regina ? »

« Oui ? »

« Je… j'ai hâte. » Se reprit-elle.

« Moi aussi. » Murmura Regina.

Un nouveau silence s'installa reflétant les espoirs de ce qui allait se passer entre elles quand elles se retrouveraient.

« Essayons de dormir maintenant. » Proposa Emma, dont les joues s'étaient mises à rosir à l'ébauche de ses envies.

« Oui, passe une bonne nuit. »

« Toi aussi. A très vite. »

« A dimanche. »

Dans un soupire, elles raccrochèrent et toutes deux, sans le savoir, gardèrent le combiné sur la poitrine, le sourire aux lèvres et des idées plein la tête.

~SQ~

Emma se réveilla et sa première pensée fut pour Regina, tout comme l'avait été la dernière avant de s'endormir. Toutefois, il fallait tenir jusqu'à dimanche alors elle enfila son costume de Madame de Maire et, pleine d'une détermination et d'une énergie motivé par la passion, elle se rendit au bureau, prête à rattraper le retard. Elle ne devait pas se laisser happer dans ses divagations, ni perdre du temps, elle devait être efficace et concentrée.

Ce ne fut pas si facile que cela malgré sa volonté de bien faire. Quelque chose avait changé en elle, sa préoccupation première – hormis son fils – n'était plus son travail mais bien une brune aux formes parfaites et aux lèvres bien trop appétissantes.

Et puis, elle sentit les regards sur elle, des regards un peu trop insistants. Elle avait fait sa conférence de presse, le journal local avait fait de la fusillade sur le port son gros titre de la semaine et toute la ville avait vite eu vent des événements. Mais les rumeurs disaient que Madame le Maire avait été présente bien trop vite sur les lieux, les rumeurs disaient qu'elle était impliquée ou en tout cas proche de la mystérieuse victime, et les regards de ses collègues et des secrétaires s'attardaient sur elle.

Mais comme elle n'était pas le genre de femme à se laisser impressionner, elle fit vite cesser ces regards d'un coup de pression à ses collaborateurs et elle continua à faire comme d'habitude : donner des ordres, rédiger des rapports, examiner des projets et signer des contrats. Et pour elle, la fin de semaine passa finalement assez vite, absorbée dans son travail.

Quant à Regina, le réveil fut plus difficile, elle avait peu dormi et sa motivation à faire quelque chose de sa journée avant d'aller travailler le soir au Rabbit Hole, se résuma à trainer au lit aussi tard que possible, à penser aux lèvres d'Emma, à ses mains douce et fines, et son corps qu'elle avait hâte de découvrir plus précisement - et à cet étrange courant, cette force puissante qui l'avait submergée et presque terrifiée pendant quelques secondes.

Elle se rendit au bar en trainant un peu les pieds, espérant que personne n'allait lui demander lourdement ce qu'il s'était passé sur le port, pourquoi des hommes venant de New-York en voulait à sa vie, qu'est-ce qu'elle avait vraiment subi et comment elle en avait réchappé. Elle se fit la promesse de ne rien lâcher du pourquoi et du comment de cette histoire, voulant préserver les détails de l'enquête pour qu'ils ne se retrouvent pas dans la presse locale, agrémentant la conférence de presse qu'Emma et son père avaient habillement donnée.

Quand elle arriva au bar, Robin était assis à une table avec le journal.

« Bonsoir Gina. »

« Bonsoir. »

« Vous avez vu ce qui s'est passé sur le Port l'autre soir ? »

« Oui, j'en ai entendu parler. »

« C'est dingue ! La vermine de New-York arrive jusqu'ici pour faire leur petit trafic ! Vous êtes de New-York vous aussi non ? »

« Hm, oui… mais on n'est pas tous de la vermine. » Lança-t-elle.

« Oui, évidement, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. » S'excusa-t-il avant de se replonger dans la lecture de l'article.

Regina parti au vestiaire et elle revint très vite pour faire sa mise en place avant l'ouverture du bar. Par chance, son nom n'avait pas filtré dans la presse mais une photographie un peu floue - surement acheté par l'agence de presse auprès d'un badaud sur place ce soir là – montrait un homme blessé être pris en charge par un ambulancier, et à l'arrière-plan, on voyait Regina avec une couverture de survie doré sur les épaules et Emma à ses côtés. Bientôt ce détail ferait certainement parler de lui.

Le service du jeudi se passa plutôt calmement mais le vendredi soir, Regina remarqua des regards différents à son encontre. La plupart des hommes n'avaient pas changé leur comportement, ils demandaient toujours à être servit par elle et tentaient, toujours aussi maladroitement, de la séduire. Mais dans le lot, il y en eu quelques-uns qui la regardèrent de travers, presqu'avec méfiance, la plupart étaient des matelots ou des dockers.

Les matelots avaient dû parler entre eux, ceux qui avaient été acheté par Glass étaient en prison mais d'autres avaient dû être au courant et avaient décliné l'offre, toutefois, ces hommes-là, l'épiait bizarrement, un mélange d'admiration et de suspicion. Ce qu'ils en déduisaient, c'est que si Regina était recherchée par cet homme étrange venu de New-York, ce malfrat en costume chic, c'est qu'elle devait être dangereuse elle aussi.

Regina suscitait à présent une légère inquiétude, une sorte de méfiance courtoise, en plus de l'adoration de ces messieurs, et c'est avec une nouvelle prudence que les hommes passaient commande au bar, mais ne pouvait pas s'empêcher quand même de l'admirer et de fantasmer. Regina, la femme mystère était aujourd'hui, la femme fatale. Mais aucun incident n'arriva, personne n'osa lui demander quoique ce soit alors que les rumeurs commençaient tout de même à prendre de l'ampleur et qu'un journaliste avait tenté plusieurs fois de l'interviewer.

Le week-end arriva vite pour Emma, mais Regina travaillait le samedi soir et attendre jusqu'à dimanche fut long. L'une travaillant la journée et l'autre en soirée, elles n'avaient même pas pu se téléphoner, elles n'avaient échangé que quelques messages écrits mais à chaque fois, elles s'étaient mises à sourire, voire même à rougir. Toutes deux attendaient dimanche avec une impatience mal contenue.

~SQ~

Le dimanche matin, Emma était réveillée bien tôt, ne pouvant retenir son impatience de la retrouver. Elle tourna en rond toute la matinée, mais s'abstenu d'appeler Regina, sachant que la brune terminait tard le samedi soir, souvent au milieu de la nuit, elle la laissa dormir et elle attendit, comme un lion en cage, une heure descente pour lui envoyer un message.

A midi, elle n'en pouvait plus.

# On est dimanche… j'ai hâte de te voir. Toujours partante ? #

Elle n'eut pas longtemps à attendre, Regina lui répondit presque dans la seconde.

# Evidemment. #

# On se retrouve sur le ponton dans une heure ? #

# Avec grand plaisir. #

Regina reposa son téléphone sur sa table de chevet et s'engouffra de nouveau sous sa couverture avec un grand sourire sur les lèvres. Il fallait qu'elle calme cette pulsion obsessionnelle qui la hantait avant d'aller la rejoindre. Elle étira longuement ses membres endormis avant de se lever et de filer sous la douche pour se préparer.

Emma était déjà prête et elle tentait de calmer les battements de son cœur, bien trop agité. Elle croisa son fils qui sortait de sa chambre, les cheveux en bataille et le pli de l'oreiller marqué sur la joue. Elle s'occupa en lui faisant un petit-déjeuner et ne le réprimanda même pas sur l'heure tardive à laquelle il se levait. Elle l'avait entendu jouer en ligne avec ses amis à des jeux vidéo jusqu'à tard dans la nuit et elle n'avait rien dit, elle-même, incapable de dormir, assaillit par ses envies et l'anticipation de son rendez-vous du dimanche avec la belle brune.

Elle se sentait vivante grâce à Regina et avait décidé de lâcher un peu leste à son ado de fils. Elle partit en avance après avoir embrassé Henry sur le front et passa au Granny's Diner pour prendre deux cafés à emporter, avant de rejoindre le bout de la jetée.

Assez proche de son humeur, le soleil était radieux et seul quelques petits nuages cotonneux parsemaient le ciel bleu. Elle était accoudée à la rambarde du Ponton, face à l'horizon, ses long cheveux blonds détachés, habillée de petites tennis blanches, d'un pantalon chino bleu clair et d'une chemise blanche assez lâche qui volait légèrement au gré du vent et Regina marqua un temps en l'apercevant. Dieu que cette femme était belle, même de dos.

En ce beau début d'après-midi, il y avait quelques promeneurs sur la jetée mais ce n'était rien comparé à la foule dont Regina était habituée à New-York, pour elle, ici, c'était comme si elle était seule au monde. Elle s'avança lentement vers le bout du ponton, profitant de la vue extraordinaire – Emma était la seule vue à laquelle elle pouvait faire attention, l'océan, l'horizon, le grand ciel bleu ne pouvait pas rivaliser.

Elle s'approcha, et jeta tout de même un coup d'œil par-dessus son épaule pour vérifie qu'elles étaient seules sur le ponton, avant de se coller au dos d'Emma, entourant sa taille avec ses bras dans une grande douceur.

« Bonjour, toi. » Chuchota-t-elle à Emma qui eut un léger sursaut en la sentant contre elle.

« Hm… bonjour. » Répondit-elle en tournant la tête pour trouver tout naturellement les lèvres de Regina qui lui offrit volontiers un léger baiser.

« Comment tu vas ? » Demanda-t-elle en s'écartant et en prenant place à ses côtés, ne voulant pas prendre trop de risque à s'afficher de la sorte.

« Parfaitement bien et toi ? Comment se sont passés tes soirées au boulot ? »

« Bien. Aucun désagrément, même si je soupçonne les matelots d'avoir compris pour l'histoire avec Glass. Ils se méfient de moi, ils me regardent comme si j'étais une dangereuse criminelle ! Mais ça ne les empêche pas de continuer à me draguer ! »

« Ça leur passera… ou bien je leur en ferais passer l'envie moi-même. » Grogna Emma.

« Hm, serais-tu jalouse ? »

« De ces rats de fond de cales ? Pas le moins du monde ! Je sais que tu as plus de goût que ça et que tu préfères accorder tes faveurs à un autre genre de personne. »

« Hm, oui, le genre belle blonde qui dirige la ville par exemple ? »

« Oui, voilà, tout à fait, ce genre-là ! » Ria Emma.

Collées, épaule contre épaule, tournées vers l'océan, elles riaient ensemble et se souriaient. Elles se charmaient de regards ne pouvant laisser aucun doute quant à l'envie qui les dévorait.

« Tiens, je t'ai pris un café au Granny's, je me suis dit que tu avais dû avoir une longue nuit hier. »

« Hm, merci Trésor, tu es adorable. » Gémit Regina en prenant le gobelet.

« Trésor ? » Tiqua Emma, étonnée mais pas moins séduite.

« Hm, pardon, c'est sorti tout seul. » Se repentit Regina en avalant sa gorgée de café de travers.

« Non, je … j'aime bien… je n'ai juste pas l'habitude. »

Elles discutèrent innocemment pendant un moment en sirotant leur café. Emma face à l'horizon et Regina tournée dans l'autre sens, les coudes en arrière posés sur la rambarde. Elle se faisait face et Regina surveillait d'un œil que personne ne vienne les déranger. Elle replaçait de temps en temps une mèche de cheveux blond qui s'envolait au vent et en profitait pour effleurer la joue d'Emma qui s'empourprait à son contact.

« Tu sais… ce qu'on s'est dit l'autre soir… au téléphone… » Commença Emma, en regroupant tout son courage.

« Hm… A quelle partie tu fais référence ? »

« La partie où tu disais que tu tenais à moi et que tu ne comptais pas quitter Storybrooke. Tu te souviens ? »

« Oui, je m'en souviens très bien. »

« Est-ce que… est-ce que tu le penses toujours ? Il s'est passé quelques jours depuis et peut-être que… »

Regina interrompit Emma en posant son doigt sur sa bouche pour la faire taire.

« Je t'arrête tout de suite, Emma, je n'ai pas changé d'avis. Rien ne m'attend à New-York, j'en ai fini avec cette vie-là et … je n'ai nullement l'intention d'aller autre part. »

Emma soupira, l'angoisse qui semblait encore persister en elle, se dénouait lentement en entendant ces mots.

« Mais entre New-York et Storybrooke il y a un fossé, un abysse même, tu ne vas pas finir par t'ennuyer ici ? »

« Si je t'ai dans ma vie, je crois que je ne m'ennuierai jamais. » Charma Regina en se penchant vers Emma.

Emma se mit à sourire, séduite par les réponses de Regina mais quelque chose en elle, persistait à croire que la brune pourrait s'envoler loin d'elle, comme ça, du jour au lendemain, s'en aller aussi vite qu'elle était arrivée.

« Mais je ne voudrais pas t'enchainer à une vie qui ne te ressemblerait pas, une vie qui ne serait pas faite pour toi. » Admit tristement Emma.

« M'enchainer ? Si c'est aux barreaux de ton lit, moi ça me va ! » Plaisanta Regina pour faire sortir Emma de son humeur maussade et de ses inquiétudes légitimes.

« Mon lit n'a pas de barreaux. » Contra Emma en s'efforçant de ne pas rire, ni rougir.

« Hm… c'est un truc auquel il faudra remédier. » Lança Regina avec un sourire ravageur et un clin d'œil.

« Tu n'es pas possible ! »

« Je sais. »

« J'étais sérieuse, Regina, j'ai… J'ai peur que tu m'échappes, que tu te rendes compte que ta vie ici n'est pas ce que tu voulais et que tu… »

« Hey, Emma… »

Regina se redressa, posa son gobelet et prit Emma dans ses bras, enserrant sa taille et plantant ses yeux dans les siens, n'ayant plus rien à faire de quelconques badauds qui pourraient les apercevoir de loin.

« Oui, je suis arrivé ici un peu par hasard et surtout avec l'intention d'échapper à un danger. Le danger est passé et je comprends tes angoisses mais si j'avais voulu partir, je serais déjà parti. Je suis venue me cacher dans ta charmante petite bourgade maritime et au final je n'ai même pas pu lui échapper… Mais tu sais quoi ? Je ne regrette absolument rien, parce que je t'ai rencontré, parce que pour la première fois de ma vie, j'ai réellement envie de partager quelque chose avec quelqu'un, parce que même si en apparence on a l'air totalement différentes toi et moi, je crois que … je crois qu'on pourrait se compléter à merveille et … je crois que je … je… »

La voix de Regina s'étrangla dans sa gorge. « Je crois que je suis amoureuse de toi. ». Ces mots résonnaient dans sa tête mais elle était encore incapable de les prononcer à haute voix. Emma était touchée, elle sentait la sincère confession de Regina, elle sentait son émotion et elle ne la laissa pas terminer cette phrase qui ne voulait pas sortir de toute façon et elle l'embrassa, tendrement.

Une vague de chaleur se répandit en elles, leur élan les consuma sur place et un étrange courant électrique les parcourait de part en part. Elles sursautèrent et se séparèrent comme si elles venaient de se bruler. La décharge était plus puissante que celle ressentit lors de ce baiser échangé dans la voiture quelques jours plus tôt.

« C'est étrange non ? »

« Oui. »

« On dirait une décharge électrique… comme un avertissement, comme si c'était dangereux d'aller plus loin… tu crois qu'on devrait… »

« Oh non, ça ne m'empêchera pas de t'embrasser … encore… » Reprit Regina, le regard brulant d'impatience, même s'il fallait plonger dans l'inconnu.

Elle enserra la taille de la blonde et reposa ses lèvres sur les siennes, la décharge électrique revint, leurs corps se tendaient, tentant de supporter la pression et puis, après quelques secondes supplémentaires, elles acceptèrent la sensation et la laissèrent les parcourir. C'était comme si tous leurs muscles et leurs nerfs étaient pris d'assaut par une tension nerveuse, comme un court-circuit, mais passé la première douleur, cela devenait supportable, voire même étrangement agréable.

Leur baiser devint plus ardent, leurs lèvres jouant ensemble comme si leur vie en dépendait. Regina serrant la taille fine d'Emma et Emma, ayant balancé ses bras autour de son cou, avait passé ses mains dans les courts cheveux brun de la barmaid. Leurs deux cœurs battaient fort et elles pouvaient presque sentir leur sang bouillir d'une énergie nouvelle en parcourant leurs veines. Regina invita sa langue au bal de leurs lèvres et Emma en fit de même, c'est alors que le courant électrique entre elles redoubla encore d'intensité, prenant possession de leurs corps tout entier.

Haletantes et brulantes, elles se séparèrent, front contre front, les joues roses. Regina se mordit la lèvre et Emma affichait un sourire éclatant.

« Waouh… » Murmura-t-elle.

Un silence s'installa, toutes deux l'esprit un peu ailleurs, comme si elles s'étaient chacune perdu quelque part au milieu de ce baiser.

« Regina ? »

« Oui ? »

« On fait quoi maintenant ? »

« On va chez moi ? » Proposa Regina, soudain revenu à la raison.

Les yeux d'Emma se mirent à briller et pour toute réponse elle hocha vivement la tête, un sourire un peu timide sur ses lèvres encore humides. Et elles quittèrent le ponton, main dans la main, le pas légèrement pressé et le cœur battent d'un tout nouveau rythme.

~SQ~