CHAPITRE 1 :

C'était le dernier vendredi de juin. Tout était prêt pour mon départ. J'avais changé le message de mon répondeur.

Bonjour, vous êtes bien chez Bella, mais je n y suis pas ! Vous pouvez me joindre au camp des chutes de Sénéca, en téléphonant au 304 55 86 39. A bientôt !

Mes poissons tropicaux venaient de dîner et ils nageaient joyeusement. Sur l aquarium, j'avais collé des post-it indiquant à Seth, mon petit frère, comment les nourrir. La chaîne était éteinte. Mon sac à dos était bouclé mais j'avais pourtant l impression qu'un détail clochait.

- Qu'est-ce qu'il y a, Bella ? M'a demandé Rosalie Hale, ma meilleure amie de classe.

Elle était venue m aider, mais elle ne tenait pas en place. Comme à son habitude, elle arpentait ma chambre de long en large, dérangeant toutes mes affaires.

J'ai attrapé le CD que Rosalie faisait tournoyer sur mon bureau et l ai rangé dans sa boîte.

- Rien, tout va bien.

- Tstt, tstt, tu as l air soucieuse.

- J'ai oublié d emporter quelque chose, mais je ne sais pas quoi.

- Tu plaisantes ? Tes étagères sont vides ! Tu as même pris ta robe de bal de fin d année. Et je ne comprends pas pourquoi tu emportes tous tes livres.

Elle a sorti un bouquin de mon sac, l a feuilleté et l a lancé à travers la pièce.

- Tu es animatrice, Bella, pas professeur !

- Sois sérieuse Rosalie. C est important. Qu'est-ce qui manque dans mes baguages ?

Rosalie a enjambé mon sac et s est laissé tomber sur le lit.

- ça, peut-être, a-t-elle claironné en agitant le cadre doré que je gardais sur ma table de nuit. Emmet !

- Oui, ai-je convenu. Je ne peux pas partir sans la photo de mon petit ami.

Quand Rosalie me la tendue, j'ai ressenti un pincement au cœur : Emmet sur son VTT, avec Dr J., son chien. J'avais pris cette photo juste avant de partir pour les chutes de Sénéca l'été dernier. J'avais promis à Emmet de penser à lui chaque jour. Mais je ne pouvais pas prévoir que je rencontrerais Jasper !

J'ai craqué dès que je l'ai croisé à la cafétéria de Sénéca. Il n'était pas aussi mignon que Emmet, mais il avait quelque chose de mystérieux qui m'a intriguée... et ses yeux charmeurs m'ont fait fondre !

Emmet, lui, est très nature, avec ses cheveux bouclés bruns, sa peau bronzée et son petit sourire en coin. Il s'habille décontracté : il porte toujours un pantalon large de surfeur et un tee-shirt. Sa simplicité et son calme sont apaisants. Il n'est pas compliqué, bref, tout le monde l'aime.

Emmet est heureux en pleine campagne, où il fait de grandes balades avec son chien. Jasper, au contraire, semble toujours sortir d'un café parisien très chic. Il est élancé et impeccablement habillé. Ses cheveux blonds mi-longs encadrent sont visage pâle aux pommettes saillantes, où étincellent ses yeux bleu sombre. Âgé d'un an de plus que moi, il étudie la littérature française à New York. Jasper a toujours l'air pensif, comme s'il essayait de percer les mystères de l'existence... mais il a surtout des manières très distinguées et un charme dévastateur.

Au camp précédent, il assistait le chef-cuisinier. Il me préparait des repas exotiques et me racontait ses voyages à travers l'Europe et l'Asie. Sa manie de glisser un mot français dans chaque phrase était exaspérante, et pourtant je frissonnais quand il me murmurait « Bella, je t'aime », avec cet accent si particulier.

Jasper m'avait fait la cour pendant tout le camp. Il se moquait du fait que j'ai déjà un petit ami et que notre histoire ne dure qu'un été.

- Il faut profiter du moment présent, me répétait-il sans arrêt.

J'étais sensible à son charme, mais j'avais résisté à la tentation. Sauf une fois...

Il nous avait préparé un petit pique-nique typiquement français et m'avait emmenée sur un rocher isolé qui surplombait les chutes. Nous avions partagé une baguette avec du fromage de chèvre et des tomates, en contemplant ce paysage grandiose. Après le déjeuner, Jasper m'avait lu un poème de Mallarmé en français. Je ne comprenais pas un mot de ce qu'il disait, et je me doutais qu'il utilisait cette technique de séduction avec toutes les autres filles. Mais peu importe, près de lui, je me sentais adulte, belle et romantique.

Je m'étais blottie dans ses bras. Il avait caressé mes longs cheveux châtains et effleuré mes lèvres du bout du doigt. Le temps s'était arrêté. Dans le grondement assourdissant des chutes, le reste du monde s'était évanoui. Jasper avait plongé ses yeux dans les miens. Sa main était descendu lentement sur mon flan, tandis qu'il s'était penché pour m'embrasser. Ce fût d'abord doux et tendre, mais c'était devenu très vite passionné. Il m'avait allongé et avait baladé ses belles mains douces sur le reste de mon corps. J'avais eu chaud, je suffoquais, mais j'avais aimé ça. Il avait passé ensuite une main sous ma robe, pour venir effleurer mon intimité chaud, et de son autre main il avait palpé mes seins, tout en continuant de m'embrasser. Lorsqu'il avait commencé à enlevé ma culotte et à ouvrir son pantalon je m'étais figée. L'image de Emmet était revenue à ma mémoire. Juste au moment où nos sexes allaient se rejoindre, j'avais arrêté Jasper d'une main en le repoussant.

- Jasper, je ne peux pas.

Il avait juste haussé les épaules et soupiré :

- Ah ! Bella, tu es encore trop jeune pour savoir ce qui compte dans la vie... C'est dommage.

La voix d'Emmet m'a brusquement tirée de mes pensées :

- La voiture de mademoiselle est avancée ! A-t-il annoncé d'en bas avant de monter les marches quatre à quatre.

J'ai cligné des yeux et suis revenue au présent. Une vague de culpabilité m'a envahie lorsque Emmet est entré dans ma chambre. Un an s'était écoulé, et je pensais toujours à Jasper... à ce qu'il aurait pu se passer, à la chance que je n'avais pas saisie au vol. Je ne regrettais pas d'être restée fidèle à Emmet en fait, j'étais plutôt fière d'avoir résisté à la tentation. Cependant, je me demandais toujours si...

Avec son tee-shirt bleu éclatant, Emmet était aussi mignon que d'habitude. Ses cheveux étaient mouillés et quelques mèches bouclées tombaient sur ses yeux. Il a mimé une profonde révérence :

- A votre service, mademoiselle.

- Salut Emmet, ai-je dit en me dressant sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

- Vous êtes parées au décollage, les filles ?

Quelle énergie ! Entre Emmet et Rosalie qui débordaient tous les deux de vitalité, moi, j'étais déjà fatiguée !

- Elle est prête, a assuré Rosalie. Sauf qu'elle n'arrive pas à décider si elle t'emmène ou pas.

Elle a saisi une casquette de base-ball posée sur mon bureau et l'a fait tournoyer dans les airs.

- Quoi ? S'est étonné Emmet, interloqué.

- Bien sûr qu'il vient, me suis-je récriée en rangeant le cadre dans mon sac à dos.

- C'est parti alors...

Emmet a empoigné mon sac bourré à craquer, et s'est exclamé :

- Il pèse une tonne ! Qu'est-ce que tu as mis dedans ?

- Voyons voir, a répondu Rosalie, elle emporte son gros pavé d'anthologie de poèmes, des livres de biologie, son journal intime en trois tomes …

- Quel bonheur d'être au service de ces dames ! A-t-il soupiré en hissant le sac sur son dos.

- Tu as dit au revoir à tes parents ? M'a demandé Rosalie alors que nous descendions l'escalier.

- Maman voulait rester à la maison m'aider, mais je l'ai convaincue que je pouvais m'en tirer seule.

Rosalie a imité la voix de ma mère :

- Sniff ! Notre petite fille a grandi si vite !

Lorsqu'elle a ouvert la porte d'entrée, une bouffée d'air chaud nous a enveloppés. C'est à peine le milieu de la matinée et l'atmosphère était déjà étouffante : la journée allait être terrible !

Nous avons trouvé Dr J. au volant de la voiture.

- J'espère que ce n'est pas le chien qui conduit ? Ai-je plaisanté.

- Non, il n'a pas encore passé son permis ! A répondu Emmet en lançant les clés à Rosalie :

- Pourquoi ne jouerais-tu pas les chauffeurs ? Comme ça, Belle et moi on pourra discuter tranquillement jusqu'à la gare.

Il m'a adressé un clin d'œil. Puis il a ouvert la porte pour laisser sortir Dr.J, qui s'est mis à renifler mes bagages, tout excité.

- Vous n'allez pas vous embrasser pendant tout le trajet, hein ? S'est inquiétée Rosalie.

- On va essayer, ai-je répliqué en souriant.

C'était une blague entre Emmet et moi. Il n'avait jamais apprécié les DAEP- les Démonstrations d'Amour En Public. Alors je m'efforçais de ne l'embrasser qu'en privé.

Je suis montée à côté de lui et j'ai glissé ma main dans la sienne. Il l'a serrée, et j'ai senti une vague de chaleur submerger mon cœur. Dans ses bras j'étais bien, je me sentais en sécurité.

Ça allait être dur de passer l'été loin de lui. J'ai croisé les jambes et j'ai regardé les monuments de Washington défiler, écoutant d'une oreille distraite Emmet et Rosalie échanger des piques.

J'imaginais déjà l'été à venir. J'avais passé des vacances formidables lors du dernier camp. Au début, je n'étais pas très enthousiaste. Alors que j'avais prévu de rester à la maison travailler mon roman, ou peut-être même d'organiser un atelier d'écriture, Alice Brandon m'avait téléphoné pour me demander quels étaient mes projets pour l'été.

Alice est mon amie d'enfance. Avant, nous étions voisines, et nous avons grandi ensemble, inséparables.

Quand elle avait déménagé dans le Maine, je m'étais sentie anéantie. Depuis, nous nous téléphonions sans faute chaque samedi, pour nous raconter nos vies dans les moindres détails. Elle n'avait pas mis longtemps à me convaincre de participer au camp :

- Tu verras, les autres moniteurs sont super sympa... Et à nous les feux de camp, les baignades, les balades... Bref, la liberté. On va passer six semaines géniales puisqu'on sera ensemble.

La question était résolue : passer six semaines avec Alice valait bien quelques sacrifices !

Je m'étais quand même fait un sang d'encre avant le début du camp. Je redoutais de jouer la baby-sitter pour autant d'enfants à la fois. Allais-je résister à six semaines, nuit et jour, avec des neuf-dix ans ?

Mais finalement, je ne l'avais pas regretté. Travailler avec les enfants avait été très dur, mais si drôle ! A la fin du séjour, j'étais devenue la grande amie du bungalow des filles de diw ans, dont j'étais responsable. Randonnées, chants, jeux, barbecues, volley-ball et veillées jusque tard dans la nuit...le bonheur !

Cette année, ce serait encore mieux. En tant que monitrice senior, j'aurais plus de liberté. Je n'aurai pas à surveiller les enfants pour la vie quotidienne, puisque j'occuperai une chambre à part. J'étais chargée des leçons de natation et des ateliers de travaux manuels. J'avais hâte de retrouver les anciens, et je me réjouissais d'être maître-nageur. Comme les leçons de natation dans le lac étaient potentiellement dangereuses, le directeur n'acceptait que des moniteurs ayant une solide expérience.

J'avais essayé de convaincre Emmet et Rosalie de venir. Mais Emmet avait des examens à réviser pour la rentrée, et Rosalie, qui jouait arrière dans une équipe de football, voulait absolument participer au championnat du mois de juillet. Elle avait toujours été un peu garçon manqué, avec sa silhouette sportive et malgré ses longs cheveux blonds. J'ai soupiré et j'ai ramené mes jambes sous ma poitrine. J'étais encore entourée de mes amis, mais je me sentais déjà triste d'avoir bientôt à les quitter.

Cependant, le mot frisbee a éveillé mon attention, et je me suis intéressée à la conversation de Emmet et Rosalie. Ils faisaient partie tous les deux du Frisbee Club de Saratoga.

- ça va être le tournoi le plus chaud qu'on ait jamais vu, assurait Emmet.

- Pas de doute, a renchéri Rosalie. Saratog va écraser tout le monde !

Même lorsqu'elle conduisait, elle s'agitait nerveusement. Elle tapotait son volant de la main droite et secouait la tête. On aurait dit que Emmet et elle vivaient au même rythme accéléré, que j'avais du mal à suivre.

Emmet a passé son bras autour de mes épaules et m'a attirée contre lui :

- Tu es sûre que tu ne veux pas rester, Bella ?

- Oui, Bella, a insisté Rosalie, annule ta colo et accompagne-nous sur le chemin de la gloire !

- Non le frisbee, c'est pas mon truc. Mais je suis sûre qu'avec vous deux, Saratoga va gagner.

Je suis également sportive, mais je préfère les sports individuels, comme la natation. J'apprécie la solitude : j'observe les gens et j'essaie d'imaginer leur vie. J'invente des histoires. Mon rêve est de devenir auteur de romans et d'ouvrir un jour un café où j'organiserais des rencontres avec des poètes et des artistes.

- Tu pourrais écrire un manuel, du genre : Les Dix Règles d'or du frisbee, par Bella Swan, a suggéré Emmet.

Nous avons éclaté de rire, mais notre joie s'est éteinte lorsque la gare routière est apparue. Les yeux de Emmet trahissaient sa tristesse, même s'il s'interdisait de l'exprimer. J'allais lui manquer, et lui aussi allait me manquer. Les voyageurs s'installaient dans le car l'heure du départ approchait.

- Bon, je vous laisse vous dire au revoir. Profite de tes vacances, ma puce ! M'a glissé Rosalie en m'embrassant.

- Amuse-toi bien aussi et, s'il te plaît, garde un œil sur Emmet, ai-je chuchoté à son oreille.

Elle m'a adressé un clin d'œil complice puis elle est partie promener Dr J.

Emmet m'a serré contre lui, les yeux brillants.

- Je t'écrirais tous les jours, ai-je promis.

Il m'a souri et m'a répondu doucement :

- Moi aussi, Bella.

Je savais qu'il ne m'enverrait probablement qu'une ou deux cartes postales, mais ça faisait partie de son charme !

Je me suis hissée sur la pointe des pieds pour l'embrasser. C'était un gentil baiser. Un baiser tendre, comme tous nos baisers. Mais au fond de moi je trépignais : je voulais vivre de nouvelles aventures.

Alors, ça vous plait ?

Prochain chapitre bientôt !

Assya.