Note : Chapitre où mes personnages ne font rien de ce que j'avais prévu qu'ils fassent... Tant pis ^^'
Chapitre 3 : Prisonnière
- Quand atteindrons-nous les rives Paches ? demanda Ren.
- Dans dix jours si nous empruntons l'itinéraire normal, lui répondit Faust, penché au-dessus des cartes marines.
- Sinon ?
- Deux jours tout au plus en coupant par les montagnes de glace. Il y a une voie navigable qui les traverse. Le The Ren est suffisamment petit pour s'y glisser, mais ce sera étroit et nous serons vulnérables à une attaque par voie terrestre.
Ren prit le temps de regarder pensivement les cartes, pesant le pour et le contre.
- Ca ne m'étonnerait pas de voir le X-law chercher du renfort à n'importe quel grand port et revenir à l'assaut récupérer leur sainte, déclara-t-il. Passons par les montagnes, ils n'envisageront jamais cette possibilité. En quelques jours, nous aurons atteint les rives, recruté notre équipage et serons repartis vers notre destination.
- Bien Capitaine, je pars prévenir l'équipage.
Faust sortit et Ren rejoignit sa cabine. Il eut la surprise en ouvrant la porte de trouver Jeanne affalée par terre, les joues rouges.
- Ce n'est pas joli d'écouter aux portes, signala-t-il.
Elle se releva avec dignité et lui tourna le dos. Ren l'ignora et entreprit de se débarrasser de sa veste rouge.
- Quelle est notre destination ?
Il releva la tête vers sa prisonnière.
- La curiosité est un vilain défaut, déclara-t-il distraitement en ouvrant un coffre.
Jeanne ouvrit de grands yeux devant le nombre de bijoux et de pièces d'or. Ren tira une bourse de sa poche qu'il déposa au milieu du reste avant de refermer le coffre.
- Combien…
- De pillages ? finit Ren à sa place. Plus que tu ne peux en compter sur tes petites mains.
- Je n'ai pas besoin de mes doigts pour compter, s'offusqua Jeanne. Pas comme vous.
- Oh, tu sais donc être autre chose que jolie, se moqua Ren. Tu sais lire aussi ?
Jeanne prit un air outré.
- Nous n'avons visiblement pas reçu la même éducation, ne vous en déplaise, lâcha-t-elle avec mépris.
Les yeux de Ren étincelèrent.
- Si, nous avons reçu exactement la même, rectifia-t-il. On t'a appris à être sage, à obéir, à danser, à chanter, à danser, à te battre aussi. On t'a appris à lire, à marchander, à diriger, à maîtriser. Tu n'aimes pas que le cours des choses t'échappe, pas vrai ?
Jeanne serra les poings.
- Mais j'aurai une question à te poser, pourquoi t'a-t-on appris tout ça ?
Jeanne resta silencieuse.
- Tu ne sais pas, conclut Ren. Moi non plus je ne savais pas, c'est pour ça que j'ai pris le large.
- Vous êtes un lâche, déclara Jeanne.
Les deux jeunes gens s'affrontèrent du regard.
- Vous avez fui vos responsabilités, martela la jeune femme.
- Mes responsabilités, rit jaune Ren. Quelles responsabilités ? Je n'en avais pas, pas plus que toi.
- J'en ai ! rétorqua Jeanne. J'ai le devoir de tuer le roi des mers.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est le mal, répondit Jeanne comme une évidence.
- Pourquoi ?
Elle resta silencieuse, voulut répondre, ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Ren la toisa avec supériorité. Il fit la moue et quitta la cabine, laissant Jeanne seule avec ses questions sans réponses.
…
- Tu viens manger ?
Jeanne releva la tête vers le tout petit garçon venu la chercher. Elle hésita à le suivre mais son ventre grondant, se faisant plus insistant, finit par la décider.
- Je m'appelle Manta, se présenta-t-il.
- Jeanne, répondit-elle sèchement.
Ils sortirent sur le pont où tout l'équipage était réuni en cercle. Son regard se posa immédiatement sur Lyserg et elle alla s'asseoir à côté de lui.
- Tu apprends vite, le complimentait le lieutenant aveugle. Tu feras un super pirate.
- Pour ne rien vous cacher, je n'ai pas vraiment l'intention de devenir pirate, répondit Lyserg.
- Tu dis ça maintenant mais tu changeras vite d'avis, rit Ryu. Après avoir goûté à ma cuisine, tu ne voudras plus jamais quitté ce bateau.
- Prétentieux, lâcha Ren.
- Il n'a pas tort, intervint Elisa.
- Bason cuisinait très bien aussi, se buta Ren.
- Sauf que tu étais le seul à pouvoir manger sa cuisine, fit Horohoro en levant les yeux au ciel.
- Qu'est-ce que c'est ?
Tous les regards se portèrent sur la petite fée rose qui voletait autour de Lyserg.
- C'est Morphin, une amie, expliqua le jeune homme.
- Tu as une nymphe d'eau pour amie, lança Yoh avec admiration.
- Une vraie nymphe d'eau, s'exclama Manta. Il paraît qu'il en reste très peu de nos jours. Je suis impressionné.
- Toi de toute manière un rien t'impressionne, le taquina Amidamaru.
- Elle aussi elle t'a suivi en douce ? Comme Zelel ? Il y en a qui font vraiment mal leur travail.
Amidamaru fusilla Tokagerô du regard.
- Ca nous fait deux fantômes de plus à bord, comptabilisa Faust.
- Aucune importance, lança Ren. Du moment qu'ils sont compétents.
- Oui, renchérit Bason. Parce qu'il nous faudra un équipage compétent une fois arrivé à destination.
- Mais où allons-nous ? demanda innocemment Jeanne en s'incrustant dans la conversation.
- Au Delta Blanc, répondit trop vite Horohoro. Désolée Capitaine, c'était un secret.
- C'était, reprit Ren en foudroyant son subordonné du regard.
…
Jeanne s'approcha du bord du navire. Chacun vaquait à ses occupations avec bonne humeur, même Lyserg qui jouait aux cartes avec Manta, Amidamaru et Yoh. Elle se hissa sur le bord en s'accrochant aux cordages. Le vent vint jouer avec ses cheveux et elle sentit l'excitation venir envahir sa poitrine. Si elle avait été sur le X-law, Marco ne l'aurait jamais laissée faire ça.
Elle s'agrippa aux cordes et se mit à escalader, soudain prise du besoin impérieux de voir la mer de plus haut.
- Jeanne !
Elle baissa la tête pour apercevoir Bason et attendit les réprimandes qui n'allaient pas tarder à pleuvoir.
- Fais attention de ne pas te blesser.
Sur ces simples mots il lui tourna le dos pour se désintéresser d'elle et Jeanne sentit la joie se répandre dans ses veines. Elle était libre. Libre de monter aussi haut qu'elle le voulait. Avec ardeur, elle escalada le filet, jetant de temps en temps un coup d'œil sur la surface d'eau sombre sous elle. Son pied glissa soudain et elle tendit la main, cherchant désespérément une prise. Elle sentit le vide dans son dos et écarquilla les yeux de peur.
Une pression sur son poignet, violente, et elle se retrouva de nouveau près du filet. La jeune femme leva les yeux vers son sauveur et reconnut le capitaine. Il lâcha son poignet pour attraper sa main et la tira jusqu'à lui sur la bôme. Elle vacilla un instant et se raccrocha à lui pour ne pas tomber. Elle l'entendit soupirer alors qu'il la tirait doucement le long de la bôme.
Quand ils atteignirent le mât, elle s'appuya contre le bois vertical avec soulagement et s'assit enfin sur le support horizontal, laissant ses jambes battre contre la grand-voile.
- Comment t'es-tu retrouvée sur le X-law ?
Nulle ironie, nul mépris dans la voix du capitaine.
- La curiosité est un vilain défaut, lui répondit-elle avec un sourire taquin.
Il la scruta longuement avant de lui accorder un sourire.
- Que dirais-tu d'un échange d'information ? proposa-t-il. Notre destination contre ton passé.
- Je connais déjà notre destination, c'est le Delta Blanc.
- Tu connais ?
Jeanne se mordit la lèvre.
- Non, mais il suffit d'ouvrir un livre de géographie ou de regarder sur les cartes pour…
- Trouver ? A condition que je te laisse accéder aux cartes et qu'il soit bien dessus. L'endroit où nous nous rendons porte plusieurs noms et ce n'est pas sous l'intitulé du Delta Blanc qu'il apparaît sur les cartes.
Jeanne essaya de détecter le mensonge sur son visage mais n'en trouva aucune trace.
- J'ai été abandonnée étant petite et recueillie par des religieuses, dans un couvent. J'étais l'enfant qu'elles n'avaient pas le droit d'avoir. Elles étaient toutes très gentilles avec moi mais je rêvais… d'autre chose. Je ne voulais pas passer toute ma vie dans ce couvent alors quand Marco et Rakist se sont présentés, j'ai sauté sur l'occasion et je les ai suivis. Ils m'ont dit que c'était un signe que je vois les fantômes, que j'avais du potentiel, que je pouvais les aider à anéantir le roi des mers, ce mal qui déclenche tempêtes, ouragans et naufrages. C'est comme ça que je suis devenue le Seigneur Maiden.
Elle se tut et écarta une des mèches blanches qui lui tombait sur le visage. Elle jeta un coup d'œil timide vers le capitaine mais celui-ci ne commenta pas son histoire.
- Nous allons aux Rochers Derniers.
Jeanne fronça les sourcils.
- J'en ai déjà entendu parler, chuchota-t-elle. On dit que les bateaux qui s'y engagent y échouent, toujours. On dit qu'aucun équipage n'est jamais revenu pour se vanter d'y être allé.
- Et tu sais pourquoi ?
Elle fit « non » de la tête.
- On trouve cet endroit sur les cartes sous le nom de Rochers Derniers, chez les pirates c'est le Delta Blanc, chez les esprits la Puits à Fantômes. Mais il existe une appellation commune chez tous.
- Qui est ?
- Le Récif aux Sirènes, murmura le jeune homme.
Jeanne sentit un frisson remonter le long de son échine.
- Vous voulez vous rendre chez les sirènes, comprit-elle avec frayeur.
- Je veux en capturer une, acquiesça-t-il.
- Mais… pourquoi ?
- Pour la gloire, la renommée, fit le capitaine en haussant les épaules.
- C'est stupide !
- Après quoi courent les hommes si ce n'est pour la gloire ?
Jeanne ne sut quoi répondre.
- Je te laisse y méditer, fit-il en se levant.
- Attendez !
Il tourna une figure interrogatrice vers elle, ma faisant rougir. Elle détourna la tête, gênée.
- Je… Pourriez-vous… m'aider à…
- Descendre ? proposa-t-il.
Jeanne hocha la tête. Il la fit se relever et l'attrapa par la taille.
- Accroche-toi à mon cou, ordonna-t-il.
Elle obéit sans rechigner et se mit à trembler quand il s'empara d'un cordage.
- Vous n'allez tout de même pas…
Elle ne put finir sa phrase. En un instant, elle se retrouvait de nouveau à voltiger dans les airs, s'accrochant de toutes ses forces au cou du capitaine. Ils survolèrent l'eau, le pont supérieur, l'eau de nouveau, effectuant un large arc de cercle avant d'atterrir sur le bateau. Elle le sentit lâcher sa taille mais ne pouvait pas se détacher de son cou. Il fit claquer sa langue, agacé, mais elle continua à se coller à lui, pas le moins du monde intimidée.
- Au fait, songea-t-elle soudain en fronçant les sourcils. Comment vous appelez-vous ?
- Vous avez une information à marchander ? lui retourna-t-il.
Elle le lâcha enfin et mit ses mains sur ses hanches.
- Vous connaissez déjà mon prénom, l'accusa-t-elle.
Il haussa les épaules et fit volte-face pour se diriger vers sa cabine. Jeanne l'y suivit en claquant des pieds contre le sol.
- Vous êtes exécrable, lâcha-t-elle en claquant la porte derrière elle.
- Ren, céda-t-il. Satisfaite ?
Jeanne hocha la tête.
- Bien. Il doit y avoir un tapis dans le coin là-bas avec les trésors de guerre, trouves-toi en un confortable.
La jeune femme écarquilla les yeux.
- Mais… vous voulez que je dorme par terre ?
- Où veux-tu dormir sinon ? répliqua Ren.
- Un jeune homme bien éduqué laisserait son lit à une demoiselle.
- Je fus un jeune homme bien éduqué, aujourd'hui je suis un pirate.
Il se dévêtit et Jeanne ferma brutalement les yeux, le cœur battant. Ce n'était pas possible, n'avait-il aucun respect de la décence ? Elle rouvrit un œil timide pour s'apercevoir qu'il avait gardé son pantalon. Un grand tatouage barrait son dos, ressemblant au yin et au yang. Curieuse, elle aurait voulu effleurer la marque de la main mais se retint fermement de s'approcher de lui.
Ren se glissa dans son lit et lui tourna le dos. Jeanne jeta un coup d'œil au tas dans lequel devait se trouver un tapis, hésita. Décidée, elle délaça sa robe, ne gardant que ses bas, et monta dans le lit. Le rouge avait totalement envahi ses joues. Si les religieuses du couvent ou Marco la voyaient faire ça. Mais Jeanne ne voulait pas dormir par terre alors que la justice lui aurait accordé le lit.
Elle rabattit les draps au-dessus d'elle et calma sa respiration. L'instant d'après, Ren se redressait brusquement à côté d'elle.
- Mais… mais qu'est-ce que tu fais.
Elle nota l'incertitude dans sa voix et se félicita intérieurement d'avoir réussi à déconcerter le capitaine.
- Je dors, fit-elle d'une voix innocente.
- Mais tu ne peux pas dormir là !
- Pourquoi ?
- Tu es ma prisonnière, ta place est par terre.
Jeanne le foudroya de ses yeux rougeoyants. Elle allait lancer une réplique sur la liberté, la justice, la politesse et autre quand quelque chose de beaucoup plus court et de beaucoup plus efficace lui vint à l'esprit.
- Vous avez peur d'une fille ?
Un court silence passa le temps que Ren se reprenne.
- Pas du tout !
- Alors quel est le problème ? Ce lit est suffisamment grand pour nous deux, non ? Mais je comprendrai que, effrayé que vous êtes, vous préfériez me le laisser pour moi toute seule.
Ren se rallongea avec fureur à côté d'elle et se positionna à son image en chien de fusil, ne la quittant pas des yeux. Ce serait à celui qui s'endormirait le premier. Au bout de quelques minutes, Jeanne, fatiguée, décida de le laisser se satisfaire d'une maigre victoire et ferma les yeux.
