Note : J'ai eu quelques difficultés avec ce chapitre mais je suis plutôt contente du résultat. A vous de me dire ce que vous en pensez :)


Chapitre 8 : La Sirène

- Capitaine, nous avons atteint le Récif, indiqua Tokagerô.

- Je le vois bien, idiot, s'agaça Ren. Arrêtez de faire du bruit, il ne faut pas les effrayer. Préparez les filets et ramenez la grand-voile. Lyserg, prends la barre.

- Chut, vous entendez ? les interrompit Chocolove.

Le silence se fit sur le bateau.

- Je n'entends rien, fit Pirika.

- L'ouïe de Chocolove est plus développée que la notre, lui expliqua Pyrong. Quand on perd un de ses sens, les autres se développent.

- Je l'entends aussi, souffla Amidamaru. C'est ténu mais c'est là. Comme des notes de musique qui flottent.

- Elles chantent ? demanda naïvement Yoh.

- Non, répondit Chocolove. Elles sont toutes sous l'eau, le bateau les a effrayées.

Ren fronça les sourcils.

- Jeanne, tu sais jouer de la flûte ? demanda-t-il.

- Oui, répondit la jeune femme d'une voix tremblante.

- Il y en a une dans ma cabine, va vite la chercher.

Elle hocha la tête et obéit. Quelques instants plus tard, elle revint sur le pont et se mit doucement à souffler.

- C'est joli, commenta Manta.

- Chut ! le rabroua Bason.

- Les sirènes, murmura Chocolove.

Et en effet, en tendant l'oreille, on pouvait entendre une voix magnifique répondre à la musique de Jeanne. Tous allèrent se pencher sur le bastingage pour tenter d'apercevoir les sirènes.

- Bouchez-vous les oreilles, décréta Ren.

L'équipage masculin sortit aussitôt leurs bouchons et se les enfoncèrent profondément dans les oreilles pour s'immuniser contre le chant ensorceleur des sirènes.

- C'est dommage que vous y soyez sensibles, c'est vraiment magnifique à écouter, soupira Pirika.

Horohoro lui fit la grimace, n'entendant pas ce qu'elle disait. Jeanne, quant à elle, se pencha sur le bord sans cesser de jouer de la flûte. Autour du bateau, des sirènes bondissaient hors de l'eau, se cachaient derrière les roches ou se peignaient, chantant d'une voix claire. Une des sirènes, plus téméraires que les autres et dont la voix dirigeait tout le cœur, alla s'asseoir sur un rocher juste sous Jeanne, ses courts cheveux roses imbibés d'eau flottant autour de son visage alors que sa queue battait doucement l'eau au rythme de la mélodie.

Ren posa un doigt sur sa bouche et montra de l'autre main les filets préparés. Les hommes hochèrent la tête et se mirent en place. Dans l'eau, les sirènes se montraient toujours de plus en plus nombreuses, toutes chantant sans se douter de ce qui les attendait.

Soudain Ren baissa son bras et les pirates attaquèrent.

Un immense filet fut jeté sur la mer. Les sirènes effrayées quittèrent aussitôt leurs positions pour plonger, échappant au piège. Elles poussaient des cris stridents qui donnèrent mal à la tête aux humains malgré leurs bouchons d'oreille.

La sirène rose qui chantait avec Jeanne réagit moins vite que les autres, éberluée, ne comprenant pas ce qui se passait. Quand enfin elle délaissa Jeanne et sa flûte pour bondir dans l'eau, les cordages l'attrapèrent. Elle se débattit comme un beau diable.

Une ou deux autres sirènes essayèrent de l'aider à se dégager, tirant et frappant sur les cordes retenant leur sœur prisonnière, mais ce fut inutile. Elles finirent par replonger quand Zelel et Tokagerô tentèrent de les attraper.

D'un puissant coup de nageoire, la sirène rose expédia Ren par-dessus bord alors que les pirates la hissaient sur le pont. Les sirènes se jetèrent aussitôt sur lui avec férocité pour le noyer.

- Ren ! s'écria Manta en l'apercevant être entraîné par les créatures marines.

Bason plongea aussitôt, imité par Amidamaru et Zelel. Ils étaient des fantômes, ils pourraient venir à bout des sirènes. Sur le pont, Lyserg et Horohoro essayaient tant bien que mal de maîtriser leur prisonnière qui voulait retourner à l'eau. Mick rugit et se jeta sur elle, la clouant par terre. Immobilisée, la sirène ouvrit de grands yeux terrifiés alors que le guépard montrait des crocs.

- Amidamaru ! appela Yoh.

Le fantôme jaillit de l'eau avec Ren dans les bras, ses deux compagnons écartant à grands coups de sabre dissuasifs les sirènes en colère.

- Il ne respire plus, lâcha Amidamaru en posant Ren sur le pont.

- Bouche à bouche, déclara Chocolove.

Mais il n'avait pas fini sa phrase que Jeanne, qui était la plus près, s'était déjà jetée sur le jeune homme pour lui donner de l'air. Elle essayait de se concentrer malgré la peur qui lui nouait les entrailles, inspirant, expirant, comptant. Les autres se regroupèrent autour d'elle sans qu'elle ne les voie, l'esprit uniquement occupé par Ren.

Après un temps qui parut infini à tout l'équipage, le capitaine se mit à tousser et cracher et Jeanne s'écarta pour le laisser respirer.

- Ren ! s'exclama Yoh. Tu nous a fais une de ces peurs !

- Tu dois une fière chandelle à la petite Jeanne, enchaîna Ryu.

Ren détourna la tête et cracha au loin.

- C'est embarrassant, lâcha-t-il en s'essuyant le visage.

Jeanne se mit à trembler, les larmes aux yeux, tandis que Marco bondissait sur Ren.

- Ne manque pas de respect au Seigneur Maiden ! vociféra-t-il.

Ren l'envoya au tapis d'un habile revers de la main, se dressant au dessus du X-law avec morgue.

- Comment fait-il pour se battre aussi bien alors qu'il vient à peine de ressusciter de la noyade ? demanda Manta, incrédule.

- Ce n'est pas pour rien qu'il est capitaine, tu sais, lui répondit Horohoro.

- Elle est magnifique, chuchota Pirika.

- Tu ne veux pas changer de couplet, ça fait dix fois que tu le répètes, râla son frère, grincheux.

La jeune fille lui assena un coup derrière la tête et s'éloigna, vexée.

- N'empêche qu'elle n'a pas tort, cette sirène est magnifique, fit Ryu.

- Entièrement d'accord, renchérit Chocolove.

- Comment peux-tu dire ça alors que tu ne la vois même pas ? répliqua Horohoro.

- Ce ne sont pas mes yeux qui la trouvent magnifiques mais mes oreilles, mes bouchons m'empêchaient de tomber sous son charme mais pas de l'entendre complètement. Et puis elle sent délicieusement bon aussi.

- Oui, elle sent le poisson, grinça Horohoro entre ses dents.

A l'écart de l'équipage, Yoh essayait d'amadouer la sirène, Mick rôdant autour d'eux pour dissuader cette dernière de tenter quoique ce soit.

- Je m'appelle Yoh, se présenta-t-il. Et toi, tu dois bien avoir un prénom, non ? Comment tu t'appelles ?

La jeune femme le fixa intensément avant de lui tourner le dos.

- Tu ne dois pas être à l'aise à cause du filet, je vais t'en libérer, décréta Yoh.

- Ola doucement, intervint Tokagerô. Qui te dit qu'elle ne va pas en profiter pour filer ?

- Nous sommes tous aux aguets, Mick le premier, fit remarquer Pyrong. Et puis elle n'a pas vraiment d'endroit où s'enfuir.

- Mouais, on sait jamais, fit Tokagerô, méfiant.

Sans les écouter, Yoh débarrassa la sirène de ses liens.

- Manta, Jun et Lyserg sont en train de te préparer une bassine d'eau, lui apprit-il. Tu as faim ? Je peux t'apporter quelque chose à manger.

La sirène ne répondit pas. A l'autre bout du bateau, Jeanne se remit à jouer de la flûte et la sirène se recroquevilla sur elle-même. La mélodie était désormais associée à sa funeste capture. Yoh posa une main amicale sur son épaule.

- Tu vas voir, tout va bien aller, soupira-t-il.

Elle tressaillit.

- Je vais aller te chercher de la soupe aux fruits de mer, décida-t-il. C'est Ryu qui l'a cuisinée, elle est excellente, tu vas voir.

La sirène lui lança un regard curieux. Yoh lui retourna un grand sourire avant de s'éloigner, guilleret.