Note : Court chapitre mais avec mes pitchounets adorés ^^ (Je commence à parler comme Rain... ^^')
Chapitre 10 : Visite nocturne
Jeanne était allée expliquer à Tamao les raisons de sa capture dès son réveil.
- Vous voulez… m'interroger ? demanda confirmation la sirène.
Jeanne acquiesça. Cependant Tamao resta muette, refusant de répondre aux questions des garçons. Elle accepta seulement de décliner son prénom à Lyserg et Yoh et piqua un fard quand ce dernier la remercia d'un sourire éclatant.
- Elle n'est pas en confiance, reste sur la défensive, analysa Manta. Elle ne nous parlera pas tout de suite.
- On ne peut pas la forcer, soupira Ryu.
- Bien sûr que si, s'exclama Tokagerô.
- Ne dis pas n'importe quoi, le rabroua Amidamaru.
Quelques jours passèrent sans que Tamao ne décroche un mot. Il y avait toujours quelqu'un sur le pont pour veiller à ce qu'elle ne s'échappe pas, souvent à discuter tout seul en essayant de l'encourager à parler. Elle commençait subtilement à se détendre en leur présence, à sortir la tête de l'eau quand ils s'approchaient d'elle, curieuse, attentive à ce qu'ils lui disaient même s'ils parlaient tout seuls.
Ce soir-là, la mer était calme et c'était Tokagerô qui s'assurait que le navire garde son cap, un œil en coin toujours posé sur la sirène dans sa bassine. Cette dernière sentit une présence au-dessus d'elle et sortit la tête de l'eau mais il n'y avait personne. Juste le vent, les vagues, et le fantôme qui tenait la barre sur le pont supérieur.
- Bonsoir, petite sirène.
Tamao se retourna vivement vers la voix chaude dans son dos et découvrit un jeune homme près de sa bassine, vêtu d'une ample tunique orangée et avec de longs cheveux bruns détachés, le visage tourné vers l'océan. Elle ne l'avait encore jamais vu sur le navire et doutait qu'il soit vivant. C'était étrange qu'elle ne l'ait pas entendu approcher, d'habitude elle sentait toujours quand un des matelots marchait près d'elle. Ses pas faisaient vibrer les planches du bateau ainsi que sa bassine d'eau.
Elle s'approcha du bord et l'observa, le visage à moitié immergé jusqu'au dessous de ses yeux. Il se tourna légèrement vers elle et posa sur elle un regard étincelant, un léger sourire sur les lèvres. Ainsi de profil, il ressemblait étonnement à Yoh.
- Qui êtes-vous ? osa-t-elle demander.
- Qui suis-je…
Le jeune homme rit doucement avant de se tourner totalement vers elle.
- On me donne plusieurs noms, dont celui, le plus courant, de roi des mers. Je suis à la fois le dieu des esprits et le possesseur de toute créature marine. Et j'ignorais que je possédais une aussi jolie créature, ajouta-t-il en avançant la main vers Tamao.
La sirène recula et le sourire du roi s'élargit.
- Tu as peur de moi ? demanda-t-il d'une voix à la fois douce et menaçante.
Tamao jeta un coup d'œil vers Tokagerô mais ce dernier restait impassible, le regard fixé sur l'océan.
- Il ne peut pas me voir, lui dit le jeune homme. Je ne me montre qu'à ceux que je choisis.
- Ah, fit la sirène, perturbée.
- C'est une jolie nageoire que tu as là, lança le roi en faisant le tour de la bassine pour s'approcher de sa queue.
Tamao fouetta l'air avec et se recroquevilla à l'eau de bout de la bassine, lui jetant un regard farouche. Le jeune homme rit et s'accouda sur la bassine, posant sa tête sur ses mains en coupe.
- Profite des derniers temps que tu vas la garder, lâcha-t-il avec une ironie calculée.
La jeune fille pâlit.
- Pourquoi…
- Perdrais-tu ta queue ? finit le roi pour elle. Pour la troquer contre des jambes. Ne fais pas cette grimace. Cela te paraît aberrant aujourd'hui mais dans quelques temps, tu prendras d'une même ferme un couteau pour t'entailler la queue. Tu souffriras dix jours tout au plus et tu seras humaine.
- C'est possible ? demanda Tamao, incrédule.
- Oui, confirma son interlocuteur. Tes cheveux vont noircir puis tomber, tu vas progressivement perdre ta capacité de respirer sous l'eau, tes morceaux de queue vont cicatriser et muter pour former des jambes, tu perdras tes dons marins… et tu deviendras une jolie petite humaine comme tu le désireras.
- Je ne désirerai jamais une telle chose, protesta Tamao.
- Tu en es sûre ?
Elle hocha vivement la tête mais le roi lui retourna un regard moqueur.
- Dis-moi, petite sirène, demanda-t-il d'une voix traînante en se redressant, as-tu déjà entendu parler du syndrome se Stockholm ?
Tamao fit non de la tête. Elle pensait qu'elle devrait le prier pour avoir des précisions mais il enchaîna de lui-même.
- Pour faire court, c'est le fait de tomber amoureux, ou amoureuse dans ton cas, de son kidnappeur.
- Mais… Non, ça n'arrivera pas. Je suis prévenue et…
- Tu crois que Jeanne ne l'était pas ? l'interrompit le jeune homme avec malice.
- Comment…
- Elle connaissait l'existence du syndrome de Stockholm, mais ça ne l'a pas empêché de tomber amoureuse du capitaine pirate.
La sirène serra sa nageoire contre elle en l'entourant de ses bras, dans un ultime geste de protection.
- Alors dis-moi, petite sirène, pour qui sacrifieras-tu ta jolie queue ? Le beau Yoh qui t'abandonnera dans une auberge au port pour emmener avec lui sa fiancée sur les mers, ou le charmant Lyserg qui se désintéressera de toi dès que tu deviendras une fille comme les autres pour tomber sous le charme d'une vaillante pirate rousse ?
Tamao ne répondit pas mais rougit dangereusement. Il était vrai que Yoh et Lyserg lui plaisaient, il l'avait démasquée. Mais jamais elle ne se séparerait de sa queue.
- Monsieur, roi, enfin… majes…
- Pour toi, Hao suffira, la coupa le jeune homme d'une voix amusée.
- Ah… Hao, pourquoi êtes-vous là ?
- Tu penses que je suis là pour une raison particulière ? demanda-t-il d'un ton léger.
- Je ne sais pas, balbutia la sirène. Mais je me disais que tant que vous étiez là, vous pourriez m'aider à m'échapper ?
Il fit le tour de la bassine pour se rapprocher d'elle et Tamao tourna pour rester face et loin de lui, sur ses gardes.
- Je ne sais pas, pourquoi pas, rit-il. Mais pourquoi ne t'enfuies-tu pas toute seule ?
Tamao releva la tête vers le pont supérieur où Tokagerô la regardait curieusement. Il s'étonnait peut-être qu'elle parle en apparence toute seule.
- Hao, appela la sirène en le voyant s'éloigner.
- Oui petite sirène ?
- S'il vous plaît.
Il n'était plus qu'une ombre se découpant devant l'océan mais elle pouvait distinctement apercevoir ses yeux pétillants.
- Tu seras bien capable de t'enfuir toute seule, non ? Je venais juste m'assurer, ajouta-t-il avant qu'elle n'ait pu protester, qu'il y aura toujours douze sirènes. Pas onze.
Elle se rembrunit et il lui sourit.
- Bonne nuit petite sirène.
Tamao voulut le rappeler mais c'était déjà trop tard. Le roi des mers s'était évaporé dans la nuit.
