Note : Un dernier chapitre écrit à la fin des vacances, je serai incapable de vous dire quand j'aurai le temps d'écrire le prochain. Bonne lecture !
Chapitre 13 : Gandhara
On installa à Tamao une grande bassine sur le Hoshigumi et Rakist l'assura que si elle avait besoin de quoique ce soit, il suffisait de demander. Un petit garçon s'approcha d'elle, vêtu d'une petite cape orange et avec une jolie touffe de cheveux noirs et bouclés.
- Ah je te présente Opacho, fit Rakist.
- Il n'est pas un peu… jeune, osa faire remarquer Tamao.
- Opacho ne prend jamais part au combat mais il nous accompagne, lui répondit l'adulte. Il est l'un des rares ici à être visité par le roi des mers.
- Rakist aussi, fit l'enfant d'une voix fluette.
- Oui, moi aussi je reçois sa visite, dit Rakist.
- C'est Hao qui vous a demandé d'attaquer le X-law ? voulut savoir Tamao.
Rakist sursauta et ce fut Opacho qui répondit à sa place.
- Le Seigneur Hao a dit qu'il fallait te libérer.
Tamao sentit comme un nœud dans son estomac alors que les paroles de l'enfant confirmaient sa supposition. C'était de sa faute si le The Ren avait été attaqué. Elle espérait qu'il n'y avait pas eu de blessés autre que le capitaine qu'elle avait pu soigner.
- Vous ait-il apparu ? questionna Rakist.
- Brièvement, fit Tamao en détournant le regard.
- Bien sûr, vous êtes une créature marine, c'est normal, se reprit Rakist. Excusez mon indélicatesse. Je vais vous laisser, je dois prendre la barre. Surtout s'il y a quoique ce soit, n'hésitez pas à appeler.
Tamao acquiesça et le regarda s'éloigner. Opacho resta près d'elle, escalada le baquet et s'assit sur le rebord, battant des pieds dans l'eau. Une fille aux courts cheveux roux s'approcha d'elle.
- Salut, moi c'est Mach ! se présenta-t-elle.
- Moi Tamao, répondit timidement la sirène.
- Tu as passé beaucoup de temps sur le The Ren ? Ils étaient gentils avec toi ? Tu as appris à connaître l'équipage ?
Tamao croula sous l'avalanche de questions et choisit de répondre uniquement à la dernière.
- Un peu, oui.
- Celui avec les cheveux verts, tu connais son nom ? Il ressemble à un lutin.
- Lyserg ?
Les yeux de Mach pétillèrent. Tamao sourit.
- Une vaillante pirate rousse, murmura-t-elle.
- Comment ?
- Non, rien.
Un peu plus tard dans la journée elle aperçut Hao sur le pont supérieur, en train de discuter avec Rakist. Les autres membres d'équipage ne semblaient pas le voir. Il était vêtu d'un grand poncho beige et portait des boucles d'oreille cerclées où étaient dessinées des étoiles. Il repartit sans lui avoir adressé un regard.
…
Ils voguèrent plusieurs jours et ne croisèrent qu'un seul autre vaisseau, une caravelle pache avec laquelle ils discutèrent après avoir caché Tamao. Quand ils arrivèrent au Récif aux Sirènes, Tamao fut presque triste de les quitter, surtout le petit Opacho et Mach. La jeune femme était exubérante, toujours joviale et avec une énergie inépuisable. Elle se glissa dans l'eau, les salua de la main et plongea.
Ses sœurs s'approchèrent avec méfiance et l'entourèrent. Elles lui demandèrent de raconter et Tamao raconta. Elles l'enlacèrent et Tamao se serra contre elle, heureuse de rentrer chez elle. Elles retournèrent peigner leurs longues chevelures et Tamao retourna près de son rocher attitré. Elle en fit le tour, descendit voir les coquillages, effleura les algues et remonta à la surface. Elle s'éloigna un peu de récif et se percha sur un rocher pour observer l'horizon. Les voiles du Hoshigumi étaient en train de disparaître à l'horizon et elle avait comme un pincement au cœur.
Nostalgique, elle se remémorait les visages de l'équipage du The Ren quand une voix la tira de ses pensées.
- Heureuse ?
Elle tourna légèrement la tête vers Hao qui venait de paraître à côté d'elle. Il portait de nouveau une tunique orange, celle qu'elle lui avait vue la première fois.
Ne sachant quoi répondre elle détourna le regard, les mains entrelacées.
- Une sirène amoureuse d'un humain, chuchota-t-il, quelle aberration.
- Je ne suis pas amoureuse, protesta faiblement Tamao.
- Ose me dire que tu n'as pas envisagé d'avoir des jambes, la défia Hao. Que tu n'as pas pensé que Lyserg pourrait t'apprendre l'art de manier le sabre, Ryu la cuisine et Yoh à voler sur les cordages.
Tamao hésita et baissa la tête.
- J'ai déjà été sirène avant et je le serai encore après, osa-t-elle dire d'une voix tremblante, est-ce mal d'être curieuse d'autre chose ?
- Tu as soif d'aventure, petite sirène, se moqua le roi à côté d'elle.
- Ryu disait qu'une fois rentré au port, il ferait danser toutes les jolies filles, dit-elle en changeant de sujet. J'aimerai bien savoir ce qu'est la danse. Il paraît que c'est complémentaire au chant.
Elle jeta un rapide coup d'œil vers Hao qui souriait de ce sourire qui lui était propre.
- C'est beau d'avoir des rêves, lâcha-t-il avec une pointe de mépris.
Tamao se sentit mal, comme blessée en plein cœur, et se coula dans l'eau pour s'éloigner de lui. Elle nagea un peu puis remonta un peu plus loin, le regard tourné vers le grand large.
- Je croyais que tu voulais revenir, lui lança Hao dans son dos. T'enfuir et revenir.
La sirène ne répondit pas. Elle aurait bien haussé les épaules mais se retint, ne voulant pas risquer de froisser le souverain. Celui-ci la rejoignit en glissant sur l'eau.
- Dans trois jours, lui dit-il, le Gandhara va passer non loin de ce Récif.
Tamao tourna vers lui un regard curieux et il lui retourna un sourire mystérieux.
- Que dirais-tu d'avoir, le temps d'un mois, des jambes ? Tu garderais tous tes dons de sirène, tu perdrais juste ta nageoire. Tu aurais un mois pour voyager, pour découvrir, pour voir et pour apprendre. Ainsi, tu pourras choisir en connaissance de cause.
La sirène sentit son cœur battre plus vite, plein d'excitation, mais contint sa joie.
- Je croyais que vous ne vouliez pas que je me transforme, chuchota-t-elle. Que vous vouliez qu'il y ait toujours douze sirènes.
- Exact, confirma sans détour Hao. C'est pour ça que je vais m'assurer que ce mois te dégoûte à jamais de la vie terrienne.
Il passa une main dans ses cheveux et elle se dégagea lentement, sans le lâcher du regard. Sur un dernier sourire il s'envola, montant plus haut que les nuages.
…
Tamao vit bien un bateau passer près du récif, trois jours plus tard. Il ne lui fallut qu'une seconde pour se décider avant qu'elle ne nage très vite jusqu'au bâtiment. Il y avait une étrange sculpture à la proue, un être humanoïde ressemblant à un génie. Sur la coque la sirène put lire « Gandhara ».
A peine eut-elle touché le bois qu'elle se sentit couler. Elle s'agita en tous sens et écarquilla les yeux en constatant que sa belle queue rose avait disparu, cédant la place à deux jambes blanches. Elle s'agrippa au bois et essaya d'escalader, cherchant à se hisser à bord. Heureusement, une petite fille l'aperçut et donna l'alerte.
- Qu'y a-t-il Komeri ? demanda quelqu'un.
- Dame Sati, une sirène essaye de monter.
- Une sirène ? demanda la capitaine, étonnée.
L'équipage aida Tamao à monter à bord et la couvrit. Une jeune fille nommée Mamy lui prêta volontiers ses vêtements et l'aida à s'habiller, la sirène n'ayant aucune idée de comment porter un pantalon.
- Komeri a dit que tu étais une sirène, fit un grand homme, suspicieux.
Tamao n'osa pas répondre et rosit.
- Allons Jackson, intervint la capitaine, tu vois bien que cette demoiselle est perturbée. Elle a dû vivre des moments éprouvants. Ne t'inquiète pas, ajouta-t-elle à l'attention de Tamao. Tu es la bienvenue à bord, qui que tu sois. Ne te sens pas obligée de nous raconter, nous avons tous nos secrets.
- Merci, murmura Tamao, le cœur rempli de gratitude.
Sati lui sourit et lui montra où dormir. Ravie, la sirène essaya ses nouvelles jambes avec joie, le cœur partagé entre l'appréhension et l'excitation. Elle n'avait qu'un mois, mais elle comptait en profiter au maximum.
