Note : Coucou tout le monde ! Désolée pour l'attente mais quand j'ai le temps je n'ai pas l'inspiration, et quand j'ai l'inspiration je n'ai pas le temps. Enfin, voici le nouveau chapitre qui, j'espère, vous plaira. Bonne lecture à tous !


Chapitre 15 : La sirène maudite

Après beaucoup d'hésitations, Tamao accepta de remonter à bord du The Ren. Le navire, Anna à son bord, prit la direction du port d'Osorezan, petite ville de pêcheurs sans histoire où Yoh et Anna s'étaient rencontrés. Tamao passait une partie de ses journées à papoter avec Manta, assis près du rebord, ou à s'entraîner à toutes sortes d'activités avec Lyserg et Ryu. Désormais que la fiancée de Yoh était à bord, elle s'interdisait de penser à lui mais trouvait Lyserg de plus en plus charmant et redoutait de tomber amoureuse. Le roi des mers lui avait prédit que le jeune home aux cheveux verts aurait tôt fait de l'abandonner pour la pirate rousse de Hoshigumi, Mach.

Pirika venait d'achever son premier prototype de cloche de l'oracle. Elle n'était pas encore aussi performante que les vraies mais cela suffisait à faire sauter l'Ombre partout sur le bateau. Une étrange frénésie semblait habiter tous les membres de l'équipage, de Marco qui avait accepté de s'engager définitivement dans le The Ren à Horohoro, trop heureux d'avoir retrouvé Damuko.

Un jour que Tamao observait la mer avec nostalgie, Jeanne vint s'accouder à la rambarde à côté d'elle.

- C'est beau, n'est-ce pas ?

- Oui, murmura la sirène en réponse.

- C'est comment… d'être sous l'eau. Ca change d'avoir des jambes je suppose.

Tamao sourit devant la question maladroite.

- C'est fantastique d'avoir des jambes, mais je ne me vois pas les garder éternellement, prisonnière d'une dimension. Et en même temps… C'est tout un monde qui s'ouvre. Il y a beaucoup de choses à découvrir sous l'eau, dans les profondeurs ou en surface. Mais en vérité ma vie se confinait à me peigner le matin, chanter le midi, me maquiller l'après-midi, dormir le soir et la nuit venue, puis recommencer. Et ce depuis trop longtemps.

- Est-il vrai qu'une sirène est immortelle ? demanda Jeanne.

Tamao opina de la tête.

- Quand nous mourrons nous nous transformons en écume pour renaître dans des coquillages. Nous ne gardons pas de souvenirs de notre vie d'avant mais nous avons toujours l'impression d'avoir déjà vécu ce qui nous arrive. C'est parfois perturbant.

- On dit toujours que le Récif aux Sirènes est le lieu de tous les naufrages, se rappela Jeanne.

Un air un peu triste passa sur le visage de Tamao.

- Nous noyons les marins qui passent, ça a toujours été ainsi, déclara-t-elle, le regard lointain. Tu sais, contrairement à ce que beaucoup disent, il n'y a pas toujours eu douze sirènes.

- Ah bon ? s'étonna Jeanne.

- Nous étions treize, il y a très longtemps, chuchota Tamao.

- Que s'est-il passé ?

Tamao détourna la tête.

- Pardon, je ne voulais pas t'embarrasser, s'excusa Jeanne. En plus tu n'y étais sûrement pas, tu ne dois pas savoir.

- Si, je sais, avoua la sirène. C'est une histoire qui s'est toujours racontée pour nous mettre en garde. La treizième sirène… On l'appelait la sirène maudite. Celle qui est tombée amoureuse d'un humain.

Jeanne ne dit rien, attentive aux paroles de Tamao et attendant patiemment qu'elle reprenne la parole.

- Elle… elle… Les autres sirènes… l'ont tuée.

Jeanne sentit un frisson remontait le long de son dos mais ce qui la chamboula de plus fut l'expression torturée de Tamao.

- Elle n'a pas ressuscitée. Nous ne renaissons que si notre vie s'achève en écume, ce n'est pas ce qui s'est produit. Les autres l'ont transpercée à l'aide de coquillages pointus, d'harpons engloutis sous les eaux avec les bâtons, que sais-je ? La seule chose qui est sûre, c'est que son squelette repose encore dans une caverne sous-marine.

- Tu as vu ce squelette, devina Jeanne.

Tamao acquiesça.

- Je n'avais pas vingt lunes quand mes aînées m'y ont conduite, me défendant de tomber amoureuse. Cette sirène aurait tenté de sauver l'homme qu'elle aimait de la noyade. Je ne sais pas si elle y est parvenue.

- Toi aussi tu as sauvé des humains de la noyade, se souvint Jeanne.

Tamao grimaça.

- Si mes sœurs l'apprenaient, murmura-t-elle.

Jeanne lui toucha l'épaule, comme pour la rassurer.

- Reste avec nous dans ce cas, proposa-t-elle. Deviens pirate.

Tamao lui adressa un regard perdu.

- Non, je ne peux pas… Je ne dois pas.

- Mais pourquoi ? Tu as des jambes maintenant.

- Seulement pour un mois et ce mois est déjà bien entamé.

Jeanne fronça les sourcils.

- Je ne comprends pas.

- Elles me sont prêtées pour que je puisse me rendre compte que la vie d'humaine n'a rien à envier à celle de sirène et que je retourne au Récif pour y être définitivement une sirène. Le roi des mers avait peur que je ne veuille devenir humaine.

- Tu le pourrais ? demanda Jeanne en passant sous silence que Tamao mentionne le roi des mers.

- C'est affreusement douloureux et irréversible, répondit-elle.

- Mais une vie de liberté et de surprises ne le vaut-elle pas ?

Tamao ne dit rien, réfléchissant.

- C'est renier ma nature, lâcha-t-elle au bout d'un moment.

- C'est vrai, admit Jeanne.

Elles restèrent un moment à observer la mer en silence, puis Jeanne s'éloigna, laissant la sirène à ses pensées.

Le The Ren accosta au port d'Osorezan quelques jours plus tard. Yohmei, le grand-père de Yoh, était sur la jetée et les accueillirent solennellement. Il les conduisit jusqu'à la grande demeure Asakura où se trouvaient Kino et Mikihisa.

- Maman n'est pas là ? s'étonna Yoh.

- Elle est allée se promener avec Seyrarm et Reoseb.

- Qui ? demanda Yoh.

Mikihisa lui fit signe de le suivre et tous deux allèrent s'isoler dans la pièce d'à côté. Mikihisa referma soigneusement la porte derrière eux et fit face à son fils.

- Ce sont deux orphelins, les enfants d'un ancien ami. Ta mère et moi nous occupons d'eux désormais et officiellement c'est pour eux que je t'ai fait venir. Officieusement c'est pour ton frère.

Yoh se rembrunit.

- Les visions de ta grand-mère concorde avec les prévisions météorologiques. Dans quelques semaines, un immense raz-de-marée va balayer les côtes et seul l'emprisonnement d'Hao pourra l'en empêcher.

- Hao est le roi des mers, il ne se laissera pas capturer, fit savoir Yoh. Et de toute manière je ne veux pas t'aider, je refuse de croire que…

- Yoh, l'interrompit brutalement son père. Tu sais quelle tragédie cela a été dans notre famille quand ton jumeau s'est avéré être la réincarnation du dieu. De simple esprit errant il est devenu beaucoup plus puissant et, honte à nous, nous n'avons rien pu empêcher. Il a brisé la prison qui l'avait retenu pendant cinq siècles et de nouveau tsunamis, cyclones, tempêtes et autres catastrophes vont frapper nos ports. Nous devons réagir !

- En l'emprisonnant de nouveau ? Je ne pense pas que Hao ait pour objectif de faire du mal.

- Détrompe-toi, il doit sans doute éprouver de la rancœur pour nous, et cette sirène ne fait qu'empirer les choses.

- Comment es-tu au courant ? sursauta Yoh.

- Les rumeurs circulent vite, lâcha Mikihisa.

- Je ne vois pas ce que Tamao vient faire là-dedans.

- Vous avez volé au roi des mers une de ses créatures, il faut la rendre.

- Nous ferons ce que Tamao veut que nous fassions. Elle est libre de partir mais aussi libre de rester.

- Dans ce cas, si nous ne pouvons apaiser la colère de ton frère il faudra l'enfermer. Nous avons déjà pris des dispositions et les pirates les plus vaillants vont tous se regrouper ici pour prendre part au rituel.

- C'est absurde ! s'énerva Yoh.

- Absurde ! Une sirène avec des jambes, voilà ce qui est absurde ! lança Mikihisa avec violence. Cette créature doit retourner à la mer.

Yoh lui tourna le dos et sortit, refusant d'en entendre davantage et désespéré de ne pas réussir à discuter avec son père. Mikihisa le suivit et s'arrêta subitement. Keiko était rentrée et Reoseb et Seyrarm étaient en train de jouer avec Tamao qui portait la petite fille sur ses genoux. Les pirates s'étaient installés un peu plus loin, discutant.

- C'est elle, lui indiqua Yoh.

Il ne put cependant pas voir la réaction de son père, caché derrière son masque de bois.

- Elle est si jeune, l'entendit-il murmurer.

- Oui, confirma Yoh. Au fond elle aussi est orpheline.

- Dans ce cas le mieux à faire est de la ramener dans sa famille, parmi ses sœurs.

- Elle ne voudra pas. Si elle est là, c'est pour fuir son Récif et il serait cruel de l'y ramener de force. Elle veut vivre, découvrir le monde humain. Papa tu ne peux pas…

- Non, nous ne la rendrons pas à la mer contre son gré, changea-t-il brusquement d'avis. Si elle ne souhaite pas y retourner, il est normal que nous la protégions.

Yoh sourit.

- Mais cela signifie qu'Hao sera en colère. Il faut l'emprisonner.

- Ne peut-on pas le raisonner ? S'il acceptait notre point de vue, si nous faisions la paix…

- Je dirai que c'est de la folie, mais tu es doué pour les folles entreprises.