Note : Et voici le dernier chapitre de Pirates et Fantômes ! Je suis désolée, je sais qu'il a été long à venir, mais j'avais du mal, à tout démêler comme il fallait. J'ai failli couper en deux chapitres mais je me suis dit que vous préféreriez avoir tout d'un coup. Du coup c'est un chapitre un peu plus long que d'hab, mais vous allez pas vous en plaindre ^^ Merci à tous de m'avoir lu jusqu'ici ! Bonne lecture et à une prochaine fois ! J'espère que cette conclusion vous plaira =D
Chapitre 17 : Sceau brisé
Tamao poussa timidement la porte de la maison. Un grand et inhabituel silence régnait entre les occupants, tous renfermés sur eux-mêmes à réfléchir. Elle se racla la gorge pour annoncer sa présence mais seul Yoh fit attention à elle.
- Je ne comprends pas pourquoi vous voulez enfermer le roi des mers, dit-elle doucement.
Yohmei se redressa immédiatement.
- Il veut inonder les terres et tous nous détruire ! Nous les humains ne pouvons pas nous contenter de manger des algues et du poisson, gronda-t-il.
- Non, ce n'est pas vrai, fit doucement la sirène. Il veut juste retrouver ses pouvoirs.
- Qu'en sais-tu ? Que crois-tu ? Naïve, s'énerva Yohmei.
Derrière lui, Kino approuva de la tête, imitée par Marco et quelques autres.
- Je suis une créature de l'océan et en connaît bien plus sur le roi des mers que vous, avança Tamao en prenant son courage à deux mains et en mentant à moitié. Il se moque des humains.
- Et que fais-tu de ce raz-de-marée qui va frapper nos côtés ? Kino l'a vu et ne se trompe jamais.
- C'est un évènement naturel. Tout n'est qu'évènements naturels. Ce n'est pas le roi des mers qui déclenche les tempêtes, répondit Tamao sans ciller mais en rougissant violemment.
- Le roi des mers est un démon qu'il faut enfermer, martela Marco. Il est violent, cruel, sans pitié…
- Hao n'est pas comme ça, protesta un peu vivement Tamao.
- Tu sembles le connaître… personnellement, fit remarquer Mikihisa en la fixant de derrière son masque de bois.
Tamao tressaillit.
- Je l'ai déjà rencontré plusieurs fois, concéda-t-elle. De toute manière, poursuivit-elle, le Hoshigumi va bientôt trouver la Perle et lever le sceau posé sur ses pouvoirs. Il est trop tard pour l'emprisonner.
Elle s'abstint de révéler que si elle devenait humaine, les pouvoirs d'Hao resteraient scellés à jamais. L'idée de perdre sa queue de manière définitive, ainsi que ses pouvoirs de sirène, et ce de manière forcée, ne lui plaisait. Elle préférait avoir le choix, était-ce égoïste ?
- Rien n'est perdu, nous pouvons encore… fit remarquer Pirika.
- Je serai plus de l'avis de Tamao, s'interposa Yoh en se levant pour la rejoindre. Nous ne sommes pas obligés de faire la guerre à Hao.
- Tu ne sais plus ce que tu dis, marmonna Marco.
Yohmei ne dit rien, un air concentré barrant ses traits tandis qu'il réfléchissait.
- Rackist a embrasé cette voix, chuchota Jeanne.
Ce n'était qu'une constatation, mais cela sonnait comme un ralliement à la cause défendue par Tamao.
- Ce tsunami… commença Lyserg.
- Emprisonner Hao ne changerait rien, coupa Amidamaru.
- Alors que devons-nous faire ? Attendre notre destruction prochaine ? perdit patience Tokagerô ?
- Vous pourriez peut-être demander à Hao s'il voulait bien… vous protéger, proposa d'une toute petite voix Tamao.
Tous à l'exception de Yoh grimacèrent.
- Hey mais c'est une super idée ! s'exclama-t-il avec un sourire béat.
- Arrête de dire des bêtises, le rabroua Anna. Il ne voudra jamais.
- Dans ce cas négocions, trancha Ren. Vous savez où se trouve cette Perle, on peut lui échanger l'information contre sa protection.
Les Asakura ne se prononcèrent pas, mal à l'aise.
- Ils ne savent pas, leur apprit Tamao dans un souffle.
- Non, confirma Keiko devant les regards incrédules qui étaient désormais posés sur eux.
- On est mal parti, soupira Horohoro en s'enfonçant dans sa chaise.
Tamao baissa la tête, en pleine réflexion. Eux n'avaient rien, mais elle avait quelque chose qu'Hao désirait. Il avait besoin de sa voix de sirène, peut-être pouvait-elle marchander son chant contre la protection des côtés. Elle grimaça à cette idée. Cela s'apparentait beaucoup à du chantage, mais avait-elle le choix ?
Elle releva la tête vers les gens autour d'elle. Elle tenait à eux, elle voulait les aider. Mais elle ne leur accordait pas encore suffisamment de confiance pour leur faire partager son idée. Il y avait peu de chance qu'ils veuillent la rendre humaine pour maintenir les pouvoirs d'Hao scellés maintenant qu'ils savaient que cela n'arrêterait pas le tsunami, mais ne savait-on jamais… Les humains étaient imprévisibles.
…
Les jours passèrent et Tamao ne prit plus part aux débats. Le Gandhara avait accosté, ainsi que le Pacheboard, un frêle esquif portant Karim et Silva en tant que représentants des Paches. Tous envisageaient les différents plans qui pourraient mener le roi des mers à les épargner. Pendant ce temps, Tamao restait sur le bord de la jetée. Ryu l'avait fait danser un soir et elle avait adoré cela. Elle ne voulait plus se séparer de ses jambes. Mais l'idée que la mer puisse lui être hostile lui était insupportable. L'océan était sa maison.
Un matin, alors qu'elle trempait les pieds dans l'eau, elle se sentit soudain bizarre et, en baissant la tête, se rendit compte que ses jambes avaient disparu pour laisser place à une nageoire, sa nageoire. Elle se fondit avec délice sous l'eau mais ne rentra pas chez elle, préférant rester dans les parages. Manta vint la voir plusieurs fois, lui expliquant que les discussions étaient toujours au point mort.
Elle était seule, les coudes posés sur la jetée et la tête penchée sur ses bras, alors que dans les pâles rayons de lune le roi des mers vint lui rendre visite. Il apparut à genoux devant elle sur l'embarcadère de bois, un mince sourire aux lèvres, dans sa grande tunique orangée.
- C'est l'heure, murmura-t-il.
- Vous avez retrouvé la Perle, devina Tamao.
Hao confirma d'un signe de tête.
- Je veux bien vous suivre et chanter, à condition que vous empêchiez que cet endroit soit balayé par les raz-de-marée, les tsunamis et je ne sais quelle autre catastrophe naturelle engendrés par l'océan, déclara Tamao d'une voix affirmée en vrillant ses yeux dans ceux du souverain.
- Je ne crois pas que tu ais à poser de conditions, fit remarquer Hao d'une voix légère mais en la brûlant du regard.
- Vous le ferez ?
- Je ne pense pas. Que m'importe que ces humains soient balayés par les flots.
- Votre frère…
- Tes paroles ne sont que vent. Nous y allons.
Il approche la main d'elle, elle recule violemment, tire la dague qu'elle a « emprunté » à Keiko et la pose sur sa nageoire. Elle n'a pas besoin de mots pour s'expliquer, se contentant de lui tenir tête, de ne pas ciller. Elle croit le voir sourire, mais sans doute n'est-ce que le fruit de son imagination.
Une main formée d'eau surgit soudain derrière elle, s'empare de son poignet et la fait lâcher la dague. Tamao veut plonger la récupérer mais elle est retenue trop fermement et c'est les yeux écarquillés qu'elle voit l'objet voler tranquillement jusqu'à Hao.
- Il y a des particules d'eau dans l'air, explique-t-il doucement.
Tamao essaie de se débattre sans réussir à se libérer.
- Soit, je protégerai ces terres d'attaques marines, décida soudain Hao. Ce sera tout ?
Elle sursaute. Pourquoi change-t-il soudain d'avis ? Pourquoi accepte-t-il ce qu'il avait auparavant refusé ? Elle ne peut plus le menacer de ne plus chanter pourtant, étant donné qu'elle est entièrement à sa merci.
- Tu m'amuses, lui dit-il en approchant son visage d'elle.
- On peut y aller ?
Tamao détourne la tête, gênée, avant de souffler un « oui » inaudible. Aussitôt tout se met à tourner autour d'elle et elle ferme les yeux pour atténuer le mal de tête qui la menace. Lorsqu'elle les rouvre, elle découvre une immense Perle devant elle, dans une caverne de glace. Ses onze sœurs sont déjà là, autour de la Perle qui flotte sur les eaux. Hao saute sur un banc de glace flottant et Tamao remarque alors la silhouette du Hoshigumi qui mouille à l'extérieur de la caverne.
- Mesdemoiselles, sourit Hao.
Les onze sirènes se mettent à chanter d'une voix claire, et après une hésitation Tamao les imite. Elle oublie tout autour d'elle pour n'observer que la Perle et n'entendre que le chant de ses sœurs. Elle accorde sa voix avec les leurs et leur chœur résonne clairement, amplifié par les parois glacées.
Tamao ne sait plus combien de temps s'est écoulé depuis qu'elle a commencé à chanter. Une minute ? Une heure ? Elle n'a pas mal à la gorge, pouvant chanter jusqu'à l'épuisement.
Subitement elle sursaute, rate une note, se reprend aussitôt et se réintègre au chœur. Là, sur la surface brillante de la Perle, une fissure est apparue. Bientôt d'autres apparaissent un peu partout et la Perle semble d'une couleur encore plus éclatante qu'auparavant.
La sirène sent Hao dans leur dos qui s'avance. Elle lui jette un coup d'œil et l'aperçoit, les yeux fermés, assis en tailleur, les paumes ouvertes vers le ciel. Il semble ailleurs.
La Perle se brise brusquement, volant en mille éclats. Tamao voit ses sœurs plonger sans comprendre avant que la douleur ne la transperce aux bras et au visage. Elle file sous l'eau et s'enfonce le plus possible mais il est déjà trop tard et elle peut sentir les filets de sang qui s'échappent de sa gorge, ses épaules, ses bras, ses joues. Les éclats de la Perle ont entaillé ses chairs.
Quand Tamao crève de nouveau la surface une fois tout danger écarté, elle ne trouve rien autour d'elle, si ce ne sont les parois de la caverne. La Perle est brisée, le Hoshigumi et Hao partis. Ses sœurs émergent près d'elle et se précipitent à sa rencontre, heureuses de la retrouver.
- Tu n'es tout de même pas tombée amoureuse d'un humain ? lui demande la plus âgée, suspicieuse, devant son manque de réaction.
- Non, répond platement Tamao.
Son manque d'intérêt leur suffit pour la croire. Non si elle s'est attachée à quelqu'un, ce n'est pas à un humain.
…
Il fallut à Tamao faire preuve de toute son habileté et son adresse pour fausser compagnie à ses sœurs lors de leur retour à leur récif. Elle fila à toute allure, cherchant selon les algues, les poissons, les coquillages et les courants à retourner près des rives d'Osorezan. Il lui fallut plusieurs journées, sans doute les plus longues de son existence, avant d'enfin atteindre sa destination.
Keiko vint lui parler dès qu'elle se hissa sur la jetée.
- Yoh, le tsunami, la Perle... balbutia Tamao, ne sachant par où commencer.
- Chut, ne t'inquiète pas, la rassura Keiko. Kino a eu de nouvelles visions. Nous savons que la Perle est brisée et que le tsunami n'aura pas le lieu, calme-toi.
Tamao reprit une respiration normale, assimilant les nouvelles. Ainsi Hao avait tenu parole.
- Le The Ren a repris la mer cet après-midi, le Gandhara il y a deux jours. Ils s'en sont tous retournés arpenter l'océan, poursuivit Keiko.
Tamao ressentit un pincement au cœur. Elle aurait aimé les revoir une dernière fois. Elle discuta un petit moment avec Keiko puis la laissa vaquer à ses occupations et replongea sous l'eau. Humaine, sirène… Voyageuse, chanteuse… Elle ne savait toujours pas ce qu'elle voulait.
- Tu es vraiment imprévisible, lui fit remarquer une voix dans son dos.
Tamao se retourna d'un battement de nageoire et se retrouva sans surprise en face du roi des mers, torse nu, vêtu simplement d'un pantalon bouffant. Ses cheveux épars flottaient tout autour de lui, lui formant comme une immense couronne. Il s'approcha d'elle sans qu'elle réagisse et posa ses mains sur ses hanches. Sa queue se scinda en deux jolies jambes que Tamao agita frénétiquement. Hao rit.
- Ce qu'il te faudrait, petite sirène, ce serait juste que ta queue se transforme sans douleur en jambes lorsque tu te retrouves privée d'eau, puis reprenne sa véritable apparence lorsque tu replonges.
Oui, ce serait l'idéal. Mais était-ce possible, cela était une autre histoire. En même temps, rien n'était impossible au roi des mers, n'est-ce pas ?
- C'est une perspective qui te plairait ? lui demanda lentement Hao, les yeux malicieux.
Tamao n'osa pas hocher la tête et son sourire s'étira. Il déposa un léger baiser sur son front, la lâcha. Ses jambes se rejoignirent pour se couvrir d'écailles.
- Que ferais-tu ? Où vivrais-tu ? Qui serais-tu ? lui demanda simplement Hao.
- Je ne sais pas, murmura Tamao. Je voyagerai. Je vivrai dans l'océan. Je serai libre ?
- Tu ne risques pas de te sentir… seule ? Comme lors de ces longues journées que tu as passé à rejoindre Osorezan depuis presque ton récif, finalement.
- Si, concéda Tamao.
- J'ai une autre proposition à te faire, exposa Hao. Tu passerais tes journées à aller où bon te semble, à chanter et à danser. Tu vivrais partout, mais surtout près de moi. Et tu serais ma femme.
Tamao marqua un temps d'arrêt, n'arrivant pas à croire qu'il était en train de lui proposer d'être sa compagne. Elle ouvrit la bouche mais la referma sans mot dire.
- Ca veut dire oui ? s'amusa-t-il en l'enlaçant.
Elle sentit son cœur tambouriner contre sa poitrine à son contact et posa délicatement sa tête contre son épaule. Oui, ça voulait dire oui.
